La génération perdue

(1975-1982)

Après une longue absence, voici la suite de la Génération perdue. Bonne lecture à toutes et à tous.

Meric à Taz et Falyla pour leurs reviews.

Chapitre huit

La blague

Mardi 19 Septembre 1977

« Maintenant, peut-être qu'aucun de vous n'a le Don… C'est très rare… Mais vous pouvez exercer votre Œil Intérieur pour voir ce qui est devant vous, pour regarder dans une tasse de thé avec des feuilles de thé, et lire la fortune. Lire les feuilles de thé (ou tasseomancie), a ses origines dans l'oenomancie, une pratique de la Rome antique consistant à lire le sédiment laissé dans un verre de vin. Sortez maintenant vos copies de Dévoiler le futur, s'il-vous-plaît… »

Le professeur Trelawney parlait de cette voix mystérieuse à laquelle Bill s'était déjà habitué en pas tout à fait trois semaines de cours de divination. Maintenant qu'il était en troisième année, il avait choisi la divination en tant que nouvelle classe, parce que Alex et Jack la prenaient tous les deux, et parce qu'elle semblait facile. Il avait hésité à prendre runes anciennes, mais il trouvait cela assez fascinant, en particulier les hiéroglyphes égyptiens, même si c'était un beau défi. La divination s'était avérée être plus de travail que ce à quoi il s'attendait, car il devait essayer de mémoriser ce que les douzaines de formes possibles dans le fond de la tasse pouvaient vouloir dire, et Trelawney était une des personnes les plus ennuyante qu'il avait jamais rencontrée. Au contraire, le professeur El-Madi était un homme plaisant avec un petit accent marocain qui charmait l'oreille, et il aimait beaucoup les mauvais jeux de mots qui faisaient néanmoins rire ses élèves, même lorsqu'ils grognaient. Bill aimait toujours ses classes de runes anciennes et redoutait la divination.

Le garçon de Pouffsouffle, Geoff, était aussi en divination. Bill l'avait connu un peu mieux comme c'était un camarade de chambre de Jack Richard. Il était très gentil, et avait beaucoup d'histoires sur les voyages en été pendant que son père enchaînait les nombreux festivals sur Gilbert et Sullivan. ( Les spectacles de G & S étaient à la base de nombreuses fêtes de village en Angleterre). Bill lui avait proposé de le tutorer en métamorphose et en sortilèges, qui étaient de loin ses meilleures classes, mais Geoff avait poliment décliné, s'appelant lui-même un cas désespéré. Il était cependant toujours de bonne humeur, et Bill aimait bien être avec lui et Jack. Il avait invité Alex à les rejoindre de nombreuses fois, mais Alex était très souvent seul depuis que le trimestre avait commencé, et il n'avait répondu à aucune des chouettes que Bill lui avait envoyé pendant l'été. A chaque fois que Bill lui disait qu'il se faisait du souci pour lui, (il pensait qu'il n'avait toujours pas surmonté la mort d'Orville, et peut-être qu'il blâmait Bill pour la mort de leur ami) il balayait Bill avec impatience, le traitant de mère poule et proclamant qu'il voulait juste être laissé seul.

Bill n'insistait pas, mais cela le mettait mal à l'aise en même temps, comme si Alex était une bombe à retardement, ou une Beuglante qui était ignorée. Attendez trop longtemps, et finalement, vous aurez un très gros problème. Pourtant… Il ne pouvait pas exactement paralyser complètement Alex et le forcer à dire ce qu'il ressentait. Il devait lui laisser du temps et simplement attendre que Alex soit prêt. Bill avait treize ans et allait sur quatorze. Il ne voulait pas spécialement un dialogue profond et significatif avec Alex sur Orville en tous cas.

Bill, Jack et Geoff étaient assis à une petite table dans la pièce ronde à chaleur étouffante de la tour de Trelawney, l'air parfumé les rendant un peu vaseux, buvant ce qui devait sans doute être le thé le plus dénué de goût que Bill avait jamais pris, et se préparant à lire leur fortune dans les feuilles de thé. Une paire de filles de Serpentards (Miriam Broadbent et Raisa Czaikowski) était aussi dans la classe, assise ensemble à une petite table, buvant leur thé. Il n'y avait pas d'autres Serpentards présents. Il n'y avait pas du tout de Serdaigle. Bill avait entendu que tout le monde à Serdaigle avertissait les troisième année de ne pas suivre le cours de Trelawney. Tout Serdaigle qui le ferait serait probablement la risée de sa maison. Booth et Leonard n'étaient pas là comme ils avaient pris arithmancie. Bill jeta un regard du coin de l'œil à Alex, qui était assis avec Mary Ann Boxwood. Bill suspectait qu'il avait surmonté son besoin de nier qu'il l'aimait bien. Ils parlaient beaucoup et elle semblait aussi beaucoup l'aimer.

Bill, de son côté, trouvait très dur de ne pas regarder Juliet Hathaway depuis que la troisième année avait commencé. Elle semblait soudain plus âgée, et pouvait facilement être prise pour une quatrième ou une cinquième année. Bill ne pouvait s'empêcher de remarquer à quel point ses boucles brunes et dorées brillaient à la lueur des chandelles, comme elle était assise avec Wallis Cassell, en train de regarder dans sa tasse de thé. Soudain, Wallis leva le nez et croisa le regard de Bill, et elle lui fit un sourire malicieux. Il fit de grands yeux alarmés et baissa à nouveau les yeux vers sa tasse, paniqué à l'idée qu'elle puisse penser qu'elle lui plaisait à la place de Juliet. Il avait plutôt l'impression depuis le début du trimestre que Wallis avait le béguin pour lui, et il avait été pratiquement impossible de faire la moindre remarque inoffensive à Juliette avec Wallis (sa meilleure amie) toujours alentour, lui faisant des clins d'œils à tout bout de champ.

Oh bon, pensait-il. En général, très peu d'élèves de troisième année commencent à sortir ensemble, même quand il y avait les sorties à Pré-au-Lard. Ce n'était même pas habituel pour les élèves en quatrième année de commencer à sortir ensemble. La plupart ne commençaient pas avant la cinquième année, et même alors, la plupart des cinquième année était occupée avec l'imminence des BUSEs. S'il n'avait pas encore de petite amie pour un moment encore, Bill pensait qu'il serait certainement en bonne compagnie.

Trelawney frappa des mains et donna aux élèves l'ordre d'échanger leurs tasses de thé pour faire leurs lectures. Bill tendit la sienne à Geoff, Geoff, donna la sienne à Jack, qui donna la sienne à Bill. Bill fixa le fond de la tasse et ses dépôts de débris noirs, essayant de discerner quelque forme. Il y avait aussi quelques feuilles de thé humides éparpillées sur le bord de la tasse. Et je suis sensé faire quelque chose de celles-là aussi ? se demanda-t-il. Il se renfrogna face à la délicate tasse de porcelaine, ne sachant pas que dire, se demandant s'il pouvait simplement inventer quelque chose.

Jack fronça les sourcils face à la tasse de Geoff. « Je ne sais pas comment appeler cela. Soit c'est une chaussure, soit c'est un point d'interrogation, selon la manière dont on le retourne. Qu'est-ce que cela signifie ? »

Geoff pâlit. Bill avait déjà vu pourquoi il avait été réparti à Pouffsouffle. Il travaillait très dur. Il semblait avoir mémorisé toute la section sur les feuilles de thé dans 'Dévoiler le futur'. « Un point d'interrogation ? Ou une chaussure ? C'est ce que tu as dit ? »

Jack acquiesça. « Je ne vois pas ce que cela pourrait-être d'autre… Qu'est-ce que cela veut dire ? »

Geoff déglutit. « Un changement. Si c'est une chaussure, c'est un changement de carrière. Un point d'interrogation signifie une incertitude, ou un changement plus général. Mais ils sont tous deux similaires, alors je ne suis pas sûr que ce soit important… » Sa voix était devenue très douce. « J'aurais dû savoir que cela allait arriver… »

Bill et Jack se froncèrent les sourcils, l'un à l'autre. « De quoi parles-tu ? » lui demanda Bill. « Regarde dans la mienne. Racontes-moi ce que mon futur cache. » dit-il, ricanant.

Geoff grimaça. « Je vois plus d'une chose. Cela arrive parfois. » ajouta-t-il avec autorité. « Une clé à l'intérieur d'un triangle. La clé révèle qu'un mystère va être dévoilé. Le triangle signifie qu'un événement inattendu va se produire. »

Jack haussa les épaules. « Presque tous les événements ne sont pas attendus. La vie est imprévisible. Cela signifie probablement que quelque soit le mystère qui est dévoilé, cela n'était pas attendu. Exact ? »

« Je suppose… » dit Bill en frémissant. Est-ce que serait quelque chose le concernant qui serait révélé, comme son petit penchant pour Juliet ? Ou serait-il celui qui allait découvrir quelque chose sur quelqu'un d'autre ?

« Que dit la mienne ? » voulut savoir Jack. Bill fixa la tasse, essayant d'identifier un haut et un bas au groupe de feuilles, faisant tourner la tasse encore et encore, pas satisfait. Geoff lui tendit la main.

« Tu veux que j'essaye ? » Bill acquiesça et lui tendit la tasse. « Hmm… » dit-il, ses lèvres pressées l'une contre l'autre. « Ces morceaux sur le côté ressemblent à une flèche. Cela signifie que de mauvaises nouvelles arriveront dans une lettre. Le bout au milieu… Tu vois comme ce morceau remonte là, et ici, on dirait que tu pourrais y passer le doigt si c'était plus grand ? Pour moi, ce sont des ciseaux. Ce n'est pas bon. Cela signifie de la colère et une mésentente familiale. »

Bill acquiesça. « Peut-être que ce seront les mauvaises nouvelles de la lettre. » dit-il. « Une mésentente familiale. »

Jack fronça les sourcils. « Comme deux personnes de ma famille ne s'entendant pas ? Comment cela pourrait-il être une mauvaise nouvelle pour moi ? Je suis toujours ici, à l'école, pour commence. Qu'est-ce que cela aurait à voir avec moi ? »

Bill haussa les épaules. « Je ne sais pas… »

Trelawney passa à leur table et apprécia complètement leurs prédictions de malheur et d'obscurité. Il sembla à Bill que ses yeux brillaient d'une manière peu amicale quand elle regarda Geoff, mais il ne savait pas que faire de cela.

Ce fut un soulagement de quitter la pièce étouffante et de descendre dans la grande salle pour le déjeuner. Bill se demanda s'il devait faire attention à ses feuilles de thé prédisant qu'un mystère serait résolu et qu'un événement inattendu arriverait. Il avait confiance en l'instinct de Peggy, mais il ne savait pas pour Geoff. Il suspectait fortement quelque chose d'étrange au sujet du garçon, et il voulait parler du problème avec Jack, comme ce dernier vivait avec Geoff dans le dortoir de Pouffsouffle, c'était plus facile pour Geoff de parler en privé avec Jack que pour Bill.

Cependant, comme ils approchaient du hall d'entrée, Geoff dit soudain. « Continuez tous les deux. Je dois aller aux toilettes. Je descendrai. » Il se glissa dans les toilettes des garçons près du sommet des escaliers de marbre descendant dans le hall d'entrée, et Bill et Jack haussèrent les épaules.

« Okay. » dit négligemment Jack à son camarade de maison. Lui et Bill commencèrent à descendre les escaliers avec les autres élèves qui convergeaient sur la route du déjeuner.

Mais sur un grand pallier à une moitié de volée de marche du bas, Bill tira Jack sur le côté et dit « J'ai une question pour toi. Sur Geoff. »

Jack avait l'air de penser à autre chose et il releva brusquement la tête. « Quoi ? Désolé. Qu'as-tu dis ? »

« Geoff. Je veux te demander quelque chose sur lui. »

Jack haussa les épaules. « Comme quoi ? »

« Bien… L'as-tu vraiment vu faire de la magie ? Avec une baguette ? »

Jack fronça les sourcils. « Bien sûr qu'il a fait de la magie. Il est en troisième année. Où veux-tu en venir ? »

« Je veux en venir à … Il dit lui-même qu'il est un cas désespéré en métamorphose, en sortilège et en défense contre les forces du mal, aussi, bien que nous ne lancions pas beaucoup de sorts dans cette matière, c'est principalement des devoirs écrits sur les banshees et toutes ces bestioles. L'as-tu vraiment vu lancer un sort avec succès ? Ou voler sur un balai ? »

Jack fronça les sourcils plus profondément, ayant maintenant l'air dérangé. « En y pensant… Je ne pense pas. Il est bon en potions, cependant… »

« On n'a pas besoin de magie pour cela. »

« … et en herbologie, histoire de la magie et astronomie… »

« … parmi lesquelles aucune ne requiert que l'on soit magique. »

Jack s'arrêta et fixa Bill, les yeux ronds comme des soucoupes. « Alors tu penses que… »

« Oui. Je pense que c'est pourquoi son nom n'était pas dans la liste des élèves à répartir quand nous étions en première année. Je pense qu'il est… »

« Qui ? »

Bill et Jack sursautèrent. Geoff se tenait maintenant à côté d'eux. Il les regarda tour à tour candidement, mais quand il remarqua à quel point ils avaient tous les deux l'air coupable, une expression suspicieuse s'installa lentement sur son visage, et il eut l'air de savoir qu'ils avaient parlé de lui.

« Heu…Dumbledore. » dit soudain Bill, ne sachant pas pourquoi.

« Qu'y a-t-il au sujet de Dumbledore ? » demanda Geoff, fronçant les sourcils, comme s'il savait que Bill mentait.

« Heu, c'est juste que… » hésita Bill.

« Tu penses que c'est un animagus, comme MacGonagall ? » dit Jack d'une traite. « J'ai entendu que son nom est un vieux mot anglais pour 'bourdon'. Il pourrait être un bourdon animagus. Ce serait super n'est-ce pas ? Il pourrait savoir tout ce qui se passe dans l'école en volant ici ou là comme une abeille, regardant et écoutant. C'est quelque chose de parfait pour un directeur. »

Geoff rit. « Un animagus bourdon ? Si Dumbledore était un animagus, je pense qu'il serait quelque chose de mieux que cela. Après tout, il faudrait être sourd pour ne pas entendre le bourdonnement d'un bourdon à une demie-mile. Très futé, ça. Un bourdon… »

Geoff descendit les escaliers, secouant la tête, ne les suspectant plus de parler de lui dans son dos de toute évidence. Ils rirent faiblement avec lui, et le rejoignirent dans sa descente.

