Chapitre 2
Je discutais de cela avec Stéphanie dans l'avion pendant que les enfants dormaient. Bien sûr, sa première question quand je lui ai dit que nous allions dans le Colorado fut 'qu'est-il arrivé à ton père ?' Ses propres parents étaient morts dans un accident de voiture avant que nous soyons mariés, aussi elle avait été enthousiaste que nos enfants aient un grand-père. Je ne pus que hausser mes épaules et rouler mes yeux, révélant que je ne savais pas et ne pouvais pas croire que la mort de mon retraité de père avait quelque chose à voir avec l'armée.
Nous ne prîmes pas connaissance de notre hôtel. J'ai pensé que ce serait mieux de voir ce que faisait Sam, voir comment elle allait, voir si elle désirait de la compagnie ou si elle préférait être seule. Les enfants étaient réveillés et s'ennuyaient, devenant bruyants lorsque je me garai devant la maison de Sam. Je n'eus même pas à sortir de la voiture – sa voiture n'était pas là et la maison était complètement sombre et il y avait une pile de journaux devant sa porte. Nous retournâmes à l'hôtel et je laissai un message sur le portable de Sam. Je me sentis mal pour elle. Je savais qu'elle était terriblement proche de papa et elle était un bourreau de travail et avec son boulot, quel qu'il soit, je supposai qu'un pauvre type la faisait travailler malgré sa perte.
Je n'eus pas de nouvelle d'elle jusqu'au matin suivant, quand elle me dit qu'elle me rencontrerait à la porte de l'Académie parce qu'il fallait un laissez-passer pour se rendre près de la chapelle où la cérémonie avait lieu. Je trouvais cela étrange que seuls les militaires et ceux qui étaient escortés par les militaires auraient l'autorisation d'y assister, mais j'ai alors réalisé qu'à l'exception des quatre personnes de ma famille, c'était tout ce que papa avait. Et étant donné la fin de ses fiançailles, il en était de même pour Sam. Cela me rendit triste pour elle. Son affection pour papa avait été si forte qu'elle avait adopté sa vie déserte qui tournait autour du travail et des connaissances de travail.
Je la reconnus à peine quand elle nous rejoignit. Je m'attendais à l'uniforme, mais quelque part je m'attendais encore à moitié à l'ancienne Sam, dans un jean confortable et un vieux pull. Je souris maladroitement étant donné les circonstances lorsqu'elle s'entassa avec les enfants sur le siège arrière de la voiture de location. Lorsque je me garai devant la porte, Sam parla sèchement aux hommes. Ils la saluèrent respectueusement et nous permirent d'entrer. Je lui jetai un coup d'œil dans le rétroviseur, prenant connaissance de toutes les décorations sur son uniforme. Il y avait eu une époque, où je voulais moi-même suivre les pas de mon père, où je pouvais réciter la signification de chaque médaille. J'avais oublié au fil des années ce que signifiait exactement Lieutenant Colonel. Surtout pour une femme. Surtout pour une femme qui avait passé beaucoup d'années à l'école. Cela me revint quand je vis la reconnaissance et le respect dans les yeux des hommes qui parlèrent avec elle.
Mais je vis également quelque chose d'autre. Ma sœur qui avait toujours été et serait dans mon esprit, jeune, innocente et insouciante, avait vieilli. Les années avaient commencé à se montrer – et ce n'étaient pas des rides de joie. Il y avait des plis sur son front qu'elle s'était donnée elle-même en travaillant vingt heures par jour. Il y avait des rides autour de ses yeux, aggravées par les poches que son maquillage ne cachait pas complètement. Ses yeux étaient rouges également, mais toute autre preuve de son chagrin avait été effacée. Néanmoins, elle paraissait fatiguée.
Je continuais de l'étudier après avoir garé la voiture et que nous commençâmes à marcher. Sam avait toujours été grande et mince, mais son uniforme attirait l'attention sur combien maigre elle était réellement. Je me demandais si elle mangeait, et n'aurions-nous pas été sur le chemin de la cérémonie funèbre de mon père, je l'aurais peut-être taquinée à propos de cela.
