Le génération perdue

(1975-1982)

LoraLeE : merci donc pour cette première review, et voici donc la suite tant attendue.

Severia Dousbrune : effectivement, mais il sont encore jeunes...

Et maintenant, bonne lecture à toutes et à tous...

Chapitre cinq

Le hurlement du loup

Vendredi 11 décembre 1976

Lily se tortilla inconfortablement sur le lit d'hôpital. Elle allait avoir des escarres à ce rythme. Elle ne pouvait pas faire grand chose sinon rester allongée sur le dos et attendre que les Eupatorium sous les bandages fassent leur œuvre. Elle ne s'était jamais cassé un os de sa vie, et tandis qu'elle était très contente de pouvoir bénéficier de la médecine magique pour elle (quelque chose que sa mère n'avait pas), elle se souvenait encore de la douleur de la rupture de ses os avec une fraîcheur qu'elle craignait ne pas voir disparaître de sitôt.

Elle essaya de penser à quelque chose de plus plaisant que ses jambes cassées. Elle pensa à Severus. Cela fit s'étendre un lent sourire en travers de son visage. Presque comme s'il avait lu dans son esprit, la porte de l'infirmerie s'ouvrit et il entra, et l'expression que son visage arborait lui coupa le souffle. L'intensité des sentiments qu'elle y voyait était humiliante. Est-ce que je mérite cela ? se demanda-t-elle. Elle essaya de ne pas penser 'Est-ce que j'ai les mêmes sentiments ?' Comment ne les aurait-elle pas ? Comment ne pourrait-elle pas lui rendre ses sentiments quand il les exprimait d'une telle manière, et la traitait comme une reine, et l'adorait au-delà de toute raison ?

Il fut rapidement à son chevet, grâce à ses longues enjambées, et il s'assit, n'ôtant jamais ses yeux d'elle, prenant sa main pâle et mince et la tenant fermement. Elle le regardait aussi. Ils restèrent tous deux silencieux pendant plusieurs minutes.

« A quoi penses-tu ? » lui demanda-t-elle finalement doucement.

Il tint sa main encore plus fermement, comme si c'était ce qu'il avait de plus précieux. « A ce jour… sous les chênes… »

Elle lui fit un petit sourire. « Moi aussi. »

C'était sans doute un jour à marquer d'une pierre blanche, le jour où l'effet de la potion d'Eutharsos était parti et où il l'avait rencontrée sous les chênes qui conduisaient aux serres…

Les énormes arbres de l'allée avait toutes les nuances de pourpre et d'ocre. Les glands et les feuilles mortes faisaient un tapis sur le chemin entre les arbres. Elle commença à descendre le chemin nerveusement, sentant un frisson parcourir son corps à cause d'une fraîche brise automnale, et de l'absence de soleil dans ce passage, car trop de feuilles étaient encore rattachées aux branches.

Elle avait défié Severus dans le donjon de potions. Alors si tu veux me dire que tu m'aimes et m'embrasser… bien nous verrons ! Le ferait-il ? Que ferait-elle s'il le faisait ? Elle se souvint comment c'était de l'embrasser, de se sentir comme si elle était chérie pour elle-même, et pas simplement comme quelqu'un qui servait à satisfaire une envie physique, quelqu'un qui se trouvait être le corps chaud le plus proche. Réaliser qu'il n'aurait pas proclamé son amour ou qu'il ne l'aurait pas embrassée s'il n'y avait pas eu la potion avait été anéantissant.

Elle vit de l'extrémité du tunnel de feuilles que Severus l'attendait, déchirant des feuilles par jeu comme il patientait. Il était assis sur le sol, appuyé contre le tronc d'un énorme arbre près de la fin du passage, très près des serres. Sa robe noire était jetée sur ses épaules et sa peau était très pâle. Il n'y avait pas un rayon de lumière le touchant. Ne pense pas encore à l'histoire de vampire, se dit-elle comme elle approchait. Une fraction de seconde plus tard, elle pensa 'Flûte. Trop tard.'

