Le marionnettiste

Titre : Le marionnettiste

Genre : Slash HP-DM en 7 chap (dernier chapitre)

Résumé : Qu'est-ce qui excite Harry ? Que ses amants portent des uniformes de fille. Maintenant, qu'est-ce qui excite Draco ? Harry Potter et ses fétichismes. Ajoutez un prof un peu voyeur…

Rating : M

Spoilers : Aucun

Disclaimers : Persos de JK Rowlings

Playlist conseillée pour ce passage / écoutée au moment de l'écriture : Erick Satie – Gymnopédie #1, Muse – Butterflies and Hurricanes, Luke – J'aurais aimé te plaire, Aaron – U-turn, Michel Polnareff – Gloria, Olivia Ruiz – La femme chocolat, Aston Villa – Un million de lézards, Muse, Unintended, OST Eternal Suhnshine of the spotless mind

Note : Utilisation de termes anglais : Hogwarts (Poudlard), professeur Snape (professeur Rogue), St Mungo ( Ste Mangouste), crucio (doloris), B&B (Bed & Breakfast – on loge chez l'habitant qui prépare également le petit déjeuner), Firebolt (Eclair de feu), polyjuice - polyjuicé (polynectar - polynectarisé, cad transformé par le polynectar)

RAR (pour celles/ceux dont nous n'avions pas les emails) :

Yukiko : on aime bien torturer nos persos lol à la lecture de ce chapitre, tu nous diras si tu as été déçues, d'acc ? ;-)

Elise : contentes que ça te plaise !

Doudli : si ce chapitre ne répond pas à tes questions, n'hésite pas à le dire, nous y répondrons avec plaisir.

Florentine : c'est le dernier chapitre et peut-être (ou pas hihi) l'heure des miracles... "Angst" signifie "angoisse existencielle", c'est lorsqu'il y a des drames.

Pour tout le monde : Meilleurs voeux pour cette nouvelle année et bonne lecture ! K & S


- Dans ton coeur -

Seul... Cela fait sept ans, deux mois et quatorze jours que tu es parti. Je me rappelle que ce matin était particulièrement doux pour un mois de novembre. Pas de nuages en vue, sinon ceux de nos cœurs, ni de pluie sinon celle de nos yeux. Tu t'es levé, déterminé. Tu as pris un petit déjeuner, silencieux. Tu t'es habillé et as fait tes bagages, calme. Tu es sorti sans un regard en arrière, insensible. C'est peut-être ça ta force. Moi… Moi j'ai couru derrière toi, hurlant du haut de mes 18 ans que je t'aimerais toujours quoi qu'il arrive et que tu n'oublies pas que j'étais ton mari pour le meilleur et surtout le pire. Mais là, le pire t'a enlevé à moi. Chaque matin j'attendais ton retour. Chaque soir je finissais par m'endormir, les yeux rougis. Aujourd'hui, j'ai presque 26 ans. Des hommes ont défilé dans mon lit. Dans le tien aussi. Nous nous évitons autant que possible. Nos collègues mettent ça sur le compte de notre rancœur datant d'Hogwarts. Notre haine est aussi notoire que Ronald Weasley, le capitaine des Cannons et de l'équipe de quidditch d'Angleterre, sacré meilleur gardien depuis trois années consécutives, qui a su monter une équipe victorieuse – ce qui ne s'était pas vu depuis 1892 !! – puis championne d'Angleterre, soit un héros vivant pour les Chudley Cannons et les supporters anglais !. Pourtant, tous ceux qui murmurent dons notre dos, nous qualifiant de puérils, rancuniers, mais-quand-vont-ils-cesser-de-se-détester-ces-deux-là, nous envieraient notre relation pré-nuptiale s'ils savaient.

Cette année, ça aurait été notre septième année de mariage. Pas le légal… le vrai, celui dans la salle de bains des Préfets quand nous nous sommes passés l'anneau des Black. Je ne connaissais pas son sens et si je l'ai mis comme une alliance c'était par provocation et pour t'amener plus vite dans mon lit. Pourtant c'est ce soir-là, le 3 janvier, que j'ai compris que je ne voulais plus te partager, que je te voulais dans mon lit et… dans mon cœur.

Je n'ai pas voulu divorcer suite à notre séparation. Je me suis obstiné. Je t'ai dit que je te quitterais lorsque tu me dirais que tu aimes à nouveau. Moi… ou un autre. Ce jour-là, je te laisserais partir, définitivement. Pas avant. Chaque 3 janvier, je t'envoie religieusement une fleur. Tu sais, ces petits boutons de fleurs qui s'ouvrent dans l'eau chaude et dégage leur arôme. Ce n'est pas un arôme que les miennes délivraient mais un message. L'espoir au début avec la chrysanthème rouge (« je suis amoureux »), l'arum (« En dépit des difficultés, ne perds pas courage »), le lilas mauve pour te dire « Mon cœur est à toi ». Pour ce qui aurait été notre quatrième anniversaire, le ton a changé avec le réséda – « J'aime et j'espère ». Puis vint le tour de la giroflée : « Je voudrais être près de toi ». L'année dernière, c'est une capucine qui s'est épanouie dans ton thé. La capucine comme « tu es indifférent. » Qu'en as-tu fait ? As-tu gardé les fleurs ? As-tu compris leur sens ? Cette année, c'est une fleur d'adieu. La pensée, pour que tu ne m'oublies pas. L'année prochaine il n'y aura rien. Les suivantes non plus. Oh ! Je ne me suis pas lassé mais il faut parfois savoir renoncer et tourner la page. Nous avons eu quatre mois de bonheur, puis pendant sept mois nous avons travaillé à notre couple pour lutter contre l'effet secondaire de la levée de la malédiction. Nous avons passé l'été à essayer de nous construire ou… nous reconstruire. En vain. Il ne me reste que les souvenirs… Ils errent dans mon cœur dévasté et s'évadent parfois dans mes larmes depuis sept longues années d'indifférence et de solitude.

Souvent je me demande pourquoi je me suis accroché à toi comme ça. Etait-ce ces quatre mois intenses qui ont bouleversé ma vie ? Les premiers temps j'espérais que tu reviendrais. Puis tes frasques sexuelles sont revenues à mes oreilles. Qu'étais-tu devenu ? La pute de l'école ? Pourquoi as-tu couché avec tous ces garçons seulement quelques jours après ton départ de notre nid ? Me faisais-tu payer mon impuissance ? T'aimaient-ils au moins ? Puis nous avons fini les cours et chacun de nous a poursuivi son chemin. Séparés. Toi dans les bureaux, moi sur les routes. J'aurais dû te quitter là. Mais je n'en avais plus la force. Ni l'envie. La faible brindille à laquelle je me suis raccrochée est devenue une habitude. Une mauvaise habitude. Peut-être est-ce aussi à cause de ce joli serpent autour de mon doigt. Mon fidèle compagnon de solitude sur lequel j'ai hurlé de rage, pleuré de désespoir des jours entiers. Je l'ai supplié de desserrer ses crocs acérés plantés dans mon doigt. Je l'ai supplié de partir. Mais il est toujours resté là, me rappelant tes sourires, tes soupirs, tes larmes de joie et de peine.

Finalement Snape a eu ce qu'il voulait. Il nous a brisés. Il a brisé son « ange » et son « démon » comme il nous appelait. Snape… Quand j'ai découvert qu'il était à l'origine de la malédiction, je l'ai haï comme jamais auparavant. Il n'avait pas le droit de nous faire ça, de te faire ça. Dès que j'ai su, je t'ai envoyé un hibou. S'il n'était pas mort, je l'aurais tué de mes mains. J'ai même cru que c'était toi qui l'avais fait.

Nous nous sommes vus à son enterrement. Encore une belle journée d'hiver ensoleillée. Il y avait les professeurs d'Hogwarts et d'autres sorciers, dont toi et tes parents. Moi j'étais en retrait. Ta mère a dû m'apercevoir car elle t'a dit quelque chose à l'oreille et tu t'es retourné vers moi. Nous ne nous étions pas vus depuis la fin de l'école d'Auror. Nos regards se sont croisés. Pour une fois, depuis très longtemps, ça n'était plus de la haine qui habitait ton regard. Mais une douleur sourde. Une douleur que je ressentais aussi et que je ne connaissais que trop bien. La douleur de s'être perdus toi et moi. J'ai fermé les yeux. Devais-je faire un pas vers toi ? Mais quand je les ai réouverts, tu ne me regardais déjà plus. J'avais peut-être rêvé. Tu ne m'as peut-être pas vu après tout. Alors je suis parti aussi discrètement que j'étais arrivé.

Revoir les professeurs d'Hogwarts et les anciens élèves m'a ramené à cette époque lointaine où nous-mêmes étudions là-bas. Ça n'était qu'un jeu d'adolescent de séduire le Prince des Slytherins. Un jeu cruel… Je n'ai eu que ce que je méritais et j'accepte mon châtiment. Pourtant, il ne se passe pas un jour où je ne regrette pas. Pas pour mon… « mariage. » mais parce que je t'ai enlevé ce qu'il y avait de plus beau et plus pur en toi. L'Amour. Ton cœur bat toujours mais dans le vide. Il ne ressentira plus l'ivresse de s'endormir dans des bras chaleureux. Moi non plus je ne ressens plus ça. Les hommes défilent indistinctement. Mon impuissance passagère m'a bloqué quelque temps. J'ai mis deux ans avant d'essayer à nouveau d'avoir des rapports sexuels. Tout allait bien avec les autres. Le problème, c'était toi, c'était nous. Ma sexualité est redevenue chaotique et agressive. Je n'ai pas eu de relations stables depuis. J'ai essayé avec un infirmier de St Mungo de vivre une histoire normale. Mais ça n'a pas marché. Mon cœur aussi était vide ou… trop plein de toi. Alors je me suis remis à fréquenter des endroits moldus, endroits souvent sordides et décadents, pour m'adonner discrètement à mes pêchés.

Puis j'ai eu cet accident…Tu n'as pas hésité à rentrer dans cette chambre d'hôpital chaque soir, jusqu'à ce que je reprenne connaissance comme si tu voulais que je reprenne ma place… dans ton cœur.


Quand Draco apprit la nouvelle, son cœur cessa de battre une seconde. Harry, mort ??? Tout tournait autour de lui. Il s'assit et respira un grand coup. Dans le bureau, les gens s'affolaient un peu : trois Aurors avaient été agressés, ils étaient rapatriés d'urgence à St Mungo. Deux étaient blessés gravement, le dernier légèrement. Harry faisait partie des premiers. Il voulut se précipiter à son chevet mais son chef l'appela. Résigné, il alla dans le bureau de son patron et en ressortit une bonne heure après. Son collègue Aidan Johnsonn le remplaça dans le bureau et en ressortit pour aller à l'hôpital dans la minute qui suivait. Draco envoya un hibou à St Mungo pour connaître l'état des trois Aurors mais aucune réponse ne parvint. Que devait-il faire ? Harry et lui ne s'étaient pas parlé depuis une éternité et quand ils daignaient se remarquer, c'était pour cracher des insultes. Une visite à l'hôpital serait sûrement malvenue. Pourtant, une force le poussait à rejoindre celui qui était son mari. Il irait le voir et si Harry le refoulait, cela prouverait qu'il n'était pas si blessé que ça. A St Mungo, son optimisme retomba : Harry était dans un profond coma et les médicomages préféraient ne pas se prononcer. Il demanda à une infirmière – « Cyzia » d'après son badge – s'il pouvait quand même rester auprès du patient. A priori, seuls la famille et la femme pouvaient entrer mais… en tant qu'enquêteur, il pouvait y avoir une exception, même si Johnsonn était déjà passé. Draco la remercia chaudement et lui offrit les macarons qu'il avait apportés à Harry. Elle refusa mais le beau sourire du blond en eut raison et elle accepta les friandises. Draco attendit qu'elle s'éloignât et entra dans la chambre silencieuse. Ici, pas de fils ou d'appareils comme dans les hôpitaux moldus. Des petites sphères lumineuses au-dessus du visage, du cœur, des poumons et du bas-ventre. C'était ces petites sphères qui maintenaient Harry en vie. La poitrine de l'Auror se soulevait régulièrement mais faiblement. Un grand drap blanc le recouvrait. La gorge de Draco se serra. Inconsciemment, pour se rassurer, il réarrangea le bouquet d'iris que Granger avait dû apporter ; travaillant comme chef du service des Urgences elle avait dû être au courant tout de suite de l'état de son ami. Une fois le bouquet ordonné Draco regarda à nouveau le corps inerte. Il tira une chaise et s'assit à côté de son mari. Il resta une heure et partit, promettant de revenir le lendemain. Promesse tenue. Il revint chaque soir, garnissant la salle des infirmières de macarons. Il revint pendant dix jours. Le onzième, Cyzia refusa la boîte. Harry s'était réveillé le matin-même et il serait sûrement ravi de partager les biscuits avec Draco. L'étau qui lui comprimait le cœur depuis dix jours disparut. Il rassembla son courage et toqua à la porte déjà entrouverte. Harry regardait de l'autre côté, à travers la fenêtre. Les sphères avaient disparu. Il tourna le visage vers le visiteur.

« J'ai déjà fait mon rapport. »

Nullement intimidé par l'humeur visiblement massacrante du brun, Draco entra quand même et s'assit à côté du lit.

« Je ne suis pas là pour ça. Dis donc, tu t'es pas raté sur ce coup-là...

- La prochaine fois sera la bonne. Tu seras veuf.

- Youpi !! Des tunes !! Depuis le temps que j'attends ton héritage. Idiot, va. »

Sans y être invité, Malfoy posa les macarons et ôta son manteau.

« Corwin… Il a… il a des enfants. Pourquoi… pourquoi pas moi ? renifla Harry qui avait appris que son ami était toujours dans un état critique. Moi… Moi j'ai personne… Je ne manquerais à personne. »

Potter déglutit et essuya les larmes naissantes.

« Harry... Ce n'est pas nous qui décidons de qui meurt et qui reste. Ne te sens pas coupable parce que tu es vivant », murmura Draco en lui prenant la main droite dans les siennes.

Pour la première fois depuis que Draco était arrivé, le Gryffindor le regarda vraiment. Corwin Rebma était son ami. Ils s'étaient connus à l'école d'Auror et il avait habité un temps avec lui à Grimmauld quand Draco l'avait quitté. Harry avait même été son témoin à son mariage. Le Slytherin caressait la main froide. Il conseilla à son ami du repos et un macaron. Les sucreries étaient très bonnes pour le moral. Gentiment, Harry refusa. Il se sentait un peu barbouillé. Mais le visiteur ne l'entendait pas de cette oreille et sortit un macaron à la framboise. Il l'agita doucement sous le nez de Harry :

« Tu es sûr ? A la framboise ce sont tes préférés, non ? »

Le brun sourit. Oui, c'était ses préférés. Il attrapa la douceur au vol et croqua dedans.

« C'est malin... Maintenant, je ne sais plus quoi dire. T'es blessé, je vais quand même pas être un gros connard comme d'habitude. Ça ne serait pas très déontologique. »

- Pourquoi... tu fais ça alors ? Juste parce que je suis blessé et que tu prépares le terrain pour demain quand tu viendras aux aurores me poser des questions sur ce qui s'est passé ?

- Non, en fait, je me suis dit que si tu avais fait un testament, il risquait de stipuler qu'en l'absence de l'époux au chevet du futur mort, il n'y avait pas d'héritage... Donc, je n'ai pas pris ce risque. Je ne t'ai pas dit que j'avais dilapidé ma fortune et c'est ça ou la paille, essaya de plaisanter Draco.

- Je t'ai peut-être rayé de mon testament…

- Merde, j'avais pas pensé à ça... Tant pis. Au fait... Merci pour la fleur… »

C'est à la pensée qu'il avait reçue le 3 janvier qu'il faisait bien évidemment allusion. Il avait jeté les trois premiers boutons de fleurs sans même les ouvrir. L'écriture familière de Harry avait suffi à l'agacer. A la quatrième année, peut-être parce qu'ils avaient tous les deux été diplômés de l'école d'Auror et que du coup il ne voyait plus Harry, il avait ouvert le courrier. Il y avait juste un bouton de fleur fermé et un mot « Donne-moi un peu de chaleur. » Une giroflée jaune avait déployé ses pétales dans la tasse en porcelaine. L'année dernière c'était une capucine et cette année, une pensée.

« C'est la dernière, murmura Harry.

- Mmmmh, après tu meurs, c'est ça ? C'est raté…, gloussa doucement Draco.

- Ou je me fais passer pour mort, roucoula le malade. J'ai de faux papiers, j'épouse un mexicain et je convole en secondes noces.

- Le Mexique ? Il fait pas un peu chaud là-bas ?

- Bah on peut cultiver la drogue peinard. »

Les deux jeunes hommes sourirent mais Draco s'assombrit légèrement.

« Harry… J'ai… j'ai refusé le dossier.

