Chapitre 3

Le temps que nous parvenions à la maison de Sam, il y avait déjà beaucoup de voitures le long du trottoir. Alors que je continuai pour me garer plusieurs maisons plus loin, je remarquai l'homme au chapeau me faisant signe. Il se tenait dans l'allée de Sam, bloquant la place.

Il me fixa sans sourire alors que je m'arrêtai. « Le Colonel Carter a demandé que je réserve cette place pour votre véhicule. » Il disparut dans la maison avant que je ne puisse le remercier. Bien sûr, il me fallut admettre que cela me prit plus de temps qu'il n'aurait dû pour que je réalise que le Colonel Carter était Sam.

Je me tournai vers Stéphanie. « Je suppose qu'elle ne m'a pas oublié après tout. »

Nous entrâmes, notant que les journaux qui tapissaient le porche étaient empilés dans le hall, à côté d'une gigantesque pile de courrier. Je n'avais été dans la maison de Sam que quelques fois, mais je savais que ma sœur n'aurait pas de la poussière sur tous les meubles si elle était là pour y remédier. Elle n'était pas chez elle souvent ; je me sentis mieux sachant que toutes ses excuses pour les visites manquées n'avaient pas été des mensonges. J'étais sur le point de faire un commentaire alors que nous passions devant la cuisine. Daniel et Teal'c, le nom me revint aussitôt que j'entendis Daniel le répéter, se déplaçaient autour de la pièce, totalement à l'aise en fouillant dans les tiroirs et placards.

Je me tournai vers la gauche, prenant la vision du salon de ma sœur. La pièce était déjà emplie de personnes. Chaque surface plane était couverte de nourriture. Je pris une assiette et rejoignit la file, réalisant alors que je passai plateau après plateau de desserts qu'il y avait quelque chose d'étrange. Dans mon expérience, les amis du défunt apportaient la nourriture pour que la famille n'ait pas à cuisiner. Alors que je surveillai la scène, tout ce que je vis étaient des cookies et des gâteaux, et ce qui semblait être le plus grand saladier de jello bleu. Je posai mon assiette vide sur le tas et cherchai Sam.

Je n'ai peut-être pas eu la plus heureuse des vies de famille, mais j'ai toujours pensé qu'elle était assez normale. Terne, comparée aux histoires que j'entendais de temps en temps par les amis, parlant de match de hurlements et de vaisselles brisées, des petits cousins se mariant quand personne ne regardait.

Et alors je vis ma sœur, dans son uniforme de cérémonie, assise sur le canapé avec une assiette de gâteau, de tarte et de cookie. Daniel était d'un côté d'elle, tenant une assiette de gâteau et de jello. Daniel et Sam regardèrent chacun l'assiette de l'autre puis se les échangèrent sans un mot. O'Neill était de l'autre côté de Sam. Il avait une tarte, une tarte complète avec son plat en aluminium, sur son giron et une fourchette dans sa main. Teal'c était assis de l'autre côté de lui, se penchant en arrière et aspirant une boîte de crème fouettée dans sa bouche. Tous les quatre étaient entassés les uns sur les autres, pourtant aucun ne sembla le remarquer, encore moins s'en soucier.

Teal'c aspira la boîte à plusieurs reprises avant de se redresser et de parler. « Cette boîte n'est pas assez grande. »

O'Neill le regarda d'un air sceptique. « Ne me dites pas que vous avez tout mangé. Je voulais en mettre sur ma tarte. Je ne peux pas manger une tarte aux pommes sans crème fouettée. »

Il acquiesça. « En effet, O'Neill, il n'y en a plus. » Il examina la boîte. « La crème préparée devrait être vendue dans des récipients plus grands. »

O'Neill donna un coup de coude à Sam. « Carter, Teal'c a mangé toute la crème fouettée. »

Incrédule, j'observai alors que ma sœur, d'habitude si comme il faut, parla avec une énorme quantité de jello dans sa bouche. « Que voulez-vous que j'y fasse ? » Elle avala. « Monsieur. »

O'Neill se pencha en arrière et tendit le bras au-dessus de Sam pour tapoter Daniel. « Y a-t-il encore de la crème fouettée ? »

« Je ne sais pas. Je crois avoir vu du glaçage. Est-ce que ça conviendrait ? »

Sam regarda O'Neill. « Si vous mettez du glaçage sur cette tarte, je vais vomir. »

« C'est pour Teal'c. »

Sam lui jeta un regard noir avec une expression que je reconnus instantanément comme son 'Ouais, c'est ça'. Je n'arrivais pas à croire qu'elle regardait son supérieur, un général, de cette façon. Je me crispai à vrai dire, attendant qu'il explose.