Quand ils entrèrent dans la grande salle, Bill se sépara de Geoff et Jack comme ils allaient à la table Pouffsouffle et il alla rejoindre les autres Griffondors. Il y avait très peu d'espace libre, alors il alla s'asseoir entre Remus Lupin et Cecilia Ratkowski, qui parlaient chacun à la personne assise à côté d'eux. (respectivement Peter Pettigrew et Lily Evans). James Potter et Sirius Black étaient assis en face de Bill, avec Booth et Leonard non loin d'eux, parlant avec animation de leur cours d'arithmancie. C'était étrange pour Bill de ne pas être avec tous ses camarades de chambre de Griffondor en classe cette année, mais c'était encore plus étrange de ne pas voir Orville s'asseoir pour manger à la table Griffondor…

Mais bientôt, il ne pensait plus à Orville. Comme il mangeait, il remarqua que Sirius Black regardait Lily d'une manière vraiment pas amicale, et qu'elle semblait consciente de cela, bien qu'elle parle à Cecilia avec nonchalance, comme si rien ne clochait. James Potter aussi regardait Lily Evans, mais Bill trouvait que son expression était différente de celle de Sirius. James semblait… être triste. Incroyablement triste. Il doit encore penser à sa défunte petite amie, pensa Bill, son esprit revenant inexorablement vers Orville. Est-ce que les blessures que cela a laissé aux vivants guériront jamais ? se demanda-t-il, voyant Alex, au bout de la table, mangeant lentement et seul. On aurait dit qu'ils avaient été dispersés de plus d'une façon par l'explosion d'Honeyduke. La tension entre les septième année, en particulier, était palpable.

Puis il remarqua que Sirius regardait ailleurs, et, se retournant, il vit où. Il foudroyait du regard Severus Rogue, à la table de Serpentard. Rogue regardait Black avec beaucoup, beaucoup de suffisance, mais aussi de haine. Bill revint à sa nourriture et fut vaguement conscient, du coin de l'œil, que Sirius se dirigeait vers l'entrée de la grande salle, et peu après, Bill entendit un bruit de pas ses diriger par là. Quand il leva le nez, il vit Rogue sortir de la salle, avec Black pas loin derrière. Allaient-ils se battre en duel ? se demanda-t-il. Quoiqu'il allait se passer, cela ne ressemblait pas particulièrement à une rencontre amicale…

En face de lui, James Potter avait l'air inquiet, très inquiet. A côté de lui, Remus transpirait l'épuisement, comme s'il n'avait rien d'autre à se soucier à part manger et dormir. Cependant, Pettigrew aussi semblait avoir remarqué que Black et Rogue quittaient la salle, ses yeux de fouine les suivant tous les deux, son nez pointu se retroussant comme s'il sentait quelque chose de putride.

Bill haussa les épaules et recommença à manger, essayant de saisir le regard pendant un instant et ne réussissant qu'à croiser celui de Wallis. Il soupira intérieurement, essayant de ne pas souhaiter que Wallis se transforme en crapaud, au cas où il fasse de la magie accidentelle et que cela arrive vraiment. Il avait fait cela une fois avec un gnome de jardin qui lui donnait des difficultés, et il avait reçu une longue leçon de morale de son père sur la cruauté envers les non-humains qui étaient incapables de parler. Il recommença à manger, espérant qu'à un moment ou un autre dans les quatre prochaines années, Wallis Cassel lui donnerait vraiment une chance de parler avec Juliet Hathaway, mais il n'était pas complètement certain que ce n'était pas désespéré…

« Hé bien, Black ? Qu'y a-t-il ? » cracha Rogue. Ils se tenaient dans le couloir du donjon, où ils étaient allés après avoir quitté la grande salle. Sirius Black avait l'air d'être sur le point de faire quelque chose, et la main de Severus se rapprocha de sa baguette, prêt à la sortir en une fraction de seconde. Sirius Black avait un demi-sourire que Severus n'aimait pas du tout. Il n'avait aucune confiance en ce crétin d'aussi loin qu'il le voyait. Il souhaitait presque qu'il ait déjà essayé de lui lancer un sort de telle sorte qu'ils aient arrêté de se chercher et qu'ils se battent proprement.

« Tu aimerais savoir ce que nous avons fait la nuit dernière, n'est-ce pas ? » dit soudain Black. Les yeux de Severus s'ouvrirent en grand. Est-ce que Black allait vraiment le lui dire ?

Mais il n'aimait pas la façon dont Black disait cela, comme si le monde tournait autour de lui, alors il lui répondit « Pourquoi devrais-je me soucier de ce que vous faites ensemble ? J'ai Lily, et la dernière fois que j'ai vérifié… Hé bien toi pas. » Il croisa les bras, regardant avec suffisance Sirius Black qui respirait entre les dents à la mention de Lily. « Et qu'a-t-elle fait quand tu as essayé de l'embrasser ? Voyons si je me souviens… » dit-il, se tapotant le menton, essayant de ne pas rire à ce souvenir, tandis que Sirius devenait de plus en plus rouge de rage. Severus se permit finalement de rire, mais ensuite il se calme et foudroya du regard le Griffondor.

« Tu penses que je ferais quelque chose d'aussi stupide que d'aller là où tu me dis d'aller pour découvrir ce que faites ? » il renifla. « Je ne suis pas Pettigrew, grâce au ciel… Mais note ce que je te dis… Je découvrirai ce que vous tous faites, et vous serez punis, ou encore mieux… Expulsés. Je dirai qu'il est assez possible que vous quittiez tous le domaine du château pour aller à Pré-au-Lard. Quelque fut la route secrète que vous avez, elle a probablement été utilisée par ces pauvres deuxième année pour aller au village aussi, et maintenant, l'un d'eux est mort à cause de vous. Êtes-vous fiers de vous ? Êtes-vous si contents d'avoir réussi à tuer un petit garçon ? »

Soudain, Black le poussa contre le mur. Il tremblait, et Severus put dire qu'il avait touché une corde sensible. Il sut alors qu'il se sentait coupable pour le garçon, bien qu'il ait tiré un peu au hasard, ne sachant pas ce qui allait faire péter un câble à Black. Je l'ai fait, pensa-t-il fièrement. J'ai tapé sur les nerfs de Black, et peut-être que maintenant, il va dire quelque chose d'incriminant…

Le visage de Black était très proche du sien. « Ne me jette pas ce pauvre garçon à la figure, Rogue. Il est mort à cause de Mangemorts. De personnes comme toi, qui étaient tous probablement à Serpentard à l'école. Des pourris ambitieux et calculateurs qui ne se soucient pas ceux qu'ils blessent… »

« … De ceux qu'ils blessent, idiot… »

Black le cogna encore contre le mur de pierre, et Severus essaya de ne pas grimacer quand sa tête le frappa douloureusement. Il ne voulait pas donner à Black cette satisfaction. « En tous cas, je pensais que tu venais de dire que tu te moquais de ce que nous faisions ? De toute évidence, c'est le cas. Mais tu es confus sur autre chose. Tu es celui qui ne se soucie pas de qui il blesse, en utilisant Lily de cette façon, pour tirer un coup quand cela te dit… »

Maintenant ce fut au tour de Severus de se mettre en colère. Il retourna le jeu, et en l'espace d'une seconde, Sirius était celui qui avait la tête contre le mur et le devant de sa robe coincé dans les mains de Severus Rogue. Les yeux noirs sondaient les yeux noirs, leurs cheveux noirs passaient sur leur visage. Ils auraient presque pu être frères… si leurs noms avaient été Caïn et Abel. « Tu ne dis rien sur elle. Tu ne peux pas encaisser le fait qu'aucun des Griffondors n'est assez un homme pour elle… »

Black se libéra en se secouant. « Simplement parce que tu as obscurci son jugement ne signifie pas qu'elle ne sait pas ce qu'est un vrai homme. »

Severus renifla encore. « Oui, un vrai homme se promène la nuit et ne le dit pas à quelqu'un qu'il considère être un ami proche. C'est ce qu'un vrai homme fait. »

« Non ! » lui cria Black, tremblant de colère. « Un vrai homme fait tout ce qui est nécessaire pour être avec un ami dans le besoin, même si cela signifie… »

Il s'arrêta et eut l'air d'en avoir trop dit. Severus Rogue le regarda avec attention. Black semblait maintenant parler d'un ami autre que Lily maintenant. De quoi parlait-il ? Que faisaient-ils vraiment ?

Soudain, Black se tourna et descendit le couloir, s'éloignant de Severus qui le regarda partir, pensant à ce qu'il ferait ce soir. Je dois les surprendre, pensa-t-il. Je dois leur tendre une embuscade. Il avait le sentiment que l'intention originelle de Black avait été de lui tendre un piège, mais il était trop intelligent pour laisser cela arriver.

Il était bien trop intelligent pour laisser Sirius Black le tromper.

Le son de plusieurs centaines de personnes prenant leur dîner résonnait dans la grande salle, un bourdonnement plaisant de conversation accompagné de bruits d'assiettes et de gobelets, de couteaux et de fourchettes. Au-dessus, le plafond enchanté de la grande salle resplendissait avec les belles couleurs d'un coucher de soleil. L'équinoxe d'automne était très proche, et les jours et les nuits étaient presque égaux, mais les jours étaient encore légèrement plus longs. La veille, un lune pleine s'était levée en même temps que le soleil se couchait, mais Severus savait qu'elle ne se lèverait pas avant une heure après le coucher du soleil aujourd'hui, et qu'elle se lèverait environ une heure et demie après le coucher du soleil le lendemain. Ils pourront se déplacer dans l'obscurité avant que la lune ne se lève, pensa-t-il, réalisant que cela lui bénéficierait aussi, en lui fournissant la couverture dont il avait besoin pour les attraper à … faire quoique ce soit qu'ils faisaient.

Il les regarda pendant qu'ils mangeaient, rassemblés au bout de la table Griffondor, tous les quatre, comme larrons en foire. Et Potter était l'un d'eux, leur cher préfet en chef. Cela le mettait presque plus en colère que tous les coups calculés de Sirius Black mis ensemble. Et lui, Severus Rogue, n'avait même pas été envisagé pour être préfet. Il jeta un coup d'œil à Karkaroff, qui mangeait d'une manière ennuyeusement raffinée, mordant une cuisse de poulet, puis la reposant, se léchant le bout des doigts avec les lèvres avant de s'essuyer la bouche avec sa serviette. Une tâche de gras décorait son badge de préfet d'argent. Bah. Voilà ce qui tient de leader à Serpentard. Il sentit une révulsion momentanée à l'égard de sa propre maison, et se demanda vaguement si les amitiés scolaires se formaient seulement au sein des maisons, et, si l'on était réparti dans une maison particulière, est-ce que l'on devenait toujours amis avec les autres de sa maison.

Mais ensuite, il regarda à nouveau Karkaroff et sut que ce n'était pas vrai. Il ne pouvait pas supporter Igor. Et puis il vit Weasley se lever de la table Griffondor. Il fut rejoint un moment plus tard par deux garçons venant de la table Pouffsouffle, et ils quittèrent tous ensemble la grande salle. Clairement, certaines personnes formaient des amitiés en dehors des limites des maisons. Et puis il y avait Lily, sa Lily…

Presque comme si elle savait qu'il pensait à elle et qu'il la regardait, elle se tourna, et lui adressa un petit sourire secret, et il se souvint avoir été avec elle la nuit précédente. Elle avait été tout ce qu'il avait imaginé et bien plus. Si passionnée, si belle… Était-ce sa faute si elle n'avait pas eu envie d'accorder ses nombreuses grâces à un camarade de Griffondor ? Sirius Black semblait penser que c'était le cas.

Puis Rogue essaya de prétendre qu'il ne regardait pas la table des Griffondors quand Madame Pomfresh apparut et s'avança à grands pas vers Remus Lupin, qui se leva et la suivit en dehors de la grande salle, regardant ses amis par-dessus son épaule. Qu'est-ce que cela veut dire ? se demanda Severus. Peut-être qu'il n'allait pas être avec les autres ce soir. Pomfresh n'avait pas l'air réjouie. Les amis de Lupin avaient définitivement l'air très, très alertes soudain, et Severus vit qu'ils regardaient le plafond, qui s'obscurcissait de plus en plus au-dessus des chandelles flottants. L'arc-en-ciel des couleurs à l'ouest devenait de plus en plus faible comme un bleu profond gagnait insidieusement depuis l'est et que l'étoile du soir se levait, claire et blanche, et pourtant seule dans le ciel. Severus savait qu'en réalité c'était Venus, et cette pensée ramena ses yeux sur Lily, et puis il se souvint encore de la nuit précédente… Il revint à son assiette, se sentant rougir. Rien dans sa vie n'avait été aussi merveilleux que de se réveiller avec elle dans les bras…

Il ferait comme elle lui avait demandé, et découvrirait ce que ces crétins faisaient, même si cela devait le tuer.

Bill, Jack et Geoff s'installèrent à une table près des fenêtres de la bibliothèque, déterminés à écrire leur devoir d'histoire de la magie avant de devoir retourner à leurs salles communes. Bill trouvait que c'était plus facile en compagnie des autres, et ils savaient aussi que Binns ne connaissait pas très bien les noms des élèves et n'avait pas remarqué, de très, très nombreuses fois, qu'il avait reçu des devoir identiques de la part de ses élèves (ou presque identiques). Geoff écrivait le 'maître essai', que Bill et Jack cannibalisaient pour créer les leurs. Cela ne le dérangeait pas. Bill pouvait dire qu'être celui qui était bon en cette matière le faisait se sentir bien.