Severus Rogue la regarda s'approcher, son estomac noué. Il était assez certain que l'effet de la potion d'Eutharsos avait disparu. Son cœur battait dans sa poitrine avec trop d'insistance pour qu'elle fasse encore effet. En-dessous des branches, il pouvait voir Lily se rapprocher, sa robe gonflée derrière elle. Il ne pouvait enlever ses yeux d'elle. Elle vient vraiment à ma rencontre, pensa-t-il, incrédule. Elle n'a pas été menacée ou forcée…

Une attaque nerveuse le frappa avec force, et il lutta pour se calmer à nouveau avant qu'elle ne soit suffisamment proche pour voir à quel point il tremblait. Quand elle ne fut plus qu'à une paire de yards, il commença à se lever, mais avant qu'il ne soit debout, elle avait commencé à s'asseoir, et il retomba maladroitement au sol, se sentant incroyablement stupide et gauche. Elle avait des problèmes pour ajuster sa robe, la regardant avec un froncement des sourcils irrité, pour l'empêcher de tirer dans son dos et de l'étrangler. Il sourit en la regardant. Elle semblait à deux doigts de lancer un sort à sa robe tellement elle paraissait en colère. Puis il essaya de se calmer, au cas où elle pense qu'il se moquait d'elle. C'était la dernière chose qu'il voulait qu'elle pense. Une des raisons pour lesquelles il l'aimait était qu'en dépit de son intelligence et de sa beauté, elle était aussi incroyablement humaine. Il se souvenait la tenir dans ses bras, et la manière dont elle avait répondu à son baiser, ouvrant ses lèvres sous les siennes…

Il souhaita avoir osé préparer davantage de potion. Il avait peur qu'elle voit que ses mains tremblaient.

Elle les vit, mais prétendit ne pas les voir. Elle le regarda carrément, et sans préambule, elle dit « Bien, Severus ? »

Il essaya d'imaginer qu'il était sous influence de la potion, et l'effet placebo commença à l'aider. Il baissa ses yeux vers les mains de Lily, posées sur ses cuisses, et il en prit une, enlaçant ses longs doigts dans ceux de son aimée, puis leva de nouveau les yeux vers elle. « Lily », commença-t-il, sa voix prise. Il s'éclaircit la gorge, puis essaya de recommencer. « Lily », réussit-il finalement à dire « Je pensais vraiment ce que j'ai dit dans le donjon de potions. »

Elle se renfrogna et secoua la tête « Essaye encore. » Mais elle aimait la sensation de tenir sa main, et elle ne sépara pas ses doigts de ceux de Severus.

Il s'éclaircit encore une fois la gorge. « Lily », dit-il d'une voix plus forte et plus ferme, décidant de se jeter à l'eau. « Je t'aime. » Il se pencha et l'embrassa légèrement sur les lèvres, se reculant rapidement après un contact rapide, attendant le verdict. Son cœur faisait un bruit de tonnerre à ses oreilles.

Lily lui sourit cette fois, baissant les yeux vers leurs mains liées, puis revenant à son visage. « Là, maintenant, était-ce si dur ? Je veux dire, sans potion ? » Severus secoua la tête, un léger sourire apparaissant à ses lèvres. « Mais ce baiser » continua-t-elle « n'était pas vraiment comme celui de l'autre jour, n'est-ce pas ? » dit-elle d'une voix plus basse, espérant qu'il comprenait ce qu'elle voulait dire. Où est donc le Serpentard enragé qui meurt d'envie d'être seul avec les filles innocentes de Griffondor pour en profiter ? se demanda-t-elle, pensant au stéréotype typique des Serpentards. Il peut vraiment être assez gentil quand il n'essaye pas d'être un Serpentard typique…

Elle se sentait très hardie en se penchant vers lui, entrouvrant sa bouche, voyant qu'il était choqué pendant une fraction de seconde. Un instant plus tard, son choc avait laissé place au désir et au plaisir, comme il la prenait dans ses bras et approfondissait son baiser, tenant sa tête vers la sienne, faisant serpenter ses mains dans ses cheveux, caressant son cou de ses longs doigts afin de l'entendre soupirer contre sa bouche, de la sentir frissonner légèrement à cette sensation. Ils rompirent tous deux lentement le baiser en même temps, se reculant en hésitant, les lèvres picotant. Elle aimait la façon dont ses yeux sombres brillaient de bonheur, pensant 'J'ai fait cela.'

