Chapitre 7
La radio crépitait dans un murmure continu et agaçant. Végéta maugréa quelques paroles incompréhensibles lorsque l'appareil le tira de son sommeil attentif. Il ouvrit un œil pour observer Tex qui s'acharnait à trouver une fréquence moins parasitée. Le Saïyen crut apercevoir une note d'inquiétude dans les yeux du reptile, aussi décida-t-il de rester attentif encore quelques instants (contrairement au Jûmôdjin dont le souffle bruyant n'avait été en rien altéré).
Doria tournait autour du lézard dans une démarche nerveuse.
« Alors, ça vient, grogna-t-il.
- J'entends pas bien, rétorqua le saurien que l'impatience du général commençait à agacer.
- Leur poste est allumé ?
- Ouais, mais ça passe mal… »
Un sifflement aigu s'échappa du poste, puis une voix se fit entendre parmi les grésillements.
« Oh ! Y a quelqu'un ?
- Gaki ?
- Tu n'es pas habilité à te servir de cet engin, gueula Doria pour couvrir le son des parasites.
- Désolé chef ! Y a eut… »
Le reste de ses paroles se perdit sous les graillements insistants de l'appareil. Tex continuait néanmoins à acquiescer, le casque fixé sur son crâne. Végéta tandis l'oreille, mais il comprit bien vite qu'il ne pourrait rien entendre de l'endroit où il se trouvait. Le soldat-radio parut soudain terrifié.
« Il est mort, demanda-t-il dans un murmure. »
Le Saïyen se redressa légèrement, fixant à présent le lézard avec insistance.
« Qu'est-ce qui s'est passé, questionna Doria. »
A nouveau le poste grésilla. Tex hocha la tête.
« Deux blessés dont un grave… , vous pourrez continuer. »
Silence. Le grésillement s'éleva à nouveau. Le général reprit la parole :
« Ok, on repart dans dix minutes. Faites de même, on se recontacte dans huit heures. Démerdez-vous pour garder un rythme suffisant. »
Les crépitements cessèrent enfin. Tex remballa le poste de radio tandis que Doria s'approchait des soldats endormis et du Saïyen.
« Ok, tout le monde debout ! On repart dans dix minutes ! »
Des grognements lui parvinrent de la part des guerriers dérangés dans leur sommeil. Végéta attendit que le général ne parte repérer les lieux pour se relever et s'approcher du saurien occupé à accrocher les sangles de la machine autour de son torse. A la vue du Saïyen, Tex releva la tête et sourit.
« Et ben, plutôt précoce comme réveil…
- Vaut mieux pas traîner si j'ai bien compris, coupa le prince guerrier.
- Ouais, et surtout faudrait sortir rapidement de cette forêt, on risque d'avoir de mauvaises surprises nous aussi. »
Végéta ne répondit pas. Il observa les soldats se rassembler lentement. Le général revint prés d'eux et ils repartirent. Plusieurs minutes s'écoulèrent, plusieurs heures peut-être, avant que le Saïyen ne s'approche du lézard concentré sur le rythme de marche à suivre.
« Qui est mort ?
- Le technicien, il s'est fait bouffer par un Somnah. Foutu gardien. »
Il ne répondit pas. Son esprit préféra se fermer au sentiment de soulagement qui tentait de s'infiltrer en lui.
Gaki reposa le casque et commença à remballer l'appareil. Theno l'observa s'acquitter de sa tache.
« Tu penses pouvoir remplacer le gamin, demanda-t-il d'une voix neutre.
- Ben, j'ai compris le fonctionnement, répondit le Kumadjin. Mais le poste est un peu abîmé. J'espère qu'il tiendra le coup jusqu'à Ôno. »
Le tueur hocha la tête. Il jeta un œil aux deux Saïyens, l'un adossé contre un arbre, le regard vide, l'autre debout, occupé à resserrer les bandages qui enveloppaient son ventre.
« Dix minutes, dit le Ôkam d'une voix forte. »
Puis il disparut dans l'épaisse forêt pour s'assurer que la voie était libre. Gaki venait de finir de sangler l'engin sur le dos de Hakugei ; il s'approcha des deux guerriers blessés.
« Eh ben, vous pensez pouvoir continuer dans cet état ?
- Pas de problème, grogna Nappa dont le sourire avait totalement disparut.
- On peut dire qu'on a eut de la chance, reprit le Kumadjin. Surtout toi gamin. »
Raditz hocha la tête.
« Si Theno n'était pas reparti te chercher, je pense pas que t'aurais survécut à cette foutue explosion, ajouta le nain. »
Le jeune Saïyen acquiesça à nouveau. Bien qu'il n'appréciât pas le Ôkam, il devait bien avouer lui devoir une fière chandelle. Il ignorait ce qui s'était passé dans le ventre du Somnah, mais si le tueur ne l'en avait pas sortit, il serait sans doute mort, comme ce technicien qui n'avait plus de nom. Ils se contenteraient à présent de l'appeler «le mécano» ou encore «le mioche». Raditz frémit en imaginant qu'il aurait put finir de la même façon que le Gisâu. Une nouvelle fois la honte l'envahit à l'idée de s'être évanoui au milieu des lianes du végétal. La peur ou la douleur avait suffit à lui faire perdre conscience. Il resserra l'étreinte de ses bras autour de son torse bandé. Son armure avait disparut dans les intestins du monstre. Il n'était plus vêtu que de ses vêtements de repos, se résumant à une sorte de jogging et une paire de chaussures aux semelles larges. Ses brûlures le faisaient bien moins souffrir à présent. Une fois de plus il se demanda d'où de telles blessures avaient pu provenir.
