Chapitre IX/
- J'aurais quelques questions à te poser.
La seule vue d'Arthur suffit à faire bouillir le sang de Stéphane. Il vit se dessiner sur ses lèvres ce qu'il prit pour un sourire moqueur et ce fut la goutte de trop. Il se précipita sur lui et le prit par le col en disant d'un ton menaçant :
- Tu es en très mauvaise position pour faire le malin ! Je sais que c'est de ta faute si Nicola a disparu. Tu vas me dire immédiatement où il est et le laisser repartir avec moi !
Non seulement Arthur n'essaya pas de se défendre mais il trouva encore le moyen de répondre très calmement :
- Parce que tu t'imagines que je le séquestre ? C'est de son plein gré qu'il reste avec moi. Et d'après ce qu'il m'a raconté, c'est de ta faute s'il est parti !
Stéphane cilla et desserra un peu sa prise. Arthur en profita pour se libérer mais resta bien campé devant lui, les mains dans les poches :
- Je ne lui ai pas fait de mal. Enfin, pas trop j'espère…
Stéphane se raidit et s'écria :
- Comment ça « pas trop j'espère » ?! Tu cherches vraiment les ennuis ou quoi ?
Arthur lui attrapa les bras avant qu'il ne l'agrippe à nouveau et les abaissa d'un geste sec :
- Pour les détails, tu lui demanderas !- sa voix s'adoucit- C'est vrai que j'ai beaucoup de torts envers lui.- il détourna les yeux- Je crois…qu'il est amoureux de moi.
Stéphane lui jeta un regard noir :
- Abruti…c'est maintenant que tu réalises ? Il est amoureux de toi depuis ce putain de jour où vous vous êtes croisés sur le Pont-Neuf ! Il n'a plus jamais été le même depuis, c'est pour ça que je m'inquiétais. J'ai jamais pu te sacquer. Et après ce que j'ai vu tout à l'heure, je trouve que j'ai eu plus que raison de me méfier de toi !
Le jeune blond rougit et releva vers Stéphane un regard affolé. Ce dernier se dégagea brutalement de ses deux mains qui lui serraient les poignets.
- Tu as vu…commença Arthur.
- Je t'ai vu avec ce vieux chauve, confirma Stéphane d'une voix glaciale. Paul Verlaine hein ? Nicola est au courant ?
Arthur avait le visage défait.
- Non, pas encore…murmura-t-il. Je ne savais pas comment lui dire. Je sais qu'il souffrira et je m'en veux tellement pour ça… Je lui dois tant. Grâce à lui…
Il ne finit pas sa phrase comme incapable de trouver les mots justes. Il croisa nerveusement ses bras sur sa poitrine avant d'ajouter :
- Finalement, c'est bien que tu sois venu. Tu as raison en disant qu'il ne peut pas être heureux avec moi. Emmène-le et prend soin de lui. Il est fragile.
- Je le sais, déclara Stéphane déconcerté par la soudaine coopération d'Arthur. Mais pourquoi tu… ?
Arthur fit un sourire mélancolique :
- Je vais partir avec Paul. On a décidé ça aujourd'hui.
Stéphane s'efforça de ne pas penser à la frêle jeune femme du marché qui était loin de se douter de ce qui allait lui tomber dessus.
- Tu l'aimes ce type ? Je te demande ça pour savoir si Nicola doit souffrir pour une bonne raison.
Arthur se mordit les lèvres d'un air coupable :
- Oui je l'aime. Le pire c'est que c'est grâce à ton frère. Il m'a changé. Crois-moi ou pas, je l'adore Nicola et si je pouvais faire quelque chose pour lui éviter toute peine je le ferais.
- Mouais…
Stéphane soupira :
- Bon, qu'est-ce que je fais alors ?
- Je vais t'emmener le rejoindre et le convaincre de rentrer avec toi. Je vais m'arranger pour tout lui expliquer. Si ça peut te rassurer, je vais disparaître de sa vie.
Stéphane ne dit rien mais il était évident qu'il le souhaitait de tout son cœur. Arthur lui tourna le dos :
- Suis-moi.
Les deux homme n'échangèrent pas un mot durant tout le trajet. Arrivé devant la porte, Arthur s'effaça pour que Stéphane entre d'abord.
- Vas-y et ne le brusque pas.
Le cœur battant, Stéphane poussa la porte grinçante. Il appréhendait beaucoup la façon dont il serait accueilli. Et si Nicola lui en voulait toujours ?