Mais ensuite, ses yeux s'assombrirent une fois de plus, de cette façon familière quand elle l'accompagnait à l'aile de l'hôpital. Elle y vit de la douleur, mais contrairement à la douleur physique qu'elle l'avait déjà vu supporter, cela ressemblait davantage à une douleur émotionnelle. Severus la regarda avec sérieux. Il avait hésité à le lui dire, mais d'une manière ou d'une autre, il savait qu'il devait être honnête avec elle dès le début, ou ce ne serait pas bien. Elle savait ce que les autres disaient de lui, et bien qu'elle n'ait jamais semblé les croire, et qu'elle vienne de l'embrasser profondément, il voulait être certain qu'elle connaisse la vérité. Il voulait être complètement ouvert avec elle et éviter des complications postérieures. Si elle ne voulait pas être avec lui après avoir entendu ce qu'il avait à dire, il aurait simplement à l'accepter, pensa-t-il, retenant son souffle. Mais avec de la chance… avec de la chance, cela lui importerait peu et elle ne le quitterait pas…

« Il y a quelque chose d'autre que je veux te dire, Lily. Quelque chose que personne d'autre ne sait. Bien, aucun autre élève. Je veux que tu saches tout de moi. » Il essayait d'empêcher sa voix d'être plus aiguë, mais ce n'était pas facile. Il n'en avait jamais parlé de sa vie à quelqu'un extérieur à sa famille. Le directeur et l'infirmière savaient, mais c'étaient ses parents qui leur avaient dit, quand il avait commencé l'école. Avant qu'ils ne soient tués par des aurors trop enthousiastes qui ne seraient jamais amenés devant la justice… Il secoua sa tête, essayant de se concentrer et de jauger si elle allait bien le prendre.

Lily semblait être un peu appréhensive, mais elle ne dit rien. Elle continua à le regarder, dans l'expectative et en silence, mais avec un air de jugement qu'il trouvait dur d'ignorer. Pour être juste, il ne savait pas à quoi devait ressembler quelqu'un que l'on venait d'embrasser puis à qui on disait je veux que tu saches tout de moi. Elle devait forcément avoir une appréhension.

Severus continua. « Je veux que tu saches la vérité, sur pourquoi j'évite la lumière du soleil, de manger de l'ail et cette potion que je dois prendre chez Madame Pomfresh… »

Lily sentit la bile remonter dans sa gorge quand elle pensait à l'avoir embrassé. Elle s'écarta un peu de lui, le désignant d'une main tremblante, ayant l'impression que son cœur s'était arrêté. Sirius avait raison ! Elle le dit maintenant à haute voix : « Sirius avait raison ! » Elle respirait rapidement et avait l'air d'être à deux doigts de fuir.

« Quoi ? » il se renfrogna, complètement confus. Puis ses yeux s'écartillèrent quand il comprit. Mais elle continua à débiter.

« Bien, éviter la lumière du soleil, et l'ail, et aller voir régulièrement Madame Pomfresh pour de la potion… Sirius l'a vu, mais je ne voulais pas le voir ! » Le soir de la blague du gobelet de sang, il avait lancé des invectives à ce sujet dans la salle commune de Griffondor. James avait roulé les yeux et s'était disputé avec lui, énonçant toutes les raisons pour lesquelles cela ne pouvait pas être. « James pensait qu'il était fou, mais… tu es un vampire ! Oh mon dieu, je t'ai laissé m'embrasser… » elle toucha ses lèvres, puis retira abruptement sa main, comme si sa bouche avait été souillée.

