Bon et bien le voilà finalement ce fichu chapitre XD comme je l'avais dit précédemment le registre change un peu beaucoup. Désolée pour tout ce retard --
Chapitre 12
Son corps lui paraissait léger, trop léger, comme s'il nageait. Une odeur âcre et synthétique atteignit lentement son cerveau alors qu'il émergeait difficilement d'un sommeil profond, comme s'il essayait de s'extirper d'un gouffre sans fond. Tout était chaud autour de lui, c'était une sensation agréable. Mais une sensation qu'il ne connaissait que trop bien. Ses pensées refirent surface, des souvenirs proches lui revinrent, puis il ouvrit enfin les yeux. Sa vue était trouble, embuée par le liquide qui l'entourait. Il reconnut cette sensation de bien être qu'apportaient les machines de soins, la surface de verre qui se dressait devant lui et le masque à oxygène placé sur son visage. Un grognement bas lui échappa alors qu'il chassait les dernières bribes de sommeil de son esprit, puis il frappa trois coups contre la vitre. Quelques secondes plus tard, le liquide réparateur s'écoulait autour de lui. Le masque quitta enfin son visage et le cylindre de verre disparut. Un scientifique s'approcha de lui alors qu'il descendait de la machine et commença quelques explications que le Saïyen ne prit pas la peine d'écouter. Tout ce qu'il retint fut l'expression « trois jours », beaucoup plus de temps qu'il n'aurait du se permettre songea-t-il amèrement.
« Est-ce qu'il reste d'autres Saïyens ici ? demanda finalement Raditz en coupant la parole au scientifique.
- Euh… non, marmonna l'homme. L'autre est parti il y un peu plus de vingt quatre heures… »
Le jeune Saïyen soupira : même avec ses blessures moins graves que celles de Nappa, il lui avait fallu plus de temps pour récupérer. Une expression de colère vint prendre forme sur ses traits alors que le scientifique essayer de lui proposer quelques vêtements pour cacher sa nudité. Raditz ne s'en soucia pas et se dirigea directement vers les vestiaires. Il s'habilla rapidement d'une armure et d'un short de combat puis s'engagea dans les couloirs. Il reconnut aussitôt la base 26 à laquelle lui et les autres Saïyens étaient rattachés. Cela voudrait dire qu'ils auraient droit à quelques semaines de repos. Cette idée déplut fortement au jeune guerrier qui se mordit la lèvre inférieure en se maudissant intérieurement. Il avait besoin d'entraînement, il avait besoin de se battre. Et le plus tôt sera le mieux, pensa-t-il avec colère tout en se dirigeant vers les salles d'entraînement. Il traversa les longs couloirs au métal froid, uniforme, les couloirs étroits débouchant sur les différents dortoirs de la base. Plus loin, il arriva au niveau des deux grands réfectoires. Le jeune Saïyen passa devant les salles immenses sans s'arrêter. Un jeune garçon sorti de l'une d'elle et courut vers Raditz.
« Yoh ! Ça faisait un moment ! »
Le Saïyen l'ignora et continua sa route en fronçant légèrement les sourcils. L'autre ricana d'un air gêné tout en passant une main sur sa nuque.
« Ah oui c'est vrai, tu m'en veux encore pour la dernière fois c'est ça ? Hé, j'avais pas le choix, c'était toi ou moi ! Et puis t'es plus résistant que moi, déconne pas ! J'aurais certainement pas survécu aux traitements de…
- Ça va, ferme-la Etan ! »
Le dénommé Etan laissa un sourire mielleux prendre place sur ses lèvres bleutées. Il était petit, comme tous ceux de sa race, son teint était d'une pâleur cadavérique, ses cheveux étaient argentés et courts, et ses yeux gris vert dévoilaient une sournoiserie palpable dans le moindre de ses gestes. Il n'avait rien d'un guerrier et travaillait avec les siens à surveiller et réparer les vaisseaux qui se posaient sur la base. Il marcha aux côtés du Saïyen sans plus dire un mot, gardant simplement son sourire, pendant plusieurs minutes, le temps pour eux d'arriver près des salles de soins rapides, dernière étape avant d'atteindre les salles d'entraînement. Raditz accéléra alors imperceptiblement, et son rythme cardiaque augmenta ; les alentours des infirmeries étaient l'endroit le moins sûr qu'il puisse y avoir dans une base. Beaucoup de soldats que l'ennui avait gagnés attendaient des victimes pour pouvoir jouir de leur force supérieure sur les plus faibles. Etan l'imita pour rester à son niveau, puis reprit la parole.
