La génération perdue

(1975-1982)

Désolé pour les mises à jour chaotiques de ces derniers temps : je suis en flux tendu pour les corrections. Je commence enfin à revoir la surface, mais ce n'est pas évident. Merci à toutes celles et à tous ceux qui ont la gentillesse de m'encourager par leurs reviews.
Donc voici le début du troisième chapitre. Bonne lecture à toutes et à tous.

Chapitre trois

Préméditation

Mardi 21 janvier 1976

Lily contemplait Remus, assis de l'autre côté de la salle de classe de métamorphose. Il était assis avec James, Sirius et Peter autour de lui comme s'il les utilisait comme des boucliers humains. Il l'avait évitée depuis qu'ils étaient tous revenus des vacances de Noël, même s'il avaient presque...

« Miss Evans ! » dit le professeur MacGonagall avec sévérité. Lily leva les yeux, alarmée, puis les baissa vers la table où elle était assise. Elle avait manqué de remarquer que sa plume avait erré au-delà du bord de son parchemin, et griffonnait des cœurs sur la vieille surface de bois rayée. Cela ne ressemblait pas aux informations sur les BUSEs que le professeur MacGonagall avait écrites sur le tableau noir. Rougissant, Lily sortit sa baguette et nettoya le bureau rapidement, essayant de ne pas croiser le regard de Cecilia. Cecilia avait encore l'impression que Lily craquait encore pour Sirius Black, en dépit des maléfices assez sévères qu'elle lui avait lancés dessus après ses avances incompétentes d'avril dernier. Elle n'avait rien dit sur Remus à Cecilia.

Les jumelles Thompson se retournèrent à l'unisson et donnèrent un regard dédaigneux à Lily. Elles avaient toujours des notes parfaitement nettes d'une petite écriture très serrée qui était identique pour les deux. Lily lutta pour ne pas leur tirer la langue dans le dos quand elles se retournèrent. Elle faisait encore cela à la maison parfois, quand Petunia ne regardait pas, mais il y avait d'autres personnes pour la voir et elle était préfète. Ceci, bien sûr, était encore une autre raison pour laquelle Moyra et Myra Thompson ne se souciaient pas d'elle. Elle avait aussi l'expression distincte que Cecilia lui en voulait d'avoir été la fille nommée préfète de leur année. Elle soupira un instant, volant un regard en direction des garçons.

Aucun des amis de James ne semblait lui en vouloir d'être préfet. Tous les quatre étaient pratiquement comme les doigts de la main. Pas pour la dernière fois, elle se demanda ce qu'ils avaient fait ces trois nuits d'affilée où elle était allée dans leur dortoir pour parler à Remus.

Remus....

Elle se souvint être dans la salle commune avec lui juste avant les vacances, sous la cape d'invisibilité. Parfois, elle pensait qu'elle devait l'avoir imaginé, qu'elle avait imaginé ses mains contre sa peau, sa bouche sur la sienne, le grondement sourd dans sa gorge qui avait envoyé une décharge électrique en elle, savoir qu'elle le rendait fou. Il la rendait folle aussi, plus folle qu'elle n'aurait jamais pu suspecter le devenir avant novembre dernier. Soudain, sous la cape, sur le tapis, au milieu de la nuit, elle avait eu l'impression d'être consumée par lui, comme si elle ne pouvait pas toucher assez de sa peau en ouvrant le haut de son pyjama et en passant ses lèvres sur son torse...

Et puis ce garçon de première année avait déboulé dans la salle commune et remonté en courant les escaliers, effrayé. Cela leur avait fait reprendre leurs esprits. Ils s'étaient maladroitement rhabillés et avaient tous les deux soigneusement marché sous la cape en direction de l'escalier en colimaçon qui montait dans le dortoir des filles, s'arrêtant à mi-chemin de la première volée, puis s'asseyant sur les marches l'un à côté de l'autre, blottis ensemble, tendant l'oreille pour... quelque chose.

Elle avait regardé Remus dans la lumière des torches sur le mur courbe, étrangement filtrée par la cape. Il semblait écouter, ses yeux mi-clos, mais Lily ne pouvait rien entendre. Il s'était renfrogné, l'air énervé. La sueur avait commencé à couler sur son front à nouveau, et elle avait envie de l'essuyer avec tendresse avec sa main, de balayer ses soucis d'un baiser... Elle n'entendit rien jusqu'à ce que les garçons arrivent dans la salle commune. Puis elle les entendit discuter s'ils devaient demander à la grosse dame si des gens avaient quitté la tour Griffondor. Lily s'était cramponnée très fort au poignet de Remus. Si la gardienne de l'entrée de leur maison confirmait que personne n'était sorti, est-ce que les garçons seraient assez braves (ou assez téméraires) pour essayer les dortoirs des filles ?

