La génération perdue
(1975-1982)
Chapitre vingt
Les gardiens
Jeudi 31 Décembre 1981
« Bien, pourquoi est-ce qu'Yvonne ne peut pas le garder ? »
« Elle aimerait aller à une fête aussi, ce soir chéri. Oh, je savais que nous n'aurions pas dû attendre le dernier moment pour ça… »
Petunia Dursley se mordit la lèvre en se lissant sa robe de soirée vert émeraude déjà lissée. Surveillant la source de leur problème, son esprit filait à la recherche d'une solution. Cette source était son neveu, Harry Potter, assis sur le tapis du salon, entouré par une barrière en bois que Vernon avait construite et qui pouvait être déplacée de pièce en pièce, le confiant dans un espace carré d'environ trois pieds de côté. Il jouait distraitement avec une vieille chaussette de Vernon, et surveillait son cousin Dudley (qui avait tout l'espace de la pièce), un coin de ses lèvres se tordant vers le bas comme il contemplait la vaste collection de jouets de Dudley.
Dudley avait au moins une douzaine de camions, et un grand train miniature qu'il était vraiment trop jeune pour pouvoir apprécier, en plus d'un bus scolaire jaune sur lequel il pouvait se mettre à cheval et avancer en poussant avec les pieds (en théorie… Son corps ne lui permettait pas cette activité), plusieurs ballons de foot, un ballon de basket, et une petite raquette de tennis avec laquelle il aimait frapper tout ce qui était à sa portée (Harry, les meubles, ses parents, Harry, ses autres jouets, Harry, etc… ). Son jouet favori, cependant, était un ensemble de nourriture en plastique dont les éléments étaient disposés devant lui, comme s'il essayait de décider lequel manger en premier. Les autres jouets qui ne ressemblaient pas à de la nourriture ou à des armes (les peluches, principalement) étaient empilés dans une boîte qui débordait et portait la légende « DUDLEY » en grosses lettres rouges.
Petunia Dursley avait en fait donné à Harry un ou deux jouets rejetés par Dudley quand il était arrivé deux mois plus tôt, pour arrêter ses pleurs. Cependant, au moment où Dudley avait vu qu'on avait donné à Harry un vieil ours pouilleux ou une voiture sans roues, il avait pleuré encore plus fort que son cousin jusqu'à ce qu'on ai repris le jouet à Harry. Elle avait essayé cela seulement quelques fois avant d'abandonner. A chaque fois, elle enlevait très rapidement le jouet, comme elle ne voulait jamais énerver son fils d'aucune manière. Si elle devait choisir entre énerver son fils ou énerver Harry, le choix était clair. Toutefois, elle avait dû endurer presque un mois de pleurs de Harry avant qu'il ne semble comprendre qu'ici les choses étaient différentes. Peu importe à quel point il pleurait, il n'avait pas davantage à manger. Il n'avait pas de jouets. Même quand il trébuchait et tombait, ce qui arrivait souvent, il n'était pas consolé.
Deux mois plus tard, Harry semblait avoir moins d'attente que lorsqu'il était arrivé. Il semblait comprendre que cela ne servait à rien d'essayer d'attirer l'attention de sa tante. Elle ne faisait jamais rien de plus que lui changer ses couches ou le nourrir en même temps que le restant de la famille. Même ses bains étaient assez grossier, consistant en être frotté avec une étoffe très rêche alors que Dudley, avec qui il devait partager la baignoire, lui lançait le l'eau savonneuse dans les yeux. Quand il pleurait, sa tante frottait simplement encore plus fort. Pour le rendre plus difficile à entendre la nuit, elle avait mis son berceau dans le placard sous l'escalier. Contrairement à Dudley, Harry n'avait pas de veilleuse. Il ne voyait rien d'autre que le noir absolu durant toute la nuit. Elle avait cependant consenti à ce qu'un vieil ours de Dudley le réconforte dans le berceau (Et Dudley ne pouvait pas voir que Harry avait l'ours). Comme le placard était assez chaud et n'avait pas de fenêtre, il n'avait pas de couverture.
Vernon faisait les cent pas, son visage rouge au-dessus du col blanc amidonné de ses habits de soirée. « Je dois aller à cette fête, Petunia ! Amener Dudley est une chose. Les gens vont le croquer ! Rien de mieux pour briser la glace qu'un bébé, et spécialement un aussi spécimen que Dudders. » Il rayonnait en voyant son fils, portant une version miniature des habits de son père, sauf que le devant de sa chemise était trempé de bave comme Dudley mâchait joyeusement un morceau de pizza en plastique. « Comment quelqu'un peut vous dire non quand on a un bébé avec soi ? Je compte me faire des contacts pour les affaires là-bas, et celui-ci pourrait tuer tous les marchés que je veux conclure. » grogna-t-il, pointant un doigt accusateur sur le petit Harry maigrichon.
« Oui, chérie, je sais… » bêla-t-elle en se renfrognant profondément en regardant les cheveux noirs en désordre de Harry et son fin visage pâle avec ses yeux verts trop grands, comme ceux de sa sœur. Entre-temps, Dudley avait passé la main sous le canapé et trouvé une figurine de cochon qu'il adorait. Il utilisait la figurine pour choisir la nourriture en jouet, puis il prenait les hamburgers et les œufs au plats en plastique et les mettait dans sa propre bouche, riant à gorge déployée comme il faisait cela, comme s'il l'avait emporté sur le cochon. Petunia lui fit un sourire plein d'amour. C'était un enfant tellement joyeux ! Harry, d'un autre côté… Elle n'avait jamais vu de bébé plus grincheux et mécontent de toute sa vie.
Vernon se retourna et lança un regard noir à Harry. « Je savais que nous n'aurions pas du le garder. Je savais simplement qu'il nous causerait plus de problèmes qu'il n'en vaut le coût ! » Il continua à lancer un noir regard malveillant sur Harry, sa contrariété faisant passer sa couleur du rouge au pourpre. « Nous aurions du le mettre dehors dès que nous l'avons eu ! Le laisser au gouvernement ! »
Petunia regarda nerveusement autour d'elle, comme si elle avait peur que quelqu'un puisse les entendre. « Tu sais que nous ne pouvons pas faire cela, Vernon ! » lui siffla-t-elle. « Tu te souviens de la lettre… »
« La Lettre ! » dit Vernon, haussant le ton et faisant tressaillir sa femme, comme si une entité invisible risquait de les entendre. « Tu appelles cela une lettre ! Du parchemin, et de l'encre verte. Et c'était écrit à la main ! Qui écrit des lettres à la main maintenant, je te le demande ? Une vraie lettre se fait sur du papier blanc, est tapée à la machine. A l'encre noire. Et sans foutu sceau de cire ! »
« Oui chéri. » dit-elle rapidement et doucement, fixant nerveusement le chandelier comme s'il risquait de les attaquer pour avoir cette conversation interdite. « Peut-être que tu devrais prendre Dudley, et je resterai à la maison… »
« Rester à la maison ! Et un prospect va penser que je suis un pathétique père célibataire ? Comment suis-je sensé m'occuper de Dudders sans toi là-bas ? Il va servir à rompre la glace, mais je ne peux certainement pas l'avoir avec moi tout le temps si j'essaye de conclure une affaire… »
« Bien, je suis sûre qu'il y aura d'autres femmes qui pourront temporairement t'en débarrasser… » commença-t-elle à dire, mais elle se retrouva très mal à l'aise avec cette idée. D'autres femmes mettant leurs mains sur leur précieux garçon ? L'idée commençait à la rendre malade. Quelqu'un pourrait partir avec lui, s'il passait un peu de temps avec ! Qui ne voudrait pas d'un bébé aussi beau et en bonne santé ? Elle avait entendu que des garçons comme Dudley valaient cher sur le marché noir, un souvenir qui la fit frissonner. Non, elle ne pouvait simplement pas supporter que Vernon confie Dudley à d'autres femmes pendant la fête, car on ne savait jamais qui était vraiment derrière ce marché noir des bébés…
Juste au moment allait ouvrir la bouche pour retirer le plan qu'elle venait de proposer, la sonnette de la porte retentit. Elle referma brusquement sa bouche et fixa Vernon, qui s'avança à grands pas colériques vers la porte, comme si celui qui venait de sonner était de toute évidence déterminé à leur ruiner la soirée. Après un instant d'hésitation, elle le suivit. Petunia se tenait un peu en arrière de son mari quand il ouvrit la porte, préparé à commencer sa tirade colérique. La petite vieille femme devant eux avait cependant d'autres idées.
« Vous avez un petit qui a besoin d'être gardé ? » demanda-t-elle laconiquement, d'une voix perçante. Petunia et Vernon échangèrent un regard, les yeux tout grand ouverts. La réponse à leurs prières était sur le seuil de la porte !
« Heu, oui, Miss… »
« C'est Missis, si cela ne vous dérange pas. Mrs Arabella Figg. Et n'ayez pas l'idée de m'appeler par mon prénom. Vous êtes assez jeune pour pouvoir être mon petit fils, et de mon temps, nous montrions du respect pour nos aînés. Appelez-moi Mrs Figg. Où est-il ? »
Petunia regarda Vernon en hésitant, ses sourcils relevés. La vieille femme était couverte de poils de chats sur un côté de son vieux manteau brun, ses cheveux gris et ondulés étaient en désordre sous un béret vert tricoté, et elle semblait être sortie en pantoufles. Son visage était vieux et ridé, donnant l'impression qu'il y avait pu y avoir de vrai traits autrefois, avant qu'ils ne se creusent et tombent dans la configuration présente.
Elle passa devant eux, espionnant immédiatement Dudley sur le sol du salon. Il tentait de manger un gros bout de poulet plastique à l'apparence réaliste, rongeant avec enthousiasme la cuisse, ses cheveux blonds brillant comme un casque sur sa grosse tête sa cou.
« Heu ! » dit-elle l'air impressionnée. « Quel beau petit garçon. Il a l'air en bonne santé ! Je ne peux pas imaginer qu'il soit un problème… »
« Oh non ! » s'écria immédiatement Petunia, avant qu'un malentendu s'installe. « Il n'est pas la raison pour laquelle nous avons besoin d'une baby-sitter. Il va venir avec nous. C'est lui. » dit-elle, ses lèvres se serrant, comme elle pointait un doigt accusateur sur Harry. Elle se demanda un moment si cette femme s'était introduite dans la maison pour voler Dudley. Elle fait probablement partie d'un gang qui met des bébés sur le marché noir ! pensa-t-elle, réalisant que Dudley pourrait même être en danger dans sa propre maison.
Mrs Figg lança un regard en vrille le l'enfant maigre et pâle, sa bouche se tordant. « Oh » dit-elle d'une voix sans enthousiasme. « Je vois le problème. » Elle croisa les mains sur son grand sac marron usé en faux crocodile et soupira. « D'accord, je le ferai. A condition que je le surveille chez moi, et que je puisse prendre cette petite barrière, pour l'empêcher de toucher à mes affaires. Je prends une livre de l'heure. Je ne suis pas une œuvre caritative, vous savez. La moitié par avance. »
Petunia et Vernon échangèrent un regard, essayant de cacher leur joie. La femme était salement bon marché ! Et elle ne semblait pas essayer de voler Dudley (plus maintenant). Ils ne voulurent cependant pas avoir l'air trop avides, au risque qu'elle augmente son prix ridiculement bas. « Bien, d'accord. Je suppose que nous n'avons pas trop le choix. » dit Petunia. « Je vais aller chercher quelques couches… »
Mrs Figg leva la main. « Pas besoin. Je suis nounou depuis des années, j'ai tout ce dont j'ai besoin. Je suis à la retraite maintenant, mais je me fais quelques billets pour le nouvel an. J'ai juste besoin d'une poussette pour le sortir d'ici. Je n'ai jamais aimé les tenir de trop près. » Elle se pencha vers Petunia qui retroussa ses narines. La femme sentait fortement le choux. Elle sortit une carte de sa poche et la tendit à Petunia. « Ma carte. Tout ce que vous avez besoin de savoir est là. »
Petunia la regarda négligemment. La femme vivait à seulement une paire de rues de là, et son numéro de téléphone était imprimé en tout petit, en plus de la légende Gardienne d'enfant experte et expérimentée. Demandez au Prince de Galles. Sa main se logea contre sa poitrine. « Vous… Vous avez travaillé pour le prince et la princesse de Galles ? » demanda-elle d'une voix tremblante.
« Vous voulez dire ceux que nous avons maintenant ? Non, pas comme cela. Quand il était petit. »
Ce fut tout ce qu'elle dit. Petunia hésita, ne sachant pas si cette vieille femme ne serait pas trop bien pour Harry. La nounou du prince de Galles !
« Bien ? Où est cette poussette ? Vous ne devez pas aller à une fête ? »
Petunia tendit la carte à Vernon qui la mit dans sa poche sans la regarder, tandis que Petunia allait ramenait la poussette de la cuisine en passant pas le couloir. Quand elle revint, Mrs Figg scrutait Harry à travers la fente de ses yeux. Le cœur de Petunia oublia un instant de battre. Maintenant, elle se demandait si c'était une bonne idée pour une autre raison. Et si Harry faisait quelque chose pendant qu'il était chez Mrs Figg, et qu'elle découvrait leur grand et épouvantable secret ?
Juste la veille, Dudley avait fouillé dans le sac de golf de Vernon. Il avait essayé de manger une balle, qui s'était logée dans sa gorge. Petunia l'avait entendu s'étouffer, et s'était précipitée dans le salon depuis la cuisine où elle nettoyait. Juste au moment où elle entrait dans la pièce, Harry avait levé sa main et fixait Dudley. La balle de golf vola hors de la bouche de ce dernier, traversa les barreaux du par cet atterrit dans la main tendue de Harry. Il la laissa immédiatement tomber et s'essuya la main sur le tapis, faisant Petunia lui crier dessus comme cela l'ennuyait.
Après être retournée dans la cuisine avec Dudley sur la hanche afin de lui donner à manger (il était de toute évidence affamé), elle se demanda ce qu'elle venait de voir. Est-ce que Harry avait fait venir la balle à lui ? Ou est-ce que Dudley avait simplement réussi à l'expulser, la projetant dans la pièce jusqu'à la main de Harry ?
Elle regarda Harry maintenant. Il avait mis sa main dans la chaussette et faisait bouger son pouce et ses doigts dedans, comme si c'était une marionnette. Il lui baragouinait des bêtises, ignorant le reste d'entre eux. Mrs Figg émit un bruit de désapprobation. « Regardez cela ! Vous le permettez ? Certainement pas moi. Utiliser son imagination. C'est dangereux ! Je n'y tiens pas, j'espère que vous comprenez. »
Vernon traversa la pièce avec colère et enleva la chaussette de la main de Harry. « Nous n'approuvons certainement pas l'imagination. » grogna-t-il. Harry le regarda sans réagir quand il lui enleva la chaussette. Petunia retint son souffle un instant, mais le conditionnement des deux mois précédents tint et Harry ne fondit pas en larmes. Petunia pensa que Vernon avait aussi hésité un instant, dans l'éventualité où cette femme découvrirait pour Harry. Elle pouvait voir la lutte interne sur son visage… Aller à la soirée, montrer Dudley, et se créer des contacts d'affaire, ou garantir que personne en dehors du numéro quatre Privet Drive ne découvrirait leur secret le plus enfoui et le plus sombre. Finalement, elle pu voir que la fête avait gagné. Il regarda le devant de sa belle chemise blanche et son bel enfant. Ils y allaient.
« Nous devrions être de retour vers une heure et demie deux heures. » dit Petunia, plaçant Harry dans la poussette, et enfilant ses bras dans une veste qui n'allait plus à Dudley depuis plus d'un an. Elle était bien trop grande pour Harry. « Il a mangé et va bientôt aller au lit. Il peut simplement dormir dans la poussette. Ensuite, nous pourrons le ramener à la maison sans le réveiller et sans qu'il fasse des histoires… »
« Je sais comment m'occuper des enfants. » coupa-t-elle, prenant la parc plié à Vernon avec une main et dirigeant la poussette vers la porte d'entrée avec l'autre. Elle lança un regard noir à Vernon jusqu'à ce qu'il passe à l'action et aille lui ouvrir la porte. Sur le palier, elle s'arrêta, posa le par cet lui tendit la main, paume vers le haut. « J'ai dit la moitié d'avance. Si vous ne rentrez pas avant deux heures, cela fait quatre livres dès maintenant. Bien que nous puissions dire cinq, comme c'est un nombre rond. »
La paume attendit. Vernon sortit un billet de cinq livres de son portefeuille et le mit dans sa main. Elle la plongea immédiatement dans sa poche et reprit le parc. En un clin d'œil, elle avait fait descendre à la poussette la marche de l'entrée et s'éloignait rapidement d'eux, les roues grinçant très fort dans le soir calme et glacé. Petunia regarda Vernon en hésitant une fois de plus, se demandant s'il (pas Vernon, le 'il' qui avait écrit la lettre qu'ils avaient trouvée avec Harry) ne serait pas en colère qu'ils aient fait cela. Elle ne voulait pas que l'un d'eux vienne se rappeler à elle après tout.
Vernon était convaincu que, avec le temps, ils pourraient 'endiguer' ce qu'ils supposaient que serait la 'tendance naturelle' de Harry. Petunia n'en était pas si sûre. Elle n'avait pas parlé à Vernon de l'incident de la balle de golf. Peut-être qu'il étai trop tôt. Peut-être qu'avec le temps…
Elle se secoua et alla chercher son châle afin qu'ils puissent partir à la fête. Son esprit s'allégea quand elle réalisa qu'elle n'aurait pas à penser à Harry pendant des heures et des heures. Comme c'était libérant ! Comme c'était agréable ! Grognant un petit peu, elle souleva Dudley sur sa hanche osseuse et planta un baiser sur la somment de sa tête ronde et blonde.
Il avait probablement recraché la balle de golf tout seul, pensa-t-elle comme Vernon faisait reculer la voiture dans l'allée. Je dois juste m'assurer qu'il mange davantage. Sûrement que s'il avait assez à manger, il ne mettrait pas tant de choses à la bouche. Harry n'a probablement rien fait à part attraper la balle de golf. Peut-être qu'il pourrait finalement trouver une utilité en jouant au criquet réfléchit-elle. Il avait déjà cet air athlétique et élancé. Un enfant normal serait intéressé par un sport normal comme le criquet. Pas cette chose stupide qu'avait fait son père, en volant sur un balai…
A la pensée de voler sur un balai, elle haleta et essaya de faire le vide dans son esprit. Elle ne voulait pas penser à cette sorte de choses. Vernon regarda à sa gauche un instant, puis à nouveau la route. « Tout va bien, Petunia ? »
« Oh, oui, bien sûr, Vernon. Je pensais juste… Nous devons nous assurer que notre petit Dudley a assez à manger afin qu'il ne mette pas d'autres choses à la bouche. »
Vernon acquiesça sagement comme il conduisait. « On ne pourra jamais lui donner trop à manger selon moi. » Il fit tourner la voiture sur l'autoroute et lança un regard noir aux autres voitures devant lui.
« Oui chéri. » dit doucement Petunia, espérant que tout allait bien chez Mrs Figg. Espérant que Harry se comportait aussi normalement que possible. Espérant que Mrs Figg ne suspecterait jamais qu'elle gardait le fils d'une sorcière et d'un sorcier qui avaient été assassinés par un mage noir diabolique qui avait essayé et échoué à tuer Harry en personne.
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« Tu peux y aller maintenant. » dit laconiquement Arabella Figg à son frère après avoir négligemment jeté le parc fabriqué maison par Vernon dans le placard sous l'escalier. Alastor était resté là avec son autre enfant à garder pendant le temps que ça lui avait pris pour aller à Privet Drive et revenir avec Harry. Un garçon mince, pâle et blond d'à peu près le même âge que Harry frappait la jambe de bois sculptée d'Alastor Maugrey avec un bâton que Arabella reconnut immédiatement être la baguette de son frère. « Alastor ! Qu'est-ce que tu penses que tu fais, en le laissant mettre la main sur ta baguette comme cela ? Qu'est-il arrivé à ta foutue 'vigilance constante' ? »
Son frère bien plus âgé, son visage encore plus usé par la guerre que celui de sa sœur, avait distraitement fixé la télévision, quelque chose qu'elle n'avait jamais encore expérimenté elle-même, ne vivant dans la maison que depuis moins d'un jour. A présent, une femme avec une robe à la longueur choquante dansait dans la cuisine avec ses chats, et tous (les chats y compris, qui marchaient miraculeusement sur leurs pattes de derrière) chantaient à pleins poumons à quel point les boîtes de nourriture pour chat qu'ils avaient dans les mains (et les pattes) étaient merveilleuses. Il fixait l'écran. Sa sœur hurla encore son nom, et il remarqua finalement que l'enfant avait d'une manière ou d'une autre métamorphosé sa belle jambe sculptée (elle provenait du vieux piano à queue de sa mère, et la lui rappelait toujours) en un cactus épineux.