« Alors, besoin d'entraînement ? Ta dernière mission s'est bien passée ?
- Occupe-toi de ce qui te regarde, gronda le Saïyen.
- Oh, j'ai le droit de m'inquiéter de la santé de mon cher ami. »
Le jeune Saïyen se retourna vivement.
« Ami ? Tu sors ça d…
- Très bien, très bien, je vais surveiller mes mots », le coupa vivement Etan avec l'un de ses sourires désolés.
Raditz grogna et reprit sa route. Ils n'étaient plus très loin maintenant. Il espérait qu'aucun des deux autres Saïyens ne serait là. Si Nappa le voyait en compagnie d'Etan, le colosse ricanerait et offrirait à Raditz une séance d'entraînement spécial qui le renverrait directement en salle de soin. Si Végéta le voyait, il ne prétexterait même pas l'entraînement. Mais qu'y pouvait-il ? Il avait eu la bêtise de sortir Etan d'un mauvais pas il y a longtemps. Il aurait du réfléchir aux conséquences qu'entraînerait ce ridicule sauvetage. Maintenant, il ne pouvait pas renvoyer le garçon aux cheveux gris, car il avait une sorte de responsabilité envers lui, même si cela le répugnait parfois.
« C'est vrai, tu n'es pas mon ami, reprit Etan, ce qui eut pour effet d'agacer un peu plus le Saïyen. Alors… tu ne peux être que mon Gardien ? »
Raditz stoppa sa marche à nouveau. La stupeur venait de naître sur ses traits. Avait-il bien entendu ? Son Gardien ?! Le jeune Saïyen offrit un regard écœuré au garçon qui avait gardé son sourire, comme si de rien n'était. Raditz retint les paroles agressives qui lui venaient aux lèvres et se contenta de souffler entre ses dents :
« Dégage Etan ! »
Le garçon haussa les épaules et obéit. Il tourna les talons et disparut en courant dans les couloirs. Le Saïyen resta un moment sans bouger, immobile entre les murs d'acier. Son gardien. Ce mot, comme toujours, résonnait douloureusement à ses oreilles. Lui, malgré sa faible force, s'en était toujours sorti sans avoir de Gardien. Il était vrai… que l'un de ses compagnons avait souvent pris sa défense, mais il n'en avait jamais rien demandé en retour, il n'était donc pas son Gardien. Un frisson lui parcouru l'échine et il s'efforça de reprendre sa marche. Quelques instants plus tard, il arrivait aux arènes. C'est sans surprise qu'il y retrouva Nappa et Végéta. Néanmoins, l'état du plus grand de ses compagnons retint son attention, et il se dit soudain qu'il aurait mieux fait de rester avec Etan. Apparemment le prince avait eu besoin de passer ses nerfs sur quelqu'un. Raditz soupira et remercia ses blessures de l'avoir gardé si longtemps en salle de soin. Il attendit que Végéta s'éloigne enfin pour s'approcher à pas lents du colosse qui s'était rendu aux vestiaires pour essuyer le sang qui souillait son visage et sa gorge.
« Déjà levé ? demanda-t-il avec ironie au Saïyen en l'entendant entrer dans la pièce.
- Non, grogna le plus jeune. Je vous attendais.
- Mouais… t'as bien fait d'y rester », soupira le colosse en jetant la serviette humide dont il s'était servi dans le broyeur vibrant au fond d'une ouverture dans le mur.
Raditz n'ajouta rien. Il se contenta d'attendre. D'attendre une parole, une proposition, un ordre peut-être. Il croisa les bras pour se donner plus de contenance, mais malgré tout, il craignait des représailles de la part de Nappa. Des représailles pour n'avoir pas été présent à sa place, car c'était habituellement à lui d'essuyer les colères du prince. Le grand Saïyen se retourna finalement, faisant frémir son compagnon.
« Tu t'es bien remis ? »
Le ton froid du colosse laissait présager ce qui allait suivre, quoi que réponde Raditz.
