Note de l'auteur : Bonjour à tous ! A tous les étudiants, j'espère que vous profitez de vos derniers jours de vacances, notamment pour lire le tome 6 si vous vous sentez l'âme d'un anglophone, à moins que comme moi vous me préfériez relire les anciens en attendant le 1er Octobre… . Seuls quelques privilégiés (comme moi ;-) ) de la fac peuvent se prélasser pendant encore un mois entier !
Tout ça pour dire que ce nouveau chapitre est achevé depuis un mois, mais je ne peux accéder au net qu'à partir d'aujourd'hui, j'espère donc que vous me pardonnerez cet interminable supplice :-p Les évènements se précipitent dans cette partie et le dénouement devient plus proche que jamais. Si la destinée de notre petit Harry vous intéresse toujours, les quinze pages au format Word qui suivent sont pour vous ! Les éléments de l'intrigue commencent à s'assembler, bien que la clé de la compréhension des rêves d'Harry et de leur lien avec sa « maladie » ne sera révélée explicitement que dans le prochain chapitre.
Il me reste encore les chapitres 9 et 10 à écrire ainsi qu'un Epilogue. Mon objectif reste de terminer cette histoire avant la sortie du Tome 6 en Français car cette fic perdra alors tout son sens. Bien évidement, toutes les critiques, remarques ou autres commentaires sont les bienvenus, n'hésitez pas à me faire part de vos impressions, qu'elles soient bonnes ou mauvaises ! Les réponses aux reviews sont à la fin du chapitre ! Merci à tous.
Enjoy !
Chapitre 8 : Time is running out
Les vacances de Noël tombèrent à pic et l'atmosphère tendue qui régnait au château se dissipa comme une traînée de poudre. Bien que de nombreux élèves aient reçu la consigne de leurs parents de rester à Poudlard pour leur propre sécurité, l'école se délesta de la majorité de ses occupants et une ambiance festive et joviale s'y instaura rapidement. Chacun avait à cœur de songer à autre chose qu'aux études et à la situation extérieure. Ils voulaient vivre ne serait-ce que quelques jours dans un cocon, un refuge dans lequel ils ne craignaient rien et pouvaient s'épanouir en toute tranquillité. Le personnel et les préfets mirent un soin tout particulier à décorer le château au-delà de ce qui était habituellement prévu pour les pensionnaires de Noël. Le bâtiment millénaire se parait de ses plus beaux atouts, les armoiries de l'Ecole resplendissantes et scintillantes de leurs couleurs jaunes, bleues, vertes et rouges dans chaque pièce, au détour de chaque couloir. Les armures avaient tronqué le gris métal de leur tenue pour arborer une teinte vert sapin, sur laquelle venait se greffer toute sorte de décorations propices aux fêtes de fin d'années, de la boule de neige magique à la guirlande multicolore. Les personnages des tableaux tentaient désespérément de se débarrasser de leurs vêtements fades afin de revêtir des habits vifs et pouvoir participer aux festivités qui s'organisaient. La Grande Salle, enfin, avait été métamorphosée dans le but de la sublimer, un peu à la manière du travail qui avait été accompli lors du bal pour le Tournoi des Trois Sorciers. Des milliers de pierres précieuses factices s'étaient incrustées dans les murs de pierre, les chandelles en forme de boules de Noël qui les éclairaient leur donnant ce petit scintillement magique parfaitement en phase avec l'ambiance conviviale. Des centaines de fées de Laponie voletaient dans toute la pièce, leurs ailes bleu roi s'accordant parfaitement avec le chatoiement des vitraux diffusant une douce lueur apaisante. Le plafond, pour sa part, luisait en permanence d'un ciel étoilé duquel tombait constamment une averse de flocons de neige, disparaissants au contact du sol. Toute cette mise en scène constituait, en définitive, une sorte de réponse, de défi du château et de ses occupants aux drames et aux tragédies qui se déroulaient en dehors de ses murs.
Harry, malheureusement, ne pourrait pas bénéficier de ces illuminations cette année. Les Weasley l'avaient invité avec Hermione à passer les vacances de Noël chez eux. Bien que pour la première fois il regrettait de devoir quitter le château si magnifiquement décoré, le fait de pouvoir décompresser deux semaines loin de ce lieu source de tant d'angoisses lui donna un nouveau souffle. De plus, il pourrait se rendre plus facilement au chevet de Remus, toujours convalescent à Sainte-Mangouste.
Sa dernière aventure dans la Forêt Interdite avait ouvert une plaie béante en lui, jusqu'au plus profond de son âme, et si Hagrid n'avait pas ébruité l'histoire, les regards emplis de compassion que lui lançait dorénavant son ami parlaient pour lui. Les autres ne se doutaient de rien, bien que Ron et Hermione aient remarqué qu'il était encore un peu plus renfermé sur lui-même depuis la réception de la lettre Molly. Mais qui ne l'aurait pas été...
Malgré cela les vacances étaient arrivées, et en embarquant dans le Poudlard Express le Vendredi soir, Harry se sentit soudainement beaucoup plus léger. Il quittait le château, abandonnant de ce fait une grande partie des soucis qui le rongeaient depuis des semaines, des mois… Ce château qui jadis l'émerveillait, le faisait rêver, lui donnait la force de tenir durant les longues journées d'inactivités estivales à Privet Drive, qu'il quittait avec une pointe de tristesse à la fin de chaque année ; ce château, aujourd'hui, était devenu la demeure de trop de malheurs, de peines et de souffrances pour qu'il l'enthousiasme encore. Il y avait vécu les plus beaux moments de sa vie, mais aussi quelques uns des plus tragiques, de la Chambre des Secrets à ce labyrinthe qui hantait encore régulièrement ses nuits, en passant par ses visites trop régulières à l'infirmerie.
Le convoi des 329 élèves et des 12 Aurors s'ébranla dans un grincement métallique et prit la voie du Sud. Le ciel s'éclaircissait petit à petit, et la neige qui tombait silencieusement sur les collines blanches d'Ecosse laissa progressivement la place à une fine pluie glaçante au fur et à mesure que le train s'enfonçait au cœur de l'Angleterre. Toutefois, contrairement à l'aller, le voyage se déroula dans une ambiance complètement différente, Harry semblant revivre à chaque kilomètre qui l'éloignait de Poudlard et n'hésitant pas à en faire profiter ses amis. Il avait envie de parler, de discuter de tout et n'importe quoi ; le voile de brume qui obscurcissait son esprit se dissipait de manière fulgurante, et il tenait à rattraper tout ce temps passé seul, muré dans son silence. Les vacances débutaient…
Cette résurrection perdura durant les deux semaines que Harry passa au Terrier. Chaque matin au réveil, il se sentait mieux que la veille, plus lucide et plus vaillant, à l'instar d'une personne qui sort victorieuse d'une longue et grave maladie et qui retrouve sa santé d'antan. Et trois fois par semaine, il partait avec Arthur Weasley pour Sainte-Mangouste, où il passait la matinée en compagnie de Rémus, qui reprenait progressivement des forces. Sa blessure, aussi bien physique par les sortilèges qui l'avaient frappé, que morale, ayant lui aussi à supporter la perte d'amis proches et chers, lui laissait encore une cicatrice ouverte, qu'il s'efforçait de refermer avec l'aide du fils de James. Ils passaient tous les deux beaucoup de temps à parler des "amis absents", ceux qui ne reviendraient pas. C'était pour eux un moyen d'atténuer leur peine, d'expurger leur tristesse et de faire leur deuil. Une cérémonie avait eu lieu quelques jours avant Noël, et Rémus, contre l'avis des Médicomages, avait tenu à faire le voyage, soutenu par Harry. Ensemble, ils avaient rendu un dernier hommage à ces personnes qui étaient mortes en faisant leur devoir, en défendant les valeurs en lesquelles elles croyaient.
Tous les Weasley, ainsi que de nombreux amis des disparus étaient également présents, notamment Dumbledore qui leur avait rendu un vibrant hommage, arrachant quelques larmes à l'assemblée. Ron et Hermione étaient restés légèrement en retrait d'Harry et de Rémus, souriants malgré leur peine de voir leur ami retrouver cette force qui l'animait.
