Après avoir croisé le regard d'Abby, Gibbs avait sut que Tony avait réalisé pour Ducky et Abby. Il imaginait parfaitement le coup supplémentaire que Tony avait dû accuser. Il avait posé une main sur l'épaule du médecin légiste et déposé un baiser dans les cheveux d'Abby avant de les laisser avec Kate et McGee, qui ne comprenaient rien mais qui savaient, par avance, que quelque chose venait d'arriver. Dans le regard de Ducky et d'Abby, il savait qu'ils se chargeaient d'expliquer la situation aux deux agents. Encore une aide de leur part qu'il n'était pas sûr de mériter. Il s'en voulait d'avoir entraîné ses deux amis là-dedans, mais pendant les années où il avait recherché son fils, il avait été seul jusqu'à ce que Ducky et Abby entrent dans sa vie. A eux, il avait su qu'il pouvait parler et ils l'avaient aidé dans les moments de découragement lorsque même sa fonction au NCIS ne l'aidait même pas un peu. Aujourd'hui, Gibbs savait que le plus dur n'avait pas été de le retrouver mais de se taire et il se maudissait de son silence. Il avait fait du mal à Abby, Ducky et surtout à Anthony.
"Toi qui voulais le protéger, ne pas lui faire de mal ! C'est raté et pas qu'un peu ! Anthony est un garçon formidable et ce n'est pas grâce à moi. Il s'en est sorti de façon magistrale. Je suis d'autant plus fier de lui maintenant que je sais pour l'alcoolisme de son père adoptif et de l'indifférence de cette mère qui avait toutes les chances du monde d'avoir un fils comme lui. Son sourire, sa joie de vivre dispensée aux autres, ... Je ne le mérite pas. J'ai tout gâché. Je lui ai fait du mal. Je ne l'ai jamais vu aussi perdu qu'avec moi dans cet ascenseur. Pourtant, j'ai encore quelque chose à faire. Une promesse qui attendait depuis bien trop longtemps d'être tenue..."
Alors que l'ex-Marine s'apprêtait à sortir du bâtiment, en se demandant où chercher Tony, il eût cette impression de déjà savoir où le trouver. Il se retourna vers le garde de la sécurité et lui demanda si l'agent DiNozzo était sorti du bureau. La réponse que Gibbs obtint lui permis de confirmer son idée. Il tourna le dos à la sortie et prit les escaliers...
Le soir tombait déjà sur Washington quand Gibbs ouvrit la porte d'accès au toit. Un rapide coup d'oeil et il vit Tony. Gibbs savait qu'il y venait souvent.
"Alors pourquoi ne l'avoir jamais rejoint ici ? De quoi avais-tu peur Leroy Jethro Gibbs ? De finir par lui dire et qu'il te déteste comme maintenant ?"
Si Dumont avait été là, il lui aurait probablement murmuré cette phrase à l'oreille. Mais, Gibbs ne laissait en fait parler que sa mauvaise conscience qui était sûrement pire que Dumont.
« Tony ? »
Gibbs ne vit aucune réaction. L'agent du NCIS aurait nettement préféré qu'Anthony se mette à crier contre lui. Sa détresse était visible même de dos.
« Une autre révélation à me faire ? Parce que je sais déjà pour la complicité de Ducky et Abby. Alors, je crois que là j'ai eu ma dose. » « Ne leur en veut pas. Ils ont juste tenu leur promesse. » « Oh oui, on obéit toujours au Boss ! Vas-y, parles-moi, Grand Chef ! » lança Tony, en se retournant. Son regard émeraude volontairement glacial fixé sur Gibbs. « J'ai une promesse à tenir. »
Gibbs sortit sa main de la poche de sa veste et tendit un collier à Tony.
