Disclaimer : les personnages sont de JK Rowling, l'histoire de shiv5468.

Note : Mirliton, désolée, mais il y a encore mention d'un B-O-C-A-L dans ce chapitre. Ça va aller ?

Chapitre deux.

Smudger hésitait encore sur la meilleure conduite à adopter. Il ne doutait pas que le plan qu'Hermione lui avait suggéré soit le meilleur choix possible pour lui. Son idée était folle, mais c'était pour ça qu'elle avait une chance de marcher. Dans le monde des Mangemorts, les gens avaient tendance à créer des plans abstrus(1) et compliqués. Ils ne fonctionnaient pas forcément, mais vous permettaient de faire bonne figure quand même quand ils échouaient. Hermione avait une tendance à aller directement au cœur des choses. Ça rendait ses plans moins chics, mais cent fois plus efficaces. Non, la question que se posait Smudger était de savoir si Lucius serait moins enclin à lui jeter des sorts en revenant de chez sa maîtresse, ou en chemin pour aller la voir. Il serait peut-être de meilleure humeur la tête pleine de souvenirs de ses récents ébats, mais d'un autre côté, s'il était pressé, il ne perdrait ni le temps ni l'énergie qu'il fallait pour se montrer réellement inventif si les sorts en venaient à voler.

D'une façon comme d'une autre, ses couilles allaient finir dans un bocal sur la cheminée, et il n'était pas vraiment impatient de devoir expliquer ça à Tonks.

Ce qui était évident, c'était qu'il avait besoin d'un autre verre pour réfléchir à tout ça, et il était encore plus évident qu'il n'était pas dans un établissement qui saurait lui fournir une pinte digne de ce nom. Il décida de prendre ses quartiers à la Tête de Troll afin de pouvoir méditer convenablement. Seuls les imbéciles se précipitaient, les Smudgers prenaient le temps de peser un peu le pour et le contre avant.

Il réfléchit tant et si bien que les événements le dépassèrent, quand Lucius entra et vint s'asseoir à côté de lui au bar. Smudger avait toujours été capable de comprendre les clins d'œil du destin, et décida de profiter de l'opportunité.

« Bonjour, » dit-il. « Ce n'est pas un endroit où tu as tes habitudes, il me semble. J'aurais cru que c'était indigne d'un Malefoy de mettre les pieds dans un bouge pareil. »

« C'est ce que pense Narcissa. »

Smudger tressaillit, et se demanda s'il avait le temps d'atteindre la porte. Après une rapide invocation au quelconque dieu qui avait charge de sa vie, il se lança. « J'ai vu Narcissa hier. »

Lucius regardait sa pinte d'un œil critique, quelque peu distrait par les dangers potentiels que couraient sa vie et ses boyaux. « Est-ce que tu es sûr qu'on ne risque rien en buvant ça ? »

« Si, mais rien de grave. Bon, je te disais que j'ai vu Narcissa… » Il faillit décider de ne pas en dire plus sur toute cette putain d'histoire, et de voir s'il pouvait persuader Tonks d'émigrer pour l'Australie avec lui, mais ne put se résoudre à l'idée de boire leur bière jusqu'à la fin de ses jours. Il prit une bonne inspiration. « Est-ce que tu sais qu'elle m'a invitée à prendre le thé hier ? »

« Elle cherchait encore à vérifier mes allées et venues, j'imagine. Vraiment, elle va trop loin. Est-ce qu'un homme n'a pas le droit s'amuser un peu une fois de temps en temps ? »

« Hé, arrête, Lucius, c'est plus qu'une fois de temps en temps ; je parlerais plutôt de trois fois par semaine. »

Lucius eut l'air très content de lui-même pendant un instant, avant de revenir à son habituel air de supériorité lasse. « J'espère que tu n'es pas allé dire ça à Narcissa. »

« Elle n'était pas le moins du monde intéressé par ce que tu faisais, » répondit Smudger, espérant que ça suffirait.

« Alors pourquoi est-ce qu'elle… ? » Lucius s'interrompit au milieu de sa phrase, quand son cerveau embraya. « Non. » Il dévisagea Smudger, fasciné. « Elle n'aurait pas fait ça. Elle ne l'a pas fait. Tu n'es pas en train de me dire que Narcissa… »

Smudger hocha la tête. Ça se passait plutôt bien, étant données les circonstances. Ce soulagement le rendit inattentif, et il se retrouva soudain collé contre le mur, serré à la gorge par un fou aux cheveux blonds penché sur lui.

« J'espère que tu n'as pas accepté son offre généreuse, » siffla Lucius à son oreille.

