Chapitre 8
J'arrêtai net dans ma course lorsque je retournai dans le salon. Stéphanie ne s'y était pas attendue et me rentra dedans. Devant mes yeux incrédules était assis Teal'c. Avec Matt et Nicky pelotonnés, endormis sur ses genoux. Ses grands bras les enveloppaient pour les protéger, les empêchant de tomber.
« Il semblerait que vos enfants ont besoin de se reposer, Mark Carter. »
Je jetai un coup d'oeil à Stéphanie, déçu à l'idée de partir. Aussi étranges étaient-ils, j'avais rapidement appris à apprécier le petit groupe de Sam. Ma nouvelle assurance dans la 'lecture' des personnes me dit que Stéphanie ressentait la même chose. Je ne pouvais pas vraiment dire que je m'étais amusé au cours de la journée – étant donné les circonstances – mais Sam et ses amis m'avaient fait me sentir bienvenu, ce que je n'aurais jamais imaginé possible autour d'officiers de l'Air Force ou même de civils qui choisissaient de travailler avec eux.
Je me tournai vers Sam, qui était seule, endormie sur le canapé. J'étais désolé de l'ennuyer. Je m'assis sur le bord du canapé et la secouai doucement. Elle s'éveilla instantanément, ses yeux cherchant pour un problème avant de se reposer sur moi. « Sam, nous devrions probablement y aller. »
Elle sembla plus troublée qu'elle n'aurait dû. « Non, Mark, reste. J'ai plein de pièces. »
« Nous ne voulons pas te déranger. Tu as déjà eu toutes ces personnes ici toute la journée. Tu veux probablement du temps pour toi-même. » Les mots de Stéphanie semblèrent presque sincères, mais je pensai qu'elle offrait en fait de partir pour que Jack puisse rester. Je grimaçai de peur que cela ne soit trop évident pour Sam et qu'elle ne soit humiliée et franchement parce qu'elle parlait à ma petite soeur et j'étais diablement près de m'humilier moi-même.
« Les gars vont partir. » A son crédit, Sam avait appris au long des années comment paraître énoncer un fait et en faire une discussion sensée, mais je la connaissais mieux que cela. En tant que grand frère, je reconnaissais une plainte intelligemment déguisée quand j'en entendais une. Elle ne voulait pas être seule. Et il semblait vraiment que Jack ne restait pas.
Je ne pouvais la laisser seule. Je souris et acquiesçai. « D'accord, où devons-nous mettre les enfants ? »
Sam ne réfléchit qu'une seconde. « Ils peuvent avoir mon lit et comme ça toi et Stéphanie pourrez prendre la chambre d'amis. »
Je secouai ma tête. « Non, ils ne vont pas te chasser de ton lit. Ils peuvent dormir sur le canapé du salon.
« Je ne vais pas dormir de toute façon, Mark. De cette façon, je pourrai travailler un peu pendant que je suis debout sans déranger personne. Et si je veux vraiment dormir, le canapé du salon se déplie. S'il te plaît ? »
Mes arguments perdirent de leurs poids après son appel. Je soupirai de résignation alors que je me levai. « Bien, mais Jack ferait bien de ne pas me botter les fesses pour ça. » J'entendis Daniel renifler, mais je m'étais attendu à une plainte de Jack. Quand je regardai autour, je réalisai qu'il n'était pas là. « Où est-il allé au fait ? »
D'une manière qui ne lui ressemblait pas, Sam parut sur le point de pleurer. Elle se détourna, en tiquant.
Teal'c me répondit, se levant sans effort et sans réveiller ni laisser tomber les enfants. « Le Général O'Neill est retourné au travail il y a un petit moment. »
Sam fit un bruit agacé, mais elle ne parla pas. Je ne pouvais honnêtement dire si elle était en colère ou blessée. Et alors je vis sa façon d'étrécir ses yeux et jeter des regards furieux à la table basse comme si elle était prête à lui déclarer la guerre. Elle était définitivement frustrée ; j'avais déjà vu ce visage auparavant. Elle voulait en fait aller travailler.
« Devrions-nous partir ? Est-ce que vous avez besoin d'y aller ? » Au cours de ma journée ici, j'étais arrivé à la conclusion qu'ils étaient simplement trop cool et amusants pour ne pas avoir un travail réellement important et secret, en dépit de la couverture sur les radars et l'espace profond. Peut-être étaient-ils des superhéros ? Une vision de Jack habillé comme superman me traversa l'esprit et je me mis à rire. Il était un peu trop maigre pour le rôle, vraiment, mais Teal'c serait parfait.
