« Salut ! Tu ne devais pas sortir voir un homme ? » amorça Tony, essayant d'agir
comme d'habitude.
« Ca, c'est ce que tu as bien voulu croire. » dit Kate, avec un sourire.
Elle le perdit vite, en voyant combien Tony avait l'air mal. Elle l'invita alors tout de suite à entrer. Elle le vit longuement hésiter. C'était un peu comme si elle le voyait pour la première fois : Anthony DiNozzo était en réalité un jeune homme fragile, qui se cachait derrière un masque de Don Juan. Elle coupa court à ses réflexions en voyant Tony entrer. Désormais assis dans son canapé, elle avait l'impression que Tony se retenait de pleurer. Elle s'approcha de lui et mit sa main sur son épaule.
« Je sais, Tony. Abby et Ducky, nous l'on dit ! »
« J'ai bien deviné à ta tête. Et puis, c'est mieux, comme ça on est tous à égalité. »
« Tony, je ... »
Mais Kate comprit qu'il avait besoin d'un peu de temps. Elle lui proposa alors une tasse de café et Tony, soulagé du répit, accepta.
Seule dans la cuisine, Kate réfléchissait à comment aider Tony : la meilleure chose à faire était de l'écouter et de lui faire comprendre qu'elle était à ses côtés, quelle que soit ce qui allait arriver. Elle savait combien Tony avait besoin de Gibbs dans sa vie même s'il ne l'admettrait pas à cet instant. Et Gibbs avait dû souffrir mille morts sans son fils et souffrirait sans fin s'il s'en allait. Ca ne pouvait pas arriver !!! Kate réalisa alors que Tony pourrait décider de s'en aller du NCIS, peut-être même de Washington mais surtout de s'éloigner d'elle. Et ça la terrifiait, elle s'en rendait compte. Elle sentait son cœur se serrer. Elle regarda Tony toujours assis dans le canapé, immobile, lui qui ne restait jamais en place. Elle ressentait tant de sentiments quand il était auprès d'elle. Il l'agaçait mais il la faisait réagir, la provoquait bien souvent et lui avait donné ce besoin d'être une meilleure enquêtrice et leurs chamailleries étaient devenues un rituel incontournable entre eux. Elle les cherchait, elle les espérait. Il plongeait son regard en elle et elle sentait son cœur battre si vite. Il lui souriait et elle croyait à la vie, elle croyait en lui. Aucun homme ne lui avait fait cet effet, jamais... Mais ils n'étaient que collègue. Elle n'avait pas envie de ... de quoi au fait ! Tony était séduisant, elle en avait conscience mais c'était plus que ça !! Elle le savait... elle le savait depuis longtemps.
Tony fixait une photo sur le mur de l'appartement, il s'agissait de la famille de Kate ... Tony avait désormais lui aussi des photos, enfin deux... Il se demandait comment il allait parvenir à sortir du brouillard et de ces douleurs qu'il avait au fond de lui. Une douleur pour cette famille qu'il n'avait pas eue et qui l'aurait aimé. Une douleur pour ces gens qui l'avaient adopté et qui ne l'avaient jamais aimé. Une autre pour cette déchirure en lui provoquée par le silence de Gibbs. Pourtant, là avec Kate, Tony se sentait mieux. Il avait l'habitude d'être seul, il l'avait toujours été même dans la foule qu'il créait autour de lui... Avec l'aide de Caitlin, il parviendrait peut-être à mettre de l'ordre dans ses idées. Découvrir ce qu'il voulait. Il voulait un père, il en avait toujours voulu. Gibbs était la meilleure personne qu'il ait jamais rencontré mais ce qui déboussolait Tony, c'était qu'il ne lui ait pas parlé. Plus de trois ans de silence !! Trois ans qu'il ne comprenait plus l'attitude que Gibbs avait eu envers lui. Il avait toujours été là pour lui : quand il avait disparu lors de l'affaire Atlas, lorsqu'il était avec White. Tony savait sans une hésitation que Gibbs ne le laisserait jamais tomber, ne l'abandonnerait jamais. Abandonner ... Le chercher ... Mais il aurait agit ainsi avec n'importe quel autre membre de l'équipe en danger. Quand Ari tenait Kate, Ducky et Gérald en otage ... Tony voulait plus. Il était son fils !!! Il aimait son Patron mais ne savait pas ce qu'était avoir un père, ce ne devait pas être pareil. Ce ... Il ne savait plus...