Il en resta bouche bée. Elle croyait vraiment toutes ces sottises. « Est-ce ce que… » Il sembla à la fois triste et en colère. « Non Lily. Je ne suis pas un vampire assoiffé de sang. Pardon pour le pléonasme. J'ai la porphyrie. »

« La porphyrie ? » Elle était perplexe.

« C'est une maladie du foie. Je prends de la potion de Porphyrie pour cela, principalement faite à base d'asplénium, avec des amarantes aussi. Il y aussi une pommade locale que je peux mettre pour accroître le temps que je peux passer au soleil. La porphyrie est un peu comme l'hépatite, mais c'est héréditaire. On ne la trouve habituellement pas dans les lignées de sorciers, mais j'ai un arrière-arrière grand-père ou quelque chose comme cela qui était moldu et qui l'avait. » Il lui expliqua ensuite sa photophobie, ou sensibilité à la lumière, et sa sensibilité aux bulbes d'allium et à tous les autres bulbes de ce type, ce qui signifiait qu'il devait éviter les oignons et l'ail. Elle avança correctement que comme c'était une maladie du foie, elle devait sans doute affecter son sang.

« Oui. Ainsi, à une époque, on pensait que les gens qui avaient la porphyrie avaient besoin du sang des autres personnes. D'où toute l'idée que les personnes qui en souffraient étaient des vampires. »

Elle était à nouveau confuse. « Mais… Il y a de vrais vampires, n'est-ce pas ? »

« Oh oui, et ils ne peuvent pas sortir au soleil non plus. Et j'ai un reflet… pas que je m'en soucie beaucoup… » Elle sourit à sa modestie. Elle aimait bien son apparence. « Mais ils boivent vraiment du sang. Pas les personnes qui ont la porphyrie, bien qu'on pensait qu'elles le faisaient… que nous le faisions… depuis des siècles. Et les vampires sont repoussés seulement par l'ail. J'ai des réactions négatives à tout ce qui est lié à l'allium… » Il expliqua qu'il avait de mauvaises réactions en particulier à l'ail éléphant et aux échalotes, et que le soleil le faisait jaunir et lui donnait des cloques, comme il ne pouvait pas traiter les nutriments, comme la plupart des personnes à la peau claire. « C'est une maladie chronique et incurable, autant chez les moldus que chez les sorciers. Elle peut être traitée, contenue, mais il n'y a pas de guérison, et si j'ai des enfants, il y a bien des chances qu'ils en héritent. »

Lily le regarda en silence, le plaignant. Severus vit cela et essaya de ne pas se laisser submerger par sa colère. En gardant sa voix très calme, il dit « Ne me regarde pas ainsi, Lily. Ne me plains pas. Ce n'est pas pour cela que je te l'ai dit. Je pensais juste que tu devais savoir. » Il souhaitait qu'elle arrête de le regarder ainsi, avec cette expression triste et apitoyée…

« Oh, Severus. » dit-elle finalement, passant son bras dans le sien, appuyant sa tête sur son épaule. Il lui sourit. Pas un large sourire, mais un petit sourire hésitant, au coin de ses lèvres. Il n'était pas complètement convaincu qu'elle ne se sentait encore pas désolée pour lui. Mais ensuite, elle leva la tête et effleura encore ses lèvres avec les siennes, et il les écarta, promenant en hésitant sa langue contre ses dents, oubliant tout le reste comme il rapprochait son visage de celui de Lily pour un autre baiser. Ce baiser ne fut pas aussi profond que le précédent, mais il avait un élément d'honnêteté qui manquait à celui d'avant. Elle savait. Elle savait tout de lui, et elle n'avait pas tourné le dos et fuit. Puis Lily se blottit contre lui, sa tête contre son torse, tandis qu'il sentait son poids chaud contre lui, et caressait ses cheveux, se demandant comment il pouvait avoir autant de chance…

« Qu'est-ce qui te fait sourire ? » lui demanda-t-il, souriant un peu lui-même comme il lui tenait la main, et s'émerveillait de la belle juxtaposition de ses cheveux roux sombres sur le lin d'un blanc éclatant de l'hôpital. Elle pressa sa main, et ses yeux brillèrent de malice.