- Pourquoi ? Parce que c'était moi et qu'on aurait dû se voir ? C'est pas plus mal. On a jamais autant parlé depuis sept ans alors de là à… collaborer. »

La mâchoire de l'enquêteur se crispa. Le ton sec et froid de Harry était sans équivoque. Il reposa la boîte de macarons sur la table de nuit :

« T'as raison, je devrais partir d'ailleurs. Tu dois en avoir marre de me voir.

- C'est ce que tu fais de mieux… partir… »

Un instant, Malfoy ne sut pas quoi répondre.

« Tu m'emmerdes, Potter. »

Il se leva pour mettre son manteau. Il avait eu tort de venir. Il avait eu tort de plaisanter avec Harry. Il avait eu tort de… de quoi ? De croire que tout se serait bien passé.

« Bon, désolé pour les mêmes choses que d'habitude. Il vaut mieux que je te laisse te reposer, c'était pas une bonne idée de venir de toute façon... Guéris vite. »

Il remit la chaise à sa place et partit. Harry, lui, regardait par la fenêtre. Voir Draco partir, encore, était au-dessus de ses forces. Il était dans un hôpital mais personne ne pouvait le soigner contre ce dont il souffrait réellement. Aucune médecine ne pourrait éloigner Draco de son cœur. L'infirmière et sa bonne humeur le tirèrent de sa rêverie mélancolique.

« Bonjour, Monsieur Potter. »

Harry retourna la tête vers l'infirmière et lui sourit. Cyzia était déjà passée ce matin.

« Je vais vérifier si tout va bien, d'accord ?

- D'accord, mais pas de mains baladeuses comme ce matin, plaisanta l'Auror se laissant ausculter.

- Jamais, Monsieur Potter, » roucoula la jolie brune.

Elle lui souleva le bras et lui prit la tension. Elle murmura une formule et une sphère orangée se détacha de sa baguette. La sphère, plus grosse que les petites bleues, survola le corps du patient, lentement, de la tête aux pieds, s'éclaircissant ou fonçant selon la partie du corps. L'infirmière nota sur un parchemin les observations. Aux pieds, la sphère s'évanouit. Elle jeta un oeil à la boite de macarons :

« Ah ? Je vois que votre visite est venue encore aujourd'hui ?

- Encore ? Comment ça encore ?

- Oui, on mange des macarons depuis que vous êtes arrivé. Ils sont bons, n'est-ce pas ?

- Oui... Surtout ceux à la framboise. C'est lesquels vos préférés ?

- A la pistache. Votre ami les préfère au café, c'est ça ?

- A la noisette. Il aime la noisette, » répondit rêveusement Harry se rappelant ce fameux soir dans la salle de Divination. Et… c'est pas mon… ami, c'est mon mari…

Cyzia avait terminé son examen et rangeait ses instruments. Que Harry se rassure. Il souffrait d'une infection sanguine, une espèce d'empoisonnement mais tout allait rentrer dans l'ordre. Il serait sur pied avant de pouvoir dire « quidditch. » Le gryffy lui présenta la boîte :

« Il y en a un à la pistache qui vous appelle… »

Avec un petit sourire coquin, elle l'accepta et le croqua avec délice, remerciant son patient.

« Si vous êtes aussi gentil avec moi, je vais venir vous peloter plus souvent, » plaisanta-t-elle avant de s'excuser : elle devait partir, sa baguette clignotait, on l'appelait.

Un peu plus tard, on lui apporta son souper mais il y toucha à peine. Sous l'effet des médecines, il s'endormit rapidement. Quand il rouvrit les yeux, le, lendemain, Johnsonn était là. Il referma les yeux et fit semblant de dormir. L'enquêteur attendit une heure, laissa un parchemin et partit, agacé.

La journée passa lentement. A 19h, on toqua à la porte. Draco. Que voulait-il encore ?

« Salut…

- Salut, répondit Harry. Tu attends de prendre racine ?

- Non, j'me la joue vampire, j'attends que tu m'invites...

- Rentre donc, vampire mais évite mon sang. Il est pas encore buvable

- Tu es en forme à ce que je vois. C'est bien… Ça s'est bien passé avec Aidan ?

- Epuisant. Je hais ces bureaucrates qui se croient au-dessus de nous bien au chaud dans leur bureau. Lui, en particulier.

- Johnson est... très con, je l'avoue. Le prototype du bureaucrate sur pattes. Je savais même pas que ces bêtes-là étaient viables avant de le rencontrer...

- Il a séché ses cours de psycho ? J'ai fait semblant de dormir. Il m'énerve, je veux plus lui parler.

- Tu as bien fait »

Harry lui demanda s'il avait des nouvelles de Corwin. Personne n'avait voulu lui en donner. Il fut rassuré. L'autre Auror était sorti du coma dans l'après-midi et était en réanimation.

« Je veux bien te parler à toi, » finit par lâcher Harry.

- Ah oui ?

- Je sais que ce n'est pas ton dossier mais au moins tu es pro. »

Draco prit la chaise :

« D'abord, je voudrais éclairer un point. Après, tu me diras tout ce que tu veux... Si j'ai refusé ce dossier... c'est pas pour t'éviter ou te coller l'autre boulet sur le dos, c'est parce que... j'avais peur de... de ne pas être objectif.

- On a déjà... collaboré pourtant.

- Je sais... mais là, tu as été blessé et... ça me touche, quelque part, et j'aime pas quand quelque chose me touche comme ça. J'ai peur que ça trouble mon jugement. »

Ça l'avait gêné d'avouer ça à Harry.

« Je ne dormirai pas alors demain quand l'autre viendra.

- Non, c'est bon... Je préfère ne pas te laisser face à lui encore une fois, je te connais, tu peux être violent, plaisanta Draco en sortant une plume et un parchemin de sa mallette. Il l'aurait pas volé, ceci dit...

- Avec ce que j'ai au bide, il aura une petite longueur d'avance mais petite petite, plaisanta Harry en souriant.

- Bon... alors, qu'est-ce que tu voulais me dire ?

- Te dire ce qu'il s'est passé. Notre informateur est fiable. On le connaît depuis... trois ou quatre ans. On a toujours eu des infos de premier choix, alors... on ne s'est pas spécialement méfiés. On a fait les contrôles d'usage. Est-il sous un imperio ? Est-il devenu proche des Mangemorts ? Subit-il une pression ? Est-ce un polyjuice ? Tout semblait clean. Tout était clean. Je suppose que vous avez récupéré les carnets de Corwin sur nos résultats ?

- Oui, on nous les a transmis. Quand est-ce que ça a mal tourné ?

- Le nombre. On était trois. Trois c'est conséquent, c'est pas rien. Il nous avait dit que les Mangemorts seraient deux. C'était largement suffisant. Les Mangemorts devaient recevoir une cargaison d'asphodèle. Ils étaient bien deux quand nous sommes arrivés mais cinq ou... six sont arrivés. Je suis pas sûr pour le nombre.

- Comment ça se fait ? demanda Draco en consignant soigneusement les informations.

- Je sais pas. Je sais pas. Y a des tas d'hypothèses... Ils nous espionnaient, ils ont corrompu notre informateur par un quelconque moyen. Peut-être même grâce à leur drogue. On ne sait pas grand chose dessus. C'est pour ça qu'il nous fallait cette cargaison. C'est peut-être un produit qui brouille les esprits et qu'on ne détecte pas encore. Impossible d'en avoir sur le marché noir. Ça nous échappe complètement. A nous comme aux autres services.

- Mmmmh, ça j'en sais quelque chose. «

L' « As PhodeL » était une nouvelle drogue à la mode chez les sorciers, à base d'asphodèle. Elle se présentait sous forme de pilule imprimée d'un pique, cœur, carreau ou trèfle. Comme quoi même les Mangemorts aussi étaient spirituels et avaient le sens du jeu de mot… Ses effets étaient incurables et irréversibles. Une overdose n'entraînait pas la mort mais provoquait les mêmes symptômes qu'un crucio. Les meilleurs chimistes étaient sur le qui-vive mais sans produit, il n'y avait rien à étudier. Les boîtes de nuit, les pubs, les écoles, enfin tous les endroits fréquentés par les adolescents étaient sous surveillance mais le ministère n'avait pas encore réussi à en récupérer un seul échantillon, que ses agents soient en civil ou pas.

« Corwin montait la garde. Il a été le premier touché. On a été alertés avec Zoé, forcément, alors elle a donné l'alerte.

- Vous avez réussi à en éliminer ou non ?

- Non.

- Et pour la cargaison ?

- Rien non plus.

- D'autres choses à rajouter ?, demanda Draco en reposant sa plume.

- Il doit y avoir une taupe chez nous aussi… »

C'était une accusation grave mais Harry avait pesé ses mots.

« Je peux te poser quelques questions ? »

Harry acquiesça en hochant de la tête.

« Qui a formé l'équipe ?

- Comme d'habitude, Kris... euh... Bellamy, Kris Bellamy.

- Mmh, ok. C'est lui qui a désigné chacun de vous ? Vous avez l'habitude de travailler ensemble ?

- Oui, on l'a eu comme prof. Il me met souvent avec Corwin et… non... je ne crois pas Corwin corruptible. Pour Zoé, c'est une Auror expérimentée dans les stupéfiants. J'ai travaillé une fois ou deux avec elle.

- Tu lui fais entièrement confiance ?

- Zoé ?

- C'est les questions d'usage, ne t'inquiète pas.

- Je ne fais confiance à personne. Pas même à mon ami.

- Tu veux dire que tu ne fais... pas entièrement confiance à Corwin ?

- Oui et non, la confiance est... une question de survie. Faire confiance à quelqu'un c'est une faiblesse ou ça peut en devenir une. »

Draco parut très étonné. Si Harry et lui avaient été à l'école d'Auror ensemble, ils n'avaient suivi un cursus identique que la première année. En deuxième année, Harry s'était spécialisé sur le terrain et Draco en logistique. Chacun avait des cours différents avec uniquement Potion et Botanique en commun. Ainsi, Draco ignorait qu'il était courant de faire passer un petit contrôle à son binôme avant un départ en mission.

« Des raisons de croire qu'ils pourraient être mêlés à ça ?

- Non. »

L'entretien était terminé. Draco lança un sort de séchage d'encre et roula le parchemin. Il demanda au brun s'il sortait bientôt.

« Oui. A la fin de la semaine. Je vais sûrement finir ma convalescence au froid.

- Ah ? Tu pars ?

- Oui, j'aime pas rester à la maison aussi longtemps. Je m'ennuie.

- Ça sera bon pour aujourd'hui. Merci de ne pas avoir fait semblant de dormir. Tu pars bientôt ?

- Je passe le week-end à la maison… Je règle la paperasse et le courrier et je m'envole.

- Tu vas où ?

- J''avais pensé à l'Islande. Un petit village caché près de sources chaudes naturelles au milieu de la neige… Ça va être super.

- Ça me rappelle que j'ai pas eu de vacances depuis deux ans...

- Je te donnerai l'adresse à l'occasion, c'est une espèce de B&B. Le couple est charmant… Deux octogénaires en pleine forme… même la nuit…, gloussa Harry.

- Ah oui ? Hé bien...

- Le bonheur... c'est un travail quotidien. Pas quelque chose d'acquis et eux... ils y consacrent chaque jour de leur existence. »

Harry et Draco avaient pourtant fait de leur mieux dans leur adolescence mais ils en étaient là : deux étrangers osant à peine se regarder.

« Faudra qu'ils me donnent la recette, » marmonna le blond.

Tout était si confus en lui. Il n'arrivait pas expliquer ce qu'il ressentait. Il se leva et vit le parchemin que Johnsonn avait laissé dans la matinée.

« Ah, au fait, comme j'ai dit à Jonhsonn que je passais te voir, il m'a demandé de te faire signer ta déposition. Comme tu dormais, sourit Draco, tu n'as pas pu signer les... quinze lignes. »

Il tendit à Harry le formulaire et la plume qu'il n'avait pas encore rangée.

A contre-cœur, Harry sortit la main gauche. Jusqu'ici il s'était arrangé pour la cacher mais il devait signer le document. Personne ne connaissait le sens de l'anneau mais Draco, si. Quelle serait sa réaction ? L'ignorerait-il ? Il gribouilla rapidement le papier après l'avoir lu et le rendit à l'enquêteur.

Le regard bleu n'avait pas quitté le bijou. Ainsi, Harry l'avait encore… Même après ces longues années de séparation ??? Harry le ramena sur terre.

« Le papier !

- Merci…, répondit le Slytherin, l'esprit ailleurs.

- Tu devrais manger un bout ou rentrer chez toi te reposer, tu es pâle.

- Mais non, c'est mon teint qui est comme ça... Tu... tu pars longtemps ?

- Un mois ou deux. Le temps que cette saloperie de poison quitte mon organisme.

- Tant que ça ?

- Je me sens bien chez eux. Je les connais depuis quelques années et ici... il n'y a qu'une grande maison vide.

- Je t'enverrai un hibou si on a besoin de toi... pour l'enquête. Des précisions, des machins dans le genre... »

Harry brûlait de lui demander s'il reviendrait le voir d'ici son départ. Draco brûlait de lui demander s'il pouvait revenir. Mais aucun des deux ne parla. Ils se souhaitèrent une bonne soirée et Draco rentra chez lui.

ooOOooOOooOOooOOoo

L'Auror écourta son séjour chez ses amis islandais et ne resta qu'un mois. Ils n'attendaient pas Harry à cette époque de l'année et avaient déjà programmé un voyage mi-février. Ce mois en Islande lui avait fait du bien. Physiquement il n'avait aucune blessure mais son sang avait été contaminé et c'était un poison assez long à éliminer. Sur l'île, les sources chaudes l'avaient relaxé et c'est à contre-cœur qu'il retourna en Angleterre. Il avait reçu les papiers du divorce avant son départ et s'était promis de régler l'affaire au plus vite.

De retour au pays, il envoya un hibou à Malfoy. Sans préciser le motif de sa venue, pouvait-il passer chez lui un soir ? Draco accepta, tout excité. Le soir S, l'enquêteur sortit plus tôt du ministère pour… pour se pomponner. Il n'avait pas vraiment d'idée derrière la tête maaaaaaaaiiiis… pourquoi pas ? Il fredonnait quand on sonna à sa porte. 19h. Harry était donc ponctuel à présent… Il se regarda une dernière fois dons le miroir de l'entrée et l'accueillit, son plus beau sourire aux lèvres.

Harry avait une expression neutre mais son séjour avait été très efficace et cela se voyait. Draco lui proposa quelque chose à boire mais l'Auror refusa, il ne comptait pas déranger son hôte.

« C'est bon, tu ne me déranges pas. Il y a l'air d'avoir une fête à tout casser chez moi ? Plein d'invités de la haute société ?

- Tu les as cachés dans le placard, c'est pour ça, répondit Harry amusé.

- Zut, je suis découvert ! »

C'est la première fois que le brun se rendait chez son… époux. Quand Draco avait quitté Grimmauld, il avait eu le coup de foudre pour cet appartement et n'en avait pas changé depuis. Draco lui fit faire un petit tour du propriétaire. Chaque pièce était à son image. Sobre et élégante. Une pièce dérogeait à la règle : le bureau. L'endroit était très chaleureux et douillet. Une énorme bibliothèque s'étendait sur deux pans de mur et la grande fenêtre donnait sur un parc. La cheminée crépitait encore et un doux parfum de thé au caramel flottait encore dans la pièce. A en croire l'assiette pleine de miettes et les couverts utilisés, ça devait être la pièce principale de l'appartement. Quelques bibelots se perdaient sur le bureau mais rien ne rappelait son existence avec Harry. Le Gryffindor trouva que c'était mieux ainsi, il n'aurait pas de remords pour le divorce. Une petite clochette le tira de sa rêverie. Il vit juste un éclair blanc puis plus rien.

« Bien, je suppose que tu n'es pas passé en coup de vent par plaisir, alors qu'est-ce que tu veux ? Ça doit être important pour que tu interrompes tes vacances...

- Je les ai pas vraiment interrompues. Je suis rentré plus tôt, répondit Harry en suivant son hôte au salon.

- Je te manquais trop ? » roucoula le blond.

L'ancien attrapeur rouge et or ne répondit pas. Cela faisait sept ans que l'autre attrapeur lui manquait.

« C'est une visite professionnelle ou personnelle ?

- Personnelle. »

Harry sortit une grande enveloppe de la poche intérieure de sa cape et la tendit à Draco qui lui demanda ce que c'était alors qu'il la prenait.

« Des papiers pour... pour le divorce. »

Malfoy s'était attendu à beaucoup de choses mais pas à ça. Il entrouvrit l'enveloppe et y jeta un coup d'œil. Son regard se voila imperceptiblement.

« Le divorce… Tu as trouvé quelqu'un d'autre ?

- Non. Et quand bien même je trouverais quelqu'un je ne me remarierai pas.