Les onze pensionnaires du Terrier ne perdirent cependant pas l'objectif principal de ces vacances, et prirent, tout comme les élèves restés à Poudlard, un malin plaisir à décorer la vieille maison de tout ce qui leur tombait sous la main. Des branches de sapin furent rapportées du bois et vinrent garnir le maigre tronc famélique qui trônait dans le salon. Des feuilles de houx et des étoiles magiques le parèrent d'une robe multicolore du plus bel effet. La veille de Noël, tout était prêt, et la vieille bâtisse bancale semblait transfigurée, au point que Ron n'en revenait d'avoir réussi à décorer sa maison de la sorte. Le soir du réveillon avait été particulièrement festif, Remus étant venu passer Noël avec eux, et les douze convives passèrent une merveilleuse soirée, la seule échéance les concernant se trouvant être la remise des cadeaux à minuit. Harry s'était trouvé particulièrement bien gâté cette année, entre le classique livre sur la dernière saison de Quidditch offert par Ron, l'équipement complet du parfait étudiant –de la plume auto rédactrice nouvelle génération au nécessaire à entretien du matériel scolaire (sic !)- de la part d'Hermione, le traditionnel pull de Molly –d'un rouge Griffon, une fois n'est pas coutume. Mais ce qui le marqua le plus fut le cadeau de Rémus : il s'agissait du journal intime de sa mère lorsqu'elle était adolescente. Il avait été retrouvé dans les ruines de leur maison de Godric's Hollow, et Dumbledore l'avait confié à Rémus. Ils ne l'avaient jamais ouvert, et le Maraudeur tenait désormais à en faire dont à Harry. Le jeune sorcier n'avait pas osé l'ouvrir, préférant être seul au moment de découvrir les secrets les plus profonds de sa mère ; il s'était contenté d'un regard et d'un sourire ému en direction du loup-garou. Enfin, au milieu des babioles offertes affectueusement par les autres membres de la famille Weasley, un paquet avait attiré son attention. Il contenait un exemplaire du "Guide de l'apprenti magicien – version officieuse", avec comme seuls mots griffonnés rapidement sur un petit papier "À consulter avec prudence". Harry avait rapidement dissimulé l'ouvrage, comme il ne souhaitait pas que les autres le voient, et il partit le ranger directement dans sa valise, s'interrogeant sur son expéditeur. Du Mangemort ayant ensorcelé le livre pour le piéger au don de Dumbledore pour ses recherches, il ne savait vraiment pas quelle pouvait être son origine. Mais il aurait tout le temps de s'en préoccuper à la rentrée. Pour le moment, il ne voulait pas gâcher ces moments de bonheur.
La journée du lendemain, ainsi que celles qui suivirent se déroulèrent dans une atmosphère tout aussi joviale, Arthur Weasley ayant pris une semaine de congés pour profiter de tous ses enfants, réunis pour l'occasion. De la bataille de boules de neiges dans le jardin à la chasse aux gnomes, en passant aussi, bien entendu, par quelques devoirs pour l'Ecole sous l'insistance pressante d'Hermione. Les jours passaient et se ressemblaient, excepté le réveillon de la Saint-Sylvestre, où les sept Weasley, Harry et Hermione furent autorisés à se rendre au concert des Bizarr'Sisters qui avait lieu à seulement quelques kilomètres du Terrier. Ils s'y étaient rendus incognito, le froid leur donnant une excuse pour se camoufler entièrement, notamment Harry, dont seules les lunettes dépassaient de ses diverses couches de vêtements. Bien que des rumeurs sur la présence d'Harry aient été lancé en Irlande pour détourner l'attention des Mangemorts, le dispositif de sécurité était exceptionnel, les membres de la Brigade de Sécurité Magique et autres Aurors se comptant par centaines. Le "Concert pour la Paix" organisé par le groupe le plus influent du pays, visait à recueillir des fonds pour financer les orphelinats qui regorgeaient de nouveaux enfants, à la façon de ce qu'il s'était passé près de 20 ans auparavant. Chacun donnait ce qu'il voulait –ou pouvait- à l'entrée, et si Ron avait généreusement fait don de quelques Noises, Harry y avait déposé une bonne partie de sa bourse, à savoir près de dix Gallions, sous les regards ébahis des guichetiers.
Par chance, le concert s'était parfaitement bien déroulé, les cinq mille spectateurs ayant fait le déplacement repartant comblés, les chansons des quatre Sisters plein la tête. Mais les vacances s'achevaient déjà, et dès le lendemain il fallait se préparer au retour à Poudlard. Harry aurait souhaité que ces vacances s'éternisent, qu'il puisse à tout jamais rester insouciant, à ne songer à rien d'important, juste en passant du temps avec Ron et Hermione au Terrier. Ces vacances avaient également marqué le renforcement de leurs relations. Harry qui s'était un peu éloigné de ses meilleurs amis durant les dernières semaines les avait retrouvés, aussi indescriptibles qu'ils avaient pu être depuis qu'ils se connaissaient. C'est ainsi l'esprit empli de bons souvenirs, heureux, qu'il s'installa dans le Poudlard Express la veille de la rentrée. Il ne savait quoi retenir de particulier de ses quelques jours de détente, du sourire de Remus en sortant de Sainte-Mangouste aux hurlements de joie de Ron jubilant devant son groupe préféré, à moins que ce ne fut la découverte de tous ces cadeaux lui étant destinés, à lui, qui pendant 11 ans n'avait jamais eu plus d'un cadeau et demi à la fois. Et il avait pleinement savouré ces instants magiques de bonheur, de joie et de félicité en compagnie tous ceux qu'il aimait.
Heureusement…
La première journée de cours de la nouvelle année se déroula dans une atmosphère encore empreinte du doux parfum des vacances hivernales, quelques résidus de la soirée mémorable qui s'était tenue dans le château parsemant les couloirs que les elfes n'avaient pas encore nettoyés. Mais Harry n'éprouvait aucun regret à ne pas avoir assisté à cette fête, ses vacances ayant été les plus belles de sa vie. Côtoyer la mort de si près lui avait fait définir un nouveau sens à la vie, à sa précarité et à sa fragilité. Bien qu'il ne doutât pas qu'il ait encore de sombres heures à affronter, il semblait, aujourd'hui plus que jamais, conscient de la signification du mot "vivre", et il comptait bien se l'approprier pour le temps qu'il lui restait, si jamais on ne devait pas trouver de remède à son mal. Et effectivement, sa volonté allait rapidement être mise à rude épreuve.
Le soir même de la rentrée, la Grande Salle était encore toute enguirlandée des festivités de la nouvelle année qu'avaient fêtée des centaines d'élèves, les tables ébruitant les histoires de vacances de chacun et les derniers potins de l'Ecole. Si McBarns était sorti avec Suzie Eldbrowth, c'était uniquement car son ancienne copine l'avait quitté pour aller se réfugier dans les bras de MacMillan le soir du Réveillon. Alors que Ron suivait les débats et l'actualité sentimentale de Poudlard avec avidité, Harry ne se sentait que peu concerné par toutes ces rumeurs. Il songea un instant à Cho et au blocage qu'il avait eu en la revoyant au match de Quidditch. Il ne l'avait que rapidement recroisé dans les couloirs depuis, mais son esprit était alors occupé par des choses bien plus graves.
- Ca va Harry ? demanda Denis, contemplant avec une immense humilité son héros, le regard dans le vide, la fourchette dans une main et un morceau de pain dans l'autre.
Harry se ressaisit avant que le jeune Gryffondor ne sorte son appareil pour immortaliser l'instant et leva la tête vers son interlocuteur.
- Ca va Denis. Et toi ? J'espère que tu as passé de bonnes vacances ! mentit-il.
La réaction ne se fit pas attendre, et l'aîné des Crivey commença à lui narrer ses incroyables aventures dans la forêt canadienne, entouré de caribous en rut et d'ours mangeurs d'hommes, le tout accompagné de légendes sur la façon dont les castors avaient été envoûtés par les chamans Inuits des siècles plus tôt afin d'en faire de redoutables bâtisseurs de barrages, ce qui n'était à l'origine pas du tout leur vocation. Harry poursuivit son repas en écoutant Denis déblatérer tout ce qu'il avait appris en quinze jours sur la culture outre Atlantique, cherchant désespérément du coin de l'œil un sauveteur providentiel. Son regard se posa sur la table des Serdaigle où il y vit Cho. Les yeux émeraude de l'adolescent captèrent alors involontairement les prunelles saphir de la jeune fille et ne les quittèrent plus. Il resta subjugué, plusieurs secondes durant, ne pouvant détourner la tête. Il entendait, au loin, Denis qui continuait de lui parler de choses totalement inintéressantes à côté de ce qu'il voyait en ce moment. Cho lui sourit et l'enfer éclata à nouveau.
