Note de l'auteur : Nous y sommes. Enfin, après un an d'écriture parfois décousue, voici la fin de cette histoire ! La réponse à toutes les questions que vous vous posiez depuis le début (mais si ! ) se trouve dans les lignes qui suivent. Harry part à l'assaut de la forteresse de Voldemort, dans l'espoir fou de le détruire avant que le Maléfice du Seigneur des Ténèbres ait raison de lui.
Je vous rappelle que je ne prends pas en compte le Tome 6, pas de Horcruxes, j'espère donc que vous appréciez mes théories sur la manière dont Voldemort a survécu et comment il est aujourd'hui possible de le tuer. ;-)
Comme vous j'ai mis quelque temps à remettre de la fin du Tome 6 (je ne spoile pas si jamais certains ne l'ont pas encore lu), d'où ce retard pour la publication de cet ultime chapitre, celui qui boucle la saga (rien que ça :-p). Un épilogue viendra rapidement conclure cette fic. Je ferais un tour complet des reviews dans l'épilogue, je vous laisse savourer ce dernier chapitre de "Mourir demain" ! ;-) (meuh si je sais que vous êtes fan ! ). Enfin, je dois reconnaitre que je ne vous remercierai jamais assez pour toutes vos reviews, c'est vraiment motivant, je vous assure ! ;-)
Enjoy et place au final :-)
Chapitre 10 : La Fin de Toute Chose
- Enae Protego !
Un vif rayon de lumière rouge surgit de la baguette et vint envelopper Harry d'une fine couche brillante, rougeoyante aux reflets du Soleil couchant qui pénétrait dans la volière. Enfin, lançant un dernier regard à ses amis, il dit ;
- Allons-y Fumseck.
Un éclair enflammé jaillit du Phénix et Harry se volatilisa, partant au rendez-vous de son destin.
Le Seigneur des Ténèbres mit fin à la réunion et congédia sans ménagement ses Mangemorts. La dernière attaque avait été un succès, bien que l'un de ses sbires ait perdu la vie durant la bataille contre les Aurors. Mais cela n'était bien entendu d'aucune importance. Que valait la vie d'un serviteur face à la grandeur de la tâche à accomplir ? De plus, ils étaient chaque jour plus nombreux à vouloir rejoindre son camp, trop même pour qu'ils soient tous honnêtes envers Lui. C'est pourquoi, régulièrement, il choisissait l'un des futurs Mangemorts pour lui faire subir le maléfice du Doloris ou de l'Avada Kedavra, suivant son humeur, afin de montrer à tous qu'on ne pouvait pas berner Lord Voldemort.
Les autorités du Ministère continuaient à croire que ses forces s'épuisaient, en raison de la baisse du nombre d'attaques de Mangemorts, mais les dirigeants du monde de la Magie étaient trop stupides pour avoir ne serait-ce que l'ombre d'un soupçon sur ce qu'il préparait. Seul Dumbledore se doutait que quelque chose se tramait. Mais il ne pourrait rien faire. Bientôt son plan serait accompli et il ne resterait plus personne pour s'opposer à lui. Pas même un pauvre gamin fou qui crut, 15 ans auparavant, pouvoir survivre à Lord Voldemort. La Prophétie ne serait bientôt plus qu'un souvenir…
A quelques dizaines de mètres de là une boule de feu déchira le crépuscule avant de laisser place à un magnifique oiseau couleur or et rubis, accompagné d'un jeune sorcier dissimulé dans une longue cape noire. Les sens aux aguets, les yeux à l'affût du moindre mouvement, tous les sens en éveil, Harry Potter venait de se matérialiser à proximité du repaire du sorcier le plus recherché du pays. Au loin le bruit de la mer venant se briser sur les rochers produisait le seul son qu'on entendait. Les mains moites, crispées sur sa baguette, Harry sortit discrètement du fourré d'épineux faméliques dans lequel il s'était matérialisé avec Fumseck. Devant lui un sombre chemin guère éclairé par les derniers rayons du Soleil serpentait jusqu'à l'infini tandis qu'aux alentours, rien ne venait briser la monotonie du paysage, la lande grasse et herbacée ondulant sous les rafales du vent glacial qui fouettait les visages. C'était la fin d'une belle journée d'hiver dans ce décor de bout du monde, les quelques nuages naissants à l'horizon sublimant le coucher de Soleil en éclairant le ciel d'un superbe rouge teinté de violet à l'Ouest, l'indigo annonciateur de la longue nuit hivernal perçant depuis l'Est.
Fumseck partit se percher silencieusement sur une branche voisine et attendit silencieusement. Harry sortit de sa poche un petit morceau de ce qui semblait être de la peau séchée dans laquelle une inscription était gravée : "World's Lands End", la Fin des Terres. Lorsqu'il releva les yeux, il eut un léger sursaut en voyant les ruines d'une ancienne maison paysanne qui longeaient le bord du chemin à quelques centaines de mètres de lui et qui n'étaient pas là un instant auparavant. Son cœur s'accéléra. Ainsi, le repaire de Voldemort était bien protégé par un sortilège de Fidelitas…Probablement incartable et interdite au Transplanage également… songea-t-il. Il rangea le morceau de peau desséchée arraché à Malefoy dans sa robe et sortit la petite fiole que lui avait donnée Rogue. En l'observant de plus prêt, Harry reconnut immédiatement la texture poisseuse et visqueuse du Polynectar. Remerciant intérieurement son professeur de Potions détesté, Harry soupira de soulagement. Il ne maîtrisait pas très bien le sortilège de Désillusion, et grâce au Polynectar, il lui serait bien plus facile de pénétrer dans le repère du Seigneur des Ténèbres. A condition que Rogue ne l'ait pas trahi et lui ait bien fourni du Polynectar de Mangemort… Mais au moment où il se demandait s'il faisait bien de faire confiance à Severus Rogue, une brusque douleur dans la poitrine le fit chanceler. Le temps qu'il crispe sa main sur son torse, le mal était reparti.
Sentant le temps qui lui restait défiler à toute vitesse, il déboucha alors le petit flacon et, sans réfléchir, but d'une gorgée son contenu. Aussitôt une crampe d'estomac le jeta à terre, crachant et toussant, tandis qu'il sentait tous ses membres se tendre et son corps se déchirer. Il voulut crier de douleur, mais aucun son ne sortit de sa bouche, son larynx et sa pomme d'Adam se transformant dans le même temps. Sa vue se brouilla également, jusqu'à ce qu'il retire ses lunettes. Enfin, au bout d'un temps qui sembla interminable, tout s'arrêta, et Harry se redressa lentement, essoufflé et meurtrit par sa transformation. Il passa ses doigts sur son visage et sentit un nez proéminent lui déformer la face. Ses cheveux habituellement doux et ébouriffés étaient à présent longs et lisses, désagréablement gras. Il était devenu Severus Rogue.
Frissonnant de dégoût à l'idée d'être plongé dans le corps d'une des personnes les plus détestables qui soient, Harry jeta la fiole et regarda une dernière fois le Phénix qui avait observé toute la scène.