- Tous les mariages ne se passent pas... comme le nôtre, murmura Draco en se versant un grand verre de whisky

- Faut l'espérer, » essaya de plaisanter Harry.

Le Slytherin vida son verre presque cul-sec et s'en resservit un autre. Il demanda au gryffy s'il en voulant un aussi, évitant toutefois son regard.

« Non merci, je veux juste une signature. »

Draco se retourna face à Harry :

« Quoi... maintenant ?

- Non tu as le temps et... si tu veux prendre un avocat... je pourrais te donner des noms moldus pour que tout reste discret, bien sûr.

- Un avocat ? Pourquoi faire ? Je ne compte pas te pourrir la vie plus que je ne l'ai fait jusqu'ici. »

Il se rassit dans le canapé et avala d'un trait le second verre d'alcool. Rien ne le trahissait mais il était en proie à un terrible tourment intérieur. Si Harry l'avait un peu mieux connu, il aurait remarqué que le blond était bouleversé. Mais les seules émotions de Draco que Harry avait connues étaient l'amour, la colère et l'indifférence.

« Pourquoi a-t-il fallu que tu viennes maintenant avec ça ? »

Il n'y avait pas de réponse à la question de l'enquêteur.

« Je suis fatigué d'attendre et… je ne crois plus en nous. »

Sec dans ses gestes et son ton, Draco sortit les papiers.

« Je signe où ?, cracha-t-il. Comme ça, ça sera fait et tu seras tranquille.

- Tu paraphes les trois premiers feuillets et tu signes le quatrième. Il y a trois exemplaires. »

Draco se leva, énervé, et alla chercher une plume dans son bureau puis revint. Il parapha les trois premières pages mais s'arrêta pour la signature. Sa main tremblait légèrement et il reposa la plume :

« J'y arrive pas...

- C'est pas grave. Je te les laisse. »

Les deux yeux bleus étaient deux lacs tourmentés :

« Tu comprends pas, j'y arriverai jamais, c'est trop tard. Tu serais venu il y a deux mois, j'aurai signé tout ça sans problème en dix secondes... mais là... je peux plus.

- Qu'est-ce qui s'est passé en deux mois ?

- Je ne sais pas trop... »

Il mentait. Il le savait. Il avait failli perdre Harry. SON Harry. Mais il s'en était tiré. Draco avait interprété ça comme… comme un signe et… il ne voulait pas le laisser partir.

« Je te laisse les papiers. Réfléchis. Je suis ici encore un mois et après… je reprends le boulot. Si d'ici là tu n'as pas signé, tu pourras toujours me les envoyer. »

Il partait ! Son Harry partait ! Draco s'interposa entre le brun et la porte :

« Attends !

- Quoi ? »

Il s'approcha vers l'Auror et l'embrassa tendrement dans un baiser doux comme une fleur. Ressentant l'approbation de Potter, il l'enlaça et approfondit la caresse. Il relâcha enfin ses lèvres.

« Qu'est-ce que tu veux à la fin ?, murmura Harry, troublé.

- Je crois... que j'ai envie d'essayer à nouveau, osa le blond en effleurant presque amoureusement la joue rosie de Harry.

- Essayer... quoi ?

- Hé bien, je ne sais pas... Toi et moi, par exemple ?

- Draco... ne fais pas ton caprice pour ça. Je sais que tu n'aimes pas qu'on t'enlève tes jouets mais... je suis pas un jouet… »

Le ton était désespéré, presque suppliant.

« Je sais que tu n'es pas un jouet, et encore moins le mien..., répondit le blond en laissant remonter sa main le long des hanches de Harry pour la rentrer sous la cape et sous le pull. Tu m'as tellement manqué quand tu étais en Islande..., » ronronna Draco d'une voix câline.

Il continuait les caresses doucement et l'embrassait dans le cou. Il gémit voluptueusement dans l'oreille gauche de Harry pour l'exciter davantage. Effet réussi. Harry commençait à onduler légèrement contre son ancien amant. Il se surprit à caresser le dos… puis la chute de rein… puis les fesses du blond qui lui, allait à la rencontre de la peau douce du ventre, déjà brûlante de désir.

« Harry... j'ai envie de toi... si fort... », se plaignit lascivement Malfoy en lui mordillant le lobe de l'oreille puis le cou, lui arrachant un gémissement de plaisir.

Sa main remonta jusqu'au téton durci et joua avec, tendrement. Harry geignit un peu plus fort. Il était particulièrement sensible à cet endroit. Il sentit Draco le coller à lui. Leurs deux érections n'étaient séparées que par un peu de tissu. C'était si facile de les réunir peau nue contre peau nue. Harry décida d'abattre ses dernières réticences. Après tout, ils étaient mariés… Il poussa doucement Draco, qui s'offrit, contre le dossier du canapé et ondulait un peu plus franchement. Son corps chaud et familier lui avait tant manqué... Il s'attaquait au pantalon.

« Je pourrais même mettre de la lingerie 'comme au bon vieux temps'…, gloussa le blond.

- Non... c'est bon. On... on est des hommes maintenant.

- Alleeeeez, je suis sûr que tu en meurs d'envie...

- Non... juste toi ça sera suffisant….

- Comme tu veux... Dommage... J'avais gardé ce joli petit ensemble rose... et tes jarretelles… »

Harry s'arrêta et le regarda un peu froidement. Il se dégagea de l'étreinte. La magie était brisée.

« C'est fini tout ça.

- Tu es devenu très casanier... Quel dommage..., soupira Draco en se rhabillant.

- Arrête !, s'emporta l'Auror. Pour moi... pour moi c'est dur. Moi... Tout ça me dévore encore. Je sais pas si je peux. Et… même si je pouvais, je ne serais qu'un coup de plus…

- Je suis désolé que tu le prennes comme ça, répondit aussi froidement Draco en retournant s'asseoir sur le fauteuil.

- Alors ne me rappelle pas sans cesse comment c'était avant. Les macarons, la lingerie… C'est… c'est fini… Arrête ces conneries. Tout ça c'est derrière nous… derrière moi. Pour toi ça ne représente plus rien. Juste... un vague souvenir.

- Reconnais qu'on est plus proche qu'avant…

- Oui, on ne se crache plus à la gueule quand on s'adresse la parole…, ironisa Harry, amer.

- C'est vrai. Tu préférais peut-être ça, remarque. Tu sais... moi aussi ça me fait mal de repenser à ce qu'on a vécu à l'école. Tu crois que... que si on se voyait plus souvent... ça pourrait aider ?

- On a essayé… C'est… inutile…

- Et si... si je revenais à la maison ? »

Le Slytherin avait pensé à son éventuel retour à Grimmauld pendant que Harry était en Islande. Ils étaient adultes à présent. Peut-être que ça marcherait. Harry resta bouche bée. Pour une fois, il réfléchit avant de siffler. Il avait toujours attendu ça. Mais aujourd'hui, en avait-il toujours envie ? Aimer Draco était une chose mais habiter avec lui au risque de vivre un calvaire identique à leur première tentative de vie commune en était une autre.

« Tu diras quoi aux amants que tu ramèneras ? Que tu habites chez ton mari ?

- Rien. J'ai pas tant d'amants que ça.

- Un beau garçon comme toi ?

- Je trouvais ça fun au début... et puis... ça n'a jamais été aussi bien qu'avec toi. »

Il ne flattait pas Harry. Il disait la vérité. A la levée de la malédiction de l'Amour Damné, Draco avait souffert immédiatement d'un des effets secondaires : tout sentiment amoureux s'était évanoui de son cœur. Cela avait été un choc émotionnel épouvantable quand pendant leur nuit de noce il s'était réveillé pour aller aux toilettes et… s'était demandé ce qu'il faisait là, à côté de Harry. C'était comme si, après avoir connu les couleurs chatoyantes, son monde devenait… incolore, terne. A ce moment-là, il avait su que c'était l'effet de la malédiction. Il avait pleuré une bonne partie de la nuit. Au matin, c'est dans les bras de son époux qu'il avait essayé de trouver du réconfort. En vain. Son cœur était stérile. Les examens les épargnèrent quelques mois mais après, la vie ensemble devint insupportable, les confrontant à leur problème. Draco se rappelait ce qu'il avait ressenti. Avoir ce trou dans le cœur le rendit d'abord triste. Puis il fut de plus en plus dégoûté que Harry le touchât. L'amour s'était envolé, le désir aussi et il se forçait à poursuivre des rapports sexuels avec Harry. Ces derniers cessèrent. Le brun devait ressentir, à défaut de comprendre, le dégoût qu'il inspirait à son amant et ses pannes sexuelles commencèrent. Draco restait un Malfoy, un gagnant, il devait trouver une parade. Il décida de faire chambre à part début septembre : sentir Harry aussi près, même s'il ne tentait plus rien, l'horripilait. Sentir l'amour, amour blessé, du Gryffindor l'écœurait. Oui, il était jaloux. Ça le rendait malade de voir Harry amoureux alors que son propre cœur était sec. Draco était malheureux pour lui, pas pour son jeune époux. En octobre, ça s'aggrava. Les regards énamourés et tristes du lionceau le mettaient hors de lui. S'éloigner devenait plus que vital. Sa haine et sa rancœur étaient proportionnelles à sa douleur et à sa tristesse. Il ne pouvait plus aimer mais il arrivait à haïr, et ce sentiment le rassura : au moins pouvait-il RESSENTIR quelque chose ! Il se réfugia donc dans ce qu'il connaissait le mieux : la haine. Il devint enragé. Son passe-temps favori était d'humilier sans cesse Harry. A l'école comme à la maison... « comme au bon vieux temps. » Pourtant, Harry avait perdu son mordant et sa rage. C'était une lavette à présent, un faible et ça décuplait la colère et l'acharnement du blond. Il découchait souvent aussi et sans prévenir. Rien n'y faisait, Potter ne le virait pas. C'est lui qui prit l'initiative de partir en novembre. Il avait trouvé un joli appartement qu'il aménagea très rapidement. Il était parti, il avait gagné mais il avait décidé de faire de la vie de Harry un enfer. La machine de guerre n'était pas près de s'arrêter. Il multiplia ses partenaires sexuels et se débrouillait pour toujours mettre Harry au courant. Si lui était la fille facile de l'école, Harry était l'Intouchable. Personne ne lui connut de relation pendant ses trois années d'études mais les rumeurs les plus folles et les plus cruelles avaient foisonné – il était encore vierge ou secrètement marié et avait un bébé, il avait des maladies sexuellement transmissibles, il était impuissant – et les colporteurs n'étaient autre que Malfoy et sa clique. Quant à l'ancien Head Boy, des amants il en avait eus, à la pelle, mais en fin de compte aucun ne l'avait comblé. Il avait appris à simuler. Les vrais orgasmes venaient du vibro. Celui-là même offert par Harry, un lointain Noël. Là, il s'abandonnait. Mais les séances avec Monsieur Lapin étaient toujours privées, jamais partagées. Au fond de lui, il n'avait jamais voulu rompre le contact avec son mari et s'il avait entretenu une relation agressive c'est… c'est parce qu'il ne voulait pas que Harry l'effaçât de sa vie et l'oubliât. Laisser Harry tranquille signifiait laisser l'indifférence s'immiscer entre eux et tout le monde savait que le contraire de l'amour n'était pas la haine mais l'indifférence… Un Malfoy retombait toujours sur ses pattes. Pourquoi ça changerait ?

Avec la maturité, la tendresse reviendrait peut-être prendre la place de la haine. Il devait essayer. Il avait eu peur de perdre Harry à cause de cette attaque de Mangemort. Il ne laisserait pas filer une autre occasion. Il le supplierait s'il le fallait.

« Je... je sais pas si je pourrai recoucher avec toi, balbutia Harry. Je... je crois qu'il est temps qu'on se sépare. Définitivement je veux dire. Il y a longtemps, j'ai dit que je resterais uni à toi mais je suis pas à la hauteur.

- Tu ne veux plus de moi ?

- J'ai jamais vraiment cru au mariage. Et... et je suis devenu tien bien avant qu'on aille au Japon. Ce soir là, dans la salle de bains des préfets, quand… quand nous nous sommes passés les anneaux, c'est à partir de là que je t'ai appartenu. Alors si on rompt le mariage légal je serai encore à toi. Tu vois cette satanée bague, je n'ai jamais pu l'enlever et c'est pas faute d'avoir essayé !

- Pourquoi tu veux rompre le mariage, alors ? Je... j'ai peur de me retrouver seul.

- Tant que ce joli serpent sera à mon doigt, tu ne seras jamais seul.

- Harry, je suis sérieux. Et si... si on profitait de ton congé pour... je sais pas... se redonner une vraie chance ? Je... je pourrais revenir à la maison ?

- Je sais pas quoi dire, » marmonna l'Auror.

Mais il savait quoi dire. Oui, il donnerait sa chance à Draco mais qu'il ne s'emballe pas. Si ça ne marchait pas, il devrait signer les papiers du divorce sans rechigner cette fois. Le blond le jura. Et qu'il lui laisse quelques jours pour redonner un aspect humain à la maison. On était mardi. Il n'avait qu'à venir dimanche en fin d'après-midi, histoire d'installer tranquillement ses affaires et au moins Potter aurait le temps de faire la chasse aux rats morts dans les paquets de chips éventrés ou les vieux cartons à pizza.

Draco invita Harry à rester dîner mais il refusa, on l'attendait ailleurs. Le Slytherin le raccompagna à l'entrée et déposa un doux baiser sur ses lèvres.

« A dimanche et rentre-bien….

- A dimanche, » murmura Harry et il partit.

ooOOooOOooOOooOOoo

16h30, dimanche. Le carillon de l'entrée retentit. Harry dévala les marches et marqua une pause au bas des escaliers. C'était complètement dingue de revivre avec Draco ! Il respira un bon coup et ouvrit. Sur le seuil, le blond attendait deux grosses malles à ses pieds et une petite caisse dans la main.

« Salut… l'accueillit-il.

- Salut…

- Ben, entre. »

Le Gryffindor ouvrit la porte. D'un coup de wingardium leviosa les malles s'élevèrent. Malfoy rentra, suivit des deux valises. Il regarda un instant le hall. Ça avait changé depuis son départ. Les murs rafraîchis reflétaient la lumière. Des photos de paysages asiatiques formaient une frise exotique. Des appliques bordeaux en peau de chèvre et un léger parfum d'encens ensoleillaient le lieu. Il souleva la caisse du chat en face de Harry :

« Je te présente, Harry je t'en ai déjà parlé..., dit Draco à l'animal dans la cage puis il s'adressa au maître des lieux. Harry, voila Peluche. J'espère que ça ne pose pas de problèmes... Que t'es pas allergique ou quelque chose dans le genre. »

Dubitatif, le gryffy salua le chat. C'était donc ça le bruit de clochette l'autre jour, dans le bureau.

« Elle est très gentille et câline, crut bon de préciser Draco en père attentif et fier.

- Je vais te... vous faire visiter enfin... revisiter.. bref...,» répondit le brun sans relever la remarque.

Potter resta planté où il était et tendit le bras : à sa gauche il y avait toujours le salon et à sa droite, toujours la cuisine. Heureusement qu'il gagnait sa vie comme Auror et non comme agent immobilier. Draco gloussa. Que Harry se détende, on aurait dit qu'il avait avalé son Firebolt !

« J'ai répété pourtant... tout l'après-midi, avoua le lion timide.

- Si ça peut te rassurer... moi aussi j'ai pensé à tout ce que je devais dire et pas dire…

- Allez, on monte, » coupa court Harry.

L'enquêteur sortit son chat de la cage, le prit dans ses bras et suivit Harry. Au premier étage, ils passèrent devant l'ex chambre conjugale sans piper mot.

Le brun ouvrit la porte suivante. C'était un bureau aux étagères vide. Draco pourrait s'installer là. La cheminée était en état de marche et avait une porte communicante avec la pièce d'à côté, dans laquelle ils allèrent. C'était une chambre décorée avec deux commodes antiques chinoises, un futon et un paravent en cerisier dont les quatre ventaux étaient finement sculptés. Les murs vert d'eau et le linge de chambre beige conférait à la pièce sérénité et repos.

« Là c'est ta chambre, expliqua l'Auror. Si tu n'aimes pas les tons, tu pourras changer.

- Non, ça me va, c'est très joli, » le complimenta Draco qui déposa les deux malles et poursuivit la visite.

Ils allèrent dans la salle de bain. Cette pièce aussi avait changé. Arrachés la vieille tapisserie grisâtre et le vieux lino. Harry avait appliqué de la chaux teintée en rouge sur les murs et posé un carrelage ocre. Deux vasques en verre remplaçaient les anciens lavabos. La pièce était divisée en deux : le coin vasque / miroir et le coin douche. La douche faisait face au miroir, séparée par un muret d'un mètre quarante de hauteur. Ainsi quand on se douchait, la tête dépassait. Au sommet du muret, un petit plateau de trente centimètres de largeur permettait que l'on y posât des affaires. Une énorme glace, bordée d'une mosaïque, prenait tout un pan de mur. De chaque côté de la glace, deux petites étagères. Celle de gauche était remplie de divers produits, celle de droite était vide.