Dés qu'il fut à l'intérieur, il fut tout de suite agressé par la forte odeur de peinture qui emplissait les lieux. Debout un chevalet, Nicola lui tournait le dos et peignait avec vigueur une grande toile que Stéphane ne regarda pas. Quand Nicola posa son pinceau et recula un peu pour observer son travail, Stéphane lança d'une voix hésitante :
- Nicola…
Le peintre, surprit, se retourna vivement :
- Stéphane ?! Mais qu'est-ce que tu fais là ?
Son frère eut un véritable choc en voyant l'état de l'artiste. Nicola avait l'air encore plus pâle et maigre que d'ordinaire. Ses habits tachés pendaient tristement sur son corps et ses yeux étaient cerclés de grosses cernes. Il ne s'était pas coiffé depuis des lustres et un début de barbe assombrissait ses joues. Le seul point positif fut qu'il lui sourit en disant d'une petite voix :
- Je suis contente de voir !
Bouleversé, Stéphane s'approcha de Nicola et le prit doucement dans ses bras. Dieu qu'il était maigre ! Il n'osait même pas serrer plus fort par peur de lui faire mal. Il caressa la tête en pagaille qui s'était posée sur son épaule et sentit toute l'angoisse de ces derniers jours s'évaporer.
- Tu vas bien ? Si tu savais comme je me suis inquiété. Tu ne m'as donné aucune nouvelle.
- Pardon…Je n'aurais pas dû faire ça. J'étais…
Soudain, Nicola se mit à tousser, tousser sans pouvoir s'arrêter. Il glissa à terre aux pieds de Stéphane qui s'affola et le prit par les épaules :
- Nicola, qu'est-ce que tu as ? Ca fait longtemps que tu tousses comme ça ?
Evidemment, son frère ne put répondre tout de suite. La crise finit pas se calmer et il releva la tête, souriant toujours malgré la pâleur de ses traits :
- Ca va…c'est pas grave.
- Pas grave ?! Tu es malade ! Je suis sûr que c'est l'air de cet endroit. Il n'y a aucune aération et tu respires ces effluves de peinture à longueur de temps ! Tu sais que c'est mauvais pour la santé !
- Peut-être mais… je ne pouvais pas laisser mon tableau.
Nicola prit son frère par le bras, le releva et le conduisit à la toile.
- Viens voir. Je veux ton avis.
A présent, Stéphane était un peu plus disposé à faire attention au tableau. Lorsque son regard se posa dessus, il se sentit figé sur place tant cette toile était extraordinaire. Ce n'était ni de la figuration basique, ni de l'abstrait. Nicola avait fait quelque chose d'intermédiaire et de fascinant. Ce tableau était né de son amour. On y reconnaissait Arthur, sa figure se confondant dans un hallucinant bleu sombre aussi profond que la nuit. Ajouté à cela, un jeu de lumière lunaire subtil entre douceur et éclat qui rappelait un peu des étoiles filantes traversant la toile. Stéphane n'aurait pas pu le décrire mieux que cela car c'était tout bonnement de la magie. Au fond, seul importait l'impression produite et cette dernière était suffisamment forte pour se passer de commentaire.
Pendant qu'il regardait, Nicola signa le tableau et se retourna, visiblement satisfait :
- Je l'ai fini. Qu'est-ce que tu en penses ?
- C'est…c'est un chef d'œuvre. C'est absolument magnifique, je peux pas dire mieux.
Nicola sourit et vint se placer à côté de lui.
- Tu as compris la raison de ce tableau. Je l'aime…
Le cœur de Stéphane se serra à l'idée de ce que Nicola allait bientôt découvrir. Le peintre fut à nouveau prit d'une quinte de toux :
- Je sais… que tu le détestes. Mais je voudrais…
- On en parlera plus tard… intervint Stéphane en lui tapotant le dos pour essayer de le calmer. Le plus important est tu sortes d'ici. Reviens à la maison s'il te plaît.
La toux se calma.
- Je veux bien revenir, dit Nicola en respirant un grand coup. Mais je veux voir Arthur.
- Je suis là Nicola.
Arthur pénétra dans la pièce, l'air neutre comme s'il venait d'arriver. Nicola se précipita vers lui.
- Arthur, tu n'es pas vexé si je rentre ?
Le blond lui caressa la joue du pouce :
- C'est moi qui aie amené ton frère ici. C'est mieux pour toi que tu rentres chez toi car cet endroit ne te réussit pas.
- Mais et toi ? Je trouve que tu as l'air bizarre…
Le sourire de façade d'Arthur fondit. Il prit la tête de Nicola à deux mains et l'embrassa sur le front :
- Nico… pardonne-moi pour ce que je vais faire.
- Pourquoi tu m'embrasses comme ça ? demanda Nicola d'une voix tremblante.
