Chapitre 4
Harry ouvrit les yeux, Ron parlait dans son sommeil mais il ne parvenait pas à comprendre le moindre mot. Le manoir semblait calme. Ils devaient encore tous dormir. Il repensa aux deux derniers jours. C'était trop beau pour être vrai. Malgré tout le destin lui offrait la chance de connaître ses parents grâce à Katiouchka. Grâce à elle il avait entre les mains le journal intime de sa mère pendant ses sept années à Poudlard. Il allait connaître ses peurs, ses espoirs et ses envies. Il avait les objets qu'elle avait enfoui pour l'avenir, il avait les anecdotes les accompagnant. Il observa le dernier cylindre, celui portant le numéro sept, l'année où ses parents étaient finalement sortis ensemble. Ce denier tube était plein d'espoirs et Harry brûlait d'envie de l'ouvrir. Mais il voulait l'ouvrir avec Katiouchka, elle seule saurait lui expliquer l'histoire des objets qu'il y trouverait. Alors il prit le premier carnet de sa mère et le lu. Ca n'était pas du Shakespeare mais c'était clair et précis. Sa mère y exposait son arrivée à Poudlard, sa répartition et ses premiers cours. Harry rit beaucoup en lisant la description de chacun de ses professeurs. Puis il y avait eu la rencontre de Kat' qui était évidemment Katiouchka. Lily parsemait son récit d'anecdotes multiples sur son quotidien, une fois où deux sur James qu'elle trouvait effronté et qui un jour avait osé enfermer la chatte de Rusard dans une cage et l'avait mise sur le toit. Rusard n'avait pas trouvé le coupable mais James et Sirius n'avaient pas hésité à se venter de cela auprès de leurs camarades. Lorsque Ron se réveilla Harry avait fini ce qu'il appelait le 'premier tome' et le refermait en souriant.
- Tu es déjà réveillé ? s'étonna le rouquin.
- Oui, j'allais prendre mon p'tit déj'. Tu m'accompagnes, je suppose.
- Il ne sera pas dit que j'aurais manqué un repas !
Harry se sentait d'humeur joyeuse ce matin et c'est en rigolant avec Ron qu'il descendit manger. En chemin ils rencontrèrent Hermione qui semblait encore très endormie. Lorsqu'ils débarquèrent dans la cuisine, toutes les têtes se tournèrent vers Harry.
- Harry, Harry chéri, s'écria Molly, c'est affreux, si tu savais…
- Allons, intervint Katiouchka, ce n'est pas si terrible, il n'y a pas mort d'homme.
- Mais il y aurait pu…
- Si on se mettait à penser à tout ce qui aurait pu arrivé on ne s'en sortirait pas.
- Bon alors que s'est-il passé ? demanda Harry qui ne savait si Mme Weasley en rajoutait ou si Katiouchka prenait ça avec trop de légèreté.
- La maison des Dursley a été incendiée expliqua Remus, par chance il n'y avait personne.
- C'est Voldemort qui a fait ça ?
Les Weasley présents frissonnèrent à ce nom et Katiouchka acquiesça.
- Et que va-t-il se passer ? demanda Hermione.
- Dumbledore juge plus sage qu'Harry et moi quittions l'Angleterre. Nous partons pour un endroit inconnu pour une durée inconnue, nous rentrerons plus où moins près de la rentrée. Bien évidemment personne ne sera au courant.
Molly Weasley semblait au bord des larmes quand Harry descendit sa valise. Le garçon salua ses amis. Hermione le prit dans ses bras, lui conseillant d'être très prudent et lui assurant qu'elle penserait à lui à défaut d'être avec lui. Ron était aussi triste de son départ et cela était d'autant plus touchant qu'il tentait de ne pas le montrer. Remus serra Katiouchka contre lui, lui dit encore une fois combien il était heureux de son retour et attristé par son départ précipité et qu'il savait qu'elle saurait veiller sur le fils de leurs amis. Severus serra la main de la sorcière et lui souhaita bonne chance.
- Souhaite moi plutôt bonnes vacances, sourit la sorcière malgré tout touchée par ce geste de sympathie. D'ailleurs tu pourrais venir avec nous, un peu de soleil ne te ferrais pas de mal.
- J'ai beaucoup à faire ici, une prochaine fois peut-être.
- Pas tant que je serais en vie, murmura Harry à son meilleur ami qui éclata de rire.