« Tu as fait des progrès en décoration, c'est très joli !, s'exclama Draco. J'ai un placard attitré ou mes affaires ont le droit de côtoyer les tiennes ?

- L'étagère de droite est vide. Tu pourras y mettre tes produits. Pour le linge, tu n'auras qu'à mettre tes serviettes avec les miennes mais on va continuer la visite. »

Ils quittèrent la salle de bains et montèrent à l'étage. Peluche ronronnait dans les bras de son maître et regardait tout autour d'elle, pressée de partir en exploration. Harry décrivit la porte comme étant sa chambre, mais il ne l'ouvrit pas. Il n'ouvrit pas non plus la seconde. Il dit juste que c'était une petite pièce qui servait d'atelier. Il ouvrit la troisième porte sur une immense bibliothèque.

« J'ai installé mon bureau ici, c'est plus sympa.

-Waouh ! T'as vachement agrandi la pièce depuis la dernière fois. Tu as combien d'ouvrages ? demanda Draco, impressionné par la taille de la bibliothèque et remarquant, sans rien dire, une vitrine dans lequel se reposait un papillon de papier. Ainsi Harry l'avait gardé…

- J'ai abattu un mur pour agrandir la pièce mais à mon avis, il n'y a pas assez de livres, gloussa le brun. C'est rangé par catégories. Potions curatives, sorts, animaux fantastiques, fictions moldues, botanique et là, ouvrages... dangereux, expliqua Harry en montrant une armoire grillagée et verrouillée. Si tu as besoin de quoique ce soit, sers-toi. Je t'ai laissé quelques étagères de vide.

- C'est gentil… »

Le blond se promena rapidement le long des rayons et rejoignit son ancien amant dans le couloir.

« Voilà... le tour du propriétaire est terminé. Il y a encore la cave où je bidouille parfois.

- Tu fais des potions ?

- Oui, j'en ai besoin pour... pour mon métier.

- Oui, je n'en doute pas... Les potions ont parfois leur utilité, » dit Draco avec un léger sourire, pour détendre Harry.

Les potions étaient un des sujets tabous parce qu'il ramenait les deux jeunes hommes à leur ancien professeur, Snape. Le marionnettiste. Celui à cause de qui tout était arrivé. Si Harry avait pris sa revanche contre son ancien professeur en devenant premier trois ans consécutifs dans la matière, Draco n'avait plus touché une éprouvette les études terminées. Mais avant de se perdre dans des divagations nostalgiques, Harry proposa du thé et ils descendirent en préparer dans la cuisine.

A travers la fenêtre, Draco put apercevoir la serre. Des gros bouquets oranges, rouges, fushia égayaient le lieu. Il demanderait plus tard à Harry quelles étaient ces fleurs. Le sifflement de la bouilloire le tira de sa contemplation et ils s'installèrent au salon.

Draco s'émerveilla du salon. Le mobilier en cerisier rappelait l'exotisme du hall. Autour d'une table basse, des coussins de sol chatoyants étaient éclos comme des fleurs rouges, oranges, fushia, parme, en écho avec la serre. Un peu plus loin, il y avait un large canapé d'angle en velours bordeaux. Plusieurs photophores et bougeoirs décoraient la pièce et devaient étinceler une fois la nuit tombée. Les meubles en acajou rappelaient le paravent de la chambre : eux aussi étaient finement sculptés. Harry déposa le plateau sur la table basse et servit le thé. Draco lâcha Peluche qui fila à la découverte de sa nouvelle maison avec comme premier objectif : le salon.

« Je te félicite, tu as drôlement bien arrangé cette maison…

- Ça occupe et j'ai eu un gros coup de cœur pour le mobilier indien.

- C'est une bonne idée, c'est chaud pour une grande maison froide d'aspect comme ça c'est l'idéal. »

Le sifflement de Peluche les interrompit. Elle jaillit de dessous la commode et courut se réfugier dans les jambes de son papa en crachant et grognant. Un serpent sortit à sa suite en sifflant en direction du félin. Excité, le serpent avait gonflé son cou et s'était redressé. Il ondulait vers la pauvre petite chatte affolée que Draco abrita dans ses bras.

« C'est quoi ça ? Tu as un serpent ?? Il a l'air dangereux ! »

Désinvolte, Harry dit qu'il ne fallait pas paniquer. Célès ne faisait ça que pour impressionner Peluche. Ça n'était qu'une ruse défensive pour paraître plus gros.

« Plus gros ou pas, il va bouffer mon chat ! » se plaignit Draco alors que le serpent glissait toujours vers lui.

Harry siffla. Il venait de lui expliquer en Fourchelangue qu'il ne fallait pas manger les chats, encore moins celui-là et que le petit chat blanc et Draco vivraient à la maison dorénavant. Ils n'étaient pas des ennemis.. Le cobra à lunettes s'arrêta et le regarda. Il dégonfla son cou et se laissa tomber. Après un dernier regard vers ce qui aurait pu être un bon dîner, il ondula vers son maître. Il se redressa et grimpa le long du bras de Harry, pour se lover autour de son cou.

Les caresses réconfortantes du blond l'avaient apaisée et Peluche avait retrouvé sa témérité : elle pointa le bout de son museau et miaula. Tout danger écarté, elle était prête à présent à se battre. Le serpent n'y prêta même pas un regard.

« Elle craint rien, les rassura Potter.

- Moi je le sais, mais elle non. C'est con, je parle pas chat, moi...

- Ferme bien la porte de la chambre. Il est souvent dans la serre mais parfois il se glisse dans le lit. Il aime bien les endroits chauds.

- Ah ? Et il pourrait me faire des choses ? gloussa légèrement Draco.

L'Auror ne releva pas. Il semblait gêné. La visite était terminée, ils étaient tranquilles, pourtant il devait lui dire…

« Euh… Il y a quelques règles enfin... une…

- Ne pas manger le serpent ? Pardon, je dis n'importe quoi... Vas-y, c'est quoi la règle principale de la maison ?

- J'ai... rarement amené des gens... enfin... des hommes ici... alors si... si tu pouvais en faire autant... Çavserait nickel. »

Le regard bleu acier se durcit. Là, ça ne le faisait pas rire :

« Qu'est-ce que tu crois ? Que je suis venu ici pour faire des économies de loyer ? Je trouve ça presque insultant un truc pareil. Si tu me crois incapable de faire des efforts sincèrement... fallait pas me dire de venir, ça m'aurait économisé le déménagement.

- Je ne t'ai pas dit de venir. C'est toi qui as... proposé. »

Bingo ! Touché, coulé !

« Désolé, je ne pensais pas que ça serait aussi désagréable pour toi... Fallait surtout pas te sentir obligé de dire oui. »

Un léger voile de déception teintée de chagrin s'abattit sur le regard à présent délavé. Draco était sur le point de récupérer ses malles et de repartir.

« Je... on vit quelque chose d'insolite alors c'est... normal qu'on mette les pieds dans le plat... quelquefois. Excuse-moi si je t'ai blessé. On est... dans une situation assez... périlleuse. On a... de la rancœur, de l'amertume, de la peine, de la colère, expliqua Harry.

- Je n'ai pas de rancœur. j'ai juste... très peur et ça me rend fragile. Et je déteste ça.

- Moi aussi j'ai peur. On... on ne se connaît plus et je pense... que mon ressentiment altère la réalité.

- Je te comprends. Moi, à ta place... j'aurais envoyé la petite blondinette se faire foutre en enfer, essaya de plaisanter Draco.

- Je voulais peut-être essayer quand même et pas regretter d'avoir perdu sept ans de ma vie à t'attendre en vain.

- Je vais essayer de ne pas te décevoir.

- Sois... toi. C'est tout ce que je peux dire.

- Je vais essayer. Tu sais ce que je pense, Harry ? On devrait tout se dire quand on le pense, ne pas avoir peur de se blesser...

- Maintenant ?

- Tout le temps, répondit Draco, un petit sourire complice aux lèvres. Pourquoi, t'as un truc à me dire ?

- Non. Je te l'ai dit que je t'ai trouvé répugnant de baiser avec mes camarades, je te l'ai dit quand je t'ai supplié de rester, je t'ai toujours tout dit. »

Le joli petit sourire de Draco s'estompa.

« Tu as raison... Je ne te mentirai pas : à ce moment-là, quand j'ai fait ces choses... je ne regrettais rien, au contraire. J'étais ravi de t'avoir fait du mal mais... aujourd'hui c'est autre chose.

« On s'est mariés beaucoup trop jeune, on n'était pas assez mûrs pour encaisser... ça. Mais... ce n'était ni de ta faute ni de la mienne.

- C'est pas comme si on avait eu le choix… »

« Ça » faisait référence à l'effet secondaire de la levée de la malédiction.

« Je t'en veux pour ces années de silence. Là on avait le choix de traiter le problème en adulte. Aujourd'hui on l'a aussi.

- Je n'ai pas mûri aussi vite que toi et j'ai conscience aujourd'hui de ce que je t'ai fait subir. Donc aujourd'hui, je te demande pardon pour tout ce que j'ai dit et pour tout ce que j'aurais dû dire. J'espère sincèrement qu'un jour... tu arriveras à me pardonner ou au moins à oublier.

- Je suis pas si adulte que ça. En choisissant le divorce… j'ai choisi la fuite. »

Le cobra serpent qui semblait somnoler bougea un peu, comme s'il ressentait les tensions de son maître, et retrouva une position confortable.

« Fuir quelqu'un comme moi n'est pas une preuve d'immaturité mais de sagesse, Harry. Ce n'est pas une fuite mais un désir de continuer à vivre. Je... je ne sais pas si... je saurais... » La voix du blond trembla.

En guise de réconfort, Harry posa doucement sa main sur celle de son mari.

« J'ai peur de ne toujours pas pouvoir t'aimer... »

Le blond sanglota en silence. Cette histoire d'effet secondaire avait détruit leur couple une fois. Pourquoi les choses changeraient-elles ? Draco avait tant besoin de ressentir son cœur vivre. Vivre pour le seul qu'il avait jamais aimé.

« Harry... tu peux... me prendre dans tes bras ? »

Le Gryffindor invita le serpent à partir et se rapprocha de son ancien amant. Tendrement, il l'enlaça. L'enquêteur se serra tout contre son lion et essuya une larme naissante. Ils restèrent l'un contre l'autre quelques minutes. Le temps s'était arrêté et les mauvais souvenirs envolés. Draco se laissa aller dans la chaleur de celui qu'il avait aimé plus que tout et Harry put sentir dans son cou les larmes chaudes, retenues depuis sept ans dans leur cœur glacé. Quand l'ondée se calma, le brun osa une petite plaisanterie pour faire sourire le pleureur :

« Non, n'insiste pas, je m'occuperai pas de ta peluche… » gloussa-t-il gentiment.

Draco se décolla lentement de son havre de paix et se frotta les yeux genre j'ai-les-yeux-tout-rouges-mais-j'ai-pas-pleuré-c'est-ma-conjonctivite-chronique.

« Je m'en occuperai, t'inquiète et puis... elle est tellement gentille que dans moins d'une semaine, c'est toi qui me supplieras pour pouvoir t'occuper d'elle.

- Tu l'as depuis longtemps ? On dirait encore un chaton. »

Elle avait un an, répondit Draco. Quand il l'avait trouvée abandonnée dans la rue il n'avait pas eu le cœur de la laisser là, toute seule. Elle n'était même pas sevrée et il avait dû la nourrir au biberon. Elle était rigolote, elle ressemblait à un rat en peluche, c'est pour ça qu'il l'avait appelée comme ça. « Peluche » n'était que le diminutif de « Rat en peluche. »

« Et Célès, ton copain à sang-froid, c'était pour me remplacer ? »

Potter rit doucement. Il avait ramené le cobra d'Inde. Il y avait effectué une mission d'un an et demi et avant de rentrer en Angleterre, il avait pris une semaine de vacances là-bas pour assister au nag panchami - le cinquième jour des cobras. Là, ils avaient eu le « coup de foudre » l'un pour l'autre. Dans toute l'Inde, cette fête permettait aux fidèles de montrer leur fidélité envers le culte du serpent. « Nag » voulait dire « serpent » - mais « serpent mortel », le seul pouvant accéder au titre de divinité ; le mot se référant aux serpents ordinaires était « sarp » - et « Panchami » voulant dire « cinquième. ». Vers mi-juillet, ce jour était dédié à Sesha, le serpent à mille têtes sur lequel reposait Vishnu. Quand Harry l'avait vu, Célès allait se faire arracher ses crochets contenant le poison fatal. Quand l'Auror avait parlé Fourchelangue à l'animal, tout le monde avait eu peur. Qui était cet inconnu qui parlait aux serpents ? Mais c'est grâce à ça que le marchand avait laissé l'animal encore en possession de ses armes mortelles au sorcier. Il avait évidemment négocié une jolie somme. A la grande surprise des badauds, le serpent encore dangereux s'était enroulé autour du cou de Harry et n'avait plus bougé, paisible. Potter l'avait ramené en Angleterre et avait construit une serre pour y recréer la température du pays originel de l'animal.

« Heureusement que tu es Fourchelangue…

- J'aurais pas un serpent à la maison sinon, ou un inoffensif alors. »

Un doux sourire illumina les traits fins de Draco. Il essayait de ranger une mèche brune folle :

« Un peu comme moi ? Ou… je suis un méchant serpent ?

- Si tu étais un méchant serpent, je saurais peut-être te parler.

- A une époque on savait le faire... On a juste... égaré le mode d'emploi. »

Il délaissa la mèche franchement rebelle qui de toute façon refusait tout changement de position et effleura la joue avant de retirer sa main. Il ne voulait pas aller trop vite.

« Des fois... des fois je me dis que... que tout a été faussé entre nous. On a eu de bien que quelques jours ou quelques semaines, au plus, murmura Harry en faisant allusion au jeu qu'il jouait au début avec Draco. Mais le jeu l'avait possédé et… il s'était sincèrement épris du blond.

- Moi, je refuse de penser ça. Tu sais pourquoi ? Parce que... ces vingt-cinq dernières années, je n'ai vraiment vécu que ces quelques semaines alors, si c'était faux...

- On t'a enlevé ce qu'il y avait de plus beau et plus pur en toi. Je... je suis désolé. J'ai gâché ta vie quelque part. »

Si Harry n'avait pas été celui qui avait maudit Draco, il avait inconsciemment été le déclencheur. Si Harry n'avait pas relevé le défi de son ancien amant le professeur Snape, Draco ne serait pas tombé amoureux et n'aurait pas eu l'orgasme ultime, celui qui les avait amenés à se marier précipitamment pour lever le sort. Par extension, Harry était responsable. Bien sûr que Draco aurait perdu sa virginité tôt ou tard mais savoir que c'était lui le responsable… Pendant ces interminables années de séparation, Harry n'avait cessé de penser qu'il méritait la souffrance qu'il endurait. Selon lui, il avait gâché la vie du blond. Jamais plus Malfoy ne pourrait aimer. Il était peut-être même passé à côté de son âme sœur, et donc de son bonheur, sans même s'en rendre compte. Draco ne pouvant plus aimer, tous les garçons étaient passé indifféremment dans son lit. Pas une seconde Harry n'avait pensé que c'était lui l'âme sœur de Draco. C'en était blasphématoire de croire ça !

« Ne dis pas ça, d'autant que je t'ai suffisamment pourri l'existence depuis pour qu'on soit quittes depuis des années. Pour parler d'autre chose et m'éviter de me ridiculiser encore une fois en pleurant devant toi... Tu aimes cuisiner ? »

Harry sourit tendrement. Ce Draco était tellement… différent. Comme si leurs larmes les avaient nettoyés de leurs fautes. Oui, Harry aimait cuisiner mais il en avait rarement l'occasion. Selon ses missions, il ne pouvait que grignoter et lorsqu'il avait des permissions, il ne mangeait que des cochonneries bien grasses et rapides à préparer. Il n'avait guère le temps de cuisiner :

« Beeeen... Quand je suis suffisamment à la maison oui, sinon… pas trop le temps. Pourquoi ? Tu comptes me faire des bons petits plats ?

- Oui, si tu veux bien que je farfouille dans ta cuisine.

- Bien sûr... C'est... c'est un peu comme chez toi ici…

- Tu me feras une petite liste de ce que tu n'aimes pas, ça évitera les grognements

- T'es une vraie fée du logis, siffla admirativement Harry.

- Nan, je fais pas le ménage, gloussa le blond.

- Moi non plus, rit de bon cœur le gryffy.

