Note de l'auteur : Cette petite histoire poursuit tranquillement son chemin, pas toujours régulièrement, mais ça dépend de pas mal de choses, notamment ma disponibilité, ma motivation et mon travailà la fac!!
Je voulais aussi préciser que ce chapitren'est pas particulièrement gaï, peut-être même à la limite du dépressif ! Mais il était nécessaire et j'ai adoré l'écrire ! Mode sadique Enjoy quand même ! ;-)
Pada


Chapitre 5 : Et mourir ?

- Il… n'existe aucun remède à ce sortilège, annonça Albus à voix basse. Il est ancré au plus profond de toi et il n'y a aucun moyen de le faire disparaître. De plus, tes crises deviendront progressivement plus violentes, même si elles seront moins fréquentes. Et…

Submergé par l'annonce de son mentor, Harry releva la tête vers lui pour tenter de lui exprimer son incompréhension devant tant de cruauté, mais son sang se glaça instantanément lorsqu'il vit Albus les yeux baissés sur son bureau et les mains tremblantes. Il comprit qu'il ne lui avait pas dit le principal. Et il sut instantanément qu'il ne voulait surtout pas entendre la suite. Il aurait voulu se lever et s'enfuir le plus vite possible de cette pièce qui ne lui annonçait que des malheurs, mais ses jambes refusèrent de bouger. Comme dans un film moldu, il vit le vieil homme relever lentement la tête et sentit sa vie suspendue au bout des lèvres de cette personne.

Ses yeux émeraudes rencontrèrent le bleu azur de ceux du directeur de l'Ordre au moment où il terminait son annonce :

- …leur violence sera telle que l'une d'elles finira par t'emporter.


Un silence assourdissant suivit les derniers mots du directeur. Ses yeux ne luisaient plus de leur habituelle étincelle malicieuse, ils n'exprimaient plus qu'une émotion indescriptible de douleur et de peine, une tristesse inconsolable qui le rongeait de l'intérieur.

Harry, en revanche, s'il resta stoïque, ne sembla pas profondément touché par l'arrêt de mort que venait de lui annoncer le vieil homme. Il en ressentait presque un certain soulagement. Après toutes ces années passées à échapper à la Grande Faucheuse, et plus particulièrement depuis sa connaissance de la Prophétie, il savait enfin comment elle finirait par le rattraper. Ce ne serait pas Voldemort qui le tuerait de ses mains, mais l'un de ses sortilèges. Et puis après tout pourquoi pas ? La mort n'était jamais qu'un autre chemin…

Reprenant ses esprits, il s'aperçut que Dumbledore attendait anxieusement sa réaction, en le fixant d'une manière qu'Harry n'avait vu qu'une seule fois : ce matin de Juin où il lui avait annoncé la prophétie.

- Je… Dans combien de temps ? dit-il la voix un peu plus tremblante qu'il ne l'aurait souhaité.

- Quelques semaines, peut-être quelques mois… répondit le vieil homme à voix basse.

Harry se surprit à trembler, se demandant pourquoi l'annonce de sa mort prochaine ne lui faisait que si peu d'effet. Il remarqua alors que ce qui le perturbait le plus, c'était de voir Albus Dumbledore si déboussolé et vulnérable. Comme s'il se sentait directement responsable de son funeste destin. Il n'avait jamais vu le vieil homme dans cet état, avec un tel sentiment de culpabilité, et sentir le plus puissant adversaire du Seigneur des Ténèbres aussi fragile le dérangea plus que son sort.

- Je… Il faut que j'aille travailler.

D'un geste brusque et maladroit, Harry se leva et marcha le plus vite possible vers la porte, sans prendre le temps de saluer le directeur. Une fois dehors, il s'appuya contre le mur de pierre froide et ferma les yeux. Il n'aurait pu supporter de voir Dumbledore comme ça une minute de plus. L'atmosphère de la pièce était devenue trop oppressante et il avait besoin de prendre l'air.