« Non, Draco, non ! Tu ne dois pas toucher les baguettes ! Non, non, non ! » cria-t-elle, la lui arrachant de son emprise déterminée. Harry était encore dans le berceau, qu'elle avait laissé dans le couloir juste après la porte d'entrée. Il aimait beaucoup cette scène riant et applaudissant. Avoir un public appréciatif fit aussi rire Draco, et il montra joyeusement son œuvre. Cependant, en faisant cela, il se piqua le doigt sur une épine de cactus. Après trois secondes choquées, son visage devint tout rouge et sa bouche s'ouvrit pour laisser échapper des hurlements à glacer le sang. Arabella Figg soupira. Elle sortit sa baguette et prit Draco sous les bras, touchant son doigt de sa baguette un instant pour lui enlever la douleur, puis la pointant négligemment vers son frère et restaurant la jambe de bois. Draco commençait à se calmer, prenant de grandes goulées d'air, les larmes brillant encore sur son visage comme elle le faisait doucement sautiller.
« Là, petit dragon, tu vas bien. » dit-elle d'une voix plus tendre que n'importe qui d'autre au monde n'aurait jamais entendue d'elle. Elle le porta dans le hall et se tint à côté de la poussette afin que Draco puisse voir Harry et Harry puisse voir Draco. Après leur 'lien' initial, grâce à la métamorphose hilarante de la jambe d'Alastor, ils se regardèrent en silence, suspicieusement. Des yeux verts prudents croisèrent des yeux gris clairs, et puis Harry toucha le bras de Draco en souriant aimablement.
Draco se mit lentement à sourire aussi, et Arabella, satisfaite, se tourna pour porter Draco dans la salle à manger, qui n'était pas encore meublée. Elle revint prendre Harry, et après l'avoir installé sur le tapis à côté du garçon blond, elle fit un geste de la baguette, remplissant la pièce avec quantité de jouets adaptés pour deux bébés de leur âge. Harry ouvrit de grands yeux, mais comme tous les enfants de son âge, moldus ou magiques, il ne posa pas de question ni ne craignit cela. (De nombreuses choses semblaient magiquement apparaître ou disparaître pour lui.) Bientôt, les deux s'exclamaient sur tel jouet ou tel autre, et en peu de temps, ils développèrent un jeu en construisant des structures vacillantes avec des block de bois de couleurs vives, et puis ils démolissaient leurs créations en faisant rouler des voitures et des camions miniatures dedans. C'était hilarant, de toute évidence. Tous les deux explosaient de rires aigus comme ils se précipitaient pour reconstruire et détruire à nouveau.
Arabella revint dans la salon, secouant sa tête mais souriant au bêtises des deux petits garçons. Son frère regardait maintenant une espèce de feuilleton. Les acteurs n'avaient pas l'air anglais. Après un moment, Arabella supposa qu'ils étaient américains. Les hommes portaient tous de très grands chapeaux à la forme étrangère, et tout le monde disait beaucoup. « Ouaip ». Deux hommes se tenaient face à face au milieu d'une route poussiéreuse, entourés par des bâtiments en bois à l'air branlant, avec de grandes façades carrées.
« Que font-ils ? » lui demanda-t-il.
« Je ne suis pas sûr. On dirait qu'ils dont un duel. »
« Mais ce sont des moldus, n'est-ce pas ? »
« Les moldus se battent en duel. Ils n'utilisent pas de baguettes, mais ils se battent en duel. J'ai dit que tu pouvais y aller, Alastor. J'aurais besoin que tu reviennes vers minuit, au cas où ces Dursley seraient en avance. Tu as ta potion ? » Son frère sortit sa flasque et la leva, acquiesçant. « Bien. Je mettrai un de mes cheveux dedans juste avant que tu la prennes. Ensuite, tu pourras ramener Draco avant que quiconque chez les Malfoy soit conscient du fait que nous sommes partis, et les Dursley ne le verront pas ici quand ils viendront chercher Harry. »
« Et si je vois quoique ce soit pour envoyer Lucius Malfoy à Azkaban pendant que je suis là-bas… »
« Oh, pas question. Je ne peux pas te permettre de voir quelque chose que moi seule verrait, et lui faire penser que je l'ai trahi. Albus ne m'a pas mis là-bas pour espionner Lucius Malfoy. Il m'a mis là-bas pour veiller sur Draco. Mieux vaut laisser croire à Malfoy qu'il est plus intelligent que le ministère. S'il devait jamais faire quelque chose de vraiment dangereux, je vous alerterais toi et Albus. Mais avec Tu-sais-qui disparu, Albus ne croit pas que Lucius risque d'avoir un comportement de mangemort. Il a déjà été questionné, puis relâché. C'est officiellement dans les registres qu'il était sous Imperius, même si nous savons que c'est de flan. Je garderai un œil sur lui quand je croirai que c'est nécessaire. Garde ton nez en dehors de cela. »
Elle s'était occupée de Draco depuis qu'il était né, grâce à Albus qui lui avait dit de se présenter pour le travail. Le fait qu'elle ait travaillé pour lui en tant qu'opérationnelle n'était pas connaissance commune. Elle avait été à la maison Serpentard quand elle était à l'école (la même année que Lord Voldemort lui-même), alors Lucius Malfoy avait accueilli Arabella Figg et son approche pratique de l'éducation des enfants. Il avait dit que sa femme tendait à être trop douce avec Draco, et il voulait l'endurcir. Aussi mauvaise que cette imbécile de Dursley, pensa-t-elle. Les deux garçons s'avèreraient complètement insupportables à ce rythme là. Elle ne pensait pas que la tendance qu'avait Narcissa Malfoy à gâter Draco était meilleure.
Son frère eut l'air grognon, même pour lui, regardant les hommes commencer à se battre avec leurs étranges baguettes de métal. « Bien, je peux simplement attendre ici et regarder la télé… »
« Oh non, pas question. Dehors ! Reviens plus tard. Albus ne m'a pas mis dans cette maison pour que mon frère s'asseye derrière la télévision et regarde les moldu danser avec des chats et se battre en duel. Je suis ici pour garder Harry. Tu files avant que je ne te transforme ta jambe en quelque chose de bien pire qu'un cactus. »
Il émit un grognement de protestation mais partit finalement. Elle se tourna pour surveiller les garçon par la porte de la salle à manger. Draco avait quelques difficultés à construire une autre structure à renverser, et il la regardait avec espoir.
« Nounou Bella ! Aide nounou Bella ! » lui dit il.
Harry la regarda maintenant. « Nounou Bella… » répéta-t-il, la faisant haleter.
« Oh non pas toi. J'ai dit à oncle et à ta tante qu'ils ne pouvaient pas m'appeler par mon prénom. Je ne vais pas le permettre à toi. Ils penseraient que je suis tendre. Appelle-moi Mrs Figg. » Elle soupira, réalisant que c'était probablement inutile. Elle allait lui lancer un sort de mémoire dessus avant de le ramener à la maison de toutes façons, alors peu importait comment il l'appelait avant. Elle n'aimait pas lancer des sorts de mémoire sur quelqu'un de si jeune, mais elle était très bonne pour n'effacer qu'une petite partie de la mémoire récente de quelqu'un. Elle devrait faire la même chose avec Draco, afin qu'il ne se souvienne pas de Harry non plus. Elle alla à Draco et l'aida avec les blocs avant de retourner au salon et de s'asseoir dans l'un des fauteuils que Albus lui avait fournis. La télévision était éteinte maintenant. Elle l'essayerait encore certainement, mais maintenant, elle avait quelque chose de bien plus intéressant à regarder.
Harry et Draco jouèrent ensemble pendant plus d'une heure, s'arrêtant pour un encas, avant qu'ils s'endorment tous les deux dans les berceaux qu'elle conjura d'un geste de sa baguette. Comme elle les bordait, elle retint son souffle devant l'énormité de la responsabilité qu'on lui avait confiée. Albus lui avait dit que les garçons étaient tous les deux dans une Prophétie parlant de la chute finale de Voldemort. La chute finale ? Elle avait pensé que Vous-savez-qui était déjà tombé. Mais Albus avait secoué sa tête et dit non, le monde magique ne vit qu'une trêve. Un jour, il reviendrait, et d'ici là, Harry et Draco devaient être en sûreté. Cela allait être son boulot de veiller sur eux deux. En même temps quand ce serait nécessaire.
Comme la nouvelle année approchait, Arabella Figg se réinstalla dans son fauteuil et fixa les berceaux dans sa salle à manger, écoutant la respiration profonde des deux garçons. Elle espérait qu'elle serait morte quand Vous-savez-qui regagnerait son pouvoir. Elle n'avait aucun désir de connaître le prix que ces deux petits garçons devraient payer pour finalement défaire le grand Seigneur des Ténèbres qu'elle avait autrefois connu sous les traits d'un garçon appelé Tom Jedusor.
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Jeudi 9 Avril 1982
« Très bien Percy ! » dit Molly Weasley, rayonnante en regardant son fils de cinq ans. Il avait récité sa déclinaison latine et avait tout juste. Elle ne se souvenait pas avoir pris autant de plaisir quand elle enseignait vraiment à toute une classe d'enfant indisciplinés, mais alors, aucun d'eux n'avait été son propre fils, et Percy en particulier était un enfant très studieux, avide de toutes les infirmations que son esprit pouvait absorber. Parfois, elle s'inquiétait qu'il aille au-delà de ses capacités d'enseignement. Elle était un peu rouillée après presque vingt ans loin d'une salle de classe. Et elle avait amplement de quoi se distraire sous la forme de Fred et George, qui avaient presque quatre ans, ainsi que Ron, qui allait avoir deux ans dans un mois, et de Ginny qui venait d'avoir son premier anniversaire.
Elle se demandait parfois si elle devrait dire à Arthur qu'elle avait changé d'avis, que c'était d'accord pour que Percy aille à l'école du village, comme Bill et Charlie l'avaient fait, et Peggy et Annie avant qu'elles ne disparaissent. Mais l'idée d'envoyer un de ses enfants loin lui faisait tellement mal au cœur même quand ce n'était que pour une journée et qu'il revienne le soir après l'école. Elle ne pouvait pas la supporter. Oui, c'était difficile à gérer avec les plus jeunes, mais Percy était une bonne pâte pour apprendre. Elle pouvait lui faire une leçon, l'envoyer la travailler, et quand il revenait une demi-heure plus tard, elle savait que ce serait parfait. Il faisait même un travail parfait quand il faisait les additions, même si ce n'était pas sa matière préférée. Il s'y mettait et faisait tout ce qui était nécessaire.
Molly soupira et lui caressa tendrement la tête. Elle s'inquiétait vraiment d'arriver à enseigner à Percy et aux jumeaux en septembre, en plus de garder la trace de Ron et Ginny. Ginny avait développé une prédilection pour trouver les endroits les plus obscurs pour se cacher dans la maison. Molly l'avait cherchée de bas en haut plus d'une fois, le cœur au bord des lèvres, avant de trouver la petite chipie sous le pouf ou derrière les rideaux, ou sous l'évier de la cuisine. A chaque fois, Molly tenait serrée la petite fille, faisant le vœux de ne plus jamais la perdre de vue. Si quoique ce soit venait à arriver à Ginny, elle savait qu'elle ne pourrait pas le supporter, pas après Peggy et Annie. Pas qu'elle veuille que quoique ce soit arrive à ses garçons. Elle aimait chèrement tous ses enfants, et c'était pour cela qu'aucun des plus jeunes irait à l'école du village, comme leurs quatre aînés avaient fait. Elle ne les perdrait pas de vue jusqu'à ce que ce soit le moment d'aller à Poudlard. Elle savait qu'ils seraient en sécurité là-bas. Dumbledore ne laisserait jamais rien arriver à Poudlard.
« Très bien Percy chéri. Tu as été un très bon garçon aujourd'hui. Maintenant, je dois donner à manger à Ron et Ginny, alors trouve-toi un livre à lire et tu seras gentil. » dit-elle encore.
Percy acquiesça et alla solennellement vers la bibliothèque flanquant la cheminée dans le salon peuplé. Sa mère prit Ron et Ginny de sur le tapis, où ils jouaient. Les jumeaux étaient en haut, faisant la sieste (en théorie… De temps en temps, Percy entendait des bruits au-dessus de sa tête). Après avoir parcouru les étagères, Percy arriva rapidement à la conclusion qu'il avait lu tout ce qui méritait d'être lu dans la maison. Il alla dans la cuisine.
« Maman ? »
« Oui, mon chéri ? » dit-elle en plaçant des bols de porridge devant Ron et Ginny.
« Où est-ce que les moldus vont pour les livres ? »
« Où est-ce que les moldus vont pour les livres ? Bien, dans les librairies je suppose. Nous irons chez Flourish et Blotts, sur le Chemin de Traverse, quand tu seras prêt à aller à Poudlard. Si tu as besoin de nouveaux livres, bien sûr. Avec un peu de chance, tu pourras utiliser les vieux de Bill et Charlie. »
« Ah bon ? » dit-il, déçu. « Des librairies ? » Cela signifiait que l'on avait besoin d'argent. Même à cinq ans, il savait cela. Et dans les librairies moldues, on avait besoin d'argent moldu.
« Bien. Ils ont aussi des bibliothèques. Il y en a une au village, près des boutiques. Tu l'as vue. Non Ron ! On ne mange pas le porridge avec les doigts ! » dit-elle, exaspérée, pointant sa baguette sur le petit désordonné qui étalait soigneusement son porridge sur son visage. Ginny avait proprement mis sa cuillère à la bouche, mais maintenant elle commençait à rigoler de façon incontrôlée en voyant ce que Ron avait fait, et elle décida de mettre sa cuillère sur son menton au lieu de dans sa bouche. Cela fit rire Ron, et Molly était bientôt engagée dans le nettoyage et la réprimande de tous les deux, pendant qu'ils continuaient à rire gaiement. Elle n'entendit jamais son fils de cinq ans lui demander si elle le prendrait au village visiter la bibliothèque, ni la porte d'entrée se refermer après qu'il ait quitté la maison, n'ayant pas obtenu de réponse.
Peter remarqua cependant. Blotti dans la poche de Percy, il put tout de suite dire qu'ils étaient dehors. C'était un jour de printemps frais, et bien que Percy ait mis une veste, Peter était dans la poche de son pantalon et il ne bénéficiait donc pas de la chaleur de la veste. Il pointa son nez hors de la poche, avec beaucoup de précaution, puis décida que Percy allait juste jouer dans le jardin. Il se blottit au fond de la poche et reprit sa sieste.
Il avait eu une bonne vie, surprenamment, depuis que Molly l'avait découvert aux bons soins de Percy quelques mois plus tôt. Percy avait supplié sa mère de pouvoir garder « Croûtard. » Il lui avait montré à quel point il était propre, dit qu'il avait laissé le rat coucher avec lui dans son lit, et qu'il n'avait amené aucune puces ou d'autres rats dans la maison. Peter s'était assis sur la main de Percy et avait lancé un regard suppliant à Molly Weasley, espérant qu'elle ne considèrerait pas de lui lancer un maléfice tant que Percy le tenait. Son cœur avait battu très vite, et s'il avait été sous sa forme humaine, ses genoux se seraient cognés l'un contre l'autre. Il était grimpé sur le bras de Percy et s'était perché sur son épaule, s'agrippant légèrement au tissu pour ne pas tomber. Percy lui avait caressé la fourrure, lui parlant doucement.
Molly avait soupiré et levé les mains au ciel. « D'accord. Tu as un rat apprivoisé. Il est sous ta responsabilité, Percy, et sous celle de personne d'autre. Compris ? Je ne veux pas le trouver sous mes pas. Et en aucune circonstance, je ne veux le voir dans ma cuisine. »
« Oui maman. » avait-il joyeusement répondu.
Après un moment, Peter réalisa dans un demi sommeil que Percy marchait depuis bien plus longtemps que cela lui prenait simplement pour aller dans le jardin, alors à moins que Percy ne se soit mis en tête de tourner en rond dans le jardin, ils avaient quitté les environs du Terrier. Il sortit son museau de la poche de Percy à nouveau et découvrit qu'ils étaient en fait en train d'entrer dans le village. Percy attendait patiemment qu'une voiture passe un rond-point, marchant sereinement sur le trottoir comme s'il allait tous seul à Ottery St Catchpole tous les jours.
Peter se tira hors de la poche, son petit cœur battant encore plus rapidement que d'habitude. Molly Weasley allait faire une attaque ! Après que les filles aient disparu, que Percy soit parti tout seul allait la rendre folle ! Peter se sentit très en colère et fut tenté de le mordre, pour voir si cela lui ferait reprendre ses esprits. C'était déjà assez pénible que lui, Peter, ai causé à leur famille tant de chagrin et de douleur, mais si quoique ce soit arrivait à Percy…
Peter sortit sa tête de la poche. Percy ouvrait une porte de verre, entrant dans un bâtiment en pierre, comme s'il savait simplement ce qu'il faisait. Habituellement, Percy parlait à « Croûtard » de ses plans en de grandes largeurs. Que Percy lui ai caché ce qu'il avait en tête était un peu alarmant pour Peter. Il pensait toujours savoir à quoi s'attendre de Percy. Entre tous, c'était le seul que Peter aurait qualifié de presque ennuyeux tellement il était prévisible.
Aujourd'hui, Percy Weasley se spécialisait dans être imprédictible.
Peter tenta un autre regard sur ses alentours. Il y avait des étagères remplies de livres, et quelques fauteuils marron à l'air usé et des canapés de vieux cuir craquelé. Ils semblaient usés et confortables, et quand il entra dans la pièce, il sentit Percy prendre une grande inspiration, comme s'il avait réalisé un désir qui lui tenait à cœur.
Percy parcourut du regard la salle de lecture, souriant avec joie. Il remonta ses lunettes sur son nez. (il ne les avait que depuis un mois et était très content de voir bien mieux le monde), et il s'approcha du bibliothécaire. C'était une dame d'un certain âge, les cheveux blancs rassemblés en chignon, la poche de son chemisier remplie de stylos et de cartes. Percy la regarda ouvrir la couverture arrière du livre sur la pile devant elle, et sortir une petite carte de sa poche, l'insérant dans une autre poche collée à la couverture du livre. Le refermant, elle le posa dans un panier en métal et en prit un autre. Elle avait l'air terriblement efficace, mais aussi amicale, d'une manière ou d'une autre. En plus, Percy était d'avis que quelqu'un qui travaillait dans une bibliothèque devait aimer les livres autant que lui, alors elle serait à coup sûr gentille avec lui.
Par chance, cette présomption s'avéra correcte. Percy se planta devant elle et lui dit poliment. « Excusez-moi, madame. » Elle leva les yeux, (puis les baissa), surprise, un sourire indulgent s'affichant sur son visage comme elle voyait le petit lecteur en devenir devant elle.
« Oui ? Que puis-je faire pour toi mon garçon ? »
« Je me demandais où sont les livres pour les enfants. » dit clairement Percy, seul un léger zézaiement s'associant à ce qu'il disait. Elle posa le livre qu'elle tenait et se leva, lui tendant par-dessus le bureau une main qu'il prit. « Viens avec moi, je vais te montrer. »
Il avait glissé sa petite main dans celle de la bibliothécaire en confiance, sans arrière pensée. Autant ses parents avaient tenté d'inculquer à leurs enfants la méfiance pour les étrangers, autant Percy ne pouvait pas s'amener à attendre autre chose que le meilleur de cette gentille vieille dame. Pour la première fois, comme il avançait à côté d'elle, il sentit un petit remord d'être venu au village tout seul. Mais il avait dit à sa mère ce qu'il allait faire. Si elle n'avait pas voulu, elle aurait sûrement dit quelque chose ? Dans son envie de filer à la bibliothèque, il avait manqué de remarquer qu'elle était trop occupée avec ses plus jeunes frère et sœur pour avoir fait attention à ce qu'il avait dit. Il ne lui était simplement pas venu à l'esprit que sa mère n'avait aucune idée de l'endroit où il était .