« Ouais… je venais m'entraîner… »
Le retour aux dortoirs fut laborieux. Nappa n'avait pas pris la peine de l'attendre et Raditz avait du déambuler dans les couloirs en tentant d'effacer la douleur de son esprit. Ses blessures n'étaient pas visibles, heureusement ; ainsi, avec un peu de chance, si un soldat le croisait il le croirait peut-être plus saoul que blessé. Le jeune Saïyen grogna en frottant son thorax, là où deux côtes avaient cédées sous les coups de Nappa. Il fut soulagé de ne croiser personne, du moins jusqu'au niveau des premiers dortoirs, là où se trouvaient aussi les douches communes. Des sons lui parvinrent alors qu'il passait devant l'avant dernière porte des grandes salles à eau. Il s'arrêta, retenant sa respiration. Mais les voix qu'il avait entendues ne lui étaient pas destinées. Il expira et reprit sa route. Les bruits se firent plus forts à mesure qu'il approchait de la dernière porte ; des voix et quelques cris étouffés. Le jeune Saïyen essaya de marcher plus vite, mais la douleur ne le lui permettait pas. Ce n'était pas grave, tout ce qu'il devait faire, c'était avancer, ne surtout pas regarder à travers l'interstice qu'offrait la porte entrouverte. Ça ne le concernait pas. Il y était décidé, et jamais il ne serait allé au devant de sa décision s'il n'avait soudain reconnu, au moment où l'interstice entrait dans son champ de vision, la voix presque asphyxiée d'Etan.
Non, ne regarde pas…
Mais son esprit n'avait pas réussi à persuader son corps, et un coup d'œil sur sa droite lui dévoila l'offense faite au jeune garçon par trois guerriers. Ces trois guerriers, le Saïyen les connaissait très bien pour avoir plus d'une fois subi le déshonneur de leurs railleries, quelques fois de leurs coups, mais jamais ils n'avaient pu aller plus loin, parce que Nappa était toujours intervenu au bon moment. Lui aussi aurait pu protéger Etan, comme il l'aurait du. Mais il n'était pas de taille, toujours pas. Contre l'un d'entre eux peut-être, mais pas contre les trois. Il arracha son regard à la scène outrageante et repartit. Les bruits s'effacèrent totalement lorsqu'il atteignit enfin leur chambre.
Le système de reconnaissance détecta son approche et la porte en métal coulissa en silence. La chambre était plongée dans l'obscurité, ce qui voulait dire que les deux autres dormaient déjà. Le jeune Saïyen observa la lueur rouge, au fond de la pièce, indiquant l'heure. Il lui restait moins de six heures. Il avança, essayant de faire le moins de bruit possible, vers la couchette qui lui était attribuée, celle du bas à gauche de la pièce. Nappa dormait dans celle de droite, et Végéta au-dessus de lui. Il avait réellement besoin de sommeil, ces six heures lui suffiraient, elles lui permettraient de se requinquer et d'être prêt à endurer un nouvel entraînement le lendemain. Ses côtes, si elles ne se réparaient pas totalement, se re solidifieraient au moins pendant la nuit. Il allait enfin atteindre le matelas fin lorsqu'un sentiment étrange l'étreignit soudain. Des vertiges troublèrent sa vision et une nausée dangereusement proche vint souiller sa salive qu'il avala difficilement. Il recula de quelques pas, porta ses mains à sa bouche pour retenir quelques sons dérangeants, puis se tourna rapidement vers la seule porte présente qui menait à la salle de douche. Il l'ouvrit précipitamment, elle se referma automatiquement derrière lui, et il courut vers la cuvette qui sortait d'un des murs. Le jeune Saïyen ne pu contenir plus longtemps ses renvois et vomi durant plusieurs minutes. Lorsque son mal commença à s'estomper, il tendit l'oreille pour être sûr que ses compagnons ne l'avaient pas entendu. Il n'imaginait même pas la honte qu'il aurait pu ressentir si l'un d'eux avait été au courant de son malaise. Il attendit encore quelques instants pour être sûr que ses vomissements n'allaient pas le reprendre, se demandant ce qui avait bien pu le mettre dans cet état. Il chassa rapidement l'image d'Etan qui se présenta à lui pour toute réponse.
