Disclaimer : les personnages sont de JK Rowling, l'histoire de shiv5468. Merci de voyager sur une traduction benebu…

Chapitre cinq

Normalement, Lucius était un homme très prudent. Il croyait également au plus profond de lui-même à la supériorité des Sang-Purs.

Dommage.

Il avait aussi tendance à sous-estimer le cynisme du sorcier moyen, et à penser que tout le monde prenait sa volonté de réhabilitation pour argent comptant.

Double dommage.

Il présumait, de plus, qu'Hermione, qui était prête à ignorer les transgressions de Severus (et de Smudger) en tant que Mangemorts, le regarderait du même œil indulgent. Il négligeait de prendre en compte dans ce calcul – probablement parce qu'il ne comprenait pas le concept – qu'Hermione aimait Severus (et Smudger) plus que lui-même.

Extrêmement dommage.

Il n'avait jamais pris au sérieux Drago quand il se plaignait de la brutalité féroce et de la sournoiserie de Granger.

Fatal.

Lucius passa d'abord par le Manoir Malefoy, émergeant de la cheminée directement dans sa chambre – quasiment la seule pièce du Manoir dans laquelle il pouvait avoir un minimum d'intimité. Il avait été tellement pressé de rejoindre Severus qu'il ne s'était pas encore habillé pour la soirée, erreur à laquelle il comptait bien remédier immédiatement. Si tout se passait bien, il y aurait une célébration ce soir, et il ne pouvait pas se permettre de ne pas se montrer à son avantage.

Il prit le temps de sélectionner les robes qui conviendraient pour une occasion relativement informelle – l'équivalent sorcier du 'casual chic' – tout en laissant bien entendre que celui qui les portait était un homme riche, de pouvoir, et surtout, de goût. Il se baigna dans des eaux parfumées (d'une fragrance masculine), se fit limer les ongles par un elfe de maison, et fit arranger artistiquement ses cheveux. Une queue de cheval stricte aurait été trop formelle, mais les laisser pendre librement aurait été trop aguicheur, alors il décida de les attacher d'un simple lien, pensant qu'une jeune femme séduisante aimerait peut-être les libérer plus tard dans la soirée.

Il admira son reflet : il n'y avait pas à dire, il était carrément splendide. Il tira une dernière fois sur les poignets de sa chemise, lissa un dernier pli, et s'apprêta à se lancer dans la bataille au profit de son ami. Il ne pensait pas avoir le moindre problème : cinq minutes avec lui, et Hermione serait prête à supplier pour épouser Severus.

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Hermione avait entrepris des préparatifs similaires, mais moins élaborés.

Elle aussi avait pris un bain, et s'était parfumée. Elle aussi avait choisi ses robes avec attention – rien de trop provoquant, ou les Gars seraient insupportables, mais quelque chose de subtilement suggestif. Elle avait choisi des sous-vêtements affriolants, dont elle pourrait parler en passant à Severus en début de soirée, afin de le laisser mijoter tranquillement pendant la fête.

Et elle avait aussi préparé de la Potion de Sobriété, pour qu'il puisse boire tant qu'il le voulait, en étant quand même capable de – hum – 'faire la fête' en rentrant.

Elle eut moins de succès avec ses cheveux.

Relevés ? Pas relevés ? Est-ce qu'elle devait les tresser, ou est-ce que c'était trop sévère ? Finalement, elle décida de les laisser libres. Severus disait qu'il les aimait comme ça, parce qu'il pouvait les caresser. Ce n'était pas la même chose que de passer ses doigts dedans – seul quelqu'un qui pouvait se permettre d'y perdre un doigt ou deux risquerait ça, mais il aimait en enrouler une boucle autour d'un de ses doigts, ou quelquefois y enfouir son nez quand il la prenait dans ses bras.

Bien. Les cheveux lâchés, donc.

Bon, maintenant qu'elle était là, sur son trente et un – d'accord, peut-être sur son trente et demie – où est-ce qu'il était, l'amour de sa vie ?

Elle se prépara une tasse de thé pour faire passer le temps. Severus avait tendance à être en retard. Harry disait que c'était un contrecoup de toutes ces entrées spectaculaires dans sa salle de classe, mais Hermione, elle, connaissait la véritable raison – jamais Severus ne se mettrait dans une situation dans laquelle il aurait à supporter l'anxiété de savoir si on ne lui avait pas posé un lapin ou joué un tour d'une façon ou d'une autre. Peut-être que dans une dizaine d'année environ, il commencerait à croire qu'elle allait venir, mais en attendant, elle devait faire avec, et prétendre qu'ils partaient dix minutes plus tôt que l'horaire réellement prévu.