Kate arriva de la cuisine avec une tasse de café pour chacun et interrompit donc Tony dans ses pensées en disant :
« Tu aurais sans doute préféré quelque chose de plus fort mais je n'ai rien ici de»
« Non, c'est parfait, je ne bois pas d'alcool, Kate. C'est la seule action positive que
Victor aura eu sur moi. Il était alcoolique et je me suis juré de ne jamais lui
ressembler»
« Pourquoi n'avoir jamais rien dit ? »
« Personne, je ne disais jamais à personne que j'avais été adopté. Ca colle pas avec
l'image que je donne. Puis, c'est plus facile pour les autres»
« Je ne suis pas les autres, Tony. Je suis là pour toi. »
Kate l'aiderait, il le savait donc il fallait qu'il lui parle, qu'il exprime ce qu'il ressentait et elle pourrait l'aider à comprendre pas parce qu'elle était profiler mais parce qu'elle était son amie et ... une chose à la fois !!!
« Il m'a parlé d'elle, de Ma Mère... et j'ai l'impression d'en avoir une .. enfin ! Je n'ai jamais appelé Bérénice ainsi ... Je sais plus, Kate..»
Tony tourna alors son visage vers l'extérieur :
« J'avais toujours si peur que Victor et Bérénice, mes parents adoptifs ne veuillent plus de moi, eux aussi. Alors, je faisais tout pour qu'ils soient contents de moi. Pourtant, rien n'était jamais suffisant. Je faisais de l'escrime, de l'équitation, du piano et puis un jour, je suis resté voir un match de basket. J'avais 16 ans et je me suis laissé convaincre de faire une partie et c'était génial. Une équipe. Je n'étais plus seul comme dans mes autres activités et comme lorsque j'étais à la maison qu'ils soient là ou encore partis en voyage. Alors, je me suis inscrit sans que mes parents le sachent. Mais j'étais si fatigué avec tout ce que je faisais, que j'ai fait un faux pas pendant un match et je me suis demis l'épaule. Ils ne sont pas venus à l'hôpital, il y avait une réception à la maison et ils ne pouvaient pas annuler à cause de moi ou me montrer dans cet état. Les infirmières étaient vraiment gentilles avec moi et Dan, le médecin aussi. Mes parents adoptifs sont venus le lendemain en disant que c'était ma faute et que je leur avais menti. Là, Dan les a sermonné. Je l'ai arrêté avant qu'il ne ramasse un blâme à cause de moi. J'ai dis que c'était normal, que je n'étais pas leur fils et que désormais, je ne ferais plus que ce qui me plairais, sans leur argent. J'ai remercié Dan, avec qui j'ai gardé contact et j'ai laissé mes parents sur place. Et j'ai eu ma bourse sportive. Quand j'ai appris que je ne pourrais plus continuer après ma blessure au genoux, Dan est revenu dans ma vie et c'est grâce à lui que j'ai pu récupérer presque la totalité de ma mobilité. Sauf pour faire du sport en pro, mais grâce à lui je suis agent de terrain...
De nouveau pris par tout ce qui tournait dans sa tête, Tony annonça simplement :
« Gibbs boit son café noir. Moi le mien, c'est trois sucres et arôme noisette»
« Tony ?! »
« J'essaye de savoir pourquoi il ne m'a rien dit, pourquoi je ne suis pas assez bien»
« Tony ?! Non ! »
« Quand je l'ai vu à Baltimore, l'enquête ensemble, Abby et Ducky et qu'il m'a
proposé le NCIS, je me suis dis que je n'avais plus besoin de chercher une famille ...
Maintenant, je ne sais plus. Oh Kate !!!! »
Des larmes coulaient sur les joues de Tony, il se détourna alors de Kate. Mais cette dernière se rapprocha encore et ils se regardèrent un moment. Puis s'en qu'il s'y opposa, elle le prit dans ses bras tandis qu'il se mettait à pleurer. Elle le serra fort pour lui montrer qu'elle était là.