- Merci Fumseck... Retourne voir Dumbledore, il saura quoi faire, dit-il à l'oiseau d'une voix qui n'était pas la sienne.
Dans une note terriblement mélancolique, le cygne de feu frotta sa tête contre la joue de Severus/Harry et s'envola pour disparaître presque instantanément dans une gerbe d'étincelles. Désormais seul, le Survivant contempla d'un air déterminé les ruines marquant l'entrée du repère de Lord Voldemort et s'avança sur le chemin dans la nuit tombante. Il était temps de voir quels rapports Severus Rogue entretenait avec le Seigneur des Ténèbres et ses sbires…
- Severus ? Qu'est-ce que tu fais ici ?
Severus/Harry regardait le Mangemort dans les yeux, tentant d'adopter l'attitude la plus naturelle possible.
- Ce ne sont pas tes affaires Goyle. Fais-moi entrer.
Celui qu'Harry se rappelait comme étant le père de Grégory Goyle plissa ses petits yeux stupides et méchants, ressemblant étrangement à l'oncle Vernon en cet instant. Il le dévisagea comme s'il cherchait une raison de l'attaquer. Harry tenta de conserver un air sec et impassible, il avait suffisamment du supporter son professeur pour parvenir à l'imiter sans trop de problèmes.
Finalement Goyle père sembla admettre qu'il avait bien le vrai Severus Rogue en face de lui. Il demeura malgré tout soupçonneux.
- Je croyais que le Seigneur des Ténèbres ne te faisait pas confiance… lança-t-il avec une nuance de menace dans la voix.
- Le Seigneur des Ténèbres n'a confiance en personne Goyle, tu le sais très bien, répliqua Severus Rogue d'un ton cassant
- Il a dit que tu avais passé trop de temps avec Dumbledore.
- Ca suffit maintenant. Fais moi entrer.
Harry se demandait s'il n'allait pas trop loin et si Rogue se comportait avec les Mangemorts comme il était dans la vraie vie. Ce qui sembla être le cas.
- Toujours aussi irascible et frustré Severus, n'est-ce pas ? Il me semble pourtant bien que tu ne fais pas parti de ceux qui connaissent la demeure du Maître.
Harry tenta le tout pour le tout.
- Et il me semble que tu es définitivement stupide Goyle. Le repaire est protégé par un sortilège de Fidelitas. Et qui, à ton avis, m'a montré l'adresse et m'a demandé de venir ?
Severus retint son souffle, les lèvres pincées, attendant la réaction du Mangemort. Il préférait ne pas avoir à affronter la masse que représentait Goyle, sinon il risquerait d'avertir tous les Mangemorts présents. Mais Goyle se contenta de maugréer dans sa barbe et de pointer sa baguette magique sur les restes d'une porte en bois posée à même le sol, laquelle se s'ouvrit instantanément pour dévoiler un escalier descendant en souterrain.
- Il se trouve dans son bureau, lança Goyle avec mauvaise humeur. Deuxième sous-sol, au fond du couloir. Chris et Nott montent la garde normalement.
Severus/Harry s'engagea dans le sombre escalier en baissant la tête pour ne pas se cogner contre le plafond. Il avait à présent la confirmation que Malefoy ne lui avait pas menti et que Voldemort se trouvait bien là. Le cœur battant, la baguette toujours serrée dans sa poche, il continua de descendre les escaliers éclairés par de faibles torches magiques. Enfin, il parvint à un palier, face à une immense porte de chêne qui fermait le passage, et devant laquelle se trouvait… un géant. Immense, prêt de 6 mètres de haut, le dos voûté pour ne pas toucher le plafond, il était similaire en tout point à Graup, avec sa petite tête posée sur son buste massif et ses bras plus grand qu'Harry. Même avec la taille de Rogue, il ne lui arrivait pas au nombril. Tentant de ne pas céder à la panique, Harry s'avança sous les regards de l'être des montagnes. Il pouvait sentir son souffle chaud et fétide à chaque respiration. Parvenu à la porte, Harry/Severus la poussa avec l'espoir stupide qu'elle s'ouvre, mais celle-ci ne bougea pas. Il força, s'appuya de tout son poids, mais ne parvint pas à déplacer d'un centimètre la grande porte de bois. Harry sentait dans son dos le géant l'observer, se demandant pourquoi un Mangemort ne parvenait pas à pénétrer dans le repaire de son Maître.
Harry commençait à désespérer de trouver le moyen de franchir la porte sans la faire exploser, ce qui briserait toutes ses chances de passer inaperçu, lorsque l'idée lui vint et lui sembla trop simple pour pouvoir fonctionner. Le géant venait de se retourner et commençait à s'approcher de lui en montrant les dents au moment où Severus sortit sa baguette et la pointa sur la porte :
- Alohomora.
Aussitôt la porte s'ouvrit et Harry se dépêcha de se glisser dans l'ouverture pour échapper au géant. Il avait fini par comprendre qu'il s'agissait là d'une méthode de protection contre les Moldus. Si jamais l'un d'entre eux était parvenu jusque là il aura tout d'abord été épouvanté par la vision du géant puis, même avec la meilleure volonté du monde, il n'aurait pu franchir la porte. Harry ferma les yeux de soulagement durant un instant puis les rouvrit et scruta les alentours. Il venait de pénétrer dans le repaire du Seigneur des Ténèbres. L'atmosphère était lourde et ressemblait particulièrement à celle qui régnait dans les cachots de Poudlard, peut-être une réminiscence du temps où Voldemort avait étudié à l'école de sorcellerie.
Quelque chose, en revanche, perturbait Harry : tous les couloirs se trouvaient être courbes, quelle que soit la direction dans laquelle il regarde. Il fit quelques pas jusqu'à une intersection, et sa pensée se trouva confirmée. Soit Voldemort avait construit un labyrinthe pour le plaisir, soit il était destiné à égarer les intrus. Harry était cependant certain de se perdre dans ce dédale de couloirs sombres, humides et pierreux sans un guide. Il choisit d'emprunter le chemin de droite et s'avança, toujours sous les traits repoussants du Maître des Potions de Poudlard.
Il crut marcher durant une éternité, ne parvenant pas à se repérer malgré l'utilisation de la boussole magique. Le Pointe au Nord ne lui semblait d'aucune utilité, désignant à chaque fois une direction différente. Harry songea que Voldemort avait du prévoir ce recours contre les étrangers. Un vent de panique commença à le gagner lorsqu'une nouvelle douleur le saisit violemment. Il s'appuya sur le mur pour ne pas tomber mais la souffrance avait déjà disparu. Il commençait à douter, sentant les minutes qu'il lui restait à vivre s'égrener sous ses pieds alors qu'il n'avait toujours croisé personne, tournant en rond dans ces couloirs courbes et déstabilisants depuis une période incalculable. Il savait également que le Polynectar n'agirait pas indéfiniment, la petite fiole de Rogue ne lui accordant probablement pas une heure entière. Il lui fallait désormais faire vite. Il tenta de ne pas penser à ce qu'il adviendrait s'il venait à échouer…
Reprenant son chemin, il scruta attentivement les murs de pierre froide afin de déceler un passage secret, lança quelques sortilèges dans les couloirs et contre les murs, sans plus de résultats. Il commençait à désespérer de jamais sortir de ce labyrinthe et mourir ici, misérablement, sous les traits de Severus Rogue, lorsqu'au détour d'un énième couloir il faillit renverser McNair. L'ancien bourreau du Ministère dévisagea Rogue d'un air soupçonneux.