En général, c'était suffisant pour qu'il soit là à l'heure, mais aujourd'hui il semblait être plus en retard encore que d'habitude.

Une fois les dix minutes passées, elle ne put retenir son irritation. Elle reposa sa tasse dans un cliquètement audible. Dix minutes plus tard, elle tapotait le bras du fauteuil du bout des doigts, impatiente. Dix minutes encore, et elle se mit à faire les cent pas devant la cheminée, fulminant contre l'impolitesse des hommes. Le temps qu'une autre demi-heure s'écoule, elle commença à se faire du mauvais sang.

S'il était en retard, c'était parce qu'il se passait quelque chose. Hermione avait lu beaucoup de livres, et avait une imagination fertile, qui travaillait à plein pour lui fournir des explications possibles de l'absence de Severus.

Peut-être qu'il avait été attaqué ? Sauf que la plupart des Mangemorts qui n'étaient pas enfermés à Azkaban avaient déjà été invités à la fête. Peut-être qu'il avait eu un accident de Potions ? C'était plus probable, mais dans ce cas, pourquoi est-ce qu'il n'avait pas envoyé de hibou, ou passé un coup de cheminée ? C'était un accident grave, et il avait été emmené à Sainte-Mangouste, inconscient, ou trop occupé à hurler de douleur pour penser à mentionner qu'il devait sortir ce soir.

Mais certainement que quelqu'un l'aurait prévenue s'il lui était arrivé quelque chose ? Le fait qu'ils soient ensemble était loin d'être un secret – la Gazette du Sorcier portait un intérêt malsain à leur relation, et tenait régulièrement ses lecteurs informés de leurs moindres faits et gestes.

On frappa à la porte et son cœur fit un bond. Ça y était – les Aurors, ou quelqu'un de Sainte-Mangouste, venaient lui annoncer la terrible nouvelle.

Allez, arrête un peu, se dit-elle. Il a probablement dû aller boire un verre avec Smudger, finalement en boire plusieurs, et il ne parvient plus à trouver la serrure. Ou alors, c'est un témoin de Jéhovah.

Si c'est le cas, il va vraiment regretter d'avoir choisi la mauvaise maison ce soir.

Elle ouvrit la porte, prête à sortir à la personne qu'elle trouverait une engueulade dont elle se souviendrait toute sa vie. Elle ne s'attendait pas à voir Lucius Malefoy se tenir là, l'air d'un adolescent venu chercher sa petite amie pour leur premier rendez-vous.

« Bonsoir, » dit-il, avec ce demi-sourire supérieur qui sur Severus était sexy à se damner, mais sur Lucius n'était que fier et arrogant.

Le choc la rendit immobile et muette pendant un instant, jusqu'à ce qu'elle se souvienne de ses bonnes manières et le fasse entrer. « Severus n'est pas là, j'en ai bien peur, mais vous pouvez l'attendre ici le temps qu'il arrive. » Elle avait débité cette formule toute faite, persuadée que Lucius déclinerait l'invitation – jamais il n'avait franchi le seuil de leur maison depuis qu'elle habitait avec Severus – et conviendrait de les rejoindre au Pub plus tard.

Elle fut plus que surprise quand il entra, donnant toute indication qu'il comptait se mettre à l'aise. Surprise, et rien qu'un peu inquiète ; elle passa mentalement en revue la liste des substantielles protections magiques de la maison – qui avaient été mises en place plus par crainte des élèves aux envies de vengeance que par peur des Mangemorts – tout en essayant de comprendre ce que Lucius pouvait bien avoir en tête.

Elle ne parvint pas à trouver ce qu'il pourrait bien lui vouloir, à part la Chose Evidente, qu'il semblait vouloir obtenir de toutes les moldues, mais dans son cas la Chose Evidente était plutôt Improbable, à la fois parce qu'elle n'était pas son type – elle avait un cerveau – et parce que Severus n'était pas du genre à partager, et avait un sale caractère.

« Est-ce que je peux vous offrir une tasse de thé ? » demanda-t-elle poliment, lui faisant signe qu'il pouvait s'asseoir.