La bouffe… c'est forcément ça. Je trouvais bien qu'elle avait pas une tête à être avalée…
Un soupir bruyant lui échappa et il se redressa enfin. Il sortit lentement de la pièce pour retourner dans la chambre. Dans la pénombre, il chercha à observer ses deux compagnons, pour être sûr qu'ils n'avaient rien entendu. Il devina d'abord la silhouette de Végéta, se découpant au-dessus du lit du haut ; il ne bougeait pas, et sa respiration était régulière. Un coup d'œil à la couchette du dessous lui appris que Nappa semblait dormir tout aussi profondément. Raditz n'attendit pas plus et alla se glisser sous ses propres draps. Il ne restait plus que cinq heures. Ça pouvait être suffisant… mais la tension qui semblait régner autour de lui gardait ses paupières injustement ouvertes. Il n'arrivait pas à chasser cette oppression nouvelle. Il songea un moment qu'il aurait mieux fait de passer à la Maison des Plaisirs, puis se rappela que son état ne le lui aurait pas permis. Sentant ses nausées revenir, il éloigna rapidement les images récentes qui lui revenaient en mémoire à l'allusion de la Maison. Des frissons le gagnèrent finalement. Il ne faisait pourtant pas froid. Il passa les cinq heures qui suivirent à fixer la couchette vide du dessus, écoutant avec plus d'attention qu'il n'en fallait la respiration des deux autres Saïyens. Il se maudit même de penser qu'en cet instant, il aurait tout donné pour être ailleurs, n'importe où sauf ici, sur cette base et dans ce dortoir puant l'alcool et la sueur.
Sa nuit blanche ne lui réussi pas. Au matin, lorsque les alarmes résonnèrent et que toutes les lumières s'allumèrent pour l'accompagner, il tenta de reprendre les habitudes de cette base et se leva en même temps que les autres. Il ne dit pas un mot, de toute façon Végéta et Nappa ne semblaient pas d'humeur à discuter. Ils n'échangèrent tous deux que quelques mots sans réelle signification qui rappelèrent au jeune Saïyen les lendemains de cuite. Après une douche rapide à l'eau désespérément tiède, ils se rendirent tous les trois aux réfectoires. Comme toujours, le plus jeune se plaça légèrement à l'écart, sur la même table, pour ne pas gêner le prince. Tout en mangeant, il chercha des yeux Etan qui devait normalement se trouver quelque part sur les tables de l'est de la salle. Il ne le vit pas. A sa droite, le colosse faisait part de son inquiétude à son prince, concernant la venue de Zabon sur la base.
Manquait plus que ça…, songea Raditz au moment où Végéta prononçait les mêmes paroles. Après Doria ils allaient avoir droit à toute l'attention du deuxième bras droit de Freezer. Et celui-là, ils ne pourraient pas lui échapper, lui et ses idées sadiques, perverses, parfois même masochistes ; mais surtout : lui et sa haine pure et simple des Saïyens. Une main qui s'abattit sur la table à sa droite, à quelques centimètres à peine de lui, le fit sursauter et il manqua de peu de renverser son plateau. L'homme qui venait de le surprendre ainsi ne le regardait même pas, il était tourné dans la direction opposée, vers les deux autres Saïyens avec qui il entama la conversation. Raditz ne put calmer le rythme rapide qu'avait pris son cœur en reconnaissant l'un des trois guerriers qu'il avait vu la veille, le moins puissant du groupe d'après les dires. Ses cheveux étaient longs jusqu'au milieu de son dos, et d'un blanc immaculé. Sa carrure n'était pas particulièrement imposante mais il était connu pour être d'une grande rapidité, et d'une force qui ne transparaissait pas sur son corps. Ses yeux étaient d'un jaune doré et une corne grise apparaissait sur son front, traversant ses longues mèches fines. Son nom ? C'était quoi son nom déjà ? Végéta ne semblait pas l'apprécier et se contentait de répondre à ses phrases par des grognements. Seul Nappa avait arrêté de manger à son approche. Apparemment le guerrier aux cheveux longs était là pour faire des affaires avec l'un de ses clients préférés. Le colosse accepta effectivement son offre avec un sourire. Il fouilla dans une de ses poches et en sortit une petite disquette, examinant les alentours pour être certain qu'aucun soldat supérieur ne les épiait. L'autre lui tendit en échange un maigre sachet. Ses affaires terminées, le guerrier tourna les talons, jeta un bref coup d'œil à Raditz, lui offrit un sourire qui fit naître de nouveaux frissons chez le jeune Saïyen, puis s'éloigna.
« Tu vas nous faire avoir des problèmes avec tes conneries », gronda Végéta en fixant dangereusement le géant.