Sa cicatrice le brûla insupportablement, tandis que prit d'une violente convulsion il rejeta la tête en arrière et se cambra sur le banc. Il porta la main sur son front, dans l'espoir naïf d'atténuer sa douleur, mais il ne pouvait plus se contrôler. Les dents serrées, grimaçant horriblement, un brusque sursaut le fit balayer du bras tout ce qui se trouvait devant lui sur la table. Ses contractions et ses pulsions lui déchiraient l'épine dorsale et ses jambes tremblaient sans aucun contrôle, prêtes à se disloquer. Il ne pouvait deviner les regards intrigués et inquiets des autres élèves, ni voir Hermione et Ginny tenter de le contenir pour ne pas qu'il tombe, ni apercevoir le professeur Dumbledore accourir vers lui, le visage grave, suivit de Minerva McGonagall et de Mrs Pomfresh. Les crispations pour ne pas hurler l'empêchaient de distinguer quoi que ce soit. La douleur n'a pas de visage, et tandis qu'un voile noir lui couvrait la vue, il tentait de toutes ses forces de se maîtriser. Il sentit ses articulations crisser avant que sa nuque ne se rompe dans un craquement à en faire frissonner un fantôme. Il s'effondra enfin, et le noir se fit.
Le ciel rouge sang était sur le point de recevoir une nouvelle offrande. Sur les ruines d'une ancienne cité s'étendant à perte de vue, un échafaud se dressait, unique obstacle susceptible de rompre la monotonie du paysage. La corde au cou, le sol prêt à se dérober sous ses pieds, le roux L'observait, silencieusement. A l'énoncé du verdict, coupable bien entendu, une larme perla au coin de ses yeux. Le Grand Seigneur des Ténèbres, sur son trône, le regard de ses deux fentes rouges fixé sur le condamné, leva la main avec difficulté. Il y jeta un œil, constatant que la peau reptilienne qui Le recouvrait petit à petit ne parvenait pas à entraver le venin qui coulait dans ses veines. La peau rose perlait par endroit, insolente devant la perfection de la couche luisante grisâtre. L'homme avait tenté de L'empoisonner en lui administrant un élixir à base de "Sang d'Amour", d'après ses dires, le sang de sa génitrice. Cela était bien sûr impossible, puisqu'Il était le Grand Seigneur, celui qui était au commencement de tout, et à la fin, celui par qui tout venait, et tout mourait. Ce traître allait maintenant payer pour son acte. Tandis que le sol se dérobait sous ses pieds, le grand roux sentit la pression de la corde lui écraser le larynx et lui rompre le cou. Alors que la mort l'enveloppait doucement, il tenta un dernier regard vers celui qui avait été, dans une ancienne vie, son meilleur ami. Mais tout avait changé depuis que la cicatrice en forme d'éclair s'était mise à brûler, et avait conservé à partir de cet instant son aspect brillant et rougeâtre. Le Grand Seigneur était né à ce moment là, et plus rien n'avait été pareil après cela. Contemplant l'autre en train d'agoniser, il se remémora ces instants où il était encore faible, impuissant et loin d'être conscient de la grandeur qui l'attendait. Il éclata alors d'un rire suraigu, perçant et strident devant l'assemblée terrifiée…
Harry se réveilla en sursaut et voulut se redresser, mais une vive douleur au niveau de sa colonne vertébrale lui déchira le dos, et il renonça très vite à son intention. Le souffle court, il tourna les yeux et la tête, tentant de reprendre ses esprits, difficilement, mais il n'aperçut rien d'autre que les murs et les lits vides de l'infirmerie. Il avait encore fait ce cauchemar, ce rêve terrible qui le harcelait depuis son premier évanouissement. Qu'est-ce que ce monde apocalyptique pouvait bien signifier ? Il avait au départ cru être victime d'hallucinations ou de son imagination, mais au fur et à mesure de ses malaises, les visions se faisaient de plus en plus précises et il était désormais certain qu'elles avaient un sens particulier, qu'il ne comprenait pas pour l'instant. Etait-ce un rêve, un fantasme de Voldemort, la peur de ce que lui ressentait, la crainte qu'il gardait au fond de lui depuis qu'il savait qu'il était lié au Seigneur des Ténèbres, cette crainte de devenir un jour, malgré tous ses efforts, comme Voldemort lui-même.
Il entendit une personne rentrer dans la pièce, hors de son champ de vision.
- Vous nous avez encore fait une sacrée frayeur, Harry ! Cette fois, nous avons bien cru vous perdre ! Heureusement qu'Albus était là pour vous garder parmi nous…
La voix sèche mais apaisante de l'infirmière contrastait avec ses gestes d'une infinie douceur. Elle examina Harry durant quelques instants, avant de déclarer :
- Je ne serai pas toujours là pour vous éviter des séquelles à long terme… Vous vous êtes brisé la colonne vertébrale, il n'y a plus aucuns signes visibles, mais vous aurez des douleurs ponctuelles durant plusieurs jours. S'ils persistent, revenez me voir. Et voici votre dispense d'activités sportives pour au moins quinze jours.
Elle lui tendit une feuille de parchemin manuscrite.
- Et respectez-le ! Ou vous risquez de le regretter ! menaça-t-elle devant le regard peu enthousiaste d'Harry.
Pas de Quidditch durant deux semaines, c'était beaucoup trop, et il comptait bien enfourcher à nouveau son balai dès que possible. Il comprit néanmoins en sortant de l'infirmerie quelques heures plus tard que ça ne serait pas aussi bref qu'il l'avait espéré. Il avait lourdement insisté pour regagner sa salle commune avant de convaincre Mrs Pomfresh, mais à présent il ne pouvait pas faire un pas sans que son dos ne le lance douloureusement. A son grand désespoir, il arriva dans le grand hall de Poudlard au moment où retentissait la cloche de récréation. Fatigué, endolori, irrité d'être ainsi réduit à un statut d'handicapé, il tenta de se frayer un chemin dans le flot continu d'élèves sortants de cours. Et comme pour lui compliquer encore un peu plus la tâche, les étudiants s'arrêtèrent à sa vue, le dévisageant. Certains étaient un peu effrayés de l'apercevoir, après la scène de la Grande Salle, d'autres lui lançaient ce regard empli de pitié qu'il ne pouvait supporter, tandis que les élèves hors de sa vue murmuraient sur son compte dans un chuchotement sourd. Finalement, c'est un chemin qui s'ouvrit devant lui dans les escaliers montants aux étages, au milieu de centaines de jeunes sorciers, immobiles, silencieux, l'observant accomplir son calvaire, la pénitence de la montée des marches. Et ces instants se révélèrent effectivement insupportables pour Harry, affaibli, exposé à la vue de tous comme une bête de foire, chacun l'admirant comme un animal dans sa cage, un être à ne toucher sous aucun prétexte. Car à écouter les conversations à voix basse des autres, il comprit que la rumeur qui courait sur son compte avait repris celle lancée par Malefoy avant les vacances. Il était contaminé, contagieux, porteur de la peste ou d'une maladie inconnue encore plus dévastatrice et il ne devait pas surtout pas être approché. C'est pourquoi tout le monde le regardait gravir les marches avec difficulté sans venir lui prêter une épaule pour le soutenir. Ce fut la voix rauque et agressive de Rusard qui acheva cette interminable corvée.
- Qu'est-ce qu'il se passe ici ? lança-t-il en jetant des regards suspicieux aux alentours. C'est la récréation, non ? Alors tout le monde dehors !
Lentement, sous les regards furieux du concierge, les élèves se dispersèrent par-delà les portes du château, ne laissant au final qu'un face à face entre un Harry exténué par son effort, se tenant à la rambarde de marbre, et un Rusard arborant un sourire narquois.