- On n'est pas dans la merde. On collera une serpillière à Célès et quatre patins à Peluche »

Les deux jeunes hommes rirent de bon cœur et terminèrent leur thé dans la bonne humeur. Harry lui laissa les clés de la maison et lui laissa la formule pour transplaner à la maison.

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Ce premier dîner ensemble se déroula à merveille mais le second soir, Harry ne rentra pas. Pour que Harry se réhabitue à lui, Draco ne rentra pas tard le lundi soir. Il fut étonné de trouver la maison vide. Il attendit jusqu'à 20h et chercha un message. Peut-être Harry lui avait-il laissé un mot ? Rien. 21h : toujours rien. Minuit, rien. A 3h45, Draco sommeillait sur le canapé. Enfin, à 6h21, un bruit de clé le réveilla en sursaut. Une silhouette passait discrètement.

« Tu vas où ,» éructa le blond encore assoupi mais réveillé par la colère.

La silhouette s'arrêta et se retourna.

« Me coucher, » hasarda le fêtard.

Draco se leva, groggy, et s'avança vers le brun.

« Je t'ai attendu toute la nuit !!! Et… Et quelle heure il est ?

- 6h30… par là…, susurra le coupable.

- Je me suis fais du souci ! Tu étais où ? Avec qui ?

- Avec… avec les potes des Cannons… Et on a bu…

- C'était difficile de m'envoyer un hibou ?

- Je me voyais bien dire « Bougez pas les gars, j'envoie un hibou à mon mari, Draco Malfoy. Oh, vous savez pas ? On est marié depuis sept ans mais on n'habite pas ensemble, on couche pas ensemble et on s'est mariés juste pour lever une malédiction. » Et ne crie pas ! J'ai mal à la tête. »

Draco ne dit rien. Il était en colère, blessé et surtout très en colère !!! Il ne s'était pas marié « juste pour lever la malédiction. » Harry non plus. A l'époque, ils s'aimaient.

« Je t'ai attendu toute la nuit, répéta-t-il.

- Et moi ? J'ai dû t'attendre plus de sept ans ! Soit un peu plus de deux mille six cent nuits. Je ne savais pas avec qui tu étais, si tout allait bien, si tu ne tomberais pas sur un détraqué… ou même si tu reviendrais. Alors, se radoucit Harry, évite de me donner ce genre de leçons. C'est malvenu. Draco… Je ne sais pas où j'en suis et encore moins où on en est. Je n'ai pas de repères. Tu n'es ni… ni mon ami, ni mon amant et de mari… on a juste le… titre… légal. Je ne sais pas comment agir ou pas agir. Ce soir… enfin hier, j'aurais dû te dire que je sortais et ne rentrerais sûrement pas. Excuse-moi…,» plaida sincèrement Harry avant d'aller à la cuisine se préparer une aspirine bien méritée.

Sans un mot de plus, Draco grimpa dans sa chambre pour regagner son lit. Quelques heures de sommeil n'auraient pas été de trop avant d'aller au travail, mais il resta éveillé au milieu de ses draps. Il entendit Harry monter se coucher puis resta seul avec ses pensées sombres. Il finit par se lever, puisque de toute façon c'était bientôt l'heure. Il se prépara et prit son petit déjeuner, seul dans la grande cuisine. En remuant pensivement son thé, il se dit que Harry n'avait pas totalement tort. Ils ne se devaient pas grand-chose. Ils n'étaient pas vraiment mariés, si ? Et… même si c'était le cas, ça n'était pas en hurlant que les choses avanceraient. Il fallait faire des concessions, des premiers pas. Il profita de sa large avance sur son horaire habituel pour préparer le repas du soir, un petit dîner de réconciliation.

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Draco fulminait. Il était 19h45 et il n'avait toujours pas pu quitter les bureaux ! Lui qui s'était réjoui toute la journée de son dîner avec Harry ! Il envoya discrètement un hibou à Harry pour le prévenir de son retard puis retourna à son travail.

Il arriva enfin à boucler ses dossiers urgents à 21h34, salua rapidement Johnsonn et rentra le plus rapidement possible. Il trouva Harry sur le canapé, un livre entre les mains, une assiette contenant son reste de pique-nique devant lui sur la table de salon.

« Bonsoir, lança Draco avec un regard étonné vers le reste de repas. Tu n'as pas eu mon hibou ?

- Euh… Si…, balbutia Harry en posant son livre. Mais je ne pensais pas que tu rentrerais si tôt.

- Et tu n'avais pas du tout envie de manger avec moi ou tu as peur que je t'empoisonne ?

- N… Non ! C'est pas ça, Draco !

- Tu ne fais aucun effort », dit Draco tristement.

Le cœur lourd, il quitta le salon et posa ses affaires. Harry le rejoignit et le suivit tandis qu'il montait à l'étage. C'était vrai qu'il avait profité du hibou de Draco pour ne pas manger avec lui, malgré le petit mot que son mari lui avait laissé dans la cuisine à propos du repas préparé dans le frigo. Il se garda bien sûr de le dire à Draco, car en lisant la déception dans le regard bleu, il s'était rendu compte de sa propre bêtise. Le blond faisait des efforts, lui n'en faisait aucun.

« Attends, Draco, tenta-t-il d'expliquer en le suivant, bien décidé à se rattraper. J'ai pas peur que tu m'empoisonnes. Mais ça aurait été grossier de le manger sans toi !

- Hé bien, désolé de rentrer trop tard pour ton estomac !, cracha Draco aussi déçu qu'en colère. La prochaine fois, je mangerai au boulot. Parce que tu vois, moi aussi j'ai faim depuis deux heures, mais je me suis dit que tu m'attendrais… C'est pas grave.

- Je… Je vais mettre la table et… j'ai encore un petit creux. Alors, si tu m'acceptes à ta table…

- Non, c'est bon, ne t'embête pas. Je n'ai plus faim et je suis crevé. Je vais prendre une douche et aller dormir, ça sera aussi bien. Bonne nuit. »

Ce « bonne nuit » claqua comme une gifle pour Harry en même temps que se refermait la porte de la salle de bain devant son nez. Il soupira. Leur nouvelle vie commune s'annonçait chaotique et épuisante. Sous le jet d'eau brûlant, Draco essaya de se relaxer totalement. Il sentait l'eau ruisseler sur son visage comme autant de larmes amères qui n'arrivaient pas à sortir de ses yeux. Pourtant, son cœur se serrait, lentement mais sûrement. Quelle était cette douleur qu'il avait oubliée depuis si longtemps ? Quand il eut enfin fini, il regagna sa chambre en peignoir, espérant ne pas croiser Harry. Il voulait faire des efforts… mais pas maintenant, pas ce soir. Il était trop las et finirait par être méchant. Une fois dans sa chambre, il troqua son peignoir contre sa robe de chambre et son pantalon de pyjama, puis alla chercher son livre sur la table de nuit. Il s'assit à côté de Peluche qui dormait profondément, enroulée au creux de son oreiller, comme tous les soirs. Elle ronronna doucement sous ses caresses, réchauffant quelque peu le cœur de son maître. Ils sursautèrent tous les deux quand on toqua à la porte.

Draco alla ouvrir et trouva Harry, l'air penaud et un plateau-repas dans les mains. D'ailleurs, il rougit un peu à la vue du beau blond : torse nu sous sa robe de chambre en coton et soie, les cheveux encore humides et délicieusement décoiffés, l'air un peu renfrogné… Draco n'avait jamais paru si beau à Harry. Il tendit le plateau et lui proposa de manger un peu, tout de même. Avant même qu'il ne puisse repousser gentiment l'offre, l'estomac affamé de Draco le trahit et grogna, réclamant le contenu de l'assiette. Le fumet du saumon à la sauce aigre-douce et des pommes vapeur accompagnées de croquettes de céleri embaumait la pièce et excitait son pauvre ventre. Il ne put donc qu'ouvrir sa porte en grand pour laisser son mari entrer. Ils s'assirent tous les deux sur le lit, le plateau entre eux.

« Ça te tente, un pique-nique improvisé, histoire de me tenir compagnie et de me raconter ta journée ?, proposa Draco maintenant détendu.

- J'en ai mis beaucoup exprès pour pouvoir t'en piquer, admit Harry dans un sourire naissant.

- Alors… bon appétit. »

Comme si l'orage précédant la douche de Draco n'avait pas eu lieu, ils mangèrent tranquillement, parlant de quidditch en général et de la nouvelle Attrapeuse des Cannons en particulier. Ils parlèrent encore longtemps après la fin du repas impromptu et rirent beaucoup, dérangeant du même coup la pauvre Peluche qui se réfugia dans la chambre de Harry, à l'étage au-dessus. Au moins, ce lit-là était-il calme… Harry quitta Draco vers minuit, le laissant se reposer pour le lendemain. Il déposa une bise légère sur la joue de son mari et quitta la chambre, le plateau à la main.

« Au fait, demanda-t-il en se retournant. Où tu trouves ce si bon pain aux noix ?

- Dans la petite boulangerie à côté du Ministère, Monsieur-je-pense-avec-mon-estomac, répondit Draco dans un sourire. Tu devrais y aller, ils font de très bonnes pâtisseries aussi.

- C'est un calvaire pour moi de retourner au Ministère… J'aurai au moins une motivation. »

Sur un dernier « bonne nuit » beaucoup plus amical et tendre que le premier, Harry laissa Draco dormir et descendit le plateau vide à la cuisine, le cœur léger. Finalement, de petits efforts apportaient parfois de grands résultats…

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L'avantage des heures supplémentaires était d'avoir des heures de récupération derrière. Parfois. Heureusement pour Draco, il put partir tôt du Ministère ce mercredi, bien content de pouvoir passer une après-midi à papoter avec Harry. Malheureusement pour lui… Harry était sorti. Même en arrêt maladie, ce garçon ne s'arrêtait jamais ! Tant pis, il mettrait ce temps libre à profit pour vider ses malles. Il était décidé à ce que ça se passe bien et ranger leur contenu comme s'il allait rester là jusqu'à la fin de ses jours faisait partie du processus. Il se prépara donc une théière et acheva de répartir ses affaires dans ses placards, les déréduisant les unes après les autres.

Au milieu de ses nombreux vêtements, il trouva un petit coffre en bois sculpté de couleur foncée auquel il rendit sa taille normale. Il le regarda longuement, agenouillé devant sans oser le toucher et encore moins l'ouvrir. Il savait ce qu'il contenait. C'était dans ce coffret qu'il avait rangé toute son histoire d'amour avec Harry Potter. La lingerie, le miroir, la brosse, le peigne, les flacons de parfum, le papillon en origami de leur mariage, la bague de la famille Black, jumelle de celle que Harry portait toujours en guise d'alliance… Draco se décida à ouvrir le coffret et contempla son trésor. Tout son cœur était là. Des vieux souvenirs à l'abri de la poussière, mais coupés du reste du monde. Il prit la bague et caressa le serpent sculpté. Il se souvint de la dernière fois où cette bague avait été à son doigt. C'était sept ans avant, au pays du soleil levant, le lendemain de l'équinoxe de printemps… Il s'était levé, barbouillé et mal à l'aise, le cœur au bord des lèvres malgré la journée de rêve de la veille, le jour de son mariage. Nauséeux, il était allé à la salle de bain et avait vomi. Son corps tremblait et il mourait de froid. Il s'était passé de l'eau sur le visage pour se calmer. Et c'est à ce moment là que c'était arrivé. Un bruit métallique avait déchiré le silence. Son regard en avait cherché la source et était tombé sur… son anneau. Son anneau nuptial, héritage de sa famille du côté des Black, symbolisant son amour éternel pour son âme sœur, Harry, le jeune homme qui dormait dans la pièce à côté. Il l'avait ramassé, hagard, et avait rejoint la chambre. Pourquoi était-il tombé ? Draco avait remis l'anneau et l'avait vu retomber. Il avait glissé au bas du lit et s'était recroquevillé sur lui-même. Ce froid qui l'envahissait, c'était l'écho de son cœur vide, il le savait maintenant. Ses sanglots étouffés avaient rempli la pièce. Il avait pleuré jusqu'au matin et quand le soleil avait commencé à s'immiscer dans leur chambre nuptiale, il avait rejoint Harry dans leur lit, cherchant de la chaleur contre son corps. Mais le sourire de son mari ne lui avait apporté que de la douleur. Et il avait éclaté en sanglots. Pourquoi ce cauchemar ? Pourquoi ? Ce matin-là, Harry lui avait promis de l'aimer pour deux. Mais ça n'avait pas été suffisant. Pendant sept longues années, Draco et Harry s'étaient détruits lentement, inutilement, incapables de s'aimer mais incapables de se séparer vraiment. Peut-être qu'aujourd'hui… Lentement, Draco glissa l'anneau à son doigt, espérant voir le serpent se refermer sur sa chair. Il ferma les yeux et pensa à Harry. A leur soirée de la veille. L'anneau glissa de son doigt. Avec une moue de contrariété, il le remit dans le coffret. Il trouva une lettre et sortit les deux feuilles qu'elle contenait. Il déplia la première. C'était le mot que lui avait envoyé Harry quelques mois après leur séparation, lui annonçant que c'était Snape le responsable de leurs malheurs. La deuxième feuille regroupait toutes les notes de Harry sur la fameuse malédiction. Il la déplia et la lut :

- Malédiction de l'amour damné -

Composition :

- 1 racine de Cranson Officinal, Livèche, Achillée Sternutatoire hachée (Plantes d'une grande utilité pour enflammer le cerveau, et entrant dans la composition des philtres de Confusion et d'Embrouille par lesquels le sorcier désire inciter à des conduites impétueuses et téméraires.)

- 1 épine de poisson-diable

- 3 pincées de poudre de cheveu d'incube

- 2 dl d'essence de mandragore

- 1 l ½ d'eau de montagne

- 13 gouttes de sang de celui qui maudit

+ 1 cheveu du destinataire de la potion en ingrédient final

--» l'élixir des Amants maudits

--» s'administre au coucher du soleil le jour de l'équinoxe d'automne par voie orale

Incantation :

« Si je ne peux pas te posséder, personne d'autre ne t'aura. Le plaisir se retournera contre toi et la démence achèvera ta dulcinée. »

Symptômes :

- pigmentation post-orgasmique de l'iris en pourpre

- violence et démence post-orgasmiques

Premier cas recensé : François Bosset et Clémentine Yvant. Clotilde de Laz , sorcière de Beaux-bâtons, a avoué l'avoir composé et s'en être servi contre un garçon qui l'avait éconduite. Le jeune homme a tué sa compagne dans une crise de démence et s'est donné la mort par la suite. Clotilde de Laz n'a pas supporté la mort du jeune homme et dans une lettre, elle a tout avoué : pourquoi elle avait fait ça, la composition de la potion, l'incantation, les symptômes et le plus grave : elle a abandonné la recette de la potion dans un livre pour que d'autres malheureux puissent s'en servir et on n'a jamais retrouvé l'original mais d'autres cas ont été recensés en France puis à l'étranger.

Soins :

Après sa lettre, la jeune Clotilde de Laz s'est donné la mort ne laissant aucun antidote. Les chimistes du Comité des Sortilèges Expérimentaux ont longtemps travaillé sur un antidote. Un seul est connu à ce jour : l'Union solaire. Le ou la maudit(e) doit s'unir solennellement à l'aube à l'équinoxe de printemps mais encourt des effets secondaires : incapacité à aimer, dépigmentation de l'iris ou encore soumission chronique. Ces effets se déclarent assez rapidement.

Autres :

Le jeteur de malédiction porte sur lui la marque du sort : une légère boursouflure en forme de croissant de lune.

Draco reposa la lettre et soupira. A l'époque, ils n'avaient compris ni l'un ni l'autre pourquoi Snape, son propre parrain, l'avait ainsi maudit. En interrogeant sa mère, Draco avait eu cette réponse. Il avait appris un des nombreux secrets de la famille Malfoy.

Quand ses parents étaient à Hogwarts, Lucius Malfoy et Severus Snape étaient tous les deux dans la même promotion et Narcissa avait un an de moins qu'eux. Brillante Headgirl, elle éblouissait Lucius par sa beauté, sa prestance et son intelligence. Mais il n'était pas le seul à l'aimer et à la désirer… Ils s'étaient fiancés aux dix-sept ans de la jeune femme, ignorant le désarroi dans lequel ils avaient plongé le jeune Snape. Taciturne et introverti, le jeune homme avait peu d'amis, pour ainsi dire aucun. Les deux seules personnes à le considérer comme un de leur camarade était Lilly Evans et Narcissa Black. Mais l'une était une Gryffindor… et l'autre l'avait délaissé pour ce bellâtre de Malfoy ! Sans doute Snape avait-il trouvé la lettre de Clotilde de Laz au cours de ses longues heures solitaires à la bibliothèque. Toujours est-il qu'il choisit un bien mauvais moment pour accomplir sa vengeance. Narcissa ne ressentit quasiment aucun effet, à peine eut-elle les pupilles rougissantes un matin. Snape en fut malade mais ne pouvait rien dire. Il ne comprenait pas ce qui n'avait pas marché. La réponse vint au monde neuf mois plus tard. Sans se douter de l'implication de Snape dans le destin de son fils, Narcissa lui proposa de devenir le parrain de son enfant. Ce qu'ils ignoraient tous, c'était que la malédiction était passée à l'enfant, épargnant la mère. Finalement, Snape avait eu sa vengeance…

Draco reposa les papiers dans le coffret et le referma. Remuer le passé n'était pas toujours bon. Mais dans ce cas, cela renforça la détermination du jeune homme. Jamais il ne laisserait Snape gagner !