Celui-ci répondit qu'il savait ce qu'il faisait et Végéta n'insista pas, ce qui voulait dire qu'il savait parfaitement que le grand Saïyen ne se ferait pas prendre et qu'il n'avait émis une protestation que pour maintenir les formes. Raditz ne dit rien. Il n'avait absolument pas envie de se mêler de ça ; le grand Saïyen, en piratant certains programmes de la base, s'attirait l'une des plus lourdes peines possibles. Il était vrai que ce qu'il demandait en échange au guerrier aux cheveux bancs était assez rare, mais le jeune Saïyen ne se serait jamais risqué à ce genre de choses.
Ah oui, son nom c'est Adris, se souvint le jeune guerrier sans en trouver quelconque satisfaction. Il se surprit à penser qu'il devrait peut-être s'informer sur la disparition d'Etan pendant la journée. Ce matin, pendant que ceux de sa race travaillaient aux hangars à vaisseaux. Peut-être qu'il avait simplement été blessé et qu'on lui avait permis de rester à l'infirmerie, ce qui expliquerait parfaitement son absence. Ce devait être ça, il passerait le voir dès qu'il aurait fini de manger. Une nouvelle fois, ses pensées l'empêchèrent d'entendre le prince se lever et partir. Il ne s'en rendit compte que lorsque l'autre Saïyen vint s'asseoir en face de lui.
« T'es malade ? » lui demanda-t-il.
Raditz, surpris par cette question qui lui semblait sans fondement, se contenta de l'interroger du regard. Nappa soupira.
« Ne me dit pas que ce sont mes coups qui t'ont mis dans cet état. »
Le jeune Saïyen comprit enfin que le colosse faisait allusion à la nuit passée et rougit subitement. Est-ce que Végéta aussi l'avait entendu ? Est-ce qu'il devrait subir une « remise en forme » du prince ? La crainte commençait à le gagner lorsque l'autre reprit la parole.
« Je pensais pas que t'auras aussi mal résisté… »
A sa grande surprise la voix de son compagnon ne dévoilait ni orgueil, ni colère, ni aucun reproche, mais peut-être plutôt ce qui ressemblait à une légère inquiétude. Raditz fronça les sourcils et tenta de paraître plus sûr de lui.
« Non c'est… c'est la bouffe.
- Ah ouais, c'est vrai que c'était bizarre hier, reconnut le colosse.
- Tout à fait ! Et avec l'entraînement… j'ai pas pu digérer. »
L'autre hocha la tête, au soulagement du jeune Saïyen. Ils finirent de manger, mais avant de quitter le réfectoire, Nappa interpela son compagnon une nouvelle fois.
« Tu veux t'entraîner ce matin ? »
Raditz allait répondre par l'affirmative lorsqu'il se rappela d'une chose.
« Euh… non, tout à l'heure. J'ai quelque chose à vérifier avant.
- Ok. Fais gaffe j'ai l'impression que le groupe de Adris t'as encore à l'œil, et j'ai pas particulièrement envie de m'en prendre à mon fournisseur.
- Ouais… » grogna le jeune Saïyen.
Ils se séparèrent après s'être donné rendez-vous devant la salle VI après le repas, s'ils ne s'étaient pas revus au réfectoire. Raditz se rendit aussitôt au hangar. Il ne craignait pas grand-chose si tôt dans la journée. En longeant les couloirs, la douleur dans son thorax se réveilla, le faisant grimacer, et il se promit d'aller faire un tour chez le Doctor après avoir retrouvé Etan. Il n'aimait pas vraiment ce Doctor et son regard lubrique lorsqu'il travaillait sur un patient, mais il n'avait pas le choix, il ne pouvait pas se rendre en salle de soin pour si peu. Le vieil homme et ses aiguilles feraient simplement taire la douleur pour la journée et endormirait quelque peu son épiderme qui serait moins sensible aux coups qui l'attendaient. Le seul danger était alors qu'il reçoive des coups dangereux sans s'en rendre compte, et dont la douleur ne se réveillerait que pendant la nuit. Il cessa de penser lorsqu'il atteignit enfin les immenses garages. Tous les mécaniciens étaient déjà sur le pied de guerre, et pour cause, le vaisseau de Zabon venait d'arriver, Raditz le reconnut aussitôt au milieu du hangar. Un flot d'insultes circula dans son esprit, il ne pensait pas le voir si tôt. Il devait donc dors et déjà faire attention. Un coup d'œil circulaire lui appris la position des compagnons d'Etan, en train de vérifier un vaisseau marchand qui déballait des caisses de ravitaillement. Le jeune Saïyen s'approcha d'eux et attira l'attention du plus proche d'un signe de la main. Celui-ci semblait un peu plus âgé qu'Etan, et Raditz l'avait vu quelques fois en compagnie du jeune garçon, il en déduit que celui-ci devait savoir où se trouvait son « protégé ». Le mécanicien le regarda de façon étrange, comme s'il ne comprenait sa venue alors que le Saïyen passait assez souvent, si ce n'était pour discuter avec Etan, au moins pour s'assurer simplement de sa présence. Ils s'éloignèrent du champ de travail. Les autres ne leur prêtèrent pas la moindre attention, ou juste un ou deux coups d'œil intrigués.