- Alors, Potter, on est trop faible pour gravir quelques marches ? Vous ne rejoignez pas vos petits camarades ?
Harry lui lança un regard furieux, toute sa rage dirigée contre ce Cracmol qui profitait lâchement de sa position d'infériorité.
- Non, j'ai une dispense de cours pour la journée, répondit-il, les dents serrées.
- Alors qu'est-ce que vous faites encore là ?
N'ayant pas la force d'engager une joute verbale avec le vieil homme irascible, Harry s'engagea dans le couloir menant à la tour Gryffondor. Avant d'avoir fait dix mètres il se retrouva nez à nez avec Colin et Denis Crivey. Pour la première fois de leur vie, ils ne le contemplaient pas avec une lueur de vénération au fond des yeux, mais avec une terreur non dissimulée. Ils partirent le plus rapidement possible, évitant au maximum son regard. Harry s'en trouva encore plus énervé et reprit sa route.
Durant le quart d'heure qu'il passa à regagner sa salle commune, il fut arrêté une bonne quinzaine de fois, tantôt par des connaissances qui venaient gentiment prendre de ses nouvelles, tantôt par quelques uns qui se renseignaient sur son état, sans oublier bien sûr un groupe de Serpentard qui s'était ouvertement moqué de lui. Les joues pâles, le regard étincelant et les dents serrés, il arrivait enfin dans le dernier couloir, au bout duquel trônait le portrait de la Grosse Dame. Et pour la énième fois, il fut interpellé, à quelques mètres à peine de son refuge.
- Harry ? Tu vas bien ? demanda timidement une voix inquiète.
Sans se retourner ni prendre la peine de regarder son interlocuteur, Harry cingla :
- Mais qu'est-ce que ça peut vous faire ? Non, je vais pas bien, j'ai mal partout, et j'ai envie que d'une chose : qu'on me fiche la paix !
- Je suis désolée… Je voulais juste prendre de tes nouvelles… bredouilla la voix dans son dos.
C'est à ce moment qu'il la reconnut. Il se retourna aussi vite qu'il pu, mais n'eut que le temps de voir une traînée de cheveux disparaître au détour d'un couloir.
- Cho… murmura-t-il.
Mais malgré ces épreuves à répétition, la vie continuait, et au fil des jours, ce furent de sombres pensées qui reprirent possession d'Harry. Les vacances de Noël n'avaient constitué qu'une trêve, un repos accordé par le destin avant qu'il ne le rattrape et le force à accomplir son œuvre. Car plus le temps passait et plus Harry était persuadé que la destinée n'était pas qu'une théorie. Comment, autrement, le hasard aurait-il pu l'accabler de tant de maux ? Un si grand nombre de coïncidences n'était guère probable, à moins qu'il ne soit réellement maudit. C'est pourquoi il tendait de plus en plus à se résigner au fait qu'il n'était qu'un pantin du destin, pas même libre de choisir son futur, ni sa mort. Son rôle dans l'Histoire était d'avoir provoqué la chute de Voldemort une première fois, puis d'avoir participé -involontairement- à son retour. A présent, il devait écrire le mot fin à cette tragédie, et il comptait bien pour cela mettre toutes les chances de son côté. Il laisserait sa trace dans l'Histoire, au même titre que le Seigneur des Ténèbres ; il ne pouvait d'ailleurs imaginer meilleure vengeance que celle de voler à son ennemi juré son plus grand fantasme : être, à travers l'immortalité, le plus grand sorcier de tous les temps.
Cette étincelle de folie tintée de détermination le poussait à travailler sans cesse davantage, coupant progressivement tous les ponts avec ses amis. Ses résultats scolaires s'amélioraient chaque jour, et rapidement, seule Hermione pu rivaliser avec lui en terme de notes. Il passait des heures et des heures, des après-midi et des week-ends entiers isolé à la bibliothèque ou dans des salles de classe vides, ingurgitant livre sur livre, enchaînant nouveau maléfice sur sortilège hors programme. Et si quelqu'un avait le malheur de venir le déranger, son interlocuteur était accueilli par un foudroyant regard enflammé qui, d'instinct, le poussait à faire demi-tour sans que le jeune Gryffondor n'ait besoin de prononcer un seul mot.
Ron et Hermione étaient les derniers à tenter de garder le contact avec leur ami, l'accompagnant aussi souvent que possible dans ses recherches, essayant de lui arracher quelques brides de conversation lors des repas, ou tentant désespérément d'arriver à lui faire prendre quelques heures de repos. Si Harry ne les repoussait pas, il avait adopté une méthode encore plus blessante pour ses amis : l'ignorance. Il ne prenait la plupart du temps même plus la peine de leur répondre, se contentant tout au plus d'un signe de la tête. Son regard se durcissait, sa carapace de protection se consolidait et il finissait par apprécier cette solitude qu'il avait parfois tant redoutée par le passé. Il se complaisait dans son mutisme, et en quelques jours, il ne prononça plus qu'une quinzaine de phrases par jour, vingt le week-end. Ron et Hermione désespéraient de le voir se couper progressivement du monde des vivants, à un moment où il avait plus que jamais besoin d'être parmi eux. Hermione avait tenté plusieurs fois de le faire revenir à la raison, allant même jusqu'à le gifler dans l'espoir de le sortir de sa léthargie. Sans succès.
La situation était devenue telle qu'Harry avait fini par ne plus se rendre à ses cours d'occlumencie, préférant mettre à profit ces heures pour ses recherches personnelles. Dumbeldore s'en était bien évident inquiété, et au bout de la troisième leçon éludée, il était parti à la rencontre de son élève, pour rapidement le trouver dans la Salle sur Demande.
- Je peux te déranger un moment Harry ?
N'ayant pas entendu son directeur entrer, le Gryffondor s'était arrêté un moment, le dos tourné, avant d'acquiescer silencieusement. Le vieil homme prit place dans un grand fauteuil et fit apparaître une tasse de thé.
- Tu veux boire quelque chose ?
Tourné dos au directeur, face au mur, Harry ne bougeait toujours pas.
- Je suis désolé, dit-il d'une voix qui n'exprimait aucun remord. Je suis très occupé, je n'ai pas beaucoup de temps…
Il se retourna enfin, une expression d'impatience sur le visage. Mais Dumbledore ne semblait pas pressé de partir. Il porta la tasse à ses lèvres et but une gorgée.
- Je sais que tu n'as pas envie de me parler Harry, que tu es persuadé que ton temps est compté et qu'il te faut agir au plus vite, te préparer au maximum.
Le jeune sorcier su alors qu'il ne se débarrasserait pas aussi facilement que prévu de son mentor. Il se contenta de le fixer et de l'écouter.
- Si mon âge et ma sénilité n'ont pas eu raison de mon discernement, je ne crois pas me tromper lorsque je dis que tu es obnubilé par la destruction de Lord Voldemort.
Harry ne cilla pas.
- Comme tu me l'as déjà dit, tu veux le faire payer pour tout ce qu'il a fait, tout ce qu'il t'a fait. Et bien que la vengeance n'ait jamais apportée que de nouveaux malheurs, je comprends ta peine et ton désarroi. Mais Harry, tu te rappelles notre discussion avant les vacances ? Te renfermer sur toi-même ne t'aidera pas à progresser dans ta quête ; couper les ponts avec tes amis ne te fournira pas la force nécessaire pour accomplir ton entreprise. L'Amour Harry, l'Amour. Voici l'arme que tu possèdes et que Voldemort n'a jamais connue, celle qu'il ne peut comprendre, et qui l'effraie tant. Si tu t'éloignes du monde des vivants, si tu refuses le contact avec les gens qui te sont proches, les personnes qui comptent dans ta vie, alors tu deviendras comme lui, tu ne feras que rejeter tout ce que tes parents t'ont légué, l'Amour qu'ils avaient pour toi, leur…
- CA SUFFIT ! TAISEZ-VOUS !
Il avait éclaté brusquement, sans signe avant coureur, et son regard étincelait d'une flamme puissante et brûlante.