Il finit de ranger ses affaires, mettant le coffret en évidence sur une des consoles chinoises. Et quand Harry rentra enfin, il l'accueillit avec un grand sourire, un bon dîner et un baiser tendre sur la joue. Ce soir-là, il « se trompa » en rentrant un peu trop tôt dans la salle de bain alors qu'Harry était encore sous la douche. Harry avait tant bien que mal tenté de couvrir ses charmes avec la mousse de son shampoing, faisant rire de plus belle le joli blond. Puis Draco s'était lavé les dents en jetant des regards appuyés par-dessus le muret de la douche.

Le reste de la semaine, Draco fit tout pour arranger les choses. Il rentrait tôt du travail, il invita Harry au cinéma, au restaurant, il lui fit à dîner, il était gentil et agréable. Et le mieux, c'est qu'il ne se forçait pas le moins du monde. Il aimait de plus en plus passer son temps avec son mari et découvrit la joie de rentrer du travail et le malheur de partir le matin loin de la maison. Lui qui s'était noyé dans sa carrière si longtemps découvrait la joie de vivre.

Leur premier week-end ensemble arriva enfin. Comme tous les matins, Draco se leva tôt et décida de profiter du magnifique soleil matinal. Il enfila un petit short et un t-shirt et se rendit dans la serre surchauffée à l'attention de Célès, s'installant sur une des chaises longues qui s'y trouvaient pour se faire bronzer. Harry le trouva vers dix heures quand il débarqua, l'air pas réveillé, en robe de chambre, avec une tasse de thé fumant. Il admira les longues jambes dénudées du beau blond et oublia pourquoi il était venu dans la serre. Il oublia même qu'il était dans la serre. Il oublia le reste du monde.

« Salut, beau gosse, roucoula Draco en relevant ses lunettes de soleil. Tu m'as apporté du thé ? C'est gentil. »

Sans pouvoir ouvrir la bouche, Harry lui tendit sa tasse et s'assit sur l'autre chaise, toujours aussi subjugué. Draco but une gorgée puis rendit la tasse à son propriétaire avec un sourire éblouissant. Il s'étira loooonguement et sensuellement.

« Aaaaaah ! J'ai merveilleusement bien dormi, ronronna-t-il. Et toi, Harry ?

- Je crois que je rêve encore… »

Harry but à son tour et réalisa que les lèvres de Draco avaient touché ce breuvage quelques instants plus tôt. Et cette seule pensée le réchauffa. Il s'installa confortablement à côté de Draco et ils parlèrent jusqu'à l'heure du déjeuner des nombreuses plantes exotiques qui ornaient cette pièce chaude, morceau d'Inde au cœur de l'Angleterre.

Le reste du week-end se passa à merveille. Ils louèrent des films et les regardèrent tout le dimanche après midi. Ils se rapprochèrent rapidement sur le canapé et Draco finit par s'endormir sur l'épaule de son mari, un bras passé autour de sa taille. Harry, troublé, ne se préoccupa plus beaucoup du film, préférant profiter du corps chaud et alangui de son ancien amour contre lui, lui caressant les cheveux avec tendresse.

Et quand Draco se réveilla à la fin du film, il sourit simplement et resta lové contre Harry.

Peut-être était-ce plus simple qu'ils ne l'avaient pensé d'être heureux ensemble…

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Cela faisait onze jours que Draco avait réintégré le domicile conjugal et les choses allaient de mieux en mieux entre les époux. Rêveur, il jouait avec son taille-crayon, inondant son bureau de copeaux de bois. Son sourire niais était heureusement coupé de la vue de tous par la porte de son bureau, lui évitant de perdre à tout jamais sa réputation de dur-à-cuir-au-cœur-de-glace. Un peu avant quatre heures, Agathe, la secrétaire attitrée de leur service ouvrit la porte, chargée de dossiers et d'un paquet.

« Hé, Malfounet, je suis pas ta chouette, ok ?

- Hu ? Quoi ?, s'étonna Draco en relevant subitement la tête, arraché de force à son rêve merveilleux.

- Héhé, ironisa la jeune femme – la seule de ce service à oser l'enquiquiner. Mais qu'est-ce que tu me fais, bébé. Tu… rêves au lieu de bosser ? Tu m'as demandé de t'apporter la liste complète du personnel du département des Aurors, leurs dossiers personnels ET de te rédiger je-ne-sais-quoi… et toi, tu joues avec… avec quoi, d'ailleurs ? »

Elle se pencha sur le bureau du jeune enquêteur pour observer le tas de copeaux et sourit férocement.

« Je rêve, Malfoy ! Tu as fait un CŒUR avec ces copeaux ou un détraqueur m'a brouillée les sens ??????

- Plutôt passer ma retraite à Azkaban que dessiner des petits cœurs, grogna férocement Draco en balayant du dos de la main les copeaux. Et si tu parles de ça, je t'y envoie pour traîtrise, d'ailleurs…

- Tu m'aimes trop pour ça, ronronna la jeune femme en déposant la grosse pile de dossiers sur le bureau. Et au fait… Mister Lockhart, tu as un petit cadeau d'un admirateur. »

Elle gratifia son commentaire d'un clin d'œil coquin et s'en alla comme elle était venue. Draco soupira. Il observa le paquet au-dessus des dossiers et l'ouvrit. Un mille-feuilles, accompagné d'une petite carte : Bon goûter. H. Draco sourit. Il regarda la pile de dossiers et se dit qu'elle attendrait bien le lendemain.

Une heure plus tard, il ouvrait la porte de Grimmauld Place, un bouquet de roses rouges et de gypsophiles à la main et tombait en pleine guerre. A peine eut-il franchit le seuil de la porte qu'il entendit Harry hurler :

« Qu'est-ce que tu fais !!! Pshiiiiit !!!!! Tire-toi !!! »

Il entendit galoper et vit avec stupeur Peluche monter l'escalier en un éclair, Harry à ses trousses, pestant de plus belle que c'était vraiment pas son jour. Draco posa le bouquet dans l'entrée et grimpa derrière eux, se demandant ce qui avait bien pu provoquer pareille déclaration de guerre… Il suivit les grognements de Harry jusque dans sa chambre et s'arrêta sur le seuil de la porte, amusé. Ce n'était pas donné à tout le monde de voir le grand Harry Potter agenouillé par terre, le nez sous un lit à tenter d'attraper un chat.

« Sors de sous ce lit ou je dis à Célès de venir te chercher, menaça Harry.

- Je peux t'aider ? »

Surpris, Harry se redressa et, toujours à quatre pattes, salua son mari.

« Tu fais ta gym ?, lui demanda Draco amusé. Ou la poussière, peut-être ?

- Non, je fais la chasse au chat !

- Aaaaaaah… »

Draco s'agenouilla aux côtés de Harry et chercha Peluche du regard. Elle faisait sa petite boule de poils terrorisée tapie sous le milieu du lit pour être sûre de ne pas être attrapée.

« Elle a vomi sur mon lit et a mangé mon gâteau !, expliqua Harry.

- Elle a vomi sur… ? Pourquoi tu ne me l'as pas dit avant ?

- C'est aujourd'hui qu'elle a fait tout ça !! »

Elle… doit être malade, elle a jamais fait ça…, se dit Draco pour lui-même, pensif, avant de retourner son attention sur sa chatte :

« Peluche, viens ici, l'appela-t-il d'une voix douce.

- Avec le gâteau qu'elle a mangé, elle peut être malade, maintenant, grommela Harry qui ne supportait pas qu'on touche à sa nourriture. Comment un chat peut avaler la moitié d'un mille-feuilles ???

- Pitipitipiti…, continua à appeler Draco avant de se redresser. Tu peux sortir juste le temps qu'elle vienne, s'il te plait ? Tu lui fais peur.

- Sortir ????

- Ecoute, je suis désolé pour… »

Furieux, Harry se releva et quitta la pièce.

« Harry !!, s'écria Draco en se levant à sa suite. Harry ! Attends ! C'est qu'un chat et c'est encore un bébé. Et c'est un environnement inconnu. Laisse-lui un peu de temps, elle ne l'a pas fait méchamment. »

Toujours un peu boudeur mais calmé, Harry s'arrêta au milieu du couloir.

« Je voulais te remercier… et je te trouve tout boudeur, dit doucement Draco.

- Je boude pas…

- Siiii, tu boudes !, le taquina gentiment Draco. Mais je ne le dirai à personne, promis.

- Mais tu comprends, se plaignit Harry, je compense sur la nourriture, alors si on m'enlève ça, c'est la fin du monde !

- Laisse-moi cinq minutes et je lui fais comprendre qu'elle ne doit jamais recommencer, d'accord ? Et après… je te fais des madeleines pour compenser le mille-feuilles. Tu aimes les madeleines ???

- Oui, répondit Harry d'une petite voix. Avec un peu de fleur d'oranger…

- Voila…, commenta Draco avec un sourire lumineux, ravi d'avoir calmé son lionceau.

- Mais…, continua Harry dans un gémissement plaintif. Dans les madeleines, il y a pas de crème, ni de glaçage craquant et fondant sur la langue et… »

Draco s'avança d'un pas et lui attrapa doucement le menton, comblant en un instant l'espace qui les séparait pour offrir à Harry un baiser long, doux et merveilleux. Harry ferma les yeux, se perdant dans cette sensation si agréable, si… nostalgique. Les lèvres et la langue de Draco lui avaient tant manqué… Presque autant que le goût suave de sa salive. Après un moment qui sembla une éternité au Paradis pour Harry, Draco relâcha doucement ses lèvres.

« Je ne sais pas si ça remplace le glaçage, mais j'espère que ça ira…, commenta-t-il tendrement.

- Mmmm mmm, approuva Harry, encore trop sous le choc pour pouvoir prononcer le moindre mot.

- Allez, redescends. Je m'occupe du monstre dévoreur de gâteaux innocents et je te rejoins. »

Sur un petit nuage, Harry descendit et attendit le retour de Draco qui arriva comme promis quelques minutes après, Peluche dans les bras. Il la gronda sévèrement devant les restes du pauvre gâteau à moitié dévoré avant de la relâcher. Elle s'enfuit dans l'escalier, partant sans doute se réfugier sous le lit de Draco.

« Pas besoin de trop la gronder non plus…

- Il faut qu'elle comprenne que chaparder n'est pas bien, sinon elle recommencera, expliqua Draco en bon père. Tu veux qu'elle te vole tout le temps tes gâteaux ?, taquina-t-il Harry.

- Je les surveillerai. Et si j'ai un bisou après… ça me va, » rajouta Harry dans un demi-sourire.

Draco se rapprocha de son époux et déposa un baiser léger sur ses lèvres douces.

« Pas besoin de chat pour ça…, ronronna-t-il.

- Ah ouais ?, répliqua Harry ravi.

- Oui… Quand on est un gentil garçon qui offre des goûters à leur petit copain… ou mari… ou colocataire, on s'en fout… ça mérite un bisou. Et des fleurs, » ajouta-t-il avant de déposer un nouveau baiser sur les lèvres de Harry, comme si la boîte de Pandore qu'ils avaient ouverte les avaient rendues aimantées et irrésistiblement attirées les unes vers les autres.

Draco s'écarta de Harry pour attraper le bouquet abandonné et lui tendre. Harry le remercia chaudement, heureux de l'attention et du fait que Draco soit rentré plus tôt pour lui faire plaisir. Il mit le bouquet dans un vase et revint vers son mari, un peu timide.

« Pour te remercier… moi aussi j'ai le droit d'embrasser mon… mon petit copain de mari colocataire ?

- Bien entendu… Quand tu veux. »

Harry attira le beau blond contre lui et caressa tendrement ses cheveux. Puis il l'embrassa doucement, comme si ça avait été leur premier baiser. Draco l'enlaça.

« Merci…, murmura Harry en s'écartant légèrement.

- J'essaierai de rentrer plus tôt plus souvent…, dit Draco avec un sourire avant de continuer, face à l'air étonné de son mari. Oui, déjà ça t'évitera d'embrocher mon chat…, plaisanta-t-il avant de laisser place à un regard plus doux, mais aussi plus hésitant. Et puis, c'est mieux de passer du temps ensemble. Sinon, tu vas passer ta vie à compenser sur des gâteaux et tu mérites mieux.

- Tu sais, je travaille parfois, commenta Harry amusé.

- Ah ? Moi qui croyais que tu passais ta journée à chouiner derrière la porte jusqu'à ce que j'arrive… Je suis déçu…

- Je ne chouine pas toute la journée ! … Juste à partir de 17 heures, ajouta-t-il dans un sourire espiègle. Et d'abord qui t'a dit ça ?? C'est Peluche ? Je suis sûr que tu parles le Miaou ! »

Draco éclata de rire, rapidement suivi de Harry. Ils s'écartèrent finalement l'un de l'autre pour faire les madeleines, Draco craignant que son mari affamé ne le mange tout cru s'il n'avait pas de gâteaux sous la dent. Pendant que Draco répartissait le reste de pâte dans les moules, Harry osa lui demander ce qui le travaillait depuis quelques jours.

« Draco… Je sais que tu es tenu au secret professionnel. Mais… tu as des nouvelles de… enfin, tu sais ? »

Draco leva les yeux de sa préparation à madeleine. Il ne savait pas trop quoi répondre. Ses soupçons risquaient de troubler le jeune Auror et sans preuves… il préférait ne rien dire. Mais il savait que Harry tenait à ses deux collègues et particulièrement à Corwin, toujours en soins intensifs à St Mungo.

« Je veux pas savoir qui est impliqué, continua Harry. Juste… si ça avance.

- On… tient une bonne piste, dit Draco pour éluder la question. Dès qu'on en saura plus, je te tiendrai au courant, promis.

- Je sais que tu ne peux rien dire, le rassura Harry, donc j'attendrai le rapport officiel. Et que disent tes madeleines ?, ajouta-t-il joyeusement en regardant le four d'un œil gourmand.

- Que la première fournée est presque cuite et que comme je te connais, tu vas te brûler en les mangeant sans attendre, plaisanta Draco. Tu peux les sortir, je vais les démouler. »

Harry se jeta sur le four et sortit les petits trésors dorés dont le fumet délicieux embauma toute la pièce.

« Avec de la glace, ça passerait bien et ça serait moins chaud !, » s'écria joyeusement Harry.

Ils goûtèrent ensemble, Draco se jurant d'accélérer l'enquête pour soulager au plus vite son époux. De toute façon, il ne lui manquait que quelques preuves pour épingler son coupable, il le sentait.

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Ses preuves, il les eut le lendemain en épluchant les dossiers des employés attachés au département des Aurors. Les arrestations eurent lieu sur-le-champ. Et pour 'fêter' ça, Draco rentra dès les aveux sur papier pour inviter Harry au restaurant. Il lui apprit comment les Mangemorts faisaient pression depuis des mois sur Ellena Stones, la secrétaire directe de Kris Bellamy, directeur du département des Aurors, en détenant son mari et sa fille en otage. Sa propre famille avait bien entendu été remplacée par des Mangemorts polynectarisés. Et c'était eux qu'on avait arrêtés. Ellena était entendue pour remonter à la source de la filière mais elle ne risquait pas grand-chose. Quant à sa famille, on l'avait retrouvée saine et sauve gardée par deux Mangemorts à quelques pâtés de maisons de chez elle. Tout était bien qui finissait bien.

Le premier point positif était que Harry était soulagé d'un poids, d'autant plus que son ami Corwin était enfin hors de danger. Le deuxième était que Draco aurait plus de temps à consacrer à sa vie privée maintenant que cette lourde affaire était résolue. L'atmosphère de Grimmauld Place était de plus en plus détendue.