La bibliothécaire s'appelait Mrs Williams. Elle lui sourit chaleureusement comme elle le dirigeait vers une étagère avec de grands livres d'images. Il leva les yeux vers elle. « Est-ce que l'un d'eux a des poèmes ? J'aime bien 'Le joueur de flûte de Hamelin.' Vous connaissez des livres avec des poèmes comme celui-là ? »
Bon Dieu, pensa Mrs Williams. Prodigieux. Elle le détourna des livres d'image, ayant entendu cela. « « Pourquoi n'essayes-tu pas cela à la place ? » Elle leva la main et saisit un exemplaire de Peter Pan. « Tu as lu celui-ci ? »
Percy fixa la merveilleuse image d'un bateau pirate toutes voiles dehors sur la couverture en secouant la tête. Il trouva qu'il avait l'air superbe. Regardant avec envie Mrs Williams, il dit. « Je n'ai pas à payer pour cela, n'est-ce pas ? »
Elle rit. « C'est une bibliothèque. Bien sûr que tu n'as pas à payer pour cela. »
« Bien. Je peux le lire maintenant ? »
Elle le scruta avec intérêt. C'était un drôle de petit chose. « Bien sûr que tu peux. Mets-toi à l'aise. » Elle lui montra de la main un des fauteuils mous à proximité, et Percy monta joyeusement dessus, se tourna et ouvrit le livre sur ses cuisses, se préparant à commencer. Mrs Williams lui fit un dernier sourire avant de revenir à son bureau.
Peter, pour sa part, attendit quelques minutes avant de ressortir sa tête de la poche. Percy avait enlevé son blouson, qui était posé sur la chaise à côté de lui. (il était dans un très gros fauteuil, et il était un très petit garçon). Peter se faufila hors de la poche très lentement et discrètement. Percy était oublieux, déjà immergé dans la vie de la famille Darling. Peter plongea sous le blouson quand il entendit un bruit de pas à proximité, puis il saisit cette chance et bondit sur le sol. Il courut sous le fauteuil, mais cela ne lui procura que bien peu d'abri (il n'avait pas de jupe). Son cœur battant très vite, il fit une pause sous le fauteuil, regardant autour de lui ce qui pouvait le mettre en danger. Ne voyant personne, il fit un sprint en direction de longues étagères dépassant du mur derrière le fauteuil. Courant tout le long jusqu'au mur, où les étagères s'arrêtaient, il fit une pause de plus avant de reprendre sa forme humaine.
Peter ne pouvait être vu par personne d'autre dans la bibliothèque depuis sa situation actuelle, pas même Percy, qui n'aurait pas reconnu le Peter humain en tous cas. Cependant, si Molly ou Arthur Weasley le voyaient, ils pourraient le reconnaître. Il avait vu sa photographie dans le journal quand Sirius avait été condamné à Azkaban, et encore quand il avait reçu l'ordre de Merlin à titre à Posthume. Il avait aussi vu la photographie de sa mère endeuillée, les larmes coulant sur son visage. Non, à n'importe quel coût, il devait s'assurer que ni Molly ni Arthur ne le verraient. Il sortit sa baguette et l'agita, avant qu'un moldu innocent n'arrive soudain dans l'allée. Moins d'une minute plus tard, il se rematérialisa avec un pop ! dans le vieux verger à la limite de la propriété de des Weasley. Le verger était habituellement vide quand les aînés étaient à l'école.
Reprenant sa forme de rat (il n'osait pas se rapprocher davantage de la maison sous forme humaine), il courut comme l'éclair à travers le verger et le jardin, atteignant finalement la porte de la cuisine. Il se glissa sous la porte, et il vit que Molly était occupée à la grande table, agitant sa baguette au-dessus d'un bol. Ron et Ginny étaient encore dans leurs chaises hautes, mangeant des biscuits et faisant plus qu'un peu de bruit. Peter couina aussi fort qu'il put, mais Molly ne put pas l'entendre par-dessus le vacarme de Ron et Ginny. Finalement, sachant à quel point c'était risqué, il alla vers Molly et lui courut rapidement sur les pieds, se sortant de là avant qu'elle ne lui donne un coup.
Elle poussa un hurlement à glacer le sang et s'écarta de la table. Peter courut vers le couloir espérant qu'elle le suivrait. Elle lança un regard noir au rat, sortant sa baguette. Peter déglutit, décampant vers le salon afin qu'elle puisse voir que Percy n'était pas là.
« Percy ! » cria-t-elle s'avançant avec colère vers le rat. « Je t'ai dis que je ne voulais pas voir ce rat dans ma cuisine ! » Elle regarda dans la pièce vide. « Percy ? » dit-elle en hésitant un peu cette fois. Peter courut vers la porte d'entrée et la regarda avec expectative. Elle rétrécit ses yeux, regardant le petit rongeur. « Où est-il alors ? » lui dit-elle, comme si elle suspectait qu'il puisse répondre. Elle jeta un coup d'œil à l'horloge de la famille. Pour Percy, elle pointait sur 'En voyage'. Peter gratta la porte et elle l'ouvrit. Il parcourut quelques mètres sur le chemin, puis se tourna et la regarda, attendant qu'elle le suive. Elle commença, mais un fort bruit se fit entendre dans la cuisine, et elle revint dans la maison. Peter poussa un petit soupir de rat, et revint aussi dans la maison. Il trouva Molly accroupie devant le feu, la tête d'Arthur Weasley posée au milieu des flammes vertes.
« Je suis désolée de te demander cela, Arthur, mais je ne peux pas trouver Percy, et je ne peux pas laisser les petits… » sa voix était pleine d'inquiétude et de reproche envers elle-même. Arthur Weasley avait l'air très grave.
« J'arrive tout de suite, Molly. »
Sa tête disparut de la cheminée, et quelques instants plus tard, il arrivait dans la cuisine en désordre des Weasley. « D'accord Molly, où était-il la dernière fois que tu l'as vu ? » commença-t-il à dire à sa femme, mais Peter n'avait pas de temps à perdre avec cela. Il se saisit de l'ourlet de Mr Weasley avec ses dents, essayant d'avoir son attention. Molly s'éclaircit la gorge.
« Heu, Arthur, tu vas penser que je suis folle, mais je pense que le rat essayait de me dire où se trouvait Percy. Mon problème est que je ne peux pas simplement le suivre et quitter les… »
« Oui, Molly, je comprends. » dit Arthur, se baissant pour fermement caresser la fourrure de Peter. Peter trotta vers la porte, puis fit une pause pour attendre Arthur Weasley. Quand il suivit, Peter descendit le chemin vers la route en terre conduisant vers Ottery St Catchpole. Arthur suivit avec diligence la petite créature, mais cela commençait à fatiguer Peter. Ses jambes étaient bien plus courtes que celles de Percy, et il n'avait pas eu à faire l'aller-retour au village tout seul sous forme de rat avant. Arthur Weasley sembla comprendre qu'il était fatigué. Il le prit et le caressa entre les oreilles. « D'accord alors, Croûtard. Tu sais où est ton copain, n'est-ce pas ? Nous allons aller au village, et si je me trompe, tu me le dis d'une manière ou d'une autre. Compris ? »
Peter lutta pour ne pas faire oui de la tête. A la place, il tourna son museau vers le village et s'assit patiemment dans la main d'Arthur Weasley. Quand ils furent près des boutiques du village et que Arthur passa devant la bibliothèque, Peter commença à se tortiller, et finalement, Arthur le reposa sur le sol et le regarda. Peter courut vers la porte de la bibliothèque et Arthur acquiesça, le reprenant et le mettant dans une poche profonde de sa robe.
Arthur Weasley n'était jamais entré dans la bibliothèque moldue d'Ottery St Catchpole. Il ne savait même pas qu'elle était là. Il n'aimait généralement pas aller aux endroits où il y avait beaucoup de moldus parce que Molly lui avait dit qu'il avait tendance à regarder avec insistance, et qu'en retour, les moldus aussi le regardaient avec insistance. C'était ce qui s'était passé quand il avait pris ses enfants au travail et avait voyagé avec eux dans le métro. Il avait maintenant un sentiment intense de visibilité qui lui parcourait la tête comme il s'avançait vers le bureau, le bruit de ses pas résonnant sur sol de pierre. Il était content de ne pas porter son chapeau de sorcier aujourd'hui.
Il sourit de manière flatteuse à la femme aux cheveux blancs qui était au bureau, pensant à Molly au Terrier, qui était morte d'inquiétude. Après les filles…
« Puis-je vous aider ? » demanda la vieille femme à Arthur avec un sourire amicale. Les moldus sont toujours tellement amicaux et prêts à aider, pensa Arthur avec satisfaction. Je ne sais pas ce qu'ont tellement de sorciers contre eux…
« Heu, oui. Je cherche mon fils. Un petit garçon, grand comme cela, » dit-il, tenant sa main à ce qu'il pensait être la bonne hauteur, avant de réfléchir un peu mieux et de la faire monter et descendre de manière hésitante pendant un instant. Il fit à la fille un sourire en coin et mit sa main dans sa poche, rencontrant le rat, qu'il avait oublié. « Bien, vous savez comme ils grandissent vite. » dit-il faiblement. « En tous cas… Un petit garçon. De cinq ans. Les cheveux roux. Assez comme, bien, les miens. » dit-il, montrant sans qu'il en soit besoin sa propre tête. « Et des lunettes. Il vient de les avoir. Et, bien, des tâches de rousseur. Et… les habits… Flûte ! Oh, excusez-moi. C'est juste que… J'ai oublié de demander à ma femme ce qu'il portait. Elle est assez inquiète. Les jumeaux faisaient la sieste à l'étage, et elle nourrissait les bébés, et elle pensait que Percy était dans le salon… »
« Des jumeaux et deux autres bébés ? Grand Dieu ! Elle a les mains occupées, je suppose. Percy ? C'est son nom ? » Elle s'éclaira. « Je pense que je peux vous aider, sir. »
Il poussa un grand soupir de soulagement à ces mots. « Oh, un grand merci madame. Je… Je ne pouvais simplement pas rentrer et lui dire… »
« Vous n'en aurez pas besoin. » dit-elle, tapotant son bras. « Venez avec moi. » Comme elle le guidait, elle dit. « Êtes-vous le nouveau maître de chœur de St Catchpole des bois ? Comment vous entendez-vous avec Canon Dickerson ? »
« Heu, bien, merci, ça va. » dit-il, confus que les questions partent là-dessus.
« Vraiment ? Après la manière dont il a traité le dernier maître de chœur, le sacristain n'était pas certain d'en trouver un autre, mais comme personne d'autre ne voudra faire tout le travail que fait Canon Dickerson… »
Arthur comprit maintenant qu'elle parlait de l'église paroissiale. Molly et Lui avaient pris les enfants là-bas une fois pour la messe de Noël, pour entendre le chœur. Il se souvint que cela avait été assez agréable, mais assez étrangement, les paroles des chants de Noël n'étaient pas celles dont il se souvenait. Il avait décidé que les moldus en utilisaient de différentes. Mais cela avait été un peu agaçant pour lui, et les moldus avaient regardé sa robe et celle de Molly, alors ils n'y étaient pas retournés. Il se souvint avec un pincement au cœur que cela avait été avec les quatre aînés seulement : Bill, Charlie, Annie et Peggy. Percy n'était pas arrivé avant huit mois encore.
Quand ils entrèrent dans la section des enfants, Arthur vit immédiatement Percy assis dans un grand fauteuil, un livre sur ses cuisses comme il suivait les mots avec son doigt, ses lèvres bougeant très légèrement. Il ne remarquait rien de ce qui se passait autour de lui.
« Percy ! » dit son père à haute voix, avant que la bibliothécaire ne le fasse brusquement parler plus bas.
Percy leva les yeux, ceux-ci s'écartillant quand il vit son père. « Papa ! Quel heure est-il ? Je suis en retard ? J'ai dit à maman où j'allais et que je serais de retour pour dîner. »
Arthur secoua la tête. « Maman ne savait pas Percy. Nous étions tous les deux très inquiets. » Son cœur battait très vite, mais il était aussi énormément soulagé. Rien n'était arrivé à Percy. Personne ne le leur avait enlevé. Il allait bien. Il n'aurait pas à dire à Molly qu'un autre de leurs enfants avait disparu au village.
« Elle ne savait pas ? Mais je lui ai dit. En tous cas, si elle ne savait pas, comment m'as-tu trouvé ? »
Arthur regarda en hésitant la bibliothécaire, puis se pencha pour chuchoter à Percy. « Croûtard m'a conduit à toi. »
Percy eut l'ait étonné. « Il a fait ça ? » Il toucha sa poche, réalisant pour la première fois qu'elle était vide. « Où est-il ? »
« Dans ma poche. » dit très doucement Arthur. « Maintenant, rend le livre et nous pouvons y aller. » dit-il d'une voix normale.
Percy fit la tête. « Oh. Bien. » Il soupira et referma le livre, passant tristement sa main sur la couverture. « Je ne pense pas que je serai autorisé à revenir… »
« Et pourquoi donc ? » demanda Mrs Williams, ses yeux lançant des éclairs sur Arthur Weasley, comme s'il était l'ennemi de l'intellect et de l'éducation en empêchant son fils de venir à la bibliothèque. « Tu pourrais prendre une carte de bibliothèque mon petit. Tu aimerais cela ? Ensuite tu pourrais prendre les livres à la maison pour les lire et les ramener et en prendre d'autres. »
Le visage de Percy s'éclaira, et Arthur du se retenir de rire. « Oh ! Je peux papa ? »
« Bien sûr, fiston, bien sûr. Si tu attends que maman ou moi t'amenions. Tu ne dois plus venir ici tout seul. » Il sourit et embrassa son fils au sommet de sa tête rousse. Percy serra avec joie le livre contre sa poitrine, puis suivit Mrs Williams jusqu'à son bureau pour officialiser tout cela. Arthur enleva ses lunettes et se passa la main sur le visage, se sentant très vieux et très fatigué. Il sentit de l'agitation dans sa poche et sortit Croûtard le rat, utilisant sa main pour le cacher. « Grâce à toi, nous avons retrouvé notre garçon, Croûtard. » lui chuchota Arthur, caressant sa fourrure « Je suppose que c'est une bonne chose que Percy et toi soyez devenus amis, hé ? » Croûtard pencha sa tête sur le côté. Presque comme s'il pouvait me comprendre, pensa un instant Arthur avant de se secouer et de se souvenir qu'un rat n'avait pas un très gros cerveau après tout. Il s'était beaucoup attaché à Percy, c'était tout. Ce n'était pas vraiment si extraordinaire.
Il remit le rat dans la poche de sa robe. Il réalisa finalement que c'était à cause de cette dernière que la bibliothécaire avait pensé qu'il travaillait comme nouveau chef de chœur de la paroisse. Il devrait se rappeler de cela. C'était bien meilleur que les histoires auxquelles il avait pensé avant, quand il était sorti au milieu des moldus avec sa robe de sorcier. Habituellement, il était pris pour un prêtre, mais elle devait sans aucun doute connaître le pasteur, alors elle était passée au candidat suivant probable.
Percy fit au revoir à Mrs Williams à la porte, tenant trois livres contre sa poitrine. En plus de Peter Pan, il avait aussi pris le magicien d'Oz et Mary Poppins. « Tu savais papa que les moldus savent pour la magie ? C'est dans ces livres. » dit-il à son père après qu'ils aient quitté le village et soient de retour sur le chemin de terre du Terrier.
Arthur sourit. « Bien, on pourrait le penser en lisant cela, mais parce que ce sont des livres d'enfants, les moldus adultes ne les prennent pas au sérieux. Et tu verras que la manière dont fonctionne la magie dans ces livres n'es t pas la manière dont elle fonctionne vraiment. Ce sont des moldus qui les ont écrits après tout. »
Percy fronça les sourcils. « Alors est-ce que les moldus qui écrivent des livres croient en la magie ? »
Il acquiesça. « Probablement. Beaucoup y croient. Mais la plupart des moldus non, et c'est pourquoi même quand les moldus ont vu de la vraie magie, ils ne disent souvent rien, pour le cas où les autres moldus les croient fous. Ou ils sont vraiment inquiets d'être fous eux-même et se convainquent qu'ils ont vu autre chose. Ou ils l'écrivent, en disant habituellement beaucoup de choses fausses, mais disent que c'est une histoire qu'ils ont inventée. Au final, tout cela joue en notre faveur. On peut bien sûr encore profiter des histoires. »
Percy acquiesça, tenant ses livres avec un air de propriété. « Je pense que Croûtard est un rat magique. » dit-il soudain. Peter, dans la poche d'Arthur, entendit cela et se raidit de peur.
« Pourquoi dis-tu cela, Percy ? »
« Il a dû savoir que maman ne savait pas où j'étais et il est retourné à la maison pour lui dire. Il t'a conduit à la bibliothèque du village. Est-ce que beaucoup de rats font cette sorte de chose ? »
Son père rit. « Probablement pas. Peut-être que tu as raison. » dit-il plaisantant avec Percy, et se mettant dans l'esprit des livres fantastiques que son garçon avait choisis. « Peut-être qu'il y a une race de créatures magiques qui n'a pas été découverte parce qu'elle ressemble simplement à des rats, comme les kneazles ressemblent à des chats, ou les Crups à queue courte ressemblent à des chiens normaux. »
Percy acquiesça sagement. « Ce doit être ça. Je veux dire, cela m'a pris un bon moment pour aller de la maison au village, mais tu es arrivé là vraiment rapidement. Tu penses que Croûtard peut transplaner ? »
Peter pensa qu'il allait s'évanouir. L'enfant avait presque mis le doigt sur le vrai. Il était magique (bien qu'il ne soit pas une créature magique), et il avait transplané jusqu'au terrier.
« Ne sois pas idiot, Percy. Seuls les sorciers et les sorcières peuvent transplaner, bien que les elfes de maison puissent se déplacer d'une manière qui ressemble au transplanage. Et puis il y a les phénix… »
« Bien, nous avons simplement de la chance que j'ai le rat le plus intelligent qui soit, n'est ce ? » dit Percy, souriant à son père. Arthur décoiffa ses cheveux brillants et lui sourit.
« C'est ce que nous avons. C'est ce que nous avons… »
Après un retour à la maison mi-fête, mi-réprimande de la part de Molly, ce fut l'heure du dîner. A son étonnement, Molly créa une place d'honneur pour « Croûtard » devant le foyer, avec son propre biscuit fraîchement cuit et son eau dans une soucoupe en porcelaine légèrement ébréchée. Non seulement elle ne l'éjectait plus de la cuisine, mais elle lui donnait sa propre place spéciale dedans. Plus tard, quand elle bordait Percy au lit et lui embrassait le front, elle tendit la main et caressa la fourrure de Peter en chuchotant. « Merci de nous avoir aidé à le retrouver. » avant d'embrasser une fois de plus Percy s'endormant et de refermer doucement la porte.
Au cœur de la nuit, Peter se glissa au bord du lit, et après s'être assuré que Percy était profondément endormi, il reprit forme humaine et regarda l'enfant paisible avec un soupir. Tout s'était bien terminé. Peter alla avec précautions vers la porte, l'ouvrant seulement à moitié, comme elle tendait à grincer passé un certain point. Il alla tour à tour dans chaque chambre, même dans celle de Molly et d'Arthur, vérifiant qu'ils étaient tous en sûreté. Il s'arrêta à côté du berceau de Ginny, caressant un instant les boucles rousses, son cœur se serrant comme il pensait à ses grandes sœurs. Au moins, pensa-t-il, elle sont vivantes grâce à moi. Au moins, elles étaient encore ensemble dans une bonne maison. Il se souvint de la gentille famille dont Lily avait parlé, du pauvre couple qui avait perdu sa petite fille d'un cancer.
C'est mieux ainsi, pensa-t-il, regardant Ginny, qui soupira et se tourna dans son sommeil, son pouce à la bouche. Il un jour, tu aideras à abattre le Seigneur des Ténèbres, petite Ginny. D'abord, il savait que son maître devrait se relever. Il pourrait avoir à l'aider à faire cela. Il frissonna, se souvenant de ce restant de vie hurlant au-dessus des arbres…
Jusque là, pensa Peter Pettigrew, regardant le bébé paisiblement endormi, je vais m'assurer que rien ne t'arrivera, ni à toi, ni à ta famille.