Lily était restée assise très immobile, attendant, se posant des question. Quand elle avait regardé Remus, elle avait vu dans ses yeux une expression à lui couper le souffle. Elle avait l'impression que son cœur s'était arrêté. L'amour qu'elle y avait vu était terrifiant, inspirait la crainte. Être aimée si férocement, car le meilleur mot auquel elle pouvait penser pour son expression générale était 'féroce', était dérangeant, et pas qu'un peu effrayant. Elle ne savait encore pas complètement où elle en était en cette matière, si elle voulait être avec Remus ou avec Severus, mais comme il avait commencé à embrasser son cou à nouveau, elle avait senti qu'il était assez bon de recommander Remus...

Elle avait haleté, le tenant contre elle, comme sa bouche lui envoyait des frissons dans toute sa colonne vertébrale. Ses mains s'étaient glissées sous sa chemise de nuit, et elles remontaient ses jambes, lui donnant la chair de poule au fur et à mesure qu'elles allaient de plus en plus haut. Soudain, elle avait eu une pensée... une pensée dégrisante et tonifiante. Je pourrais avoir un bébé. Elle avait regardé Remus, avec de grands yeux. Puis elle avait chuchoté ce souci à son oreille. Il s'était reculé et l'avait regardée avec une expression très alarmée.

« Tu n'as pas pris la potion alors ? »

« La potion ? »

Il s'éloigna d'elle un peu plus, ce qui était tout ce qu'ils pouvaient faire comme ils étaient tous les deux encore sous la cape.

« Va... va voir Madame Pomfresh. Dis lui ce que tu veux. Elle ne pose pas des questions bêtes, ne t'inquiète pas. Sirius me l'a dit. »

« Sirius ! » dit-elle, mais un instant plus tard, elle savait qu'il n'y avait pas de quoi être choquée. Oui. Sirius. J'aurais dû le savoir !

« Tu... tu devrais revenir au lit, Lily. Avant que... avant que nous faisions quelque chose... »

Remus avait recommencé à trembler encore, des gouttes de sueur perlant sur son front. Lily avait remarqué à quel point il était calme quand ils étaient en contact l'un avec l'autre, comment la toucher et l'embrasser l'avait fait se recentrer, l'avait fait se concentrer et étrangement reprendre contrôle de lui-même (tandis que cela l'avait faite se sentir complètement hors de contrôle et déconcentrée). Aucune de ses avances ne semblait maladroite ou peu sûre, assez étrangement. Il y avait une confiance dans toutes ses actions qui n'était pas suggérée par son tremblement quand ils ne se touchaient pas. Qu'est-ce qui ne va pas avec lui ? s'était-elle demandée encore une fois. Et si un contact physique de cette sorte le faisait se sentir mieux, pourquoi ne l'avait-il pas recherché avant ? Mais alors, elle avait réalisé à quel point ce devait être gênant de demander à quelqu'un de le toucher pour des raisons médicales.

« Tu en es certain, Remus ? » avait-elle demandé, tendant sa main pour lui caresser la joue, sentant la douce barbe qui avait déjà poussé là. Il grogna quand elle le toucha, fermant ses yeux et s'appuyant contre sa main, incapable de s'empêcher de toucher de ses lèvres sa paume, l'intérieur de son poignet, la peau douce à l'intérieur de son avant-bras, le creux de son coude...

Lily avait haleté comme ses lèvres voyageaient vers le haut de son bras. Elle avait senti son contrôle s'échapper, et s'était retrouvée à penser 'je dois me contrôler tout le temps POURQUOI ?'.

Mais alors, Remus s'était arraché à elle, comme si cela nécessitait un effort surhumain.

« Retourne au lit, Lily ! » s'était-il étranglé, avant de se lever et de descendre les escaliers en courant. Elle n'était plus couverte par la cape et elle ne pouvait pas le voir, bien qu'elle l'entende descendre les escaliers...

La cloche retentit, et Lily leva les yeux comme si elle se réveillait d'un sommeil profond. Les autres élèves fermaient leurs sacs et bavardaient de ce qu'ils voulaient pour le déjeuner. Lily fit lentement son sac, sous le regard désapprobateur du professeur MacGonagall. Elle essaya de rapidement se glisser hors de la pièce sur les talons de Moira et Myra, mais le professeur MacGonagall ne laissa pas arriver cela.