D'un geste vif, il prit Arthur par la nuque et scella ses lèvres aux siennes. Il sentait bien que quelque chose ne tournait pas rond et ce baiser devait servir à le rassurer. Mais lorsqu'il sentit Arthur répondre avec une douceur inhabituelle, son inquiétude augmenta. Il se sépara de lui et vit une grande tristesse dans les yeux du poète.
- Je suis tellement désolé Nicola…. Je t'ai fait perdre ton temps. Si tu le peux, j'aimerais vraiment que tu m'effaces de ta mémoire.
Nicola vacilla et s'agrippa à lui en criant :
- Qu'est-ce que tu me racontes ? Ca veut dire quoi tout ça ? Arthur !
Arthur baissa la tête et avoua :
- Je vais partir.
- Sans moi ? Tu m'avais promis qu'on voyagerait ensemble !
- Je sais…
Arthur prit Nicola par les épaules tandis que celui-ci s'accrocha désespérément à sa chemise. Stéphane, anxieux, ne savait pas quoi faire mais un coup d'œil d'Arthur lui fit comprendre qu'il ne devait pas intervenir tout de suite. Arthur prit sa voix la plus douce pour expliquer à son amant :
- Ecoute-moi, j'aurais du te le dire avant. J'aime quelqu'un d'autre.
Nicola émit un bref sanglot et serra les dents :
- Répète-moi ça en me regardant dans les yeux !
Arthur sembla faire un grand effort et plongea son regard dans les yeux remplis de larmes du petit brun.
- Je suis amoureux de quelqu'un d'autre et je vais partir avec lui. Tu peux me hair, je l'ai mérité. Je sais que tu m'aimes toi et je t'ai laissé faire…
Les mains de Nicola se crispèrent encore plus et il baissa la tête au point que son visage touchait l'épaule d'Arthur. Ne voyant plus son expression, Arthur trouva la force de continuer d'une voix sans timbre en lui caressant le dos :
- C'est quand je t'ai vu peindre ce tableau que j'ai compris le mal que j'avais fait. Je n'ai pas d'excuse. S'il te plaît, retourne chez toi et deviens un grand peintre. Je sais que tu en as le talent. Et tu es… quelqu'un de génial…
Nicola ne réagissait pas et Arthur paraissait ne plus pouvoir supporter la situation. Il n'osait pas regarder Stéphane qui, immobile un peu plus loin, observait la scène avec angoisse. Il détacha avec précaution les mains froides de Nicola et lui murmura un « au revoir » au creux de l'oreille. Puis, avant que le peintre ait pu faire un geste, il se détourna et sortit de la pièce en courant.
Nicola avait à peine réalisé ce qu'il se passait. Mais le bruit des pas qui s'éloignaient lui fit un tel choc qu'il se redressa d'un coup et voulut s'élancer à la poursuite d'Arthur. Mais deux bras l'enserrèrent fermement et le retinrent. Son cœur éclata alors en mille morceaux e il se mit à hurler comme si sa vie en dépendait :
- ARTHUR !
- Nicola, je t'en supplie calme-toi ! implora la voix affolée de Stéphane.
- NON ! Lâche-moi, il faut que je le retrouve !!!! ARTHUR !
Nicola se débattit si violemment qu'il finit par donner un coude de coude dans l'estomac de son frère qui, sous la douleur, lâcha son étreinte. Il en profita et s'enfuit.
- Nicola !!
Stéphane se mit aussitôt à sa poursuite, gémissant sous la douleur lancinante qui l'empêchait de courir très vite. D'ordinaire, il aurait été plus rapide que Nicola mais cette fois, il ne put que faire de son mieux pour ne pas le perdre. Nicola courait droit devant lui, à l'aveuglette, uniquement guidé par le chagrin. Stéphane ignorait même s'il savait vraiment où il allait d'autant plus qu'Arthur s'était volatilisé. Dans leur course folle, les deux frères ne remarquèrent pas tout de suite, le coup de folie qui avait éclaté dans la ville.
Soudain…BANG ! Un coup de feu ramena brutalement Stéphane à la réalité. En quelques minutes il se retrouva pris dans un véritable torrent de gens en furie, armés et descendaient la rue vers un barrage de soldats dont les mousquets étaient pointés sur eux. Au milieu des hurlements, un air s'élevait menaçant :
On traque, on enchaîne, on fusille
Tout ce qu'on ramasse au hasard
La mère à côté de sa fille
L'enfant dans les bras du vieillard
Les châtiments du drapeau rouge sont remplacés par la terreur
De tout les chenapans de bouge
Valets de rois et d'empereurs.