- Qu'est-ce que tu fais là Rogue ? cracha-t-il.
Harry sentit son billet de sortie se profiler à l'horizon.
- Ca te regarde McNair ? répliqua Rogue d'un ton cinglant.
- Goyle m'a dit que le Maître avait fini par t'accepter parmi ses proches…
- Effectivement. A ce propos, il m'attend, alors si tu veux passer devant…
McNair lui jeta un dernier regard noir puis passa devant lui. Il enchaîna les couloirs, semblant parfaitement savoir où il allait. Harry continuait de regarder derrière lui, cherchant un indice qui permette au Mangemort de se déplacer sans aucun problème. Il finit par stopper au milieu d'un couloir parfaitement similaire aux dizaines d'autres qu'ils avaient empruntés et prononça une incantation. Le mur devint alors transparent, comme s'il était devenu fluide, et McNair se tourna à nouveau vers Severus/Harry qui s'efforçait de rester neutre. Son regard étincela soudainement et sa une lueur de stupéfaction s'inscrit sur son visage.
- Ton nez…
D'instinct, Harry plaqua une main sur son nez et le sentit rétrécir sous ses doigts pour regagner sa taille normale, tandis que sa vue commençait à se brouiller. Il n'eut pas besoin de regarder McNair pour savoir que celui-ci était en train de comprendre qu'il était un imposteur. Harry sortit instantanément sa baguette qu'il tenait toujours dans son autre main et avant que McNair ait pu se jeter sur lui il hurla :
- STUPEFIX !
Le Mangemort fut violemment rejeté contre le mur où il s'écroula, inconscient. Ce qu'Harry n'avait pas vu, c'est que de l'autre côté du mur translucide, plusieurs autres Mangemorts avaient tout observé. Sans prendre le temps de réfléchir, Harry, qui avait maintenant retrouvé sa physionomie habituelle, sortit sa cape d'invisibilité et se dissimula dessous en roulant sur le côté, au moment où plusieurs sortilèges venaient frapper le mur devant lequel il se tenait un instant auparavant. Il entendit les cris des Mangemorts qui continuaient à balayer le couloir de sortilèges de toutes les couleurs. Il remit ses lunettes et resta cloué au sol, laissant les maléfices passer au-dessus de sa tête. Il rampa lentement jusqu'au mur translucide, mais deux Mangemorts avançaient dans sa direction. Discrètement, il passa sa baguette sous sa cape et lança un sortilège contre une pierre qui avait été arrachée par l'un des sortilèges lancés par les Mangemorts. Celle-ci se transforma instantanément en une souris qui fit sursauter les deux sbires de Voldemort. Le temps que la souris/pierre réalise ce qui lui arrivait, elle était désintégrée par les sortilèges lancés par les deux hommes. Harry n'avait pas perdu de temps et aligna de sa baguette ses adversaires.
- IMPEDIMENTA ! STUPEFIX ! hurla-t-il.
Les deux Mangemorts s'écroulèrent tandis qu'Harry se relevait et courrait aussi vite qu'il le pouvait sous sa cape à travers le mur translucide. Il franchit l'ouverture en renversant un nouveau Mangemort qui accourait. Il se retourna pour lancer un sortilège sur le plafond qui s'effondra en partie, obstruant le passage derrière lui. Il se trouvait à présent dans un couloir sombre mais dallé de marbre noir, avec des tapisseries vertes pour seul ornement. Sur ceux-ci d'immenses portraits d'anciens mages noirs occupaient une grande partie de l'espace mural. Il y reconnut Salazar Serpentard et Mrs Black au milieu d'autres personnages tous plus malveillants les uns que les autres. Il semblait malheureusement que les portraits pouvaient voir à travers les capes d'invisibilité car dès qu'elle l'aperçut, le portrait de Mrs Black se mit à hurler encore plus fort que les Mangemorts.
- ALERTE ! LES TRAITRES A LEUR SANG SONT LA ! ILS SONT DE RETOUR ! IMMONDE BATARD, AMI DES SANG DE BOURBE !
Harry s'engouffra dans ce nouveau dédale de couloirs en courant, passant devant diverses salles en y jetant des coups d'œil. Elles ressemblaient pour la majorité d'entre elles à des salles de torture, divers instruments dont il ne voulait même pas connaître l'utilité meublant les étagères. Ce complexe lui paraissait démesurément grand, à moins qu'il existe bien plus d'adeptes du Seigneur des Ténèbres que tout ce qu'il avait pu voir dans ses pires cauchemars.
Il s'arrêta reprendre son souffle un instant et entendit une grande explosion au loin. Les Mangemorts venaient de libérer le passage obstrué. D'autres encore arrivaient d'un escalier proche. "Il est au deuxième sous-sol. " Les paroles de Goyle lui revinrent en tête et il se précipita vers le second niveau souterrain. Mais une barrière magique le stoppa net en haut des marches et il fut violement rejeté en arrière, sa cape d'invisibilité tombant, le dévoilant aux yeux des Mangemorts qui continuaient à courir dans les couloirs. Le temps qu'il le réalise, les serviteurs de Voldemort avaient brandi leurs baguettes et commencèrent à l'asperger de sortilèges divers. Il réussit à esquiver quelques uns des maléfices mais ressentit une vive brûlure à l'épaule lorsqu'un jet de lumière jaune le toucha. Tout son corps brilla un instant d'un rouge carmin avant de redevenir normal. Le sortilège avancé du bouclier qu'il s'était jeté avant de partir bloquait automatiquement les sortilèges mineurs lancés sur lui. Il brandit sa baguette et immobilisa un Mangemort au moment où deux autres sorts le frappaient de plein fouet. Il tituba, mais une nouvelle fois se mit à briller et ne ressentit que superficiellement les effets des maléfices.
