Le petit secret d'Ojii-sama
Assise face à Neji-nii, je me sentais légèrement rosir. Otosama, assis à ma droite, et Hanabi-chan à ma gauche n'avaient rien remarqué. J'étais si bien, si heureuse. Je savais qu'un petit sourire idiot flottait sur mon visage, mais je ne pouvais m'en défaire... Tout allait si parfaitement bien dans mon petit univers.
Après m'avoir longuement embrassée, la veille au soir, Neji-nii m'avait tout simplement avoué qu'il m'aimait pour mon sourire, pour ma gentillesse, pour l'attention que je lui portais, pour ma sincérité, pour ma beauté... Je me mordis la lèvre inférieure pour ne pas rire. Belle? Moi? Jamais une telle idée ne m'avait effleuré l'esprit. Étais-je réellement charmante ou était-ce seulement la voix de son amour?... Qu'importe après tout! J'étais attirante aux yeux de celui que j'aimais, que vouloir de plus? Les autres pouvaient bien penser ce qui leur chantait, seul Neji-nii comptait.
Je levai les yeux vers Otosama, lui aussi semblait bien satisfait. Quelques heures plus tôt, Neji-nii-sama lui avait annoncé son désir d'être son successeur. Il était fier de pouvoir accepter cette place et refuserait sans regret l'offre de l'Hokage. J'en étais comblée. Ainsi, je garderais Neji-nii à mes côtés et il ne mettrait pas sa vie en danger. C'était donc un dîner de fête pour au moins trois des convives réunis autour de cette table, quant à la quatrième... Je levais les yeux vers Hanabi-chan. Elle avait pleuré, j'en étais sûre et, d'une certaine manière, je comprenais sa détresse. Depuis sa plus tendre enfance, elle avait été entraînée et élevée en tant qu'héritière de la Sôke et, soudain, ces gens qui l'avaient si sévèrement éduquée lui annonçaient qu'un autre occuperait cette place. Elle lançait, par intermèdes réguliers, des regards meurtriers à Neji-nii comme s'il était le grand responsable de tous ses malheurs. Je compatissais sans pour autant approuver son attitude. Le seul responsable était Otosama. Lui seul prenait toutes les décisions. La seule faute dont Neji-nii se rendait coupable était d'avoir saisi au vol une occasion si inespérée.
- Sumimasen(1), Hyûga-sama.
Tous les regards se tournèrent d'un seul bloc vers la servante qui, face contre terre, attendait qu'Otosama lui accordât la parole. Mon cœur fît un bond, je la reconnaissais, c'était l'une des servantes d'Ojii-sama. Une grande angoisse commençait à m'envahir.
- Qu'y a-t-il? demanda mon père, Parle!
- Votre père désire qu'Hinata-sama lui rende visite... Immédiatement si vous le permettez.
J'en aurais pleuré. Je ne voulais pas le voir. J'avais peur... mon seul espoir était...
Je me tournai vers mon père, les yeux pleins de mes supplications muettes.
- Otosama, dois-je?demandai-je en inclinant légèrement la tête en signe de respect.
- Oui Hinata, va voir ce vieux fou, ou jamais il ne me laissera en paix. J'ai à penser des choses plus importantes que ses caprices.
- Bien Otosama.
Je m'inclinai de nouveau et me levai. Je suivis silencieusement la servante dans le long couloir sombre. Une fois encore, il ne m'avait été d'aucun secours. Combien de fois m'avait-il vendue contre sa tranquillité ? Était-il donc aveugle à mon affliction? Lui dont les yeux apercevaient le moindre tenketsu (2) de mon corps, était-il donc réellement incapable de percevoir ma crainte... Ma crainte de celui qu'il appelait « vieux fou »... Ce vieux fou? Oui, Ojii-sama avait perdu la raison, obnubilé par un pouvoir qui n'était plus le sien.