Daniel se déplaça pour s'asseoir près de Sam, posant sa main sur son dos. « Tout va bien se passer, Sam. » Il me regarda et fit les gros yeux. « Jack nous a ordonné de rester ici. »
Il n'avait pas à le dire ; je compris. Non seulement Sam s'inquiétait à propos de quoi que ce soit qu'il se passait, elle était sans aucun doute contrariée que Jack ne lui ait pas permis de s'en occuper. Sam n'avait jamais été du type à rester assise et regarder le monde tourner. Aucune chance. Sam préférait être là-dehors, à faire tourner le monde.
Sam ignora la tentative de Daniel de la faire se sentir mieux, redressant ses épaules et s'asseyant droite. « Je vais bien. Je ne suis simplement pas habituée à rester tant de temps sans travailler. »
Daniel sourit. « Vous pourriez peut-être construire vous-même un lave-vaisselle pour éviter d'autres problèmes avec Teal'c. » Sam fit un sourire pour son bénéfice, mais il mourut rapidement dès qu'il s'éloigna.
Je fus déchiré alors – Teal'c était dans le couloir avec les enfants, attendant que moi et Stéphanie les mettions au lit. Sam était redevenue triste et solitaire et je voulais essayer de la rassurer moi-même, malgré l'échec de Daniel.
Stéphanie me poussa gentiment vers le canapé. « Je mettrai les gamins au lit. »
Je m'assis à côté de Sam et essayai d'accrocher son regard. Je ne savais pas vraiment quoi dire, mais il me sembla que je devais être là, que si elle devait s'effondrer, il était de ma responsabilité de l'aider. Elle refusa de me regarder, mais elle ne pleurait pas. Je supposai qu'elle était au bord des larmes et qu'elle essayait de les refouler. Je parlai doucement, sachant que Daniel aurait assez de bienséance pour ne pas écouter. « Comment tiens-tu le coup ? »
Elle se força un petit sourire. « Je vais bien. » Bien qu'elle ne le disait pas, je pouvais presque entendre le 'monsieur' à la fin.
« Pas le Colonel Carter. Je veux parler de Sam. Comment va Sam ? »
Elle ne se força pas à sourire ; elle me regarda simplement, une douleur évidente dans ses yeux complètement secs et haussa les épaules. « Je n'arrive pas à croire qu'il est mort. Ca semble tout simplement pas réel. »
Je savais très bien ce qu'elle ressentait ; ce ne fut que des mois après la mort de ma mère que je compris réellement qu'elle n'allait plus jamais revenir. J'ouvris la bouche pour la réconforter, mais le Colonel Carter réapparut avec son sourire de façade.
« Mais je vais bien. Vraiment. C'est à cause de tous ces gens, des gâteaux et à rester assise à ne rien faire. J'irai bien une fois que je serai de retour au travail. » Je ne sais pas qui elle essayait de convaincre, moi ou elle, mais elle ne réussit pas. « Es-tu fatigué ? Tu peux aller au lit. Je reste toujours debout tard. Je ne veux pas vous garder éveillés. »
Ignorant sa tentative de m'envoyer promener, je changeai de sujet. « Alors combien de temps es-tu en congé ? Tu pourrais peut-être revenir avec nous pendant quelques jours ? Essayer de te détendre. »
Elle secoua sa tête. « Le Général m'a consignée hors de la base pendant une semaine, mais il va revenir sur sa décision. »
Je souris. Elle seule pouvait considérer des vacances obligatoires comme une punition. « Pourquoi, parce qu'il ne le pensait pas ? »
Ses yeux brillèrent un instant en souriant vraiment. « Il aura besoin de moi. Quelqu'un de la base aura besoin de moi bien avant la fin de la semaine. »
Ma soeur était intelligente, mais suffisante. « Tu es sûre de leur être si importante ? Tu crois vraiment qu'ils ne peuvent pas vivre sans la douce petite Sammy pendant sept longues journées ? »
Elle me jeta un regard noir et je sus qu'elle envisageait sérieusement l'idée de frapper du pied comme elle l'avait toujours fait quand je l'appelais ainsi. « La douce petite Sammy est une astrophysicienne et, oui, ils auront besoin de moi. »
« Est-ce là de la confiance en soi ou de l'arrogance ? »
« C'est plus un truc psychique. » Elle fit un très large sourire et puis essaya de paraître innocente. « Je pourrais avoir piégé certaines choses dans mon labo. »
Nous nous mîmes à rire et pendant quelques minutes là, ce fut exactement comme ç'avait toujours été – ma futée petite soeur se mettant dans le pétrin et se confiant à moi, et à moi seul, de ses exploits.