Sans se soucier de la nuit tombante et de la pluie battant toujours plus forte à l'extérieur, il franchit les grandes portes de chêne du château et commença à marcher en direction du lac. Les gouttes d'eau et le froid automnal l'enveloppèrent immédiatement et il sentit ses idées se remettrent en place dans sa tête.

Il savait désormais, bien qu'il s'en doutait depuis le début, que ses crises étaient causées par ce fameux sortilège inconnu. Ce qu'il ne savait pas, c'est qu'il serait obligé de supporter ça jusqu'à son dernier souffle. Le bon côté des choses, c'est qu'il n'aurait plus très longtemps à souffrir, quelques mois tout au plus. Cette indifférence face à la mort le décontenança quelque peu. Se pouvait-il que Voldemort l'ait marqué jusqu'à l'en déshumaniser, au point que sa propre mort lui devienne égale ?

Il n'arrivait plus à définir ce qu'il ressentait. Il n'avait pas peur de la mort, pour l'avoir trop de fois côtoyée. Elle ne semblait qu'une étape de plus, presque un élément libérateur de cette enveloppe charnelle qui lui avait apportée tant de malheurs. Mort, il pourrait enfin revoir ses parents… et Sirius…

Mais au fond de lui, son âme d'adolescent de 16 ans, entrant dans la plus belle période de sa vie, commençait à refaire surface. Elle lui criait que tout ceci n'était pas normal, que quelqu'un d'aussi jeune n'avait pas le droit de mourir, aussi jeune et aussi durement. Il restait tant de choses à découvrir, tant de bonheurs à vivre, tant d'expériences à faire, tant de personnes à rencontrer, que la vie ne pouvait tout simplement pas s'arrêter comme ça, pas avant d'avoir vécu.

Au fur et à mesure que la pluie pénétrait ses cheveux et s'infiltrait sous son manteau, une boule commençait à se former au fond de la gorge du jeune sorcier. Mais l'armure qu'Harry s'était construite pour se protéger de tous les coups durs que la vie lui avait portée se referma, et la fatalité reprit le dessus sur l'émotivité.

Le Gryffondor releva la tête pour voir où ses pas l'avaient conduit et il ne fut pas surprit de se trouver devant la grande cabane du garde-chasse, en bordure de la Forêt Interdite. Les fenêtres de la maisonnette sombres, Harry supposa qu'Hagrid n'était pas chez lui. Mais alors qu'il s'apprêtait à faire demi-tour et à rentrer au château, une grosse voix bourrue d'éleva de nulle part :

- Harry ! Ca alors ! Je commençais à me demander si tu te rappelais où j'habitais !

La silhouette massive du demi-géant émergea du petit potager entourant la cabane et s'approcha.

- Bonjour Hagrid, répondit Harry en levant la tête.

- Ca fait plaisir de te voir !

La grosse main du gardien des clés s'écrasa sur l'épaule du Gryffondor qui se sentit s'enfoncer de quelques centimètres dans le sol boueux. Un éclair zébra le ciel tandis qu'une bourrasque de vent glacial soulevait l'écharpe d'Harry.

- Ne restons pas là, rentre vite, tu vas bien prendre un thé ! s'exclama Hagrid avec enthousiasme.

La perspective de prendre un thé chaud dans un endroit sec convainquit immédiatement Harry qui se hâta de rentrer dans la cabane à la suite d'Hagrid. Sitôt la porte refermé, Crockdur se précipita sur le jeune sorcier et le plaqua contre la porte en le léchant et en aboyant de contentement –le chien d'Hagrid était décidément toujours aussi affectueux.

Après que le maître eut difficilement réussi se faire obéir de son animal de compagnie, Harry put enlever son manteau et s'asseoir à l'immense table qui occupait le centre de la pièce. Jetant un regard aux alentours, il constata que l'endroit n'avait pas changé depuis la dernière fois qu'il y était venu. Un immense chaudron pendait toujours du plafond, un lit de 3 mètres de long était toujours casé dans un coin de la pièce, et toutes sortes d'objets étranges ornaient les étagères et les murs, de la pelle géante à l'engrais pour des plantes inconnues de Harry, sans oublier bien sûr la fameuse arbalète qu'Hagrid prenait toujours avec lui lorsqu'il se rendait dans la forêt. Un énorme tas de viande sanguinolente reposait sur une étagère qui pliait sous le poids de la chair fraîchement découpée. Une telle quantité de nourriture ne pouvant être avalée par Hagrid et Crockdur réunis, Harry devina à qui elle était destiné.