Pendant que Geoff mâchouillait sa plume en pensant à ce qu'il allait ensuite écrire, Bill alla jusqu'à la fenêtre. Il y avait une vue plongeante sur la pelouse jusqu'au terrain de Quidditch, et le saule cogneur dont les branches s'agitaient follement était à la limite de sa vision. Mais soudain, du coin de l'œil, Bill vit que les branches du saule s'étaient arrêtées net. Il avait le cœur dans la gorge. Il n'y avait qu'une autre fois où il savait que c'était arrivé. Lupin, pensa-t-il. Il va dans le tunnel…

Il pensa voir deux silhouettes près de l'arbre calmé, et il regarda par-dessus son épaule Jack et Geoff. Il revint à la fenêtre, mais les silhouettes avaient disparu, et les branches fouettaient à nouveau le ciel. Bill était content d'avoir dit à Charlie de ne jamais sortir du château les nuits de pleine lune. Charlie avait haussé les épaules et dit d'accord, et il avait été d'accord pour dire aux autres première année de faire de même, comme Bill le lui avait demandé. Parfois, Charlie se joignait à Bill et à ses amis, mais la plupart du temps, il restait avec les autres première année de Griffondor, parlant de Quidditch et se réjouissant d'être enfin à Poudlard. Bill ne lui avait rien dit au sujet de Lupin, ne voulant pas donner du souci à son frère avec cette information, et espérant que Charlie le prendrait simplement au mot de ne pas quitter le château les nuits de pleine lune…

Remus Lupin s'accroupit dans le tunnel, regardant à travers les racines de l'arbre le ciel nocturne brillant, une boule dans la gorge comme il attendait ses amis. La lune se lèverait exactement quarante-huit minutes après le coucher du soleil. Cela leur laissait du temps, mais pas beaucoup. Il leva les yeux vers ce qu'il savait être les fenêtres de la salle commune Griffondor, tout là-haut dans la tour, et attendit, attendit, attendit…

James posa son livre (qu'il n'avait guère que prétendu lire), et dit à Sirius, essayant de ne pas être trop voyant en faisant cela « Zut. Je ne trouve pas ce dont j'ai besoin. Je vais devoir descendre à la bibliothèque. »

« Je viens avec toi. » dit Sirius, bondissant de sa chaise.

« J'ai aussi besoin de quelque chose de la bibliothèque. » dit Peter avec nervosité, donnant à Sirius envie de le gifler.

Lily leva le nez du livre qu'elle lisait vraiment et dit « Tout comme moi. J'ai besoin de quelque chose de la… »

« Non. » dit brusquement Sirius. « Tu ne peux pas venir. » L'instant d'après, il avait l'air de souhaiter ne rien avoir dit, mais c'était trop tard maintenant

« Quoi ? Tu penses que tu peux m'empêcher d'aller à la bibliothèque ? Elle ne t'appartient pas, tu sais. Et à ce sujet, ce n'est pas comme si tu y passais beaucoup de temps, alors peut-être que tu devrais y aller avec quelqu'un qui en connaît le chemin. » ajouta-t-elle narquoisement.

« Lily » dit James, essayant de paraître raisonnable, la tirant par côté, essayant de ne pas céder à la tentation de ne jamais lâcher son bras. « Ne penses-tu pas… Bien… Après la nuit dernière… » dit-il doucement à son oreille. « … Le fait est… Ce matin… »

Elle frissonna en sentant son souffle chaud dans son oreille et s'écarta de lui. « Où veux-tu en venir ? » demanda-t-elle, indignée.

« Bien… Ne penses-tu pas que tu pourrais avoir un peu plus de tact ? Ne vois-tu pas à quel point… A quel point c'est difficile pour lui d'être avec toi, sachant que… Que toi et Rogue… » continua-t-il dans un demi-murmure. Lily regarda Sirius un instant et rétrécit ses yeux.

« Je devrais avoir du tact pour son bien ? Il ne saurait pas reconnaître le tact si cela venait devant lui et le frappait à … »

James se tenait très près d'elle, son visage très sérieux, ses yeux bleus foncés forant dans les siens. Elle prit une inspiration, réalisant que James ne lui demandait pas vraiment d'avoir du tact pour Sirius. Pas vraiment. Son cœur chavira quand elle le regarda, un moment suspendu dans le temps. Finalement, elle relâcha sa respiration et elle le tapota doucement sur le bras.

« Je… Je suis désolée, James. Je suis si stupide. Je… Je suis fatiguée de toute façon. Je vais aller me coucher. »

Il acquiesça, puis fit quelque chose qui la surprit. Il se pencha rapidement en avant, caressant sa joue de ses lèvres, et dit « Dors bien, Lily. » Puis il se tourna et quitta la pièce commune avec Peter et Sirius, regardant brièvement par-dessus son épaule. Elle monta en courant les escaliers jusqu'à son dortoir vide, sans remarquer rien ou personne d'autre au monde, se jetant sur son lit et fixant le baldaquin.

James.

Oh, James. Elle connaissait ce regard. Elle connaissait ce gentil contact sur le bras, ce baiser fraternel sur la joue qui voulait désespérément de pas être fraternel…

Pourquoi ne l'avait-elle pas vu ? Elle se souvint de la lettre qu'elle avait reçue de lui, lui demandant de venir à sa fête d'anniversaire. Cela semblait cousu de fil blanc, alors qu'elle n'avait jamais rendu visite à l'un d'eux pendant les vacances d'été avant. C'était son dix-septième anniversaire, certes, mais bon…

Elle se souvint de son visage ce matin, la blessure derrière ses yeux étincelants qu'elle pensait être pour Remus, ou même Sirius. Mais non. C'était sa propre rage qu'il avait exprimée. Elle se souvint l'avoir pris avec elle dans son lit la nuit où Bonnie était morte, à quel point c'était naturel et bon de se blottir contre lui, et la façon dont elle l'avait surpris en train de la regarder quand elle s'était réveillée le matin suivant.

James.

Elle devait réfléchir. Quels étaient ses sentiments pour James ? Non, non, non. Est-ce que cela comptait qu'elle ressente quoique ce soit ? Elle était finalement avec Severus, et il la rendait heureuse. Mais… Il la faisait aussi se sentir rejetée par ses amis. C'est juste à cause de leurs préjugés idiots anti-Serpentard. Peut-être qu'ils devraient passer leur temps avec d'autres Serpentards quand ils n'étaient pas seuls, juste tous les deux. Quand ils voulaient avoir des liens sociaux. Ce ne pouvaient pas tous être des bigots idiots qui haïssaient les nés de moldus. Elle avait en réalité ri plus d'une fois avec Narcissa Anderssen en potions. Pendant un moment, Lily s'était inquiétée un peu au sujet de Severus et Narcissa. Narcissa était une beauté nordique classique, très froide et sévère. Severus, cependant, l'avait rassurée et l'avait informée que Narcissa voyait quelqu'un qui avait une demie-douzaine d'années de plus qu'elle, le jeune homme qui avait été préfet en chef quand ils étaient tous en première année.

« Oh, tu veux parler de Malfoy ? » elle lui avait demandé, se souvenant de ce jeune de dix-huit ans, strict et intraitable qui avait enlevé des points à ses amis de façon répétée en première année parce qu'ils couraient dans les couloirs (entre autres choses). Severus avait acquiescé, et Lily lui avait dit avec un rire que Narcissa devrait s'assurer d'être bien sage avec lui. Severus l'avait informée avec un sourire entendu que la dernière chose que Lucius Malfoy voulait était que sa petite amie soit sage. Lily s'était sentie étrange de parler de façon oblique de la vie sexuelle d'autres personnes, mais elle avait ri avec lui.

James.

Elle essayait de savoir s'il avait essayé de lui dire, à sa façon, qu'il n'avait pas pu envisager de continuer sa relation avec Bonnie parce qu'il n'était pas amoureux de Bonnie Manetti, mais parce qu'il était amoureux d'elle, Lily Evans. Mais soudain, le train de ses pensées fut interrompu par l'ouverture de la porte du dortoir, puis sa fermeture, comme Moira et Myra Edmunds rentraient. Elles bavardaient bruyamment, et Lily sortit sa baguette avec une grimace, lançant un sort de silence sur les rideaux de son lit, afin que leur bruit ne pénètre pas dans son sanctuaire.

James.

Quels étaient ses sentiments pour lui ? Non. Elle n'était pas sensée avoir des sentiments pour lui. Elle n'était même pas sensée penser à quelqu'un d'autre. Elle avait sorti Remus de sa tête, et maintenant, elle était avec Severus.

James James James.

ARRETE CA, ordonna-t-elle à son cerveau, mais son esprit continuait sans arrêt, la laissant finalement s'endormir environ une demie-heure plus tard, de telle sorte que lorsque le professeur MacGonagall entra pour lui dire qu'elle pourrait vouloir rendre visite à quelques personnes à l'aile de l'hôpital, elle n'eut pas le cœur de réveiller la jeune fille dormant paisiblement et repartit sans dire à quiconque pourquoi elle avait fait une chose aussi peu caractéristique que d'entrer dans le dortoir des filles.

Remus devenait de plus en plus impatient. Il regarda sa montre. La lune allait se lever dans cinq minutes. Où diable étaient-ils ? Ce ne serait pas sûr d'arrêter le saule une fois que la lune se lèverait. Étaient-ils fous ?

Il passa la main à travers les racines et toucha le nœud qui figeait les branches avec sa baguette, puis sortit du tunnel. Je reviendrai dès que je serai sûr qu'ils arrivent, pensa-t-il. Tout ira bien.

Il courut rapidement jusqu'à la porte d'entrée du château, inconscient qu'il était vu par une grande silhouette sombre se dissimulant dans un coin.

Comme ils descendaient les escaliers, Sirius chuchota à Peter. « J'ai un plan. Pour nous enlever Rogue de sur le dos. Tu marches ? » James descendait les escaliers devant eux, n'écoutant pas. Peter regarda Sirius avec suspicion.

« Quoi ? » dit-il doucement.

« Je n'ai pas exactement réussi à le faire ce soir, mais demain, je vais essayer de l'attirer jusqu'au saule. S'il veut découvrir ce que nous faisons exactement chaque mois… »

Peter s'arrêta net, avec de grands yeux. « Mais il va découvrir pour Remus ! »

« Précisément. Et ce sera la toute dernière chose qu'il fera jamais… »

Sirius n'aurait pas cru cela possible, mais les yeux de Peter s'agrandirent encore. « Mais, c'est… c'est… »

Sirius balaya ses soucis. « Rogue est un Serpentard, et probablement un Mangemort, comme ses parents. Pourquoi penses-tu qu'ils ont été tués par des aurors ? Et Dumbledore ne pourra rien en dire à moins qu'il veuille admettre qu'il a accueilli un loup-garou à l'école. De plus, il ne saura pas que nous avons quoique ce soit à voir avec cela, et il ne pourra pas vraiment blâmer Remus. Remus ne peut rien à ce qu'il fait dans… Cet état. Cela aura simplement l'air de ce que c'est… Rogue devient simplement trop curieux pour son propre bien. Personne n'a à savoir que nous avons quoique ce soit à faire avec cela. »

Peter eu l'air nerveux. « Je ne sais pas Sirius… »

Sirius changea d'angle. « Bien, pense à ce que tu as vu ce matin, Peter. Lui et Lily ont passé la nuit ensemble. C'est vrai. Il a été avec elle toute la nuit. Ses mains étaient probablement sur elle. Il était en elle, Peter… »

Peter leva les yeux vers Sirius, sentant une haine gonfler en lui qui lui était étrangère, et cependant… Pas si inconnue. Sirius continua comme ils descendaient les escaliers, décrivant avec force détail ce que les deux avaient probablement fait, jusqu'à ce qu'il puisse voir que Peter serrait les dents autant que lui à ce sujet. Puis il ajouta la touche finale. Et puis… Quand je lui parlais dans les donjons, et que je lui suggérais que s'il voulait savoir ce que nous faisions, je lui dirais, il a dit qu'il n'était pas assez stupide pour se laisser piéger par cela, et puis il a ajouté. 'Je ne suis pas Pettigrew.' Il l'a dit. Je n'invente rien. » C'était vrai, pensa Sirius. Complètement et totalement vrai.

Peter pouvait dire qu'il ne mentait pas. Les yeux noirs de Sirius regardaient dans les petits yeux marrons de Peter, et ils s'allumèrent quand Peter, la mâchoire contractée, dit résolument. « Je marche. »

Ils avaient atteint le hall d'entrée et trouvèrent Remus se tenant là, près des portes ouverts, les yeux affolés et s'affolant de plus en plus. « Il est foutuement temps ! » leur siffla-t-il. « Venez ! »

Les yeux de Severus Rogue s'étaient ouverts en grand quand il avait vu Remus émerger du tunnel sous l'arbre. Alors c'était cela ! Il y avait un tunnel jusqu'à Pré-au-Lard sous le saule cogneur ! Il les avait maintenant ! Il savait comment ils filaient… Il pensa à la statue de la sorcière, qui selon lui cachait un passage, et il réalisa que c'était probablement juste un passage jusqu'aux pelouses. Ce doit être le passage qui permet de quitter le domaine et rend leurs sorties nocturnes au village possibles. Et ce devait aussi être la route que les deuxième année avaient prise. C'était pour cela que personne ne les avait remarqués dans le hall d'entrée, avec la foule des autres élèves allant au village. Ils n'étaient pas dans le hall d'entrée. Ils n'étaient pas partis à Pré-au-Lard avec les autres élèves ! Ils avaient utilisé ce tunnel !

Lupin devait en avoir eu assez d'attendre les autre, il pensa, et il était allé les chercher avant que la lune ne se lève afin qu'ils puissent sortir du château dans l'obscurité totale. Il s'avança vers l'arbre et se cacha dans un massif de buissons juste hors de portée des branches du saule fouettant l'air. Il réussit à se cacher juste à temps. Ils arrivaient, tous les quatre, Lupin ayant l'air assez étrange et fou, inhabituellement poilu, avec une inquiétante lueur rouge dans les yeux.

Les quatre arrivèrent au saule cogneur, et Potter chercha un longue perche qu'il utilisa pour presser sur un nœud sur les racines. Les branches se figèrent, et Rogue essaya de noter où Potter pressait, mais c'était dur à voir. Il avait de toute façon une idée générale. Ils avaient presque attendus trop longtemps. La lune commençait à se lever. Lupin avait l'air terrible, et Severus secoua la tête. Pomfresh était venue le chercher, mais c'était un tel imbécile, et il était tellement dévoué à faire l'idiot la nuit avec ses amis, qu'il semblait ne pas faire attention à l'idée que peut-être il était malade et qu'il devrait être au lit à l'infirmerie. Il regarda le garçon tremblant plonger dans le tunnel sous les branches, suivi de Pettigrew. En bas dans le tunnel, Severus entendit Lupin crier. Il doit s'être cogné la tête ou quelque chose comme cela. Le cri continua et Rogue renifla en pensant que c'était un bébé. Finalement, son dégoût pour les quatre ne connaissant aucune limite, il ne put plus résister, et bondit hors de sa cachette.