Elle fit le tri au milieu du tas de cartons de pizza qui jonchaient toujours la table basse, non affectée par le fait que seules six personnes avaient réussi à manger les dix pizzas, à l'exception d'une part. Mon estomac réagit à cette pensée, mais quelque chose me disait que Sam avait été témoin d'une telle gloutonnerie à de nombreuses reprises. Quand finalement elle trouva ce qu'elle cherchait, elle se rassit.
« Tu n'as pas eu l'occasion de voir celles-ci. » Elle m'offrit un petit paquet de photos, pas encore affectées par son léger côté compulsif de rangement car elles n'étaient pas parfaitement étiquetées dans un album.
Je me retrouvai à regarder des photos assez récentes – en tout cas pas plus d'une dizaine d'années. Elles étaient la plupart de papa, au hasard, prises sur le vif où les personnes semblaient inconscientes du photographe. Il n'y avait qu'une seule qui n'était pas sur le vif – c'était de papa et Sam, leurs bras autour de l'autre, souriant comme des idiots. Je savais qu'elles avaient dû être prises au travail car tout le monde, y compris papa et Jack, était en treillis. C'était étrange de voir des photos maladroitement découpées, visiblement pour empêcher de montrer par inadvertance des choses secrètes, de papa assis à une table de conférence avec Sam et ses amis. Ils lisaient les feuilles de leurs dossiers devant eux ou se regardaient les uns les autres avec des degrés variables d'incrédulité sur leurs visages, mais toujours sérieux. Ce n'était pas une retrouvaille. Ca ne semblait pas être amusant. J'avais entendu des gens dire que mon père et Sam travaillaient ensemble, je n'ai jamais vraiment pensé à eux travailler ensemble. Je crois que je les j'imaginai se croisant dans les couloirs entre leurs bureaux, mais certainement pas en uniforme de combat et de vrais fusils dans leurs mains. Sam était dans l'Air Force, mais elle était une sacrée foutue scientifique. Elle n'était pas vraiment supposée tirer sur quelque chose. Je frissonnai à la vue de ma petite soeur, pleine d'énergie, bavarde scientifique, avec un casque et armée jusqu'aux dents. Et la détermination sur son visage ne me rassura pas non plus. Je passai rapidement sur celle-ci.
La suivante était de Jack et Sam. Je ne sais pas qui prenait les photos alors qu'ils allaient visiblement partir pour quelque part mais aussi effrayantes qu'elles l'étaient – et elles l'étaient – cela me rassura de voir Jack et Sam épaule contre épaule comme ils l'avaient été dans la chapelle.
La dernière photo de la pile était écornée, mais je ne fis aucun commentaire. Je sus instinctivement pourquoi elle était la favorite, pour la même raison que mon père souriait à l'arrière plan de l'image. Jack et Sam étaient assis à une sorte de table. Elle ressemblait à celle des premières photos, mais tous les autres étaient partis, sauf papa et le photographe dont la capture accidentelle de l'encadrement de la porte révélait qu'il se cachait dans une autre pièce. Le corps de mon père était légèrement flou ; on aurait dit qu'il venait juste d'entrer dans la pièce. Son sourire était large et brillant, un sourire que je n'avais pas vu depuis des années. Jack avait un dossier dans ses mains. Sam se penchait dessus, peut-être essayant de l'aider sur quelque chose. Mais à cet instant, ils avaient arrêté de faire quoi qu'ils faisaient, et se dévisageaient simplement. A cause de sa position, elle était beaucoup plus proche de lui que je pouvais l'imaginer l'être habituellement au travail. C'était comme si pendant un instant dans le temps, tout autour d'eux – le stress, les armes et le travail – avait disparu, les laissant uniquement eux. Et un père fier et consentant qui les regardait.