« Tony, je sais que pour le moment tout est chamboulé mais c'est Gibbs. Il ne voulait
pas te blesser. Tu es son fils. Il t'a espéré si longtemps. Je ne prétends pas
comprendre, mais vous devez parler. Il a perdu la femme qu'il aimait, il t'a cru perdu
pour toujours et il a peut-être eu peur de te perdre à nouveau s'il te parlait. Je ...
Tony, je voudrais pouvoir faire plus... »
« Merci, Kate. »
Ils ne se séparèrent qu'un bon moment plus tard. Kate ne pouvait se détacher de Tony et de son regard, elle avait besoin de lui et elle l'embrassa. Ses lèvres effleurèrent d'abord celles de Tony, puis le baiser devint plus passionné. Kate essuya les larmes du visage du jeune homme et en redescendant ses mains, elle les déposa sur la poitrine de Tony et commença à déboutonner sa chemise ...
« Kate, réfléchis à ce que tu fais. »
« J'en ai assez de réfléchir»
« Je ne suis pas celui qu'il te faut.. Je »
« Je sais qui tu es. Tu es celui qui fait battre mon cœur plus vite, dit-elle, en l'embrassant. Tu es celui qui me protégeras toujours » affirma-t-elle en initiant à nouveau leur baiser.
Kate se leva du canapé et lui tendit les mains, Tony regarda le visage de la femme qui venait de lui ouvrir son cœur et referma ses mains sur celles de Caitlin. Elle l'emmena vers sa chambre et ils fermèrent la porte derrière eux.
Quand Tony se réveilla, il devait être 8h du matin. Une Lumière chaudel'aveugla aussitôt qu'il eu les yeux ouverts et il dut se protéger avec sa main. Il regarda autour de lui, et pendant un moment essaya de se rappeler ce qu'il faisait dans une chambre inconnue. Puis, son regard se posa sur Kate, à côté de lui, endormie. Tout un flot de souvenirs lui revint en mémoire et il se rappela soudain des derniers évènements survenus dans sa vie : les coups de téléphones de Dumont, Gibbs, Kate... Un sourire apparut sur son visage tandis qu'il la regardait. Il la trouvait vraiment magnifique en cet instant précis, le visage reflétant mystérieusement la lumière du soleil. Elle avait l'air si paisible et Tony se sentit en sécurité. Il aurait voulu que ce moment ne s'arrête jamais, qu'il dure pour l'éternité. Mais Kate poussa un gémissement et ouvrit lentement les yeux, tombant sur le plus beau sourire qu'elle ait jamais vu.
« Bonjour, Mademoiselle ! Bien dormi ? »
Elle lui sourit, l'attrapa par le cou et l'embrassa avant de se blottir dans ses bras.
« Oui ! D'ailleurs ça faisait longtemps que je n'avais pas dormi aussi bien. »
« Peut-être devriez-vous passer plus souvent vos nuits avec moi. »
« C'est une proposition ? »
Tony lui rendit son sourire et l'embrassa.
« Tu penses à l'avenir, maintenant que... »
Kate plongea son regard dans celui de Tony.
« Oui, et pour l'instant je trouve qu'il est de plus en plus beau mais qu'il le sera encore plus quand tu te seras habitué à ta "nouvelle vie". »
Et ils s'embrassèrent à nouveau.
« Tu viens au bureau, n'est ce pas ? » demanda soudain Kate, redevenue sérieuse.
« Promis, mais d'abord je doit passer vite fait chez moi pour me changer. » dit le jeune agent, en déposant un baiser sur ses lèvres.
« A tout à l'heure alors ! »
« Je fais vite ! Ne fait pas de bêtises avec un autre homme en attendant. »
Après un dernier sourire et un tendre baiser, Tony repartit chez lui, le cœur beaucoup plus léger, mais surtout...heureux.
Une fois dans son appartement, il rangea rapidement les affaires qu'ils avaient laissées traîner sur le sol ici et là. Il réalisa, avec un sourire et une lueur dans les yeux, qu'il le faisait pour le cas où Kate viendrait un jour son appartement.