Mais le garde-chasse entama la discussion avant qu'il ait pu en faire la remarque.

- Alors, comment s'est passé ton début d'année ? lança joyeusement Hagrid tout en préparant le thé.

- Comme tous les autres, répondit Harry. Rien n'a vraiment changé.

Hagrid poussa une espèce de grognement et vint servir le thé à la table. Le liquide chaud brûla la gorge du jeune sorcier qui se sentit immédiatement revigoré.

- Et vous Hagrid, racontez moi un peu ce que vous avez fait cet été ! Comment va Graup ?

Le regard du demi-géant se fit brutalement inquiet, attentif, scrutant les alentours, au cas où quelqu'un l'aurait entendu. Finalement, il se retourna vers Harry et prit une grande respiration.

- Je ne sais pas si je dois te raconter ça, mais bon. Je suppose que oui ! Alors, cet été, après que Graup ait été attaqué par les centaures dans la forêt –Harry eut la nette impression que c'était Graup qui avait agressé le premier les êtres de la forêt, mais il ne dit rien, trop content que le géant leur ait permis de s'échapper-, il s'est enfui très loin dans les montagnes. Il voulait regagner les siens je pense. Je l'ai cherché pendant plusieurs jours, avant de le retrouver à proximité d'un village moldu. Heureusement, je pense que personne ne l'a vu, sinon ç'aurait été la panique ! Toujours est-il que j'ai réussi à le ramener dans la Forêt Interdite.

Hagrid eut l'air ému à ce souvenir, comme si le fait d'user ses forces à faire revenir un géant vers un lieu contre son gré représentait une expérience fascinante.

- Graup n'a pas résisté ?

- Oh ! Et bien, si un petit peu au début, il ne contrôlait toujours pas sa force, mais j'ai réussi en une semaine à le ramener ici. Enfin pas exactement ici, les centaures n'auraient jamais toléré ça.

- Vous avez revu et reparlé aux centaures après ce qu'il s'est passé cette nuit là ?

- Oui, il le fallait bien. Malgré ce que ces brutes ont fait à mon petit Graup, j'étais bien obligé de renouer le dialogue. Nos alliés sont rares en ce moment Harry, et il est préférable d'en avoir le plus possible. J'ai passé deux jours dans la Forêt Interdite à essayer de les convaincre du bien fondé de ma quête.

- Et vous avez réussi ?

Harry craignait la réponse. Les dernières fois où il avait vu son ami, celui-ci ne s'était jamais montré très amical avec les centaures, à cause bien sûr de la présence de Graup dans la forêt. Il lui avait demandé plusieurs fois cet été comment Hagrid était parvenu à s'en sortir avec eux, se sentant un peu responsable, mais ses lettres s'étaient toujours montrées très évasives sur le sujet.

Hagrid, lui, arbora un sourire triomphal.

- Ca n'a pas réussi dans le sens où je le voulais au début, mais en fait, c'est bien mieux comme ça !

- Que voulez-vous dire ? demanda Harry avec une inquiétude croissante, l'enthousiasme de Hagrid se révélant rarement bon signe.

- Eh bien les centaures n'ont pas accepté que Graup revienne dans la forêt, et même si je ne suis pas d'accord avec eux, j'étais obligé de respecter leur choix. J'ai donc été discuter avec Dumbledore, et il a accepté que Graup trouve refuge au château !

- QUOI ?

Harry sut qu'il avait mal entendu ce que son interlocuteur venait de lui dire. Dumbledore était parfois bizarre, mais il n'était pas fou au point de laisser un géant pénétrer dans le château ! Hagrid, lui, rayonnait, comme si l'accord du directeur avait constitué le plus beau jour de sa vie.