Nous nous rapprochions de son repaire. Je me mis à trembler, des larmes brûlaient mes yeux. J'étais terrifiée. Ma bouche asséchée me permettrait-elle de parler? Étais-je assez présentable? Un rien pouvait le froisser, mais je n'étais pas prête à encourir sa colère. La servante s'arrêta face au Shôji. J'étais au bord de l'évanouissement, ma respiration devenait difficile. Pourtant je m'agenouillai moi aussi face à la porte. Je me devais de retenir mes larmes, rester forte...
Ce ne fut que plus tard, une fois seule dans ma chambre que je m'abandonnais à mes larmes. J'avais une fois encore renvoyé ma servante, je refusais qu'elle me vît dans un tel état. Qu'en dirait-elle? Et puis, elle s'empresserait de parler... Non, je ne pouvais accepter cela. Quand mes larmes se tarirent et mes sanglots se turent, je me relevai et allai m'asseoir face à ma coiffeuse. Je sortis un petit coffret blanc que je posai doucement face à moi. Ces quelques mouvements furent une véritable torture. Ma colère et ma peine passés, les injures de mon corps se faisaient ressentir plus vivement. Je retins un cri de douleur quand je fis glisser le haut de mon kimono. Le tissu avait collé à mes plaies ouvertes. J'ouvris la boîte et pris le petit pot d'onguent. Cette pommade, créée par ma famille, était l'une des plus efficaces de Konoha. Mes plaies seraient vite guéries... du moins l'espérais-je. J'appliquai avec précaution le baume sur les meurtrissures suintantes de mes bras. Je grimaçai, supportant tant bien que mal ces élancements. Mais lorsque je voulus l'appliquer à mon dos, les contorsions que je dus effectuer m'infligèrent unendolorissement tel, que je ne pus retenir mon cri. Le pot m'échappa des mains et roula au sol. Je me recroquevillai sur moi-même, alors que des larmes de peine perlaient sur mes joues. Des années d'entraînement n'avaient pas encore réussit à blinder mon corps contre la souffrance. Alors que je maudissais ma faiblesse, une voix résonna derrière moi.
- Hinata-Hime.
Je me retournai vivement, mais me pliai de nouveau sous la douleur. Je relevai mes yeux mouillés. C'était bien lui, Neji-nii. Il me regardait, les yeux écarquillés, les joues incroyablement rouges... Je réalisai enfin que j'étais à demi-nue. Je m'empourprai à mon tour et cachai au mieux ma poitrine. Il parut très embarrassé.
- Hinata-hime.. je... je crois que je..., balbutia-t-il reculant de quelques pas. Mais il s'arrêta brusquement, Hinata-hime, qu'est-ce? reprit-il d'une voix plus forte.
Il se précipita vers moi et effleura du doigt l'une de mes blessures. Je fis une grimace. Il me força à le regarder droit dans les yeux.
- Que vous est-il arrivé?
- Mon entraînement avec Kiba-kun s'est mal passé, je n'ai pas su me rattraper et je suis tombée de haut. Si Kiba-kun n'avait pas été là, j'aurais pu me faire plus mal encore...
- L'entraînement, hein?
J'en étais certaine, il ne me croyait pas. Je le voyais dans ses yeux, mon histoire ne l'avait pas convaincu. Pourtant, il n'ajouta rien... ce qui me soulagea. Il m'aida à me redresser pour faire face au miroir puis attrapa le pot d'onguent resté sur le sol. Je vis son reflet se pencher vers mon dos et ses mains effleurèrent ma peau nue. Je frissonnai à ce contact. Avec une extrême douceur, il passa le baume sur mes grandes entailles. Mon esprit, concentré à ne pas montrer mon trouble, ne percevait plus la souffrance. Je fermai les yeux, focalisant toute mon énergie dans la maîtrise de moi... Ses caresses se firent plus lentes, plus insistantes et soudain je ressentis la brûlure de ses lèvres sur mon épaule, puis au creux de mon cou. Tremblante, je rouvris doucement les yeux. A travers le miroir, nos regards se croisèrent. Il glissa l'une de ses mains sous mon menton et me força à lui faire face, Nous restâmes un moment ainsi, immobiles comme pétrifiés par ce qui était en train de se produire, puis plus hardi que moi, il se pencha pour m'embrasser. Je savais cette situation dangereuse. Moi, presque nue face à un homme pétri de désir, quel manque de raison! Pourtant je ne pouvais ni l'arrêter, ni le repousser... car je n'en avais pas réellement envie. Ce moment était magique, unique...