- J'en ai assez qu'on me parle sans cesse de mes parents ! Tout le monde semble tellement bien les connaître ! Oh Harry ! Tu ressembles à ton père ! Mais tu as les yeux de ta mère ! Mais à quoi ça sert de me dire ça ? Ils sont morts ! Les gens tiennent tellement à me rappeler ce fait tragique ? Tout ça n'a plus aucune importance ! Harry, ne prend pas de risques ! Pense à tes parents, à leur sacrifice ! Alors je dois faire quoi ? Rester sagement dans mon coin à attendre que Voldemort réduise tout le monde en esclavage ? Avoir une vie banale, terne, ne jamais rien tenter, patienter jusqu'à ce que tout se soit calmé ? Désolé, mais JE NE PEUX PAS !
Albus détourna les yeux un instant, laissant apparaître un instant le désarroi sur son visage.
- Je refuse de croire que mes parents auraient voulus que je vive caché, que je ne prenne aucun risque ! Sirius ne l'aurait pas souhaité…
- Harry, il y a d'autres moyens, d'autres chemins pour parvenir à ton but.
- Non monsieur, et vous le savez. Je n'ai aucune nouvelle des recherches depuis des semaines. Je ne suis pas stupide, je sais bien ce que cela signifie…
Harry sembla un instant sur le point de céder, la tête basse et le regard vide. Mais il se ressaisit avant qu'Albus puisse prendre la parole.
- Je sais ce que vous allez dire, je sais que vous allez tout tenter, à tort ou à raison pour me convaincre de cesser mes recherches, de "reprendre goût à la vie", d'aller gentiment retrouver Ron, Hermione et les autres, que vous utiliserez des arguments convaincants, et que vous finiriez peut-être même par me convaincre… Mais je ne vous écouterai pas. Je voudrais que vous me laissiez… s'il vous plait.
Sans un mot, sans chercher à s'opposer à son protégé, Albus se leva silencieusement, reposa sa tasse, et quitta la pièce. Il s'arrêta un instant dans l'entrebâillement de la porte, se retourna et capta le regard d'Harry de ses yeux azur perçants.
- Tu sais Harry, aussi noire que soit la nuit, l'aube lui succède toujours…
Puis il sortit et disparut dans le couloir sans remarquer l'étincelle qui se ralluma dans les yeux de l'adolescent.
- Tu veux une Chocogrenouille ? Elles sortent tout juste de chez Honeydukes !
La voix pétillante et joyeuse d'Harry arracha un sourire aux lèvres d'Hermione tandis qu'elle attrapait les trois chopes de Bieraubeurre sur le comptoir des Trois-Balais. Ils se frayèrent un chemin jusqu'à la grande table déjà occupée par Justin, Dean, Seamus, Ron et plusieurs autres élèves dont Harry avait oublié le nom, et prirent place au milieu de la petite troupe. Ron se jeta sur son breuvage tandis que tous trinquaient au premier week-end à Pré-au-Lard depuis la rentrée. La grande diminution des attaques de Mangemorts ces dernières semaines avait décidé les autorités à accorder aux élèves de l'école le droit de venir passer une après-midi au village sorcier. Ceux-ci ne s'étaient pas fait priés, et tous les élèves de Poudlard à partir de la troisième année avaient investi les lieux. Le bar des Trois-Balais regorgeait d'affluence comme jamais, alors que les rues alentours résonnaient des rires, farces et discussions des jeunes sorciers. Honeydukes faisait exploser son chiffre d'affaire au même titre que Zonko, qui vendait désormais les produits made in "Weasley Brothers : Farces pour Sorciers Facétieux". Après des débuts difficiles, la petite entreprise des deux jumeaux roux avait adopté son rythme de croisière, parvenant malgré les prédictions de tous à prospérer dans un contexte morose. Harry avait d'ailleurs pu constater durant les vacances de Noël que le niveau de vie de Fred et George avait bien progressé. Ils habitaient désormais un appartement au cœur de Londres, dans lequel ils passaient leurs soirées à tester leurs nouvelles inventions. Aux dernières nouvelles, ils seraient même sur le point de signer un contrat avec une grosse entreprise de farces et attrapes hollandaise. Leurs produits faisaient évidement fureur à Poudlard, où il ne se passait pas une journée sans qu'un élève ne reçoive un "paquet spécial" en provenance de Londres. Rusard avait beau s'évertuer à tenter de les intercepter, ceux-ci disparaissaient juste après leur arrivée comme par magie dans les dortoirs, là où il n'avait aucun pouvoir. Et la vie était devenue insupportable pour le pauvre concierge, qui ne passait pas une journée sans avoir à constater les dégâts d'une nouvelle farce.
Mais pour l'instant personne ne songeait au Cracmol colérique, préférant savourer ces moments de liberté et de convivialité, réunis entre amis autour d'un verre. Harry semblait particulièrement heureux au milieu des autres, rayonnant de bonheur. Quiconque l'aurait quitté un mois plus tôt, juste après la rentrée, ne l'aurait pas reconnu. Mais en ce mois de Février glacial, le jeune sorcier débordait d'enthousiasme et son sourire illuminait tous ceux qui l'avaient aidé à affronter ses heures les plus sombres. Si son visage avait eu au début quelque mal à étirer ses lèvres en un sourire forcé qui s'apparentait davantage à une grimace, il dévoilait aujourd'hui ses dents blanches sans peine, riant de bon cœur.
- Bon allez ! Je paye ma tournée !
Tous les élèves de Poudlard attablés à ses côtés se figèrent un instant, dévisageant celui qui venait de condamner à mort sa bourse, avant d'éclater de rire et de commander une autre Bieraubeurre sans se faire prier.
- Harry, tu es sur de ce que tu fais ? lui demanda avec inquiétude Hermione.
- Oui, ne t'en fais pas, je le sais parfaitement ! répondit-il joyeusement.
Sur ce, il vida d'une longue gorgée sa chope et repartit en commander une autre au bar. Hermione se tourna vers Ron, qu'elle arracha à une discussion avec Lucie Pelkins, une cinquième année de Serdaigle, qui semblait captiver le jeune homme.
- Tu ne trouves pas qu'Harry se comporte bizarrement ? lui demanda-t-elle en regardant Harry donner une grande tape dans le dos d'Hagrid.
- Tu rigoles Herm' j'espère ! Il y a un mois on s'inquiétait parce qu'il se comportait comme un sociopathe, qu'il ne voyait plus personne, qu'il était totalement renfermé sur lui-même, alors on ne pas aujourd'hui se plaindre qu'il soit aussi joyeux ! En cinq ans et demi, je ne l'ai jamais vu d'aussi bonne humeur !
- Justement… insista la jeune Gryffondor. Ca n'est pas normal. Je crois qu'il nous cache quelque chose.
- Ecoute-moi, Hermione, reprit Ron, très sérieusement cette fois. Tu ne penses pas qu'après tout ce qu'il a vécu, il a fini par se dire qu'il ne servait à rien de rester dans son coin, et qu'il ferait mieux de profiter enfin un peu de la vie ? Qu'il a mis de côté tous ses soucis pour vivre le moment présent ? Et puis, mets-toi à sa place, on le comprend : il n'a pas fait de nouvelle crise depuis près de trois semaines –un record !-, les Mangemorts semblent invisibles, ils n'ont mené qu'une attaque sans danger depuis deux semaines, les arrestations se multiplient depuis que la nouvelle Ministre est arrivée et a donné plus de pouvoir malgré elle aux Aurors et aux BSM. Même les Détraqueurs sont totalement désorganisés ! Et c'est sans parler de Lupin qui est sorti de Sainte-Mangouste et a complètement récupéré de son attaque. Tu sais qu'Harry lui écrit presque tous les jours avant de se coucher ? Bref, tout va bien, et on est en train de gagner la guerre !
Hermione ne sembla pas convaincue. Certes, tout semblait s'améliorer depuis quelques semaines, mais elle restait persuadée que cela n'était que provisoire, que Voldemort préparait quelque chose, une chose tellement énorme que personne ne l'avait encore prévue. Et elle craignait de plus en plus que cette intuition devienne prémonitoire. Elle jeta à nouveau un œil à Harry et son sang se glaça lorsqu'elle croisa son regard. Ses pupilles étaient ternes, si sombres, dévoilant une immense noirceur au fond de ses pensées, enfouie sous son apparente jovialité. Si Harry présentait aux autres un visage heureux et enthousiaste -peut-être même l'était-il réellement-, au fond de lui son côté obscur ne l'avait pas quitté. Elle le soupçonnait de ne pas avoir achevé ses recherches sur la Magie Noire et le moyen de vaincre Voldemort comme il le leur avait annoncé deux semaines plus tôt. Son angoisse n'en fut que renforcée lorsqu'elle vit Harry reprendre son contrôle et effacer cette brèche vers son âme. Etait-il possible qu'il leur ait caché tant de choses ?