- Attends Harry, je vais t'expliquer. Tu sais que Albus Dumbledore a toujours été partisan de négociations avec les géants ? C'est pour ça que l'été dernier j'avais été les rencontrer et que j'avais ramené Graup. Depuis cet été, il s'est énormément sociabilisé ! Il arrive à prononcer une dizaine de mot compréhensibles, et il comprend maintenant la moitié de ce que je lui dis. Il s'est aussi beaucoup assagi, il ne tape et ne casse presque plus rien. C'est incroyable la vitesse à laquelle il s'est adapté !Bref, comme il est devenu fréquentable, Dumbledore a accepté que j'aménage les sous-sols de Poudlard pour qu'il y emménage. C'est là qu'était caché la Pierre Philosophale, tu dois t'en souvenir j'espère !

- Bien sûr ! Comment aurais-je pu oublier ça ! Et donc Graup est maintenant dans les sous-sols de Poudlard ?

- Et bien ça, c'est uniquement quand il veut y rentrer. J'ai passé l'été à aménager un petit nit douillet pour Graup au château, et j'ai creusé un immense tunnel qui me permet d'aller le voir quand je veux Et aussi pour lui permettre de sortir.

- Sortir ? Où ça ?

- Et bien euh… en fait… ici.

Harry sentit qu'il apprécierait pas vraiment ce que Hagrid s'apprêtait à lui dire.

- Comment ça, ici ?

- Et bien, tu comprends, les géants sont habitués à vivre en montagnes, et presque exclusivement dans des grottes. Donc pour lui le sous-sol de Poudlard est parfait. Mais il a quand même besoin de sortir de temps en temps. Et euh… Et bien le tunnel arrive sous ma cabane.

Harry n'en croyait pas ses yeux. Comment Dumbledore avait pu accepter cela ? C'était de la folie pure !

- Je ne le sors que la nuit, quand toutes les lumières du château sont éteintes, et je l'emmène faire un tour dans la forêt. Ca lui plait beaucoup !

Le visage d'Hagrid se fit soudainement anxieux.

- Mais Harry, s'il te plait, ne le dit à personne. Dumbledore croit que le tunnel sert uniquement à lui apporter de la nourriture. Et puis comme ça, avec ce tunnel et tout ce qu'il apprend, il sera bientôt prêt à venir vivre avec moi !

Hagrid sourit de toutes ses dents alors même qu'Harry était effondré. C'était une catastrophe. Il ne savait même pas comment la situation avait pu perdurer comme cela depuis 3 mois sans que tout dégénère et que Graup ne se précipite dans le château en se mettant à tout casser.

- Alors, qu'en penses-tu Harry ? Tu veux venir voir Graup ?…


La discussion avec Hagrid, bien qu'elle ait été assez inquiétante avec le comportement que le demi-géant avait envers son demi-frère, fit le plus grand bien à Harry, qui put pendant quelques minutes ne plus penser à autre chose. Mais ce répit ne fut que de courte durée. L'indifférence dont il avait fait preuve au départ après l'annonce de Dumbeldore s'estompait comme neige au Soleil, et au fur et à mesure des jours qui passaient l'angoisse commençait à le gagner. Il fit une nouvelle crise, seul heureusement, mais lorsqu'il se réveilla, il mit plusieurs heures avant de retrouver l'usage de sa jambe droite. Cette paralysie temporaire l'affecta encore plus profondément et la déprime commençait à le gagner telle une gangrène dont on ne peut se défaire.

Dumbledore avait délégué les cours d'occlumencie au professeur McGonagall provisoirement, les affaires avec l'Ordre et le Ministère ne lui laissant plus le temps de s'occuper d'Harry. Celui-ci appréciait cette nouvelle situation qui lui empêchait d'avoir régulièrement en face de lui un homme dont la pitié l'exaspérait.