Le mercredi soir de la deuxième semaine après le retour de Draco, Harry s'était couché tôt, épuisé par une partie de quidditch endiablée avec ses amis des Cannons. Draco était resté au salon à lire tranquillement puis était monté se coucher vers les 23 heures. Une fois en pyjama, il fouilla dans toute sa chambre puis tout son étage à la recherche de sa chatte. Peluche lui faisait encore faux bond ! Où donc était passée cette félonne féline ? Il monta à l'étage de Harry et la chercha dans toutes les pièces, l'appelant doucement. Mais nul son de clochette ne se fit entendre. Il ne restait plus que la chambre de Harry. Draco resta quelques instants devant la porte, se demandant s'il entrerait ou non. Malgré l'amélioration de leurs relations, il n'avait toujours pas pénétré dans ce sanctuaire. Il se décida enfin à frapper trois coups, doucement. Puis, en l'absence de réponse, il entrouvrit la porte. La lumière douce de la pleine lune éclairait la pièce, révélant toute sa beauté et sa chaleur à son visiteur nocturne. Si sa propre chambre semblait sortie des Contes Zen de Lao Tseu, celle-ci appartenait aux Mille et Une Nuits. Les hautes fenêtres étaient ornées de lourds rideaux pourpres assortis aux couvertures, un épais tapis de laine aux couleurs chaudes agrémentait le parquet et deux appliques murales aux arabesques d'or surplombaient la tête de lit sculptée en bois sombre. Face à lui, Draco devina un grand coffre et à sa droite une grande armoire. Une arche au-dessus du lit finissait de donner une atmosphère chaleureuse à la pièce.

La respiration lente et régulière de Harry sortait de sous les épaisses couvertures, faisant cogiter Draco. Il n'allait quand même pas le réveiller juste pour retrouver ce foutu chat… Mais d'un autre côté, si Peluche était enfermée dans la chambre, elle risquait de faire pipi ou de miauler. Il rentra donc sur la pointe des pieds et se mit à quatre pattes pour appeler sa chatte. Un léger bruit de clochette se fit entendre, lui faisant lever la tête. Il se redressa et jura intérieurement. Cette coquine s'était endormie tout contre Harry, au creux de son cou ! Draco se releva et fit le tour du lit, appelant tout doucement la traîtresse. Sa seule réponse fut un long miaulement et le commencement de sa toilette.

« Chuuuuut, murmura Draco. Viens là, ma belle… »

Mais rien n'y fit : elle continua sa toilette, ronronnant de plus belle contre l'oreille de Harry au risque de le réveiller. Tentant le tout pour le tout, Draco grimpa sur le lit pour l'attraper. Croyant à des futures caresses, la coquine féline se tortilla en ronronnant contre la figure du dormeur. Celui-ci grogna et se retourna. Draco se rapprocha pour saisir l'importune mais ce faisant, alerta le sixième sens de Harry.

« Mmmmmh hein ?, marmonna-t-il. Qui est là ?

- N'aie pas peur, chuchota Draco. C'est moi, Draco.

- Mmmm… Draco ? Qu'est-ce que tu fais dans mon lit ?

- Désolé, je cherchais Peluche et elle dormait avec toi, s'excusa-t-il. Pardon de t'avoir réveillé, je la prends et je m'en vais. »

Il attrapa la ronronnante boule de poils et s'apprêta à partir quand Harry le retint.

« Laisse-la, grommela-t-il toujours endormi.

- … Mais… c'est que… elle va te réveiller dans la nuit.

- Malfoy, ça pionce les chats, la nuit. Ou du moins, le tien…

- Pourquoi ? Elle a déjà dormi avec toi ?, s'étonna Draco à voix haute, oubliant que Harry dormait une minute plus tôt. C'est pour ça que je ne la trouvais pas non plus l'autre jour. »

Harry soupira puis proposa à Draco de rester dormir là, s'il voulait tant que ça son chat.

« Mais je te préviens, marmonna-t-il le nez dans l'oreiller, chuis à poil et j'me lèverai pas pour m'habiller.

- Tu… Tu veux bien que je reste cette nuit ?

- Mouais, mais tu fais vite, j'ai sommeil ! »

Pas besoin de se faire prier plus longtemps. Draco souleva les couvertures et se glissa entre les draps. Il se mit sur le côté et contempla la silhouette de Harry endormi, Peluche se recouchant entre eux deux.

« Bonne nuit, Harry…, murmura-t-il, rêveur.

- Bonne nuit, Bridget, répliqua Harry.

- Mmmuh ? Qui ?

- C'est un film… Bridget Jones. Elle regarde son mec dormir pendant des heures.

- Une fille bien, cette Bridget, dit Draco en souriant.

- Mouais. Elle fume, boit, a vingt kilos en trop… mais elle est gentille, ajouta Harry en ouvrant les yeux.

- Tu vois, elle et moi on se ressemble. On est tous les deux gentils et on a tous les deux des mecs tellement adorables qu'on ne peut pas s'empêcher de les emmerder jusque dans leur sommeil. Au fait… tu ne voulais pas dormir ?

- Si…, » soupira Harry.

Il s'étira et déposa un baiser de bonne nuit sur les lèvres du joli blond. A peine eut-il reposé la tête sur son oreiller qu'il s'endormit, laissant Draco perdu dans sa contemplation.

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Comme tous les matins, le Vif d'Or-réveil matin de Draco s'éveilla et s'agita en tout sens, bipant à qui voulait l'entendre qu'il était l'heure de se lever pour aller au travail.

Le problème… c'est que tous les occupants de la maison étaient un étage au dessus. Draco ronflait doucement dans l'étreinte chaleureuse de son mari et ancien amant, perdu dans des rêves doux et parfumés.

Harry ouvrit enfin les yeux, ébloui par le soleil printanier. Il s'étira et regarda Draco avec un sourire. Le jeune homme ouvrait doucement les yeux. Que ce garçon était beau dans l'imperfection du petit matin, les cheveux dépeignés, les yeux collés et les plis du drap imprimés sur sa joue gauche.

« Tiens, t'es encore là, musarda Harry amusé. Salut…

- Salut, toi, soupira Draco. Bien dormi ?

- Oui. Et toi ? Tu sais que t'es joli ébouriffé ?

- Toi aussi, Harry… Oh, mais toi c'est tout le temps, plaisanta Draco avant de s'étirer félinement. Mmmmmmmmmmh, j'ai dormi comme un bébé.

- Oui, comme ton bébé chat.

- D'ailleurs, elle est où celle-là ? »

Il se redressa sur les coudes et vit Peluche assise devant la porte, espérant sans doute qu'un de ces deux fainéants se lève pour lui donner à manger. Draco se proposa pour faire les petits déjeuners de tout le monde. Harry se pencha pour attraper son pantalon de pyjama et tomba sur son réveil. Il le fixa, incrédule.

« Draco… Il est dix heures passées. »

Harry se redressa. Draco le fixait d'un air incrédule, presque perdu. En… retard ? Il était en retard ? Il se jeta sur Harry pour lui arracher le réveil des mains.

« Oh putain de bordel de troll !!, jura-t-il. Je… J'te f'rai ton p'tit déj une autre fois ! »

Il bondit hors du lit pour se précipiter dans la salle de bain, mais revint au bout de trois pas. Il se pencha sur Harry et l'embrassa tendrement, avec un sourire.

« Au fait, bonjour. Excuse-moi, mais je file.

- Du calme, l'arrêta Harry en le retenant par le bras. Tu es déjà à la bourre, plus besoin de courir. »

Il se leva sans se soucier de sa nudité et conseilla à son époux de prendre sa douche pendant que lui-même lui préparerait son petit déjeuner. Le beau blond resta captivé par la vue de ce corps qu'il avait autrefois si bien connu. Durant leur septième année d'école, il avait appris à connaître son parfum, chaque morceau de peau, chaque recoin de corps, chaque endroit sensible… Aujourd'hui, ce corps lui était presque inconnu. Il avait des cicatrices dont il ignorait l'histoire et qu'il aurait aimé connaître. D'une tape sur les fesses, Harry le ramena à la réalité.

« File sous la douche, j'ai dit !, » ordonna-t-il gentiment.

En à peine dix minutes, ce qui était un vrai challenge pour un Malfoy, Draco parvint à se laver et s'habiller pour descendre. Harry l'attendait dans la cuisine avec un verre de jus de citrouille, une tasse de thé tiédie pour qu'il puisse la boire de suite et deux toasts. Draco expédia son déjeuner en un instant tandis que Harry remettait en place une mèche de cheveux blonds.

« Voila, comme ça tu es parfait…, plaisanta-t-il gentiment.

- Comment j'ai pu faire ça… C'est la première fois que ça m'arrive. »

Harry répondit par un simple sourire et Draco comprit. Bien sûr qu'il était en retard. Il avait été tellement bien cette nuit, dans les bras de Harry. Il n'avait jamais été aussi bien depuis des années. Et même maintenant, dans cette pièce, alors même qu'il était en effervescence, tout lui semblait bien, à sa place. Il ne pensait pas à son retard, ni aux railleries de ses collègues qui ne manqueraient sûrement pas – comment ? Le roi des psychorigides Draco Malfoy, celui qui a avalé un balai de compétition et un retourne-temps, peut être en retard ?????!!!!!!! – mais il regardait le petit grain de beauté juste sous l'oreille droite de Harry en se disant qu'il ne l'avait jamais remarqué. Ce qui était le plus terrible dans le fait d'être en retard, c'était qu'il devrait se rendre au Ministère par cheminette et il détestait ça. C'était si salissant ! Il avala son dernier toast et remercia Harry pour son aide.

« A ce soir, dit-il avant de l'embrasser tendrement.

- A ce soir, » répondit Harry.

Quand Harry le regarda disparaître dans la cheminée, il se dit qu'ils ressemblaient de plus en plus à un vrai couple.

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« Euh… T'aurais pas vu Peluche ? »

Voila l'excuse que Draco avait trouvé pour venir frapper à la porte de la chambre de son époux. Ils étaient allés se coucher après un repas agréable agrémenté des histoires concernant le retard de M. Malfoy à son travail, mais chacun de son côté. Il n'avait pas osé aller directement dans la chambre de Harry. Alors il en était réduit à trouver une excuse idiote. A son entrée, Harry referma son livre et le regarda avec un sourire.

« Je peux regarder sous ton lit ?, demanda Draco en s'approchant du lit. Elle est peut-être là…

- Tu veux l'attendre ici ?, » proposa Harry amusé en posant son livre sur la table de chevet.

Le jeune homme accepta volontiers et s'assit à côté de Harry, au-dessus des couvertures.

« Justement, j'avais une question qui me travaillait… Tu parles fourchelangue, n'est-ce pas ?

- Euh… oui.

- Donc, tu comprends ce que te dit Célès.

- Oui, acquiesça Harry en se demandant où voulait en venir son ami.

- Mais… ça raconte quoi, un serpent ? Des histoires de serpents ? Sssssalut, commença Draco en imitant le plus ridiculement du monde la langue de ses ancêtres en frétillant de la langue, faisant éclater de rire Harry. Aujourd'hui, ssss'était cool, ssss'était ssssombre et chaud. J'ai sssserpenté dans les ssssségouts. Et sssss'est pas drôle, faut pas sssse moquer des ssssserpents qui sssssssserpentent dans les sssssous-ssssssols sssssssssinon, ils sssssssssse fâchent et sssssiflent sssssans sssssssessssssssssse ! »

Harry pleurait de rire, bientôt rejoint par Draco.

« Tu vois, tu parles fourchelangue toi aussi, gloussa Harry quand il se fut un peu remis.

- Sssss'est çççççça, fous-toi de moi !, plaisanta-t-il, faussement vexé. Mais sans rire, il te parle de la poussière sous les meubles ou de philosophie de serpents ?

- Il ne parle pas tant que ça, expliqua Harry.

- Ooooh… Pourtant il a une grande langue.

- Il doit parler à ses copains serpents du quartier, » plaisanta Harry.

Draco marqua une pause, n'osant poser la vraie question qui le travaillait.

« Dis, Harry, demanda-t-il enfin. Je peux dormir ici ?

- Tout ça pour ça ?, le taquina Harry.

- Oui… et non. Je voulais vraiment savoir ce que pouvait raconter un serpent. Mais pour le chat… Ouais, c'était du flan, elle dort près de la cheminée en bas.

- Je suis toujours sans pyjama, le prévint Harry.

- Pas moi, l'honneur est sauf. »

Avec un sourire amusé, Harry souleva les couvertures, invitant son ancien amant à rentrer dans son lit, ce qu'il fit bien rapidement.

« Attenssssion, ssssimple mortel, siffla-t-il faussement menaçant, ma morsssssure est ssssuper…

- … sssssexy ?, improvisa Harry.

- Ouais, plaisanta Draco, ça fait pas trop peur mais c'est pas mal.

- Esssssaie voir, le tenta son mari.

- Tu ossssses tessssster ma morsssssure ssssuper ssssexy ?

- Oui, je suis un fou ! »

Le prenant au mot, Draco se rapprocha le plus possible de Harry et glissa ses doigts dans ses cheveux ébouriffés. Il rapprocha ses lèvres de celles de son ancien amant et l'embrassa tendrement. Harry y répondit de suite, embrasant leurs deux corps collés. Draco, enivré par la saveur trop longtemps oubliée de Harry, commença à lui mordiller la lèvre inférieure, lui arrachant un gémissement. Il bascula au-dessus du corps chaud et ondulant du brun et partit à sa redécouverte, laissant ses doigts effleurer son torse et jouer avec ses tétons durcis par le plaisir. Visiblement, Harry était toujours aussi sensible car il se cambra en miaulant de plus belle entre ses lèvres, l'excitant d'autant plus. Draco délaissa les lèvres douces de son amant pour lécher et mordiller la tendre peau du cou, puis la clavicule et enfin ce téton si sensible. Les gémissements qu'il arracha à son amant l'encouragèrent à reprendre ses marques dans un autre domaine. Il laissa ses mains descendre plus bas et les suivit, traçant une ligne humide de baisers jusqu'au nombril. Comme dans un rêve merveilleux, Harry le regardait poursuivre son chemin, lui aussi de plus en plus excité. Allaient-ils refaire l'amour ? Quand il sentit Draco se glisser entre ses cuisses et sa langue chaude chatouiller son nombril, il prit peur. Et… Et s'il était à nouveau incapable de faire l'amour à Draco ? Une main de Draco griffa gentiment l'intérieur de sa cuisse. Ses lèvres et sa langue quittèrent le nombril pour embrasser l'aine. Une énorme boule d'angoisse chassa tout plaisir de l'esprit de Harry et il gémit, mais pas de jouissance. Il sursauta en sentant les doigts de Draco effleurer sa virilité.

« Draco !!, » gémit-il plaintivement.

Inquiet, le blond suspendit tout mouvement et regarda son amant. Harry semblait au bord des larmes. Il remonta vers Harry.

« Bébé, ça va ?

- Non…, » gémit Harry, un sanglot coincé dans la gorge.

Draco réalisa soudain quelle devait être la source du problème et baissa les yeux. Comme les dernières fois où ils avaient essayé de faire l'amour sept ans avant, au moment crucial Harry avait eu 'une panne technique'. Harry le repoussa sans trop de ménagement, mort de honte et de douleur. Ce calvaire ne finirait donc jamais…

« Pardonne-moi, je suis allé trop vite, » s'excusa sincèrement Draco en s'écartant de son amant.

Il s'assit au bord du lit, comme s'il était prêt à partir. Lui tournant le dos, Harry sentait son cœur se gonfler de douleur comme ses yeux de larmes.

« Tu sais… ça ne change rien, lui dit Draco.

- Non… ça ne change rien, commenta-t-il, amer. Rien ne change, il faut croire. »

Draco tourna la tête vers lui et regrimpa sur le lit à quatre pattes pour rejoindre la petite forme recroquevillée qu'était Harry. Il se colla contre lui et l'enlaça avec tendresse.

« Je ne te laisserai plus, Harry… Surtout aux moments où tu as le plus besoin de moi. Ce n'est pas ta faute, tu sais… Et je sais que tu le sais. C'est ma faute. C'est moi qui te bloque. Je te demande pardon, supplia-t-il en déposant un baiser sur sa nuque.

- Ça… Ça m'a pris deux ans pour recoucher avec quelqu'un…, dit Harry la voix enrouée. En plus, t'as dû te taper tous les gays de l'école… et les bi aussi, qui sait.

- Harry, regarde-moi, lui demanda Draco en essayant de le mettre face à lui.

- C'était… tellement humiliant, continua Harry.

- Regarde-moi, » intima-t-il à la fois doux et autoritaire.

Son amant finit par obtempérer et se mit face à lui. Tendre, Draco prit son visage entre ses mains et plongea ses yeux dans les siens.

« Ecoute bien ce que je vais te dire... Oui, pour me venger de toi et de l'amour que tu pouvais éprouver alors que mon coeur était mort, j'ai couché avec des tas de mecs, si possible ceux de ton entourage, pour que tu sois toujours au courant. Mais... il faut que tu saches... Le seul qui m'ait apporté du plaisir... c'est toi. Je... je n'ai jamais réussi à jouir avec aucun autre, ajouta-t-il peiné. Tu vois, c'était ma punition pour t'avoir fait du mal.

- Tu ne devais pas être puni, toi. Tu n'avais rien fait de mal.

