Chapitre 11

Une parmi le peu de choses que ma sœur et moi avions en commun était ce que maman avait nommé notre syndrome du lève-tôt. Peu importe l'heure tardive à laquelle nous allions au lit ni combien nous étions fatigués, tous les deux nous étions habituellement debout avant le soleil. Dans notre jeunesse, cela souvent signifiait plein de temps pour faire des farces ou casser des choses. Plus d'une fois, Sam m'avait convaincu de l'aider à régler toutes les horloges de la maison pour convaincre nos parents qu'il n'était pas assez tôt pour se lever. Mais ce matin, ça signifiait simplement que quand je déambulai à travers la maison sombre, cherchant à tâtons du café, je trouvai Sam toute seule avec un mug à moitié plein de café devant elle et deux autres propres posés près du pot de café presque plein.

Je souris alors que je me versai une tasse, espérant qu'une des tasses était pour moi. Je ne signalai pas le ronflement que j'avais entendu venant du bureau où, apparemment, les bougies s'étaient éteintes d'elles-mêmes en toute sécurité, ni ne mentionnai-je l'homme somnolent sur le canapé. « Pour qui est l'autre tasse ? »

Sam sourit. « Daniel. Il n'est pas réveillé tant qu'il n'a pas eu au moins trois tasses. »

Je m'assis à côté d'elle, gardant ma voix douce pour permettre aux autres de dormir. « Notre vol est à 10 heures, aussi nous partirons probablement assez tôt. »

Sam acquiesça, son attention fixée sur le contenu de son mug. « Je suis heureuse que tu sois ici. »

Je ricanai ; un enterrement n'était pas le genre de chose qu'une personne pouvait éviter. « Pensais-tu que je ne viendrais pas ? »

Elle haussa les épaules, ses yeux rencontrant les miens. « Il fut un temps où tu ne serais pas venu. »

« Il y a tant de nuits où je ne rentre à la maison que quand les enfants sont déjà prêts à aller au lit, Sam. J'ai l'impression que je rate la moitié de leur vie. » Je secouai ma tête, réalisant à cet instant combien j'en étais arrivé à comprendre mon père. « Mais je veux qu'ils aillent dans de bonnes écoles et je veux qu'ils aient une belle maison et pleins de jouets pour jouer avec. Je sais pourquoi il a fait cela. »

« Ce n'était pas simplement ça, Mark. Ce qu'il faisait, quoi qu'il faisait, c'était important. Il faut que tu le saches. » Elle prit une profonde respiration. « Simplement parce que tu ne sais pas ce que c'est ne signifie pas que c'est mal. »

Je sus qu'elle parlait aussi d'elle-même. Je lui donnai un coup de pied sous la table. « Oh, je suis sûr que la Télémétrie Radar de l'Espace Profond garde les gens éveillés toute la nuit. »

Sam gloussa. « Tu n'as aucune idée. »

Nous restâmes silencieux pendant un moment alors que j'observai Sam jouer avec le toast qu'elle avait fait. Je savais qu'elle n'avait pas l'intention de le manger ; elle cherchait simplement quelque chose à faire. Aussi, je ne ressentis aucune culpabilité à en subtiliser un morceau. « J'ai remarqué que les garçons n'étaient pas partis. »

Elle n'essaya pas de cacher son sourire. « Il était si tard et Jack leur avait fait promettre de rester jusqu'à ce qu'il revienne, aussi je leur ai dit d'aller au lit. »

« Où sur Terre quelqu'un trouve-t-il toutes ces bougies ? »

« J'ai cet ami qui en vend et je me suis toujours sentie obligé d'en acheter et je ne les utilise jamais. Je ne les aime même pas vraiment, aussi elles se sont accumulées. »

J'étais familier avec les vendeurs de bougies. Stéphanie avait dépensé plus qu'assez d'argent pour la cause d'amies qui essayaient de lui écouler leurs productions. « La bonne nouvelle est que je crois qu'il n'y en a plus. La mauvaise est que tu vas en être réduite à en racheter davantage. »

Sam fit des gros yeux et se leva pour se verser un peu de café pendant que je dévorai son petit déjeuner.

Je pensai que j'avais fait du bon travail pour la mener à baisser sa garde, aussi je sautai sur l'occasion. « Si les garçons occupaient le bureau, les enfants ta chambre, et nous la chambre d'amis, où as-tu dormi ? Je détesterais penser que tu es restée assise toute la nuit. » J'essayai de garder mon visage neutre, mais je savais que je ne réussissais pas bien.