5 jours avaient passés depuis l'annonce de Dumbledore, et Harry avait maintenant complètement coupé les liens avec le monde extérieur. Il s'était renfermé sur lui au point de ne presque plus parler avec Ron et Hermione, qui ne semblaient plus beaucoup se soucier de lui non plus –Harry soupçonnait ses deux amis d'avoir plus que des relations amicales étant donné le temps qu'ils passaient ensemble seuls et les regards qu'ils se lançaient. Toujours était-il que ses conversations se limitaient désormais au strict nécessaire –bonjour, au revoir, merci- et que les conséquences scolaires s'en faisaient déjà ressentir. Le devoir de métamorphose avait été une catastrophe, Harry n'ayant pas révisé, se contentant de rester devant son parchemin, le regard vide.

Les mêmes pensées ressassaient sans cesse dans sa tête : la mort de Cédric, celle de Sirius, et maintenant la sienne. Comment pouvait-on aborder sa propre mort quand elle était programmé ? Il jetait souvent un regard envieux vers les autres élèves de Poudlard et les jalousait intérieurement. Combien de fois n'avait-il pas souhaité être à leur place ? N'être qu'un élève parmi tant d'autres, sans avoir à porter le destin du monde sur son dos. Tous l'enviaient pour sa célébrité, mais à chaque fois il brûlait d'envie de leur crier ce qu'il avait déjà dit : comment peut-on souhaiter être célèbre grâce à la mort de ses parents et au fait qu'on ait tenté de le tuer ? Quelle personne saine d'esprit pouvait avoir envie d'être à sa place ? Parfois, quand ses pensées s'égarait dans les endroits les plus sombres de son esprit, il se surprenait à regretter de n'avoir pas été tué dans son berceau par Voldemort. Aucun de ses malheurs ne se serait jamais produit et il n'aurait pas eu à souffrir toute sa vie. Tout cela sans compter le sentiment de culpabilité qui le rongeait depuis ce jour où il avait appris que ses parents s'étaient sacrifiés pour lui. Comment peut-on apprendre à vivre et à sourire quand on sait que quelqu'un a sacrifié sa vie pour sauver la sienne ? C'est peut-être dur de mourir, mais ça l'est encore plus de survivre.

L'armure qu'il s'était fabriqué durant des années pour lutter contre toutes ces épreuves semblait s'écrouler, s'effondrer face au coup de massue à retardement qu'il avait reçu. La mort de son parrain avait été la plus dure épreuve qu'il ait jamais eu à affronter, car la perte d'un être cher est bien plus douloureux que le pire des Endoloris, d'autant plus s'il est la seule personne que l'on considère comme sa famille. Puis quelques minutes plus tard il avait pris qu'un jour, alors qu'il n'était qu'un bébé, quelqu'un, loin de là, avait décidé qu'il devait mourir, sous couvert d'une stupide prophétie. Apprendre deux nouvelles de ce genre en si peu de temps aurait pu le briser totalement, et il n'avait du sa santé mentale qu'à cette armure. Mais aujourd'hui c'en était trop, il ne pouvait plus porter ce fardeau seul.

Le Lundi suivant, McGonagall rendit les devoirs de métamorphose, et à l'annonce du D qu'avait reçu Harry, Ron et Hermione échangèrent subitement un regard inquiet. Harry leur dit qu'il avait juste eu un trou de mémoire au moment de l'examen et que ce n'était qu'un faux pas, mais ses amis n'en parurent pas convaincus, surtout en entendant la voix d'outre-tombe et les cernes de la taille de balles de golf d'Harry.

Tout bascula le lendemain matin, lors de l'arrivée des hiboux livrant le courrier. Hedwige apporta son journal à Harry qui entreprit de jeter un coup d'œil à la première page avant de le mettre à la poubelle. A la une s'étalait la photo d'un homme cagoulé, surplombée du titre : "Interview exclusive d'un Mangemort : le Survivant menacé de mort". Le sang du jeune sorcier se glaça à la lecture du titre et il sentit instantanément les regards de toute la Grande Salle se tourner vers lui. Décidant de les ignorer et de lire le reportage en question, il tourna la page et se plongea dans la lecture. L'interview était signée Rita Skeeter, bien entendu.