Je sentis ses mains descendre vers ma poitrine qu'il caressa sans vergogne. Une drôle de chaleur brûla mes joues alors qu'un désir fou naissait des tréfonds de mon être. Il quitta ma bouche, pour descendre à mon cou... Je frissonnai sous la douceur de ses lèvres mordant les miennes pour retenir le soupir d'extase qui menaçait de m'échapper...
Soudain ma raison revint au galop. Était-ce bien ainsi? Quiconque s'aventurerait dans ma chambre, pourrait nous surprendre à tout moment. Que dirait-on? Foutue raison qui me tenaillait...
- Neji-nii... c'est... nous... ce... ce n'est pas raisonnable... nous...
- Shht... souffla-t-il.
Il posa un baiser sur mes lèvres pour me faire taire, puis s'assit au sol et m'attira sur lui. Très vite, il acheva d'enlever mon kimono et se débarrassa du sien, il me serra plus fort contre lui. Un petit cri m'échappa, lorsque par inadvertance il posa sa main sur l'une de mes meurtrissures. Comme pour se faire pardonner, ses doigts devinrent plus tendres mais aussi plus lestes, ses baisers plus profonds encore... Mes mains trouvèrent le chemin de son corps... D'abord son dos musclé, puis son torse. Sa peau douce et chaude était réconfortante. Je me baissais pour poser un baiser sur l'un de ses pectoraux, si près du téton que je l'effleurai presque. Je l'entendis respirer plus fort. Je déplaçai encore ma bouche, effleurant de ma langue son téton. Cette fois-ci, il frémit. Soudain, il nous fit tous deux basculer vers l'arrière. Je relevai la tête pour le regarder anxieuse.
- Neji-nii, je ne suis pas sûre d'être prête pour ça!
- Laissez-moi vous offrir ce plaisir Hinata-hime, ne vous inquiétez de rien.
Il caressa doucement ma chevelure et m'attira vers lui. Quand nos lèvres se rencontrèrent, je réalisai. Comment aurais-je pu résister à de telles paroles? Vos mots Neji-nii avaient su trouver le chemin de mon cœur. Il m'aurait été impossible de ne pas m'abandonner à vos bras et vos caresses.
- On se sépare!murmura Shino-kun
Kiba-kun et moi acquiesçâmes avant de prendre des directions opposées. Avec cette formation, notre voleur était encerclé. Lorsqu'il s'arrêta, j'atterris discrètement derrière un fourré... mais au moment où ma main touchait terre, l'onde de choc qui se propagea dans mon dos me fit perdre ma concentration. Je ne pus retenir un gémissement de douleur qui attira l'attention de notre homme. L'armoire à glace se tourna vers moi comme un chien flairant une proie et chargea sans la moindre hésitation. La panique s'empara de moi. Que faire? J'étais paralysée par mon corps endolori et il avançait à une vitesse surprenante. Avant même que j'ai eu le temps de prendre la moindre décision, je fus projetée par un coup d'épaule en plein ventre. La force monstrueuse de cet homme me fit voler très loin. Grâce au Byakugan, je voyais se rapprocher le tronc dans mon dos. J'allais le percuter et ce géant qui fonçait de nouveau sur moi...
Soudain, je sentis tout contre mon dos une fourrure douce…Akamaru. Kiba-kun apparut entre moi et l'agresseur. Il parvint à dévier sa trajectoire en un seul coup. Immédiatement, le voleur fut assailli par une nuée d'insectes, encore et toujours plus nombreux... jusqu'à ce que son corps disparaisse, happé par l'essaim. Grâce à Akamaru, je touchai le sol en douceur. Kiba-kun se précipita vers le voleur, très vite rejoint par Shino-kun. Ils ficelèrent le criminel dès que les insectes l'eurent relâché. La mission était finie. Le précieux colis de Tsunade-sama récupéré, la crapule appréhendée... mais je n'avais pas participé à cette réussite.