« Bien sûr que non, » parvint-il à croasser. La prise se desserra un peu, et il ajouta, « jamais je ne ferais ça à un autre Serpentard. »

Lucius ne semblait pas vraiment convaincu, alors il ajouta l'argument massue, « Si je l'avais fait, je n'aurais pas été suffisamment stupide pour venir t'en parler, quand même. »

Lucius sembla accepter cet argument, et se tourna de nouveau vers son verre, laissant à Smudger le loisir de se masser la gorge dans l'espoir d'y faire revenir un minimum de sensations.

« La peau de vache, » dit Lucius.

Smudger se dit que ce n'était pas le moment de faire remarquer que Narcissa se contentait de faire à Lucius ce que lui lui faisait – ou plutôt ne lui faisait pas – depuis des années.

« Tout ça c'est de la faute de Granger, » poursuivit Lucius. Ses doigts tordaient son sous bock de façon tout à fait sinistre. « C'est elle qui m'a suggéré d'encourager Narcissa à voir plus de monde. »

« Justement, la petite Hermione pense que tu pourrais tirer avantage de ça. » Les doigts de Lucius se serrèrent plus encore sur l'innocent carton, et Smudger enchaîna rapidement. « Tu sais, tu pourrais te débarrasser de Narcissa une bonne fois pour toutes, et sans avoir à lui donner la moitié de la maison. »

« Je ne peux pas assassiner ma femme, » s'étrangla Lucius. « Pas même si elle couchait avec la moitié des sorciers du pays. Ce serait malpoli, et puis, je serais le premier suspect. »

« Je pense qu'elle avait plutôt en tête un divorce, » expliqua patiemment Smudger. C'était le problème avec les Serpentards. Il pensaient toujours poison et Magie Noire en premier, alors qu'ils avaient la possibilité de recourir à une méthode toute aussi efficace – et légale.

« Je n'ai pas l'intention de laver mon linge sale en public, » grommela Lucius.

« Non, mais si tu pouvais trouver quelqu'un de suffisamment stupide pour te débarrasser d'elle, les choses seraient différentes. A ce moment là, tu lui proposes un divorce rapide, et elle sera tellement ravie de pouvoir se consacrer à sa conquête du pouvoir qu'elle se contentera de beaucoup moins.

« J'imagine. » Lucius pinça les lèvres, pensif. « Bon, qui est-ce que nous connaissons qui soit à la fois suffisamment riche et suffisamment idiot ? »

Le reste de leur après-midi fut occupé à passer en revue la liste des gens qu'ils n'aimaient pas, qui étaient assez malléables pour que Narcissa les trouve attirants, mais sans cependant qu'ils soient si ouvertement stupides que personne ne voteraient pour eux. Ils durent écarter un certain nombre de candidats qui risquaient trop de devenir le prochain Seigneur des Ténèbres si on leur en laissait l'opportunité. Ils n'avaient pas la moindre envie de recommencer tout ce cirque. Ils cherchaient uniquement quelqu'un qui présentait bien, qui n'avait pas de cervelle, et qui serait trop occupé à briller et à se pavaner pour faire quoi que ce soit de vraiment machiavélique.

Ce qui laisserait le champ libre à d'autres personnes, dans l'ombre, pour diriger les choses dans les coulisses.

La difficulté était de trouver le candidat idéal – Narcissa était connue pour être difficile, et Lucius, pour être radin. Ce n'était pas une combinaison heureuse – si un homme était assez riche pour convenir à Lucius, il n'était pas assez beau pour plaire à Narcissa. La moitié de la population masculine du Monde Magique se trouva éliminée de cette façon.

« Tu sais, Potter est le candidat qui s'impose, » dit Lucius. « Mais il est un peu trop jeune, et soyons réalistes, s'il a survécu à dix ans de manipulations de la part de Dumbledore, il ne risque pas de se faire avoir par les charmes de Narcissa. »

Smudger pensa qu'au contraire Narcissa disposerait d'armes autrement plus persuasives que Dumbledore n'avait jamais pu en avoir, et que le jeune homme aurait toutes les chances de lui manger dans la main. Après tout, elle s'était mesurée à Lucius depuis des années, et il était tout aussi retors que n'importe qui - Smudger, par exemple. Malheureusement, il ne pouvait pas laisser le gamin être livré en pâture comme un tigre recevrait un chevreau au bout d'une pique. Vrai, c'était un petit chouineur détestable qui n'en méritait pas moins, mais Hermione risquait de prendre la chose personnellement si son ami était jeté aux loups comme ça, et ça en faisait une vraiment très mauvaise idée. Ses couilles dans un bocal seraient le cadet de ses soucis s'il ne mettait pas fin à ce cours de pensée, immédiatement.