- Tu n'étais pas beaucoup plus fautif que moi, répondit Draco en lui caressant la joue. Et ça n'empêche pas que j'ai été cruel avec toi. Quand j'ai réalisé que je n'arrivais plus à aimer, j'ai paniqué. J'étais effrayé alors je me suis rabattu sur quelque chose de sûr et connu : ma haine pour toi, celle là même que j'avais entretenue pendant presque sept ans. Et je t'ai humilié et écrasé pour me sentir mieux. Je t'ai... diminué au point de... tu sais...

- J'ai peur que ça soit comme avant, gémit Harry en se serrant contre Draco. Et qu'on s'en sorte pas.

- Oui, ça sera comme avant, murmura Draco à son oreille. Mais avant quand tu me faisais vibrer de plaisir. Je peux encore ressentir chacune des étreintes que tu m'as donné... chacun des coups de reins qui me faisaient voir des étoiles... Tu as été mon meilleur amant..., susurra-t-il, sensuel. Tu me connaissais par cœur et tu savais comment me prendre pour me faire jouir en un éclair ou faire durer le plaisir encore... et encore... et encore... Tu te rappelles le jour où je t'ai donné ma virginité ?

- Oui, répondit sombrement Harry. C'est là où a débuté notre malheur.

- Oui, mais c'est aussi le jour où j'ai ressenti le plus grand frisson de ma vie, répliqua Draco chaudement en posant la main sur la hanche de son amant. Tu te souviens de ce feu dans nos corps ? De cet incendie dans nos reins ? J'ai cru mourir de plaisir ce jour-là, ronronna-t-il finalement au creux de son oreille, lui rendant enfin le sourire. Tu souris… Tu ne me crois pas ?

- Si…

- Par contre, un jour j'ai vraiment cru mourir... à cause de Monsieur Lapin, dit-il avec une moue. Je m'ennuyais ferme et j'ai... voulu le tester à sa taille maximale.

- T'es malade !, s'exclama Harry.

- C'était une mauvaise idée, je l'avoue. J'ai boité une bonne semaine et j'avais trop honte d'aller à St mungo pour ça, alors j'ai attendu que ça passe... »

Harry éclata de rire, vexant passablement Draco.

« Ça va, j'ai compris : je suis malade ! Je l'ai fait une fois pour le fun et je ne risque pas de recommencer.

- Oh, boude pas, plaisanta Harry. Au moins, tu m'auras fait sourire.

- Ouais, super ! Et je t'ai conforté dans l'idée que j'étais un graaand malade.

- N'empêche… Quand je vais raconter ça au boulot, ils vont pas me croire…

- Non ! S'il te plait, pas ça !, s'écria Draco, suppliant.

- Je ne dirai pas qui c'est.

- Non, je t'en supplie ! Ils vont te travailler jusqu'à ce que tu leur avoues ! Et… Ce que tu ne sais pas…, balbutia-t-il en rougissant, c'est que c'était il y a deux ans. Ils feront forcément le lien entre le mec qui s'est défoncé avec un marteau-piqueur et mon soi-disant accident de balai… »

Harry partit pour un nouveau fou rire. Il promit de se taire et remercia Draco de lui avoir changé les idées avec une histoire aussi… comique. Puis Draco se glissa à nouveau sous les draps et attira son amant contre lui. Qu'importe qu'ils ne puissent pas faire l'amour. Ils étaient si bien l'un contre l'autre.

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Le petit matin les trouva à nouveau enlacés. Draco regarda l'heure et constata qu'il était largement dans les temps pour aller au travail. Seulement… il n'en avait aucune envie. Il embrassa tendrement la joue de Harry qui commençait à s'agiter à ses côtés.

« Rendors-toi, » murmura-t-il.

Mais le petit miaulement adorable de son mari coupa net toute envie de se lever. Harry se retourna et se blottit contre le corps chaud de son ancien amant, sa main droite allant instinctivement attraper celle de Draco pour les ramener toutes les deux sur sa virilité visiblement très réveillée, elle.

« Dis donc, coquin, se moqua gentiment Draco. C'est comme ça que tu me motives pour aller travailler ? »

Un petit gloussement lui répondit et Harry ouvrit les yeux. Il faisait toujours courir la main de Draco sous la sienne, contre son sexe dur.

« Draco…, ronronna-t-il. Tu veux que je te raconte une hisssstoire de sssserpent ? Cccccc'est l'hisssstoire d'un sssserpent chaud…

- Chaud ?, s'étonna le joli blond. Mmmmmh, oui effectivement, conclut-il en prenant en main le « serpent » très chaud de son amant, heureux de le sentir si actif. Il est du matin, dis donc…

- Tu lui manques…

- Tu crois qu'il aimerait que je lui dise bonjour ?, proposa Draco de plus en plus excité.

- Mmh, pas trop. Il voudrait t'honorer…, ronronna Harry en glissant sa main dans le pantalon de pyjama de son mari. Ouuuh, le tien aussi est réveillé !

- C'est contagieux, ces choses-là, » fit remarquer Draco, coquin.

Enflammé par les caresses du beau brun, il s'empara de ses lèvres pour lui offrir un baiser enflammé. Rapidement, le peu de vêtements qui couvrait Draco vola en dehors du lit et chacun commença à explorer le corps de l'autre. Draco se mit sur le dos et attira son amant entre ses cuisses pour qu'il s'installe confortablement.

« Ben alors…, roucoula Harry en lui faisant un suçon à la base du cou. Tu vas pas travailler ?

- M'en tape…, haleta Draco. J'enverrai… un hibou… »

Harry intensifia ses caresses, intoxiqué par les gémissements de son amant. Draco reprit possession des lèvres gourmandes du brun et décida de faire de sa langue son petit déjeuner. Il se cambra contre les mains baladeuses qui exploraient son ventre et ses cuisses.

« Harry…, gémit-il entre deux baisers. Fais-moi l'amour…

- J'ai rien ici, » haleta Harry, ce qui ne l'empêcha pas d'être entreprenant puisqu'il glissa deux doigts dans l'intimité de son amant, lui arrachant un cri de plaisir et de douleur mêlés.

Il doigta habillement le joli blond qui se tortillait de plaisir sous lui.

« Ceci dit…, continua-t-il, tu peux te lever et aller chercher des capotes dans la salle de bain.

- Haaaaaan…, gémit Draco en se cambrant, faisant onduler son bassin pour aller à l'encontre de ces doigts habiles. Pas envie… de… lever… Haaaaaaaaaaaaaaaan ouiiiiiiiiiii. »

Il se cambra plus fort quand l'index de Harry effleura sa prostate, réveillant mille et un plaisirs dans son corps bouillonnant. Jamais quelqu'un ne l'avait touché comme ça…

« Encooooooore…, » couina-t-il dans un souffle, se tordant de bien-être.

Harry intensifia ses caresses, titillant de plus belle le point G de son mari, excité de plus en plus par cette vue sublime qu'il lui offrait. Draco se sentait défaillir et ne résista plus très longtemps. Il voulait que Harry lui fasse l'amour, il voulait le sentir en lui, il voulait jouir avec lui…

« Ha… Harry…, parvint-il à gémir entre deux halètements, essayant de regrouper le peu de facultés mentales qui n'étaient pas occupées à ressentir certaines parties de son corps pour faire une phrase cohérente. Je s… suis clean… Haaaaan !!!! … Vas-y si… tu veux… hmmmmmmmmmm. »

Troublé, Harry suspendit ses mouvements. Draco voulait qu'il lui fasse l'amour. Et il voulait faire l'amour à Draco. Tout allait bien. Il n'avait pas à avoir peur. Il relâcha le sexe de son amant et retira ses doigts de son intimité. Draco se redressa sur les coudes et le caressa du regard. Il arborait un sourire confiant et c'était la plus belle des invitations que Harry pouvait recevoir. Toute appréhension – ou presque – fondit en lui, remplacée par le désir et la joie. Désir de sentir ce corps chaud et frémissant contre lui. Joie de cette harmonie unique qui les secoua quand Harry pénétra Draco. Cet instant qui ne dura qu'un souffle, Harry et Draco ressentirent la magie qui les avait unis leur nuit de noce. Sans jouet ni lingerie, les deux amants se retrouvaient enfin après de longues années d'égarement.

Gémissant, Draco enroula ses jambes autour de la taille de son amant et se cambra contre lui, en accord avec les pénétrations lentes. Harry voulait savourer cet instant et le faire durer aussi longtemps que possible… Et quelque part, la peur flottait dans son esprit. Il caressa d'une main un peu tremblante le torse de son amant, cherchant le réconfort dans son regard.

« La première fois que je t'ai fait l'amour, j'avais un peu peur aussi, expliqua-t-il d'une voix douce.

- C'est vrai ? – Draco attrapa la main et l'embrassa avec tendresse.

- Oui… Je n'avais jamais couché en étant amoureux. J'avais peur que ça marche pas… »

Lentement, Harry commença à aller et venir en accord avec Draco qui était bouleversé à la fois par la chaleur et la douceur retrouvées du corps de son mari et par sa déclaration. Il se redressa pour capturer les lèvres de Harry et l'embrassa avec passion et amour, intensifiant leur plaisir respectif. Harry répondit par des coups de rein plus ardents, faisant gémir et miauler Draco contre ses lèvres. Le beau blond s'accrocha à son mari, l'encourageant à aller toujours plus vite, toujours plus fort.

Pourtant, Harry se retira après un puissant coup de rein qui fit voir des étoiles à Draco. Celui-ci grogna pour protester mais Harry s'était déjà redressé pour aller s'asseoir au bord du lit. Avant que Draco ait le temps de s'interroger, il l'attira contre lui et l'invita à se mettre à califourchon sur lui. Oui, c'était bien mieux comme ça. Souriant, Draco s'installa, se raccrochant au cou et aux lèvres de son mari dans un baiser fougueux. Harry glissa un bras sous le genou de son amant, l'autre se glissa derrière ses reins pour le soutenir, puis il le souleva, l'invitant à continuer là où ils s'étaient arrêtés. Draco se plaça au-dessus du sexe tendu de son époux et se laissa glisser, s'empalant sur lui pour leur plus grand plaisir. Retenu dans le dos par Harry, il entama un va-et-vient profond et intense, leur arrachant des longs gémissements.

« Merliiiiin !!!!!!!, s'écria Draco, tremblant de plaisir en posant son front contre celui de son amant. C'est boooooooooooooooooooooon ! »

Les bras serrés fort autour du cou de Harry, il bougeait le plus lentement possible, plongeant ses yeux inondés de plaisir dans le regard vert et pétillant de son Harry. Les cheveux blonds un peu en bataille, les joues rosies par le plaisir et l'effort… Jamais Draco ne lui avait paru plus désirable.

Il réalisa qu'il l'aimait à en mourir. Pourtant, il n'osait pas lui dire, même maintenant dans ce moment de communion parfaite. Harry laissa son mari mener la danse quelques instants, puis passa ses bras sous ses fesses pour le maintenir contre lui quand il se leva. A nouveau, Draco enroula ses jambes autour de la taille de Harry et poussa un petit cri de plaisir quand il se fit plaquer au mur. La douceur, c'était bien… mais là, c'était encore mieux ! Les cris et gémissements des deux amants se firent de plus en plus forts et passionnés à mesure que les pénétrations de Harry s'intensifiaient. Draco s'agrippait à lui, griffant son dos mais compromettant leur équilibre. Harry le fit donc glisser jusqu'au rebord de la fenêtre la plus proche et le déposa, soulageant ainsi ses bras. Il glissa ses coudes sous les genoux de Draco pour maintenir ses cuisses écartées et le pénétra vigoureusement, attrapant son visage pour lui dévorer la bouche. Les mains crispées sur le rebord de la fenêtre, Draco se laissa aller totalement, criant son plaisir entre les lèvres de son mari, le visage inondé de larmes de bonheur. N'en pouvant plus, il jouit dans un miaulement mélodieux, entraînant Harry dans son orgasme. Draco gémit de plus belle en sentant son amant se répandre en lui. Ils restèrent enlacés contre la fenêtre un long moment, haletants, savourant cet instant de grâce.

Puis Harry demanda gentiment à Draco de s'accrocher. Il le porta jusqu'au lit où il le déposa avec douceur. Toujours accrochés l'un à l'autre, perdus l'un dans l'autre, ils reprirent leurs esprits lentement. Quand Harry voulut se retirer, Draco le retint. Il ne voulait pas perdre cette sensation d'être à nouveau entier.

« Reste encore un peu, s'il te plait, murmura-t-il, suppliant.

- Je ne comptais pas partir, répliqua Harry avant de le couvrir de baisers.

- Harry…, ronronna Draco. J'ai envie qu'on reste ici à faire l'amour toute la journée.

- Rien que ça ?, s'étonna Harry amusé. Tu fais l'école buissonnière ?

- Oui… Je te veux au petit déjeuner, au déjeuner, au goûter et au dîner… Peut-être même au souper, aussi.

- Ça me va…, ronronna Harry avec un sourire.

- Mon petit lion… »

Ils s'embrassèrent tendrement, prolongeant leur union parfaite enfin retrouvée, leurs cœurs battants à l'unisson…


De toi à moi, mon amour… Je crois que nous avons bien mérité notre victoire.

Quand je te vois à côté de moi, dans mon lit, je ne peux que sourire.

Mon visage sourit.

Mon cœur sourit.

Mon âme sourit.

Tout mon être est soulagé.

Comme il y a longtemps, je quitte notre lit – ou plutôt mon lit dans lequel tu me rejoins depuis un peu plus de deux semaines – et je vais à la salle de bain me passer de l'eau sur le visage. Qu'est-ce qui a tant changé depuis ? Que se passera-t-il quand je rentrerai à nouveau dans cette chambre ? Sentirai-je à nouveau ce vide m'étreindre ? Sentirai-je à nouveau mon cœur mourir ? Moi qui étais si sûr de moi quand je me suis réveillé pour te contempler dans la nuit, j'ai maintenant le cœur emprisonné par la peur.

Cette cage n'a que trop longtemps blessé mon être. Et le tien aussi. Nous étions tous les deux dans une cage et chacune d'elle était faite de barreaux acérés.

Il est temps de nous échapper, mon amour. Il est temps de se retrouver, vraiment, complètement. Il est temps de trancher nos liens et de n'être plus des marionnettes mais les maîtres de notre histoire.

Le parquet grince sous mes pas quand je rentre à nouveau dans la chambre. Ta respiration douce fait écho aux battements sourds et rapides de mon cœur affolé. Tout semble bien aller. Je te regarde et je t'aime toujours.

Ou peut-être est-ce une illusion ?

Je dois savoir.

Je dois être sûr.

Je te regarde une dernière fois. Si ça ne marche pas… je ne sais pas ce que je ferai. Si ça ne marche pas maintenant, au cœur de cette nuit calme… alors quand ?

Je dois être courageux et j'avance vers notre passé. Notre avenir, aussi.

J'ouvre ce coffret à trésor.

Mon trésor.

Toi.

Je tremble ? Pourquoi ?

Une partie de moi me rassure, me dit que ça ne peut que marcher. Que mon amour est bien réel.

Le reste hurle de me contenter de l'incertitude.

Mais je ne veux plus risquer de te blesser. Je prends l'anneau orné d'un serpent, jadis notre symbole d'union, devenu trop rapidement le symbole de notre destruction. Allez, petit serpent, rattrape-toi ! Je ferme les yeux, retiens ma respiration et le glisse à mon doigt.

Que m'as-tu dit, l'autre jour ? « Détruisons les papiers du divorce et recommençons. » Je l'avais déjà fait, le jour même où tu me les avais donnés, mais tu l'ignorais. Je te le dirai demain. Quoi qu'il arrive.

Même si…

Je la ressens. Cette petite douleur. Une douleur merveilleuse.

La morsure d'un serpent d'argent aux yeux d'émeraude enserrant dans sa gueule ma chair.

Mon cœur peut rebattre.

Je rouvre les yeux, laissant échapper des larmes de joie.

Je t'entends bouger dans le lit et me retourne. Tu me cherches, même dans ton sommeil.

« Draco ? », murmures-tu, ensommeillé, peut-être inquiet de sentir le lit vide à tes côtés.

Je viens vers toi et me glisse sous les draps. Je t'enlace et t'embrasse dans le cou pour te rassurer. Je ne te quitterai plus. Ton corps chaud est à nouveau mon port d'attache, mon havre de paix. Je sais qu'à partir de maintenant, quelque soit l'heure de ma mort, j'aurai vécu heureux car dans la certitude de t'avoir retrouvé. A tout jamais. Je suis heureux, car à nouveau tu es…

dans mon cœur.

- FIN -


Merci de nous avoir suivies et reviewées sur cette fic. Nous espérons que vous avez aimé l'histoire et que les personnages vous ont touché(e)s. Actuellement nous "travaillons" sur une (charmante) tragédie avec les personnges du manga "Gravitation" : Tohma Seguchi et Eiri Yuki. Niveau publication... nous allons reprendre "Le Pari". Peut-être nous vous y reverrons. Et comme on a un ou deux OS sous le coude, sait-on jamais... K & S