« Tu as vu Etan ? demanda le Saïyen, ce qui sembla avoir pour effet d'augmenter la surprise du garçon en face de lui.
- Mais… vous ne savez pas où il est ? »
Raditz secoua la tête, prenant un air légèrement agacé. Pourquoi devrait-il savoir où se trouvait le jeune garçon vingt quatre heure sur vingt quatre ? L'autre pencha la tête sur le côté, se posant à l'évidence de nombreuses questions.
« Je croyait que vous étiez son Gardien ? »
Le Saïyen faillit exploser. Cette histoire de Gardien commençait à l'irriter plus que tout.
« Non je ne suis pas son Gardien, maugréa-t-il d'une voix plus ou moins maîtrisée. Où est-il ? »
Le mécanicien se tut. Le silence qui s'en suivi fut assez bref, mais bien trop long pour que le guerrier ne commence pas à se poser des questions.
« Il est à la décharge » dit simplement le garçon en haussant les épaules.
Raditz ne répondit pas, retourna la phrase dans sa tête comme pour mieux la comprendre. L'autre lui demanda s'il pouvait retourner travailler, le Saïyen lui répondit de dégager. Etan était à la décharge. Est-ce que ça voulait dire qu'il avait changé de poste ? Cette idée lui parut plus que puérile. Raditz quitta les hangars pour se rendre à l'endroit où devait se trouver le jeune garçon aux cheveux gris. Ce n'était pas très loin. La décharge était une pièce vaste reliée à tous les broyeurs de la base. Plusieurs ouvriers y travaillaient pour triller les déchets, au fond de la salle brûlait constamment un four immense. Personne n'avait besoin d'autorisation pour y venir, et l'on y retrouvait donc souvent des choses pour le moins insolites. Le Saïyen entra donc et fut désagréablement surpris par la chaleur ambiante. Il aurait du commencer par observer les ouvriers pour s'assurer qu'Etan n'était pas parmi eux, mais il se dit que ce n'était pas la peine. Il s'avança au milieu des montagnes de détritus, cherchant du regard quelque chose qui pourrait lui rappeler le jeune garçon qu'il cherchait. Il le retrouva finalement sur le bord d'une des piles de déchets. Il grimpa lentement jusqu'à lui, évitant autant qu'il le pouvait de déclencher une chute de gravas solides et liquides. Il pensa que le corps était à moitié enseveli jusqu'à ce qu'il arrive à son niveau. Là il comprit qu'il ne le retrouvait sans doute jamais entièrement. Mais peu importe, c'était bien le visage d'Etan. Il observa avec attention les innombrables blessures profondes sur les restes du corps et fut soulagé de constater que le sang n'avait pas coulé, et avait donc coagulé avant que ces blessures n'apparaissent. Ça voulait dire qu'il était mort avant qu'on ne l'ai jeté dans un broyeur. Il redescendit, chercha un ouvrier et l'interpela. Il dut négocier quelques minutes, mais obtint finalement le droit de récupérer le corps, en échange de trois de ses crédits. Le travailleur lui fournit un sac dans lequel le Saïyen plaça les restes du garçon. Il rejoignit rapidement le crématorium et négocia à nouveau le droit de brûler le cadavre lui-même, à l'insu de deux autres crédits. Il contempla les flammes consumer la carcasse, les bras croisés, en songeant qu'il devrait être fier, parce qu'il ne lui semblait pas ressentir la moindre peine, juste un grand vide. Il avait donc atteint en partie son but : ne plus éprouver le moindre sentiment. Mais au lieu de s'enorgueillir de cette remarque, il ne ressentait qu'une immense lassitude. Dès qu'il ne resta plus qu'un tas de cendres, il se rendit, comme il l'avait plus tôt décidé, chez le Doctor. Le vieil homme aux sourcils broussailleux et aux longues oreilles couvertes d'un duvet noir ne le fit pas attendre. Raditz le surveilla tandis qu'il enfonçait légèrement de longues aiguilles dans son torse dénudé en marmonnant comme toujours dans sa barbe. Le moindre contact des mains chaudes de l'homme contre sa peau le faisait tressaillir, mais il ne dit rien. Lorsqu'il sortit enfin de cet endroit, il se rendit au réfectoire avec l'espoir d'y trouver Nappa, ou même Végéta, n'importe qui. Il fut soulagé de trouver le grand Saïyen et vint s'asseoir à sa table.