« Alors ! Vous filez à Pré-au-Lard en cachette au milieu de la nuit ! » Il grimaça. C'était une chose stupide à dire. Il avait initialement pensé qu'ils partiraient plus tard, et avait déjà pensé à ce qu'il dirait, oubliant de le réviser pour que ce soit plus approprié. Il continua plus avant. « Un gang incluant rien de moins que notre préfet en chef ! Qu'allez-vous tous faire ? Vous prévoyez d'entrer quelque part par effraction ? Ou un peu de vandalisme ? » Il eut un regard accusateur pour Black et Potter, qui avaient les yeux paniqués. Cependant, cela fut remplacé un instant plus tard par un sourire en coin sur le visage de Sirius Black, et l'estomac de Severus se contracta. C'était le sourire de quelqu'un qui sait quelque chose. C'était le sourire le plus hypocrite qu'il avait jamais vu. Severus se prépara à éviter un sort s'il devait le faire. Avait-il mis le pied dans un piège ?

Mais Black ne sortit pas sa baguette. Il continua à sourire et dit « Non, en fait… Bien, tu peux aller voir par toi-même, Rogue. Viens et vois… »

Black s'accroupit pour entrer, et après avoir hésité un instant, Severus décida de faire de même. Après tout, Lupin et Pettigrew étaient déjà là, et Black passait devant lui. Il n'aimait pas que Potter soit encore derrière lui, cependant. La respiration de James Potter semblait irrégulière pour quelque raison. Severus sortit sa baguette avant de rentrer, s'approchant de l'arbre avec précautions. S'il devait faire face aux quatre, il était sûr de pouvoir y arriver. Après tout, Lupin n'était même pas particulièrement bien, et Pettigrew ne comptait pas vraiment, alors cela ne laissait que Black et Potter, et sur les deux, s'il prenait Black en premier, il doutait que Potter ait le cran de s'attaquer à lui…

Peter s'assit sous sa forme de rat, accroupi au fond du tunnel, regardant Remus en train de se transformer, vacillant à ses cris de douleur. Il pouvait voir quelques mouvements près de l'entrée du tunnel, et il sut que Sirius avait réussi, qu'il avait convaincu Rogue d'essayer de voir sous les racines du saule. Le petit cœur de Peter battait très, très rapidement dans sa poitrine, et il se prépara à bondir, l'anticipation parcourant chaque pouce de sa fourrure grise et de sa longue queue rose. Lui et Sirius avaient discuté de comment le faire. Il mordrait Rogue d'abord pour lui faire perdre du sang, utilisant ses dents aiguisées sur sa main, par exemple, et juste au cas où Remus ne parte pas droit sur lui (juste après sa transformation il était parfois temporairement un peu désorienté), la blessure le ferait se précipiter sur Rogue. Ce serait comme du sang dans l'eau pour un requin. Et après, ils seraient débarrassés de Rogue, et personne ne saurait jamais ce qui lui serait arrivé ! Ils pourraient laisser ses habits ensanglantés dans la Forêt Interdite (c'était l'idée futée de Peter, il y avait pensé comme il attendait, assis), et quand ils seraient trouvés, on penserait qu'il serait allé se promener là-bas et qu'il serait tombé aux mains de créatures féroces qui ont fait de la forêt leur maison. Peter pouvait presque sentir le doux sentiment de revanche qu'ils pourraient exercer sur Severus Rogue pour avoir pensé qu'il méritait leur Lily…

Severus s'accroupit, passant sa tête dans le tunnel, puis commença à avancer à quatre pattes dedans, comme il avait vu Lupin, Pettigrew et Black faire. Son cœur commença à battre follement comme il entendit un grognement sourd émaner des profondeurs du tunnel, comme si un animal sauvage avait été blessé. Il hésita une seconde. Qu'était-ce ?

James le regarda commencer à rentrer dans le tunnel. Il avait regardé et écouté Sirius parler avec une incrédulité totale. Il essayait de tuer Rogue ! Cela ne pouvait pas arriver, se dit-il. Cela ne pouvait être…

Le grognement devint plus fort.

James avait le cœur au bout des lèvres. Est-ce que Remus serait expulsé s'il tuait quelqu'un en tant que loup-garou ? Et Sirius ? Tous ? Il réfléchit furieusement, essayant de trouver que faire. Et puis il se souvint du visage de Lily quand Rogue lui avait donné son baiser d'au revoir à la lumière du matin…

Oh, mon Dieu, Lily. Elle aurait le cœur brisé. Elle semblait vraiment amoureuse de Rogue. Il se les imagina encore près de l'entrée de la salle commune de Griffondor ce matin, avant qu'ils sachent que quelqu'un les regardait. La façon dont ils se regardaient était complètement naturelle, et la façon dont ils s'embrassaient… Et si, Dieu la garde, Lily était enceinte ? Et si elle devait élever un enfant toute seule parce que…

Severus Rogue sentit soudain quelque chose autour de son pied.

Il le secoua d'abord, pensa qu'il se l'était pris dans une racine, mais ensuite, cela se resserra et il réalisa que c'était une main qui le tirait hors du tunnel. Il réalisa que c'était Potter, grognant avec l'effort de le tirer en arrière. Il était surprenamment fort. Et puis Severus sentit une torsion et entendit un fort claquement, et une douleur jaillit de sa jambe. Severus tomba et se cogna le menton sur une racine de l'arbre comme il était extrait du tunnel. Puis Potter frappa un nœud sur les racines avec sa baguette, faisant à nouveau fouetter les branches. Malheureusement, ils n'étaient pas encore à l'abri, alors Severus Rogue et James Potter furent chacun frappé de nombreuses fois par le saule cogneur. Severus avait une balafre sur le front et le nez en sang. Potter avait une bosse sur la tempe. Le terrible grognement était maintenant très fort, et Severus se retourna pour regarder l'arbre. Ce qui semblait être un énorme loup luttait pour sortir du tunnel, piégé par les branches en travers de l'entrée et les autres rameaux dans leur frénétique danse macabre. Le loup avait les yeux rouges et salivait, et comme il le regardait, Rogue connut la réponse à tout. Tout !

Remus Lupin était un loup-garou.

Le loup semblait emprisonné dans le tunnel, et Severus réalisa que c'était pourquoi le saule avait été planté… Pour fournir à Lupin un endroit où passer la pleine lune. Cela signifiait que Dumbledore savait ! Il s'était même arrangé pour que Lupin soit à l'école. Severus en était sûr !

Cependant il ne pouvait continuer le train de ses pensées plus longtemps. La douleur venant de sa cheville était trop grande, et d'une manière ou d'une autre, elle était empirée par la douleur additionnelle de la trahison qu'il ressentait. La trahison de son propre directeur, l'homme qui était sensé protéger tous les élèves de l'école, ne montrer aucune faveur à ses animaux préférés, les Griffondors. Il était étendu sur le sol, et le sang coulait dans son œil gauche, qu'il tint fermé. Il foudroya du regard Potter, le maudit préfet en chef, rien de moins, avec son bon œil droit. « Maudis sois-tu Potter, » grogna-t-il. « Tu as cassé ma cheville ! »

Potter était à plat sur le sol, essayant de se mettre hors de portée de l'arbre avant de se lever. « Cassé ta cheville ? On dirait plutôt que je t'ai sauvé la vie ! »

Les deux se foudroyèrent du regard. Le grognement continuait.

« Et pour eux ? » dit soudain Severus à Potter, se sentant encore cassant. Potter eut l'air nerveux, comme s'il avait peur de trop en dire.

« Ils iront bien. Ils sont habitués à cela. »

« Habitués à être mordus par un loup-garou ? »

« Non, idiot ! » Potter se leva maintenant, se montrant avec ses bras. « Regarde-moi. La lune est levée et je ne suis pas un loup-garou, n'est-ce pas ? »

Severus regarda avec suspicion l'animal grognant et montrant les dents qui essayait encore de sortir du tunnel. « Mais comment… »

« Tu ne peux pas simplement te contenter d'être en vie ? Écoute, nous avons tous les deux besoin d'aller à l'aile de l'hôpital, et tu ne pourras probablement pas marcher sans mon aide. Allez. » dit-il, tendant une main. Severus le regarda, sentant une haine brute qui se battait avec la reconnaissance qu'il devait à Potter pour sa vie.

Finalement, à contrecœur, il prit la main que Potter lui offrait et grogna en se levant. James Potter fit passer le bras de Severus Rogue en travers de ses épaules, et il passa le sien autour de la taille du Serpentard. Severus du sautiller sur son pied droit, tenant son genou gauche plié pour éviter de mettre son poids sur la cheville cassée.

Cela sembla prendre une éternité pour atteindre le château, et puis pour remonter les escaliers de marbre conduisant à l'infirmerie. Quand ils déboulèrent par la porte, Madame Pomfresh fut choquée de les voir, tout ensanglantés et brisés qu'ils étaient.

« Et quelle bêtise avez-vous encore fait tous les deux ? » demanda-t-elle âprement, comme elle aidait Rogue à se mettre au lit.

James grimaça, ne sachant pas où commencer. Cependant, avant qu'il ne puisse inventer une histoire satisfaisante, Rogue avait explosé. « Potter, et Sirius Black ont essayé de lâcher Lupin sur moi ! C'est un loup-garou ! Potter m'a finalement tiré du tunnel sous le saule cogneur, mais l'arbre a réussi à donner quelques coups… Potter m'a aussi cassé la cheville… »

Madame Pomfresh devint livide. Elle se tourna brusquement vers James, remarquant les coups qu'il avait pris du saule. Rien de moins que ce qu'il mérite, s'il a fait à Severus Rogue ce que ce dernier dit.

« Toi ! » lui aboya-t-elle. « Tu peux bien marcher ? » James acquiesça vigoureusement. « Alors va chercher le directeur ! Je pourrai te soigner quand tu seras de retour. Et profite bien de connaître le mot de passe pour son bureau tant que tu peux, » ajouta-t-elle un peu narquoisement « comme tu pourrais bien ne plus être préfet en chef très longtemps ! »

James déglutit, puis il quitta la pièce à toute allure. Je vais être expulsé, pensa-t-il, comme il montait les escaliers en courant, sa tête lui faisant mal à cause des coups du saule. Et Sirius, Peter et Remus aussi. Nous allons tous être des parias dans le monde magique…

Il atteignit la gargouille qui gardait l'entrée du bureau de Dumbledore, et donna le mot de passe. Son esprit était embrumé comme il monta l'escalier en spirale, et quand il frappa à la porte, sa main tremblait. Il est temps de faire face, pensa-t-il comme il attendait. Il mit sa main sur la poignée, et la tourna au moment où il entendit la voix dire « Rentrez. » Comme il ouvrit la porte, il vit l'air surpris sur le visage du directeur, et puis la tristesse qui la remplaça quand James lui dit pourquoi il était venu.

Quand il eut fini de parler, Albus Dumbledore le regarda avec une expression de très profonde déception. James voulait s'enfoncer dans un trou et mourir. Il attendit et attendit que le directeur dise quelque chose, mais les yeux bleus avaient l'air plus durs qu'ils ne l'avaient jamais été, et le visage ridé était sévère et intraitable. Finalement, il dit lentement. « Vous devriez retourner à l'aile de l'hôpital et laisser Madame Pomfresh soigner vos blessures. Je crois que je m'occuperai de vous et de vos amis demain matin, quand vous pourrez tous être présents. »

Sa voix était terrible, basse et calme, et James avait l'impression de ne plus pouvoir déglutir en l'écoutant. Il ne lui cria pas dessus et ne dit pas à quel point il était déçu du préfet en chef, mais James pouvait le voir dans ses yeux. Oh, ses yeux étaient vraiment affreux…

James partit et retourna à l'aile de l'hôpital, se sentant pour la première fois content depuis que c'était arrivé que ses parents ne soient plus en vie pour le voir dans la disgrâce dans laquelle il allait se retrouver. La Gazette allait probablement en faire ses gros titres. LE PREFET EN CHEF DE POUDLARD EXPULSE. Cela n'arrivait pas tous les jours. Peut-être que ce n'était jamais arrivé. Il n'y avait probablement jamais eu de préfet en chef aussi terrible que James Potter. Diable, pensa-t-il, un Serpentard comme Igor Karkaroff ne se serait probablement pas mis dans des problèmes jusqu'au cou comme moi.

Il retourna à l'aile de l'hôpital, où Rogue dormait, ayant pris un somnifère de Pomfresh. Elle s'occupa des blessures de James sans douceur, et il sursauta à l'occasion. Elle ne faisait aucun effort pour être gentille. Avec un reniflement désapprobateur, elle lui donna aussi un somnifère. Ce fut la seule chose vraiment gentille qu'elle fit pour lui, car il put dormir d'un sommeil sans rêve jusqu'au matin, sans que sa conscience ne vienne le déranger…

Mercredi 20 Septembre 1977

Lily s'étira et bailla, s'asseyant péniblement. Elle écarta les rideaux sur le côté pour saluer le jour et faillit pousser un cri de surprise quand elle vit sa responsable de maison assise à une chaise à son chevet. Le soleil brillait, et il semblait que cela allait être une adorable journée automnale, mais le professeur MacGonagall n'avait pas l'air réjouie en dépit de cela, et Lily ne l'avait jamais vue venir dans les dortoirs. Quelque chose de terrible avait dû se passer…

« Qu'y a-t-il ? » demanda-t-elle avec appréhension.

Les lèvres de MacGonagall devinrent encore plus fines qu'elles ne l'avaient été. « J'ai cru comprendre que vous et Mr Rogue vous… fréquentez ? »

Lily sentit une vague de chaleur monter de son cou. « C'est… c'est mon petit ami. » dit-elle doucement, plus qu'un peu embarrassée de parler de cela avec son professeur de métamorphose.

« Bien, » dit-elle, n'ayant pas l'air de complètement approuver la chose, « vous devriez être intéressée de savoir qu'il est à l'aile de l'hôpital. Ainsi que James Potter. » ajouta-t-elle. Lily fronça les sourcils.

« Se sont-ils battus ? » demanda-t-elle, se souvenant de James avec sa baguette sortie, il y a seulement vingt-quatre heures.

MacGonagall eut l'air surprise de cela. « Pas exactement. Pourquoi ne vous habillez-vous pas et n'allez pas à l'infirmerie ? » dit-elle gentiment. « Mr Rogue vous demandait la nuit dernière, mais quand je suis venue vous chercher… Vous n'avez pas répondu quand je vous ai appelée. Quand j'ai vérifié que vous alliez bien, vous dormiez si paisiblement que je n'ai pas voulu vous déranger… »

« Oh ! » dit Lily, en détresse. « J'aurais souhaité que vous le fassiez ! » Puis elle se souvint du sort qu'elle avait lancé sur les rideaux, et réalisa qu'elle n'aurait rien entendu. Elle balança les jambes sur le côté du lit, ayant envie de se mordre la langue. Cela ressemblait à une critique.