Lucius mourait de soif, mais déclina son offre afin d'en venir aux choses sérieuses le plus vite possible. C'était difficile de trouver comment aborder ce sujet délicat du mariage. Il aurait eu tendance, par habitude, à tourner autour du pot aussi longtemps de possible, mais Hermione avait tendance à préférer les explications claires et directes, alors il se disait que ses précautions langagières ne seraient que perte de temps avec elle. Il faudrait qu'il trouve un juste milieu entre lui poser franchement la question, et faire d'énormes allusions.

« J'ai cru comprendre que vous organisiez une fête pour l'anniversaire de Severus ce soir ? » proposa-t-il comme gambit d'ouverture. Ce n'était pas sujet à controverse, et ça lui permettrait d'en venir au sujet de l'âge de Severus progressivement.

« Oui. »

Ce n'était pas vraiment encourageant, pensa-t-il. « Severus va avoir quarante ans. C'est un cap difficile pour un sorcier, sous de nombreux angles. »

« Vraiment ? »

« C'est un moment où il doit réfléchir à ce qu'il veut vraiment de la vie, au chemin qu'il doit prendre, si vous voyez ce que je veux dire. » Hermione, c'était évident, ne voyait pas du tout ce qu'il voulait dire, et il commençait à se demander si elle était vraiment aussi intelligente que ce qu'on disait.

Il essaya de nouveau. « Severus semble vraiment beaucoup tenir à vous, vraiment, vraiment beaucoup. »

« C'est le cas, en effet. »

« Je peux tout à fait comprendre pourquoi. » C'était faux, mais ce n'était pas vraiment la chose à dire.

Hermione était stupéfaite. Peut-être que Lucius était là pour la Chose Evidente, après tout. « Euh, merci, je suis flattée, » balbutia-t-elle prudemment, vérifiant que sa baguette était à portée de main.

« Après tout, vous êtes une sorcière attirante et intelligente, pleine de qualités. » Hermione n'était pas vraiment son idée d'une partie de plaisir, et il avait du mal à l'imaginer alanguie sur un sofa, le corps voilé de la soie la plus fine, débitant des paroles subtilement suggestives. Il pouvait à la limite l'imaginer se montrant énergique et enthousiaste, ce qu'il trouverait plutôt fatigant, mais que Severus apprécierait certainement. Il était connaisseur en matière de femmes ; Severus avait si peu d'expérience qu'il se contentait avec reconnaissance de la moindre miette qu'il pouvait récupérer.

Severus lui dirait sans doute que c'était parce qu'il se faisait trop vieux qu'il préférait cette approche plus raffinée, et qu'il n'avait tout simplement plus suffisamment d'énergie pour se montrer à la hauteur d'Hermione. En privé, Lucius aurait pu admettre que Severus avait raison, mais jamais en public.

Hermione attendait que Lucius continue sur cette ligne de pensée avec un malaise grandissant. Il semblait être en train de la déshabiller du regard : ses yeux restaient bien trop longtemps fixés sur sa poitrine. Elle espérait que Severus serait bientôt à la maison pour venir à son secours avant qu'elle n'aie besoin de se mettre en colère et de jeter des sorts.

« La crème des sorcières, » continua Lucius, toujours perdu dans des souvenirs agréables de sa soirée de la veille.

« Je me demande quand Severus va bien pouvoir arriver ? »

« Oh, j'ai bien peur que Severus n'ait eu un petit accident. » Lucius lui adressa un sourire rassurant. « Il ne sera pas là d'ici un bout de temps, j'en ai bien peur – s'il peut venir. »

Hermione avait vu des crocodiles sourire de façon plus rassurante. Mais qu'est-ce qu'il était en train de sous-entendre ? S'il avait touché ne serait-ce qu'un cheveu de Severus… « Quel genre d'accident ? »

« Eh bien, c'est pour ça que je suis venu, en fait. J'aurais besoin que vous fassiez quelque chose pour moi… » Lucius était sur le point d'ajouter qu'il voulait qu'elle lui indique ce qu'elle pensait d'un projet matrimonial, mais fut malencontreusement interrompu en voyant apparaître une baguette, et en l'entendant lancer un Petrificus Totalis d'une voix assurée.

Vraiment ! Est-ce que c'était une façon de traiter un invité ? Il avait toujours su que les enfants de moldus n'avaient pas de manières, mais ça en devenait carrément ridicule.

« Bien, espèce de petit saligaud. Qu'est-ce que tu as fait de Severus ? Allez, parle ! » Hermione agitait sa baguette, l'air menaçant, essayant de garder son calme malgré sa panique grandissante.