Étrangement, ils ne me firent aucune gronderie sur le chemin qui nous menait au bureau de Tsunade-sama. Rien non plus quand elle nous questionna sur le déroulement de la mission. Mais quand nous nous retrouvâmes dans la rue, libres de vaquer à nos occupations quotidiennes, Kiba-kun éclata en reproches:
- Tu as déconné sur ce coup Hinata! Tempêta-t-il, si fort que les gens autour de nous sursautèrent et nous observèrent, curieux, Il aurait pu te tuer! Tu t'en rends bien compte?... Qu'est-ce qui t'es arrivé?
- Ca suffit Kiba! intervint Shino.
Il avait dit ces mots avec son habituelle expression imperturbable, pourtant les années que nous avions passées ensemble m'avaient appris à percevoir les nuances de ses émotions. Cette fois-ci, Shino-kun, était au moins aussi en colère que mon cher Kiba. Il poursuivit d'un ton cassant:
- Tu nous as fait remarquer à hurler comme çà, idiot! Écoute Hinata, quand tu sens que tu n'es pas capable d'assumer une mission, tu nous le dis! Tu ne prends pas le risque de tout faire rater comme aujourd'hui! Tu as été un poids pour notre travail.
- Shino!mugit Kiba-kun ,scandalisé.
- Maintenant je vous laisse, j'ai d'autres choses à faire.
Et sans plus de cérémonie, il nous abandonna au milieu de cette grande rue. Kiba-kun bouillait de rage. Les badauds attendaient la suite de notre dispute et moi, au milieu de toute cette comédie, je me sentais petite et insignifiante. Tête basse, je me tordais les mains en tout sens. Je cherchais les mots pour m'excuser, mais rien ne venait. Brusquement, Kiba-kun m'attrapa par le bras et me traîna à travers un dédale de ruelles.
- Il a beau être mon pote, je ne supporte pas quand il se comporte comme ça! ronchonna-t-il.
- Mais il a raison, je...
Il s'arrêta subitement, serra un peu plus fort mon bras et me tira fermement vers lui. Sous la pression de sa main, je sentis l'une de mes plaies se rouvrir. Retenant de justesse un cri, je tordis la bouche. Kiba-kun, révolté, me regarda droit dans les yeux:
- Et je ne supporte pas quand tu t'écrases comme une larve! C'est pour ça qu'après les gens se permettent de te dire des trucs comme ça!
Puis sans attendre de réponse de ma part, il reprit sa route m'entraînant avec poigne. Il m'emmena jusqu'à la petite baraque du vieux Rei, me fit asseoir sur le banc et pénétra dans le cabanon. Bien que minuscule et miteuse, la boutique vendait les meilleurs dangô (3) de Konoha. Le thé qu'il servait été aussi délicieux. Kiba-kun aimait venir à cet endroit car le vieil homme était toujours sympathique et proposait des prix plus qu'alléchants. Les lèvres pincées, je respirais profondément. Une douleur perçante avait parcouru mon bassin. Ce qui s'était passé la veille au soir me laissait un souvenir cuisant. Je me sentis rougir. J'avais offert ma virginité à Neji-nii. Un moment important et intense qui resterait à jamais dans ma mémoire, mais qui se faisait cruellement ressentir. Pourtant je ne regrettais rien et étais prête à lui ouvrir mes bras chaque jour si c'était ce qu'il désirait.
- A quoi tu rêves?
Je sursautai. Kiba-kun, devant moi, me tendait une tasse pleine de thé. Quand je la saisis, il posa l'assiette de dangô et s'assit à son tour. Nous restâmes un moment ainsi, sans échanger un seul mot. Je le vis plonger sa main vers les petits gâteaux et porter l'une des brochettes à ses lèvres.
- Tu devrais te servir avant que je mange tout!
