SCHOOL WARS

Episode 5 : Poudlard contre-attaque

Deux heures du matin, dans le château endormi de Poudlard...

Une silhouette encapuchonnée s'enfonçait dans les couloirs tortueux et enténébrés du château, en regardant sans cesse derrière elle comme si elle était traquée. Elle s'avança vers un chandelier posé au mur, l'abaissa, et s'engouffra derrière le pan qui venait de bouger.

Puis, le dos recourbé, elle arpenta pendant dix bonnes minutes un couloir sombre et sale qui semblait avoir été construit par et pour des personnes de petite taille. Arrivée au bout, elle appuya sur le nez du tableau d'un clown, qui l'arrosa d'eau au passage.

Un toboggan secret apparut alors. La silhouette ronchonna, et s'y laissa glisser maladroitement.

Elle atterrit tant bien que mal sur un tas d'ossements, se releva et s'épousseta en pestant. Elle soupira, et considéra l'espèce de grotte dans laquelle elle se trouvait. Se re-capuchonnant prestement, elle reprit sa route.

Elle passa en dessous d'une chute d'eau, dans une cavité qui l'amena vers un labyrinthe aux murs en cactus. Quand elle en sortit enfin, elle passa derrière deux tableaux, abaissa 5 leviers, traversa une mine dans un wagonnet de mineur, monta à 3 échelles secrètes et en descendit 4, traversa un lac à la nage, dut jouer aux échecs avec des pièces géantes et agressives, et, enfin, finit par se retrouver dans une sorte de cul-de-sac.

La silhouette s'avança alors vers un pan de mur où une porte avait été grossièrement peinte, et frappa trois petits coups sur le dessin de la poignée. Une vraie porte apparut alors, et, à travers le judas, deux yeux perçants la scrutèrent :

-Mot de passe ?

-Educatio Salvationis...

Le garde sembla réfléchir quelques instants.

-Euh… ouais, je crois que c'est ça…

La porte s'ouvrit en grinçant, et la silhouette y entra. Elle s'installa à une longue table où une vingtaine de personnes également encapuchonnées discutaient à voix basse, dans la semi-pénombre.

-Vous êtes en retard, maugréa la plus petite d'entre elles d'une voix flûtée, en tapotant le bout de son nez qui dépassait de sa capuche.

La nouvelle venue enleva sa cape :

-C'est ridicule ! pesta Madame Chourave – car c'était bien elle. Pourquoi devoir se cacher de notre directeur pour avoir des réunions de professeurs ?

Minerva, assise en bout de table, enleva la grande cagoule blanche à pointe qui recouvrait entièrement sa tête et se leva :

-Nous en avons déjà discuté... Poudlard est au plus mal, et Albus...

Elle n'eut pas le temps de finir sa phrase qu'une rumeur parcourut l'assemblée des professeurs.

-Vous avez raison, vous avez bien raison ! s'exclama le professeur Sinistra.

-Il est incompétent, moi je vous le dis ! fit le petit encapuchonné en se tapotant le nez.

-Il a grand besoin de vacances, si vous voulez mon avis... renchérit Trewlaney.

-Ou de sa retraite... insinua Rogue d'une voix glaciale.

Minerva leur fit signe de se calmer :

-Nous ne sommes pas là pour parler d'Albus, mais pour régler les problèmes les plus urgents de Poudlard. Quelqu'un a-t-il quelque chose à dire à ce propos ?

Mme Bibine leva la main :

-Ce dont Poudlard a vraibent besoin, c'est de nouveaux chauffages ! J'en ai plus qu'assez d'être enrhubée ! renifla-t-elle.

-Et il faut réparer les toits ! s'emporta Mme Chourave.

Rogue fronça les sourcils :

-Oui, et il faut enquêter pour savoir ce qu'il est réellement advenu de Mme Pomfresh… tenta-t-il. Ces « vacances impromptues » me semblent peu crédibles.

-Et de nourriture fraîche, saine et variée ! lança Flitwick, en s'asseyant sur la table pour être à la hauteur de ses collègues. Quelqu'un sait-il ce qu'il y a dans cette bouillie verte qu'il y a tous les jours au menu ?

-Et peut-être pourrions-nous tenter de retrouver Firenze ? hasarda Madame Chourave.

Rogue leva un doigt osseux :

-Et en ce qui concerne Pomfresh…

-Le chauffage ! insista Bibine.

-La nourriture ! répliqua Flitwick.

-Le chauffage !

-La nourriture !

-LE CHAUFFAGE !

-LA NOURRITURE !