Notre progression fut interrompue un instant lorsque Nicky vit un papillon qu'elle voulait attraper. Stéphanie la suivit, essayant de la faire revenir sur le trottoir. Je soulevai Nicky pour empêcher d'autres escapades et Stéphanie lissa la robe de Nicky. Sam nous regarda avec un sourire triste, révélant une fissure dans la façade de son prétendu bonheur. Je savais que Sam avait toujours voulu sa propre famille ; elle allait être assez âgée pour que les probabilités soient minces.
Un homme s'approcha de nous et serra Sam étroitement dans ses bras ce qui révélait combien il n'était pas militaire. « Comment allez-vous, Sam ? »
Elle haussa les épaules, admettant davantage à lui en un geste qu'elle ne l'avait fait avec moi. « Daniel, voici mon frère, Mark. » Elle énonça les autres noms des membres de ma famille, mais avant qu'elle ne puisse me dire à qui je parlais, elle fut distraite par un autre homme – un homme noir, grand, imposant qui me surprit par sa façon si douce d'étreindre Sam.
Le premier ne fit pas attention à eux, me tendit sa main presque comme s'il avait l'habitude d'être interrompu. « Dr. Daniel Jackson. » Il avait une attitude amicale en lui qui me mit à l'aise.
« Vous n'êtes pas de l'Air Force. »
Il sembla stupéfait. « Non. Non. Seigneur Dieu, non. » Il jeta un coup d'œil à Sam qui lui fit oui de la tête. « Je suis archéologue. Je travaille avec Sam. »
« Dans la Mesure de l'Espace Profond par Radiotélémétrie ? » Je haussai mes sourcils.
Il ne broncha pas. « Voici un autre collègue à nous, Teal'c. Teal'c, voici Mark Carter, le frère de Sam. »
Je priai que mon visage ne reflète pas la seule pensée que j'avais à ce moment-là, et qui était 'que diable est-ce là comme nom,' car j'avais peur que cela pourrait le conduire à me botter les fesses. Je souris au visage sans expression devant moi et offrit ma main.
Il s'inclina légèrement et ignora ma main. « C'est bon de faire votre connaissance, Mark Carter. »
J'ouvris ma bouche pour le corriger sur mon nom, mais Sam secoua la tête. D'où qu'il vienne, apparemment, elle s'attendait à cela. « Alors vous travaillez avec Sam aussi ? »
« Oui. » Son visage resta impassible ; il n'ajouta rien de plus.
« D'accord. Super. » Je compris que je n'obtiendrais rien d'autre de lui. Je songeai à le questionner à propos du chapeau qu'il portait, mais je décidai de ne pas le faire. Cela me vaudrait sans doute de me faire botter les fesses.
Daniel, semblant le plus humain des trois personnes devant moi, parut inconfortable et tripota ses lunettes. Il se tourna brusquement vers Sam. « Jack est déjà à l'intérieur. »
Sam acquiesça. « J'y serai d'un instant à l'autre. » Heureusement, ses mots semblèrent libérer les deux hommes pour entrer à l'intérieur, nous laissant à notre gêne familiale au lieu d'étrangers se fixant les uns les autres. Elle me regarda. « Le Général O'Neill est mon, euh, patron. » Une expression étrange passa alors sur son visage et je fus vraiment désolé pour elle.
Là était ma petite sœur, souffrant de la perte de son père, seule, et elle venait juste de réaliser que les seules personnes présentes étaient ses collègues de travail. Elle n'avait pas de mari ou de petit ami. Elle n'avait pas d'enfants. Elle n'avait apparemment pas d'amis. Elle avait seulement des collègues de travail. En un instant de faiblesse, je déposai Nicky et mis mon bras autour des épaules de Sam. Je venais de voir deux hommes avec qui elle ne faisait que travailler lui donner une étreinte chaleureuse sans aucune résistance de sa part. Mais à l'instant où je la touchai, elle se tendit. Après une pause gênée, je m'écartai.