- Merci de bien vouloir nous parler, monsieur X. Vous savez que la communauté sorcière vit dans la peur et la crainte de vous et de votre maître. Qu'avez-vous à dire à tous ces pauvres gens ?

- Nous sommes en guerre vous savez, en guerre contre le Ministère que nous jugeons incapable de diriger ce pays. Nous nous proposons de mettre à sa tête un homme fort et de confiance, notre leader. Nous n'aimons pas faire ce que nous faisons, mais nous y sommes contraints pour le bien-être de tous.

- Vous voulez dire que tuer des sorciers et des moldus est obligatoire pour parvenir à vos fins ? N'y a t il pas un autre moyen ?

- Je regrette mais ceci est le seul moyen efficace d'attirer l'attention. Quand le Ministre nous aura remis les clefs du Ministère nous rétablirons un état de droit dans ce pays et nous restaurerons la supériorité légitime des sangs-purs. Bien sûr nous ne ferons aucun mal aux sang-mêlés, mais il faut qu'ils comprennent que s'ils continuent à se marier à des moldus, il ne restera bientôt plus de sang sorcier du tout !

- Une question que tout le monde se pose : combien êtes-vous ? Combien de serviteurs de Celui-Dont-On-Ne-Doit-Pas-Prononcer-Le-Nom ?

- Nous sommes nombreux, et tous les jours il en arrive de nouveaux.

- Ne craignez-vous pas les Brigade de Sûreté Magique et les Aurors ?

- Nous sommes bien plus fort que la majorité d'entre eux et nous sommes largement en mesure de les affronter.

- Et quels sont les plans actuels de Celui-Dont-On-Ne-Doit-Pas-Prononcer-Le-Nom ?

(il sourit) - Le Maître a eu récemment une idée excellente. Afin de sensibiliser toutes les tranches d'âge de la population, il a décidé d'attirer l'attention sur les plus jeunes de notre communauté, et ce par l'intermédiaire du plus célèbre jeune sorcier : Harry Potter.

- Harry Potter ? Le Survivant ? Le Seigneur des Ténèbres souhaite encore s'attaquer à ce garçon ?

- Croyez bien que ce n'est pas de gaieté de cœur que le Maître a décidé du sort de Harry Potter, il ne s'agit nullement d'une affaire personnelle. Mais il a pensé qu'il serait le meilleur moyen de convaincre les adolescents de toute la Grande Bretagne du bien fondé de notre cause.

- Et que compte faire votre Maître à Harry Potter ?

- Vous savez que je ne peux pas vous révéler les plans exacts du Seigneur des Ténèbres. Mais sachez juste que le Survivant ne survivra plus très longtemps. Il se pourrait fort bien que malheureusement il ne puisse finir son année scolaire, en étant terrassé par un mal qui le tuerait subitement par exemple…

- Je vois. Pour éviter cela il faudrait que le Ministère abdique devant vos exigences, c'est exact ?

- J'ai bien peur que ça ne soit pas aussi simple. Tout ce que je peux vous affirmer c'est ceci : ralliez-vous à nous où vous risqueriez d'être malencontreusement pris pour des ennemis, comme ce pauvre Harry Potter…

- Eh bien merci monsieur X pour ce témoignage très instructif et espérons que cette situation de crise sera très vite réglée par le Ministère, bien qu'il ait fait preuve d' une totale incompétence jusqu'ici.

Lorsqu'il eut fini sa lecture, Harry se rendit compte qu'il transpirait et tremblait de rage. Les joues rougies par l'énervement et le tissu d'horreurs qu'il tenait dans ses mains, il ne voulait pas reposer son journal et affronter les regards de tous les élèves. Il imaginait les Serpentard à leur table, fiers et se pavanant, et les trois autres maisons dépitées, le regard tourné vers lui, à attendre sa réaction. Son salut vint de la cloche qui sonna le début des cours, ce qui força tous les élèves à quitter la Grande Salle. Lorsque la majeure partie d'entre eux furent partis, Harry reposa son journal et vit Ron, Hermione, Seamus et Dean.