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Samedi 1° Mai 1982
Maggie Dougherty s'assit droite dans son lit, essayant de reprendre son souffle. Elle avait encore fait ce rêve. L'homme aux cheveux noirs la tirait de l'eau, ses doigts vibrant avec une lumière rouge sur les bords… Mais elle n'était pas une petite fille dans le rêve, elle était une femme. Elle était adulte. Et puis elle naviguait, le vent salé sur son visage, et elle riait, et il était à côté d'elle, riant aussi et souriant, une lueur rose les englobant tous les deux…
Maggie secoua la tête, se regardant dans le miroir légèrement obscurci pendu au-dessus de sa commode. Elle ne savait pas si c'était le miroir ou la lumière matinale qui lui donnait l'impression d'avoir une lueur délicatement argentée autour d'elle.(ou quelque chose d'autre) Elle était encore clairement une petite fille, avec ses cheveux roux en désordre sur sa tête, son fin visage pâle et fatigué. Tout cela était très étrange. Pourquoi continuait-elle à avoir ce rêve ?
Elle avait été à un mariage avec ses parents le week-end précédent, un cousin de sa mère. Quelqu'un lui avait dit que si elle dormait avec un morceau du gâteau de mariage sous l'oreiller, elle rêverait de son futur époux. Elle n'avait pas mis le gâteau sous son oreiller (cela semblait une chose idiote et sale à faire), mais est-ce qu'elle faisait quand même cela ?
Maggie fronça les sourcils, se souvenant très vivement du visage de l'homme dans son rêve. Il n'était certainement pas ce que l'on qualifierait de mignon, avec ce nez crochu et ses yeux noirs menaçants. J'aurais pensé choisir quelqu'un avec un look plus agréable, pensa-t-elle. Quand il souriait, il n'était toutefois pas trop mal, se souvint-elle. Elle se souvint aussi qu'il avait un rire agréable. Il était terriblement pâle et maigre, et plus qu'un peu autoritaire. Elle se souvenait définitivement qu'il était autoritaire quand il essayait de la sortir de l'eau.
Ses pensées furent soudain interrompues par sa mère apparaissant à la porte de sa chambre. « Bonjour Mags ! J'ai dit à Mrs Matthews que nous l'aiderions pour la kermesse, tu te souviens ? Tu es toujours intéressée pour animer ton petit stand ? Ou tu préfèrerais aller danser avec tes amis autour du maypole ? NDT : maypole : poteau décoré érigé pour fêter le premier mai
Les autres enfants n'étaient pas vraiment ses amis, alors elle n'était pas intéressée par le maypole, mais Maggie sourit à sa mère, dont l'aura était turquoise clair. Cela signifiait qu'elle était organisée en de bonne humeur. Maggie l'avait déterminé avant même de regarder dans un livre de la bibliothèque à ce sujet. Elle préférait de loin quand sa mère était ainsi, plutôt qu'avec un bleu terne ou une aura couleur soufre. Elle était contente que sa mère ne soit plus mélancolique ou mal à l'aise. En fait, elle ne pouvait pas se souvenir de la dernière fois où sa mère n'avait pas été vraiment contente.
« Oui maman. » dit-elle en souriant nerveusement.
« D'accord alors. Petit déjeuner dans dix minutes. N'aimes-tu pas la fête du village ? » dit-elle avec excitation comme elle partait. Maggie sourit à sa mère et sortit du lit, tendant et lissant immédiatement les draps et les couvertures, et puis enfilant son costume. Elle allait prétendre être une gitane diseuse de bonne aventure. Regardant un diagramme sur le mur avec un diagramme dans la main, elle se rappela ce que les différentes configurations de lignes signifiaient. Cela, les informations qu'elle avait mémorisées sur les couleurs d'aura, et les impressions qu'elle avait parfois quand elle était avec d'autres personnes lui permettraient de faire un bon spectacle. Elle se rappela que c'était pour une bonne œuvre. Ce serait amusant. Pour une fois, elle n'aurait pas à se mordre la langue quand quelque chose lui viendrait à l'esprit. Pour une fois, elle aurait une raison pour agir comme une 'bizarrerie', comme quelques enfants de l'école l'appelaient. Elle avait un cercle restreint d'amis proches, mais même eux trouvaient parfois qu'elle était assez inquiétante. Seule Valerie ne le trouvait pas.
Valerie apparut maintenant, passant par la porte de la garde robe. « Bonjour, Valerie. » dit-elle vivement au fantôme comme elle enfilait une jupe flottante avec des fleurs qui était à sa mère. Serrée avec une ceinture, elle allait à Maggie en étant seulement un peu lâche à la taille. L'ourlet lui balayait les orteils de ses baskets d'une manière gitane satisfaisante.
« Bonjour. » lui répondit Valerie d'une voix fantomatique, flottant pour se percher au pied du lit. Maggie se retourna en entendant une note qu'elle n'aimait pas à la voix spectrale de Valerie. Pas pour la première fois, elle souhaita pouvoir 'voir ' les fantômes de la même façon qu'elle 'voyait' les humains. Mais les fantômes n'avaient pas d'aura, pas de futur réel, alors elle ne pouvait rien percevoir de son humeur et de ce qui allait lui arriver de la même façon que pour les vivants.
« Tout va bien ? » demanda Maggie à la fille fantôme pendant qu'elle s'enroulait une écharpe vert vif autour de sa tête. Elle accrocha les grandes boucles d'oreilles de sa mère à l'écharpe, à côté de ses oreilles. Elle avait supplié sa mère de se faire percer les oreilles, mais elle lui avait dit qu'elle devrait attendre d'avoir seize ans. (c'était une éternité comme elle n'avait pas encore dix ans.)
« Oui. C'est justement ça. Tout va si bien… » dit Valerie d'une voix qui s'éteignit. Maggie fronça les sourcils. Valerie disparut un instant, puis réapparut, disparut puis revint.
« Qu'est-ce que tu veux dire ? »
« Je veux dire… Je pense qu'il est temps de partir pour moi. » chuchota Valerie, donnant l'impression de parler depuis une autre pièce.
Maggie virevolta, les yeux écartillés. « Partir ? Oh non ! »
Valerie hocha la tête. « Je l'ai repoussé, mais je ne le peux plus. »
« Pourquoi ? » Maggie souhaitait pouvoir toucher Valerie d'une manière ou d'une autre, la serrer contre elle et la garder.
Valerie haussa ses épaules transparentes. « Je suis restée parce que j'étais inquiète pour mes parents. Je voulais veiller sur eux. Mais maintenant… Tu es leur nouvelle fille. Tu veilles sur eux. Et ils veillent sur toi. Vous êtes une famille. »
Maggie ne put empêcher les larmes de couler sur son visage. « Mais tu fais partie de notre famille. »
Valerie secoua la tête. « Plus maintenant. » dit-elle, sa voix encore plus lointaine maintenant. Elle brilla dans la lumière matinale. « J'ai un endroit où je peux aller. Il y a beaucoup de fantômes là-bas. C'est une école. Je serais allée là-bas quand j'aurais eu onze ans. Si j'avais vécu pour avoir onze ans… »
« Où se trouve-t-elle ? Je pensais que tu serais allée à l'école ici, à Appleby Magna. »
« Non. C'est une espèce d'école différente. Je suis morte trop tôt pour l'apprendre. Nos parents… Ils semblaient destinés à avoir des filles spéciales, même s'ils ne sont pas eux-même spéciaux. Peut-être que c'est la maison. Une autre fille vivait ici. Elle est allée à l'école. Tu l'aimeras. Tu iras un jour. Parce que tu es spéciale aussi. »
Maggie fronça les sourcils. « Spéciale comment ? » Et comment pouvait-elle dire que ses parents n'étaient pas spéciaux ?
« Je pense que tu sais. Je ne peux pas en dire plus maintenant. Il est temps pour moi de partir… »
« Non ! » cria Maggie, serrant le vide où Valerie s'était tenue.
« C'est bien. » fit une voix désincarnée qui ressemblait de moins en moins à celle de Valerie. « Je sais que tu feras du bon travail pour veiller sur eux… »
Maggie s'étrangla de larmes, tournant encore et encore, regardant la pièce vide. Valerie avait été ici pour elle depuis le début. Elle l'avait eue pour parler pendant si longtemps. Cela ne lui importait presque plus qu'elle ne puisse plus se souvenir de rien de sa vie précédente.
« Maggie ! » appela sa mère, entrant dans la chambre. En voyant les larmes de Maggie, elle prit la fille contre elle, n'ayant plus à se baisser pour la prendre dans ses bras, comme Maggie était assez grande maintenant. Le dessus de sa tête était juste sous le menton de Mrs Dougherty. « Qu'y a-t-il ma chérie ? » dit-elle doucement.
Maggie secoua la tête. Elle ne pouvait pas dire à sa mère qu'elle pleurait parce que Valerie était partie, alors qu'elle avait déjà fait tout son travail de deuil. « Ca va aller. » dit-elle en hoquetant bruyamment, se séchant les yeux avec le bout de son écharpe verte. « J'ai juste besoin de montrer au grenier et de prendre ce vieux châle pour achever mon costume. »
Sa mère lui prit son menton entre ses mains et la scruta. « Tu as l'air d'une gitane bien pâle aux yeux bleus. » plaisanta-t-elle, souriant. Maggie rit un instant, en dépit du sentiment de vide qu'elle avait, là où Valerie s'était trouvée. Un jour, elle trouverait quelque chose ou quelqu'un pour remplir ce vide. Elle essaya de ne pas penser à la couleur terrible de son aura.
Maggie grimpa dans le grenier, soulevant avec soin la jupe à fleurs de sa mère en montant les escaliers. Elle alla vers un vieux coffre recouvert d'un châle en cachemire. En enlevant le châle, elle vit que le coffre avait des initiales dorées gravées dessus. LGE. Elle n'avait jamais regardé dans ce coffre avant. Le châle avait toujours entouré le coffre comme une belle nappe, et elle n'avait jamais pensé à ce qu'il pouvait y avoir dessous. Un gros cadenas le fermait, et le cœur de Maggie s'arrêta. Elle avait été sur le point de l'ouvrir. Ce n'était pas tous les jours que l'on trouve un mystère dans sa propre maison ! Mais elle ne pouvait pas dire où se trouvait la clé du coffre. Maggie prit le cadenas dans sa main. Il avait lourd et solide, et elle le serra très fort, souhaitant fortement qu'elle puisse l'ouvrir…
Elle bondit en arrière avec peur quand le cadenas sembla fondre comme du beurre dans sa main. Elle le fixa une seconde, puis le lâcha sur le sol avec un bruit sourd. Il semblait encore être en métal solide et lourd. Il n'y avait plus rien qui l'empêchait d'ouvrir le coffre maintenant. Maggie s'en approcha avec précautions, passant par-dessus le cadenas enlevé. Soulevant le couvercle, elle trouva beaucoup de livres poussiéreux. Mille herbes et champignons magiques. Beurk, pensa-t-elle. Du jardinage. Les autres ressemblaient à des livres de cours. Un disait Un histoire de et puis plus rien, car la couverture avait été partiellement brûlée. Les pages avaient une odeur de brûlé. Peut-être que ces choses avaient été sauvées d'un feu. Le livre de jardinage était aussi un peu noir sur les bords, bien que ce ne soit pas aussi mauvais que pour le livre d'histoire.
Au milieu des détritus à moitié brûlés dans le coffre, il y avait de vieilles lettres et cartes postales. Une belle collection de lettre qui semblaient avoir été écrites sur du vieux parchemin démodé avec une adorable calligraphie d'une encre qui était devenue marron avec les années, était tenue ensemble par un ruban vert passé. Maggie put arriver à déterminer l'adresse en louchant dessus.
Miss Lily G. Evans
10 Highgrove St.
Appleby Magna, Leicestershire
Lily G Evans vivait ici, pensa Maggie. Ses affaires n'avaient jamais bougé. Maggie regarda le châle dans sa main et réalisa qu'il n'était pas aussi poussiéreux que le restant des objets du grenier. Puis elle se souvint qu'en novembre dernier, la propriétaire de la maison était venue avec quelques affaires qu'elle voulait stocker dans le grenier. Mrs Dougherty avait été surprise, mais la femme sèche et déplaisante avait simplement dit qu'il y avait eu une mort dans sa famille, et qu'elle n'avait pas la place de mettre les vieilles affaires d'école de sa sœur dans leur maison. Alors Mrs Dougherty l'avait laissée entrer (c'était la propriétaire, après tout), et Mrs Dursley était montée au grenier, redescendant assez rapidement. Elle repartit après cela, déclinant le thé proposé par la mère de Maggie.
Maggie se sentait un peu comme un intrus maintenant en pensant à la pauvre Lily Evans. Elle remit le paquet de lettre en place dans le coffre mais une photographie en tomba. Maggie haleta, pétrifiée. C'était l'homme de ses rêves ! Elle la prit et la retourna. D'une écriture propre et fluide, elle lut les mots Severus, juin 1977.
Est-ce que c'était sensé être un nom ? se demanda-t-elle. Severus ?
Peut-être que c'était un endroit. Elle avait pu aller à une ville appelée Severus et écrire cela au dos de la photo. Si elle était allée à Monaco, cela aurait pu dire Monaco, 1977. Mais comme elle fixait ces yeux noirs et impénétrables, elle ne put s'empêcher de penser que le nom Severus avait plus de rapport avec lui que l'endroit où il avait été en 1977.
Ensuite, l'homme de la photographie tourna ses yeux noirs directement vers elle et un des coins de sa bouche se courba légèrement. Maggie haleta et la laissa tomber, se reculant. Elle cramponna le châle de cachemire contre elle, se demandant si elle subissait encore l'effet de la perte de Valerie. Après une minute, elle revint à la photographie et se baissa pour la prendre. Sûrement qu'elle avait juste imaginé que l'homme dans la photo avait bougé. Mais la photo n'avait plus de jeune homme avec de long cheveux noirs gras, un nez crochu et des yeux noirs perçants. C'était à la place la photo d'une librairie. Le jeune homme n'était visible nulle part.
Elle secoua la tête, se demandant ce qui s'était passé. Est-ce que penser à l'homme de son rêve lui avait fait imaginer qu'il était dans la photo ? S'était-elle endormie ? Elle essaya de le voir dans l'image, et réalisa que l'arrière plan était la librairie. Maintenant, la boutique semblait être le sujet de la photo. Frissonnant, elle la remit dans le coffre. Elle referma le coffre mais ne put le boucler. Elle poussa le cadenas cassé sous une commode basse afin qu'il ne soit pas visible.
En se dépêchant de descendre les escaliers pour regagner sa chambre, elle avait l'impression que son cœur allait exploser dans sa poitrine. Il était dans la photo, il y était, pensa-t-elle. Et puis il n'y était plus. Mais d'abord, il a bougé. C'était fou. Elle était folle, atteinte. Elle devenait folle…
« Maggie ! Je t'ai dit de descendre ici ! » fit la voix de sa mère dans les escaliers.
« J'arrive maman ! »
Maggie ne fut pas désolée de sortir pour la journée. Elle commençait à se demander si elle voulait vraiment connaître le secret derrière l'étrange photographie de l'homme aux cheveux noirs. Elle prit son petit déjeuner et s'assit en silence dans la voiture tandis que sa mère la conduisait à la fête. Elle sourit et fit des signes de la tête aux personnes toute la journée, et elle reçut un grand nombre de visiteurs à son stand de diseuse de bonne aventure gitane. A un moment, quand elle eut le fort sentiment que le mari de Mrs Slocum allait la quitter pour une autre femme, elle se retint de lui dire. A un autre moment, elle ne dit pas Mr Eggles qu'il avait une aura blanche. Comment pouvait-on dire à quelqu'un qu'il risquait de mourir dans les heures à venir ? Elle avait retiré sa main dans un premier temps, puis elle se força à prendre fermement celle qu'on lui tendait, pour regarder ses vieux yeux marrons et ridés. « Y a-t-il quelque chose que vous ayez le sentiment d'avoir oublié de faire ? » demanda-t-elle avec précautions.
« Oh, non. Tout est en ordre. » dit-il en souriant. Elle acquiesça.
« Bien, c'est bien, parce que bientôt… bientôt vous serez occupé. Trop occupé pour… beaucoup de choses… »
Elle avait à peine pu dire cela. Elle s'exclama sur sa longue ligne de vie et lui dit correctement qu'il avait été marié deux fois, mais que la fois où il avait presque épousé quelqu'un était celle qu'il regrettait vraiment. Il avait été très impressionné, mais soudain, la responsabilité de ce qu'elle faisait sembla écrasante.
Elle ne voulait pas en savoir plus sur les gens de sa communauté. Elle réussit à passer le restant de la journée d'une manière ou d'une autre, mais cela commençait à la rendre malade de regarder paume après paume, les destins parfois terribles des ses voisins exposés devant elle. Cela ne l'avait jamais dérangé de voir les auras des gens avant, et ils pensaient qu'elle jouait juste à un jeu. C'était réconfortant de voir les belles auras bleues brillantes des enfants dansant autour du Maypole, mais elle trouvait maintenant difficile de ne pas avoir de jugement sur quelqu'un avec une aura orange, se demandant s'il avait marché sur tous ses équipiers pour avoir une promotion. Elle se demanda si une femme avec une aura noire allait jamais pouvoir se soulager et dire à quelque ce sombre secret caché… C'était trop pour une fille de neuf ans.
A la longue, sa mère remarqua qu'elle était pâle et tremblante pendant qu'elle regardait la main de Mrs Lowgrin. Sauf qu'elle ne la regardait pas. Elle ne pouvait plus le supporter. Elle fermait les yeux et gémissait « Assez, assez, c'est trop terrible… »
Et sa mère la prit et la mit dans la voiture, la bordant au lit à la maison avec une bouillotte et une tasse de chocolat chaud, puis elle lui fit la lecture. Maggie regarda sa mère. Son aura était à nouveau turquoise, se diffusant sur tout ce qu'elle touchait. Valerie lui manquait, mais elle savait que la fille fantôme avait raison. Les Dougherty avaient finalement réussi à surmonter la mort de leur fille. Ils avaient une nouvelle personne à aimer. Et en retour, en les laissant faire, Maggie s'occupait d'eux.
« Merci de m'avoir pris à la maison, maman. » chuchota-t-elle quand sa mère la borda au lit. Mais elle ne voulait pas simplement dire qu'elle était reconnaissante de rentrer de la fête.
« Il semblait que tu avais besoin de revenir à la maison. » lui répondit gentiment sa mère.
Oui, c'était le cas, pensa Maggie. J'avais vraiment beaucoup besoin de rentrer ici pour être avec toi. Et tu avais aussi besoin que je le fasse.
« Bonne nuit maman. » chuchota-t-elle, ses yeux se fermant de contentement. Elle savait qu'elle ne pourrait pas toujours cacher ses capacités, mais pour le moment, elle était contente de les laisser dormantes. Valerie avait dit qu'elle était spéciale, et qu'elle irait dans une école spéciale un jour. Un jour. Cela lui allait, aussi longtemps que ce n'était pas ce jour. Elle était contente d'attendre.
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Vendredi 14 Mai 1982
Juliet Hathaway rangeait ses affaires de potions, regardant Bill Weasley en faisant cela. Il était de l'autre côté de la pièce avec sa partenaire de potions, Roxanne Maine-Thorpe, riant à quelque chose que Roxanne avait dit. A côté d'elle, Alex Wood lui bouscula le bras. Elle faillit renverser un acide hautement corrosif sur son sac, rattrapant la lourde fiole juste à temps.