Il courut se mettre à l'abri dans l'une des salles de torture dont il verrouilla la porte. Elle retiendrait les Mangemorts quelques instants. Il réfléchit à toute vitesse. Le sortilège de l'Enae Protego ne le couvrirait pas éternellement et il devait absolument éviter de se faire toucher par des sortilèges majeurs, ce qui était quasiment impossible étant donné qu'il se trouvait seul face à des dizaines de criminels entraînés. La cape d'invisibilité ne lui servirait plus beaucoup, il devait être rapide et sous le morceau d'étoffe magique, il ne pouvait se mouvoir à sa guise. Une nouvelle douleur, plus puissante que les autres, vint lui rappeler que le temps lui était compté. Mais avant d'atteindre Voldemort il devait franchir cette barrière magique. Les Mangemorts la passaient sans aucun problème, il ne fallait donc aucun sortilège pour la désactiver. Harry réfléchit à la méthode que pourrait entretenir le Seigneur des Ténèbres pour se protéger sans entraver la circulation dans sa base. Qu'est-ce qui rassemblait tous ces monstres autour de leur Maître ? La solution lui vint d'elle-même : la haine, la volonté de faire le Mal, l'absence de conscience morale. La barrière devait donc être psychologique, il fallait vouloir le mal et la souffrance pour pouvoir la franchir. Harry n'eut qu'à songer à Bellatrix Lestrange et à Voldemort pour sentir une vague de haine le gagner. Il ne lui restait plus qu'à sortir du trou à rat dans lequel il s'était enfermé. La porte que les Mangemorts étaient en train de défoncer était la seule échappatoire, et il devrait donc passer à travers afin de descendre à l'étage inférieur. A contrecœur, il sortit de sa robe de sorcier une minuscule plante, composée d'un unique pétale jaune orangé. Il s'apprêtait à jouer sa principale carte et aurait préférer la garder pour Voldemort, mais il n'avait plus le choix.
Il posa la plante par terre et sortit une poignée de graviers d'une autre poche. Le cœur battant à toute vitesse, le souffle court, les perles de sueur coulant sur son visage sali par les roulades et la poussière, il déverrouilla la porte juste avant qu'elle ne cède. Les Mangemorts n'eurent pas le temps de pénétrer dans la pièce avant que Harry ne lance la gerbe de graviers en l'air et crie :
- PAX COLUMBUS !
Aussitôt, et avant d'avoir touché sol, les dizaines de gravillons se transformèrent en colombes éphémères, s'engouffrant immédiatement dans l'embrasure de la porte, aveuglant pour un temps les Mangemorts. Puis Harry ramassa la minuscule plante, la lança dans le couloir et se jeta dans le coin le plus sombre et éloigné de la pièce, la tête protégée par ses bras, en hurlant :
- IMATION !
Il ferma les yeux un instant avant que la plante ne disparaisse en une explosion de lumière éblouissante, d'une intensité inégalée. Les mains devant les yeux crispés, face au mur, Harry vit l'illumination lui brûler les iris à travers les paupières. La température sembla augmenter de plusieurs dizaines de degrés et le souffle chaud de l'explosion de photons lui fit dresser les cheveux sur la tête, le collant au mur. Il entendait les Mangemorts hurler de douleur tout autour de lui mais il n'y prêta pas attention. Il venait de mutiler volontairement et définitivement des êtres humains, il leur avait causé une souffrance inouïe, et il savait qu'il vivrait jusqu'au bout avec ces cris résonnant dans sa tête.
Enfin, lorsque l'intensité lumineuse commença à diminuer, il ouvrit les yeux et mit quelques instants avant de distinguer à nouveau quelque chose. Il se releva péniblement et sortit dans le couloir. Partout autour de lui des Mangemorts gémissaient, agonisant des suites des terribles brûlures que la plante leur avait infligées en explosant. Ils ne ressemblaient plus à des hommes, plutôt à des monstres de la nature, difformes, la chair à vif, et poussant des cris à en faire frissonner la Mort elle-même. Harry enjamba les corps étalés et gesticulant et se dirigea vers l'escalier. Il fit le vide dans sa tête, reprenant son air déterminé et sans pitié qu'Hermione lui avait déjà vu. Il se laissa gagner par la colère et la haine, par la volonté de faire payer à Voldemort l'acte qu'il venait de commettre en reniant tout ce en quoi il croyait. Il fit un pas en direction de la première marche… et posa le pied sur celle-ci. Soulagé, il se hâta de dévaler les autres marches en entendant d'autres Mangemorts accourir de l'étage supérieur.
Parvenu en bas de l'escalier en colimaçon, il percuta quelqu'un, et tout deux furent projetés à terre. Levant les yeux, il reconnut Bellatrix Lestrange. Ils se dévisagèrent une fraction de seconde, Harry toisant l'assassin de son parain. Puis, sans réfléchir davantage, il se jeta sur elle et l'empêcha de lui jeter un sortilège. Il la frappa de toutes ses forces tandis qu'elle lui griffait le visage en poussant des cris de rage. Il lui mordit la main jusqu'au sang et elle hurla de douleur, mais parvint d'un revers du bras à écarter Harry qui retomba douloureusement sur le dos. D'une roulade elle s'éloigna de lui et reprit sa baguette magique. Harry se releva pour faire de même mais elle fut plus rapide et lui décocha un Doloris en pleine poitrine. Le jeune sorcier fut projeté contre le mur en poussant un cri rauque de douleur, mais la lueur rougeâtre l'enveloppa à nouveau et le maléfice fut dévié. Bellatrix éclata de rire.
- Stupide Bébé Potter ! Où as-tu donc trouvé ce sortilège ? Tu ne sais donc pas qu'il te draine petit à petit toute ton énergie vitale ? Tu n'y survivras pas si tu le maintiens trop longtemps !
Son regard et son rire démoniaque emplirent Harry de la même fureur qui l'avait gagné lorsqu'elle avait tué Sirius et il parvint à attraper sa baguette avant que Bellatrix ne le neutralise avec des cordes qui vinrent lui plaquer les bras contre le corps.
- Tu es vraiment pathétique Potter ! s'exclama-t-elle. Tu pensais réellement avoir la moindre chance de t'en sortir ? De venir ici pour affronter le Maître alors que tu n'es même pas capable de me battre ? Tu es le gamin le plus naïf que j'ai jamais vu !
Mais pendant qu'elle parlait Harry s'était concentré pour réaliser un sortilège informulé d'une grande puissance et il dut fermer les yeux et puiser dans ses réserves d'énergie avant de parvenir à lancer le sort. Le rayon brun jaillit de sa baguette et frappa Bellatrix en plein visage. Elle hurla de douleur et se prit la tête entre les mains, laissant le temps à Harry de se libérer de ses liens magiques. Bellatrix, la meurtrière, celle qui était responsable des pires moments de sa vie, était à présent à sa merci, au bout de sa baguette magique, se tordant de douleur. Il sentit le flux de la vengeance et de la colère le gagner, il voulait lui faire ressentir ne serait-ce qu'une partie de toute la douleur qu'il avait éprouvée après la mort de Sirius. Mais il entendit les autres Mangemorts descendre les escaliers et dut se résoudre à laisser l'héritière des Black gémir sur le marbre froid du souterrain. Il lança un Patronus en direction de l'escalier, espérant ralentir ses poursuivants, et s'enfonça plus profondément dans le repaire de Lord Voldemort…
Harry se trouvait à présent dans un couloir luxueusement décoré, d'élégantes statues de serpents mortels ornant les murs, le tout baigné d'une atmosphère verdâtre transmise par des torches de feu émeraude. Un calme relatif régnait ici, les poursuivants étant encore à quelques couloirs de lui. Tous les sens aux aguets, il poursuivit son chemin dans cet énième dédale de couloir, qui ne comportait cependant aucun pièce transversale. Après quelques détours il se trouva face à un long couloir rectiligne au bout duquel une immense porte de tec était gardée par deux Mangemorts, baguettes levées. Harry n'eut que le temps de reconnaître Lucius Malefoy et Nott avant qu'un sortilège ne vienne le frapper. Après avoir brillé un instant, il riposta à l'aveuglette et rebroussa chemin. Même avec son sortilège de protection, il ne pouvait affronter deux Mangemorts en face à face. Il commençait à réfléchir à une solution lorsqu'un puissant maléfice le frappa au creux du dos, le jetant à terre en lui arrachant un cri de douleur. Il se retourna et vit Bellatrix Lestrange, le visage boursouflé et rougi avancer vers lui. Elle paraissait au comble de la fureur.