-C'est donc décidé, décréta Minerva en abaissant un petit maillet sur la table, nous allons demander en priorité de nouveaux radiateurs au Ministère, ainsi que des légumes de saison. Et pour Albus… j'ai un plan en tête.

Tous applaudirent... sauf un :

-Mais... et en ce qui concerne Pom…

Minerva s'approcha de Rogue :

-Ne vous inquiétez pas, Severus. Albus n'a aucune façon d'apprendre ces réunions, vous n'avez rien à craindre de ce côté-là...

OoOoO

- Albus n'a aucune façon d'apprendre ces réunions, vous n'avez rien à craindre de ce côté-là... grésilla une voix dans un téléviseur moldu.

Un vieil homme dont on ne voyait pas le visage, assis confortablement sur un grand fauteuil Burberry, caressait un chat empaillé. Il regardait des moniteurs en face de lui, sur lesquels on pouvait voir les professeurs ajourner leur réunion secrète.

-Ah, c'est comme ça ? fit-il d'une voix chevrotante mais néanmoins courroucée. Comme ça, on fait des réunions secrètes de professeurs sans en avertir le directeur ? Comme ça on complote contre le directeur qui a toujours été là pour les enseignants, pour les élèves et pour l'école? Comme ça on a été corrompu par Môôôsieur Mitchum America et l'American Institute of Magic, et on compte me TRAHIR?

« L'homme » éteignit rageusement les moniteurs et joignit ses mains :

-Oui, je savais que j'étais seul désormais... Mais qui aura raison à la fin ? C'est ce que nous verrons… chuchota-t-il d'une voix qui se voulait menaçante. Oui, c'est ce que nous verrons...

Il pencha sa tête en arrière...et se mit à ronfler bruyamment.

OoOoO

Quand Dumbledore se réveilla quelques heures plus tard, il faisait grand jour.

Il se mit à marmonner :

-Aaaah le sommeil, quelle perte de temps… Tout comme les repas, la vie sociale, la toilette et l'éducation, par ailleurs… Rhaaaa…

Il sortit un énorme sac de tulle, estampillé LA POSTE HIBOUTIERE, et en sortit des piles et des piles de magazines.

-Voyons voyons, où parle-t-on de ce cheeer Mitchum, aujourd'hui ?

Albus se mit à chantonner une berceuse, qui, avec sa voix chevrotante et fatiguée, paraissait beaucoup plus inquiétante qu'elle n'aurait dû. Il prit des gants en latex qu'il mit en les faisant claquer, puis plongea ses yeux cernés de rouge dans le tout premier magazine de la pile.

Au bout d'un moment pas si long que ça, il fut secoué d'un spasme nerveux, et s'exclama :

-ET VOILA ! ET VOILA !

Il sortit du tiroir de son bureau une paire de ciseau, puis entreprit de découper quelque chose dans son journal, non sans grogner et pester.

-Et voilà ! Un article de plus !

Albus prit ledit article qu'il venait de découper à l'aide d'une pince à épiler, se leva, et avec un tube de glue, le colla sur un des murs de son bureau.

-Parfait, oui, parfait ! Tout est parfait !

Il se rassit en chantonnant, se plongeant aussitôt dans un nouveau magazine…

OoOoO

Severus Rogue s'inquiétait.

Il n'aimait pas admettre qu'il pouvait s'inquiéter pour autrui, et préférait se dire qu'il s'alarmait à cause de l'éventuelle menace qui planait sur Poudlard, et donc, sur son poste.

Cependant, les faits étaient là : il s'inquiétait.

Pour lui, c'était clair comme de l'eau de roche : alors qu'elle faisait son tour de garde, Pomfresh avait été repérée par Raspoutine, qui avait trouvé un moyen de la faire taire, et qui avait de toutes pièces inventé cette histoire de « vacances impromptues ».

D'ailleurs, tout ça ne tenait tellement pas la route que Rogue ne put s'empêcher d'esquisser un sourire moqueur.

La question était maintenant de savoir quel moyen avait été mis en œuvre pour faire taire l'infirmière. Secrètement, Rogue espérait qu'Aurogastus n'aie pas la trempe d'un tueur, mais il n'était sûr de rien.

Il avait passé toute sa journée de cours à y penser, au détriment de ses leçons et au grand plaisir de ses élèves (tout particulièrement des Gryffondors). Et à présent que le dernier cours de la journée touchait à sa fin, il lui fallait faire quelque chose.

Il allait faire quelque chose.