- Ca va vieux ? lui demanda Dean avec une pointe d'inquiétude.

Harry lui lança un regard furieux, et Dean jugea préférable de ne pas attendre la réponse. Il s'éloigna en compagnie de Seamus. Harry se leva à son tour, et avant qu'Hermione ait pu lui dire quoi que ce soit, il lança d'un ton cassant :

- Laissez-moi.

Le cours de Potion qui suivit fut l'un des plus pénibles de toute la scolarité d'Harry, entre les ricanements de Malefoy et ses acolytes et les regards pitoyables des Gryffondor. Et au milieu, Rogue, qui pour une fois ne semblait pas avoir envie de le martyriser, ne lui faisant même pas de remarque désagréable à la vue de sa potion rouge sang au lieu du bleu roi de celle d'Hermione. Cette pitié de la part de son professeur haï et la dernière remarque de Malefoy –Eh Potter, ça va aller ? Tu vas recevoir plein de lettres de gens qui te souhaiteront bonne chance maintenant, les paris vont monter pour savoir jusqu'à quand tu tiendras !- le firent craquer et il se leva brusquement, jeta ses affaires dans son sac et sortit de la salle non sans avoir au passage renversé la potion de Malefoy qui lui dégoulinait à présent dessus. Durant toute la scène, Rogue ne broncha ni ne fit un geste, se contentant d'observer. Un silence pesant s'installa dans la pièce lorsque la porte se fut violemment refermée.


Au 4ème étage de la tour sud-est de Poulard, il y avait une salle secrète qui n'apparaissait que lorsque quelqu'un prononçait le nom de "Perceval" à l'oreille de l'armure du coin du couloir. Cette pièce, éclairée d'une seule grande fenêtre, invisible de l'extérieur, n'était meublée que d'une chaise et d'un vieux canapé, un sac de classe et une baguette traînant dans un coin. Sur le rebord de la fenêtre, devant la froide vitre sur laquelle les premières neiges de l'Hiver se déposaient, se tenait un jeune sorcier. Sa cape noire aux bordures rouges était posée sur ses épaules, tandis que ses genoux étaient ramenés contre son menton et qu'il les encerclait de ses bras. A travers les lunettes rondes deux yeux d'émeraude brillants fixaient le parc du château, se dissimulant silencieusement sous le doux manteau neigeux, et une cicatrice en forme d'éclair se devinait sous des cheveux d'un noir de jais en bataille. Mais cette cicatrice n'était rien en comparaison de la blessure béante qui déchirait le cœur d'Harry Potter. Toutes les horreurs que le jeune sorcier avait vues et vécues obscurcissaient et troublaient sa vision, au point de l'empêcher de voir et d'admirer la beauté de la vie. "Il y a dans ton cœur plus d'horreurs que beaucoup n'en verront jamais" lui avait un jour dit Lupin. Peut-être, mais qu'y pouvait-il ? Il avait appris à vivre avec, ce qui lui avait donné au fil des ans un certain côté fataliste, qui se heurtait au déterminisme dont rêvent tous les adolescents, pouvoir faire ce que l'on veut de sa vie. Et depuis quelques temps, ce côté qui se laissait traîner par le destin avait tendance à l'emporter sur son rival. Il allait mourir quoi qu'il fasse et rien ne pourrait changer cela.

"La mort nous sourit à tous. Tout ce qu'on peut faire, c'est sourire à la mort."

Cette phrase de l'un des plus grands philosophes de l'Histoire, Marc Aurèle, grand ami des sorciers, prenait désormais tout son sens. Après tout, mieux valait en finir le plus rapidement possible, cette vie ne lui ayant rien apporté qui vaille la peine de lutter à ce point.

Un léger grincement le fit sursauter, et il n'eut pas besoin de se retourner pour deviner qui venait de pénétrer dans la pièce.

- Harry ? demanda timidement la voix d'Hermione

- Laissez-moi… s'il vous plait.

- Harry, on veut juste te parler.

- NON ! J'ai envie d'être seul.