Lucius était arrivé à une conclusion encore pire, pendant ce temps là. « Ce qui me fait penser que Severus serait encore un meilleur choix : il est ami avec Narcissa depuis des années, et il a toujours rêvé de faire partie de la haute. »

« Oh, mais en voilà une bonne idée, » lui répondit Smudger, dégoulinant de sarcasme. « Pourquoi est-ce que tu ne vas pas en parler toi-même à Hermione ? Je serais vraiment curieux de voir la tête qu'elle va faire. »

« Je ne crois pas que je le ferai. Ça pourrait bien être la dernière action de ma vie, » ricana Lucius. « Et puis j'admets que je ne souhaite même pas Narcissa à mon pire ennemi, et encore moins à un ami. »

« Il y a toujours Weasley, » proposa Smudger.

« Ronald ? Je ne vois vraiment pas Narcissa choisir l'acolyte alors qu'elle pourrait avoir le héros. »

« Je pensais plus à Percy. Il est parvenu à grimper plutôt haut sur l'échelle rien qu'à force d'ambition aveugle et de léchage de bottes. »

« Complètement dénué de talent, remarque, » observa Lucius.

Smudger haussa les épaules. « Ça n'a jamais empêché personne d'être élu Ministre de la Magie jusqu'à maintenant. »

« C'est bien vrai, » concéda Lucius. « Mais c'est un rouquin. Je ne vois vraiment pas Narcissa à la colle avec un rouquin. Il jurerait avec la déco intérieure. »

« C'est vrai, t'as raison. »

Lucius commanda une autre tournée afin de mieux huiler les rouages de leurs cerveaux.

Smudger but une longue gorgée de bière, pensif. L'opportunité de choisir le nouveau mari de Narcissa avait été attrayante au départ – quinze ans chez les Mangemorts, près de la moitié d'une vie, ça vous donnait une opportunité sans précédent d'accumuler des rancunes dans les deux camps – mais trouver le partenaire idéal s'avérait plutôt difficile. S'ils parvenaient à en pré-sélectionner trois, ils ne seraient pas loin du miracle.

« Je n'ai jamais beaucoup aimé Grytpype-Thyne, » avança Smudger. « Con comme un balai. Il n'est pas très riche, mais il vient d'une bonne famille, attention. »

Lucius pinça les lèvres, pensif. « J'imagine que ça vaudrait le coup de lui glisser quelques billets, s'il me permettait de ne plus avoir Narcissa sur le dos. »

« Narcissa ne me semble pas être le genre de femme qui se contentera de quelques billets, » fit remarquer Smudger.

Lucius soupira. « Non, tu as raison. Et c'est bien là qu'est le problème. C'est inextricable, si tu veux savoir. Je suis coincé avec elle jusqu'à la fin de mes jours. Ça suffirait à faire pleurer un homme. »

Smudger secoua tristement la tête. Après plusieurs pintes, Lucius et lui étaient maintenant les meilleurs amis du monde, et il mourait d'envie de l'aider. « Tiens, pourquoi est-ce que tu ne viendrais pas à l'anniversaire de Severus ? Je suis certain qu'Hermione sera capable de nous trouver de bonnes idées. Elle est aussi douée que ça. »

Lucius paraissait en douter. « Elle sort à peine de l'école – et c'est une Gryffondor, en plus – alors qu'est-ce qu'elle pourrait bien trouver que deux hommes d'expériences comme nous n'aurions trouvé tout seuls ? »

Smudger rota discrètement. « C'est une gonzesse. Narcissa est une gonzesse. Les gonzesses savent comment pensent les autres gonzesses. Et puis, je crains que nous ne souffrions de ce que j'appellerais un préjugé. »

Lucius ne protesta pas. « Qu'est-ce que tu veux dire ? »

« On essaie peut-être de se montrer malin – de faire d'une pierre deux coups – alors qu'on a sous les yeux une solution évidente. Hermione aura toutes les chances de voir quelque chose qui nous aurait échappé – après tout, elle aussi elle a des revanches à prendre. »

Lucius fit tourner ce qui restait de bière dans le fond de son verre avant de l'avaler d'un trait, en grimaçant. « Je ne vois vraiment pas pourquoi ce serait à elle d'avoir le plaisir de rendre la monnaie de sa pièce à un de ses vieux ennemis, même pour me débarrasser de Narcissa. Mais je ne pas laisser passer l'anniversaire du bon vieux Snappy sans lui présenter mes vœux, alors je serais là. A l'endroit habituel ? »

Smudger acquiesça. « Je suis sûr qu'Hermione sera ravie de te voir, » mentit-il, réalisant soudain qu'il allait devoir lui expliquer pourquoi il avait invité Lucius à la fête.

Heureusement qu'il était si charmant, sinon il aurait vraiment des ennuis.

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(1) abstrus : que l'on a du mal à comprendre, hermétique, obscur. (Maintenant vous pouvez justifier votre lecture par l'apprentissage de nouveau vocabulaire…)