Cela ne sembla pas déranger MacGonagall. « Habillez-vous simplement et allez à l'infirmerie. Je suis contente de savoir, » ajouta-t-elle, avec un sourcil levé, « qu'au moins, la préfète en chef n'est pas dehors à toutes les heures… »

Lily baissa les yeux et les détourna de MacGonagall, pensant à comment elle avait passé la nuit précédente avec Severus. Est-ce que MacGonagall suspectait quelque chose ? Elle ne pouvait pas dire.

« Oui, professeur. J'y vais de suite. »

MacGonagall acquiesça et partit. Lily s'habilla rapidement. Cecilia, et les jumelles Edmunds semblaient encore dormir. Lily ne pouvait pas dire si elles avaient entendu quoique ce soit de ce que MacGonagall avait dit. Elle n'avait pas le temps de s'inquiéter de cela, cependant, et elle se dépêcha d'enfiler ses habits et sa robe.

Comme fonçait par le trou du portrait, elle pensa entendre un bruit étrange dans le couloir, et un cri se figea dans sa gorge quand elle vit le rat gris longer le mur de pierre. Elle garda un œil dessus pendant un moment avant de filer vers l'aile de l'hôpital.

Quelques instants plus tard, elle n'était plus visible, et le rat redevint un petit adolescent, dont les petits yeux fouillaient les alentours avec soin. « Allez ! » dit-il à Remus et Sirius, qui se cachait dans une alcôve derrière la statue d'un vampire. Peter était leur avant-garde, comme il pouvait se faufiler et aller dans de nombreux endroits sans être remarqué, la plupart du temps. Ils étaient tous en vue du trou du portrait maintenant. Home sweet home, pensa Remus avec lassitude. Il s'appuyait lourdement sur Sirius. Il était en colère envers lui pour ce qu'il avait fait la veille, mais il était trop épuisé maintenant pour le gronder. Cela allait devoir attendre.

Cependant, avant qu'aucun d'eux ne puisse prononcer le mot de passe à la grosse dame, le portrait commença à s'ouvrir. Peter reprit immédiatement sa forme de rat, filant derrière ce qui ressemblait à un font baptismal allongé qui servait de torche. Sirius et Remus se tenaient face au professeur MacGonagall, qui n'était pas moins surprise de les voir. Ses lèvres devinrent très, très fines, et ses yeux lançaient des éclairs. Ensuite, elle vit dans quel état était Remus, les cernes noires sous ses yeux, et son expression se radoucit un peu. Elle fit un signe de la tête à Sirius.

« Vous devriez l'amener à l'aile de l'hôpital, ne pensez-vous pas, Mr Black ? » dit-elle, regardant par-dessus ses lunettes carrées. « Et… Je crois que le directeur souhaite vous dire un mot. Plus d'un mot en fait. »

Bill entendit cette phrase menaçante juste avant de rentrer dans le professeur MacGonagall par derrière. Il retrouvait Jack et Geoff dans la grande salle, pour finir leurs devoirs avant le petit déjeuner. Il vit à quel point Lupin avait l'air mal, et dit instinctivement. « Flûte ! Tu vas bien Lupin ? Oh, excusez-moi, professeur. » ajouta-t-il à la hâte à l'attention de MacGonagall. Elle ne venait pas ici habituellement, pensa-t-il. Elle serra ses lèvres en le regardant.

« Flûte vous-même, Mr Weasley. Mr Lupin va à l'aile de l'hôpital. Madame Pomfresh s'occupera de lui. »

Elle regarda Sirius et Remus avec une profonde désapprobation, se tournant pour refermer le portrait, mais juste avant qu'elle ne le fasse, un rat bondit dans la brèche et disparut dans la salle commune de Griffondor. Bill sursauta de quelques pouces.

« Oy, professeur ! Un rat vient de rentrer dans la tour Griffondor ! »

Elle fit un bruit comme « Hmmpf ! » et puis elle dit « Il y a plus de rat dans le château que ce que vous croyez, Mr Weasley. Si vous êtes soucieux, lancez juste un chat dessus, et le problème sera résolu. »

Sirius Black et Remus Lupin échangèrent un regard inquiet. Bill leur fit la tête. « Qu'est-ce qui ne va pas avec vous ? Vous faites partie d'une association pour la protection des rongeurs ou quoi ? »

Sirius déglutit et Remus eut l'air encore plus pâle qu'avant. MacGonagall tapa des mains pour eux. « Filez vous deux maintenant ! A l'infirmerie ! Zou ! » ajouta-t-elle. Ils se tournèrent pour partir en boitant, mais Bill passa devant eux, tenant son parchemin. Maintenant qu'il savait que Remus Lupin était un loup garou, cela ne semblait pas si important. Cependant, cela ne lui disait encore rien d'en parler à Geoff et Jack. Il aimait être le seul à savoir.

Lily avait finalement atteint l'aile de l'hôpital qui était aussi remplie de soleil que la tour Griffondor. Elle commençait presque à avoir l'impression que le soleil se moquait d'elle ce matin, faisant apparaître le monde si implacablement joyeux qu'elle voulait crier de frustration. En un instant, elle vit que James et Severus étaient les deux seuls patients, et James était encore endormi. Severus jouait avec le bandage sur son front et foudroyait du regard le garçon dans le lit à côté du sien quand elle rentra. Son cœur bondit dans sa gorge quand elle vit l'état dans lequel il était, et elle courut à son chevet.

« Oh ! Ce matin, MacGonagall a dit… Oh, Severus, tu vas bien ? » Elle prit sa main, regardant son visage bandé, puis sa cheville, portant encore un bandage pour protéger la pommade qui le guérirait bientôt.

Il lui fit un signe de la tête, ayant l'air d'avoir une boule dans la gorge.

« Qu'était-ce ? Tu as dit… Tu as dit que tu trouverais pour moi ce qu'ils faisaient. C'est ce que tu as fait ? »

Il acquiesça encore, puis dit doucement. « Ils ont couvert Lupin. C'est un loup-garou. »

Elle sentit son cœur tomber dans son estomac. Un loup-garou ! Mais… Mais elle avait pensé que Dumbledore ne prendrait jamais…

Et puis elle se souvint être avec lui, la première fois qu'ils avaient couché ensemble, la façon dont il l'avait reniflée, et à quel point il était fort…

En vérité, elle n'était pas choquée, mais elle essaya d'avoir l'air surprise afin que Severus ne suspecte pas qu'elle avait en fait envisagé cette possibilité et l'avait abandonnée car trop improbable…

« Un loup-garou ? » dit-elle, presque inaudible. « Mais comment ? Est-ce qu'ils ne seraient pas eux-même en danger ? » C'était l'une des raisons pour lesquelles elle avait abandonné l'idée. James, Sirius et Peter étaient de toute évidence avec Remus les nuits de pleine lune. Comment pouvaient-ils faire cela et ne pas être blessés s'il était un loup-garou ? Ils ne montraient aucun symptôme de lycanthropie. Ils n'étaient pas spécialement forts, ni n'avaient une acuité auditive et olfactive remarquable. Elle se souvint maintenant de toutes les choses qu'elle savait que Remus faisait, et qu'un sorcier ordinaire, ou même un humain ordinaire, n'aurait pas fait…

J'aurais dû réaliser. Mais je n'ai pas voulu.

« Je ne sais pas comment ils évitent qu'il les attaque, » dit Severus avec amertume. « Mais Black allait le laisser…Me tuer, jusqu'à ce que Potter… »

Elle se tourna vers le lit de James, ses yeux rétrécis. « Oui ? »

Elle vit du coin de l'œil que Severus grimaçait. Il semblait ne vouloir donner à James aucun crédit pour avoir fait quelque chose de bien. Il déglutit. « Jusqu'à ce que Potter me tire de là. »

Elle se tourna pour regarder à nouveau James, qui était à présent réveillé, la regardant. Il semblait très calme.

« Bonjour, Lily. » dit-il simplement. Elle avait l'impression de le voir pour la première fois. James l'a sauvé. Mais… Je pensais que James était amoureux de moi… Cela n'a aucun sens… Il aurait pu se débarrasser de Severus…

« Tu… Tu… » s'étrangla-t-elle. « Tu as sauvé la vie de Severus. »

Il eut l'air embarrassé. « Oui, bien… S'il était mort, cela t'aurait rendue triste. » dit-il doucement. Il la regarda dans les yeux avec sérieux, avec une expression suppliante qui était sans erreur possible pleine d'amour. Lily eut le souffle coupé, la reconnaissant, et étant terrifiée par elle en même temps. Oh, pensa-t-elle. C'est pour cela qu'il a sauvé Severus. Son expression d'amour fut remplacée par une de tristesse, comme il fermait les yeux, se tournant de l'autre côté, leur tournant le dos.

Elle regarda Severus avec nervosité. Elle était sûre qu'il avait vu le regard qu'ils avaient échangé. Il avait l'air remarquablement dérangé par cela. Il y avait une expression d'une créature chassée, menacée dans ses yeux. Lily se tint à côté de son lit et se pencha pour l'embrasser sur la joue.

« Repose-toi. Je reviendrai plus tard. » chuchota-t-elle, incapable de parler plus fort. Il lui fit un signe de la tête silencieux. Elle se tourna encore vers le lit de James, sentant une étrange sensation dans son estomac. James. James n'avait pas voulu qu'elle vive ce qu'il avait vécu quand ses parents étaient morts… Elle mit sa main sur son épaule, essayant de ne pas sursauter à l'étincelle qui jaillit de son corps vers le sien. « Je t'amènerai les notes de cours et les devoirs, d'accord, James ? » Elle avait des problèmes pour inspirer, et son estomac lui donnait l'impression d'être léger et de flotter.

Il se tourna, lui donnant encore ce regard. « Merci, Lily. »

Elle frissonna sous son regard pendant une seconde, et puis elle alla vers la porte, essayant de ne pas courir, regardant par-dessus son épaule juste avant de partir.

Mais elle sentit son regard attiré vers James Potter, pas vers Severus Rogue.

Une fois qu'elle fut à nouveau dans le couloir, elle s'appuya lourdement contre la porte, sentant son cœur déchiré dans deux directions différentes. D'un côté, Severus avait risqué sa vie pour trouver ce qu'elle lui avait demandé de découvrir. (Elle ne le lui aurait jamais demandé si elle avait su que c'était aussi dangereux) D'un autre côté, James avait sauvé quelqu'un qu'il haïssait, parce qu'il comptait pour elle. Elle ne savait pas quoi faire.

Je suis avec Severus, se rappela-t-elle. Je suis avec Severus.

Alors pourquoi voyait-elle le visage de James Potter dans sa tête, allongé dans son lit d'hôpital, la regardant avec adoration ?

La porte de l'aile de l'hôpital s'ouvrit bruyamment, frappant le mur. Sirius se tenait là, supportant Remus. Il aida Remus à aller jusqu'à un lit, tandis que Rogue les foudroyait du regard. James se redressa en position assise, et n'attendit pas que Remus soit installé avant de crier. « A quoi jouais-tu, Sirius ? Grâce à toi, nous allons probablement tous être expulsés ! »

Rogue ricana. « Parle pour toi, Potter. »

James le foudroya du regard. « C'est ce que je fais, espèce d'idiot. Si tu n'avais pas rôdé par là et collé ton gros nez là où il n'a pas sa place, je n'aurais pas eu besoin de sauver tes foutues fesses ! »

James entendit Sirius commencer à rire, et son attention revint à son meilleur ami maintenant. « Toi ! » rugit-il. « Je ne peux pas croire que tu as fait… Ce que tu as fait ! » dit-il, ne voulant pas le formuler. « Est-ce que cela valait le coup ? Faire de Remus un meurtrier, et devenir aussi bon,… Ou je devrais plutôt dire aussi mauvais qu'un meurtrier toi-même ? A l'âge de seize ans ? Tu vas avoir dix-sept ans, finalement, et voilà comment tu veux passer ton anniversaire ? A Azkaban ? Je sais que tu ne peux pas le supporter, aucun de nous ne peut, mais… »

C'était au tour de Sirius de perdre son calme. « Oh, voilà pourquoi tu l'as sauvé ? Parce que tu ne peux pas le supporter ? Je ne peux pas croire que tu as fait cela ! Maintenant, il va le dire à tout le monde pour Remus, et puis… »

« Non, il ne le fera pas, Mr Black. » dit une voix solennelle près de la porte. Quand Sirius et Remus étaient entrés, ils avaient laissé la porte de l'infirmerie ouverte, et aucun d'eux n'avait entendu le directeur approcher. Ils étaient tous silencieux maintenant. La voix de Dumbledore était aussi terrible qu'elle l'avait été dans son bureau, la veille, et James essaya d'avoir la déférence adaptée maintenant, même s'il n'y avait probablement rien à faire pour empêcher son expulsion maintenant.

Dumbledore fit un signe de la tête à Severus Rogue et lui adressa un regard plein de sens. « Mr Rogue ne va pas dire un mot de cela à quiconque, s'il sait ce qui est bon pour lui. » dit Dumbledore, avec un sourcil levé. Rogue en resta bouche bée.

« Mais… Mais… »

Dumbledore lui fit encore un signe de la tête, et leva les mains pour mettre un terme à ses protestations. « Je sais, je sais. Mais en dépit du fait que vous auriez pu perdre votre vie… » Il foudroya Sirius du regard « … Cela punirait Remus, qui n'avait aucun contrôle sur ce qui a transpiré entre vous et Mr Black. Tout ce que j'ai entendu semble indiquer qu'il s'agissait de l'idée de Mr Black. »

Sirius sentit un masse froide dans son estomac, comme un bloc de glace, et comme il regarda le formidable vieil homme dans les yeux, il sut que ses jours à Poudlard étaient comptés.