O'Neill regarda Teal'c, qui secouait la boîte vide et écrasée de crème fouettée et essayait d'en récupérer encore. « Que pensez-vous du glaçage ? »

Teal'c hocha la tête solennellement comme il l'avait fait dans la chapelle. « Oui, j'essayerais cela à la place. » Puis il se leva et se dirigea vers la cuisine.

Je regardai ma femme. Sa bouche était ouverte et je fus embarrassé, bien que je n'arrivai pas à expliquer pourquoi. Peut-être était-ce parce que je venais juste de voir ma soeur participant à la plus étrange scène que j'avais jamais vue. « Stéph, tu crois qu'ils auraient pu se soûler aussi vite ? » Il y avait trois bouteilles de bière ouvertes sur le sol près de leurs pieds.

« Peut-être qu'ils sont tous euphoriques, Mark. Ce sont les plus étranges funérailles auxquelles j'ai assistées. » Néanmoins, je n'étais pas sûr si elle se plaignait car elle avait une poignée de cookies et de petits gâteaux dans son assiette.

Notre conversation s'interrompit quand nous remarquâmes que Nicky s'était égarée vers eux. En tant que père, mon premier instinct fut de secourir ma fille de ces fous. Mais j'ai simplement regardé comme Sam lui sourit chaleureusement.

Nicky tendit ses bras vers Sam. « Tante Sammy ! »

Sam lui fit un sourire magnifique, la vue de sa nièce effaçant momentanément la raison pour laquelle ils étaient ici. « Tu veux t'asseoir avec moi, Nicky ? »

O'Neill lui prit son assiette alors qu'elle soulevait Nicky et la posait sur ses cuisses. Le visage d'O'Neill craqua d'un grand sourire et je modifiai ma première impression de lui – il n'apparaissait plus aussi dur et froid. « Salut, Nicky, je suis Jack. Aimes-tu la tarte aux pommes ? »

Nicky secoua sa tête. « J'aime les cookies au chocolat ! »

« Un cookie au chocolat, tout de suite. » O'Neill tendit le bras au-dessus de Sam et de Nicky et chipa un coockie de la main de Daniel, malgré ses protestations. « Voici pour toi. »

Nicky fourra la moitié du cookie dans sa bouche pendant que Daniel boudait. Il n'était pas évident de savoir duquel des deux, Sam et O'Neill, riaient. Sam empêcha Nicky de manger l'autre moitié. « Qu'est-ce que tu dis ? »

« Merci, Jack. » Elle sourit à O'Neill.

O'Neill sourit largement. « Tu sais, tu ressembles à tante Sammy quand tu souris. »

Et soudainement, je n'étais plus inquiet du tout de laisser mes enfants autour d'eux. J'étais, cependant, sincèrement inquiet de la quantité de sucre qu'ils ingéreraient avant la fin de la journée.

Je me détournai, distrait pendant un instant par le Général Adams. Il était une de ces personnes que je me rappelai de mon enfance. Assez étrangement, j'étais enthousiaste car il me connaissait. Pas quelqu'un qu'il pensait était moi, pas ma soeur, mais moi. Je discutai avec lui aimablement pendant quelques minutes tandis que Stéph disparut dans l'autre pièce, probablement à la recherche d'une femme avec qui discuter puisqu'elles étaient horriblement absentes du salon. En fait, trouver quelqu'un dans la maison ayant moins de quarante ans devenait de plus en plus difficile au fur et à mesure que les gens arrivaient.

Quand je retournai à mon observation, le groupe sur le canapé s'était dispersé. Sam n'était nulle part. Teal'c était revenu et tenait un tube de glaçage dans la main. Je gloussai à la vue de cet homme extrayant avec attention les chips multicolores et les alignant sur la table basse tandis qu'il mangeait le glaçage seul.