« Nous devrions entrer, je pense. » Je pris la main de Nicky, retournai à Stéphanie son haussement d'épaule, et suivis Sam, qui avait commencé à s'éloigner avant que je n'aie fini de parler.
La foule à l'intérieur de la chapelle était juste comme je l'avais suspectée : une mer de bleu. A côté de Daniel et de quel-est-son-nom, je comptai trois personnes qui n'étaient pas en uniforme de l'Air Force. Mais honnêtement, j'étais surpris du nombre si important de personnes présentes. En dépit de notre réconciliation, je devais admettre que mon père était un homme bourru. Il ne se faisait pas facilement des amis ; il savait beaucoup mieux leur donner des ordres. Alors que nous traversions la foule, reconnaissant de temps en temps un visage surgi de l'enfance, Sam fut arrêtée un million de fois. Bien sûr ils savaient tous qui elle était, mais plus que cela, ils la connaissaient elle. Cela était évident dans le ton de leur voix lorsqu'ils offraient leurs condoléances et la façon dont ils s'informaient d'elle personnellement. Triste qu'elle n'ait pas de vie ni d'amis, mais Sam était très appréciée. Car je me rendis compte qu'ils n'étaient pas vraiment là pour mon père. Ils étaient, pour la plupart, là pour Sam.
Sam nous mena à un banc au premier rang, mais avant qu'elle ne s'assoie avec nous, le Général O'Neill s'approcha. Elle m'avait déjà dit qu'il était son patron, aussi je ne fus pas vraiment choqué à la manière dont elle sortit soudainement de l'espèce de brouillard dans lequel elle avait été depuis que je l'avais rencontrée aux portes de l'Académie. Il était exactement ce que je m'attendais de l'homme qui travaillait avec ma sœur, et tué la personnalité de Sam. Il semblait dur, froid, sans émotion. Je pouvais le voir lui donner des ordres, sans doute hurlant de misère d'avoir à porter toutes ces médailles tout le temps ; sa veste devait peser des tonnes.
« Carter. » Je levai les yeux par réflexe, agacé que son salaud de patron n'arrivait même pas à utiliser son prénom. Je décidai qu'il ne le connaissait sûrement pas. « Hammond vous cherche. »
« Il est déjà là ? Merci, monsieur. » Sam le suivit, visiblement comme s'il s'y attendait, sans un mot pour moi. Je supposai qu'elle avait prévu de revenir.
Stéphanie se pencha vers moi. « Ton père avait beaucoup d'amis. »
« Je ne l'aurais jamais pensé. » J'allais lui dire mon observation du fait qu'ils étaient tous là pour Sam une fois que nous serions quelque part où nous ne serions pas entendus. Je ne voulais pas que cela soit mal interprété et que ça se retourne contre elle, et je savais indubitablement que ça se retournerait contre elle.
J'observais Sam accueillir Hammond. Il était corpulent et chauve, et semblait beaucoup plus abordable que la plupart des généraux trois étoiles qu'il avait déjà vus, surtout lorsqu'il serra Sam dans ses bras. Je gardai mes yeux sur elle alors que les deux généraux se parlaient. Sam paraissait écouter, mais elle ne participait pas.
Le prêtre éclaircit sa voix pour indiquer qu'il était prêt à commencer. Je m'attendais à ce que Sam s'excuse et vienne s'asseoir avec moi. Nous étions sa famille, après tout. Nous étions la seule famille qui restait.
Mais elle ne le fit pas. Elle se tourna et resta où elle était avec les deux généraux de chaque côté d'elle. Les deux autres hommes que j'avais rencontrés debout à côté de O'Neill. J'ai regardé ma femme. Elle semblait aussi confuse que moi.