« Miss Evans, pourrais-je vous voir s'il-vous-plaît ? »

Lily se tourna lentement, son estomac se contractant en elle, et pas de faim. Elle entendit les bruits de pas des autres élèves s'éloigner dans le couloir, allant vers la liberté bénie, alors qu'elle devait faire face à sa responsable de maison et professeur de métamorphose à l'air peu humoristique. Elle n'était pas sûre d'avoir jamais vu les lèvres du professeur MacGonagall si fines.

Mais comme le professeur MacGonagall regardait avec gravité Lily, son expression s'adoucit lentement. « Lily, votre esprit n'était pas au travail aujourd'hui. » Lily se sentit mal à l'aise.

« Je... Je suis désolée, professeur. Je... je prendrai les notes de James au cas où j'ai manqué quelque chose. »

Le professeur MacGonagall la regardait plus gentiment maintenant. « Comment va votre mère, Lily ? J'espère que vous avez passé un agréable séjour dans votre famille pendant les vacances. S'il y a quoi que ce soit dont vous souhaitiez parler... »

Lily voulait surtout parler des moyens de se glisser dans un trou du sol, de préférence un qui conduisait en bas, dans les donjons, où quelqu'un devrait être châtié pour avoir pensé aux garçons à la place de sa pauvre mère mourante... Non, se corrigea-t-elle immédiatement. Maman ne meurt pas. Elle leva les yeux vers le professeur MacGonagall et déglutit.

« Oui, les vacances se sont bien passées. Maman se sent un peu mieux. Elle était à la maison, alors nous avons pu passer un Noël normal. » dit-elle au professeur MacGonagall. Si normal était que tout le monde marche sur des œufs tout le temps en n'ose jamais dire les mots 'malade' ou 'mourant' et encore moins 'cancer' ou 'chimiothérapie'.

« Bien, bien. Peut-être que vous pourrez bientôt reporter toute votre attention sur vos études, à nouveau. » dit-elle maintenant, un peu plus sévère, regardant par dessus ses lunettes carrées la jeune fille anormalement grande.

Lily continua à souhaiter encore et encore ce trou dans le sol, mais aucun n'apparut. « Oui madame. » dit-elle humblement.

« Maintenant, allez déjeuner ! » dit-elle, indiquant la porte à Lily et se retournant vers son bureau pour ramasser ses propres affaires. Lily n'eut pas besoin de se le faire répéter. Elle jaillit de la salle de classe et dévala à toute allure le couloir vers les escaliers. Quand elle atteignit la grande salle, elle était à bout de souffle, et la seule place libre à la table Griffondor était entre Sirius et James.

Elle serra les dents et s'assit, ignorant la présence de Sirius, se tournant vers James et disant « Je pense que j'ai manqué quelques choses pendant le cours. Je pourrais t'emprunter tes notes de métamorphose plus tard ? »

Il ouvrit de grands yeux et prit un air alarmé pour quelques raisons. Il venait juste de prendre une bouchée de tourte, et les pommes de terres tranchées étaient clairement visibles dans sa bouche ouverte. Lily fit une grimace, et tendit sa main, lui refermant la mâchoire avec un geste sec. Il reprit ses esprits et avala sa nourriture.

« Heu, oui, bien sûr. Sauf que... elles sont assez désordonnées. Très désorganisées. Laisse-moi te les recopier d'abord. » Elle vit que son cahier de métamorphose était posé sur la table, juste à côté de son assiette.

« Je suis sûre que cela ira. J'ai déjà réussi à déchiffrer ton écriture avant... »

« Non ! » cria-t-il soudain, mettant le cahier hors d'atteinte de Lily. Tout le monde autour les regardait. « Heu, je veux dire... non. Je ne veux pas que tu subisses cela. Vraiment. Cela ne me dérange pas de te les recopier. »

Lily regarda le cahier avec suspicion. « Qu'y-t-il dans ce cahier, James Potter ? » dit-elle doucement, son visage très proche du sien.

James regarda par-dessus son épaule, et Lily jeta un coup d'œil aussi. Il semblait regarder dans la direction de la table de Pouffsouffle. Bonnie. Exact. J'aurais dû savoir, pensa Lily. Elle lui adressa un sourire de conspirateur.