« Prends-le, il est pour toi. Elle voulait que tu l'ais. » « Elle... Ma ... J'arriverais pas à le dire ! » « Elle s'appelait Whilemina Paterson. Elle n'aimait pas son prénom. Trop sophistiqué pour une vie qu'elle voulait simple et vraie. Alors, pour moi, elle voulait être uniquement Mina. Ouvre-le ! »
Tony s'exécuta et découvrit à l'intérieur du pendentif, le visage radieux d'une jeune femme, les yeux verts et les cheveux noir de jais. A ses côtés, Anthony découvrit Gibbs plus jeune mais il avait déjà son regard bleu sans concession. Et il souriait comme jamais Tony ne l'avait vu faire et pendant un instant, il crut reconnaître son sourire sur ce visage...
Tony avait toujours le regard baissé sur le pendentif lorsque Gibbs commença son récit :
« Nous nous sommes rencontrés en 1972, pendant que j'effectuais un travail d'étudiant dans une petite Marina de Baltimore, j'avais 17 ans à l'époque. J'ai rencontré une jeune femme absolument magnifique, j'en suis tout de suite tombé amoureux. Mina m'a appris à naviguer. Tu as son sourire et sa joie de vivre... »
Tony releva les yeux et regarda Gibbs.
«... C'est grâce à elle que je sais ce qu'est l'amour. On avait pleins de projets pour l'avenir, on voulait des enfants, une maison, un jardin, un chien. On avait tout prévu. (Gibbs fit un petit sourire n'y repensant) Puis, je suis parti pour faire mon service militaire. Je lui ai dis que je l'aimais et je le pensais. Quand elle a appris qu'elle était enceinte, elle m'a écrit mais ses parents ont fait barrage à ses lettres et je ne les ai jamais reçues et elle, pareil pour les miennes. Je ne suis plus alors parvenu à la joindre et j'ai cru bêtement qu'elle s'était jouée de moi. Ses parents étaient riches, ils l'ont envoyée sur la Côte Ouest dans sa famille et ils l'ont persuadée pour l'adoption. En 1978, elle est tombée malade et de regret son frère lui a rendu mes lettres. Elle est parvenue à reprendre contact avec moi. J'ai pris un congé et je suis parti la voir. Je suis arrivé un peu avant qu'elle ne meure et elle m'a dit qu'elle avait fait adopter notre fils... »
Tony n'y croyait pas. Il avait toujours su qu'il avait été abandonné et il l'avait accepté. Il avait accepté d'avoir pour vrais parents des gens qui ne l'aimaient pas. Et maintenant, on lui annonçait qu'en fait c'était la faute de ses grands-parents, que sa mère avait culpabilisé jusqu'à sa mort et que son père l'avait cherché pendant des années avant de lui faire croire qu'il était juste son patron !!! Le jeune homme avait l'impression d'être d'en une autre dimension. Que tout ceci n'était qu'un cauchemar, qu'il allait se réveiller et se sentir gêné en voyant Gibbs au boulot après un rêve aussi dément. Mais pourtant, tout était vrai, et rien que d'y penser, il en avait la nausée. Et pourtant, il avait parfaitement entendu, Gibbs avait dit "notre fils" alors que Victor et Bérénice ne l'avaient jamais appelé ainsi."
Gibbs se déplaça jusqu'au bord du toit. Il revoyait la femme qu'il avait aimé, qu'il aimait toujours, couchée dans un lit d'hôpital. Il revoyait les larmes couler sur ses joues, des larmes dans ses yeux verts.
"Les mêmes yeux, ils ont les même yeux ! Et elle pleurait en parlant du manque de son fils et ... Que Tony m'en veuille, je l'ai mérité , mais pas à Mina. Je dois parvenir à lui rendre son fils, qu'il pense à elle comme à une Maman. Combien de fois ai-je rêvé d'une autre vie. Mina et moi en train de regarder Tony faire ses premiers pas vers nous. Les fêtes de Nöel, Thanksgiving..."