Lucius essaya de transmettre par la simple force de sa pensée qu'il n'avait rien fait à Severus, et qu'il se contentait d'agir en tant qu'ambassadeur, et s'il-vous-plaît-Miss-ne-me-faites-pas-de-mal – ou tout du moins, qu'il ne servait à rien de poser des questions aux gens quand ils étaient incapables de bouger ou de parler.

Hermione le fixait, l'air mauvais.

Lucius ne pouvait rien faire d'autre que d'espérer que personne n'entende jamais parler de cette débâcle. C'était uniquement de sa faute, il devait le reconnaître. Pour une fois dans sa vie il avait essayé de faire quelque chose de bien, mais sa réputation ne survivrait jamais à une telle indignité. Depuis vingt ans, une éternité, il traitait avec des individus louches, et qui le mettait à terre ? Une fillette.

Hermione reprit le contrôle de ses facultés, et libéra la tête de Lucius du sort qui l'immobilisait. « Où est Severus ? » répéta-t-elle.

« Mais pourquoi vous m'avez fait ça ? » baragouina Lucius.

« Où est Severus ? »

« C'est la dernière fois que j'essaie de donner un coup de main à quelqu'un. La prochaine fois que Severus veut faire une demande en mariage, il n'aura qu'à se débrouiller tout seul. »

« Une demande en mariage ? » répéta Hermione, se laissant retomber sur le canapé, tout en gardant néanmoins sa baguette pointée sur Lucius. Après tout, ça pouvait toujours être une ruse de sa part.

« Une demande en mariage, » confirma-t-il. « Maintenant, dites-moi que vous êtes prête à répondre 'oui', ce que je crois pouvoir déduire de votre réaction quelque peu excessive, et ensuite vous pourrez aller le lui répéter en personne. »

« Oh mon Dieu. C'est pour ça qu'il se conduisait si bizarrement ? »

« Severus se conduit toujours bizarrement. Je ne me suis pas rendu compte qu'il se conduisait de façon plus bizarre que d'habitude, même si j'admets que prendre cette potion de jouvence était peut-être aller un peu loin. » Lucius avait perdu tout intérêt pour le tact et la subtilité. Il voulait simplement en finir au plus vite, afin de pouvoir se retrouver dès que possible avec un verre à la main, et une poitrine accueillante contre laquelle appuyer la tête pendant qu'il ressassait ses malheurs.

« Severus n'est pas bizarre, » répondit-elle vivement, prête à prendre sa défense avant d'avoir correctement assimilé le reste de la phrase, et d'abandonner le sujet qui était de toute façon indéfendable. « Une potion de jouvence ? Quel âge a-t-il ? »

« Dix-sept ans, pour autant que j'aie pu en juger. » Lucius était assez grognon maintenant. Il lui avait dit ce qui était arrivé à Severus, et elle le retenait toujours prisonnier. Qu'est-ce qui n'allait pas chez elle ?

« Il n'est pas coincé à cet âge, si ? »

Lucius dût admettre qu'Hermione avait tendance à se concentrer sur les points important – du moins de son point de vue à elle – pour lui, être libéré apparaissait un peu plus haut sur la liste. « Est-ce que je pourrais vous demander d'avoir l'obligeance de me libérer ? » demanda-t-il, chaque syllabe dégoulinante de venin.

« Ah, » répondit Hermione. « C'est là que ça se complique, non ? »

« Que voulez-vous dire ? » Le ton de Lucius aurait à lui seul résolu le problème du réchauffement de la planète.

« Eh bien, je viens de vous lancer un sort, chose dont vous pourriez avoir pris ombrage. Dans ce cas, vous libérer n'est pas vraiment la solution la plus raisonnable du monde, si ? » Hermione se mordilla la lèvre inférieure.

« Miss Granger, » répliqua Lucius. « Aujourd'hui n'est jamais arrivé. Si c'était arrivé, je serais obligé de vous pourchasser et de vous faire souffrir. Mais comme rien n'est arrivé, ce ne sera pas nécessaire. Si, toutefois, j'apprenais d'autres sources que c'était arrivé, dans ce cas vous aurez des ennuis qui rendront en perspective les cinq dernières années totalement insignifiantes. Est-ce que nous nous comprenons bien ? »

« Bien sûr, jamais une telle chose ne pourrait se produire, » convint-elle. « Mais si ça s'était produit, vous pourriez toujours dire que c'était une sorte de compliment. Après tout, si vous n'étiez pas un homme dangereux et diaboliquement rusé, alors les choses de ce genre n'auraient pas la moindre raison de ne pas vous arriver. »

Lucius concéda ce point d'une inclinaison de la tête, et décida d'accepter le compliment, aussi détourné qu'il soit.