Et puis, O'Neill fut devant moi. Il avait une bière dans chaque main, m'en offrant une. Je n'étais pas vraiment d'humeur, mais je me rappelai trop bien les leçons sévères de papa sur comment l'attitude de la famille peut rejaillir sur un officier. Je souris par égard pour Sam et prit la bière, serra la main qu'il offrit une fois libérée de la bière.

« Jack O'Neill. »

« Mark Carter. »

« Oui, je l'avais deviné. » Il me fixa durement et je ne savais pas pourquoi. Il semblait essayer de me lire, mais j'étais de la famille. Il aurait dû être celui qui était intimidé.

La pensée m'irrita. « Alors vous être la raison pour laquelle Sam ne voit jamais la lumière du jour ? »

« Elle voit la lumière du jour. » Merde, il était difficile à déchiffrer. D'aussi loin que je pouvais dire, il y avait autant de chance qu'il soit amusé qu'en colère.

Je me détournai, notant soudain que nous étions observés. Teal'c avait posé sa cuillère et inclina sa tête sur le côté, nous étudiant. Daniel et Sam étaient dans la cuisine. Daniel prétendait être fasciné par sa bouteille de bière ; Sam nous fixait simplement. Je n'aurais pu dire lequel de nous deux était examiné, mais à en juger par la façon dont O'Neill me regardait, j'avais la sensation nauséeuse que c'était moi. Alors que je le regardai à nouveau, je le vis suivre mon regard. Curieux, je me retournai, amusé de voir Teal'c devenir soudain fasciné avec son glaçage et Daniel brusquement décidé de faire la vaisselle. Sam garda le contact avec les yeux d'O'Neill pendant un long moment avant d'articuler en silence 'soyez gentil' à son supérieur. Elle n'était assurément pas en train de me regarder ; j'aurais pu jurer qu'elle remarqua à peine que j'étais là.

Juste au cas où ses mots auraient été à mon intention, j'essayai de sourire. « Avez-vous travaillé avec Sam pendant longtemps ? »

Il avait un sourire satisfait alors qu'il se concentra à nouveau sur moi et je sus sans regarder que Sam en faisait de même. « Oui, cela fait presque dix ans. Super. » Il semblait satisfait de lui-même.

« Cela fait longtemps. » Je butai avec les mots alors que je réalisai que l'homme devant moi avait quelque chose à voir avec le fait que Sam avait tant changé durant ces presque dix ans.

Il l'initia, mais je n'offris pas de résistance lorsque tous les deux nous nous déplaçâmes légèrement pour regarder Sam. Elle continuait de nous fixer, mais ses yeux s'agrandirent et elle rougit alors qu'elle se détourna pour aider Daniel avec la vaisselle. O'Neill sourit presque avec regret. « Carter était un bébé en ce temps-là. »

Je savais qu'il disait cela avec affection, étrange alors qu'il était son supérieur de parler de cette manière, et qu'il avait une bonne mémoire de la Sam que j'avais si bien connue. Mais je me hérissai toujours au fait qu'elle avait changé et à lui par extension pour avoir quelque chose à avoir dans ce changement. « Elle l'est encore. » Je pouvais entendre le grondement dans ma voix, délivrant un avertissement muet que je n'avais pas eu l'opportunité d'énoncer depuis des années.

O'Neill ne répondit pas. Il ne s'agita pas, ne grimaça pas, ne se défila pas, ne sembla même pas m'avoir entendu. Il me fixa simplement dans les yeux pendant un long moment et je fus soudain bien conscient du fait qu'il me tuerait si jamais je la faisais souffrir, même si j'étais son frère. La compréhension dut se voir sur mon visage. O'Neill sourit et me serra la main à nouveau, la menace ayant disparu aussi vite qu'elle était apparue.

« Ravi de vous avoir parlé, Mark. »

Je n'avais jamais été fan des militaires, ni fan des personnes qui étaient amis ou connaissances ou même simplement connaissaient ma soeur, mais je lui souris en retour, sachant que ma soeur était parfaitement en sécurité près de lui. « A la prochaine, Jack. »

Je me détournai, en secouant ma tête comme si cela m'aiderait à éviter la confusion. Des aspects de la vie de ma soeur, notamment de ses collègues de travail, me donnaient mal à la tête. Et tout cet étalage ridicule de gâteaux de toutes formes et tailles commençaient à paraître vraiment bons.