« Etan est mort… »
Le colosse l'observa un instant. Raditz fronça les sourcils pour essayer de retrouver son expression habituelle.
« Ah…, répondit enfin l'autre Saïyen. Tu l'as vu ?
- A la décharge. Je croyais que passer des corps organiques dans les broyeurs étaient interdit ?
- Ouais, parce que les substances liquides risqueraient de foutre en l'air le système. C'est risqué de faire ça.
- Le sang était déjà coagulé.
- Dans ce cas aucun problème. »
Le silence s'installa. Le jeune Saïyen s'efforça de manger pour éviter le regard que son compagnon avait fixé sur lui.
« Et le corps ? »
Raditz grogna.
« Cinq crédits pour le faire griller.
- Tu t'en es pas trop mal sorti. » affirma le grand Saïyen avec un haussement d'épaules.
Ils finirent de manger sans rien ajouter.
Durant les jours qui suivirent, Raditz eut de plus en plus de mal à reprendre ses anciennes habitudes. Il remarqua bien vite que son alimentation devenait irrégulière, et insuffisante. Tous les entraînements qu'il faisait étaient un désastre, et il se rendait le plus souvent possible chez le Doctor. C'est ainsi que pendant un simple duel contre Nappa, le jeune Saïyen fut surpris de voir son propre sang s'écouler de sa bouche avec insistance, sans qu'il puisse l'arrêter. Il s'était rendu rapidement aux infirmeries pour apprendre qu'une de ses côtes brisées avait déchiré certains de ses organes. Le grand Saïyen était resté avec lui pendant qu'on lui injectait une substance contenant apparemment des nanomachines.
« Il ne devra pas bouger d'ici avant ce soir, peut-être même jusqu'à demain matin, déclara l'infirmière au plus âgé des guerriers.
- Pas de problème, répondit celui-ci avec un sourire.
- Hé ! » voulu s'interposer le concerné.
Mais le colosse lui fit comprendre d'un regard que la meilleure chose à faire pour lui était de garder profil bas. Raditz obéit docilement, serrant les dents sous la colère en observant son compagnon dont les yeux restèrent accrochés aux formes de la jeune femme blonde jusqu'à ce qu'elle quitte la pièce. Quand ils furent seuls, l'attention du grand Saïyen se reporta enfin sur le jeune guerrier qui baissa aussitôt les yeux dans un geste de soumission qu'il avait appris à accepter. Nappa s'approcha, attrapa une chaise en acier inconfortable, la fit pivoter devant lui et s'y assit, les bras croisés sur le dossier et le menton posé sur ceux-ci. Il fixa en silence le Saïyen qui avait pour ordres de rester allongé jusqu'au soir. Les matelas de l'infirmerie étaient bien plus agréables que ceux des chambres, et la compagnie que l'on pouvait s'y faire l'était tout autant si l'on savait s'y prendre. Tous les médecins et infirmières étaient protégés par les lois de la base, aussi fallait-il, pour se procurer leurs « soins particuliers », utiliser les bons vieux procédés de séduction. Tandis que le grand Saïyen était plongé dans ses pensées vagabondes, Raditz tentait d'ignorer sa présence, et se mordait désespérément la lèvre inférieure pour n'émettre aucun son. Il souffrait, atrocement. L'intervention des nanomachines n'était jamais très agréable… Nappa le savait, aussi lorsqu'il sortit de sa transe, après avoir décidé de la méthode à suivre avec la jeune infirmière, laissa-t-il apparaître un sourire mauvais à l'intention de son compagnon.