« Oh, malédiction. Je suis désolé. » dit sérieusement Alex. « Je suis tellement maladroit. »
Juliet lui sourit. « C'est bon. C'est ma faute. Je ne faisais pas attention. » Elle finit de rassembler ses affaire et regarda Alex de plus près. Il traînait, regardant suspicieusement le professeur de potions, comme s'il voulait lui lancer un maléfice d'un moment à l'autre. Juliet secoua la tête. « Je ne sais pas pourquoi le professeur Dumbledore l'a embauché non plus. Il me rend si nerveuse ! » chuchota-t-elle. « « Il fait toujours la tête quand je mesure quelque chose, ou que j'ajoute quelque chose au chaudron. Il me fait avoir des arrières pensées tout le temps. J'ai presque mis ma main dans la potion à deux reprises pour essayer de retenir quelque chose. »
Alex ne détourna pas ses yeux de Severus Rogue. « C'est une bonne chose que tu ne l'aies pas fait, ou tu n'aurais plus de main maintenant. C'est un foutu mangemort. » dit-il doucement, bougeant à peine ses lèvres. « C'est ce que je pige pas. » Comme ils quittaient le donjon de potions, il continua. « Il devrait être à Azkaban, pas à Poudlard en train d'essayer de ruiner la vie des gens. S'il supervise mes ASPICs, je ne vais certainement pas avoir celui de potions, c'est tout ce que je peux dire. »
Juliet s'arrêta juste en dehors de la porte, remarquant du coin de l'œil que Bill attendait au bout du couloir en parlant à Roxanne. « Qu'est-ce qui te fait dire qu'il est un mangemort ? » siffla-t-elle anxieusement. Par-dessus l'épaule d'Alex, elle vit que Rogue traversait à grands pas la salle de classe, prenant des notes sur un parchemin, concernant probablement les élèves qui n'avaient pas bien nettoyé. Rogue semblait toujours tenter d'enlever des points de maison, spécialement pour les non-Serpentards.
« Tu ne sais pas ? Il était très, très bon ami avec le fils de Barty Croupton. Quand Lowell et moi étions ensemble… » il s'étrangla sur ses mots, une boule dans sa gorge l'empêchant presque de continuer. Il la tira dans le couloir, loin de la porte. « Nous les avons beaucoup vu. » chuchota-t-il, regardant vers la porte au cas où Rogue sortirait. « C'était tellement évident qu'ils… bien qu'ils étaient comme nous. Je sais qu'il était le petit ami de Lily Evans, mais elle a été tuée par Tu-sais-qui. Coïncidence ? Très peu probable. Qui penses-tu que ce soit qui l'ait conduit à elle et à James ? Je parie qu'on a dit à Rogue alors qu'il était encore à l'école que son boulot était de la livrer pour la tuer. Pourquoi aurait-elle été avec lui de toutes façons ? Tu te souviens du désastre quand il a rompu avec elle ? Tu pouvais vraiment le croire ? Il l'a probablement mise sous Imperius et y a mis fin quand on lui a dit. Je veux dire… Tu peux imaginer Evans sortant avec lui de sa propre volonté ? Je n'aime pas les filles, mais je pouvais quand même voir qu'elle était trop belle pour lui. »
Juliet secoua la tête comme ils avançaient lentement vers Bill. « Je ne peux encore pas croire que Croupton est allé à Azkaban. Je veux dire, je ne l'ai jamais aimé quand il était à l'école, à toujours donner des retenues à ceux qu'il n'aimait pas, mais torturer quelqu'un jusqu'à le rendre fou… »
Alex renifla. « Je ne suis pas surpris. Quand j'allais dans la salle commune de Serdaigle, c'était un sacré crétin. Pire qu'un crétin en fait. Il nous regardait tous les deux comme s'il savait simplement ce que nous allions faire. Je m'attendais toujours à ce qu'il 'dérape' et nous livre en pâture à toute l'école. Je ne sais toujours pas pourquoi il ne l'a pas fait en fait. C'était bien la sorte de chose qu'il aurait fait. »
« Mais tu as dit que Rogue et lui étaient ensemble. » dit-elle, regardant nerveusement par-dessus son épaule.
Alex haussa les épaules. « Cela ne l'aurait pas empêché. On peut être un salopard et aimer les garçons ou les filles. Peu importe avec qui il couche. Une des seules informations que j'ai eu cette année dernière et qui ait du sens a été de découvrir que ce fils de chienne était un mangemort. Pour autant que je haïsse Rogue cependant, c'est probablement un nul pour savoir si c'est lui qui a corrompu Croupton ou le contraire. Cela aurait pu se faire dans n'importe quel sens. »
Juliet déglutit. « Corrompu ? Tu veux dire… »
Alex fit la tête. « Non ! Je voulais dire celui qui a enrôlé l'autre pour être mangemort. Pensez au-dessus de la ceinture, Miss Hathaway. » ajouta-t-il en souriant.
Juliet devint toute rouge. « Désolée. J'ai saisi maintenant. » Elle leva les yeux vers Alex. « Je suis désolée pour Lowell aussi. » dit-elle doucement. « Est-ce que son état s'est amélioré ? »
Alex soupira, se souvenant de son dernier voyage à Ste Mangouste. « Pas vraiment. Tout ce qu'il sait est qu'il ne pouvait possiblement pas être mon petit ami parce qu'il n'aime pas les garçons, comme il dit. » Il se renfrogna profondément. « Bien sûr, il ne se souvient même pas de sa formation magique, alors je suppose qu'il a mentalement dix ans, voire moins. Pourtant… »
Elle acquiesça. « Cela ne rends pas les choses plus faciles, c'est sûr. »
« Non. » dit-il fermement. « Ce n'est pas plus facile. Je suppose que ce petit gosse a eu de la chance de ne pas prendre de plein fouet le sort de mémoire de Lockhart. Bien sûr, il n'a pas de chance d'avoir ses parents à Ste Mangouste dans un état pire que Lowell. Mais au moins, il a encore une chance d'avoir une vie normale. »
Juliet savait que son opinion était que Lowell n'avait pas cette même chance, et elle posa sa main sur son bras avec compassion. Juste quand ils avaient pensé que la vie allait s'améliorer, que Vous-savez-qui était parti, les Londubat avaient été attaqués. Et puis il y avait les autres procès, les mangemorts quittant le navire, quelques uns travaillaient même au ministère (bien que personne n'ait cru que Ludo Verpey ait fait quoique ce soit de plus que de faire montre de peu de jugeote, et il s'en était tiré). Les procès continuaient encore, et les déclarations comme quoi ils étaient sous Imperius. Il semblait que cela n'allait jamais s'arrêter.
Ils avaient atteint Bill. Il se détourna de Roxanne. Elle lança un regard évaluateur sur Juliet ainsi qu'un rictus avant de se tourner, partant sans un mot pour elle ou Alex. Bill sourit à Juliet et passa son bras sur ses épaules. « Comment tu t'en es tirée, Juliet ? Tu n'as pas laissé ce vieux Rogue te taper sur les nerfs, pas vrai ? » dit-il avec entrain comme ils grimpaient les escaliers vers le hall d'entrée
« Seulement un petit peu. » dit-elle doucement, ne le regardant pas.
Plus leur relation était tendue, plus Bill essaya de cacher son malaise derrière une jovialité forcée. Tout le monde semblait être conscient de cela sauf Bill. Lui et Juliet avaient cessé d'être un couple heureux. Ils entrèrent dans la grande salle ensemble pour le déjeuner, choisissant des places adjacentes à la table de Griffondor. Alex s'assit à la gauche de Bill et commença à parler de Quidditch. Juliet supposa qu'il voulait revenir à son attitude habituelle de ne pas vouloir penser à Lowell Faulkner. Après être arrivé avec d'autres cinquième année, Charlie s'assit à côté de Juliet, lui faisant un sourire timide qu'elle lui rendit. Elle savait que Charlie était encore amoureux d'elle, et cela ne la dérangeait pas en fait. Quand elle se sentait très mal dans sa relation avec Bill, cela lui donnait en fait un sentiment chaleureux de savoir que Charlie se souciait d'elle, bien qu'elle n'ait pas les mêmes sentiments pour lui. Il était très gentil, selon elle. Lui parler lui faisait habituellement beaucoup de bien quand elle n'avait pas le moral. Elle n'ennuyait pas Alex avec ses problèmes, sachant qu'il an avait plein de son côté, et Mary Ann et Jack étaient habituellement tous les deux ensemble. Jack avait demandé Mary Ann en mariage pendant les vacances de Pâques.
Juliet regarda son assiette. D'une manière ou d'une autre, elle ne se souvint pas avoir tant de nourriture dedans. Elle se sentait affamée, mais soudain, la vue de tout cela lui retourna l'estomac. Elle mit sa main devant sa bouche, filant en dehors de la grande salle, réussissant à monter à moitié l'escalier de marbre avant de que n'arrive. Après cela, elle baissa les yeux horrifiée. Il y avait du vomi partout sur le marbre, et cela avait éclaboussé ses chaussures et l'ourlet de sa robe. Elle se tint à la rampe, prenant de grandes goulées d'air, essayant de récupérer ses esprits, sa tête tournant. Juste au moment où elle pensait que ses jambes allaient s'effondrer sous elle, elle se sentit supportée et prise dans des bras. Elle leva les yeux vers Bill, qui la regardait avec amour et inquiétude. Elle réalisa vaguement qu'il y avait eu trois bruits de pas la suivant. Alex et Charlie se tenaient aussi sur les marches. Alex nettoya le vomi d'un geste de baguette.
« Est-ce que tu vas bien ? » demanda Bill. Juliet acquiesça.
« C'est juste… J'ai dû attraper quelque chose. J'essayais d'aller à l'hôpital avant que cela n'arrive. Je suis sûre qu'elle me remettra d'aplomb en deux temps trois mouvements. » dit-elle brillamment, espérant que Bill partirait. Je ne peux pas lui dire, pensa-t-elle. Je ne peux pas lui dire à quel point je suis stupide.
« Je te prends à l'aile de l'hôpital. » dit-il, la soulevant dans ses bras et montant l'escalier, suivi de près par Alex et Charlie, qui ouvrit la porte de l'infirmerie quand ils l'atteignirent. Juliet passa ses bras autour du cou de Bill quand il la souleva, enfouissant sa tête dans son torse afin qu'il ne puisse pas voir son visage, qui était rouge de honte.
Madame Pomfresh acquiesça quand Bill plaça Juliet sur un lit, puis elle tira le rideau tout autour et les fit partir. Les trois garçons quittèrent l'infirmerie au grand soulagement de Juliet.
« Que s'est-il passé, chérie ? » lui demanda Madame Pomfresh, très professionnelle.
Juliet se mordit la lèvre. « J'ai été malade dans les escaliers. » dit-elle sincèrement.
L'infirmière acquiesça. « Tu as mangé trop vite, je suppose ? »
Juliet secoua la tête. « Je n'ai rien mangé du tout. » Et puis, elle le fit finalement. Elle dit la raison pour laquelle elle était malade.
Madame Pomfresh haussa tellement les sourcils qu'ils disparurent dans ses cheveux. « Je vois. » fut tout ce qu'elle dit, ses lèvres se serrant. Cela arrivait rarement, mais au moins la fille était proche de la fin de sa septième année. Je me souviens lui avoir donné la potion, pensa-t-elle.
Juliet ne voulait pas en parler plus que cela à Madame Pomfresh cependant. « Il n'y a aucune raison pour que je ne puisse pas finir le trimestre. C'est presque juin après tout. Cela devrait aller. » dit-elle fermement.
Madame Pomfresh acquiesça. « J'ai justement ce qu'il faut pour toi…Cela va te remettre d'aplomb et c'est très sûr. Mais cela ne te fera pas de mal de rester ici pour le restant de la journée. C'est vendredi. »
« D'accord. » accepta-t-elle. « J'ai seulement histoire de la magie, et puis rien. »
« Bien, alors on fait comme cela. Tu aurais de toutes façons dormi sur ton bureau pendant le cours de Binns. » dit Madame Pomfresh, se demandant si l'un des garçon qui étaient venus à l'infirmerie avec elle était à blâmer. « Tu seras aussi bien ici pour cela, dans un bon lit. »
Juliet s'enfonça dans l'oreiller avec gratitude. « Merci. »
Après que Madame Pomfresh soit partie dans son bureau, Juliet fut vaguement consciente de la porte de l'infirmerie s'ouvrant et se refermant. Une main écarta les rideaux autour de son lit et elle leva les yeux, surprise.
C'était Charlie. « Que fais-tu ici ? Ne devrais-tu pas être en cours ? » lui demanda-t-elle.
Charlie s'assit sur le bord du lit en rougissant. « Je vouais être certain que tu allais bien. »
Juliet examina son visage, se demandant si elle devait lui dire. Elle avait tellement envie de le dire à quelqu'un. Madame Pomfresh savait, mais bon, elle connaissait les secrets de tout le monde. Cela ne comptait pas. Elle ne pouvait pas vraiment lui en parler.
« Je vais bien. » chuchota-t-elle, se sentant très fatiguée. « Mais merci de te préoccuper de moi. « Elle mit sa main sur celle de Charlie. Bill n'est pas venu voir comment j'allais, pensa-t-elle.
« Non, tu ne vas pas bien. » dit doucement Charlie. « Pas vraiment. Que se passe-t-il, Juliet ? » dit-il avec urgence, ses yeux sombres grands et inquiets. « Quelque chose ne vas pas, je peux le dire. »
Elle referma la bouche déglutissant. « Tu dois promettre que tu ne le diras à personne. » dit-elle finalement. Charlie serra sa main avec ses forts doigts calleux.
« Je le promet. » dit-il d'une voix rauque.
« Et surtout, tu ne pourras pas le dire à Bill. C'est mon affaire. Peut-être. Pas la tienne. »
Les yeux de Charlie s'écartillèrent. « Oh mon Dieu ! Tu vas avoir un bébé ! »
« Chut ! » dit rapidement Juliet. « Tu veux que toute l'école entende ? »
Charlie avait l'air tiraillé. Il serra sa main. « Désolé. Je suis juste… quand ? » bafouilla-t-il, ne sachant plus que dire.
« Mi-décembre. »
« Depuis mi-décembre ? » dit-il, choqué. « Mais… mais tu ne… »
« Non, » s'énerva-t-elle. « Cela ne fait qu'environ deux mois. Le bébé va naître vers la mi-décembre. »
« Oh. » dit-il, se sentant stupide. Bien sûr qu'elle n'était pas enceinte depuis plus de six mois. Son ventre était encore plat comme une planche. Il réalisa qu'il avait regardé son corps et il détourna les yeux, essayant de ne pas penser à comment elle avait conçu.
« Que… Que s'est-il passe ? Est-ce Bill et toi… »
« Nous prenions des précautions. Oui, pendant un moment. Nous étions tantôt ensemble, tantôt séparée, puis quand nous nous sommes remis ensemble en novembre dernier, j'ai oublié que ma potion ne faisait plus effet. Elle a perdu effet quand Bill et moi n'étions plus ensemble. Ensuite nous avons eu de la chance pendant des mois, alors je ne m'en suis pas souvenu. Puis… Bien, en mars, la chance a tourné… »
Charlie acquiesça, essayant de ne pas penser à Bill la touchant. « Alors pourquoi ne lui as-tu pas dit ? »
Elle soupira et fixa le rideau autour du lit. « Il y a deux raisons. La première est que je ne suis pas terriblement pressée de lui dire à quel point j'ai été stupide. Il pensait que je suivais la trace de cela, et j'ai complètement oublié. Du moins… Du moins, je pense que c'est le cas. »
Charlie fronça les sourcils. « Je pensais que tu avais dit… Je pensais que tu étais certaine. »
« Oui, je vais définitivement être maman dans environ sept mois. Je veux dire… Je pense que ne pas prendre la potion était un oubli et pas autre chose. »
Il avait l'air encore plus confus maintenant. « Qu'est-ce que cela aurait pu être d'autre ? »
Elle enleva sa main de la celle de Charlie, l'air coupable. « Bien, j'y ai réfléchi et je me demande si je n'avais pas un désir inconscient que cela arrive. Pour garder Bill ici. »
Charlie n'était pas certain de comprendre. « Il resterait si je lui disais. »
« Oui, il resterait, » dit-elle sombrement. « Par obligation. Mais pas pour être avec moi. Je ne veux pas aller en Égypte, et il le sait, mais il est tellement excité par ce boulot à la Gringotts qu'il s'en moque. Je… Je ne veux pas lui donner une meilleure excuse. Du moins… Je pense… »
« Alors, tu penses que tu aurais fait cela à dessein, pour le faire rester, mais tu n'en est pas sûre ? Je ne comprends toujours pas. » dit doucement Charlie, sa tête tournant. Elle reprit sa main et lui sourit.
« Moi non plus. Mais c'est pour cela que tu ne peux pas lui dire, Charlie. Bill sait quel est mon sentiment sur son départ en Égypte. S'il décide de rester, je lui dirai. Sinon… »
« Que feras-tu ? Est-ce que ton père et ta mère vont te repousser ? » demanda-t-il, inquiet.
Elle secoua la tête. « J'en doute. Mais je pourrais quitter la Grande Bretagne. Je ne suis pas sûre de vouloir vivre cela ici si je ne suis pas avec Bill. J'ai un oncle en Colombie Britannique, près d'une réserve de dragons. Je lui ai demandé si je pouvais venir vivre avec lui. Il sait que je suis une sorcière, mais n'est pas au courant pour la réserve. Je pourrais me présenter pour un travail à la réserve, avec des relations. Pour quoique ce soit qui n'implique pas de travailler avec des dragons. » fit-elle en riant.
« Cela ne me dérangerait pas de travailler avec des dragons. » dit Charlie avec envie.
« Je sais. » dit-elle en lui souriant tendrement. « Peut-être que tu pourrais me rendre visite, si tes parents ne sont pas trop inquiets que tu voyages seul. »
« Peut-être, » dit-il, sa voix prise dans sa gorge. « Ce serait sympa. »
« Oui. » acquiesça-t-elle dormeusement, tenant encore sa main comme elle fermait les yeux. « Ce serait sympa… »
Il resta à son côté après qu'elle se soit paisiblement endormie, lui tenant encore la main, et essayant de ne pas être trop stupidement optimiste sur la dernière chose qu'elle avait dite avant de s'endormir.
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Quand Juliet ouvrit les yeux, l'infirmerie était plongée dans l'obscurité. Madame Pomfresh n'était de toute évidence pas revenue la voir, car Charlie était encore à son côté, complètement endormi. Il était assis sur sa chaise, sa tête sur le bord du matelas, tenant encore sa main. Elle retira doucement la sienne et écarta les cheveux du front de Charlie, regardant son visage paisible. Il semblait très jeune quand il était au repos comme cela, avec son nez retroussé et ses tâches de rousseur, ses cheveux roux ayant la texture de la paille. Il n'avait pas commencé à se raser, comme Bill, et elle savait que c'était un point sensible chez lui. Il faisait un effort courageux pour se laisser pousser la barbe, mais le duvet sous son nez était très blond pâle, virtuellement invisible, et les poils sur son menton et le long de sa mâchoire étaient tout aussi clairs. Il n'était pas aussi grand que Bill, et deux années de plus ne rattraperaient probablement pas la différence. Contrairement à Bill cependant, il avait développé de larges et solides épaules et des bras épais et musclé grâce à des heures d'entraînement de Quidditch. Elle ne savait pas combien de fois elle l'avait vu pendu à bout de bras à son balai, puis se rebalançant dessus sans effort apparent.
Pourquoi n'était-elle pas tombée amoureuse de l'autre frère ? pensa-t-elle. Charlie était gentil et simple. Sa vie, c'était le Quidditch et les créatures magiques, avoir un estomac plein et travailler jusqu'à être épuisé avant de s'effondrer au lit. Elle savait qu'il se blâmait aussi pour la disparition de ses sœurs, comme Bill, mais contrairement à Bill, il ne s'était pas disloqué. Il ne s'était pas aliéné toutes les personnes qu'il connaissait après cela. Il avait continué à vivre.
Elle ne remarqua pas quand Charlie ouvrit les yeux. Elle lui caressait encore les cheveux distraitement. Quand il se redressa, elle fut surprise et retira brusquement sa main.
« C'est bon, » chuchota-t-il, voulant reprendre sa main. « C'est agréable. »
Mais Juliet garda sa main pressée contre son estomac, ne cédant pas. Elle ne voulait pas être injuste avec Charlie. « Tu reviens à la salle commune avec moi ? » dit-elle doucement.
Il l'aida à se lever, et ils sortirent de l'infirmerie, mais dans la main. Elle se sentait très fatiguée en grimpant les nombreux escaliers, et finalement, elle dût s'arrêter dans le couloir de la classe de sortilèges. Elle et Bill étaient parfois venus ici pour être ensemble, dans la salle de classe de sortilèges. Son talent en cette matière en faisait un de ses endroits favoris, et il conjurait de beaux meubles, tout en s'assurant que personne ne pourrait rentrer dans la salle pendant qu'ils l'utilisaient. (Il s'assurait aussi que personne ne voudrait. Un de ses sorts les plus intelligents était similaire à un sort repousse-moldu. Quiconque voulant entrer repartait en pensant qu'il avait de nombreuses choses à faire à la place.)