Harry venait de quitter Hagrid et revenait à la table avec sa chope emplie à raz bord de la boisson non alcoolisée réservée aux mineurs. Une pensée lui traversa l'esprit et il s'arrêta soudainement, jetant un regard aux alentours. Partout des gens heureux, riant aux éclats, contents d'être enfin sortis de l'ambiance devenue étouffante de l'école. Il se remémora lui-même son état d'esprit durant ces dernières semaines. Comment il était passé d'un état dépressif très inquiétant au lendemain de la rentrée, à ce sentiment d'euphorie et de bien-être qui l'avait gagné depuis plusieurs semaines. Etaient-ce les bonnes nouvelles venues de l'extérieur qui l'avaient fait oublier ses soucis, le fait que les morts ne se comptent plus toutes les semaines par dizaines, qu'il ne se sente plus responsable de la disparition de tous ces gens. Etait-ce le courrier qu'il échangeait avec Rémus, dans lequel il lui confiait ses doutes et ses angoisses, le Maraudeur, à défaut de remplacer son parrain, se révélant une personne sage et de confiance à qui il parlait désormais sans réserve.
En tout cas, il était certain que sa bonne humeur ne provenait pas de l'absence de nouvelles de la part des chercheurs de Sainte-Mangouste, ni de la diminution du nombre de ses crises depuis plusieurs semaines. Car il savait ce que cela signifiait. Personne ne trouvait de remède à son maléfice, pas même le plus grand sorcier du monde, le Seul-Qu-Il-Ait-Jamais-Craint. "…tes crises deviendront progressivement plus violentes, même si elles sont moins fréquentes,… et leur violence sera telle que l'une d'elles finira par t'emporter." Ces mots de Dumbledore qui avaient signés son arrêt de mort lui remontaient régulièrement en tête. Le temps défilait, et chaque jour le rapprochait un peu plus de son destin. Du jour où il devrait affronter Lord Voldemort. Du jour où il saurait enfin si tous ses efforts, toutes ses heures, ces journées passées à lire, à s'entraîner, coupé du monde, n'auront pas été vaines. Il ne se sentait pas prêt –comment aurait-on pu l'être ?-, mais il était malgré tout confiant. Une émotion un peu déplacée à la vue de ce qui l'attendait, mais qui l'apaisait. Il avait fait ce qu'il pouvait, à présent, et si c'était bel et bien le destin qui tirait les ficelles du jeu, il ne pourrait y changer grand chose.
Et en attendant ce moment fatidique, il profitait du temps qui lui était imparti, ni plus, ni moins. Pour s'y préparer, il comptait croquer la vie à pleines dents. Mais il avait cessé de se poser toutes ces questions pour revenir à des plaisirs simples : des amis, du bon temps passé autour d'un feu de cheminée, le Quidditch qui lui apportait toujours ce sentiment indescriptible de bien-être, ou encore Cho. Cho, ou une histoire qui lui laissait cette sensation d'éternité, que cela avait toujours été comme ça avec elle, et que ça le resterait jusqu'à la fin du monde. Il avait l'impression d'avoir tout le temps pour discuter avec la jeune fille, se mettre au point… et voir ce qu'il adviendrait.
Il sourit en apercevant ladite Cho assise à l'autre bout du bar, et remarqua alors qu'Hermione l'observait. Il chassa de son esprit les pensées des dernières minutes et reprit son chemin vers ses amis. En souriant.
- Chères élèves et chers élèves de Poudlard, BIENVENUE !
La voix d'Ernie MacMillan amplifiée magiquement résonna dans toute l'enceinte du stade, où se tassait l'intégralité des étudiants de l'école.
- Aujourd'hui, Samedi 13 Février 1997, à une semaine des vacances, voici le match que vous attendiez tous depuis des mois : SERPENTARD contre GRYFFONDOR !
Les sifflets et les cris d'encouragement s'élevèrent de toutes les tribunes dans un brouhaha indescriptible, alors que des fusées magiques rouges et vertes explosaient de tous les côtés dans un scintillement grandiose. Au sol, les deux équipes pénétraient sur le terrain, accompagnées par Mrs Bibine.
- Je vous rappelle que Gryffondor a remporté son premier match contre Serdaigle 290 à 160, match qui avait été décalé suite à la chute de l'Attrapeur de Gryffondor. Nul doute d'ailleurs qu'Harry Potter aura à cœur de se venger de ce que lui a fait son homologue chez les Serpentard Drago Malefoy.
Les sifflements redoublèrent d'intensité chez les Poufsouffle, les Serdaigle et surtout les Gryffondor à l'évocation de cet événement qui avait scandalisé toute l'école, tandis que les Serpentard gardaient un silence fier et hautain.
- L'équipe des Serpentard a pour sa part gagné son match contre Poufsouffle 420 à 390 bien que le Vif d'Or ait été capturé par les Jaunes, les Verts ayant accumulé trop de points d'avance…C'est pourquoi, je le dis haut et fort : ALLEZ GRYFFONDOR !
Les mots n'étaient plus nécessaires pour rendre compte de la situation dans les tribunes, et les préfets durent intervenir pour empêcher les Serpentard d'en venir aux mains avec les Poufsouffle et les Gryffondor. Au milieu de tout ce cafarnaum, la voix de McGonagall furieuse résonna au loin dans le haut-parleur magique. "MacMillan ! Vous souvenez-vous de ce qui est arrivé à Lee Jordan le jour où il a dépassé les bornes avec moi ? Contentez-vous de commenter en restant IMPARTIAL ! "
Lorsqu'un certain calme fut revenu, le commentateur reprit la parole, la voix légèrement tremblante, la directrice adjointe à ses côtés, une expression de fureur sur le visage toujours visible.
- Le match va bientôt commencer. Madame Bibine vient de sortir le Souaffle et les Cognards. Et… ça y est ! Le vif d'Or est lâché ! Le match vient de commencer !
Les exclamations reprirent de plus belle et le match le plus attendu de l'année venait de débuter dans une ambiance de feu que n'auraient pas reniée les amateurs de sports collectifs moldus. Le Souaffle passait d'une main et d'une équipe à l'autre à une vitesse telle que les spectateurs ne parvenaient pas toujours à le suivre du regard. A peine Ron avait-il dévié involontairement la balle sur son poteau sortant que la contre-attaque menée par Katie Bell approchait des buts adverses. Malgré tout, ce fut Serpentard qui inaugura le tableau des scores, suite à un tir feinté de Gregory Thaler. Le gardien des Rouges ne se démotiva pas pour autant et se jurant qu'aucun autre ballon rouge ne franchirait sa ligne aujourd'hui. Il ne pu tenir sa parole plus de deux minutes et jura intérieurement alors que les Serpentard entamaient le chant de guerre désormais célèbre : "Weasley est notre Roi."
- Et voici le deuxième but pour Serpentard ! Toujours rien pour les Rouges ! Il faut dire que les Batteurs du Serpent s'acharnent sur ces trois jolies Poursuiveuses ! Mais Serpentard ne chantera plus très longtemps !
- MacMillan ! menaça la voix feutrée de McGonagall à ses côtés.
Celui-ci se hâta de changer de sujet de discussion.
- Pas de mouvement du côté des Attrapeurs, les deux ennemis jurés se toisent toujours l'un l'autre en espérant avoir l'initiative. Le Nimbus X, dernière génération de Malefoy est donné pour les mêmes performances que le mythique Eclair de Feu d'Harry Potter. Tout se jouera donc sur la technique !