Il se rua hors de la salle de cours avant même ses élèves, et se mit à la recherche du professeur de Défense Contre les Forces du Mal.

OoOoO

Raspoutine Aurogastus était heureux.

Tout se passait encore mieux que dans ses rêves les plus fous… à l'exception peut-être, se dit-il, de ce rêve dingue dans lequel il se retrouvait couronné Roi des Sorciers, tandis qu'une horde de vélanes toutes plus belles les unes que les autres dansaient autour de lui en lui passant autour du cou un collier de fleurs exotiques… enfin bref. Il était heureux.

Pour l'heure, il venait d'arriver à la volière à hiboux de Poudlard, certainement pour la dernière fois, songea-t-il, ce qui le fit sourire d'un rictus malhonnête.

Tandis que ses corbeaux se ruaient comme des affamés sur la mangeoire à oiseaux, Raspoutine sortit une lettre de sa poche, et la confia au premier hibou qu'il vit.

Il le lâcha, et regarda avec satisfaction s'envoler le messager, qui paraissait plus qu'heureux d'échapper aux regards trop luisants des volatiles noirs qui croassaient non loin.

Aurogastus se mit à ricaner en frottant ses mains crochues. Mais…

-ACCIO HIBOU !

Le pauvre oiseau fut projeté en arrière, et attrapé par les mains sèches de Rogue, qui se tenait dans l'encadrement de l'entrée.

Aurogastus sursauta :

-Severus… ? Mais… qu'est-ce que… Que faites-vous ici… ? paniqua-t-il.

Le maître des potions toisait Raspoutine de toute sa hauteur. Il étira ses lèvres en un mince sourire méprisant.

-Voyons ce que nous avons au courrier aujourd'hui.

Il agrippa la lettre, et laissa échapper le hibou, qui s'enfuit à tire-d'aile sans demander son reste.

Puis, lentement, très lentement, afin d'accentuer son effet, il décacheta l'enveloppe.

-NON ! cria Aurogastus. Vous n'avez… pas le droit ! C'est… une lettre… euh… pour ma maman !

Rogue parcourut le bout de parchemin de ses yeux sans chaleur.

On y avait griffonné à la va-vite :

« Je passe à l'action ce soir. STOP. Poudlard est fini. STOP. Dumbledore va payer. »

-Tiens, tiens… ironisa Rogue. C'est votre chère maman qui va être contente.

Raspoutine mit sa main dans sa cape pour attraper quelque chose, mais Rogue dégaina sa baguette plus rapidement :

-Haut les mains ! Pas un geste !

Aurogastus obtempéra en grimaçant.

Puis il plissa les yeux comme s'il réfléchissait intensément, et esquissa un sourire qui n'avait rien de sincère.

-On pourrait… s'entendre, fit-il d'une voix faussement mielleuse.

Rogue ne broncha pas, et maintint sa baguette pointée vers le traître.

Il ne broncha même pas lorsqu'une corneille toute noire tenta de se poser sur sa tête. Elle glissa sur sa chevelure graisseuse, se renvola, et partit se poster sur le crâne nettement plus dégarni d'Aurogastus, d'où elle croassa son mécontentement.

-Tout le monde… a un prix… insinua Raspoutine, en tentant d'ignorer l'oiseau qui s'était mis à picorer ses rares cheveux. Dites-moi… simplement… le votre.

-Dites-moi où vous retenez prisonnière Poppy Pomfresh, ordonna Rogue d'une voix sans appel, et peut-être consentirai-je à vous laissez la vie sauve.

Raspoutine émit un petit rire dédaigneux qui se termina en quinte de toux.

-Je n'ai jamais… enlevé l'infirmière, affirma-t-il. Elle est partie aux Bahamas. C'est écrit… sur les portes de l'infirmerie.

-Ne me prenez pas pour un imbécile ! siffla le professeur de potions.

Raspoutine blêmit en réalisant que Rogue resserrait sa prise sur sa baguette.

-Elle est partie… aux Bahamas, vous dis-je… Elle en avait bien les moyens… après tous les gallions… que je lui ai donné en échange… de son silence !

Il ricana à nouveau.

Rogue se renfrogna :

-Taisez-vous !

Il fit signe à Raspoutine d'avancer :

-Et si je ne peux vous faire parler, peut-être que le directeur saura lui vous délier la langue !

Aurogastus grogna.

Lui et Rogue se dirigèrent vers le bureau de Dumbledore.

OoOoO

-Entrez ! intima Rogue.

Il poussa Aurogastus dans le bureau du directeur… et fronça les sourcils.