Sam reprit son siège et poussa l'autre tranche de toast vers moi. « Maintenant, si je mentionne le fait que des années d'expérience du terrain ont fait de Jack et de moi de très légers dormeurs, voudrais-tu changer ta tactique ou continuer stupidement ainsi ? » Elle me regarda en étrécissant ses yeux et je décidai que j'avais beaucoup de pitié pour quiconque serait jamais son ennemi.

« Alors les choses sont bonnes ? »

Le sourire de Sam illumina la pièce et j'aurais pu jurer qu'elle ronronnait. « Oui. » Puis avec grâce elle tendit sa main, laquelle, je ne l'avais pas noté jusque-là, était ornée par un énorme et étincelant diamant, serti dans une bague en platine.

Pour être complètement honnête, ma première pensée fut quelque chose du genre 'wow, ce gars est plein aux as'. Mais je ne pus m'empêcher de sourire pas plus que ne le pouvait Sam. « Je suppose qu'il n'était pas vraiment au boulot alors. »

Les yeux de Sam s'étrécirent durant une minute alors qu'elle regardait sa bague. « En fait, il y était. » Elle semblait complètement troublée. « J'ai répondu au téléphone – c'était vraiment la base. Et il était plus de 10 heures quand il est parti la seconde fois. »

« Pas beaucoup de bijouteries ne sont ouvertes à cette heure. » Je voulus rire de l'expression perplexe sur le visage de Sam. Elle n'arrivait simplement pas à déchiffrer quelque chose qui me semblait tellement simple. Je levai sa main près de mon visage pour inspecter la bague, notant que non seulement la monture était belle, mais elle s'adaptait parfaitement. « Elle est exactement comme tu voulais, n'est-ce pas ? »

Le sourire de Sam s'accentua ; tellement que je pensai que ce devait être douloureux, alors qu'elle acquiesçait.

« C'est drôle, non ? Puisqu'il l'a visiblement achetée avant que tu lui dises ce que tu voulais. »

Sa bouche s'ouvrit lorsque ses yeux rencontrèrent les miens. « Non, comment... il... quand-- » Ses mots s'éteignirent alors qu'elle fixait à nouveau la bague. A mon horreur, ses yeux se remplirent de larmes.

Je me rapprochai d'elle pour poser mon bras autour de ses épaules. « Qu'y a-t-il ? Qu'est-ce qui ne va pas ? »

Elle livrait une bataille perdue contre les larmes quand elle murmura sa réponse. « Il n'aurait jamais acheté la bague après que je me sois fiancée à Pete. »

« N'avait-il pas parié avec Daniel que tu n'épouserais pas Pete ? » Je montrai la bague de la tête. « Cette bague aurait pu être son atout dans la manche. »

Elle secoua sa tête, la colère traversant ses yeux pendant un moment. « Non. Il n'est pas comme cela. Il pensait que j'étais amoureuse de Pete. » Ses yeux me supplièrent de comprendre et, pour une raison ou une autre, je le fis. « Il ne m'aurait jamais mise dans cette position. »

« Wow. Merde. » Cela faisait deux fois en autant de jours que la vie amoureuse de ma sœur évoquait cette même pensée. Beaucoup trop à mon goût. « Alors quand l'a-t-il achetée ? »

Elle la regarda à nouveau, son visage rempli de culpabilité et d'anxiété et de remords. Mais quand elle me regarda à nouveau, je n'y vis que de l'amour. « Il a dû l'acheter il y a des années, Mark. »

Je pris une profonde respiration et lâchai un soupir. « Je n'ai jamais pensé que je dirais cela d'un de tes petits amis, encore moins d'un officier de toutes sortes, d'un collègue de travail, ou d'un patron, mais, Sam, même moi je dois admettre qu'il est bien pour toi. »

Sam sourit à travers ses larmes. « Merci. » Elle me serra dans ses bras et m'arracha presque de ma chaise. Ma sœur était plus forte qu'elle ne paraissait.

Quand elle me libéra, je levai les yeux pour trouver Jack debout dans l'embrasure de la porte avec un sourire suffisant sur son visage. Puis il s'avança, embrassa Sam sur le haut de sa tête et commença fouiller à travers les placards jusqu'à ce qu'il trouve les Fruit Loops. « Pendant une minute, Carter, je pensai qu'il était Daniel et j'envisageais de lui botter ses fesses. » Sam gloussa alors que Jack fourra une poignée de céréale dans sa bouche et commença à retirer plus de choses hors des placards. N'étant pas vraiment un chef, je regardai Sam. Elle n'avait jamais non plus été une grande fan de cuisine, aussi elle haussa les épaules et nous continuâmes d'observer.