Gibbs continua son récit en pensant à Mina :
«... Elle m'a dit qu'elle regrettait, qu'elle espérait que tu pourrais lui pardonner. Le pire est qu'elle avait accouché sous x. Pourtant ce jour-là, je me suis juré de retrouver mon fils. J'ai cherché pendant des années sans jamais rien trouver, les dossiers m'étaient inaccessibles, même après mon entrée au NCIS. La famille de Mina ne voulait rien me dire. Ils étaient persuadés que je leur réclamerais de l'argent pour toi. Je savais juste qu'elle avait accouché en 1972 dans un hôpital de San Francisco. Tu pouvais avoir été adopté par un couple de n'importe quel état. Il y a eu mes périodes de déploiements, le découragement d'y arriver et j'ai abandonné un temps. J'ai essayé de refaire ma vie, on ne peut pas vraiment dire que ça ait marché vu que j'ai eu 3 femmes et que je n'ai gardé aucune. Puis quand mon troisième mariage a cessé à cause du sujet "Bébé", j'ai compris que je ne pourrais jamais être père d'un autre enfant que de toi. C'est là que Dumont m'a filé un coup de main. Il a débarqué un jour avec un dossier d'adoption, les infos concordaient mais ce n'était pas la première fois que ça arrivait. C'est lorsque j'ai vu ton prénom que j'ai repris espoir. Anthony était le prénom de mon père. Mina m'avait dit qu'elle avait demandé pour que tu puisses le conserver sans trop y croire pourtant. J'ai compris plus tard que Dumont m'avait aidé dans la perspective d'éviter les poursuites quand j'apprendrais pour ses magouilles. Alors quand je l'ai arrêté, il m'a juré de se venger. Je suis allé te voir à Baltimore et j'ai profité de ta mise à pied pour te proposer un boulot au NCIS. Et plus le temps passait ...»
Gibbs fit une pause et reprit son souffle, il avait tout dit d'une traite de peur de renoncer une fois commencé. Il gardait ce secret depuis si longtemps. Il respira et leva la tête pour regarder Tony, qui lui essayait de reprendre ses esprits. Ce dernier savait que s'il restait près de Gibbs...de son...son père, il ne pourrait pas réfléchir correctement. Il se releva donc et commença à s'éloigner, tournant le dos à l'agent spécial.
« Anthony ! »
« Tu ne m'appelles jamais comme ça ! » lui dit-il, en se retournant.
« Je ne pouvais pas, c'était trop dur. »
« Rien ne sera plus jamais pareil !! »
« Si tu veux parler ? »
« Je ne sais plus où j'en suis. J'ai besoin de temps. Je suis désolé, j'ai besoin de réfléchir, et seul. »
« Je comprends. »
Gibbs fit un signe affirmatif de la tête, Tony fit plusieurs pas en arrière sans quitter Gibbs du regard puis, il se retourna et quitta le toit. Quelques minutes plus tard, Jethro perçut le bruit de la voiture de Tony et l'entendit s'en aller. Peut-être définitivement...
Gibbs finit par aller prendre un café dans une brasserie du quartier. Il s'essaya à une table et enfouit sa tête dans ses bras, tout en respirant un grand coup. Une heure plus tard, aucune raison et aucune force ne lui avaient permis de quitter cet endroit. Il se contentait de regarder la rue se vider petit à petit, de voir les gens rentrer chez eux... Chez eux ! Ce fut seulement à la quatrième sonnerie qu'il réalisa que son portable voulait le ramener à la dure réalité.
« Quoi ? » « Alors, ça c'est bien passé, Papa ? » « Si tu étais un jeune homme et que tu apprenais que ton patron et ami était en faite ton père comment tu réagirais ? »
Gibbs sentit Dumont sourire à sa remarque et une vague de colère le traversa.
« Qu'est que tu veux ? J'ai fait ce que tu m'as demandé, alors maintenant laisse-moi tranquille » « Voyons, Gibbs, je croyais que tu me connaissais mieux que ça. Ce n'était que la première étape ! » « La première étape ? Et quelle sera la prochaine ? » « La vengeance… »
Après un rire satanique, Dumont raccrocha laissant Gibbs dans la détresse.
Tony était bien revenu chez lui mais n'avait pu se résoudre à rentrer dans son appartement. Tout était différent et pour toujours... Alors, il fit demi-tour et se mit à marcher.