« Je pensais à combien j'aimerais t'embrasser maintenant. » dit-elle franchement. Il se raidit, comme il le faisait habituellement quand elle disait quelque chose de similaire. Elle avait découvert qu'il ne parlait pas beaucoup de ces choses là. Cependant… Elle essayait de faire progresser leur relation physique plus lentement que cela n'avait été entre elle et Remus, et tout ce qu'ils avaient fait jusqu'à présent était simplement de flirter. Même les caresses étaient restées à un niveau minimum. Elle redoutait qu'il ne découvre comment elle s'était cassée la jambe…

La porte de l'infirmerie s'ouvrit encore, et James et Bonnie entrèrent. Severus retira brusquement sa main de celle de Lily et se leva maladroitement, renversant sa chaise, puis tâtonnant pour la redresser.

« Hum, alors, voilà les chapitres que tu devras avoir lu en potions. J'ai promis au maître des potions que je te le dirai, c'est chose faite. » lui dit-il, le ton professionnel et précis de sa voix seulement entaché par un bref tremblement.

Il se tourna et rentra pratiquement dans James Potter et Bonita Manetti. Il ne les salua pas du tout. Ils auraient tout aussi bien pu être de simples meubles qu'il essayait d'éviter. A la fois James et Bonnie lui firent la tête comme il claqua la porte de l'infirmerie derrière lui. Quand ils se retournèrent vers Lily, elle se força à sourire, souhaitant avoir pu rester un peu plus longtemps avec Severus. D'un autre côté, c'était aussi nerveusement épuisant d'être avec lui, comme ils étaient dans une phase initiale et malaisée de leur relation, et ne disaient pas aux gens qu'ils se voyaient. Cela avait été son idée. Il avait peur que les amis de Griffondor de Lily ne lui posent des problèmes. Elle avait insisté en disant qu'elle n'avait pas honte de lui, mais il n'avait pas cédé. Elle avait rapidement découvert que Severus pouvait être très têtu. La visite de Bonnie et James, ses amis, serait un peu plus relaxante tout compte fait.

Ils la faisaient bientôt rire avec ce qui s'était passé en herbologie et avec d'autres choses. James ne parla pas vraiment beaucoup, mais laissa les filles bavarder. Il se retrouva à jeter des regards furtifs entre les deux filles.

James savait comment Lily s'était cassé la jambe.

Cette pensée lui assécha la bouche. La voir maintenant, allongée dans le lit, portant une tunique d'hôpital… Il essaya de se concentrer sur Bonnie à la place, la jolie Bonnie, avec son grand sourire et ses yeux étincelants, son petit nez parfait et son visage en forme de cœur, qui avait d'attendrissantes fossettes quand elle souriait… Mais d'une manière ou d'une autre, ses yeux revenaient toujours sur Lily…

Il savait qu'elle couchait avec Remus. Il ne pouvait pas comprendre pourquoi ils n'étaient pas un couple connu du public, pourquoi cela semblait simplement être… sexuel. Et maintenant… maintenant s'intéressait-elle à Rogue ? Sirius insistait que c'était cela. James n'en était pas si sûr. S'ils étaient vraiment un couple, ils se comportaient très étrangement ensemble. Mais depuis qu'il avait découvert pour Lily et Remus, il avait beaucoup de mal a penser à elle de la même façon, d'une façon fraternelle. Il se souvint à quel point elle s'était abandonnée à la passion quand il les avait trouvé tous les deux dans la salle commune l'année précédente. Elle ressemblait à une toute autre personne. Une personne qui se faufilait dans ses rêves bien trop souvent ces jours-ci, au lieu de celle à qui ils étaient voués, sa petite amie, Bonnie…

« Tu ne penses pas, James ? » Bonnie le regardait, attendant quelque chose.