Stéphane, qui avait à peine suivit l'actualité du moment, n'apprit que bien plus tard ce qu'il se passait alors. Ce qui serait surnommé « la Semaine Sanglante » venait de commencer.
Pris dans la foule rugissante, il ne voyait plus Nicola et il entendait toujours des coups de feu. Lorsqu'il buta sur un cadavre dont la tête avait été transpercée d'une balle, la panique l'envahit :
- Nicola ! Nicola ! appela-t-il désespérément.
Il puisa dans l'énergie qu'il lui restait pour courir, bousculer, chercher, crier de tous les côtés. L'odeur de la poudre et le sifflement des balles accroissaient la violence de la foule et sa peur à lui. C'est alors qu'avec un frisson d'horreur, il aperçut Nicola qui cherchait à se frayer un chemin là où la foule était moins compacte…en première ligne.
- Nooooon !!! Nicola reviens ici !
Une salve de tirs… Nicola pila net. Vacilla. S'effondra. Stéphane sentit tout son sang refluer vers son cœur. Il se précipita vers son frère, tout danger oublié. En face, les soldats rechargeaient leurs fusils pour une nouvelle décharge. Stéphane se jeta à terre près de Nicola dont le côté gauche était taché de sang.
- Stéphane !
Comme un automate, il releva la tête et vit apparaître la figure de Desmoulins qui tenait un fusil :
- Merde Nicola !
Il lui prit le pouls et dit précipitamment :
- Il est toujours vivant. Prends-le et fichez-le camp d'ici vite !
Il attrapa le corps de Nicola et le mit dans les bras de Stéphane. Mais ce dernier, sous le choc tardait à bouger.
- Dépêche-toi nom de Dieu ! Ils vont tirer !
Cette dernière phrase secoua Stéphane. Il souleva péniblement son frère et s'enfonça dans la foule qui hésitait à avancer devant les fusils à nouveau braqués. Heureusement, les gens s'écartaient facilement en voyant que Stéphane portait un blessé. Le jeune homme, hors d'haleine, marcha le plus loin possible et finit par s'éloigner de la zone de combat. Il arriva dans une rue dévastée dont les pavés rougis et les corps témoignaient de la tempête qui y était passée. Bientôt, il n'en put plus et tomba, à moitié évanoui avec Nicola toujours inconscient.
Au bout d'un moment, il se redressa. Nicola perdait une grande quantité de sang. Il lui fallait un médecin au plus vite. Mais il n'avait plus la force de le porter et il était hors de question de laisser là en entendant de ramener quelqu'un. Il se sentit perdre la tête et se mit à crier :
- A L'AIDE ! UN BLESSE ! A L'AIDE !
Sa propre voix lui était insupportable. Il poussa un gémissement de désespoir. Personne ne viendrait et Nicola allait mourir. Il le prit dans ses bras et se mit à pleurer en sentant le sang de son frère couler sur ses doigts.
- Stef…murmura une voix très faible.
Stéphane ouvrit les yeux et vit que Nicola avait repris connaissance. Cependant il pâlissait à vue d'œil et souffrait visiblement.
- Pardon grand frère…Je t'avis promis…
-Chhhht, garde tes forces…Tiens bon, tu vas t'en sortir.
Nicola lui fit un sourire encore plus triste que des larmes. Stéphane, que le réveil de son frère avait revigoré, le souleva, passa un bras autour de ses épaules et le remit tant bien que mal sur ses pieds. Nicola gémit de douleur mais il fit un gros effort pour se tenir sur ses pieds.
- Courage Nico…on va rentrer à la maison et j'irai chercher un médecin. Ca ira bientôt mieux je te le promet.
Cahin-caha, les deux frères parcoururent péniblement la distance qui les séparait de leur immeuble. Ce fut un véritable chemin de croix pendant lequel Stéphane dut parler sans cesse à Nicola pour éviter qu'il ne s'évanouisse. Celui-ci ne répondait plus qu'en pressant sa main sur celle de son frère accrochée à sa taille. Lorsque enfin ils arrivèrent, la vieille concierge poussa un cri en les voyant :
- Seigneur Dieu, que s'est-il passé ?
- Aidez-nous s'il vous plaît ! implora Stéphane. Mon frère est gravement blessé, il faut appeler un médecin !
- Dans votre état, vous n'arriverez jamais à le transporter là-haut. Je vais vous aider.
Bravement, elle prit les jambes de Nicola, Stéphane se chargea des épaules et ils le portèrent jusqu'au troisième étage et le déposèrent sur son lit. Le jeune homme s'était à nouveau évanoui. La concierge courut chercher du secours pendant que Stéphane essayait tant bien que mal de limiter la perte de sang avec des bandages improvisés.