Ensuite, il se décida pour une chemise simple et prit à la va vite un pantalon. Alors qu'il était en train de mettre sa veste, il releva les yeux et croisa son reflet dans le miroir. Il s'arrêta un insntant et contempla son reflet. Tony savait ce qu'il allait faire ensuite : il sortit de sa poche le pendentif que Gibbs lui avait donné. Pendant une seconde il eut envie de le balancer sur son lit et de partir au plus vite, mais le collier se mit à tourner et Tony ne put s'empêcher de le regarder danser, enivré. Après tout sa mère biologique l'avait aimé, comparé à sa mère adoptive ça faisait une grande différence, ça faisait toute la différence. Il avait vraiment du mal à y croire, pourtant la vérité était là, devant ses yeux : il était le fils de Gibbs et de Mina. Le pire était qu'il ne connaissait ni l'un ni l'autre, alors qu'il travaillait avec son père depuis 3 ans. Comment arriver à expliquer ce qu'il ressentait ? Pourquoi se sentait-il malgré tout…en paix pour la 1ère fois depuis longtemps. Il se regarda un moment avant de comprendre et un sourire apparu sur son visage. Dans le miroir, en faisant tournoyer le pendentif, il savait aujourd'hui à qui il ressemblait.
Il quitta finalement son image et avança vers la porte d'entrée quand son téléphone se mit à sonner. Il poussa un grognement et s'arrêta en manquant de percuter sa porte, sortit son téléphone et l'ouvrit.
« Dinozzo, j'écoute ! »
Un rire satanique et une voix rauque se fit entendre :
« Alors ça fait quoi d'apprendre que son patron est en fait son père ?! »
Tony sentit un frisson lui parcourir le dos.
« Dumont c'est ça ?
« Oui, c'est un plaisir ! »
« Non partagé » répliqua violemment Tony.
« Je vois d'ici le gène paternel !! » dit Dumont, avec une pointe d'amusement non dissimulée.
Le jeune agent essaya de se contrôler et reprit plus calmement.
« Que me voulez-vous ? »
« Hmm, si je te le dis maintenant ça ferait tout tomber à l'eau alors on va y aller petit à petit ! »
« Je ne comprends rien à ce que vous racontez, vous êtes fou, vous le savez ça ! »
Tony perçut sans problème l'énervement de Dumont qui devait sans aucun doute se retenir de jeter son téléphone.
« Tu sais, je n'ai jamais vraiment aimé les bateaux ... »
« Pardon ? »
« Mais celui-ci est pas mal. Dommage, il ne sera jamais fini, de toute manière il n'aurait jamais pu sortir de cette cave. La porte en haut de l'escalier est bien trop étroite ! » ironisa Dumont.
Même si Tony ignorait à quoi ressemblait Dumont, il savait qu'il souriait.
« Je ne comprends pas ! », articula Tony, en sentant pourtant son coeur s'accélérer. « Oh si tu comprends ! »
Il y eut un moment de silence pendant lequel Tony crut qu'il allait suffoquer, il sentit le monde se resserrer sur lui tandis qu'il aboutissait à la conclusion logique des éléments que Dumont lui avait donné. Il était chez Gibbs, c'était la seule explication.
« Ah, je dois te laisser, un vieil ami vient d'arriver ! Espérons qu'il sera content de me voir ! »
Et la communication fut coupée, laissant Tony complètement tremblant et paniqué. Que devait-il faire ? Prévenir le NCIS ? Aller tout seul chez Gibbs ? Il n'était pas formé pour ça !
Il rangea brusquement son téléphone et se précipita dans sa voiture. Il prit alors conscience que tout ceci n'était qu'un piège, que Dumont savait qu'il allait là-bas, et qu'il savait aussi que Tony n'appellerait pas le NCIS, que c'était une affaire privée.
« Cet enfoiré a tout prévu ! »
Il poussa un juron. Mais il ne pouvait pas abandonner Gibbs, il devait y aller, quel qu'en soit le prix à payer ! Il démarra en trombe et partit au quart de tour.
A suivre…