« Et vous, » dit soudain Dumbledore à James, l'air encore plus sévère maintenant. « même si c'est bien d'entendre que vous pouvez gronder quelqu'un même si c'est votre meilleur ami, c'est un peu tard maintenant, n'est-ce pas ? Où était cette qualité de leader de préfet en chef quand vous aviez la possibilité d'empêcher votre meilleur ami de faire quelque chose d'horriblement stupide, eh ? » La voix de Dumbledore était plus forte, et James ne l'avait jamais entendue avec un tel ton. « En tant que préfet puis préfet en chef, vous étiez et êtes un des élèves de cette école sur lesquels je compte pour être mes yeux et mes oreilles quand je ne peux pas être présent ! » Le crescendo dans sa voix continua, jusqu'à ce que James se demande si les fenêtres allaient voler en éclat. « Je suis très, très déçu de vous. » finit-il, surprenamment doucement. Et James voulut pleurer pour avoir fait apparaître cette expression sur le visage du vieil homme. Il s'était senti horrible la nuit dernière, maintenant, il se sentait cent fois pire, et ce fut seulement au prix d'un effort surhumain qu'il ne fondit pas en larmes et ne se jeta pas aux pieds de Dumbledore pour lui demander pitié.

Albus Dumbledore regarda tour à tour les quatre garçons, qui le regardaient tous avec trépidation. Finalement, il donna sa sentence.

« Severus : tu ne devras rien dire sur Remus à qui que ce soit si tu veux rester à cette école. » dit-il sans émotion. Rogue resta bouche bée, mais il la referma à nouveau, son indignation se montrant dans ses yeux. « Et » continua-t-il, « je ne tolèrerais pas que l'on dise que c'est injuste. C'est tout aussi injuste d'être mordu par un loup-garou quand on est un petit enfant » dit-il avec irritation. « Tu peux t'estimer heureux que James t'ai sauvé la vie, et c'est tout. »

« Remus, tu ne dois pas te blâmer pour ce qui est presque arrivé. » dit-il avec une gentillesse surprenante. « Je sais que la dernière chose que tu voudrais qu'il arrive est que quelqu'un vive la même chose que toi. »

Maintenant, ses yeux brillaient à nouveau comme il regardait James et Sirius.

« Et pour vous deux. Cent points seront enlevés à Griffondor pour ce que tu as fait, Sirius. » dit-il avec clarté, tandis que Sirius avait l'air très coupable et baissait la tête. « Cependant, » ajouta-t-il, « cinquante points seront accordés à Griffondor pour ce que vous avez fait, James. » James eut envie de pousser un bruyant soupir de soulagement, mais il ne le fit pas. Il devait y avoir quelque chose d'autre. « Mais… Mais le fait demeure que seul l'un d'entre vous avait des raisons d'être dehors la nuit dernière. Deux parmi vous saviez à quel point c'était dangereux, et maintenant, tu sais aussi, Severus. Pour être sorti en dehors du château la nuit, j'enlève cinquante points de Serpentard et cent points de plus de Griffondor. » Rogue fronça les sourcils. Dumbledore se tourna à nouveau vers James et Sirius.

« Et vous deux… Vous ne comprenez pas toutes les ramifications de ce qui se serait passé si Severus avait eu un contact avec Remus la nuit dernière, n'est-ce pas ? La meilleure issue, je suppose, aurait été que Severus survive à une attaque de Remus et devienne lui-même un loup-garou. Vous savez à quel point le changement mensuel est terrible pour l'un de vos meilleurs amis. Souhaiteriez-vous que cette horreur arrive jamais à votre pire ennemi ? Je suppose que nous connaissons maintenant la réponse à cela : oui. Cependant, souhaiteriez-vous que l'un de vos meilleurs amis sache qu'il a fait cela à un autre être humain ? Tu n'y avais pas pensé, à cela, n'est-ce pas Sirius ? Comment pensais-tu que Remus se sentirait pour tout cela ? Est-ce que cela t'a jamais traversé l'esprit ? » dit-il assez fort maintenant, sa voix résonnant dans la pièce, comme les garçons l'écoutaient, hypnotisés et glacés de peur.

« Et Remus ! » continua-t-il, plus fort, mais ne semblant faire aucun effort additionnel pour accroître le volume. Il s'adressait encore à Sirius, bien qu'il ait dit le nom de Remus. « Savez-vous ce qui lui serait arrivé si vous aviez réussi à le faire tuer Severus sous sa forme de loup ? » Sirius déglutit et secoua la tête. « Il aurait été enlevé de l'école par le Comité aux Créatures Dangereuses, voilà. Il aurait eu une audition d'une certaine sorte. De la sorte qui est faite pour la forme, en guise de prélude à l'utilisation de la pierre à aiguiser sur sa hache spéciale en argent pour tuer les loup-garous par le bourreau. Tu penses que Remus est considéré comme un être humain dans le monde de la sorcellerie, Sirius ? Parce que ce n'est pas le cas. Alors que nous n'utilisons pas la peine de mort, nous laissons parfois les criminels condamnés recevoir le baiser du détraqueur, ce qui est sans doute pire. Comme ce n'est pas une option pour un loup-garou, il aurait été simplement détruit. Détruit. Tu comprends ? Tu ne risquais pas juste stupidement la vie de Severus, mais aussi celle d'un de tes meilleurs amis. » Sa voix était devenue très douce, mais son intensité et la vitupération qu'elle contenait avaient, si c'était possible, augmenté.

Il avait les yeux enflammés comme il regardait tour à tour James et Sirius. « Maintenant… Bien que j'apprécie votre désir d'être avec votre ami quand il subit l'horrible changement dû à la pleine lune, et je peux admirer l'ingéniosité qui vous a de toute évidence conduits à apprendre de la magie qui vous permette de faire cela sans risque pour vous, je ne peux pas permettre que cela soit juste une question de déduction de points de maison ou même de retenues. Vous êtes tous les deux suspendus de l'école, décision à effet immédiat. Vous passerez les quinze prochains jours au château d'Ascog. J'ai contacté tes parents, Sirius. » dit-il avec un signe de la tête, « et ils devraient arriver dans peu de temps pour vous récupérer tous les deux. Tous les devoirs et interrogations pour vos cours ne seront pas rattrapés quand vous rentrerez. Vous recevrez simplement des zéros pour vos notes pendant votre absence. Vous serez cependant sensés être à jour dans vos études, alors prenez vos affaire, et souviens-toi… » dit-il à Sirius, un note de menace dans sa voix, « que tu ne peux pas faire de magie en dehors de l'école jusqu'à ce que tu aies dix-sept ans, Sirius. Ce n'est que dans deux jours, mais bon… Si tu franchis la ligne de ne serait-ce qu'un orteil, tu en seras véritablement très désolé. »

Il n'y avait pas de compromis possible dans cette voix. James avait le cœur qui battait comme après un cent mètre. Il ne se posait pas la question de savoir pourquoi Dumbledore avait pu défaire Grindelwald, ou pourquoi il avait entendu que le seul autre sorcier que Voldemort craignait était leur directeur. Son expression était terrible à voir, comme un ange vengeur, et James se sentit chanceux d'être encore préfet en chef, et pas expulsé. Il était content que Peter ne soit pas là, et que Dumbledore ne sache pas qu'il allait avec eux les nuits de pleine lune. Il aurait probablement accru leur punition pour avoir corrompu Peter, s'il avait su.

Il vit que Sirius tremblait visiblement comme il fit un signe de la tête déférent à Dumbledore, qui leur indiqua la porte avec un vague signe de la main, disant d'une voix maintenant étrangement nonchalante « Alors filez et préparez vos affaires. Soyez prêts dans le hall d'entrée dans trente minutes. Compris ? »

« Oui sir. » dirent-ils à l'unisson. Ils ne purent pas quitter l'infirmerie assez vite à leur goût. Comme il partait, James regarda Remus par-dessus son épaule, lui disant 'désolé' du bout des lèvres. Remus lui fit un petit signe de la tête, comme pour dire, ce n'est pas à toi à t'excuser.

James regarda le profil de Sirius comme ils grimpaient l'escalier jusqu'à la tour Griffondor. Il avait l'air d'être en deuil, et James décida qu'il en avait assez dit pour le moment, spécialement en considérant la manière dont Dumbledore l'avait servi. Il avait encore quelques choses à dire à son meilleur ami et presque frère, mais cela pouvait attendre. Ils avaient deux semaines pour parler.

Quand ils atteignirent leur dortoir, ils découvrirent Peter, finissant juste de s'habiller. Il s'arrêta et trembla quand il le vit.

« Je suis… Je suis désolé de m'être enfui quand MacGonagall est sortie du trou du portrait, » dit-il à la hâte à Sirius. « Je… J'ai paniqué… »

Sirius fit un geste de la main. « C'est bon, Queudver. Je pense qu'elle aurait simplement été encore plus en colère si elle avait pensé que nous étions tous dans le coup. » Il s'assit sur sa malle et soupira. « Nous devons préparer nos affaires. Nous sommes suspendus quinze jours. Mes parents arrivent bientôt nous chercher. »

« Suspendus ! » dit Peter avec incrédulité. Aucun n'avait jamais connu un élève suspendu. Ils savaient que c'était possible, mais en pratique, c'était rarement fait.

« Exact. Alors nous aurons besoin que tu nous envoies nos devoirs, comme nous sommes sensés rester à jour. » dit James. Il sourit tristement et posa sa main sur la maigre épaule de Peter. « Il n'y a pas de mal Peter. Si Dumbledore avait su pour toi, il aurait juste pu enlever plus de points de maison de toute façon. Nous en aurions perdu cinquante autres. »

Peter déglutit et essaya d'aider, prenant les robes de la garde-robe de Sirius et les mettant dans sa malle. « Cinquante autres ? Combien en a-t-il prit ? »

« Cent-cinquante pour moi, » dit misérablement Sirius, « cent pour avoir essayé de faire tuer Rogue, et cinquante autre juste pour être dehors la nuit. James aussi a perdu cinquante points pour cette raison, mais il en a reçu cinquante pour avoir sauvé Rogue, alors cela s'annule. »

Peter réfléchit une minute. « Alors, nous avons perdu cent-cinquante points. Cela aurait pu être pire. »

Sirius sourit. « Et Rogue a aussi perdu cinquante points, pour avoir été dehors. »

James le foudroya du regard. « Tu trouves que c'est drôle Sirius ? »

Sirius grimaça. « Quoi, je ne suis pas autorisé à voir le bon côté de la situation ? »

« Le bon côté de la situation est que nous ne sommes pas expulsés. » l'informa James avec autorité. « Sois content de ne pas finir comme Rusard. »

Sirius frissonna à cette pensée. « Vrai. »

Ils finirent leurs paquets et dirent au revoir à Peter. James ne put s'empêcher de foudroyer Sirius pendant tout le temps qu'ils descendaient leurs malles dans les escaliers. Il pensait que cela allait être une très longue quinzaine.

Vendredi 9 décembre 1977

« Quelle taille fais le tien ? » demanda Claudine Gaillard.

Lily prit une règle et mesura son parchemin. « Vingt-sept et demi. Je me rapproche. »

« Qu'as-tu dis sur les antidotes aux poisons ? » demanda ensuite Narcissa Anderssen.

Lily haussa les épaules. « Ce n'était pas difficile. Regarde à mandragore dans le livre d'herbologie. Il y a des tonnes de références à des antidotes qui l'utilisent, quelque chose comme deux douzaines. On ne doit en mentionner que cinq. Voici ceux que j'ai utilisé, afin que vous puissiez en prendre d'autres, pour faire moins suspect… »

Diana O'Sullivan acquiesça et ouvrit le livre d'herbologie. Lily se pencha sur son parchemin, travaillant avec contentement sur son devoir de potions. Depuis le moment où elle et Severus avaient appris la lycanthropie de Remus, elle avait passé très peu de temps dans la tour Griffondor. Elle se sentait complètement trahie par ses amis, hostile à Remus comme il ne lui avait jamais dit la vraie raison pour laquelle il avait 'besoin' d'elle les veilles de pleine lune, distante de ses camarades de chambre, qui ne lui parlaient plus depuis qu'elles avaient découvert qu'elle sortait avec Severus. Et James. Quand elle était près de James, elle se sentait… Elle sentait qu'elle avait bien trop envie d'être près de lui pour quelqu'un qui avait déjà un petit ami, et la seule réponse qu'elle avait trouvée avait été de s'enfuir, d'éviter très spécifiquement d'être près de lui.

Elle avait trouvé, assez étrangement, que cela avait été relativement facile, en cours de potions, de créer des liens amicaux avec quelques filles de Serpentard. Elle avait le sentiment qu'elles seraient d'accord pour passer du temps avec elle si elle les laissait basiquement copier son travail, et elle avait raison. Une partie d'elle protestait contre cela, son attitude rigide contre le copiage durant les six années précédentes était passée par la fenêtre, mais une partie d'elle disait, nous sommes en septième année maintenant. Est-ce important ? Elles devront encore affronter les ASPICs toutes seules.

Et quelques unes d'entre elles étaient même curieuses sur comment avait été la vie pour elle dans le monde moldu, avant qu'elle découvre qu'elle était une sorcière. Seule Narcissa Anderssen affichait clairement des tendances anti-moldues, et à chaque fois qu'elle disait quelque chose dénué de tact, elle le faisait immédiatement suivre par « Oh, je sais que tu es quelqu'un de bien, Lily. » comme si cela avait d'une manière ou d'une autre amoindri l'offense. Lily se mordait la langue ces fois-là, et se forçait à sourire à la fille blonde immaculée. Le tact n'était définitivement pas son point fort.

Mais dernièrement, elle avait trouvé qu'elle devait faire plus que simplement partager ses notes et ses devoirs. Narcissa avait commencé à lui poser des questions osées sur sa relation avec Severus, voulant savoir jusqu'où ils étaient allés.

« Je veux dire… Tu n'est pas une de ces petites vierges en sucre, n'est-ce pas ? A dix-sept ans ? » Renifla Sophia Porter. Lily savait que personne ne confondrait Sophia avec une « petite vierge en sucre ».

Narcissa roula ses yeux. « Typiquement Griffondor… »

Lily se rebiffa. « En réalité, je ne le suis plus depuis la cinquième année, pour votre information. Vous ne savez pas ce que font les gens dans la salle commune de Griffondor, tard la nuit… »

L'instant d'après, elle voulut se mordre la langue. Je n'aurais pas dû dire cela.