« Et vous avez accepté de m'aider à résoudre mes petits problèmes conjugaux, pas vrai ? » demanda-t-il, d'un ton qui ne lui permettrait pas de répondre autrement que par oui.

Hermione hocha la tête, puis, prenant une profonde inspiration, annula le Petrificus. Prudemment, soucieux de ne pas provoquer une autre attaque sur sa personne, Lucius se leva de son fauteuil. « Je vous emmène voir Severus, d'accord ? » demanda-t-il.

« Je vous en prie, » répondit-elle, de ce ton exagérément poli qu'emploient les gens quand ils viennent de commettre un faux pas d'une proportion monumentale.

Saisissant une poignée de poudre de Cheminette, il annonça la destination d'un ton clair, et fit signe à Hermione de passer devant. Hors de question qu'il la laisse rester dans son dos. Il la suivit rapidement.

La première chose que vit Hermione en sortant de la cheminée fut la silhouette sombre dessinée par les robes de Severus, toujours assis sur le canapé, la tête entre ses mains.

« Severus ! » s'exclama-t-elle. « Tu es là. Je me suis fait un sang d'encre. Qu'est-ce que c'est que cette histoire ? Qu'est-ce que tu es allé trafiquer avec tes potions, encore ? » Elle ne lui laissa pas le temps de répondre, mais se précipita vers lui pour le prendre dans ses bras, comme elle le pouvait.

Sa réponse, aussi étouffée qu'elle soit, il la donna aux cheveux d'Hermione. C'était un charabia incompréhensible, dans lequel elle crut distinguer le mot 'mariage'.

« Tu n'es qu'un idiot, » répondit-elle. « Evidemment que je veux t'épouser. »

Rassuré sur ce point, il exprima son appréciation en la prenant dans ses bras de façon plus confortable afin de l'embrasser avec enthousiasme.

Lucius les observa d'un air désapprobateur et, quand il fut clair qu'ils ne comptaient pas reprendre leur souffle dans l'immédiat, toussota impatiemment. « C'est quand vous voulez les enfants… »

Ils continuèrent pendant encore quelques minutes, mais finalement le risque d'asphyxie réussit là où la pudeur avait échoué, et ils s'éloignèrent à une distance plus socialement acceptable. Severus soupira. « J'imagine que je ferais mieux de prendre l'antidote, maintenant. »

« Attends… Ce n'est pas la peine de se précipiter, je crois que j'ai une meilleure idée, » dit Hermione, avec un grand sourire. « Ce serait vraiment dommage de ne pas profiter d'une potion que tu t'es donné le mal de préparer, tu ne trouves pas ? »

« A quoi est-ce que tu penses ? » demanda Severus – il n'avait peut-être que dix-sept ans, mais il n'avait pas perdu tout instinct de conservation.

« Est-ce que tu n'avais pas envie de revivre la jeunesse insouciante que tu n'as jamais eue ? »

« Ça, c'est une idée qui me semble vraiment inspirée, » approuva Lucius.

« Et c'est loin d'être la seule bonne idée que j'aie eue, » affirma Hermione, contente d'elle.

« Hermione a toujours des tonnes de bonnes idées, » intervint Severus, d'un ton énamouré.

Lucius prit mentalement note de ne jamais laisser Hermione et Narcissa se retrouver ensemble dans la même pièce, dans la mesure du possible – les bonnes idées et une ambition sans limites ne seraient certainement pas une combinaison heureuse. En fait, il faudrait qu'il trouve un moyen d'empêcher la jeune Hermione de s'impliquer de près ou de loin dans la politique : en dix ans, elle débarrasserait le Monde Magique de sa corruption et ses détournements de fonds, et lui, que lui resterait-il ? Il y avait une limite au temps qu'on pouvait passer au lit, et comploter passait agréablement le temps entre le déjeuner et le dîner.

Cette décision ne fut que trop confirmée quand Hermione lui exposa sa dernière idée brillante – comment faire sortir Narcissa de sa vie sans le moindre bobo ; clairement, elle était très dangereuse.

Pauvre vieux Severus.