« Pouvons-nous juste rentrer là un moment pour nous reposer ? » demanda-t-elle à Charlie, montrant la salle de classe. Cependant comme ils allaient entrer, Juliet se figea en entendant une voix familière.
« Je t'ai dit, Roxanne, Juliet et moi sommes ensemble de nouveau… Arrête ça ! Arrête… » un gémissement atteignit leurs oreilles, puis le son d'un meuble se déplaçant. Il semblait que quelqu'un avait été poussé contre un bureau, le faisant racler contre le sol. « J'ai dit arrête ! » répéta la voix.
« Tu es sûr ? Tu commençais à avoir l'air d'aimer cela. Je me souviens de tout ce que tu aimes. » ronronna une voix séduisante, suivie par le son d'un bruissement de tissu.
« Remet cela ! Maintenant ! Je ne veux pas te lancer un maléfice, mais je le ferai si je le dois ! »
« Ooh, et quelle sorte de maléfice ? » voulut savoir la voix féminine. « J'en connais quelques uns de très bons… de très intéressants… »
Juliet ne put pas en supporter davantage. Elle poussa la porte et se trouva face à une Roxanne Maine-Thorpe presque torse nu (elle avait encore son soutien-gorge), glissant ses bras autour du cou de Bill. Les yeux de Bill s'écartillèrent d'horreur quand il vit Juliet entrer avec Charlie, et il rejeta Roxanne. Charlie sentit que ce serait un combat pour refermer sa bouche, qui était ouverte suite au choc.
« Bill ! » dit-il, dégoûté. « Tu es fou ? Une Serpentard ? Tu as Juliet et elle est… »
« Charlie ! » dit sèchement Juliet, se tournant face à lui, ses yeux lançant des éclairs.
Il referma sa bouche avant de pouvoir en dire plus, ne se faisant pas confiance. Tu ne mérite sacrément pas de savoir ce qui se passe, mon frère, pensa-t-il. Il ne haïssait pas précisément son frère, mais il n'avait jamais su qu'il pourrait avoir un tel dégoût pour lui à ce moment. « Une Serpentard ? » répéta-t-il, comme si c'était plus sûr.
Juliet lança un regard noir à l'autre fille. Roxanne ne prit pas la peine de remettre son chemisier. « Peux-tu partir s'il-te-plaît ? Je ne pense pas qu'il veuille te baiser maintenant, et nous devons parler. » dit-elle vivement.
« Nous ne faisions rien ! Nous n'avons rien fait depuis que toi et moi sommes à nouveau ensemble ! » se précipita de dire Bill. « Je ne t'ai jamais trompée. » ajouta-t-il, de la sueur volant de son front.
Juliet mit ses mains sur ses hanches. « Non, mais après que nous ayons rompus, j'ai attendu que tu décides de revenir à moi. Tu aurais pu n'importe quand ! Je ne t'ai pas mis la pression. A la place, tu étais avec elle, n'est-ce pas ? » Roxanne souriant brillamment à cela. Bill acquiesça penaudement. Juliet roula les yeux et lança à Roxanne. « Est-ce que tu vas juste te casser, sale putain ! »
Roxanne prit son chemisier sur un bureau à proximité et enfila ses bras dans les manches, le reboutonnant lentement. « Je ne voulais pas être indécente. Je pourrais avoir une retenue du préfet en chef. » dit-elle suggestivement, lançant un regard très clair à Bill avant de s'éloigner en ondulant des hanches.
Juliet s'assit, se sentant fatiguée. Elle se sentait tout le temps fatiguée. Bill se tenait devant elle, mal à l'aise, incapable de la regarder dans les yeux. « Tu sais, si tu veux vraiment être avec elle, c'est très simple. » dit doucement Juliet d'une voix calme. « Je t'ai demandé avant de ne pas aller en Égypte. Si tu veux rester ici ou partir au Canada avec moi, nous pourrons encore être ensemble. Si tu insistes pour l'Égypte… Bien, tu auras la liberté de faire ce que tu aimes avec la petite miss Serpentard, comme nous ne serons plus ensemble. » Elle essaya de se concentrer sur l'insigne de préfet en chef de Bill et de se forcer à ne pas pleurer.
« Le Canada ! » dit Bill. « Pourquoi le Canada ? »
« J'ai un oncle là-bas. Si tu ne veux pas te marier tout de suite, je m'entends. C'est loin de mon père et de ma mère… et des tiens… Cela n'aurait aucune importance. Oncle Emory ne se soucie pas de cette sorte de chose. Il vit avec une femme mariée depuis vingt ans. Son époux ne voulait pas la laisser divorcer. La chose est… Si nous restions ici, nous devrions probablement nous marier. Nos parents insisteraient probablement. » Elle vit Charlie acquiescer avec véhémence.
« Se marier ! Qui a dit quoique ce soit sur le mariage ? » Il avait l'air paniqué. « Et si nous vivons ensemble sans être mariés, pourquoi pas en Égypte ? »
Juliet serra ses lèvres. « Je ne veux pas vivre en Égypte. Je veux être près de quelqu'un de ma famille quand… » elle déglutit et regarda Charlie, qui haussa les sourcils. Elle soupira et baissa la tête. Oui, il ferait comme elle souhaite s'il savait. Mais ce n'était pas ainsi qu'elle voulait que ce soit. Il lui en voudrait pendant des années après cela, avec le sentiment de s'être fait piéger. Elle le regarda dans les yeux. « Je t'aime Bill. Est-ce que tu m'aimes assez pour faire cela ? »
Bill se passa la main dans les cheveux, les redressant. « Bien sûr que je t'aime, mais si tu m'aimais, est-ce que tu ne pourrais pas supporter de venir en Égypte ? Qu'est-ce que c'est que ce besoin d'être près de ta famille ? Et devons-nous faire cela devant mon petit frère ? » Charlie se hérissa.
Juliet avait l'impression que son cœur s'était arrêté. « Est-ce que cela signifie que ta décision est faite ? Tu pars pour l'Égypte ? » Cela devait être un rêve, un cauchemar…
Bill déglutit. « J'ai déjà accepté un poste. Je pars le premier juillet. J'ai signé un contrat de cinq ans. Pourquoi ne peux-tu pas simplement… »
« J'espère que toi et Roxanne serez heureux ensemble. » dit-elle avec rigidité, se levant avec difficultés. Charlie bondit pour l'aider, foudroyant du regard son frère. Elle s'appuya lourdement sur son bras.
Bill était debout, immobile, incapable de comprendre ce qui venait de se passer. « Pourquoi fais-tu cela ? »
Juliet se tourna au niveau de la porte. « Quand as-tu signé le contrat ? » demanda-t-elle doucement.
« Le mois dernier. » marmonna-t-il, regardant ses pieds.
Juliet le fixa. « Tu m'as dit que tu avais eu l'offre il y a seulement une semaine. » Ses mots résonnèrent dans la grande salle de classe vide. Bill ne répondit pas, ni ne croisa son regard. Elle se tourna et s'appuya à nouveau sur le bras de Charlie, ne disant rien d'autre. Bill se tut aussi.
Ils n'entendirent pas les pas de Bill derrière eux, mais atteignirent le couloir en dehors de la salle commune de Griffondor sans trouver personne d'autre. Juliet ouvrit sa bouche pour donner le mot de passe, mais découvrit qu'elle ne pouvait pas. A la place, sa voix craqua et un sanglot désespéré lui échappa. Elle jeta ses bras autour de Charlie, pleurant dans sa chemise. Il la prit contre lui en hésitant, sa poitrine se soulevant. Sa robe était ouverte, et elle était chaude contre lui, ses larmes mouillant ses habits. Il pouvait ne distinguer que quelques mots à travers ses sanglots.
« Je ne peux pas croire ce qui arrive… Je l'aime tant Charlie… »
Il lui caressa le dos et la tête, la sentant trembler jusqu'au plus profond de lui. « Je sais. » lui chuchota-t-il, ne sachant pas quoi dire d'autre. « Je sais. »
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Mardi 31 Août 1982
Nils Anderssen regardait sa femme et la fille qui était maintenant sa fille pendant qu'ils prenaient le petit déjeuner. Le soleil estival brillant dans les fenêtres de la salle du petit déjeuner se réfléchissait sur les deux têtes dorées comme elles bavardaient joyeusement et prenaient leur thé. Les cheveux de la fille étaient le produit d'une potion, et elle avait accepté sans discuter, comme ils avaient tous les deux les cheveux blonds. Elle avait dit que la vieille sœur qui gérait l'orphelinat avait eu les cheveux blonds.
Il pouvait déjà voir à quel point sa femme l'aimait. Cela allait être une déchirure d'envoyer son enfant à l'école le lendemain. Elle était avec eux depuis moins d'une semaine, et déjà, Nils ne pouvait plus se souvenir de comment avait été la maison sans elle courant d'une pièce à l'autre, explorant, sa voix débitant sans arrêt des questions et des commentaires.
Malheureusement, l'école ne pouvait pas être repoussée. Sa femme aurait bien volontiers fait attendre sa fille un mois ou deux si elle avait réussi, mais elle devait rattraper le temps perdu. Ils pourraient lui rendre visite à l'école aussi souvent qu'ils voulaient, avait dit le directeur, et même la prendre à la maison le week-end. Cela voulait dire voyager davantage, mais il avait l'impression que c'était une bonne idée qu'ils puissent la voir plus souvent que juste pour les vacances, comme ils venaient à peine de devenir ses parents.
Heureusement, le ministère suédois de la magie n'avait pas les mêmes lois sur la magie des mineurs que le gouvernement britannique. Immédiatement après l'avoir amené 'chez elle', ils l'avaient prise acheter sa première baguette à Stockholm, et elle s'était entraînée à lancer des sorts presque constamment depuis lors. Bien que d'une ignorance choquante sur certaines choses, il l'avait trouvée prodigieuse sur d'autre choses, et il commençait à penser que ce n'était pas une idée ridicule qu'elle entre à Durmstrang directement en deuxième année, au vu de ses talents innés. Elle avait de bonnes bases en latin et en botanique, ainsi qu'en histoire de la magie. Elle avait vécu avec des moldus, alors elle se serait bien débrouillée dans l'étude des moldus, mais Durmstrang n'enseignait pas cela.
Peut-être, pensa-t-il, le directeur pourrait arranger quelques cours de rattrapage dans les domaines où elle avait des lacunes, jusqu'à ce qu'elle raccroche. De ce qu'il avait vu, cela ne devrait pas lui prendre trop de temps pour surpasser le restant des deuxième année. Il pouvait lui-même s'en charger le week-end, le cas échéant. Il avait vu qu'elle apprenait vite. L'idée l'attirait. C'était très satisfaisant pour eux deux quand elle maîtrisait une nouvelle chose. Il aimait assez cette fierté paternelle inhabituelle qui gonflait sa poitrine quand il regardait son visage resplendissant, quand elle montrait à sa mère quelque chose qu'il lui avait appris. C'était une fille remarquable.
Ce n'est pas surprenant, vu sa parenté, pensa-t-il. Elle était de sang pur, après tout, même si sa famille laissait à désirer. Pas pour la première fois, il pensa à l'injustice de la vie. Qu'une famille aimant les moldus comme les Weasley puisse avoir des enfants sans peine le taraudait alors que lui et sa femme ne pouvaient pas en avoir, et que c'était à cause des moldus. Il n'avait pas su depuis le début que c'était une Weasley. Cela avait été un travail de détective. Et une fois qu'il avait découvert, il y avait eu le lent processus de décision…
Cela n'avait pas été long pour sa femme. Elle se moquait de son ascendance. Il avait eu ses doutes. Il y avait de nombreuses choses à considérer. Il avait discrètement travaillé à rassembler des informations. Dans un petit pub du Yorkshire, il avait essayé d'avoir des infos du barman.
« Est-ce qu'ils ont jamais trouvé ce qui est arrivé à cette fille qui a disparu ? J'ai oublié quand c'était maintenant. » avait-il commencé à lâcher, espérant que cette vague assertion serait récompensée par une réponse précise. Mais le barman n'avait de toute évidence jamais entendu une conversation qui ne soit pas sur le Quidditch ou les gens lui payant les consommations… Il n'avait simplement pas l'habitude de faire attention aux conversations sur les autres sujets. Il avait louché sur Nils.
« Eh? »
Nils avait secoué la tête, ne s'étant pas vraiment attendu à trouver l'information qu'il recherchait si facilement et rapidement. Il en était à son sixième pub, dans un petit village du Suffolk, quand il reçut finalement une réponse à sa question. Ce n'était pas exactement une réponse, mais d'une certaine manière, c'était encore plus informatif. Il avait de toute évidence posé la mauvaise question.
« Une fille ? » dit le vieux barman bavard en essuyant un verre qui semblait perpétuellement opaque. « Juste une ? Il y a eu ce cas il y a quelques années, bien sûr, du côté d'Exeter. Deux filles, des sœurs. Elles se sont volatilisées… » Il secoua la tête. « Il y en a eu une autre alors ? C'est affreux… »
Nils avait déglutit, essayant de cacher son excitation. Exeter. Ce devait être le même incident. Alors, leur future fille avait eu une sœur qui avait disparu avec elle. Il avait négligemment repoussé son verre vers le barman, demandant une autre pinte.
« Vous vous souvenez du nom de famille ? Je crois avoir oublié. » dit-il comme il comptait mornilles d'argent après mornille d'argent, conscient des petits yeux avides qui fixaient ses doigts occupés.
« Weasley. »
Il avait fouillé dans son cerveau pour essayer de se souvenir où il avait entendu ce nom. Pourquoi était-il si familier ? Il ne pensait pas que c'était parce qu'il avait entendu parler des fille. Il avait été en Suède. Nous il y avait un lien avec sa sœur, il en était sûr… Mais quel pouvait-il être ?
« Exact. » dit-il au barman. « Weasley. Le père est… qu'est-il déjà ? »
« Il est au ministère. Il a fait beaucoup de raid. Laissez-moi dire qu'il est responsable de la mise en prison de plus d'un mangemort. » Il se pencha en avant et lui chuchota. « Quelques uns disent que c'est pour cela que ses pauvres filles ont disparu. Un message pour lui, vous voyez ? »
Nils acquiesça, avalant sa bière. Cela ne correspondait pas. Au moins l'une des filles était envie. Nils pensa à son beau-frère, Lucius, qui se vantait assez largement, en privé, d'être un mangemort, faisant partie du premier cercle du Seigneur des Ténèbres. Il semblait à Nils que ce n'était pas caractéristique pour un mangemort de kidnapper deux filles et des les envoyer vivre dans un orphelinat moldu si le père était aussi ennuyeux que ce Weasley. Il savait qu'habituellement, on trouvait les corps après, la Marque des Ténèbres flottant au-dessus de la maison.
Il voulut questionner son beau-frère à ce sujet, mais il n'osait pas. La position de Lucius était assez précaire dans les mois qui suivirent la rencontre de Nils et sa femme avec la fille d'Exeter. Après la chute du Seigneur des Ténèbres, Lucius avait eu à répondre à de nombreuses questions du ministère. Il avait clamé être sous Imperius, bien que Nils sache que beaucoup d'or avait changé de main pour que ceci soit écrit sur les registres officiels. Ceux qui étaient du côté receveur de l'or n'avaient aucun intérêt réel dans la culpabilité ou l'innocence de Lucius Malfoy. Seul comptait le fait qu'il puisse payer pour le silence, et payer grassement. Le problème était avec ceux qui n'avaient pas été payés. On devait s'assurait que toutes les lèvres devaient rester scellées. Parfois de manière permanente.
Nils l'amena de manière très négligente, alors qu'ils lui rendaient visite pendant les vacances de Noël. « Au fait, Lucius, J'ai entendu le nom de Weasley dans un pub l'autre jour, et je ne pouvais pas me souvenir pourquoi il me semblait si familier. Il y avait quelque à ce sujet… »
Lucius laissa tomber le gros couteau alors qu'il allait couper le rôti de leur dîner. Il lança un regard noir à Nils, puis à Narcissa. « C'est toi qui lui a dit de faire cela ? » demanda-t-il à sa femme. Elle se mit la main sur la gorge.
« N.. Non, Lucius, bien sûr que non. Pourquoi aurais-je… »
« Pourquoi aurais-tu essayé de m'énerver en faisant mentionner à ton frère le nom du meurtrier de mon père ? » grogna-t-il, recommençant la découpe. Le rôti était en danger d'avoir l'air d'avoir été frappé par des cognard tellement il s'y attaquait avec colère maintenant.
« Désolé mon vieux. » intervint rapidement Nils, avant que le blâme ne soit attaché à sa sœur. « C'est stupide de ma part. C'est évidemment pourquoi cela me semblait familier… Tellement stupide… »
« Oui. » acquiesça Lucius, lançant la viande dans le plat. « Vraiment très, très stupide. » cracha-t-il, lançant un regard noir à son beau-frère. Plus tard, dans le bureau de Lucius, Nils aborda le sujet d'une manière différente. Il considéra Lucius Malfoy avec beaucoup de soins, se demandant s'il pourrait en fait avoir une faiblesse pour deux petites filles qui n'avaient pas exactement choisi leur père.
« Est-ce qu'il t'est jamais venu à l'esprit de te venger des Weasley ? » demanda-t-il négligemment en prenant le cognac. Sa femme et sa sœur étaient dans la nurserie avec Draco et sa nounou, Nounou Bella, une vielle sorcière à l'air pincé. Nils ne l'aurait jamais laissée approcher de ses enfants, mais apparemment, la chose la plus importante pour Lucius était que c'était une Serpentard et qu'elle ne croyait pas au cocooning. Lucius se tenait devant le manteau de la cheminée, faisant tourner le liquide ambre dans son verre. Après le dîner, il était plus expansif et ne manifestait plus de signes d'explosion.
« Bien sûr que j'y ai pensé, bien sûr. Et d'une certaine manière… Bien, je ne l'ai pas fait moi-même, mais… »
Nils se redressa anxieusement, puis réfléchit un peu mieux et se vautra confortablement contre le dossier du fauteuil de cuir avant de Lucius ne se retourne et ne voie à quel point il avait eu envie de savoir. « Mais quoi ? Tu lui lancé un maléfice pour lui couper un ongle ? » avait dit Nils avec un dédain forcé.
Les yeux pâles de Lucius brillaient d'une lueur inquiétante. « Non. Il y avait cette Prophétie, tu vois, sur la chute du Seigneur des Ténèbres. Selon un autre mangemort qui avait eu une conversation avec un centaure, une des personnes de la Prophétie était une fille de Weasley. Peu importait laquelle. Alors j'ai recommandé au Seigneur des Ténèbres de… disposer des filles. Je n'ai jamais compris comment il l'a fait si proprement… Il n'y avait pas une seule trace d'elles, et toutes les chouettes postales revenaient aussi. Soit il les a tuées, soit il les a envoyées sur une autre planète, mais tuer est plus facile. Weasley a alors su ce que j'avais ressenti ! » déclara-t-il, ses yeux exorbités, tandis que Nils peinait à maintenir son expression faciale.
C'était tout ce qu'il avait besoin de savoir. Il était allé aux bureau de la Gazette du Sorcier après le Nouvel An, recherchant les vieux numéros qui étaient sortis pendant l'enquête sur la disparition des filles. Il trouva finalement ce qu'il cherchait, un journal du soir d'avril 1979 avec des phots des filles et une description détaillée : Annabel Weasley, appelée Annie. Née le premier septembre 1970. Quatre pieds trois pouces de haut, environ quatre Stone, les yeux bleus, cheveux roux vifs…
Il avait regardé encore et encore la photo. C'était elle. La fille de l'orphelinat. Il avait essayé de comprendre pourquoi elle vivait là-bas, mais il ne voulait pas risquer de retourner à l'orphelinat pour le découvrir. Le jour où elle avait sauvé leur chien, sa femme, son chien et lui s'étaient rapidement échappés en utilisant le sort de Tempus Fugit, comme ils ne pouvaient pas transplaner avec le chien. Il n'aimait pas utiliser ce sort, mais sa femme était plus cavalière que lui avec ces choses. Cependant, tandis qu'ils utilisaient ce sort, il lui était venu à l'esprit de prendre un miroir dans la poche de sa femme et d'effacer le souvenir de l'incident du cerveau de la sœur, afin qu'elle ne s'en souvienne plus. Il avait gardé ce souvenir prisonnier du miroir, juste au cas où il devrait le restaurer, mais s'il retournait à l'orphelinat et rendait éventuellement ce souvenir à la sœur, il lui semblerait étrange d'avoir deux souvenirs d'une première rencontre.