Narcissa afficha un sourire en coin lascif sur son visage. « Oooh. Des détails, des détails. Que font les lubriques Griffondors ? Comme… Sirius Black ? »

Lily rit. « Pas lui, non. Pas avec moi en tous cas. Tu ne te souviens pas de ce que je lui ai fait quand il m'a fait des avances ? »

Diana renifla. « Pourquoi penses-tu que tout le monde te croyait vierge ? Ne même pas vouloir un petit baiser. De Sirius Black. Je veux dire… Vraiment. »

Lily déglutit. « Bien, je ne veux pas parler de… De cet autre garçon parce que… Nous ne sommes jamais officiellement sortis ensemble, et cela a assez mal fini… »

Claudine se redressa, ses yeux brillants. « Ooh… une baise clandestine. Comme c'est sale. Mais tu peux nous parler de Severus Rogue. Comment est-il ? »

Lily fronça les sourcils. « Que veux-tu dire ? »

Narcissa soupira et sembla se retenir de dire encore 'typiquement Griffondor'. « Que penses-tu qu'elle veule dire ? Au lit. »

Lily se sentit rougir. « Oh… » Puis elle se secoua, ennuyée. Oh, flûte. Elles vont penser que je suis un innocent petit agneau et elle vont se moquer de moi si je refuse de dire quoique ce soit. Alors elle s'éclaircit la gorge et commença à parler d'assez petits détails, les autres filles suspendues à chacun de ses mots, et bientôt, Lily se trouva à donner de plus en plus de détails, jusqu'à ce qu'elle remarque que Narcissa regardait derrière elle avec de très grands yeux.

Lily se retourna, voyant Severus se tenant directement derrière elle. A voir le regard furieux qu'il avait, il se tenait là depuis un certain temps et avait entendu ce qu'elle avait dit aux filles de Serpentard. Sophia lui faisait les yeux doux, et ceux de Claudine le scrutaient sans retenue, comme si ils essayaient d'imaginer le beau physique que Lily avait décrit sous la robe noire. Comme les secondes s'écoulaient, elle sentit ses joues rougir de plus en plus, jusqu'à ce que finalement, son visage plus furieux qu'elle ne l'avait jamais vu, il sorte de la bibliothèque, ses grands pas l'éloignant très rapidement.

Elle savait que si elle filait à ses trousses, les autres filles se moqueraient d'elle comme des folles, alors à se força à rester où elle était, et réussit à changer de sujet. Ce fut la plus dure chose qu'elle avait jamais faite. Après le dîner dans la grande salle, elle réussi à s'approcher de lui comme il partait, voyant encore cette expression de colère sur son visage.

« Oh, hum, Severus. Je… Je me demandais si tu… si tu… » Elle ne put finir. Elle ne lui avait jamais vraiment proposé qu'ils se voient avant. Il lui laissait toujours un petit mot discret sur le lieu et l'heure dans son livre de potions quand ils travaillaient ensemble, elle n'avait jamais initié une rencontre, et se sentait soudain dépourvue pour comment le faire. Elle se sentait en colère contre elle. Ne soit pas stupide. Fais-le.

« Comment vas-tu ? » demanda-t-elle stupidement, voulant se donner des coups. Il la regarda froidement, et elle eut l'impression d'avaler un glaçon.

« Je me sens prêt à me retirer pour la soirée. Je te verrai demain, Lily. » dit-il avec raideur et formellement, avant de descendre l'escalier vers les donjons. Lily courut après lui, regardant par-dessus son épaule pour voir si quelqu'un avait remarqué.

« Tu veux dire qu'ensuite nous nous retrouvons… En bas ? » chuchota-t-elle, voulant parler de la pièce où ils étaient allés la première fois pour être ensemble, et où Severus avait fait un miracle sur les débris et les toiles d'araignées. Il la foudroya du regard, et maintenant, elle vit dans ses yeux qu'il était blessé.

« Non. Je veux dire que je me retire. Dans mon dortoir. Bonne nuit. » dit-il à dessein, s'éloignant d'elle. Elle le regarda partir, son estomac se contractant. Elle ressentit comme un échec.

Il n'y avait aucun moyen de nier que les choses avaient changé depuis qu'ils avaient tous les deux appris que Remus était un loup-garou. Elle avait été sur le point de lui confesser de nombreuses fois que Remus était l'autre garçon avec lequel elle avait couché, mais elle ne pouvait supporter de lui dire cela. Il avait l'air d'avoir suspecté la vraie identité de son premier amant, et attendait qu'elle le lui avoue. Plus elle attendait, plus c'était dur, mais elle n'avait pas encore réussi.

Et puis, quand James et Sirius étaient rentrés après leur suspension, elle avait été tellement contente de voir James ! Quelque chose avait bondi dans son cœur quand elle l'avait vu passer les portes, et elle avait couru vers lui et l'avait pris dans ses bras, choquée de voir en se tournant un Severus Rogue très en colère se tenant en haut de l'escalier des donjons, les foudroyant du regard. Elle s'était éloignée de James, rougissant et essayant d'arrêter son estomac de faire des bonds. Severus avait à dessein détourné son regard d'elle, et était parti dans la grande salle comme s'ils n'existaient pas.

Elle maintenant elle en avait stupidement bien trop dit à ces idiotes de filles de Serpentard… Severus ne lui pardonnerait jamais…

Jeudi 22 Décembre 1977

Severus Rogue faisait les cent pas sur les dalles de pierre de la plate-forme d'observation de la tour d'astronomie, attendant Lily. Cela devait être fait. Il n'y avait aucun doute. Il n'y avait aucun moyen pour qu'il tolère la situation plus longtemps…

Quand Black et Potter étaient rentrés de leur suspension, il y avait eu L'Accolade. Cela avait déjà été assez pénible de voir l'air innocent de plaisir que ses yeux avaient en revoyant Potter. Mais ensuite il avait surpris une conversation entre Black et Lupin qui lui avait glacé le sang. Il était dans le vestiaire de Quidditch après un entraînement, et Black et Lupin étaient venus chercher une des genouillères de Black, qu'il avait accidentellement laissé tomber. Black agitait sa batte de batteur sans faire attention en marchant, regardant autour de lui s'il voyait l'objet perdu.

« Je ne vois pas comment tu peux supporter de les voir ensemble. » disait Black à Lupin. Severus s'éclipsa derrière une porte de placard ouverte. Il avait le sentiment qu'ils parlaient de lui et de Lily.

« Je t'ai dit, Sirius, c'est fini entre moi et Lily. Bien que techniquement, cela n'ait jamais commencé… »

Rogue sentit la bile lui remonter dans la gorge. Est-ce que Lupin était l'autre garçon dont Lily parlait, quand elle lui avait confessé qu'elle n'était plus vierge ?

« Mais tu étais amoureux d'elle ! »

« Sirius… »

« Ne mens pas Remus. Je peux le dire. Et elle était amoureuse de toi aussi. Si tu ne lui avais pas dit que tu était… Ce que tu es… Qu'est-il arrivé ? »

« C'est ce qui est arrivé. Je ne le lui ai pas dit, alors elle a continué à insister encore et encore pour savoir. Mais je.. Je l'ai blessée, Sirius. Physiquement. Notre première fois ensemble… Je l'ai mordue, pour l'amour du ciel. Et je lui ai fait des bleus, beaucoup. Et je suis celui qui lui a cassé la jambe. Tu penses que je voulais continuer à lui faire mal ? »

Sirius Black poussa un soupir, oubliant apparemment qu'il était sensé chercher sa genouillère. « Lui as-tu jamais dit que tu l'aimais ? »

Lupin répondit « Non. » très doucement. « Elle… Elle me l'a dit. Finalement. Dans le train pour l'école, en septembre. Mais… Mais je lui ai dit que je la considérais simplement comme une amie. »

Dans le train ! pensa Severus, sentant son cœur s'arrêter. Lily m'a dit qu'elle m'aimait dans le train… Après que Lupin l'ait rejetée !

« En d'autres mots, tu as menti. »

« Bien sûr que j'ai menti ! Je ne suis pas fait pour être avec quiconque, Sirius, et tu ne me convaincras pas d'autre chose. Oui, j'aimais Lily, et je l'aime encore, mais ce n'est pas la question. Je ne suis pas bien pour elle. Elle est avec Rogue maintenant. Je suppose que c'est une espèce de justice poétique, comme je l'ai presque tué… »

« Pas sans mon aide… » ajouta doucement Sirius Black. « Je suis désolé, Remus. Je n'ai jamais pensé te mettre en danger. »

Non, pensa Severus. Tu voulais juste me voir réduit en lambeaux.

« Je sais, Sirius. Parfois, tu ne penses simplement pas. » Severus entendit un ton tranchant à la voix du loup-garou.

« Oh ! » dit soudain Black, ne donnant aucune indication qu'il avait entendu le dernier commentaire de Lupin. « Le voilà. Allons dîner maintenant. » Il n'allait évidemment pas reconnaître ce que Lupin avait dit.

Severus Rogue les regarda partir, s'effondrant sur un banc, sentant son cœur se briser. Lily avait été amoureuse de Remus Lupin, avait couché avec lui, probablement pendant qu'elle flirtait avec moi, et elle m'a seulement dit qu'elle m'aimait après qu'il l'ait rejetée…

Le vent était mordant et glacé au sommet de la tour d'astronomie. Cela correspondait à son humeur. Severus remonta le col de sa cape et loucha dans les rafales gelées, parcourant encore les dalles froides, regardant les pelouses recouvertes de givre. Le monde avait l'air mort, sans vie. Il y avait de vieilles fougères brunes sur le lac, une multitude de squelettes d'arbres sans feuilles lancés vers le ciel de la Forêt Interdite, et même les sapins avaient l'air tristes et mous, quelques uns jaunissant, comme s'ils mourraient d'une maladie, ou d'un pourrissement des racines. Le lac était un miroir gris et calme reflétant le ciel blanc, qui sentait la neige.

C'était à seulement quelques jours de Noël, mais les vacances ne tardaient pas à Severus Rogue depuis que ses parents étaient morts. Son oncle ne faisait aucun effort pour décorer leur austère appartement au-dessus de l'apothicaire, et ils échangeaient des cadeaux utiles, des choses comme des gants et des pulls ou des livres de potions. Ils n'avaient pas d'oie de Noël, pas de Pétard de Noël ou de pudding flambé, juste un prosaïque rôti de bœuf avec du Yorkshire pudding, des légumes trop bouillis (style écossais) et du pain de mie avec un peu de brandy (que Severus ne pouvait avoir qu'en petites quantités).

La seule chose un peu réjouissante qu'ils faisaient était de participer à la veillée de Noël, dans l'église stoïque de pierres grises des sorciers, où les sorts repousse-moldus convainquaient les passants qui voulaient aller à l'église et qui n'étaient pas magiques d'essayer l'autre église presbytérienne, plus bas dans la rue. Severus aimait entendre le chœur des enfants chanter les chants de Noël, bien qu'il n'admettrait jamais cela à quiconque. A Oxford, avant que ses parents ne meurent, il avait été, pendant un temps, un soprano, avant que sa voix ne change en un alto, puis un ténor et finalement un baryton.

Il avait en fait envisagé de se marier avec Lily dans cette église, se souvenait-il maintenant avec amertume, portant un kilt du clan Campbell au lieu de ses robes de sorcier, son oncle se tenant à son côté tandis que Lily descendrait l'allée, une vision en blanc, avec un tartan drapé sur ses épaules. Il avait fantasmé sur eux allant écouter leurs propres enfants chanter dans le chœur pour la veillée de Noël, rayonnants de fierté, puis les bordant au lit plus tard, tandis que la neige tombait sur le toit et qu'ils rêvaient des cadeaux qu'ils trouveraient au pied du sapin de Noël le lendemain…

Il se tourna brusquement quand il entendit la trappe s'ouvrir. Lily en émergea, une écharpe rouge et or Griffondor nouée autour de son cou pour la protéger du froid. Ses dents claquaient quand elle dit « Se-Se-Se-Severus ! Pourquoi voulais-tu me voir ici ? Il gèle ! »

Il essaya de déglutir, mais sa bouche était complètement sèche. Il voulait la prendre dans ses bras et la tenir, lui dire qu'il l'aimait, mais il ne pouvait pas, parce qu'il la haïssait aussi. Il se demandait comment on pouvait aimer une personne et la haïr à la fois. Mais il le faisait. Il la haïssait parce qu'elle lui avait fait l'amour alors qu'elle prétendait seulement l'aimer, parce qu'elle avait dit des choses aux autres qui le faisaient passer pour un guignol, parce qu'entre tous, elle avait couché avec Lupin…

« Je sais. » dit-il, gardant sa voix calme. « Je pensais que c'était approprié. »

« Approprié ? » dit-elle, frissonnant, resserrant sa cape au plus près de son corps. « Approprié pour quoi ? »

Il prit une grande inspiration par le nez. Il devait juste se lancer et le dire. « Lily, » commença-t-il d'un ton résolu, « Cela ne marche pas. »

Elle loucha vers lui. « De quoi parles-tu ? Qu'est-ce qui ne marche pas ? »

Elle ne savait pas. Elle n'avait vraiment aucune idée d'à quel point il était misérable, des moqueries qu'il endurait des filles de Serpentard, qui étaient tellement fières d'elles de l'avoir piégée en lui faisant révéler des informations intimes sur ce qu'ils faisaient ensemble, et puis des autres, comme l'histoire s'était répandue. Narcissa Anderssen était particulièrement intolérable. D'abord, il avait été indigné pour Lily quand Narcissa avait ri avec un reniflement en disant « Elle croyait vraiment que nous voulions être ses amies ! Elle ! Une sang de bourbe ! » Et elle était partie avec son gang de chiennes dans une crise de fou rire. Mais ensuite, il s'était souvenu qu'elle avait seulement prétendu l'aimer, et décidé que pour autant qu'il n'aimait pas Narcissa et les autres, Lily avait eu ce qu'elle méritait. Le problème… Le problème était qu'il avait aussi été une victime.

« Nous ne fonctionnons pas. » dit-il par-dessus le sifflement du vent, qui lui mordait la peau des joues tellement il était froid. « Je t'ai demandé de monter ici pour y mettre un terme. »

« Y mettre un terme ? » sembla-t-elle dire, mais ce n'était pas très fort, et le vent balayait le son, de telle sorte qu'il ne pouvait se fier qu'à ce qu'il avait vu sur ses lèvres.

« Oui. C'est fini. » dit-il clairement, sa voix lui semblant bien trop forte maintenant que le vent avait fait une petite pause. Il vit le choc sur son visage, mais il ne pouvait pas s'en réjouir. Il savait qu'il lui faisait mal, mais cela lui faisait mal aussi. C'était simplement trop douloureux pour continuer cette comédie…

« Fini ? » elle ne semblait capable que de répéter la dernière chose qu'il avait dite. Il opina du chef.