- TU VAS ME LE PAYER POTTER ! VA REJOINDRE TON PARAIN STUPIDE ET SOIS MAUDIT ! AVADA KEDAVRA !
Harry fut juste assez rapide pour éviter le sortilège de mort qui lui effleura le bras avant de creuser un trou dans le sol. Il riposta, mais Bellatrix esquiva à son tour. Il se mit à courir en essayant d'éviter la pluie de sorts qui s'abattait sur lui, et tourna au détour d'un couloir… pour se retrouver nez à nez avec une dizaine de Mangemorts. Il se jeta au sol en stupéfixiant un adversaire mais une volée de sorts divers le propulsa à toute vitesse contre le mur où il s'écrasa violemment, s'effondrant par terre, à moitié assommé. Il ressentit la douleur traverser chaque centimètre de sa peau alors que le sortilège d'Enae Protego disparaissait dans un éclat de lumière rouge après avoir accompli une dernière fois son œuvre. Désormais, il était sans défense face à dix Mangemorts, avec pour seule arme sa baguette magique et sa volonté.
Désespéré, sentant la fin venir, il brandit sa baguette, prêt à défendre sa vie jusqu'à son dernier souffle. Bellatrix arriva, un sourire triomphant éclatant sur son visage mutilé. Sa fureur avait été remplacée une lueur d'extase démoniaque.
- Bébé Potter est mal en point on dirait ! dit-elle d'un air faussement attristé. Et le vieux Dumby n'est pas là pour le sauver aujourd'hui ! Je crois bien que c'est la fin cette fois. Remarque, tu peux être fier de toi, tu as résisté bien plus longtemps que ton parrain !
Elle éclata de rire et Harry, avec l'énergie du désespoir, leva sa baguette vers elle. Mais avant d'avoir pu prononcer la moindre incantation il fut désarmé par Lucius Malefoy.
- Voyons voyons Potter, tu peux bien nous laisser jouer un peu avec toi, dit-il en attrapant sa baguette au passage. Depuis le temps que nous t'attendions !
Le ton amusé de Malefoy ne fit qu'exaspérer davantage Harry qui ne voyait désormais plus aucune échappatoire. Il était encerclé, et ce ne serait même pas Voldemort qui l'achèverait. Le visage de Bellatrix se durcit à nouveau.
- Tu nous as nargué trop longtemps bébé Potter. Il est temps de payer pour ton insolence ! Endoloris !
Harry sentit tout son corps céder et ressentit une douleur infinie qui lui était devenue presque familière, bien qu'elle soit toujours aussi insupportable. Les lames chauffées à blanc semblaient lacérer chaque centimètre carré de sa peau et il se sentit sur le point de défaillir. Mais Bellatrix leva le sortilège avant qu'il ne s'évanouisse et il demeura prostré sur le sol, convulsant une dernière fois, claquant des dents, les larmes de douleurs roulant sur ses joues. Le sang de ses blessures lui coulait dans les yeux, l'aveuglant, et il ne distinguait plus grand-chose.
- Tu as eu un avant-goût de la mort ? Maintenant la voici en vraie ! Adieu, bébé Potter !
Elle leva sa baguette vers Harry qui n'essaya même pas d'esquisser un geste de fuite. Le Doloris l'avait laissé affaibli, il s'abandonnait à son destin. Mais ce fut Lucius Malefoy qui s'interposa au moment où Bellatrix s'apprêtait à l'achever.
- Attends ! Il est pour le Seigneur des Ténèbres, c'est à lui de le tuer !
- Pousse-toi de là Lucius, gronda Bellatrix, la baguette toujours pointée sur Harry. Il n'avait qu'à être là avant, Potter est à moi désormais !
Malefoy n'osa pas insister devant la lueur de folie qui émanait de la servante la plus fidèle au Seigneur des Ténèbres. Harry croisa son regard et il n'y vit que haine, souffrance et cruauté. Rien de bon n'émanait plus de la femme depuis longtemps. Il ferma les yeux.
- AVADA KEDAVRA !
Harry attendit la mort, mais elle ne vint pas. Il y eut le bruit d'un corps qui s'effondre et le Survivant se risqua à ouvrir un œil. Bellatrix Lestrange gisait devant lui, les bras en croix, le regard vitreux. Morte. Sa cicatrice se mit à le brûler atrocement alors que retentissait une voix glaciale et suraiguë, qui n'avait rien d'humain.
- IL EST A MOI ! A MOI SEUL ! PERSONNE NE TOUCHE À POTTER !
Lord Voldemort, Seigneur des Ténèbres s'avançait dans le couloir, baguette pointée droit devant lui sur le corps inerte de Bellatrix. D'instinct les autres Mangemorts reculèrent, laissant le champ libre à leur Maître. Voldemort parvint à sa hauteur et dévisagea Harry.
- Harry Potter, dit-il de sa voix désagréable, qui déchira la cicatrice d'Harry. Te voilà enfin. Je t'attends depuis longtemps. Enfin, notre destin va pouvoir s'accomplir. Tu vas mourir et me restituer tout ce que tu m'as pris depuis 15 ans.
Harry se releva et fit face au Seigneur des Ténèbres, droit et fier malgré la fatigue et les douleurs sous forme de réminiscences de la bataille qu'il menait depuis près d'une demi-heure.
- Les Aurors et l'Ordre seront bientôt là. Mais vous serez mort bien avant.
Voldemort éclata d'un rire froid, sans chaleur ni plaisir.
- Je ne crois pas non. Lorsque l'Ordre et les Aurors arriveront, nous serons partis et tu seras mort. Et alors plus rien ne pourra me ralentir dans ma conquête ! Mais nous avons encore un peu de temps. Il y a plusieurs choses que tu dois savoir avant de mourir.
Il leva sa baguette et Harry se sentit immédiatement tétanisé. Voldemort n'avait pas besoin de lancer de sortilège audible pour le maintenir immobile. Ils avancèrent alors tous en direction du bureau du Seigneur des Ténèbres, situé derrière la porte en tec. Majestueuse et grandiloquente, bien que d'un agencement de très mauvais goût, Harry se trouvait dans le lieu depuis lequel Lord Voldemort coordonnait toutes ses attaques depuis près de deux ans. Il s'assit à son bureau métallique incrusté d'émeraude tandis que les Mangemorts observaient la scène, des sourires cruels sur leurs visages. Harry restait debout, toujours incapable de faire le moindre geste volontaire. Voldemort semblait particulièrement apprécier la situation.