Je le remerciai et obtempérai. Je sentais son regard sur moi alors que je mordais dans l'une des petites boules de riz tendrement sucrées. Je me sentais réellement embarrassée. Le silence entre nous était pesant, il avait des questions à me poser, je n'étais pas disposée à y répondre. Au bout d'un moment, il finit par lancer.
- Tu t'es blessée, n'est-ce-pas? Depuis ce matin, je trouvais que tu marchais bizarrement. Et puis en mission t'étais pas à l'aise!
J'acquiesçai mais ne précisai rien. Comment lui dire que ma gêne venait d'un acte intime et inavouable? Je me mordis les lèvres et levais les yeux vers lui. Je tressautais Il me fixait intensément, dans ses yeux brillaient une drôle de lueur.
- C'est ton grand-père, c'est ça ?
Une colère mal contenue transpirait de sa voix. Je fermai les yeux et murmurai:
- Ne parlons pas de ça, Kiba-kun. C'est un secret.
Deux semaines passèrent sans le moindre incident. Neji-nii et moi avions pris l'habitude de nous voir en cachette presque chaque soir. Passée la première expérience douloureuse, ces occasions étaient devenues un vrai plaisir que je recherchais, gourmande de ses baisers et de sa peau tendre. Lorsqu'il n'était pas là, je me languissais de sa chaleur et de son parfum, perdant la raison quand, mon imagination vagabonde dessinait des images de son sourire... Je l'aimais... Oui, je l'aimais plus chaque jour et je ne pensais qu'à lui. Mais ce soir-là était différent.
Assise face à ma coiffeuse, je brossais avec soin mes cheveux. Le visage qui se reflétait dans le miroir était soucieux... et pour cause! Quelques heures plus tôt, durant le repas, je m'étais inquiétée de l'air maussade d'Otosama. Celui-ci qui, en juger par son attitude, éprouvait le besoin de s'épancher me confia qu'il s'était disputé avec Ojiisama. Le vieil homme avait appris ses projets concernant Neji-nii et l'avait convoqué. Il l'avait menacé, l'avait sommé de revoir sa décision, il n'était pas encore trop tard, il pouvait encore retrouver sa raison, rien n'était officiel. Mais Otosama avait tenu tête, lui rappelant qu'il était le chef de famille et qu'il était certain que ce choix était de loin le meilleur.
Deux inquiétudes occupaient à présent mon esprit. La première concernait Neji-nii. Ojiisama pouvait se montrer odieux et intransigeant. Il avait toujours été impitoyable envers ses ennemis et obtenait ce qu'il désirait, de gré ou de force. Bien qu'ayant laissé les rênes de la famille à Otosama, il manipulait dans l'ombre chacune de ses décisions. Mais pour la première fois, son fils échappait à son contrôle et prenait une grave décision sans se soucier de son avis. Furieux, comme je le supposais qu'il le fût, je me doutais qu'il serait prêt à tout pour imposer sa volonté.
Ma seconde inquiétude concernait ma propre personne. Contrarié à un tel point, il réclamerait tôt ou tard ma présence à ses côtés. Je frissonnais. Une fois encore je devrais trouver les mots pour l'apaiser. Un courage nouveau brillait cependant en moi... si Ojiisama me faisait appeler, je pourrais tout faire pour protéger Nii-sama...
Ce que je craignais arriva bien tôt. Alors que je reposai ma brosse, le shôji glissa doucement. Je levai les yeux vers la servante agenouillée sur le seuil de ma chambre.
- Votre grand-père vous demande Hinata-sama.
Sans prendre la peine de répondre, je me levai et resserrai la fine ceinture de mon léger kimono de nuit. Je la suivis jusqu'à la grande chambre réservée à Ojiisama. Bien que la peur ait pris peu à peu le contrôle de mon corps, je parvins à garder un semblant de calme. J'avais un but précis, je ne pouvais m'en défaire. Une pensée pour l'homme de mon cœur m'aida à tenir le coup, m'arrachant même un sourire tendre. Quand nous nous arrêtâmes devant l'antre du vieux tigre, je m'agenouillai et attendis que la servante m'introduise. Le cœur battant, j'entendis la voix éraillée d'Ojiisama s'élever depuis l'ombre de cette pièce.