« Mais revenons au match où justement Gryffondor vient d'éviter d'encaisser un nouveau but ! Tout cela grâce aux réflexes du nouveau batteur de l'équipe, Dean Thomas, qui a eu la bonne idée de détourner un Cognard vers le Poursuiveur vert. Oh ! Quelle superbe manœuvre de la part de Joanne Dubois. Pour les plus jeunes qui n'ont jamais connu son frère, sachez qu'elle est promise à un bel avenir ! Elle s'approche du but des Serpentard, effectue une passe roulée pour Ginny Weasley qui tire et marque ! Le gardien n'a pu que dévier la balle sans pouvoir l'écarter de ces buts ! GRYFFONDOR 10 ; SERPENTARD : 20 !
Durant les minutes qui suivirent le combat se resserra un peu plus entre les deux plus prestigieuses Maisons de Poudlard, et les Poursuiveuses du Griffon parvenaient tant bien que mal à compenser les quelques bévues de Ron, toujours aussi peu à l'aise lorsque l'adversaire était Serpentard. Dean Thomas et Andrew Kirke, les deux Batteurs de Gryffondor, compensaient habillement leur manque d'expérience en collaborant étroitement afin de gêner un maximum les attaquants adverses, alors que leurs homologues se contentaient de taper de toutes leurs forces en direction d'un membre de l'équipe adverse, quel qu'il soit. Drago et Harry continuaient leur recherche méticuleuse de la petite boule dorée synonyme de coup de sifflet final, se toisant, tournant l'un autour de l'autre, feintant des accélérations dans le but de déstabiliser l'adversaire.
- Holala ! On dirait que Katie Belle a été touchée par un Cognard, elle se tient douloureusement le bras et ne semble plus en état de poursuivre la partie. Elle descend se poser sur la ligne de touche. Les Gryffondor jouent à six pour le moment ! Et les Serpentard en profitent ! Ils viennent de marquer leur douzième but et mènent désormais 120 à 80 ! On ne voit pas comment ils vont pouvoir revenir dans le match sans leur capitaine ! Et c'est Harry Potter qui a pris la place de chef durant son absence ! Il repositionne les Batteurs et glisse quelques mots à son gardien. MALEFOY EST PARTI EN PLONGEE ! Profitant de la distraction, il vient de se lancer à pleine vitesse vers le pied des buts de son équipe. Potter l'a vu mais il est très en retard. Malefoy prend un virage serré et longe les tribunes ouest ! Je ne vois pas le Vif d'Or, et… OH ! Incroyable ! Harry Potter vient d'arrêter la poursuite repart vers son équipe ! Malefoy reprend également sa position de surveillance en altitude ! Il s'agissait en fait d'une ruse pour permettre aux Poursuiveurs d'accroître leur avance ! Et cela semble avoir payé car les Serpentard mènent à présent de 50 points ! Malefoy vient d'user là d'une excellente tactique afin de déstabiliser le capitaine remplaçant ! Mais heureusement revoilà Katie Bell ! Elle vient reprendre sa place dans l'équipe en grimaçant et en se tenant le bras ! Parviendra-t-elle à tenir jusqu'au bout ? Il ne faudrait pas qu'Harry tarde trop à attraper le Vif d'Or.
Mais le match commençait à s'éterniser, et la petite balle dorée ne faisait toujours pas son apparition. Le match était commencé depuis une heure et les participants commençaient à montrer quelques signes de fatigue. Les tirs des Batteurs et des Poursuiveurs n'étaient plus aussi puissants et précis, et les Gardiens commettaient des erreurs liées à l'épuisement. Serpentard conservait son avance et Harry n'avait toujours pas vu le moindre reflet trahissant la présence du Vif d'Or.
- Et encore un but pour Serpentard ! La situation devient critique pour Gryffondor qui est à présent mené 500 à 410. A moins d'attraper très rapidement le Vif, tout sera perdu pour les Rouges ! Quel match ! Cela faisait longtemps que Poudlard n'avait pas vu un match d'une telle intensité et d'une telle longueur ! Et Ron redescend se faire soigner ! Le dernier Cognard qu'il n'a pas évité lui a laissé des traces et il continue de saigner du nez ! Ginny prend sa place dans les buts mais ne peut empêcher la balle de pénétrer dans les cercles + 10 pour les Verts ! Et c'est reparti de l'autre côté ! Joanne et Katie enchaînent les passes à une vitesse incroyable et… OH ! Impressionnant ! Joanne Dubois vient de marquer sur un salto retourné de balai stupéfiant ! C'est tout simplement incroyable qu'après une heure de jeu elle possède encore la vivacité d'esprit pour effectuer une telle figure ! 510 à 420 !
« Il ne fait aucun doute que son frère a du lui apprendre beaucoup de choses suite à son impressionnante carrière ! Saviez-vous qu'avant d'être Gardien titulaire de l'équipe d'Angleterre, Olivier Dubois a joué chez les… CA Y EST ! ILS SONT LANCES ! Les deux Attrapeurs viennent de partir comme des flèches ! Il semblerait que cette fois, ça soit la bonne ! Le jeu s'est arrêté pour suivre les deux numéro 7 à la poursuite du Vif d'Or. Ils enchaînent les virages serrés entre les buts et les tribunes ! Quelle maîtrise ! Les voici à l'autre bout du terrain, et il est toujours impossible de les départager ou de deviner qui l'attrapera en premier ! Ils slaloment une nouvelle fois entre les buts et… AIE ! AIE ! AIE ! Malefoy vient de rater son virage et termine sa course dans l'herbe ! Il n'est plus en état de continuer la poursuite et laisse Harry Potter seul face au Vif d'Or. L'Attrapeur Rouge s'élève à présent à la verticale, la main tendue ! Il est piqué à la verticale ! Incroyable ! Il dépasse les hauts tribunes qui culminent au moins à 50 mètres et continue de monter ! Mais… OHLALA ! Harry perd le contrôle de son balai ! On dirait qu'il tremble de manière impressionnante ! MERLIN ! Il tombe ! Il a lâché son balai et chute maintenant librement ! Il a l'air inconscient ! C'est affreux ! Ginny et Katie essayent de l'intercepter mais elles sont trop loin !...
Le Silence. Puis les Cris.
- C'est atroce ! Harry vient de s'écraser dans le sable après une chute d'au moins cinquante mètres ! Il semble que sa chute ait été légèrement freinée à la fin car je vois les Professeurs McGonagall, Fltiwick et Rogue baguette tendue vers lui. Quelle horreur ! Les coéquipiers d'Harry se précipitent à ses côtés ainsi que Madame Bibine et Madame Pomfresh ! Harry nous a déjà habitué à des chutes spectaculaires mais cette fois… c'était bien plus grave que tout ce qui s'était déjà passé. Je vois le Professeur Dumbledore arriver en courant du château ! J'espère qu'il pourra faire quelque chose ! Oh Merlin ! On place un drap sur Harry et on l'emmène sur une civière ! Que… qu'il y a-t-il professeur Rogue ?
- Ca suffit MacMillan, passez-moi ce micro ! Bien. Tout le monde ! Le match est suspendu, regagnez IMMEDIATEMENT vos Salles Communes ! Et INTERDICTION formelle de les quitter tant que vos directeurs de Maison ne vous l'auront pas dit ! EXECUTION !
Le Grand Seigneur des Ténèbres mit fin à la séance. Il congédia les membres de l'Assemblée pour le Contrôle de la Population et se retrouva seul. Il trônait fièrement dans l'immense salle aux murs rouge sang, décorée de ses propres portraits, photos ou peintures immortalisant les grands moments depuis sa réincarnation jusqu'à aujourd'hui. De la chute de Poudlard au Massacre de York, signant la fin de la résistance magique, en passant par les accords d'Azkaban octroyant un pouvoir illimité aux Détraqueurs, tous les faits marquants de l'Histoire depuis sa troisième naissance y étaient représentés. Son regard passa devant une photographie animée sur laquelle une Londres apocalyptique ne se remarquait que par ses ruines, symboles de la fin de la domination moldue sur le pays. Les engins nucléaires des non sorciers lui avaient permis de prendre le contrôle d'une grande partie de l'île avec une facilité déconcertante. Sur un autre tableau, on voyait Albus Dumbledore, pieds et poings liés devant un peloton d'exécution de Mangemorts, le regard exprimant une tristesse infinie. Le contre révolutionnaire avait fini par avoir le châtiment qu'il méritait, mourrant en martyr.