« On va pas tarder à y aller, reprit Gaki. Feriez mieux de vous préparer. »
Le jeune Saïyen se releva avec peine. Le Kumadjin s'approcha pour l'aider, mais il fut repoussé. Une fois de plus Raditz lui lança un regard plein de colère.
« Fous-moi la paix ! J'peux me démerder ! »
Gaki haussa les épaules et s'éloigna pour rejoindre son armure-robot. Le Saïyen poussa un sifflement exaspéré. Il leva les yeux pour savoir où était partit Nappa. Le grand guerrier s'était éloigné, sans doute occupé à soigner ses dernières blessures. Raditz l'observa un instant. Son compagnon dut s'en apercevoir car il releva la tête pour le fixer à son tour, mais d'un regard qui n'avait rien d'amical. Un regard méfiant, rempli de dédain. Raditz baissa aussitôt la tête sous le poids d'une culpabilité dont il ne voyait pas l'existence. A cet instant, Theno réapparut.
« On peut y aller, lâcha-t-il de sa voix spectrale. »
Comme les autres, il ignorait ce qui s'était passé. Comme les autres, il avait reprit la route sans poser de questions. Mais contrairement à eux, il ne considérait pas cette affaire comme classée. Officiellement la chance avait joué en leur faveur, point final. Le Somnah était mort, ils s'en étaient tirés, c'était tout ce qui comptait.
Il avait bien compris que la mort du gardien était l'œuvre du fils de Berduck. Si cette certitude ne s'était pas présentée à lui, il n'aurait sans doute pas cherché à la connaître, évitant naturellement toute forme de réflexion. La réflexion ne pouvait qu'attirer les problèmes, il en avait souvent eut la preuve. Mais il connaissait à présent l'origine de cette attaque, même si une part de son esprit profondément enfouie aurait préféré ne pas savoir. Il ne pouvait oublier ce sentiment d'oppression qu'avaient éveillé en lui les forces qui avaient mis fin à la vie de l'arbre. Une colère, une haine indescriptible avait déployé son aura chaotique, enveloppant le Somnah et se répandant jusqu'à lui. Gaki n'avait rien sentit, il était bien trop occupé à protéger sa machine des courants électriques échappés du flux d'énergie destructeur. Mais lui avait reconnu cette aura meurtrière et c'est aujourd'hui ce qui l'inquiétait, pire, qui l'effrayait.
Ça… c'est vraiment la plus grosse connerie que tu nous ai jamais faite…
Il observait le Saïyen qui semblait avoir beaucoup de mal à suivre la cadence imposée par le Ôkam qui sautait d'arbres en arbres tel un félin. Il n'avait rien contre lui. On pouvait même dire qu'il avait fini par s'attacher à ce gamin qui avait bien plus besoin de lui que le prince dont on lui avait confié l'entraînement et l'éducation. Mais une telle manifestation de haine et de violence pourrait être une menace pour lui ou même pour son prince. Une grimace déforma à nouveau son visage ; comment pouvait-il craindre un guerrier dont la puissance n'atteignait pas le quart de la sienne ? Une menace ? Cet imbécile qui n'était même pas capable de faire jouer ses atouts à son avantage ?
Malgré tout, bien que la puissance déployée contre le gardien ne fut pas un réel danger pour lui, elle n'en restait pas moins un possible obstacle que Végéta n'accepterait pas. Sa décision était prise : si, pour une raison quelconque, Raditz parvenait à réutiliser cette puissance, il le tuerait.
Pas de chance…
Ils approchaient. Les contours indistincts de la cité mécanisée se dessinèrent sur le ciel obscur. Ôno n'était plus qu'à quelques kilomètres.
Theno leva la main pour faire signe aux soldats de s'arrêter, freinant brusquement pour illustrer son geste. Les trois hommes firent de même et stoppèrent leur course, à bout de souffle.
« Trois heures… , murmura le Ôkam.
- T'en fais pas, on a compris, maugréa le nain dont les muscles étaient endoloris par son manque de mouvement durant ces dernières heures.
- Bon, c'est pas le tout mais j'ai la dalle, lança Nappa en s'éloignant du groupe.
- Et fais gaffe de pas tomber sur un de ces foutus gardiens… et ramène-nous quelque chose, gueula Gaki. »
Le jeune Saïyen parut effrayé par le haussement de ton qu'avait pris le Kumadjin et lui fit signe de parler moins fort. Gaki éclata de rire.
« T'en fais pas va, y a pas un camp par ici. Ils imaginent que leur défense est impénetrable, et il reste pas mal de bons guerriers dans l'enceinte de Ôno. Ils se croient en sécurité. On peut gueuler autant qu'on veut. »
Il n'eut le droit qu'à un grognement pour toute réponse. Raditz s'installa rapidement contre un arbre et s'endormit aussitôt. Le Kumadjin commença l'interminable déballage de la radio, lorsque Theno réapparut prés de lui, son visage aussi inexpressif qu'à son habitude.
« Ils ont installé un camps de défense sur notre point de rassemblement. »