- Entre
La servante s'écarta avec grâce et respect alors que je me relevai. Elle ferma la porte derrière moi. J'étais enfermée, seule avec mes peurs. La salle spacieuseétait toujours aussi sombre. Ojiisama avait pris l'angoissante habitude de vivre dans la pénombre. Quelques bougies isolées, dispersées ça et là, éclairées faiblement des zones d'une lueur orangée et incertaine. Les deux chandelles disposées de part et d'autre de son assise dispensaient à son visage ridé une drôle de lumière. Ce clair-obscur monstrueux jouait avec mon cœur apeuré, rendant cette vieille chimère plus effrayante encore. Ojiisama, mon pire cauchemar sur terre.
Prenant une profonde inspiration, je me prosternai devant lui et inclinai profondément la tête. Je devais attendre qu'il me parle. Je devais me taire et être conciliante. Peut-être ainsi parviendrais-je à ne pas m'en sortir trop mal. Les minutes passèrent lentes et oppressantes, semblables à des heures de tortures. Je préparais dans ma tête mon discours, de plus en plus certaine qu'il était de mon devoir de protéger Neji-nii de ce monstre sacré de la famille Hyûga.
- Sais-tu Kuzu(4), quelle est la dernière trouvaille de mon idiot de fils?
- Voulez-vous parler du choix de son successeur, Ojiisama?
- Quoi! Bakayarô (5)! Est-il si fier de son projet qu'il t'en a parlé, kimochiwarui (6)?
- Mais Neji-nii-sama est un génie, il...
- Lève-toi et approche! aboya-t-il d'une voix coléreuse.
Mon cœur rata un battement. Tremblante, je m'approchai du fauteuil et...
Baf!
Je fus projetée au sol par la force de sa gifle. Il m'attrapa par les cheveux et me força à le regarder dans les yeux. Je retins un cri de douleur quand je sentis quelques-uns de mes cheveux s'arracher sous la violence de sa poigne. Il se pencha vers moi, si près que, lorsqu'il parla, je sentis son souffle chaud sur ma peau:
- Ne l'appelle pas, Onii-sama. Même toi, Kuzu, tu n'en a pas le droit. C'est un membre de la Bûnke et, bien que cela m'irrite la bouche de le dire, tu es, toi, une membre de la Sôke! Il t'est interdit de lui montrer la moindre considération! As-tu compris Kuzu?
- Oui, Ojiisama!
Il me jeta au plancheravec force et cracha à mes pieds en criant « kimochiwarui! ». Je me relevai, tant bien que mal et m'agenouillai de nouveau devant lui. Il resta longtemps immobile, soufflant comme un bœuf, ronchonnant à mi-voix des phrases hors de ma compréhension.
- Ceci ne doit pas arriver! reprit-il brusquement, Je vais me débarrasser de ce bâtard!
- Ojiisama, intervins-je affolée, Neji n'est pas coupable de la décision d'Otosama. Ne vous en prenez pas à lui! Laissez-moi convaincre Otosama. Et peut-être devriez-vous lui parler, vous vous rendrez compte...
- URUSAI (7)!
Je me pétrifiai... J'avais fait une erreur... Il était plus que jamais en colère.
- Je me fiche que ce soit un génie. Il pourrait être l'hokage lui-même que cela ne changerait rien à ma décision. Le sang noble de la Sôke ne coule pas dans ses veines. Je le refuse comme futur chef de famille. Ce qui me désole, Kuzu, c'est que tu aies pu penser que ce garçon pourrait être à la hauteur. Je suis vraiment désappointé...
Il se leva, je sentis une larme couler sur ma joue. Il en serait donc ainsi. Je m'inclinai jusqu'à ce que mon front touche terre. J'entendis le sifflement funeste de la badine d'Ojiisama fendre l'air et une douleur brûlante me déchira le dos...