Mais le Grand Seigneur des Ténèbres était las à présent de regarder tous ces souvenirs. Cela faisait des décennies que personne ne lui avait opposé de résistance, et même le règne de la terreur et la possession du pouvoir absolu finissaient par le lasser. Il commençait à réaliser la perfidie de l'immortalité. Il avait eu tout ce qu'il désirait, il avait même gagné son combat contre la mort, mais aujourd'hui, des siècles plus tard, il ne trouvait plus rien qui vaille la peine de se battre. Plus d'adversaire courageux et agressif, plus de coalition moldue contre lui, plus rien… Il régnait en Maître sur soixante millions de moldus et près de 300 000 sorciers et sa mainmise était telle que plus personne ne pouvait agir contre lui.
Il passa une main sur son visage et sa peau écailleuse, constatant qu'il n'avait pas pris une ride. Son corps ne vieillissait plus depuis longtemps, et il ne souvenait pas avoir eu une apparence autre que celle-ci. Lentement, douloureusement, il fit quelques pas jusqu'à la fenêtre. A perte de vue, sous un ciel pourpre, les immeubles puis les bidonvilles rustiques fourmillaient d'esclaves et d'ouvriers moldus, tremblants sous la présence de Détraqueurs qu'ils ne pouvaient que sentir.
Ainsi allait le monde depuis les Temps Anciens, et ainsi en irait-il jusqu'à ce que quelqu'un, enfin, vienne en finir…
Lorsqu'il reprit conscience, il ne pu tout d'abord ouvrir les yeux, ni bouger ne serait-ce qu'un doigt. Il était encore pâteux, et peinant à remettre de l'ordre dans ces esprits. Son dernier rêve avait été de loin le plus réaliste et le plus précis qu'il ait jamais fait. Il revoyait encore ce paysage de désolation à perte de vue, et son visage dans le reflet d'une peinture, dans lequel il ne se reconnaissait plus. Il était devenu celui qu'il s'était toujours juré de combattre, devenu le Seigneur des Ténèbres lui-même. Et bien que la finalité de ces rêves lui échappe toujours, il sentait à présent que ces cauchemars étaient prémonitoires d'une réalité qui pourrait bien se produire.
Il finit par ouvrir un œil, et dans un effort suprême, tenta de se relever. Il fut aussitôt interrompu par plusieurs bras qui le maintinrent sur son lit. Et lorsqu'il fut de nouveau hors de leur emprise, il projeta de se redresser sur son lit. Mais malgré tous ses efforts il fut totalement incapable de remuer son bras droit.
- Je… ne peux… pas bouger… articula-t-il laborieusement.
Ne pouvant non plus tourner la tête, il aperçut du coin de l'œil le professeur Kent penché sur lui, l'air grave.
- Ne tentez rien, Harry, il faut que vous vous reposiez.
- Où… Où suis-je ? A l'hôpital ?
- Non non, ne vous inquiétez pas, vous êtes toujours à Poudlard. Il est tard, et la nuit est déjà tombée. Albus vient de partir à l'instant, il vous veillait depuis votre perte de connaissance. Nous vous avons installé dans une chambre juste à côté de l'infirmerie. Mrs Pomfresh est dans la pièce voisine. Elle nous a appelés en constatant la gravité de la crise que vous avez subie. Vous avez de plus fait une sacrée chute.
Harry remarqua son air gêné. Il ne lui disait pas tout.
- Pourquoi je ne peux pas bouger mon bras ni tourner ma tête ?
Le professeur Kent se tourna hors de son champ de vision, vers ses collègues qui l'avaient empêché de bouger quelques instants auparavant. Puis il reprit la parole.
- Nous avons réfléchi à la question. Votre paralysie ne provient pas de votre chute lors du match de Quidditch, mais bien de votre crise. Vous n'avez jamais ressenti de faits similaires lors d'une ancienne crise ?
Harry fouilla sa mémoire jusqu'à en ressortir cette fois où il s'était réveillé sans pouvoir contrôler sa jambe.
- Quelle importance ?... lança-t-il amèrement.
Un ancien conflit resurgit en lui, ce conflit qu'il avait enfoui depuis des semaines. Ce duel entre ce sentiment de stupidité d'avoir mis son problème de côté pour passer du bon temps, ne faisant que retarder l'échéance. Et de l'autre côté la volonté et l'espoir qui le faisaient tenir, continuer à vivre et à espérer en un dénouement heureux, ou tout du moins, d'avoir vécu des moments de bonheur. Un mauvais pressentiment l'envahi brusquement et se transforma en angoisse, son cœur s'accélérant sans qu'il ne puisse se contrôler.
Il regarda le chercheur de Sainte-Mangouste et remarqua à nouveau son regard fuyant. Il se passait une chose qu'il refusait de lui annoncer.
- Qu'y a t il professeur ? Vous savez autre chose…
Comme dans un film au ralenti, Harry vit l'homme en blouse bleue tourner la tête vers ses collèges et leur faire signe d'un léger hochement de tête. Il su instantanément sa vie suspendue aux lèvres de cet homme comme lorsque Dumbledore lui avait fait l'annonce.
- Je… Harry, nous avons fait des examens lorsque tu étais inconscient. Et… ta dernière crise a, beaucoup plus que les autres, endommagé ton organisme…
Harry ferma les yeux et voulu se couper immédiatement du monde extérieur. Sans espoir.
- Tu te souviens qu'Albus t'avait dit que tes crises seraient plus espacées et plus violentes au fur et à mesure de l'évolution du sortilège. Et j'ai bien peur que cette fois, nous y soyons…
Le jeune sorcier ne prit même pas la peine de relever la tête pour écouter la sentence.
- Ton métabolisme a atteint un tel état et le sortilège s'est développé à un point tel que la prochaine crise devrait t'être… fatale…
Harry ne respirait plus. Il était comme résigné, il s'y attendait, il savait que cela finirait de cette manière. Et là, il était arrivé au tournant de sa vie. Ce qu'il allait faire dans les prochains jours donneraient un sens à tout ce qu'il avait vécu. Il prépara mentalement le planning des derniers jours de son existence. Mais le professeur Kent n'avait pas terminé.
- …je suis au regret de te dire qu'elle devrait survenir dans les prochaines 24 heures…
Cette fois, Harry ouvrit brusquement les yeux en grand, refusant d'admettre ce qu'il venait d'entendre.
- Vingt-quatre heures ! Mais… pourquoi si tôt ! Je n'avais pas eu de crise depuis un mois ! Elles étaient censées s'espacer !
Il tenta de se relever, par tous les moyens, il voulait savoir, il voulait comprendre ; il voulait que le professeur Kent lui dise que tout ceci n'était qu'une mauvaise blague. Ses collègues lui agrippèrent les bras et les jambes et le fixèrent au lit afin que le chercheur puisse lui administrer une potion. Harry se débattit de toutes ses forces mais fut tout de même forcer d'ingurgiter le breuvage.
- Je suis désolé Harry… Ce n'est vraiment pas de gaieté de cœur que je fais ça. Tu viens d'avaler une potion de sommeil. Une potion réparatrice, qui te fera dormir paisiblement, sans rêve ni cauchemar. Albus me l'a demandé. Dors maintenant. Dors, et oublie une dernière fois tous tes soucis…
TBC
Réponses aux reviews :
Artemis : Je te remercie de me suivre depuis tout ce temps, c'est très agréable d'avoir des reviews venant de la même personne d'un chapitre sur l'autre ! ;-)
Satya : J'espère que ce nouveau chapitre te plaira aussi, j'ai pris beaucoup de plaisir à l'écrire, bien que ce soit l'un des plus durs au niveau de la narration, ces quelques lignes résumant plus d'un mois entre les fêtes de Noel et le mois de Février.
Lilynette : Je suis très heureux que cette histoire te plaise, même si je l'écris pas régulièrement, elle me plaît beaucoup et une review comme la tienne est vraiment très encourageant pour poursuivre !
Emi : Ah, ma chère Emi ! Fidèle depuis le Prologue :-p Je sais bien que tu as lu le Tome 6 en Anglais, mais si tu pouvais en faire abstraction pour te replonger dans le contexte de ma fic et en faire une critique supplémentaire, cela me sera toujours utile pour repérer les faiblesses du scénario et de la narration !