Puis ils montèrent dans le break bleu et prirent la direction de la côte la plus proche. Quand ils furent assez loin d'un quelconque lieu habité ou fréquenté Katiouchka fit décoller la voiture. Par le toit ouvrant Harry pouvait apprécier la fraîcheur de cette matinée de juillet en passant au dessus de la manche. Ils s'étaient mis d'accord pour rejoindre dans un premier temps l'Italie en passant par la France. Ils y resteraient quelques temps avant de repartir, le but étant de se déplacer le plus possible sans logique pour qu'on ne puisse pas les suivre. Ils doutaient que des Mangemorts traversent le monde de long en large mais on n'était jamais assez prudent. A la fin de l'après-midi ils avaient atteint la mer adriatique. Harry nageait pendant que Katiouchka lisait un gros roman moldu sur la plage. Elle jetait constamment des regards aux alentours, suspectant toute personne plus ou moins étrange. Mais elle ne pensait pas que cette femme qui faisait du sein nu ou que cet homme enveloppé à l'horrible maillot de bain à fleurs soient des Mangemorts. Puis ils dînèrent dans un petit restaurant typique sur le bord de la plage où Harry fut ravi de manger la plus grosse pizza qu'il eu jamais vu. Quelques jours s'écoulèrent ainsi sous le soleil de l'Italie. Ils visitèrent quelques villes, quelques musées et se dorèrent sur les plages au sable brûlant. Pour la première fois de sa vie Harry se sentit comme un enfant normal, comme un sorcier normal. Il était en vacance, il profitait de la vie. Il en oublia presque le septième cylindre. Il avait le temps de l'ouvrir, pour l'instant il s'occupait avec les carnets des six premières années du moins quand il trouvait un moment dans son agenda chargé.
Puis ils s'envolèrent pour le Pérou sur un coup de tête, juste en voyant une brochure dans la vitrine d'une agence de voyage. Ils visitèrent les lieux les plus touristiques puis des villages isolés aux habitants chaleureux. Au cours de ses nombreux voyages Katiouchka avait apprit beaucoup de langages et dialectes et sans pouvoir faire de la grande littérature elle pouvait dialoguer simplement avec les gens de la plupart des pays. Elle avait acheté à Harry un appareil photo et le jeune homme s'en donnait à cœur joie en photographiant tout ce qu'il voyait. Leur dernière nuit au Pérou ils la passèrent au sommet du Machu Pichu. Assis sur les gros blocs de pierres ils discutaient tranquillement en regardant le soleil se coucher.
- C'est magnifique, dit Harry.
- Et si nous ouvrions le septième cylindre ?
- J'espérais que tu me dirais ça, dit-il en sortant les deux tubes de son sac. J'ai l'impression que c'est une pochette surprise !
- C'est l'idée. Bon alors qu'y a-t-il dans le tien ?
- Une photo de mes parents devant le lac de l'école, ils sourient en se tenant la main.
- C'est moi qui l'ai prise, le jour même où ils sont sortis ensemble. Ils étaient si heureux et nous, leurs amis, l'étions aussi. Nous attendions ça depuis si longtemps ! Il y a aussi un petit globe de verre, non ?
- Oui, avec à l'intérieur deux amoureux sur un banc.
- Retourne-le.
Harry fit ce que lui demandait la sorcière et il entendit son père. Il disait à Lily combien il l'aimait et elle riait, il riait à son tour. Harry retourna le globe plusieurs fois de suite, ne s'en lassant pas. Il observa le dernier autre objet dans le tube. C'était une petite statuette de bronze représentant un homme musclé, une simple serviette nouée sur les hanches. Harry était très perplexe quant à cet objet. Katiouchka par contre était morte de rire.
- C'est moi qui ai offert ça à Lily pour ses 17 ans, expliqua t-elle. Chaque année, en plus d'un vrai cadeau, je lui offrais l'objet le plus nul que je trouvais.
- Ca sert à quoi au juste ?
- C'est un réveil mais au lieu de sonner…
Katiouchka fut prise d'un fou rire et Harry attendit patiemment qu'elle se calme.
- …au lieu de sonner l'homme se met à chanter et si on ne l'éteint pas vite, la serviette glisse au sol. Ta mère était toujours très rapide à l'arrêter ! J'étais morte de rire dès que je la voyais se précipiter dessus !
- Et qu'y a-t-il dans ton cylindre ?
- Alors, il y a l'herbier complété par Lily et moi au cours de nos sept années. A chaque herbe collée il y a, en plus de tout un tas de renseignements inutiles, ce qui nous avait marqué le jour de la cueillette.