Chacun des murs de la pièce avaient été entièrement recouverts de divers articles dithyrambiques sur l'American Institute of Magic, de photos de Mitchum America, et, plus inquiétant, de dessins fait à la va-vite sur lesquels on pouvait voir Mitchum America mourir de façons diverses et variées. Il n'y avait plus le moindre coin de mur libre, et même le plafond commençait à être retapissé.

Rogue n'eut pas le temps de dire quoique ce soit, que déjà un Dumbledore furieux aux yeux de fous se rua sur lui :

-J'avais demandé à ce que PERSONNE ne me dérange sous AUCUN prétexte ! cracha-t-il. Espèce de traîtres de professeurs ! Tout ça c'est la faute de l'American Institute of Magic ! DE L'AMERICAN INSTITUTE OF MAGIC ! RHAAA !

Le professeur de potions ne se laissa pas démonter :

-Dumbledore, je vous amène Aurogastus, que j'ai surpris dans la volière à hiboux envoyer des messages secrets et des menaces envers Poudlard…

Le professeur de Défense, qui avait déjà le dos bien courbé, sembla se ratatiner davantage, en geignant.

-J'AVAIS DIT…commença à s'énerver Albus.

Il sembla réaliser quelque chose. Il remit ses lunettes en demi-lune en place, fixa de ses yeux ronds de surprise Aurogastus, puis Rogue, puis Aurogastus, puis Rogue.

-T… traître ? demanda-t-il d'un air enfantin, en pointant Raspoutine du doigt. Espion ?

Severus acquiesça.

-…de l'American Institute of Magic ? couina-t-il d'une toute petite voix.

-Je le crois, et Pomfresh le croit également, affirma le maître des potions.

Dumbledore resta sans voix quelques secondes.

Puis il lança un cri de joie sans précédent.

Il se jeta dans les bras de Rogue, et songea même à lui faire la bise (mais renonça devant l'air revêche du professeur). Il se mit à danser une gigue endiablée, tout en chantant à tue-tête :

-J'avais raison ! J'avais raison ! Mitchum l'a dans le baba ! Mitchum l'a dans le baba ! J'AVAIS RAISON !

Rogue resserra son étreinte sur le bras de Raspoutine, qui avait espéré profiter de l'agitation du directeur pour s'éclipser.

Albus, lui, abandonna sa danse, et se mit à chercher fiévreusement quelque chose sur sa table, sous les magazines et les divers papiers qui la jonchaient.

-Ah, ah, on me croyait fou, hein ? exultait-il. On me croyait fini, hein ? ET BIEN VOILA QUE J'AVAIS RAISON ! Et… AHAH JE L'AI RETROUVÉ !

Rogue fronça les sourcils :

-Quoi donc ?

Albus lui agita quelque chose sous le nez :

-CECI !

« Ceci » était une sorte de grosse télécommande clinquante, dotée d'une longue antenne dépliable, et qui possédait en son centre un unique et énorme bouton rouge.

-Vous vous êtes certainement demandé où étaient passées toutes les coupures que j'ai pu faire ces dernières semaines dans le budget, n'est-ce pas ? s'enquit le directeur, tout fébrile.

Le professeur de potions hocha la tête :

-Eh bien… oui, j'avoue m'être posé la question.

-Et vous n'allez pas être déçu, car TOUT EST PASSÉ LA DEDANS ! jubila le vieux. J'y ai mis jusqu'à mes derniers gallions… mais ça valait largement le coup !

Albus scruta le visage impassible de Rogue, et poursuivit :

-Oh, je vois que vous brûlez d'envie de me demander ce que c'est ! Eh bien, c'est très simple : c'est une télécommande…

Il fit une pause pour le suspense, puis reprit :

-Une télécommande qui active un satellite, qui lui-même active une ogive nucléaire dont la tête est pointée pile poil sur l'état du Texas, l'état d'où vient ce chien de Mitchum !

Raspoutine et Rogue ouvrirent des yeux ronds :

-Mais…fit ce dernier.

-ET AUJOURD'HUI, J'AI ENFIN LA PREUVE QUI ME PERMET DE ME SERVIR DE MA TELECOMMANDE BENIE ! explosa Dumbledore, avant d'être pris d'un fou rire peu rassurant.

Severus tenta d'attraper ladite télécommande :

-Dumbledore, ne faites pas ça !

-Mais si ! chantonna le directeur.

Il s'apprêtait à appuyer sur l'énorme bouton rouge, quand soudain :

-Bonjour Alb'… fit derrière lui une voix dotée d'un fort accent américain.

OoOoO