- Alors, Harry Potter. Tu n'as rien à me dire ? Pas de question à laquelle tu voudrais une réponse ? Il ne s'est rien passé de particulier dans ta vie depuis notre dernière rencontre ?
Nagini vint s'enrouler lentement autour des pieds d'Harry avant de se glisser jusqu'à son Maître.
- Un peu de patience Nagini. Il sera bientôt à toi.
Il reporta son attention sur Harry qui, malgré les questions qui lui brûlaient les lèvres, était bien décidé à ne donner aucun motif de satisfaction à son adversaire.
- Je voudrais te poser une question Harry Potter. Comment es-tu parvenu à trouver mon repaire ? Je me doutais que tu me retrouverais, mais pas ici.
Harry resta muet et Voldemort croisa son regard. L'intrusion mentale dans son esprit du legilimens fut si puissante qu'il n'eut pas le temps de fermer et contrôler ses pensées. Il gémit de douleur, sa cicatrice semblant sur le point de fondre, mais Voldemort finit par rompre le contact.
- Je vois. Quelle négligence de ta part Lucius… Laisser ton fils accéder à de telles informations. Je te croyais plus prudent… Je suis très déçu... Nous règlerons cela plus tard.
Lucius Malefoy trembla de terreur en ce demandant ce que Drago avait pu faire qui ait contrarié son Maître à ce point. Mais Voldemort s'était déjà désintéressé de lui.
- J'ai vu quelles sont tes interrogations Harry Potter. N'oublie pas que personne ne peut mentir à Lord Voldemort ! Je sens que toutes tes questions commencent par notre première rencontre… Tu veux savoir comment j'ai fait pour survivre il y a 16 ans, lorsque ta stupide mère sang-de-bourbe s'est sacrifiée pour toi ?
Harry tenta de se dégager mais il lui était toujours impossible de se sortir de là. Aucune issue ne se présentait à lui et il pouvait faire une crise à n'importe quelle moment. Il se revit deux ans auparavant, dans ce cimetière, prisonnier tout comme aujourd'hui du Mal et de ses sbires. Voldemort continua à parler.
- Comme tu le sais, quand j'ai voulu te tuer, mon sortilège a ricoché sur toi et m'a frappé de plein fouet. Pourquoi ne suis-je pas mort à ce moment là ? Parce que je suis Lord Voldemort, et que la mort n'est pas une alternative pour moi ! J'aurais du être tué, mort à tout jamais, mais je fus juste désincarné privé de corps physique, grâce à mes précautions. Connais-tu le sortilège de Sarencias, Harry Potter ?
Il éclata de rire avant qu'Harry ait pu dire quoi que ce soit.
- Non, bien sûr que tu ne peux pas le connaître ! Même Dumbledore l'ignore. Je suis la seule personne vivante à être au courant de l'existence de ce sortilège et à l'avoir pratiqué. J'ai du me résoudre, malgré toute ma volonté de vouloir être le seul Maître de cette Terre, à vendre mon âme à Elle, la seule qui soit plus puissante que moi.
Harry ne voyait pas où Voldemort voulait en venir. Qui pouvait être plus puissant encore que le Seigneur des Ténèbres, à part Dumbledore ?
- Ce sortilège est oublié depuis des millénaires, extrêmement peu de gens dans l'Histoire l'ont pratiqué. En vendant mon âme à la Magie, j'ai hérité d'une seconde vie, d'une deuxième chance, pour réussir cette fois, sans qu'un imbécile comme toi ne puisse s'interposer. Mais après avoir affronté Dumbledore l'été dernier, je me suis rendu compte qu'il me manquait quelque chose. Une personne m'avait arraché une partie de moi, de mes pouvoirs, m'empêchant de retrouver toute ma puissance. Cette personne, c'est toi Harry Potter.
Harry se demanda si vendre son âme à la Magie serait une bonne idée, si cela pourrait lui permettre de vaincre Voldemort. Mais il n'arrivait pas à se concentrer, ce que lui racontait Voldemort était en train d'éclairer les questions qu'il se posait depuis des années, et auxquelles il trouvait enfin les réponses que Dumbledore n'avait pas pu lui apporter.
- Oui, le sacrifice de ta mère a créé un lien entre nous lorsque j'ai voulu t'éliminer. Le sortilège n'a pas seulement rebondit sur toi, il a créé un flux entre nous, et il t'a transmis une partie de mes pouvoirs. Je sais que je ne pourrais jamais retrouver toute ma grandeur tant que tu seras en vie.
- Tout comme je ne pourrais pas trouver de répit tant que vous serez sur Terre, répondit Harry, le regard dur.
Voldemort sourit d'un air toujours aussi froid et peu chaleureux, et la malveillance se lisait sur chaque parcelle de son visage.
- Je vois que tu n'es pas totalement idiot Harry Potter. Dumbledore a l'air de t'avoir bien formé. Oui, je n'ai plus besoin de la Prophétie pour savoir cela. Nous sommes immortels. Personne à part moi ne peut te tuer, tu ne ferais que finir comme moi, désincarné, errant pour l'éternité dans le néant.
- "Et l'un devra mourir de la main de l'autre…" récita laconiquement Harry.
- Exactement ! Je suppose qu'il s'agit de la fin de la Prophétie. Mais comme tu peux le voir, elle ne m'est plus d'aucune utilité. Dumbledore se croit puissant et intelligent, mais il ne sait rien, comparé à moi !
La cicatrice d'Harry le brûlait toujours autant, la douleur lui brouillant presque la vue lorsque Voldemort éclatait de son rire déshumanisé. Sa baguette magique était posée sur le bureau du Seigneur des Ténèbres, mais il ne pouvait toujours pas bouger. Les implications de ce que venait de lui dire Voldemort bouillaient dans sa tête, mais cela n'avait plus grande importance désormais. S'il ne parvenait pas à attraper sa baguette et lancer son sortilège rapidement, tout ce pourquoi il s'était battu depuis des mois aurait été vain… Voldemort croisa une nouvelle fois son regard, mais cette fois Harry fut plus rapide et ferma son esprit avant d'y sentir la présence du legilimens. Voldemort éclata une nouvelle fois de rire.
- N'ais pas peur Harry Potter ! Je sais déjà ce qu'il y a dans ton esprit misérable. Tu vois ta baguette posée sur cette table et tu espères pouvoir la saisir et me lancer un sortilège mortel ! Mais tu es incapable de contrôler l'Avada Kedavra ! Dumbledore t'as transmis trop de sa bonté, de sa sagesse, pour que tu sois capable de commettre un meurtre de sang-froid ! Tu n'y prendrais aucun plaisir ! Tu as l'air vraiment pathétique ! Tu me rappelles ce bon vieux Queudver ! Lui aussi était ridicule !