« Si tu as écrit quelque poème d'amour ou quelque chose pour Bonnie, je promet de ne pas rire, » lui chuchota-t-elle. « Je pourrais même te les relire. Je te jure que je ne lui en dirai pas un mot. Ce sera une surprise totale. Est-ce que tu travailles sur quelque chose pour la Saint Valentin ? »

James eut l'air figé pendant un instant, puis, brusquement, ses traits s'animèrent à nouveau. « Oui ! C'est ça. Mais non ! Je veux dire... » il parla à voix basse « je serais trop embarrassé que quiconque le regarde » répondit-il. « C'est... C'est vraiment terrible. J'ai besoin de beaucoup le travailler. S'il-te-plaît... Laisse-moi simplement te recopier les notes. D'accord ? »

Lily lui sourit. Ses oreilles étaient rouges sous ses cheveux noirs désordonnés, et il lui semblait soudain très jeune, comme un garçon de dix ans ayant son premier coup de foudre. « Je promets de ne rien dire à Bonnie. Je suis sûre qu'elle sera enthousiaste avec quoique ce soit que tu lui donneras. Quelle fille ne voudrait pas qu'un garçon lui écrive un poème d'amour ? »

James sourit faiblement, piquant un peu de nourriture sur sa fourchette. « Exact. Quelle fille ne voudrait pas cela ? » marmonna-t-il avant de se remplir à nouveau la bouche.

Lily n'avait encore rien avalé. Elle n'avait pas très faim. Cependant, ils avaient deux cours de potion d'affilée avec les Serpentards cet après-midi, et elle savait que si elle ne mangeait pas quelque chose, la potion qu'elle préparerait commencerait probablement à être tentante avant peu de temps. Elle prit une cuisse de poulet et comme elle la mit dans son assiette, elle leva les yeux et croisa le regard de Remus Lupin de l'autre côté de la table.

Quelle fille ne voudrait pas cela... ?

Elle baissa à nouveau ses yeux, enfonçant ses dents dans le poulet, essayant de ne pas s'étouffer avec, espérant qu'elle pourrait le convaincre de rester dans son estomac. Remus, Remus... Qu'est-ce qui ne va pas avec moi ? Pourquoi est-ce que tu me prends contre toi, m'embrasses, et me regardes comme si tu m'aimais... et puis que tu m'ignores après ?

Dès qu'elle étaient rentrée de vacances, elle était allée voir Madame Pomfresh. Elle avait cherché un prétexte pour aller la voir, recherchant des bleus ou des égratignures sur ses bras ou ses jambes, mais elle était surprenamment peu marquée pour quelqu'un qui avait tendance à trébucher à cause de ses grands pieds assez souvent. Finalement, elle avait essayé une excuse différente pour aller à l'infirmerie.

« En fait, je suis ici à cause de... Heu... mon cycle mensuel, heu... »

« Aaah... » avait fait Madame Pomfresh avec compréhension. Elle était choquée par la timidité de certaines filles pour parler de cela... Spécialement les filles nées de moldus. Elle avait gloussé comme elle était venue s'asseoir à côté de Lily sur le bord d'un lit de l'infirmerie. Pauvre chose... Elle avait probablement eu une éducation rétrograde...

« Sauf que... » continua Lily, « ... c'est en fait... Je suis ici pour trouver comment... bien... continuer à avoir mon cycle mensuel... Heu, ce que je veux dire, c'est... »

« Oooh ! » fit encore Madame Pomfresh. Elle avait peur de tomber enceinte. Bien, ce n'était pas pour rien que Poudlard avait été une école mixte depuis un millénaire. La plupart des institutions moldues, elle le savait, avaient été des écoles pour filles ou pour garçons jusqu'à très récemment, et elles étaient nombreuses à l'être encore. Elle, d'un autre côté, était habituée à donner une certaine potion et à fermer les yeux là-dessus. Elle savait que les adolescents étaient des adolescents, et qu'il valait mieux être réaliste et faire ce qui était nécessaire pour éviter les accidents...

« Je connais justement ce dont tu as besoin, ma chérie. » dit-elle tapotant brusquement le genou de Lily, puis se levant et disparaissant dans son bureau. Lily se mordit la lèvre, la panique montant dans sa poitrine. Elle pensa à s'enfuir, mais Madame Pomfresh revint très vite. De toute évidence, c'était très facile pour elle de mettre la main sur ce dont elle avait besoin.

Elle tendit à Lily une fiole avec un liquide ambre. « Potion de Prophylaxis. Cela dure six mois. Voici une dose de un an. Deux doses en fait. Est-ce que cela t'ira ? Tu as de la chance. C'est un bon moment pour la prendre. Tu auras juste à te souvenir d'en prendre une autre dose au début de janvier l'an prochain. »

Lily la regarda, terrifiée. Cela avait l'air si... prémédité. Et l'infirmière était si pragmatique quant à tout cela. Si Lily faisait cela, elle serait changée à jamais. Mais j'ai déjà été changée à jamais, se souvint-elle, essayant de penser à si elle blâmait ou adorait le garçon de première année pour les avoir interrompu, Remus et elle. Et si cela arrive encore... Il y aura une chose de moins à se soucier... Une chose de moins pour nous arrêter...