« Hein ? Quoi ? » bafouilla-t-il. « Oh, heu, bien sûr. Comme tu dis Bonnie. »

Les deux filles s'échangèrent un regard, leurs yeux pétillant, avant d'éclater d'un rire hystérique. « Tu n'as aucune idée de ce que t'as dit Bonnie, n'est-ce pas, James ? » dit Lily, presque à bout de souffle.

Il rougit et secoua la tête. « Désolé. Je suis épuisé. » Ce n'était pas un mensonge complet. C'était juste bien en avance. La pleine lune allait se lever au coucher du soleil, et lui et les autres allaient accompagner Remus. Demain matin, il serait complètement épuisé. « Je pense que je vais aller faire une sieste avant de dîner. Je… J'espère que tu m'excuseras Lily. Je voulais vraiment te rendre visite… »

Elle sourit avec indulgence. Il était tellement énervé. C'était assez attachant, vraiment, selon Lily. James n'avait jamais vraiment perdu l'air d'un garçon de onze ans perdu, malgré le fait qu'il exerce parfois une autorité surprenante, maintenant que c'était sa deuxième année en tant que préfet. Quand on le surprenait dans la lune, il virait à l'écarlate. Lily suspectait qu'il pensait à Bonnie. Ils font un tellement beau couple, pensait-elle. Puis elle soupira intérieurement. Personne ne pensera jamais cela de Severus et moi.

Bonnie prit la main de James comme il se levait. « Ne t'inquiète pas. Je tiendrai compagnie à Lily. Va te reposer. » lui dit-elle, comme il se penchait pour lui donner un bisou sur la joue. Il pensa un instant l'embrasser sur les lèvres, mais il avait le sentiment qu'elle ne voulait pas être si démonstrative devant quelqu'un d'autre. Il quitta l'infirmerie et se tint dans le couloir, s'appuyant lourdement contre la porte, entendant le murmure des filles reprendre. Bonnie est ma petite amie, se redit-il. Sirius a déjà essayé de sortir avec elle avec pertes et fracas, Peter fond toujours devant elle, et elle couche en fait avec Remus. N'aie pas d'idées stupides sur une fille qui te considère comme son frère.

Il traversa à grands pas les couloirs, essayant de sortir de sa tête Lily, mais c'était difficile comme il allait bientôt se promener dans la Forêt Interdite avec son amant. James se renfrogna, essayant de cerner quels étaient ses sentiments pour Remus. Au plus profond de lui, il l'enviait un peu, mais il ne lui regrettait pas un peu de bonheur. Il souhaitait simplement… Il ne savait pas ce qu'il souhaitait. Il souhaitait que lui et Bonnie n'aient finalement pas couché ensemble pour Halloween, voilà quelque chose qu'il savait qu'il souhaitait. Cela avait été un désastre total. La maladresse personnifiée. Il n'avait même pas fini et avait menti à ce sujet, et quand il avait essayé d'en faire plus pour elle (elle semblait incroyablement déçue, mais le niait), elle avait été horrifiée et lui avait demandé 'Que diable fais-tu' et s'était écartée de ses mains et de sa bouche. Quand il avait essayé de lui dire (maladroitement, comme il ne l'avait jamais fait et en avait seulement entendu parler), elle avait été atterrée, et il avait su qu'il ne la verrait pas aux prises avec la passion cette nuit-là.