Il n'avait pas appris à se servir de la magie noire à Poudlard, mais sa femme lui avait enseigné une chose ou deux depuis qu'ils étaient mariés, comme elle avait eu une formation complète en ce domaine à Durmstrang. Il savait que le ministère britannique ne verrait pas du tout d'un bon œil l'utilisation du sort de Tempus Fugit, et encore moins près de moldus, et que s'attaquer au cerveau d'une personne et en retirer des souvenirs contre son gré, spécialement pour un moldu, était passible d'une peine de prison (mais pas une condamnation à vie). Il aurait pu s'en tirer simplement en lui lançant un sort de mémoire, avec l'excuse qu'elle avait vu de la magie, mais le problème était que c'était la fille qui avait fait de la magie, quand elle avait guéri le chien. Ce qui aurait seulement attiré l'attention sur elle. D'une manière ou d'une autre, avant même qu'il sache que sa vie avait été en danger, il ne voulait pas que le ministère la remarque. Elle était leur secret, une sorcière vivant parmi les moldus. Une fille éventuelle pour eux. Et comme il lui venait à l'idée, très brièvement, d'utiliser le sort pour la prendre, il ne voulait pas qu'elle souffre de ses effets, comme lui et sa femme. Il ne pensait pas aussi que c'était la peine de la prendre par la force. Elle devrait vouloir venir avec eux.
Il avait finalement utilisé un sort pour altérer ses traits pour rendre visite à la sœur. Il lui avait spécifiquement demandé s'il y avait eu deux sœurs rousses, comme sa femme était intéressée. Elle avait non, seulement une. Il n'y en avait jamais eu une autre ? avait-il persisté. Elle avait reconnu que oui, deux étaient arrivées en même temps, mais elles n'étaient pas sœurs, et l'une d'elle avait été rapidement adoptée.
Il réfléchit à cet entretien pendant des mois, avant de finalement arriver à la conclusion que qui que ce soit ayant pris les filles, n'avait pas pu supporter la pensée de les tuer. Lucius n'aurait pas hésité, il le savait. Mais alors, le mangemort qui avait fait le kidnapping n'avait probablement pas eu son père tué par Weasley. Il avait fouillé les antécédents des Weasley les mois suivants, essayant d'apprendre tout ce qu'il pouvait. Finalement, il fut satisfait que lui et sa femme adoptent la fille, qu'ils puissent lui enseigner à devenir une vraie Anderssen. Tous les indicateurs signalaient que la fille avait eu un sort de mémoire afin qu'elle ne se souvienne pas de sa vie familiale antérieure. Les connaissances qu'elle avait apprises à l'école étaient intactes, mais le reste semblait juste avoir quitté son esprit.
Ils étaient à nouveau rentré en contact avec elle à l'école. Nils ne voulait pas lui dire qu'elle était une Weasley, comme il avait peur qu'elle veuille retourner dans sa famille (et que sa vie soit à nouveau en danger si elle faisait cela). Elle avait été appelée au bureau de la directrice parce, lui avait-on dit, un couple qui envisageait de lui payer sa scolarité à l'Académie St Martin était là. Ils avaient entendu dire que Anna Térié était une excellent élève, et ils voulaient la rencontrer avant de décider. « Mais… mais vous êtes les personnes du chien ! » avait-elle immédiatement dit, quand la directrice était partie.
Nils regarda sa femme. Elle souriait. « Oui ! » dit-elle, s'avançant vers la fille pour lui serrer la main. « Et toi…Bien, prépare-toi. Ce que nous avons à te dire risque d'être un choc. Tu vois… Tu es une sorcière, et j'en suis aussi une. Mon mari est un sorcier. Tu comprends tout ce que cela signifie ? » la fille hésita un instant, puis secoua la tête. « Cela signifie que tu peux faire de la magie ! N'est-ce pas merveilleux ? » elle rayonnait en la regardant.
« Qui… Qui êtes-vous ? » demanda la fille avec précautions. Nils trouva intéressant qu'elle se questionne pas sur être une sorcière, ni sur le fait qu'ils soient une sorcière et un sorcier.
« Nous sommes ici pour te prendre vivre comme une vraie sorcière, avec un éducation magique convenable. » lui dit sa femme. « L'idée de vivre comme cela avec des moldus… ! »
« Vous… Vous quoi ? » avait fait la fille en fronçant les sourcils. Nils s'était avancé.
« Nous t'adoptons. Seulement… Seulement si tu veux partir avec nous, bien sûr. Je veux dire, tu peux vouloir continuer à vivre dans un orphelinat moldu… »
« Ce n'est pas tant que je veuille que… » elle s'arrêta brusquement, et Nils nota qu'elle n'avait pas demandé la signification de moldu. De combien se souvient-elle ? se demanda-t-il.
« Qui êtes-vous ? D'où venez-vous ? Où habitez-vous ? Pourquoi voulez-vous faire cela ? » les questions s'enchaînèrent précipitamment. Elle avait rougi, et Nils se demanda si elle avait peur. Peut-être qu'elle savait qu'elle et sa sœur avaient été visées, il y a des années ? Lui et sa femme lui expliquèrent qu'ils vivaient en Suède et qu'ils ne pouvaient pas avoir d'enfants, et que quand ils avaient appris qu'une sorcière était dans un orphelinat moldu, ils avaient senti que leur devoir était de lui donner une vraie maison et une bonne éducation. Elle acquiesça à leurs explications.
« Mais savez-vous… Savez-vous pourquoi je n'ai jamais reçu la lettre de Poudlard l'an passé ? » chuchota-t-elle. Nils regarda sa femme en hésitant. Il n'y avait pas réfléchi. Le mangemort qui l'avait kidnappée devait l'avoir rendue invisible pour les chouettes. Cela cadrait avec Lucius disant que les chouettes postales étaient revenues, indiquant que les filles étaient mortes.
« Comment t'appelles-tu déjà ? » lui demanda-t-il, se demandant vraiment ce qu'elle dirait.
« Anna Térié. »
Il acquiesça. « Depuis combien de temps as-tu ce nom ? »
« Depuis que je vis à l'orphelinat. »
Tapotant pensivement ses doigts ensemble, il dit « Bien, alors, personne à Poudlard n'aurait su t'adresser une lettre à ce nom, n'est-ce pas ? » il n'insista pas sur le fait qu'elle connaissait Poudlard. Quelques mots comme 'moldu' ou 'Poudlard' devaient avoir filtré dans son esprit, non atteint par le sort de mémoire.
« Je suppose. » dit-elle doucement, se mordant la langue. « Est-ce que je vais vivre en Suède si vous m'adoptez ? »
« Oui. » dit sa femme avec envie. « Et tu irais à mon ancienne école, Durmstrang. C'est bien mieux que ce Poudlard… Pas de nés de moldus à Durmstrang, tu sais. »
La fille secoua la tête. « Je n'en ai jamais entendu parler. Où est-elle ? »
« Ah, ce serait dire beaucoup. Ne t'inquiète pas, nous nous occuperons de t'amener à l'école. Qu'en penses-tu ? » La fille regarda sa femme, et Nils pouvait pratiquement voir les rouages tourner dans sa tête. « Voudrais-tu… Pourrais-tu devenir notre fille et venir avec nous à l'étranger ? »
« Nous avons le même nom. » dit-elle soudain. « Anna et Anna. Cela serait gênant, non ? » Elle n'avait pas répondu à la question.
« Bien, tu es petite, Anna, alors nous pourrions t'appeler Anita. Nita pour faire plus court. Là ! Cela sonne bien. Nita Anderssen. Ce serait ton nom. Tu aimes ? » Sa femme tremblait.
Elle se mordit encore la lèvre, réfléchissant. « C'est d'accord. » dit-elle avec réticence. « Mais je ne parle rien d'autre que l'anglais. Que parle-t-on à Durmstrang ? »
« Est-ce que j'ai l'air de ne pas savoir parler anglais pour toi ? Oh, l'anglais est le standard à Durmstrang depuis quelques temps maintenant. Tout le monde parle au moins une autre langue, bien sûr, mais il s ont un directeur élevé à l'anglaise depuis des décennies, et il vient juste d'embaucher son neveu qui était à Poudlard avec la sœur de mari, pour occuper la position de professeur de Sortilèges. Tu devras apprendre le suédois, bien sûr, et tu devras aussi connaître un peu d'allemand et de russe. Mais tu es une fille brillante. Ce ne devrait pas être un problème pour toi. »
Nils avait oublié que Karkaroff avait embauché son neveu. Igor avait été dans la même année que sa sœur Narcissa, et il avait été arrêté pour ses activités de mangemort. Il était initialement allé à Azkaban, mais il avait été relâché quand son témoignage devant le ministère avait permis un coup de filet sur d'autres mangemorts. Igor savait qu'il ne serait plus en sécurité en Grande Bretagne après cela, à cause gens comme Lucius (même s'il avait fait tout ce qui était en son pouvoir pour éviter la prison), alors il s'était enfui en Biélorussie, chez son oncle, le professeur Sergei Karkaroff, directeur de Durmstrang. Est-ce que Karkaroff reconnaîtrait 'Nita' comme étant La Annie Weasley disparue ? se demanda-t-il. Et si Igor était celui qui avait été chargé de la kidnapper ?
« Partirions-nous tout de suite ? » demanda-t-elle soudain. Nils et sa femme échangèrent un regard.
« Non… Pourquoi ? »
« C'est juste… Si c'était soudain, la mère Crispin serait… Elle serait triste. Et vous savez qu'elle ne se souvient plus de vous et du chien du tout ? Elle semble penser que cela n'est jamais arrivé… »
Nils regarda encore sa femme puis la fille. « Nous savons. J'ai enlevé ce souvenir de son esprit et je l'ai sauvegardé. Peu de temps avant que nous venions te chercher, je pourrais restaurer sa mémoire, afin qu'elle se souvienne de nous quand nous viendrons lui dire que nous voulons d'adopter. Et de cette façon, tu pourras préparer toutes tes affaires et partir avec nous. »
« Il y a habituellement une visite d'une journée d'abord. Si cela se passe bien, il y a d'autres visites. Cela ne se fait pas tout d'un coup. »
Nils avait acquiescé, et ils avaient parlé un moment avec 'Nita' qui avait pu leur donner toutes les informations dont ils avaient besoin pour pouvoir l'adopter. Elle ne voulait pas partir jusqu'après son anniversaire, qui selon la sœur était à la fin du mois d'août (Nils ne dit pas qu'il connaissait la vraie date), comme la vieille sœur avait de toute évidence un cadeau spécial pour elle.
On établit des plans, et la fin août se rapprocha. Nils découvrit que restaurer le souvenir du chien à la sœur était facile. A cause de sa confusion, elle sembla croire que l'incident s'était passé une semaine plus tôt. Quand Nils et sa femme étaient apparus dans son bureau pour parler d'adopter « Anna », elle avait été hésitante d'abord, mais ne leur avait pas dit pourquoi. Finalement, ils étaient partis de l'orphelinat. La fille avait fait au revoir à la vieille sœur par la vitre arrière de la voiture, les larmes coulant sur son visage. Ils n'allèrent pas à l'adresse d'Exeter qu'ils avaient donnée à la sœur, mais descendirent directement à Londres. Ils donnèrent à 'Nita' la potion pour teindre ses cheveux avant de continuer pour la France, qu'ils atteignirent grâce à un ferry enchanté. De là, ils prirent un portauloin clandestin pour la Suède. Ils ne voulaient que leurs mouvements soit tracés. Pour cela, ils avaient créé de nombreux faux documents concernant la naissance et l'adoption de Nita.
« Que faisons-nous aujourd'hui ? » demanda Nita à sa mère, souriant. « C'est ma dernière journée de liberté après tout, avant de commencer l'école. » Elle gratta Napoléon derrière les oreilles. Le chien l'avait adoré depuis le début et dormait maintenant sur son lit toutes les nuits.
« Tout ce que tu veux ! » dit affectueusement Anna Anderssen à sa fille, faisant sourire Nils. Il n'avait jamais vu sa femme si contente. C'était une bonne chose qu'ils ramènent Nita à la maison tous les week-end. Leur fille rit.
« Tout ? »
Sa femme mit sa main sur celle de la fille, ayant de se considérer comme la personne la plus heureuse au monde. Elle n'avait jamais pensé qu'elle serait mère, et maintenant, elle l'était.
« Tout. »
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Vendredi 31 Octobre 1982
« Joyeux anniversaire ! »
Charlie serra Juliet dans ses bras, mais trop fort, cause de son ventre, et il l'embrassa sur la joue. Elle lui sourit, tenant maladroitement son cadeau d'une main. « En fait, c'est quelque chose pour le bébé. » dit-il timidement. Elle sourit et déchira le papier, puis ouvrit la petite boîte blanche. Charlie aurait aimé avoir un appareil photo pour prendre son visage quand elle gloussa et sortit les petites bottes en peau de dragon qui étaient dans la boîte.
« Oh, elles sont si petites ! » s'exclama-t-elle en lui souriant maintenant. Il sentit son estomac chavirer. Il était content qu'elle les aime. Mais il jeta un coup d'œil à sa main gauche, à l'alliance qui était là, et sut qu'il devait accepter cet état de fait. Le chavirement de son estomac ne pouvait pas être empêché, ni les autres manifestations physiques de ses sentiments pour elle. Mais il espérait qu'il pourrait finalement arrêter de se sentir ainsi. Cela avait été très difficile, quand il était arrivé à la réserve de Colombie Britannique, d'apprendre qu'elle s'était mariée une semaine avant son arrivée. Cela avait été deux mois plus tôt, et bien qu'il apprécie beaucoup son époux (Brendan MacDonald était l'un des meilleurs gardiens de la réserve), il ne pouvait empêcher la jalousie qui montait en lui quand il les voyait ensemble. Il souhaitait ne pas aimer autant son mari.
Elle portait une délicate amulette dorée pendue à une chaîne autour de son cou, et elle referma sa main sur l'amulette maintenant, frottant pensivement ses doigts sur les reliefs. « Qu'est-ce ? » lui demanda-t-il.. D'une manière ou d'une autre, il avait un air familier, bien qu'il ne l'ait jamais vu avant.
Elle sourit en la regardant. « Oh, c'est un cadeau de Brendan. Il dit que c'est sensé être le lion de Griffondor. Ne ressemble-t-il pas à celui qui est sur le manteau de la cheminée dans la salle commune ? Il aimait l'idée de m'offrir quelque chose lié à Poudlard, même si nous n'y étions pas en même temps. »
Brendan MacDonald n'était ni canadien, ni américain, mais bien britannique, ayant grandi dans les Midlands. Il avait environ vingt ans de plus que Juliet et était né la même année que la mère de Charlie. Autant il aimait Brendan, Charlie avait encore un sentiment dérangeant quant à leur mariage. Il semblait simplement mauvais. Brendan avait aimé Juliet dès le début, quand elle était venue travailler au bureau principal de la réserve comme secrétaire. Elle avait fait ce que personne n'avait réussi à faire avant : organiser les activités de la réserve. Il n'y avait plus de questions sur qui allait s'occuper de quelle bête à quel moment. On donnait à chaque espèce une nourriture précise, les jours chômés tournaient. Et elle avait vu un trou dans les effectifs, un trou qu'elle avait proposé de remplir avec un apprenti. Elle avait suggéré Charlie et lui avait écrit pour lui dire qu'il avait une invitation ouverte pour passer une année à la réserve s'il voulait attendre pour finir sa scolarité.
Il avait, bien sûr, pris de la mauvaise manière le fait qu'elle l'invite en Colombie Britannique pour une année. Elle avait voulu un autre visage familier à côté en plus de celui de son oncle quand le bébé arriverait. Elle n'avait pas pour Charlie les mêmes sentiments qu'elle avait eus pour Bill. Les sentiments qu'elle prétendait maintenant avoir pour Brendan.
« Charlie. » avait-elle dit dès qu'elle l'avait salué au bureau de la réserve. « J'ai quelque chose à te dire. S'il-te-plaît, assieds-toi… » Elle lui avait montré une chaise de bois, et elle s'était elle même soigneusement installée dans une autre. Elle était maintenant enceinte de cinq mois et demi. De l'enfant de Bill. Charlie se força à regarder son visage quand il s'assit.
« Oui Juliet ? »
« Bien, » avait-elle dit nerveusement, sa main gauche posée protectivement sur son ventre. Il l'avait vue, vraiment, et pourtant il n'avait pas capté. « Tu vois, Charlie, le fait est que… Je suis mariée. »
L'alliance. Alors il l'avait vue, vraiment vue. L'alliance. Mariée. Mariée !
Comme il n'avait rien dit, elle avait continué à parler. « Je sais que cela semble soudain, mais Brendan a été chou depuis que je suis arrivé ici, et il a demandé ma main alors que je me sentais très vulnérable… »
Charlie l'avait fixé. « Mais... Mais je pensais… Bill… » avait-il bafouillé. « Je veux dire… il l'a juste fait à cause du bébé, non ? En quoi est-ce différent de parler à Bill du bébé ? »
« Parce que ce n'est pas le bébé de Brendan. Il ne m'épouse pas parce qu'il pense qu'il doit. Il veut être avec moi et… Bien, il pensait plutôt que le bébé rendrait moins probablement un refus de ma part. Mais bon… Il m'épouse parce qu'il veut être avec moi. Brendan sera un père merveilleux. Tout est pour le mieux, vraiment. J'espère que tu pourras être content pour nous. »
Assommé. Il s'était sentit assommé. Elle connaissait à peine l'homme, le vieil homme, depuis deux mois, et elle l'avait épousé ! C'était complètement irréel. Il ne savait pas quoi penser. Il l'avait rapidement embrassée et félicité. Plus il était devenu ami avec Brendan MacDonald, plus c'était difficile de lui en vouloir, aussi, ce qui rendait Charlie un peu grognon parfois. Il ne voulait pas aimer ce gars. Il ne voulait pas le haïr.
Charlie avait alors regardé l'amulette en or, la tenant dans sa main. Elle était chaude au contact, et quand Charlie la serra, il avait senti un calme rassurant s'écouler en lui. Il avait fermé les yeux, puis les avait réouverts. « Waou ! Ca c'est de l'amulette. C'est… »
« … Magique. Je sais. Je n'ai cependant aucune idée d'où elle vient. Je pense qu'un jour, je la donnerai à Natalie, peut-être quand elle ira à Poudlard. Même si elle naît ici, Brendan et moi voulons tous les deux rentrer en Grande Bretagne quand il sera temps pour elle d'aller à l'école. »
« Natalie ? »
Elle avait souri. « La sage-femme de Vancouver dit que c'est une fille, et c'est le nom que nous avons choisi. Tu l'aimes ? Cela veut dire 'Noël', mais elle naître probablement une paire de semaines avant cela. En tous cas, je trouve que c'est joli. Natalie MacDonald. »
Charlie avait haleté. « Tu veux dire… »
Juliet avait soupiré. « Charlie… Comment diable pourrais-je lui donner le nom de Weasley ? Brendan sera son père dans toutes les façons qui comptent, quand elle naîtra. Et tu seras quand même son oncle. »
« Mais je ne peux pas le dire à Bill. »
Elle s'était mordu les lèvres. « S'il-te-plaît. Ne le fais pas. Si quelqu'un doit lui dire, je pense que ce doit être moi. »
Charlie avait acquiescé, tendant sa main vers elle, essayant de ne pas haïr la manière dont tout s'était passé. Juliet semblait parfaitement heureuse. Pourquoi ne pouvait-il pas être satisfait ? Parce que tu avais l'idée romantique que tu viendrais ici, et qu'elle déciderait de t'aimer après tout, voilà pourquoi. La voix dans sa tête était assez ennuyante, et il ferma ses yeux, essayant de l'ignorer. Les ouvrant à nouveau, il regarda sérieusement Juliet, lui prenant la main.
« Je suis content que tu aimes les bottes. Je veux faire tout ce que je peux pour être un bon oncle. »
Elle sourit et mit sa main sur celle de Bill, puis la guida sur son ventre, le faisant sursauter. Il put sentir un mouvement. La réalité de l'enfant à naître, sa nièce, était surprenante.