« Ça fait mal ? »
Le jeune Saïyen voulut répondre par la négative mais il ne réussit à prononcer qu'un juron noyé dans un gémissement de douleur. L'autre ricana, ce qui eu pour effet d'augmenter la colère, mais aussi le mal profond qui rongeait le jeune guerrier. Pourquoi s'attirait-il toujours le dédain de ses compagnons ? Pour une fois, un minimum de compréhension n'aurait pas blessé son orgueil… Comme s'il avait entendu ses pensées, le colosse ajouta :
« T'en fais pas va, ça durera tout au pire une ou deux heures.
- Ah oui ? articula difficilement le jeune Saïyen d'un ton qui se voulait ironique. Alors pourquoi… jusqu'à ce soir ?
- Parce que l'opération va t'épuiser » répondit l'autre en haussant les épaules.
Raditz détourna la tête à nouveau pour fixer le plafond. Ça lui apprendrait ; à partir de maintenant il éviterait de se rendre chez le Doctor. Dire qu'il n'avait même pas conscience de l'état dans lequel il avait mis ses intestins… mais il se demandait si la douleur de ses organes aurait été plus dure à supporter que celle des machines microscopiques qui les réparaient en ce moment. Après quelques minutes de souffrances silencieuses, alors que le jeune Saïyen avait fermé les yeux pour tenter d'oublier la douleur, il entendit son compagnon se redresser à côté de lui. Il souleva les paupières et posa son regard sur lui. Le colosse s'étira, puis fit quelques pas vers la sortie. La panique s'empara du plus jeune ; il était dans un état de faiblesse avancé, sans défense, et il allait se retrouver seul dans une salle excentrée de l'infirmerie. La vision d'Adris et de son groupe déambulant dans les couloirs adjacents lui apparut : les trois hommes qui s'étaient servi… d'Etan…
« Où tu vas ? » lâcha-t-il d'une voix non maîtrisée, laissant transparaître son mal et sa peur.
Nappa se retourna, surpris, en observant le jeune Saïyen qui s'était légèrement redressé sur son lit, ses bras tremblants le tenant difficilement en appui.
« Pourquoi ? Tu voulais que je reste ? » demanda-t-il d'un ton où l'étonnement était parfaitement perceptible.
Raditz sentit un douleur vive cribler tout son corps, une douleur autre que celle des nanomachines : la honte, le déshonneur. Il rougit fortement. Une fois de plus il venait de montrer ouvertement sa faiblesse, celle qu'il passait son temps à tenter de cacher. Mais cette fois il n'avait rien pu faire pour la contenir… peut-être à cause de l'opération…
Le colosse soupira. Lui qui aurait voulu faire plus ample connaissance avec la jeune femme aux cheveux dorés. Il revint s'asseoir sur la chaise, dans la même position que précédemment, et laissa glisser son regard sur son compagnon qui se rallongeait difficilement, les paupières soudées et le visage crispé sous l'afflux d'une haine qu'il se réservait.
« Tu peux partir » grogna Raditz dont la voix se voulait méprisante.
L'autre se contenta de secouer lentement la tête. Le jeune Saïyen n'ajouta rien ; il ne pouvait même pas se cacher le soulagement immense né du fait qu'il ne soit pas seul. Il garda les yeux fermés, pour ne pas croiser ceux du colosse. L'opération dura plusieurs heures durant lesquelles il lutta pour ne pas perdre connaissance. Quand enfin la douleur s'estompa, il tendit l'oreille et se rendit compte que son compagnon s'était endormi. Il ouvrit un œil… puis l'autre. Nappa s'était assoupi, la tête toujours posée sur ses bras repliés devant lui. Le jeune Saïyen l'observa pendant un moment sans dire un mot ; il n'avait pas l'habitude de voir cette expression sereine sur les traits du colosse. Il se demanda si le voir ainsi ne signifiait pas le voir en position de faiblesse. Il détourna le regard à cette idée, ne voulant en aucun cas déshonorer son compagnon. Il sentit alors à quel point la fatigue l'assaillait. Il lutta contre elle pendant plusieurs minutes qui lui parurent des heures. Il avait peur de s'endormir lui aussi, et qu'à son réveil la chaise à ses côtés soit vide. Il avait peur d'être seul et se maudissait pour ça.
