Titre : Inuzuri
Auteur : Hotchpotch
Disclaimer : Tite Kubo
Rating : G
Spoiler : Nope
Characters : Renji, Rukia
Ce matin là, quand Renji se réveille, il est encore très tôt et l'aube pointe tout juste à l'horizon. Le froid de la nuit les entoure encore, enfants perdus du Rukongai, se serrant les uns contre les autres pour ne pas mourir de froid. Il entend les respirations lentes de ses camarades endormis, quelques ronflements et des murmures ensommeillés. Rien d'inhabituel, en somme, mais il ne sait toujours pas ce qui a bien pu le réveiller. Il s'extirpe de la masse endormie provoquant à peine quelques grognements et se glisse jusqu'à la sortie. Il essaie de se réchauffer en se frottant les bras, mais il n'a pas vraiment moyen de protéger ses pieds nus du froid et de la rosée.
Il y a quelque chose qui le tiraille, comme un hameçon dans le ventre, qui le pousse à se diriger vers la rivière. Dans la pénombre, il se cogne plus d'une fois les orteils contre des pierres qu'il n'a pas vu et murmure des jurons en se frottant le pied. Cela ne l'empêche pas de continuer à avancer, toujours avec ce tiraillement qui le gêne tant. Bientôt, il dépasse les derniers taudis et se dirige vers les premiers arbres de la forêt. Ce n'est pas vraiment un endroit à fréquenter pour un enfant, aussi rapide et agile soit il, parce que tout le monde sait que certains ont disparut en s'y aventurant. Mais ses pas l'éloignent de la forêt pour la contourner, puis s'arrêtent près d'un ruisseau. Les tiraillements dans son ventre se font plus insistants. Il passe une main glacée sur son estomac pour essayer de calmer un peu la douleur et se dirige vers un bosquet d'arbres tortueux. Entre temps, la lumière s'est accrue et les premiers rayons du soleil commencent à réchauffer les cimes des arbres. Il arrive sous les branches et le tiraillement dans son ventre se fait plus insistant encore.
Il ne comprend pas ce qui l'a mené là, jusqu'au moment où, mû par une intuition, il lève la tête et la voit. Elle ne lui sourit pas, ne lui dit rien et se contente de le regarder avec ses grands yeux. Il reste à la regarder un moment sans rien faire, puis avant qu'elle ne puisse lui lancer une phrase pleine de sarcasmes, il commence à grimper sur l'arbre. Au passage, il remarque que les branches sont chargées de fruits et que leur parfum sucré imprègne l'air, lui rappelant son ventre vide. En quelques enjambées, il la rejoint sur sa branche où elle y a accroché un panier plein de pommes. Alors qu'il s'assied près d'elle et tend la main vers les fruits, le panier disparaît avec la propriétaire dans un éclat de rire. Quand il lève la tête pour la chercher du regard, elle est déjà loin en haut, sur les plus hautes branches. Elle est petite, légère et agile, comme un oiseau et le regarde en le mettant au défi de la poursuivre. Renji est toujours un peu engourdi par le froid, mais cède bien évidemment à la provocation et se lance à sa poursuite. Bien qu'il soit déjà moins bon grimpeur qu'elle, elle n'hésite pas à lui lancer quelques pommes au visage en lui tirant malicieusement la langue. Il n'en faut pas beaucoup plus à Renji pour l'énerver pour de bon. Mais il n'est pas aussi fin et habile qu'elle : il glisse, s'écorche les mains et les pieds, manque de tomber. Malgré tout, il n'arrive pas à l'atteindre, tout là haut, même en tendant le bout des doigts le plus loin possible, en étirant son corps au dessus du vide au risque de se rompre le cou. Elle continue de rire, perchée sur les branches, baignant dans les premiers rayons du soleil, alors que lui, transit de froid et de faim, tente de l'attraper.
Il ne voit pas son visage, à cause de la lumière derrière elle qui l'entoure comme un halo, même en plissant ses yeux, mais il entend son rire moqueur résonner autour de lui, dans l'air silencieux. Ebloui, il glisse soudain de la branche sur la quelle il se tient sur la pointe des pieds et dans un fracas de branches cassées, atterrit durement sur le sol. Il se redresse difficilement et aperçois Rukia qui descend de son perchoir à toute vitesse. Il aimerait lui crier de faire attention elle aussi, mais une douleur à son poignet lui coupe la respiration alors qu'il s'apprête à se relever. Elle arrive près de lui, prend sa main en l'examinant et il aimerait pouvoir se plaindre et la blâmer de sa chute mais son visage est sérieux et il n'ose rien dire : il la laisse tout simplement s'inquiéter de son sort et de sa coupure à la joue en rougissant le moins possible.
Sur le chemin du retour, Renji insiste pour porter le panier. Elle ne le contredit pas mais n'en pense pas moins et le dédaigne ensuite en continuant à marcher devant lui : sa façon de lui montrer son désaccord. Il en profite pour dérober quelques fruits qu'il dévore tout en marchant et en fixant la silhouette devant lui. Il ne se rend compte qu'à ce moment que la douleur qui le tiraille depuis son réveil a disparu. A bien y réfléchir, il ne la sent plus depuis un petit moment, depuis qu'il a levé la tête pour l'apercevoir, perchée dans son arbre. Renji n'aime pas réfléchir à ce genre de chose, au fait qu'il arrive à percevoir sa présence avant les autres, ou justement, au fait qu'il en arrive à avoir cette sensation désagréable lorsqu'elle n'est pas là, à cette force qu'ils ont en commun et qui les différencies tellement des autres enfants. Qui finira sans doute par les éloigner d'eux, un jour ou l'autre. Il n'aime pas les pressentiments qu'il a quand il la regarde, l'impression qu'ils n'ont pas vraiment leur place ici, dans le Rukongai. Il n'aime pas réfléchir à ce genre de chose et décide de les occulter. Pour l'heure, le soleil s'est levé et il devra partager leur butin, faire en sorte que chacun ai de quoi survivre encore une journée de plus.