« Tu seras un bon oncle je pense, Charlie. Tu seras un bon oncle. »
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Lundi 1° Décembre 1982
Il répartit la potion épaisse dans les flasques plates et mit un bouchon sur chacune. Retroussant les narines à l'odeur de choux, il mit une flasque dans chaque poche de sa robe et se tourna vers sa femme, qui le regardait avec anxiété depuis la porte. Elle était pâle et fatiguée, comme elle l'avait été depuis le procès de leur fils. Elle s'étiolait mois après mois à cause du chagrin pour son fils, son fils qui avait crié pitié, qui avait juré qu'il était innocent…
Sa femme avait donné son apparence à son fils, à part pour les yeux, qui étaient ceux de son père. Ses cheveux autrefois blonds vifs étaient ternes, avec bien plus de gris que d'or dedans, et ses yeux parcouraient la pièce sans but, comme si elle ne la voyait pas vraiment. Il la perdait un peu plus chaque jour, et il redoutait le jour où il l'aurait complètement perdue, le jour où il devrait l'enterrer dans la terre froide, le jour où elle deviendrait un souvenir…
« Tu es sûre de cela ? » demanda-t-il pour la centième fois. Elle acquiesça lentement. Elle avait supplié, plaidé avec lui. Elle savait qu'elle mourrait sans son garçon, et qu'elle mourrait aussi là-bas, dans cet endroit sans espoir, sans plus de bonheur restant en elle, rien de bon. Mais au moins, elle saurait qu'elle avait sauvé son garçon, son garçon innocent. Il pourrait vivre, et pas dans une prison pour un crime qu'il n'avait pas commis. Et elle pourrait mourir selon ses propres termes.
Il déglutit, regardant sa femme. Un crime qu'il n'a pas commis. Il ne savait pas ce qu'il croyait sur le crime de son fils. Un des garçons qui avait témoigné contre lui avait dit l'avoir vu torturer Frank Londubat, tandis que l'autre avait nié en avoir eu connaissance. C'était impossible de dire ce qui s'était passé. Dumbledore lui avait indiqué fortement qu'il connaissait un jeune homme qui pourrait témoigner contre son fils, si nécessaire, concernant d'autres activités des mangemorts, mais la condamnation avait été obtenue sans cela.
Les co-accusés, tous de la famille Lestrange, avaient non seulement revendiqué ce qu'ils avaient fait, mais ils s'en étaient vantés. Mrs Lestrange en particulier. Mais son garçon n'avait pas invoqué sa loyauté à vie à Vous-savez-qui, il ne s'était pas vanté de ce qu'ils avaient fait. Il lui avait crié, implorant « Père ! Père ! » Et il avait ignoré son propre fils, il avait dû, même quand sa femme s'était évanouie parce qu'elle était incapable de croire qu'il condamnerait leur fils à vivre le restant de ses jours avec les détraqueurs à Azkaban.
Barty Croupton traversa la pièce et prit sa femme dans ses bras. « Il est temps de partir, mon amour. »
« Partir ? Pour Banff ? C'est finalement le moment ? » son visage s'illumina par anticipation, un éclat rare sur ses joues pâles.
« Oui, c'est l'heure de partir pour Banff. » confirma-t-il. C'était un court trajet par cheminette jusqu'au district de Banff. Par le passé, Bartemius Croupton Sr aurait demandé et reçu un portauloin pour faire le voyage. Il n'avait cependant pas cherché à en demander un depuis qu'il avait été muté dans le département pour la coopération magique internationale. Son assistant, Weatherby, était obligeamment venu avec lui, mais cela avait été un perte financière et de prestige pour tous les deux, et Barty essayait encore de retrouver ses relations.
Quand ils émergèrent du feu à Banff, un jeune homme avec une robe marron usée et une barbe châtain clair hérissée attendait d'utiliser le feu pour partir. Pour quelqu'un de si jeune, Croupton trouva étrange qu'il ait une mèche de cheveux blancs qui surplombe son front. Le jeune homme se tourna encore vers le superviseur du district.
« Vous êtes sûr ? Je ne peux pas simplement… »
« Je vous ai dit. Ce prisonnier ne peut recevoir aucune visite, à part les plus officielles. Et vous… qu'est-ce qui vous fait penser qu'on vous le permettrait ? Un maudit… »
« Je sais ce que vous pensez de moi, » grogna presque le jeune homme. « Je pars. »
Avant que le jeune homme ne puisse lancer la poudre de cheminette dans le feu et partir, il entendit le superviseur dire « Prêt à rendre visite à votre fils, Mr Croupton ? Très bien. Par ici… »
Barty Croupton sentit les yeux du jeune homme le fixer avec rancune comme il s'avançait dans le feu. Il avait des yeux assez étranges, avec une lueur rougeâtre dedans. Après avoir disparu, le superviseur de district présenta Barty aux aurors qui les accompagneraient. Normalement, un détraqueur ou deux (selon la difficulté du prisonnier) montait aussi dans le bateau, mais comme c'était des visiteurs, et non des détenus, c'était jugé inutile. Normalement, les prisonniers d'Azkaban n'avaient aucune visite, mais Barty avait reçu ce privilège du ministre de la magie en personne. Il savait que c'était leur seul espoir.
Le voyage sur la mer du Nord fut glaçant jusqu'aux os. Les détraqueurs auraient été redondants, pensa-t-il, comme ils traversaient la mer jusqu'à la forteresse d'Azkaban. Elle s'élevait dans l'eau noire, une montagne de désespoir, l'endroit où sa femme mourrait bientôt, très probablement. Il la regarda du coin de l'œil comme ils approchaient de la prison. Son visage brillait d'espoir. Profite de cela tant que tu peux, pensa-t-il, sachant que les détraqueurs lui enlèveraient cet espoir sous peu. Au moins, elle saurait dans la mort qu'elle aurait libéré son fils de cet endroit.
Après que le bateau soit arrivé sur la plage sableuse dans la grotte en-dessous de la forteresse, ils grimpèrent les escaliers jusqu'aux cellules, deux aurors passant devant. Ils ne semblaient pas apprécier de venir ici et suaient à profusion dans l'air glacé. Barty n'était pas sûr d'avoir encore de la joie ou de l'espoir que les détraqueurs pourraient prendre, ce qui était aussi bien. Néanmoins, quand ils atteignirent le sommet et qu'il sentit la présence de tant de créature autour d'eux, il sentit le froid pénétrer dans sa poitrine comme si on la lui ouvrait avec une lame de glace.
Vous avez été amené ici devant le Conseil de la loi magique afin d'être jugé pour un crime tellement haineux…
Père, père… S'il-vous-plaît…
… que nous en avons rarement entendu de comme cela au sein de cette cour. Nous avons entendu les preuves contre vous…
Père, je n'ai rien fait ! Je n'ai rien fait, je le jure, père, ne me renvoyez pas aux détraqueurs…
Vous êtes de plus accusé d'avoir lancé le sort de Cruciatus sur la femme de Frank Londubat, alors qu'il ne voulait pas vous donner des information... Je demande maintenant au jury…
Mère ! Mère, arrêtez-le, je ne l'ai pas fait, ce n'était pas moi !
Je demande maintenant aux jurés de lever leur main s'ils croient, comme moi, que ces crimes méritent un condamnation à vie à Azkaban…
Non ! Mère, non ! Je ne l'ai pas fait, je ne l'ai pas fait, je ne savais pas ! Ne m'envoyez pas là-bas, ne le laissez pas faire !
Soudain, Il eut l'impression de recevoir un seau d'eau glacée à la figure. Il releva la tête. La première chose qu'il vit fut un visage regardant à travers les barreaux d'une porte de cellule. C'était un visage vaguement familier, avec des yeux noirs, profondément enfoncés, et de longs cheveux noirs encadrant un visage grave.
Il se secoua et détourna le regard du prisonnier. Un des aurors se tenait devant lui, lui tendant du chocolat. « Tenez, mangez ceci, Mr Croupton. Nous les avons fait quitter ce couloir. Ils ne vous dérangeront pas, vous et votre femme, pendant que vous rendrez visite à votre fils. Nous serons ici au bout du couloir, pour nous assurer qu'ils ne reviennent pas. Nous leur avons donné le parchemin expliquant que c'est une affaire officielle du ministère. Mais on ne sait jamais. Nous avons amené plein de chocolat, par précaution. »
Du chocolat. Il aurait du penser à cela. Il aurait dû amener une réserve de chocolat que sa femme puisse manger. « Vous en avez d'autre ? » demanda-t-il. L'auror acquiesça et en sortit une grosse tablette de sa poche. Barty Croupton le remercia d'un signe de la tête et prit le bras de sa femme, sentant le regard du prisonnier sur lui, mais se forçant à l'ignorer. Il suivit l'autre auror à la cellule de son fils et attendit que la porte soit ouverte.
Quand il entra, sa femme lourdement appuyée sur son bras, il ne vit pas son fils d'abord. Puis il le localisa, en boule dans un coin, frissonnant, ayant l'air d'une pile de chiffons. C'est mon fils ? pensa-t-il, horrifié. Et pourtant, il savait qu'il avait fait ce qui devait être fait. Il n'aurait pas pu montrer de préférence envers son fils devant la cour. Il n'y avait rien sinon des preuves contre lui, le témoignage de l'un des garçons, et aucune preuve en sa faveur, personne pour lui donner un alibi, ou même pour avoir un témoignage favorable sur sa personne. Ce n'était pas comme s'il n'avait pas essayé. Il était allé voir de nombreux anciens camarades de maison de son fils, de Serdaigle, et tous avaient dit qu'ils ne l'avaient jamais aimé et qu'ils n'avaient pas l'impression de le connaître. Si on leur demandait de citer le nom d'anciens élèves qui auraient pu se tourner vers celui dont on ne doit pas dire le nom, il n'auraient pas nécessairement inclus son fils, mais si on leur demandait s'il était un mangemort, ils ne disaient pas automatiquement « Non, bien sûr que non ! »
Il s'avéra assez simple d'administrer le polynectar à sa femme et à son fils, et d'échanger leurs habits. Après avoir chacun bu un petit peu de potion dans le bouchon des flasques, Barty redistribua la potion en remplissant la flasque qui allait rester derrière, comme son fils en avait besoin de seulement assez pour regagner la terre, tandis que sa femme en avait besoin d'autant que possible. Chacun s'arracha quelques cheveux pour les donner à l'autre, pour ajouter à la potion après. Ils s'embrassèrent, mère et fils, et c'était étrange de penser que la personne qui ressemblait à sa femme était son fils, et vice versa.
Non ! Mère, non ! Je ne l'ai pas fait, je ne l'ai pas fait, je ne savais pas ! Ne m'envoyez pas là-bas, ne le laissez pas faire !
Bien, elle a fait ce que son garçon lui demandait, n'est-ce pas ? Y a-t-il jamais eu mère plus dévouée ? Barty la regarda, arborant le visage de leur fils. Il se pencha en avant et embrassa le front pâle bordé par les cheveux paille, juste comme ceux de sa mère. Elle leur fit un signe de la tête et alla se rasseoir dans le coin, le chocolat qu'il lui avait donné sous sa robe sale.
Quand les aurors vinrent les faire sortir, ils ne cillèrent pas. Son fils, jouant le rôle de sa propre mère, s'appuya lourdement sur le bras de son père, juste comme sa mère avait fait. Barty regarda stoïquement droit devant, souhaitant avoir eu plus de chocolat, sentant encore le regard du prisonnier au cheveux et aux yeux noirs debout dans sa cellule. Il fut content quand ils atteignirent à nouveau la grotte et furent sur le chemin du retour à Banff. En route, il tendit une flasque à sa 'femme' quand elle commença à avoir l'air un peu bizarre à un moment, en disant. « Tiens, chérie, je crois que tu as besoin d'une goutte de cela. » Son fils avait pris la flasque et subrepticement glissé un cheveu de sa mère dans le capuchon, le remplissant de potion et le buvant.
Barty Croupton ne respira pas avec aise jusqu'à ce qu'ils soient de retour chez eux, la porte fermée. Il mit son fils au lit dans sa vieille chambre, et s'assit pour le regarder pendant qu'il dormait, clignant des yeux quand la potion perdit effet et qu'il vit à nouveau son fils devant lui. Jusqu'à ce moment, il n'était pas vraiment sûr de l'avoir fait. Il avait aidé son fils à s'échapper d'Azkaban. Le dernier souhait de sa mère. Lui, Bartemius Croupton Senior, anciennement considéré comme prochain ministre de la magie, avait commis un acte de haute trahison, il avait enfreint la loi des sorciers…
Bien, pensa-t-il, sortant sa baguette, je vais encore le faire, n'est-ce pas ? Il sortit sa baguette au moment où son fils se réveillait. Barty tenait la cape d'invisibilité dans son autre main, et l'elfe de maison était à l'entrée de la pièce, prête à faire son devoir. Elle avait déjà reçu des instructions détaillées concernant les soins et la garde de son fils.
Il savait que d'une certaine manière, la vie que son fils allait avoir n'allait pas être mieux qu'à Azkaban. Il n'aurait pas de travail, aucune chance de se marier et d'avoir des enfants, ou même des amis. Ses journées seraient limitées à se cacher et à se promener dans la maison sous une cape d'invisibilité. Ce ne serait pas une vie normale. Mais d'un autre côté… Il n'y avait pas de détraqueurs ici, et Barty n'aurait pas à regarder sa femme mourir de chagrin.
C'était pour le mieux, et personne n'aurait jamais besoin de savoir. C'était Impardonnable, oui, mais il avait lui-même donné aux aurors la permission d'utiliser les Sorts Impardonnables sur les mangemorts dans les circonstances extrêmes, sans qu'il y ait de suites. Même si le nouveau responsable des forces de l'ordre magiques avait changé cette règle, sûrement que ceci pouvait être qualifié de circonstance extrême.
Pas que quiconque allait jamais découvrir.
Barty Croupton inspira, regardant dans les yeux de son fils, qui étaient un miroir des siens.
« Imperio! »
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Lundi 15 Décembre 1982
Bill froissa le parchemin dans sa main, les vents du désert lui fouettant le visage. Il avait laissé pousser ses cheveux depuis qu'il était arrivé en Égypte, il y a six mois, et maintenant, il les attachait habituellement en queue de cheval. Cela n'empêchait cependant pas le sable d'y aller. Il changea soudain d'avis et essaya de lisser le parchemin à nouveau, mais cela s'avéra difficile avec le vent. S'impatientant, il pointa sa baguette dessus, et il fut à nouveau plat et rigide. Il relut la lettre de Charlie.
Cher Bill,
Je pensais juste que tu aimerais savoir que Juliet va avoir un bébé. Elle et Brendan sont enchantés par cela. Selon la sage-femme, c'est une fille. Je serai en quelque sorte un oncle pour elle, a dit Juliet. C'est étrange qu'elle soit avec lui, mais je reconnais que je m'y habitue.
J'espère que tu as passé de bonnes vacances. Papa et maman disent que tu ne prévoie pas non plus de rentrer à la maison. Je leur ai déjà dit que je reviendrai à coup sûr pour ma sixième année en septembre prochain. Après les BUSEs, j'avais vraiment besoin de décrocher un moment. Quelques uns de mes amis de l'école sont partis en juin dernier et ont déjà commencé à travailler. Je suppose que cela ne me réjouissait pas trop de ne retrouver ni toi ni mes amis là-bas. Mais après avoir travaillé ici à la réserve ces trois derniers mois, l'école me manque en fait. Même Binns. Je n'aurais jamais pensé dire cela.
C'est un travail dur, plus dur que je ne l'aurais imaginé. Je pense quand même que c'est ce que je voudrai faire. Et Brendan dit qu'il me donnera un superbe lettre de recommandation quand je finirai l'école et que je voudrai aller travailler dans une réserve quelque part. Dans le futur, cependant, je pense que je resterai en Europe. Six mille miles de la maison pourraient aussi bien en être soixante mille. Nous sommes au milieu de nulle part, aussi, comme les dragons ne peuvent pas trop se rapprocher des villes moldues. Il n'y a pas de réseau de cheminette pour le transport ou les conversations ici, et même les chouettes doivent parcourir d'énormes distances avec le courrier. On utilise des faucons pèlerins le plus souvent. Ca me fait penser à ce vieux Peregrin Booth. Comment va-t-il ? Tu as des nouvelles de tes anciens camarades ?
Ne laisse pas les gobelins te mettre en colère. Ils ont l'air assez méchants. Je pense que je m'en tiendrais aux dragons. Au moins je peux leur lancer un bon maléfice quand ils deviennent ennuyeux. Réponds moi vite.
Ton frèreCharlie
Bill plia le parchemin proprement cette fois et le mit dans la poche de sa robe. Le soleil se couchait sur le désert, le froid de la nuit commençait à s'installer. Juliet va avoir un bébé. Elle et Brendan sont enchantés par cela.
Initialement, Bill avait été choqué que Charlie veuille quitter l'école après sa cinquième année pour étudier les dragons. Puis Charlie avait décidé d'aller dans la réserve où Juliet travaillait, et il avait lui avait écrit pour lui annoncer le mariage de Juliet.
Deux mois. Elle s'était mariée avec lui en le connaissant depuis deux mois. Bill n'arrivait toujours pas à y croire. C'était irréel, comme regarder la vie de quelqu'un d'autre s'écrouler. Cela ne pouvait pas lui arriver à lui, pas vrai ? Juliet était mariée. Elle était sortie de sa vie. Elle allait avoir le bébé d'un autre homme.
Il commença lentement à descendre les marches du temple où il s'était tenu. Un groupe d'autres briseurs de sortilèges était assis autour du feu magique pourpre à la base du temple. Une rafale de vent souleva du sable autour de lui, et il ferma instinctivement la bouche, afin de ne pas en avaler. C'est tout aussi bien, pensa-t-il en louchant dans le vent sableux. Il n'était pas prêt à se pose, mais de toute évidence, Juliet l'était. Il avait pensé qu'ils étaient intéressés par les mêmes choses, mais il s'était avéré qu'il avait eu complètement tort.
Il regarda la lune s'élever sur le désert, au milieu d'une foule d'étoiles, et il referma sa robe sur lui pour ne pas avoir froid. Un des sorciers assis autour du feu avait commencé à jouer une mélodie étrange sur une flûte primitive, et le son semblait très fort dans l'air de la nuit.
Peut-être qu'un jour, il trouverait quelqu'un comme Juliet, et qu'il se poserait. Un jour. Mais aujourd'hui, ici et maintenant, ce moment semblait très loin. Et pourtant… C'était très dur de ne pas penser à ce qui aurait pu être. La vie qu'il aurait pu avoir avec Juliet.
Il leva les yeux vers le ciel, s'éloignant négligemment du feu de camp. D'une certaine manière, il avait l'air plus grand ici, au-dessus du désert, qu'il ne l'était chez lui. Le croissant de la lune passa au-dessus de pyramides distantes, argentant leur sommet. Bill déglutit, surpris de se trouver si immobilisé à la nouvelle que Juliet allait avoir l'enfant d'un autre homme. Cela n'était pas sensé être ainsi, pensa-t-il. Rien de tout cela. Alex Lowell n'était pas sensé être à Ste Mangouste, ses sœurs n'étaient pas sensées se volatiliser, Orville n'était pas sensé être tué dans l'explosion d'une confiserie, Lily et James n'étaient pas sensés être assassinés et laisser leur petit enfant orphelin. Juliet était sensée être à son côté.
Bill continua à regarder le ciel un long moment, tandis que la flûte entonnait une mélodie qui semblait presque faire partie du désert, une chanson si naturelle mélangeant à la fois le regret et l'espoir. Il inspira une grande goulée d'air en frissonnant, content que les autres ne puissent pas voir son visage, ne puissent pas connaître sa douleur…
Les étoiles étaient basses et brillantes dans le ciel, tremblant au rythme de la musique, et tellement pleines de promesses qu'il dut pleurer.
THE END
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Notes de l'auteur : Les paroles que Barty Croupton, Sr. Entend quand les détraqueurs s'approchent trop près de lui sont celle du JKR, chapitre trente de la Coupe de Feu. Si vous vous demandez qui est le prisonnier qui regarde Croupton entrer et sortir de la prison, relisez le chapitre vingt-sept de la coupe de Feu.