- IL VOUS A RAMENE A LA VIE ET VOUS L'AVEZ TUE ! hurla Harry, se sentant un soudain élan de compassion et de pitié pour l'ancien Maraudeur. C'EST COMME CA QUE VOUS L'AVEZ REMERCIE ? VOUS N'AVEZ AUCUNE CONSCIENCE, AUCUNE MORALE ! VOUS ETES LE MAL !
Voldemort eut un petit sourire amusé, presque enjoué.
- Effectivement, la vie des autres ne m'intéresse pas, ils ne sont là que pour servir mes intérêts. Tout comme toi Harry Potter. Mais si tu veux tout savoir, Queudver est mort parce qu'il m'a trahi. Il a découvert le Maléfice et dans un stupide élan de loyauté qui ne lui était pas familier, il a décidé de t'avertir. Totalement fantaisiste n'est-ce pas ? Il semblait croire qu'il te devait la vie ou une futilité du même genre. Alors je l'ai tué. De toute façon, il ne servait plus à rien.
Voldemort semblait toujours très amusé par ce souvenir, faisant tourner sa baguette magique dans ses longs doigts blanchâtres d'un air insouciant, comme s'il était en train de parler de la pluie et du beau temps. Mais il se redressa brutalement dans son fauteuil et croisa ses mains sur le bureau.
- Venons-en maintenant au sujet qui nous intéresse, veux-tu ? Tu n'es pas venu ici aujourd'hui par hasard. Il me semble que tes jours sont comptés, non ? Je n'ose imaginer à quel point tu dois être excité par ce qu'il t'arrive ! Te rends-tu compte, Harry, que tu es sur le point de vivre une expérience que même moi, Lord Voldemort, je n'ai jamais connue : la mort !
Son rire découvrit une fois de plus ses dents jaunes et le front d'Harry le brûla plus fort que jamais. La colère et la haine qu'il vouait à Voldemort faisaient face au désespoir qui l'avait gagné depuis qu'il avait été capturé. Il songea à Ron, Hermione, Dumbledore, et à tout ceux qui croyaient en lui. Il n'avait pas le droit d'abandonner maintenant, si prêt du but. Il devait le faire payer. Mais il lui fallait juste un peu de temps… Il lui fallait savoir auparavant. Savoir pourquoi Voldemort lui avait infligé ce maléfice si horrible. Il ne mourrait pas sans connaître l'idée malsaine qui avait germée dans l'esprit du Seigneur des Ténèbres.
- Vous avez inventé ce Maléfice exprès pour moi ? demanda-t-il, la voix un peu plus tremblante qu'il ne l'aurait souhaité.
- Au risque de t'accorder plus d'importance que tu n'en as réellement pour moi, je dois dire que oui, c'est le meilleur moyen que j'ai trouvé pour te conduire à ta perte. Si cette chère Bellatrix qui n'est maintenant plus parmi nous pour le confirmer –il eut un petit sourire en coin- a bien réalisé le sort que je lui avais appris, tu as du en ressentir rapidement les premiers effets.
Harry ne répondit pas. Ces souvenirs étaient trop douloureux.
- Ensuite tu as été passé ces examens inutiles à Sainte Mangouste mais qui n'ont rien pu déceler, sinon t'annoncer que tu allais mourir. N'oublie pas que je suis Lord Voldemort, et que je sais tout.
Harry ne broncha toujours pas.
- Tu t'es mis à faire des cauchemars durant tes crises, et malheureusement je dois dire que j'espérais qu'elles te permettraient de comprendre où était ta place… Comprends moi bien Harry Potter : ce sortilège avait un double but pour moi : te tuer et reprendre possession des pouvoirs qui t'avaient été transmis par erreur. J'ai glissé une partie de ma force vitale dans ce Maléfice, et il a du commencer à te ronger de l'intérieur en réveillant tes pulsions agressives.
Harry se remémora ses pertes de contrôle qu'il avait relié à juste titre au Maléfice : ses agressions sur Malefoy, notamment la dernière qui avait été très violente, le meurtre de la licorne,… Il se sentait souillé, il pouvait presque ressentir l'esprit de Voldemort couler dans ses veines et se haït pour cela. Il s'était toujours juré de combattre tout ce que représentait la personne qui se tenait devant lui, mais il avait fini par devenir aussi implacable que le Seigneur des Ténèbres. Voldemort poursuivit sa tirade.
- Petit à petit, tu aurais du devenir un esprit faible, asservi à ma cause. Si tu t'étais réellement abandonné à moi, tu m'aurais rapidement rejoint de ton propre gré. Alors j'aurais pu fusionner avec toi et je serais devenu bien plus puissant que dans mes plus grands espoirs, nos deux pouvoirs se combinant.
Les yeux du Seigneur des Ténèbres étincelèrent d'extase à cette pensée. Harry comprit alors la signification de ses rêves. Ces hallucinations étaient prémonitoires, elles lui montraient ce qu'il serait devenu s'il s'était joint à Voldemort, en se laissant séduire par la Magie Noire. Mais il avait résisté, il n'avait pas abandonné ses principes, combattant le mal qui le gangrenait avec dignité et fierté.
- Mais ça ne s'est pas déroulé comme vous l'entendiez, répondit Harry avec hargne.
- En un sens, non. Mais je n'allais pas m'arrêter à cette seule hypothèse. J'avais prévu le cas où tu aurais résisté à la tentation, et j'ai ensorcelé le Maléfice de manière à le rendre mortel à terme. L'une de tes crises finirait par te tuer si tu résistais à la tentation, et si je ne m'abuse, elle ne devrait pas trop tarder…
Voldemort tenta une nouvelle intrusion dans son esprit mais son corps explosa juste avant. Les Mangemorts observèrent, presque apeurés, Harry secouer la tête en tout sens, semblant convulser de manière extrêmement violente, le reste de son corps toujours immobilisé. Voldemort éclata d'un rire sec et métallique encore plus désagréable qu'à l'ordinaire et leva le sortilège qui maintenait Harry prisonnier afin de pouvoir assister à l'agonie du jeune sorcier. Mais au lieu de s'écrouler par terre et se tordre de douleur, Harry se jeta sur le bureau et attrapa sa baguette. Il roula de côté, et avant que quiconque eut le temps de saisir son stratagème, Harry s'était redressé et pointa sa baguette sur Voldemort en hurlant :
- AVADA KEDAVRA !
Le sortilège mortel percuta Voldemort de plein fouet. Il fut violemment projeté en arrière, tombant à la renverse pour aller s'écraser contre le mur. Tremblant de fureur et de peur, le front en sang et en sueur, Harry resta immobile un instant, tout comme l'assemblée de Mangemorts qui attendait, médusée et silencieuse, de voir si le Survivant avait bien réussi à tuer le Seigneur des Ténèbres. Ils avaient levé leur baguette vers Harry sans trop savoir quoi faire. Le calme qui s'était subitement installé dans la pièce fut rompu par un rire si aigu qu'il en était à peine audible, strident pour les oreilles. Harry sentit sa cicatrice rougir sur son front et il eut besoin de toute sa volonté pour ne pas se prendre la tête dans les mains et gémir de douleur.