Ils avaient essayé d'avoir une relation sexuelle quelques semaines plus tard, avec un peu plus de succès (du côté de James), mais elle ne le laissa encore pas l'aider à arriver à la satisfaire. Elle insistait en disant que c'était bien, qu'elle allait bien, et elle avait dit quelque chose de vague comme quoi c'était tout pour lui de toutes façons. Il haïssait se sentir ainsi, comme si c'était une obligation de sa part, quelque chose qu'elle avait décidé de faire parce qu'elle pensait qu'il l'attendait. Il espérait ne jamais lui avoir donné cette impression. Peut-être que d'autres filles l'avaient fait. Au final, aucune des fois n'avaient été satisfaisante d'un point de vue sentiment. Après chaque rencontre, ils s'étaient blottis l'un contre l'autre et s'étaient chuchotés des douceurs l'un à l'autre, mais tout cela semblait creux d'une manière ou d'une autre. La deuxième fois en particulier, se sentant satisfait et sachant qu'elle ne l'était pas, il n'avait pas pu s'empêcher de penser que Lily ne serait pas comme cela, Lily avait une passion et un feu en elle qui…

Il se secoua en marchant. Il le faisait encore. Remus et Lily. Ne pense pas à Remus et Lily. Oh, crotte, je pense à Remus et Lily. Cela n'aidait bien sûr pas que Sirius revienne fréquemment à la tour Griffondor au milieu de la nuit après une liaison romantique, voulant régaler les autres garçons avec tous les détails de sa dernière conquête. On ne pouvait pas dire de Sirius qu'il avait une petite amie, au sens propre du terme, mais il ne manquait certainement pas de filles faisant la queue pour ce titre. James lui avait laissé penser que sa relation avec Bonnie était plus loin avant même qu'ils aient couché ensemble pour la première fois (ou tenté de coucher ensemble), afin que Sirius arrête de le taquiner sans pitié. Il ne s'était alors pas senti prêt. Un gars peut s'autoriser à appréhender ces choses lentement s'il veut, avait-il pensé. Maintenant, il souhaitait avoir été encore plus lent.

Dans l'infirmerie, Bonnie dit au revoir à Lily et partit. Quand l'autre fille fut partie, Lily laissa son visage se reposer. Cela faisait presque mal de sourire autant. Elle jeta un coup d'œil à sa jambe, sous les draps. Elle souhaitait ne pas avoir cédé et être descendue dans la salle commune la nuit précédente… Mais elle ne l'avait pas rencontré la semaine après avoir embrassé Severus sous les chênes, ni le mois d'après non plus, se sentant très mal pour lui quand elle voyait les signes extérieurs de sa souffrance. La première fois, il lui avait demandé le lendemain si elle allait bien, et elle lui avait dit qu'elle s'était sentie exceptionnellement fatiguée la veille. Il avait acquiescé et n'en avait pas reparlé. Le mois suivant, deux jours après, il lui avait demandé si elle était en colère après lui. Elle avait démenti, et n'avait pas mentionné la façon dont elle lui fournissait son aide 'amicale'. Il ne l'avait pas mentionné non plus.

Et puis la veille, pendant toute la journée, son visage avait été gris et avait dégouliné de sueur, ses yeux étaient écartillés et peinés, avec cette lueur rouge dedans, et elle avait commencé à se sentir incroyablement coupable. Elle savait qu'elle pouvait le soulager, mais elle l'aimait encore, et être avec lui quand elle ne pouvait pas lui dire comment elle se sentait était très douloureux. Elle savait qu'il lui donnerait autant de plaisir physique qu'elle lui en donnerait, mais elle voulait accompagner cela d'une déclaration de ses sentiments. Elle avait peur que s'ils continuent de cette façon, elle ne puisse plus tenir et crache finalement le morceau, ce qui serait incroyablement maladroit comme il ne lui rendait pas ses sentiments. Et pourtant… Elle souffrait positivement de ne pas pouvoir lui dire. Et elle se sentait aussi coupable d'avoir rencontré Severus, de l'avoir embrassé quand elle n'était pas complètement certaine que ses sentiments pour lui étaient aussi forts qu'ils l'étaient pour Remus. Elle avait des sentiments pour Severus, mais…