Hermione se tenait dans l'entrée de la porte, et devant le refus d'Harry, elle se retourna vers Ron. Un seul regard à son ami suffit à lui faire comprendre qu'elle préférerait aller voir Harry seule. Ron acquiesa, légèrement déçu de ne pas être à la hauteur pour aider son ami, et quitta la pièce, laissant Harry et Hermione seuls. Elle s'approcha lentement de la fenêtre et vint s'accroupir à côté d'Harry, qui continuait de fixer obstinément le parc du château, se refusant à la regarder.

- Harry…

La voix douce et réconfortante d'Hermione résonna en lui et il se sentit sur le point de craquer.

- Harry, raconte moi s'il te plait. Raconte moi ce qu'il t'arrive. Que s'est-il passé avec Dumbledore ?

Le jeune Gryffondor tourna finalement la tête et Hermione put voir ses yeux brillants.

- Ce n'est pas que depuis la discussion avec Dumbledore, n'est-ce pas ? Ca remonte à plus loin.

Harry évitait son regard, hésitant à s'ouvrir. Il avait gardé tout cela si longtemps en lui que maintenant il lui était tout aussi dur d'exprimer tout ce qu'il ressentait. Mais il ne pouvait plus garder ça pour lui, c'en était devenu insupportable. Alors il se mit à parler. Il parla du jour de la mort de Sirius, il raconta sa discussion avec Dumbledore, la révélation de la prophétie, puis les conclusions des médecins de l'hôpital et l'annonce de Dumbledore. Au fur et à mesure qu'il racontait son histoire, il voyait le visage d'Hermione se décomposer, l'incrédulité se lisant sur ses traits. Quand il eut terminé, elle avait les larmes aux yeux. Elle semblait aussi perturbée par le fait d'apprendre qu'elle allait perdre un de ses plus précieux amis, que de se demander comment il avait pu garder tant de secrets pour lui aussi longtemps.

Elle posa la main sur son épaule.

- Harry…

Il la regarda dans les yeux d'un air suppliant, comme s'il s'attendait à ce qu'elle lui dise que tout ceci n'était pas vrai, que rien n'allait arriver et qu'il rentrerait voir Sirius pendant les vacances de Noël. Finalement, il ne put résister plus longtemps au poids qui l'opprimait.

- Ce n'est pas juste, Hermione. Ce n'est pas juste…

Les larmes se mirent à couler sur ses joues alors qu'Hermione le prenait dans ses bras dans un geste de réconfort. Il pleura tout son soûl, comme un enfant qui avait du grandir trop vite et à qui la vie n'avait fait aucun cadeau. Il avait 16 ans et il ne voulait pas mourir. Il avait la vie devant lui, et il voulait en profiter.

Il finit par se redresser, les yeux rougis et brillants, et fixa Hermione. La gorge brûlante, il lui posa la question qui l'envahissait depuis le début :

- Pourquoi moi ? Pourquoi pas quelqu'un d'autre ?

Cette pensée égoïste traînait en lui depuis des années, et s'était révélée cet été. C'était elle qui provoquait et resurgissait à chacune de ses baisses de morale, de ces coups de fatigue où l'on se met à s'égarer dans de sombres pensées.

Hermione ne put lui répondre et se contenta de le fixer dans les yeux.

- Je vais mourir Hermione. Qu'est ce que je dois faire ?

Le regard de son amie se fit plus dur et obstiné lorsqu'elle lui répondit.

- Tu dois vivre Harry.

TBC


Review : Merci pour vos reviews, et particulièrement Emi, car à chaque fois tu me permets de repérer certains détails et incohérences auxquels je ne pense pas ! Concernant tes interrogations, alors dans l'ordre : Lupin et les Weasley prennent des nouvelles d'Harry par l'Ordre auquel ils appartiennent, et qui compte des professeurs de Poudlard. Mais c'est vrai que ça n'est jamais précisé !Et Voldemort a effectivement recruté de nouveaux Mangemorts depuis son retour. ;-) Mais continue s'il te plait, ça m'est très utile !