« Je suis désolé, Lily. Je… Je suppose que nous n'aurions jamais dû nous attendre à ce que cela marche, après tout. Une Griffondor et un Serpentard. »

Elle lui fit la tête. « Tu… Tu romps avec moi ? Et parce que je suis une Griffondor ? Je ne comprends pas, Severus… Je pensais que nous étions heureux… »

Maintenant, il sentit une furie s'élever en lui, qui l'aida à garder sa résolution et à ne pas la prendre dans ses bras. « Heureux ! » cracha-t-il, « Tu penses que j'étais heureux de moi voir transformé en guignol ? »

Le visage de Lily s'effondra. Il vit des larmes froides couler de ses yeux et être presque immédiatement essuyées par le vent fort et glacé. « Je… Je suis désolée, Severus. Je n'ai pas réalisé… Que Narcissa et les autres… Elles prétendaient juste être mes amies. Je me sens si stupide. Je ne sais pas pourquoi, mais je n'ai jamais eu beaucoup de succès avec mes amitiés avec des filles. Peut-être que ça vient du fait d'avoir une sœur si terrible, je ne sais pas… »

Les lèvres de Severus se relevèrent en un rictus à son explication, mais il était quelque peu forcé. « Ne t'excuses pas. Bien que peut-être que cela expliquerait pourquoi tu ne sembles avoir aucun problème à être amie avec des garçons. Comme Remus Lupin par exemple. » Il lui lança un regard noir. Les yeux de Lily s'ouvrirent en grand, et il put dire qu'elle savait qu'il savait. « Ou James Potter. » ne put-il pas résister d'ajouter, bien qu'il sache qu'il risquait d'avoir l'air jaloux et mesquin maintenant. Et cependant… Cependant, les yeux de Lily s'agrandirent encore plus. Bon Dieu, pensa-t-il. Est-ce qu'il y eu quelque chose entre elle et Potter ? Severus avait vu Lily regarder James avec confusion. Il y avait les sourires qu'elle lui adressait ainsi, l'affection facile qu'elle lui portait, la chaleur dans ses yeux quand elle le regardait…

Elle baissa les yeux maintenant, incapable de soutenir son regard, et il sut sans plus de doute qu'il avait pris la bonne décision. Si j'avais laissé se prolonger cela, elle serait sortie avec Potter dans mon dos, et ensuite j'aurais été encore plus risible. Mais ce n'était pas d'être risible qui le dérangeait le plus, bien que ce soit un coup dur à sa fierté. C'était qu'elle soit avec lui seulement en prétendant l'aimer.

« Au revoir, Lily. » dit-il sèchement, se tournant pour partir.

Comme il ouvrait la trappe, elle tira soudain son bras, criant dans le vent. « Non ! Ne fais pas cela, Severus. Je suis désolée ! Tu n'as pas idée à quel point je suis désolée ! »

Elle pleurait pour de vrai. C'était possible, pensa-t-il, qu'elle se soit fait des illusions en pensant qu'elle l'aimait. Mais il n'avait pas autant d'illusions. Avec plus de volonté qu'il ne croyait en avoir, il chassa sa main de sur son bras et dit « Désolé, Lily. C'est fini. »

Il ne semblait pas pouvoir trouver une autre manière de l'expliquer. Il continuait juste à dire les mêmes mots encore et encore. Il avait l'impression qu'ils étaient prisonniers dans une espèce de boucle temporelle, comme s'ils se tenaient au sommet de cette tour pour une éternité, fouettés par le vent et disant « C'est fini. » et puis, « Non, Severus ! » et « C'est fini. » encore, encore et encore.

Il dévala les escaliers, claquant la porte derrière lui. Il devait s'éloigner d'elle. Il ne pouvait pas rester plus longtemps, ou il craquerait. Il courut et courut, descendant un couloir et des escaliers étranges, jusqu'à ce qu'il ne soit même plus sûr de l'endroit où il était. Il alla dans une salle de classe poussiéreuse et inutilisée, où les bureaux et les chaises étaient poussés contre les murs, et où quelqu'un avait écrit il y a longtemps un refrain paillard sur le tableau, qui n'avait jamais été effacé. Il ne rit pas à ce refrain cependant. Il s'écroula sur le sol et pleura, pleura pour la première fois depuis qu'il était un petit enfant, pleura comme il n'avait pas pleuré quand ses propres parents étaient morts et que son émotion dominante était la rage. Il pleura jusqu'à ce qu'il ne puisse plus pleurer, se disant tout du long que c'était pour le meilleur, que c'était pour le meilleur et qu'il était mieux sans elle.

Mais il ne le croyait pas.

Vendredi 23 Décembre 1977

Lily se tenait dans le hall d'entrée, sa malle à ses côtés comme elle attendait les attelages sans chevaux qui la descendraient au village pour prendre le train pour rentrer à la maison pendant les vacances de Noël. Elle se sentait étrange et vide à l'intérieur depuis que Severus avait rompu avec elle la veille. Elle était restée au sommet de la tour d'astronomie, pleurant dans le vent, et elle était finalement allé voir Madame Pomfresh pour une potion de pimentine, parce que rester là haut lui avait congestionné le nez, et elle avait de la toux.

Quand elle était rentrée à la tour Griffondor, ses oreilles fumant encore à cause de la potion, elle avait expliqué où elle était allée, et James et les autres avaient pensé qu'elle avait l'air fatiguée et tirée parce qu'elle était malade. Elle n'avait dit à aucun d'eux que Severus et elle avaient mis fin à leur relation. Elle était allée directement au lit, sans rien manger pour dîner, et personne ne s'était inquiété d'elle, personne n'avait semblé se soucier qu'elle soit morte ou vivante. Elle ravala son apitoiement et revécu la conversation encore et encore, pensant à ce qu'elle aurait dû dire, mais c'était trop tard… Elle pensait toujours à ces choses là trop tard. A quatre heures du matin, elle s'était réveillée, incapable de dormir. Elle était descendue dans la salle commune avec une plume et un parchemin, et avait travaillé pendant plus de trois heures sur une lettre pour Severus. Elle avait fait plus de sept brouillons.

Après les cours, elle avait fait sa malle et était descendue dans le hall d'entrée, avec les autres élèves qui prenaient le train pour rentrer chez eux pendant les vacances. Ils riaient et parlaient avec animation de ce qu'ils allaient faire pendant leurs vacances, et personne ne sembla remarquer que la préfète en chef de Poudlard était au trente-sixième dessous. Je n'ai aucun ami, pensa-t-elle misérablement, pensant à Cecilia, qui était en visite chez ses amies dans la salle commune de Pouffsouffle. Elles allaient toutes rester au château pour les vacances. Elle se souvint des filles de Serpentard l'amenant sinueusement à dire des choses qu'elle n'aurait jamais dû dire à personne. Elle avait été une totale et complète idiote, elle le savait. Et maintenant, Severus l'avait quittée…

Elle grimpa dans l'un des carrosse sans chevaux pour aller à la gare, et avant qu'elle ne puisse fermer la porte, quelques troisième année grimpèrent dedans. Elle reconnut Bill Weasley de sa propre maison, avec quelques Pouffsouffles avec qui il traînait depuis septembre. Elle se demanda pourquoi il n'était plus autant avec les autres élèves de troisième année de Griffondor.

« Oh, bonjour. » dit-il avec politesse. Elle se força à lui sourire.

« Bonjour. »

« Est-ce que nous pouvons prendre ce carrosse ? »

Elle haussa les épaules. « Pourquoi est-ce que vous ne pourriez pas ? »

Un des Pouffsouffles avait de très grands yeux. « Parce que tu es la préfète en chef ! »

Elle sourit aux autres garçons. « C'est bon ? Installez-vous. Je suppose qu'il vous tarde de revoir vos familles. »

Weasley acquiesça vigoureusement. « Oh, oui. Ma maman attend un autre bébé au printemps, et elle aura vraiment besoin de mon aide avec mes petites sœurs et mon tout dernier frère. »

Lily le regarda avec un demi-sourire sentimental. « Comme c'est mignon… » dit-elle, lui faisant rougir les oreilles. Elle remarqua cependant, que l'un des autres garçons tenait une lettre usée dans la main et avait l'air misérable.

« Est-ce que cela va ? Comment t'appelles-tu ? »

« Jack. Non, cela ne va pas exactement bien. » Il agita la lettre avec peu d'entrain. « Ma mère et mon père se séparent, et aucun d'eux ne me veut pour les vacances, alors je vais chez ma tante. »

Lily était surprise. Elle n'avait jamais entendu parler d'un divorce dans le monde des sorciers. « Oh… Je suis désolée. C'est terrible. »

Le garçon haussa les épaules et joua avec sa lettre un peu plus ; « Je sais depuis un moment maintenant. Ils m'ont écrit il y a une paire de mois. Mais quand je suis à l'école, je n'ai pas vraiment à y faire face, n'est-ce pas ? Quand je n'y suis pas…. »

Elle acquiesça avec compassion et posa sa main sur celle du garçon. « Je comprends ce que tu veux dire. » dit-elle avec sérieux. Jack eut l'air hébété, regardant leurs mains se touchant.

Puis l'autre garçon montra du doigt le sol du carrosse, disant « Tu as fait tomber quelque chose. » Lily se pencha pour le reprendre, son visage rougissant. Le garçon sans nom eut l'air suspicieux. « Qu'est-ce ? » voulut-il savoir.

« Geoff ! » Le gronda Weasley pour sa curiosité. Lily sourit tristement.

« C'est bon. C'est une lettre que j'ai écrite. Pour mon petit ami. »

Weasley fronça les sourcils. « Mais je pensais que ton petit ami était le gardien des Serpentards. Pourquoi as-tu besoin de lui écrire une lettre avant même de quitter le château ? »

Elle se sentit rougir et dit « Bien, techniquement, il n'est plus mon petit ami. Mais… J'espère que je pourrai le faire changer d'avis… »

Les trois garçons restèrent bouche bée et Weasley dit « Tu veux dire qu'il a rompu avec toi ? Il est fou ? »

Lily lui sourit plus largement cette fois. « Je prends cela pour un compliment. Oui, » dit-elle plus doucement, son sourire s'estompant. « il a rompu avec moi hier. »

Jack secouait sa tête et Geoff avait l'air incrédule. Weasley parla à nouveau. « Je ne peux pas croire que quelqu'un a rompu avec toi. Et tu lui écris une lettre ? »

« Bien… être préfète en chef ne signifie pas que l'on est parfait. J'ai fait quelque chose de détestable, et je le supplie de me pardonner. Ce n'est pas simple. »

Ils firent le trajet en silence, et quand ils atteignirent la gare, Bill posa sa main sur son bras et dit « Bonne chance. »

Il lui fit un large sourire, ses tâches de rousseur ressortant sur sa peau pâle. Elle lui rendit le sourire.

« Merci. Et si je ne te revoie pas… Joyeux Noël. »

« A toi aussi. Joyeux Noël. »

Elle regarda les garçons s'éloigner pour trouver un compartiment ensemble, leur amitié facile lui causant comme un coup de jalousie. Elle n'avait jamais eu de lien comme cela avec personne, pas vraiment. Le plus proche qu'elle avait eu était avec James, et il ne lui avait même pas parlé de Remus. Cependant… Elle se souvint maintenant qu'il avait dit que ce n'était pas à lui de révéler ce secret. C'était James, pensa-t-elle. Honorable jusqu'au bout. Cela ne l'ennuyait plus cependant. Elle savait que c'était un bon préfet en chef, bien qu'il rôde dehors avec Remus et les autres à la pleine lune. Il avait sauvé la vie de Severus. Elle commença à avoir une boule dans la gorge en pensant à Severus, glissant sa main dans la poche de sa cape, touchant là le parchemin plié.

Dans la lettre, elle s'excusait auprès de Severus pour toutes les choses terribles qu'elle avait faites, lui disant ce qu'elle aimait en lui, le suppliant de réfléchir… Elle avait décidé de la lui remettre dans le train. Elle avait vu son visage quand il s'était enfui d'elle la veille, et elle savait qu'il n'avait rompu avec elle que par fierté. Elle pouvait dire qu'il l'aimait encore. Si elle le présentait bien, elle était convaincue qu'il reconsidérerait sa position. Après tout, après qu'elle lui avait crié dessus pour avoir pris la potion de courage pour l'embrasser, il s'était montré sous les chênes au moment prévu.

Elle regarda dans chaque compartiment du train en commençant au début, le cherchant. Elle le trouva finalement assis seul dans un compartiment, fixant le château par la fenêtre. « Severus. » s'étrangla-t-elle, lui faisant vivement tourner la tête. Il eut l'air piégé, mais elle lui tendit simplement le parchemin, et il le prit. « Je suis désolée, Severus. Tellement désolée. S'il-te-plait… Lis simplement cela s'il-te-plait. Reconsidère tout cela. »

Elle se retourna et fila, revenant plusieurs compartiments en arrière, là où elle avait vu James et les autres garçons. Ils avaient essayé de la faire se joindre à eux, et elle avait dit qu'elle le ferait après avoir fait quelque chose d'important. Quand elle revint, ils lui firent de la place entre James et Peter, tandis que Remus et Sirius étaient assis en face. Elle regarda le paysage commencer à défiler, écoutant à peine la conversation des garçons, son estomac noué comme elle se demandait ce que Severus dirait de la lettre.

Lily ne savait pas depuis combien de temps le train roulait quand la porte de leur compartiment s'ouvrit. Severus se tenait là, tenant la lettre. Elle le regarda avec espoir, mais, la regardant droit dans les yeux, un éclat métallique dans les yeux noirs, il déchira le parchemin en petits morceaux, les jeta en l'air en puis les enflamma avec sa baguette, avant de leur adresser un regard méprisant à tous et de claquer la porte du compartiment avec un dernier BANG !

Les garçons furent tous alarmés quand Lily fondit soudain en larmes, enfouissant son visage dans ses mains. Elle avait eu l'espoir qu'après avoir eu l'opportunité de vraiment penser à quoi dire, cela aurait fait une différence. Mais ce n'était pas le cas. Il ne voulait plus être avec elle. Il la haïssait.

« Filez. Tous ! » siffla soudain James. Elle entendit les autres garçons se diriger vers la porte, et quand elle leva la tête, elle et James étaient seuls. Il la prit contre elle, ses bras sûrs et chauds autour d'elle, et comme elle sanglotait sur son épaule, il murmurait « Là, là… », et lui caressait les cheveux, les joues et lui donnait de petites tapes dans le dos. Quand elle eut fini, il sécha ses larmes et l'embrassa sur le front, et elle s'endormit avec ses bras autour de ses épaules, comme le froid paysage hivernal de l'écosse et de l'Angleterre défilait.