Lord Voldemort se releva, visiblement affecté par le sortilège, mais toujours vivant et le visage plus blanc et cruel que jamais. A nul moment auparavant il n'avait aussi peu ressemblé à un être humain. Harry sentit son cœur tomber au fond de son estomac.
- Bien essayé Potter ! Très habile ! Mais tu aurais du m'écouter. Tu es incapable de tuer un homme car tu es trop sensible, tu tiens trop à la vie dans son ensemble pour la prendre, même à quelqu'un que tu hais comme moi ! Tu peux essayer tant que tu voudras, tu ne parviendras jamais à me tuer ! A moins que tu connaisses un sortilège plus puissant que le sortilège de Mort que j'ignorerais !
A nouveau il éclata de rire, au grand soulagement des Mangemorts qui abaissèrent leur baguette, voyant que leur Maître semblait contrôler la situation. Harry se remémora le sortilège d'Era qu'il avait lu dans le livre de Serpentard. Etait-il possible que Voldemort en ignore l'existence ? Bien qu'il ait cherché d'autres solutions qui pourraient lui permettre de survivre, Harry s'était tout de même entraîné à concentrer toute son énergie à la pointe de sa baguette, au point de la rendre presque visible. Il n'avait jamais osé lancer le sort, craignant les conséquences sur le château et sur lui-même. Mais à présent, le sortilège d'Apocalypse, la Maléfice d'Antéchrist était son dernier recours contre Voldemort. Il avait utilisé l'Imation contre les Mangemorts, et l'Avada Kedavra ne fonctionnait pas contre le Seigneur des Ténèbres. "Aucun de ceux qui l'ont utilisé a survécu" disait Salazar Serpentard à propos de l'Era.
Condamné pour condamné, Harry prit sa décision en un instant. La sauvegarde du monde qu'il aimait et la destruction du plus grand Mage Noir de tous les temps valaient bien le sacrifice de sa vie. Et s'il ne faisait rien, il mourrait de toute façon, que ce soit de la main de Voldemort ou de son Maléfice. Il vit le visage d'Hermione, souriante, profitant de la vie qui s'ouvrait à elle pour accumuler le plus de connaissances possibles, aux côtés de Ron, heureux, enfin reconnu à sa juste valeur, sorti de l'ombre dans laquelle il avait grandi. Les visages de toutes les personnes qu'il avait rencontrées et auxquelles il tenait défilèrent dans sa tête en une fraction de seconde, du sage et bienveillant Dumbledore aux facétieux frères jumeaux Weasley, en passant par le regard usé mais toujours alerte de Rémus et l'air sec de Minerva McGonagall. Une larme perla au coin de ses yeux. Ses amis vivraient la vie qu'il n'avait pas pu avoir, il en était convaincu. Ce serait leur manière de lui rendre hommage.
Il reprit contact avec la réalité et retrouva le visage froid et dur de Voldemort, entouré de tous ses Mangemorts. Il ne souriait plus.
- Si tu n'as rien à ajouter Harry Potter, je crois qu'il est temps d'en finir.
Il ramassa sa baguette alors qu'Harry concentrait toute l'énergie magique de son être dans la pointe de la sienne. Lorsqu'il la sentit vivante, vibrante, il la brandit vers Voldemort. Il lui avait gâché sa vie, Harry allait à présent lui prendre ce qu'il avait de plus cher. Justice serait rendue. Au final, elle triomphait toujours…
- Il est temps pour vous de payer pour tous vos crimes. Era.
Le temps que Voldemort comprenne ce que venait de faire Harry, un gigantesque bruit sourd, tel un immense gong, émana de la baguette de Harry et provoqua une extraordinaire onde de choc qui déforma littéralement tout ce qu'elle rencontra sur son passage, n'épargnant que l'auteur du sortilège. Tous, objets, animaux et êtres vivants, furent déformés et projetés contre les murs qui commencèrent à se fissurer, assourdissant et brisant les tympans de toutes les personnes présentes. Harry était pétrifié et ne pouvait esquisser le moindre geste, subissant les conséquences de son acte. Il sentait la vie le quitter petit à petit, il s'affaiblissait plus certainement que si un Détraqueur l'avait embrassé.
A peine l'onde de choc dispersée, un mince rayon de lumière or émana des deux côtés de la baguette d'Harry et transperça Voldemort qui comprit à ce moment-là ce qui lui arrivait. Il hurla de douleur, une lueur de terreur au fond de ses yeux rouges, tandis que le rayon lumineux le détruisait de l'intérieur. Harry le vit se décomposer lentement, son visage blanchâtre perdant progressivement toute trace de vie. Enfin, la baguette contenant la plume de Phénix de Fumseck finit par se briser dans une formidable explosion de puissance pure, d'une intensité chimérique et ineffable, qui annihila tout ce qui vivait dans la pièce et même probablement à des dizaines de mètres à la ronde. Le corps de Voldemort qui se trouvait en plein dans la trajectoire du sortilège fut déchiqueté et les Mangemorts partirent s'incruster dans les murs, démembrés par la puissance de l'incantation.
Tout s'arrêta aussi subitement que ç'avait commencé et Harry s'écroula par terre, ses jambes inertes incapables de le soutenir. Pour la première fois de sa vie, il n'était pas différent des autres ; la vie l'abandonnait comme tout ceux avant lui qui avaient fait usage de ce terrible sortilège. Pendant l'infinie seconde que dura sa chute, il distingua avec satisfaction les restes de Voldemort et fut aveuglé par l'éclair qui émana de sa cicatrice. Il sut à ce moment là, sans avoir besoin de se dévisager dans une glace, qu'elle avait disparue. Il avait absout la Prophétie et détruit le Seigneur des Ténèbres, parachevant par là même sa destinée, tout ce pourquoi il avait vécu depuis le jour où l'incarnation du Mal était venue sceller son histoire, 15 ans auparavant.
Sa tête toucha le sol avec une délicatesse surnaturelle. Alors qu'il sentait son esprit quitter son corps et qu'il s'apprêtait à sombrer dans l'inconscience pour l'éternité, la dernière pensée qu'il aurait jamais traversa son esprit et lui évoqua une phrase que Dumbledore avait jadis prononcée : "La mort n'est qu'un autre chemin, qu'il nous tous emprunter". Dans le voile de brume qui lui tombait sur les yeux, il crut distinguer les silhouettes de ses parents, entourant Sirius. Ses lèvres esquissèrent un dernier sourire tandis qu'un ultime souffle d'air, une suprême expiration, sifflait entre ses dents, murmurant :
- J'arrive…
Les yeux d'émeraude pétillants du jeune sorcier se ternirent pour la dernière fois, jusqu'à ce que le brillant olive de la vie qui l'habitait se transforme en un gemme vert sans teint, sans lumière, sans vie. Harry Potter, le Survivant, venait de franchir le voile pour ne jamais repasser de l'autre côté de l'arche, poursuivant l'aventure… vers cette obscure clarté, qui tombe des étoiles…
The End ?