Elle déboucha la fiole et un peu de fumée émergea du petit goulot de la bouteille. Madame Pomfresh avait l'air pressée maintenant.

« Bois-la vite. Ne laisse pas la vapeur se dissiper. »

Lily la regarda encore, avec de grands yeux, puis regarda la fiole. Elle prit une grande inspiration et l'amena à ses lèvres, penchant rapidement sa tête en arrière, se rappelant comment son père prenait une rasade de Whisky en rentrant à la maison, après être allé voir sa mère, quand elle était en radiothérapie...

« Bonne fille. » lui dit Madame Pomfresh, reprenant la fiole vide, qui fumait encore « Aucun risque d'avoir un... accident, hé ? »

Lily sentit son visage rougir. Non, pas d'accidents ici. Elle essaya de sourire à l'infirmière, mais le goût de la potion avait été la chose la plus vile qui soit jamais passée entre ses lèvres. Elle lécha ses lèvres en hésitant, se demandant combien de jours s'écouleraient avant que la saveur dégoûtante arrête de lui rappeler ce qu'elle avait bu. Évidemment, elle ne réussit pas à cacher son opinion sur le goût de la potion.

« Oh ! Quelle tête ! » gloussa Madame Pomfresh. Lily se hérissa. Juste ce dont elle avait besoin : l'infirmière se moquant d'elle. « Je suis désolée, ma chérie, j'apporte habituellement une autre potion en même temps et j'ai oublié. »

Elle alla dans son bureau et revint avec une autre fiole. Celle-ci était petite et brune, avec un long bouchon. Madame Pomfresh l'ouvrit et versa un peu de la préparation visqueuse dans une cuillère. Lily était déchirée entre être nerveuse à l'idée de prendre ce que Madame Pomfresh voulait lui donner, et être déçue parce qu'il n'y avait qu'une cuillerée... comment si peu de chose allait pouvoir emporter ce goût horrible et dégoûtant, alors qu'elle avait bu toute une fiole de l'autre potion ?

Mais elle ouvrit avec obéissance sa bouche et laissa Madame Pomfresh lui mettre la cuillère dedans. Elle fut immédiatement plaisamment surprise par une adorable chaleur se répandant dans ses membres, et sa bouche ne fut plus remplie par le vil goût de la potion de Prophylaxis, mais par une succession de saveurs. Elle pouvait jurer qu'elle mangeait une délicieuse soupe à la tomate crémeuse. Longtemps après avoir avalé le contenu de la cuillère, elle pouvait encore la sentir dans sa bouche et même la sentir couler dans sa gorge. Cela était sans erreur possible suivi par un goût de rosbif tendre et juteux et de pommes de terre rôties avec une peau croustillante et une crème au beurre douce... finalement, cela avait goût à la meilleure tarte à la myrtille avec de la crème fraîche battue. Cela... Cela avait l'air tellement réel. Elle déglutit et regarda Madame Pomfresh avec étonnement. L'infirmière avait l'air assez fière d'elle.

« Voilà ! Cela va mieux, n'est-ce pas ? » Lily acquiesça, avec de grands yeux. Madame Pomfresh renifla. « Cette potion est un parfait antidote au mauvais goût, et il a dû essayer de la transformer en chewing gum... » Elle s'activait, comme si elle avait oublié que Lily était là.

« Qui ? » demanda doucement Lily.

« Will... Oh, peu importe. » dit Madame Pomfresh, énervée, ayant commencé à répondre et y ayant un peu plus réfléchi. « Vas-y maintenant, et n'aies plus d'inquiétudes. Si tu as des questions, libre à toi de revenir. J'ai , heu, quelques livres que tu pourrais trouver utiles... »

Lily rougit. L'idée de venir voir Madame Pomfresh pour quoique ce soit en rapport avec cela était déjà épouvantable (bien qu'elle soit contente que si elle venait à revenir, elle puisse lui demander les livres au lieu d'avoir droit à des conseils en face en face)

« Merci. Je m'en souviendrai. »

Après qu'elle soit partie, Madame Pomfresh secoua sa tête en se dirigeant vers son bureau. Elle espérait que la pauvre fille n'allait pas avoir le cœur brisé. Cela se passait souvent comme cela la première fois. Au moins, raisonna-t-elle, même si elle n'a pas choisi le bon garçon, elle n'aura pas à se soucier d'un bébé en sus.