Tony marchait sans trop vraiment savoir où il allait, il se sentait trahi. Il avait toujours considéré Gibbs comme son père de substitution, mais jamais il n'aurait imaginé qu'il puisse vraiment l'être, même pas en rêve.
" Nous ne nous ressemblons pas du tout, nous sommes complètement différents, j'en suis sûr. Et pourtant, quand je suis avec lui, je suis en paix. J'ai trouvé mon chez moi au NCIS, à ses côtés... Quelle coïncidence que Baltimore ait été la ville où Mina et lui se sont rencontrés ! C'est là-bas qu'il m'a retrouvé !!!" pensa Tony, en serrant un peu plus fort le pendentif dans sa poche.
Relevant la tête, Tony se rendit compte qu'à force de marcher à l'aveuglette, il était arrivé près de chez Kate. Il hésita puis se dirigea vers l'immeuble. De toute façon, elle n'était sûrement pas là, mais au moins, il aurait essayé.
Kate était devant la fenêtre de son appartement à regarder les lumières de la ville s'allumer. Elle avait bien essayé d'agir normalement. Elle était rentrée, elle s'était préparée un truc rapide à manger, avait pris une douche, elle avait essayé de bouquiner, elle avait rempli ce maudit de silence en allumant la radio... Mais tout avait semblé faux car ce n'était qu'un prétexte. Elle devait l'admettre, elle pensait à Tony. Elle revoyait Abby et Ducky s'avancer vers McGee et elle ... Elle entendait chacun de leur mot au ralenti : Anthony avait été adopté et il était le fils de Gibbs. Une petite phrase, une si petite phrase qui venait de faire basculer leur vie à tous. Pendant longtemps, elle était restée muette alors que Tim avait bafouillé d'une traite le Où, Quand Comment et Pourquoi ... ! Alors Ducky avait essayé de leur permettre de comprendre. Maintenant, elle connaissait l'essentiel de l'histoire, comme pour un dossier d'enquête mais ce n'en était pas un. C'était Anthony. Elle était en colère mais ni contre Gibbs, ni contre Tony mais envers elle-même de n'avoir rien vu. De ne pas avoir été là. Elle s'en voulait de n'avoir pas été plus loin que l'image de DiNozzo ... Elle avait laissé perdurer l'illusion trop longtemps. Elle avait souvent deviné une fêlure, une blessure, des cicatrices mais c'était si facile de se laisser bercer par Tony. Et face à tout cela, elle n'avait été qu'une simple spectatrice.
La chanson de Kelly Clarkson lui parvint et Kate entendit :
"I'm forced to fake A smile, a laugh everyday of my life My heart can't possibly break When it wasn't even whole to start with"
" Faire semblant de sourire... Un coeur qui ne peut se briser parce qu'il n'est pas entier au départ ... Tony !! Arrête de penser à toi, Caitlin ! Ne joue pas les égoïstes. C'est Tony le plus important. Au ton de Ducky, j'ai saisi qu'il n'avait pas connu une vraie famille.. Et je sais ce que le NCIS représente pour lui, ça se devine instantanément chez Tony. Nous sommes sa famille, celle qu'il a choisi, celle qu'il a trouvée. Et là, tout bascule.. Il doit être tellement en colère, déchiré... "
« Mais, c'est pas possible !!! » dit Kate, tout haut.
Une fois devant la porte de l'immeuble de Kate, Tony se demanda pourquoi il était là. Il avait besoin de parler, c'est vrai. Il en avait même plus que besoin mais il y avait une autre raison, il tenait bien plus à Kate qu'il ne voulait l'admettre. C'était sa collègue mais parfois quand il la regardait… Il se giffla mentalement et tourna le dos à la maison, se maudissant d'être venu ici.
« Tony ? »
Tony ferma les yeux puis se retourna. Il se retrouva devant une Kate qui avait l'air complètement perdu. Le jeune agent comprit immédiatement qu'elle savait tout. Et vu sa tête, elle n'avait pas digéré la nouvelle.
En la regardant comme ça, avec l'air aussi perdu que lui, il ne put s'empêcher de sourire, il se sentait déjà un peu mieux, il n'était plus seul, Kate était là...