Je poussai, épuisée, la porte de ma chambre. le tissu de mon kimono s'était déchiré par endroits sous la violence des coups d'Ojiisama. Des tâches de sang s'étendaient sur l'étoffe blanche. J'étais dans un état pitoyable, mais soulagée d'être enfin dans mon petit univers.
- Hinata-Hime!
Je bondis au son de cette voix. Je levai les yeux vers Neji-nii qui se précipita vers moi... Comment décrire le sentiment qui m'envahit à ce moment? C'était un amalgame de contradiction, soulagement et appréhension, amour et colère, peur et joie... Je me laissai tomber contre son torse, à demi-consciente. Il me souleva dans ses bras, referma la porte et m'emmena pour me soigner. Pendant qu'il appliquait de l'onguent sur mes blessures, il demanda d'un ton sévère:
- Où étiez-vous et que vous est-il arrivé? La dernière fois, je ne vous ai rien dit, mais cette fois je veux la vérité!
- La vérité? Je ne vous la dirai pas, quand bien même vous me menaceriez de tous les maux!
Le ton de ma voix me surprit moi-même. Je m'étais montrée si ferme... Neji-nii avait cessé tout mouvement et me regardait à présent avec surprise. Je me mordis les lèvres et allai me blottir contre lui.
- Je ne peux rien vous dire. Je vous en prie donnez moi votre affection. Quand je suis dans vos bras tout va si bien... Embrassez-moi, s'il vous plaît...
Il ne se fit pas prier. Je ressentis ce baiser comme une agréable brûlure. Ses douces lèvres caressant les miennes, sa langue coquine jouant contre la mienne... Je m'accrochais à lui possessivement pour mieux ressentir les battements de son cœur. Lorsque ce merveilleux moment pris fin, je posai mon front contre le sien, les yeux fermés, je frottai mon nez sur le sien. Je pris mon souffle et murmurai:
- Écoutez attentivement ce que je vais vous dire Neji-nii. Otosama a annoncé à Ojiisama sa décision de faire de vous son héritier. Il est furieux!...
Après un silence hésitant, je repris:
- Neji-nii, Ojiisama sera prêt à tout pour que tout se passe selon ses souhaits! Même les pires actions! Méfiez-vous de lui, faites attention à ce que vous mangez, n'acceptez aucun présent de lui... Neji-nii, je vous en prie faites attention à vous, je ne veux pas vous perdre...
suite au chapitre 3
Petits mots de l'auteur:
Et voici le chapitre 2! Alors? Heureux...
MOUAHAHAHAHAHAHAHAHAHAHAHAH!
Bon ben j'arrête les conneries! Je tiens vraiment à m'excuser pour la longue... très longue attente qu'il y a eu entre ses chapitres, le chapitre 3 arrivera plus vite... Normalement!
J'en profite pour remercier Mysouko, bee orchid, spiria et Spicy cocktail pour leur commentaires! Chacun d'entre eux m'a fait très plaisir et j'espère que ce chapitre a été à la hauteur de vos attentes! N'hésitez pas à me laissez des reviews pour me donner vos impressions!
A bientôt pour le chapitre 3...
Notes:
1 – Sumimasen: désolé
2 – Tenketsu: Point de concentration du chakra que seuls les membres du clan Hyûga parviennent à distinguer grâce au Byakugan. La technique du Jûken leur permet alors de les frapper pour boucher la circulation du chakra dans le corps.
3 - Dangô: Petits gâteaux de riz, présentés sous forme de boulettes, en brochettes et arrosés de sauce caramel aux algues (faut aimer!!! XD)
Pour les mots qui suivent, je ne donne pas une traduction exacte (c'est du jargon japonais) mais plutôt une idée de ce qu'ils signifient:
4 – Kuzu: raclure, ordure, déchet
5 – Bakayarô: imbécile, idiot, con
6 – Kimochiwarui: désagréable, répugnant (quelqu'un ou quelque chose)
7 – Urusai: La ferme, Ta gueule.