Une heure passa et la concierge n'était toujours pas revenue. Pourtant Stéphane s'accrochait à chaque respiration de Nicola, refusant l'inacceptable. Son frère allait se battre jusqu'au bout et il s'en sortirait. Cela dura jusqu'à ce que les cloches de l'église voisine sonnent quinze heures. Cela faisait maintenant deux heures qu'ils attendaient. Soudain, un horrible frisson secoua Stéphane dans toutes les fibres de son corps. Un pressentiment funeste envahit son cœur comme un gros nuage noir. C'est à ce moment-là que Nicola reprit conscience et tourna vers lui un visage paisible.
- Nicola murmura Stéphane. Comment tu te sens ?
- Je n'ai plus mal. C'est étrange.
La gorge nouée, Stéphane prit une éponge imbibée d'eau et la passa doucement sur le visage du blessé pour en retirer la poussière.
- Le médecin est en route. Ne t'inquiète pas.
Nicola sourit.
- Tu sais, il ne faut pas lui en vouloir. A Arthur. Moi je ne lui en veux pas.
Stéphane ne répondit pas.
- Où est mon tableau ?
- Resté là-bas…
- Il faudra que tu le récupères. Heureusement que je l'ai fini. Tu le remettras à Desmoulins dis ? Mais attends une bonne semaine pour que la peinture sèche. J'espère que ça va lui plaire.
- Tu le lui donneras toi-même ! répliqua Stéphane dont les yeux débordèrent de larmes. Et…tu vas avoir un putain de succès ! Et…ne parles comme ça merde !
Stéphane lâcha ce qu'il faisait et enfouit son visage dans ses mains luttant comme un fou pour retenir ses sanglots. Il sentit la main de Nicola sur sa tête et l'entendit murmurer d'une voix tremblante :
- Je suis désolé de te faire ça Stef ! Je t'en ai tellement fais voir et tu as été toujours été là… Tu mérites tellement mieux que cette vie.
Stéphane tremblait et serra les poings pour se contenir.
- Arrête de t'excuser. Tu ne vas rien me faire. Tu vas vivre… C'est mon rôle d'être là pour toi… J'ai jamais voulu autre chose que cette vie.
- Bien sûr que si. Le violon. Promets-moi que tu vas continuer à jouer, que tu n'abandonneras jamais.
- Bien sûr que non. Je te jouerais encore plein de trucs.
Un moment de silence passa pendant lequel Nicola garda les yeux fixés sur le plafond. Stéphane se mourait d'angoisse mais faisait son possible pour ne pas inquiéter son frère. Et cette conne de concierge qui ne revenait pas ! Mais Nicola était plus robuste qu'il en avait l'air. Il avait tenu tout ce temps, l'espoir était encore permis.
- Stef ?
- Hmmmm ?
- Tu pourrais jouer du violon pour moi ?
- Maintenant ? Tu es sûr que c'est le bon moment ? Je préfère m'occuper de toi et attendre que tu ailles mieux.
Nicola ferma brièvement les yeux et dit d'une voix douce :
- S'il te plaît. Tu ne peux rien faire de plus, n'essaie pas de me faire croire le contraire. Ta musique me fait du bien par contre.
Stéphane avait la nausée mais il n'eut pas le cœur de refuser. Il alla chercher son violon mais lorsqu'il plaça l'instrument sur son menton, il fut frappé d'un malaise si intense qu'il resta figé pendant plusieurs secondes.
- Quelque chose ne va pas ? demanda Nicola dont les lèvres étaient livides.
- Non, c'est rien…
Les doigts de Stéphane tremblaient tant qu'il doutât de sa capacité à jouer. Toutefois, il posa l'archet sur les cordes et la musique s'éleva doucement dans la petite chambre. Il s'agissait d'une ballade de Schumann mélodieuse et réconfortante. Elle apaisa Stéphane et celui-ci lui confia, pour un instant, sa peur. Il s'abandonna et laissa le violon chanter pour son frère.
Nicola se sentait bien, léger. La musique qui coulait du violon le berçait comme s'il était allongé sur une vague qui l'emmenait, l'emmenait très loin… La silhouette du musicien l'accompagnait. Il se noyait dans un bleu aussi profond que la nuit, traversé d'étoiles filantes. Les traits d'un visage se dessinèrent sur le ciel.
Il sourit.
Il ferma les yeux.
Pas tapeeeeeer !!! Il reste encore un chapitre mais merci d'avance à ceux qui ont lu !