« Est-ce que d'habitude la famille ne reste pas ensemble en cette occasion ? »
« Nous étions assis ensemble aux funérailles de maman. »
« Peut-être que c'est une sorte de protocole. »
Je haussai les épaules en réponse et reportai mon attention sur le prêtre. Du moins, j'essayai. Mes yeux continuèrent de se balader vers Sam. Je remarquai comment elle se tenait épaule contre épaule avec son patron, si près, en fait, que le tissu de leurs uniformes se touchaient. Le Général Hammond, un homme que je n'avais jamais rencontré ni entendu parler, approcha du lutrin pour parler de mon père. Il raconta des histoires sur papa que je n'avais jamais entendues, ce qui n'était pas si surprenant, des histoires qui reflétaient une autre facette d'un homme que je n'avais pas bien connu. Il raconta avoir entendu histoire après histoire sur Sam au cours des années à tel point qu'il arrivait à peine à supporter d'en entendre davantage, jusqu'à ce qu'il l'ait connue par lui-même et réalisé qu'elle méritait tous les éloges de son père.
La tête de Sam s'inclina et je savais, simplement je savais, que ma sœur pleurait. Son corps resta parfaitement immobile, mais je pouvais le dire. Une fois encore, je maudis l'entraînement militaire qui l'empêchait de s'autoriser la simple libération de larmes. Et alors il vit la main de O'Neill se tendre vers elle. Sa main resta au creux de sa taille – pas une grande scène dans le schéma des choses – mais c'était suffisant. C'était un petit signe, mais un signe néanmoins. Ca n'était pas bon. Ils étaient en uniforme. Il était son supérieur. Il y avait beaucoup d'autres officiers autour pour que personne d'autre ne l'ait vu. Je blâmai et pardonnai l'homme dans un même souffle – il faisait quelque chose qui pourrait endommager la carrière de Sam, mais il ne la laissait pas se tenir là pleurer seule.
Sa main resta sur son dos pendant plusieurs minutes, offrant son soutien de la même façon que je l'aurais fait avait-elle été près de moi. Une fois ses mains de retour à ses côtés, il retourna son attention à la cérémonie.
Etonnamment, l'homme étrange avec le chapeau, dont je ne me souvenais pas du nom sinon qu'il était bizarre, s'avança. Il n'avança pas loin, seulement quelques pas pour faire face à Sam. « Jacob Carter était un des meilleurs guerriers que j'ai eu l'honneur de connaître. » Il tendit la main et saisit l'avant bras de Sam en une étrange démonstration à laquelle elle sembla familière, mais je fus trop saisi par la pensée de mon père en tant que guerrier pour le remarquer.
Je notai que la main d'O'NEILL revint dans le dos de Sam et seulement à ce moment-là je réalisai que ce simple énoncé la faisait à nouveau pleurer. Elle lui fit un signe de tête un instant plus tard et il s'avança, une autre personne que je ne connaissais pas faisant l'éloge de mon père.
O'Neill ne finit pas une phrase de son discours avant que Sam ne cache son visage derrière ses mains. Daniel bougea immédiatement, enroulant son bras autour de ses épaules. Sam se détendit assez pour poser sa tête sur son épaule tandis qu'O'Neill parlait. Il parla de façon presque énigmatique, faisant des références à des choses que je ne compris pas, mais d'autres personnes semblèrent apprécier. Il fit même quelques commentaires qui amenèrent des sourires et quelques rires de l'assemblée ce qui probablement aurait été drôle si ma sœur ne pleurait pas et que mon père n'était pas mort. Quand il redescendit, il s'arrêta devant Sam, retenant ses yeux pendant un long moment. Sans un mot, Daniel s'écarta, permettant à O'Neill de retourner à côté de Sam.
Le prêtre rappela à chacun qu'il y aurait un rassemblement chez Sam et puis termina par quelques mots de bénédiction. Le temps qu'il ait terminé, Sam fut de retour en mode militaire, comme je l'avais vue ce matin – les yeux rouges, mais pas de larmes.
Je fus accosté par quelques généraux aux cheveux blancs qui insistèrent pour régaler ma femme d'histoires ridicules à propos d'un garçon qu'ils pensaient que j'avais été. Stéphanie écouta poliment aussi longtemps qu'elle put avant de s'excuser à propos des enfants qui avaient besoin d'une sieste. Je me frayai un chemin à travers la foule, mais lorsque j'atteignis le parking, Sam n'était nulle part. Ni aucun de ses gardes du corps.