- C'est-à-dire ?
- Par exemple pour ce coquelicot polypier nous avons noté : « Severus Snape lance de fréquents regard dans notre direction. Je pense que l'on peut l'ajouter à la liste des amoureux de Lily. Moi je ne suis pas d'accord, rien ne prouve que c'est moi qu'il regarde. Bien sûr que si et si James s'en aperçoit il risque de se faire massacrer.»
- Je vois, c'est une sorte de petit dialogue entre vous.
- C'est ça. Alors qu'est-ce que j'ai d'autre ? Oh !
- C'est un magnifique collier. C'est une plume à l'intérieur ?
- Pas vraiment. C'est un fragment d'âme.
- Un quoi !
- Un fragment d'âme. C'est un cadeau très précieux qu'on offre à quelqu'un en qui on a entièrement confiance.
- C'est vraiment un morceau d'âme ?
- Oui, c'est une projection de l'âme qu'on emprisonne dans une gemme.
- Qui t'a offert ça ? Enfin si ce n'est pas indiscret.
- Sirius m'a offert une partie de son âme.
Un petit silence s'installa. Harry s'en voulait tellement de ce qui était arrivé à son parrain. S'il avait été plus prudent, plus réfléchi. Mais il ne servait à rien de se morfondre sur le passé quand l'avenir est si incertain. Katiouchka réfléchissait à ce voile derrière lequel il avait disparu. Pourquoi les gens étaient si certains de sa mort ? Y avait-il eu des précédents ? Il faudrait qu'elle se renseigne.
- Kat' ?
- Tu m'appelles comme ça maintenant ? s'étonna la sorcière.
- Je…enfin…j'ai lu que ma mère t'appelait comme ça alors…Je ne voulais pas t'offusquer…c'était….désolé…
- Ce n'est pas grave, ça m'a juste surprise. Seuls Lily et Sirius me surnommaient comme ça, les autres m'appelaient Kati. Mais toi tu peux aussi le faire si tu veux. Tu voulais me demander quelque chose ?
- Oui. Je me disais que tu devais être très proche de Sirius pour qu'il te fasse un tel cadeau et…enfin…
- Tu te demandais si nous étions sortis ensemble ?
Harry acquiesça, visiblement très gêné de la question qu'il voulait poser et que la sorcière avait si bien comprit.
- Et bien oui. Pendant deux semaines environ, expliqua Katiouchka. Mais nous ne nous aimions pas. Nous formions un couple très étrange et la plupart des filles me détestaient pour cela. Nous adorions passer du temps ensemble et sortir ensemble n'apportait rien de…d'intéressant à notre relation. Ca la compliquait juste, cela nous rendait plus…normaux. Nous nous comportions comme les autres couples et nous n'aimions pas ça. D'un commun accord nous nous sommes séparés et tout est allé tout de suite mieux !
- C'est vrai que je vous imagine mal Sirius et toi. Qu'en pensaient mes parents ?
- Ils ont mit deux semaines avant de voir que nous n'étions plus ensemble ! Ils étaient juste heureux pour nous du moment que nous l'étions.
Katiouchka ouvrit ensuite le dernier objet de son tube, une grosse enveloppe pleine de photos. Elles avaient été prises à Poudlard. L'on y voyait le château et les amis de la sorcière sous toutes les coutures comme si elle voulait garder la trace de chaque recoin de l'école. Il y avait Sirius et James, fiers dans leurs uniformes de Quidditch, tenant la coupe gagnée par Gryffondor. Une autre montrait Remus et Lily riant dans l'herbe, de gros livres ouverts devant eux. Katiouchka avait prit des photos de ses amis en histoire de la magie, visiblement à la fin de l'année. On voyait James a moitié assoupi sur sa table, Lily entortillant négligemment les cheveux du jeune homme autour de ses doigts. Il y avait Peter Pettigrow qui travaillait sur ce qui semblait être un devoir de potion. Et tout un tas de photo montrait Sirius faire le pitre devant l'appareil, sur certaines on ne voyait même que son dos car à se moment là il s'était jeté sur Katiouchka pour la chatouiller. Puis il avait dû prendre l'appareil car la jeune fille avait été mitraillée, alternant les grimaces avec les poses de top model ou d'élève consciencieuse.
- Toutes ses photos ont été prises dans nos derniers jours à Poudlard, expliqua la sorcière. Je pense qu'elles représentent bien notre groupe. Bon, maintenant au lit !
- Je peux les regarder encore avant de me coucher ?
- Bien sûr.