Dix minutes plus tard, Daniel entra dans la cuisine en traînant des pieds et en bâillant et trébuchant dans divers obstacles jusqu'à ce que Sam lui tende son café. Peu de temps après cela, Teal'c entra dans la petite pièce avec Nicky sur son dos et Matt s'accrochant à une de ses jambes. Stéphanie arriva seulement quelques secondes derrière eux, les avertissements pour qu'ils ne réveillent personne mourant sur ses lèvres quand elle se rendit compte qu'elle était la dernière. Jack, découvrit-on, faisaient des crêpes et était en fait assez bon cuisinier, une fois que Sam, Daniel et Stéphanie l'aient convaincu que la bière ne faisait pas partie des ingrédients pour les crêpes que des enfants allaient manger.

Au milieu de ce chaos de six adultes et deux enfants mangeant dans une minuscule cuisine, je vis Sam enlever sa bague de son doigt et la glisser dans sa poche. Je souris, sachant qu'elle n'entendait pas que cela reste un secret, elle essayait simplement de protéger ses amis de ce que la nouvelle de ses fiançailles avec Jack signifierait – que Jack partait.

Je restais en retrait de la mêlée, les observant tous les quatre. Perdre Jack changerait les choses, même si Sam et Jack étaient ensemble. Il y avait une osmose entre eux, une harmonie qui allait changer irrévocablement, et Sam essayait de sauver les derniers jours qu'ils auraient ensemble comme visiblement cela avait été pendant très longtemps. C'était triste, mais en même temps, je savais qu'ils survivraient au changement. Leur relation était trop forte pour en être autrement.

Alors que Stéphanie et moi faisions sortir les enfants un moment plus tard, je souris au groupe affalé confortablement autour du salon. Sam était désolée que nous partions, mais pas aussi bouleversée qu'elle aurait été si les trois autres étaient ceux qui partaient. Alors que je regardai autour de moi, je pensai aux heures que nous avions passées ensemble. Je repensai à mes ridicules présomptions qu'elle était solitaire ou pour une raison ou une autre sans amis. Je songeai à mon ignorance en croyant qu'il était triste que ses collègues de travail étaient là pour elle à la messe d'enterrement ou qu'elle avait dû passer cette période aux côtés de son supérieur plutôt que près de moi. Les images se bousculèrent dans ma tête – tous les quatre entassés les uns sur les autres sur le canapé trois places, Jack me jaugeant dans le salon, Sam lui disant d'être gentil avec moi, voyant ces étincelles entre Jack et Sam, regrettant la manière fraternelle avec laquelle Daniel taquinait Sam, la façon dont Daniel et Teal'c avaient relevé le lapsus de Jack utilisant le prénom de Sam avant que je ne le fasse, voyant le sourire que Daniel et Teal'c avaient partagé quand Sam et Jack s'étaient assis si proches, le mug que Sam avait préparé pour Daniel parce qu'elle savait qu'il avait besoin de café, la façon dont ils s'étaient passés le sirop et le beurre autour de la table sachant exactement qui voulait ou ne voulait pas quoi.

Ils se connaissaient les uns les autres si bien – leurs habitudes, bizarreries et tempéraments. Ils étaient capables de se taquiner, de plaisanter et de se tolérer les uns les autres. Mes yeux tombèrent sur les photos sur la table près de la porte. Je ne les avais pas remarquées la veille, mais si je l'avais fait, j'aurais peut-être su à quoi m'attendre. C'étaient toutes des photos d'eux quatre – parfois par deux, parfois trois, ou tous les quatre. Mais il y en avait beaucoup. Je vis la nouvelle photo qui avait été encadrée et ajoutée au cours de la nuit – celle de Sam et Jack, écornée. Je savais que cela faisait partie du charme, la raison pour laquelle elle aimait tant cette photo.

Ils formaient une famille ; eux quatre, une famille très unie, aimante, se soutenant les uns les autres. Je pris la main de Stéphanie alors que nous nous dirigions vers la voiture. Ma femme, mes enfants et moi nous formions notre propre cercle, notre propre famille. Nous étions les bienvenus chez ma sœur, mais nous n'étions pas tout à fait à notre place.

Nous étions la belle-famille.

Fin


Note: voilà, c'est une belle histoire, non ? J'espère que vous avez aimé cette fic de Jessa. Si c'est le cas, faites-le lui savoir, ça lui fera plaisir (et à moi aussi).