SCHOOL WARS
Episode 6 : LE RETOUR DU JEUDI
Dumbledore lâcha sa télécommande, et se retourna brusquement.
Un vieux sorcier imposant venait d'entrer dans son bureau, accompagné de McGonagall. Il était vêtu d'une longue robe en cuir, et d'un large chapeau de cow-boy. Sa peau bronzée, tannée par le soleil, faisait ressortir le blanc étincelant de son impressionnante paire de moustaches.
Il fit un pas en avant dans un cliquetis d'éperons, tendit une main à Dumbledore, et baragouina :
-Alb', mon vieux ! Ca f'sait longtemps !
Dumbledore plissa les yeux :
-Mitchum… persifla-t-il entre ses dents.
L'américain baissa sa main, comprenant qu'il n'aurait pas la poignée de mains escomptée.
Le sourcil levé, McGonagall considéra un moment Aurogastus, que Rogue tenait en respect avec sa baguette, puis secoua la tête et se tourna vers Dumbledore :
-J'ai amené Mr America ici pour que vous vous expliquiez une fois pour toutes, et pour que cette mascarade cesse, expliqua-t-elle.
Albus fit mine d'être surpris :
-Quelle mascarade ?
Le yankee se lissa la moustache :
-Allons Alb', je suis v'nu pour qu'on fasse la paix ! On est tous les deux directeurs maint'nant, on pourrait s'entendre, en souv'nir du bon vieux temps…
Le directeur de Poudlard le toisa :
-Monsieur, je ne vous connais pas, lança-t-il d'un air mesquin. De plus il est tout à fait impossible pour un honorable sorcier anglais comme moi de m'entendre avec une saleté de yankee de…
McGonagall jeta un regard aussi dur que l'acier à Dumbledore, le regard qu'elle n'arborait que quand c'était vraiment nécessaire… par exemple lorsque le vieil homme avait dépassé les bornes, et les avaient distancées de quelques milliers de miles.
-Il suffit, maintenant ! lança-t-elle sèchement.
Albus sursauta. Il ne connaissait que trop cet air de Minerva, et avait appris à le craindre.
-Mais Mimine… tenta-t-il d'une voix mielleuse.
-Expliquez-moi donc toute cette histoire ! le coupa-t-elle, agacée. Pourquoi en voulez-vous vraiment à l'American Institute of Magic ? Dites-le moi !
-Mais Mimine…
-Et arrêtez de mentir ! Vous connaissez Mr Mitchum America, n'est-ce pas ?
-Mais Mimine…
-ET CESSEZ DE FAIRE L'ENFANT, ALBUS, POUR L'AMOUR DU CIEL !
Dumbledore baissa les yeux face au visage plus que sévère de McGonagall, et eut l'air penaud d'un petit garçon qui a été surpris en pleine faute.
Il aurait du savoir qu'à la fin, quoiqu'il fasse, c'était elle qui gagnait toujours, songea-t-il avec amertume.
-Bien... D'accord Minerva… se résigna-t-il. En effet, je connais Mitch'…
Il soupira :
-Nous étions trois amis inséparables: Merlin Pimpin, Mitchum America, et moi-même…
Le regard du directeur sembla se perdre dans les souvenirs.
-Nous nous connaissions depuis le jardin d'enfants, et avions toujours fait en sorte de suivre notre scolarité dans les mêmes établissements. Nous étions jeunes, brillants et beaux…
Dumbledore surprit le regard de McGonagall, et rectifia :
-Nous étions jeunes et brillants.
Il grogna :
-Mais c'était Mitchum le plus brillant : il arrivait toujours premier à tous les examens, il avait toujours les meilleures idées, et il faisait tourner la tête des filles avec son accent chewing gum et ses belles moustaches !
Le directeur de Poudlard soupira, et reprit :
-Merlin, lui, était le benjamin du groupe, et il nous suivait toujours sans discuter. Moi, quoique je fasse, j'étais toujours au milieu. Le second.
McGonagall hocha la tête :
-Et c'est pour ça que vous en voulez à Mr America ? Pour vous avoir empêché de briller étant jeune?
-Non, non, détrompez-vous, Minerva ! Je m'accommodais très bien de mon rôle de second, et je ne m'en serais jamais plaint d'ailleurs, s'il n'y avait eu… l'Incident.
Les yeux d'Albus se rétrécirent.
-Le drame se déroula en 4e année, lors d'une sortie à Pré-Au-Lard…commença-t-il d'une voix rauque. J'avais économisé des semaines durant pour cette sortie, car je n'étais pas honteusement nanti comme certains fils à papa yankees qui faisaient étalage de leur richesse dès qu'ils le pouvaient !
Mitchum leva les yeux au ciel :
-Voyons, Alb'…
-Je disais donc, le coupa rageusement ledit Alb', j'avais économisé pour pouvoir me payer une des luxueuses glaces de la prestigieuse boutique Beurk&Jerry's, les seuls magiciens-glaciers qui se servaient de lait entier de dragonne !
Sans raison apparente, le directeur se mit à crier :
-LAS !
Tous sursautèrent, et le vieux fou reprit :
-Las ! Las ! Et trois fois las ! En arrivant chez le glacier, j'appris qu'il allait fermer pour toujours le soir même ! Parce que Mr Beurk avait trouvé un associé pour ouvrir un honorable dépôt-vente sur le Chemin de Traverse ! Qu'à cela ne tienne, la serveuse –une petite rouquine- me servit donc pour la toute dernière fois un délicieux sorbet citron façon Beurk&Jerry's, qui plus est le tout dernier de la maison.
Son regard s'obscurcit :
-Je m'apprêtais donc à le savourer lentement, comme un tel bijou le méritait, quand soudain… MITCHUM ARRIVA, ME VOLA MA GLACE ET LA GOBA D'UN COUP !
Un long silence s'ensuivit. McGonagall, qui n'en croyait pas ses oreilles, osa le briser :
-….et ? demanda-t-elle.
-Et c'est tout ! s'exclama Dumbledore. Qu'est-ce qu'il vous faut de plus ?
Minerva fronça les sourcils :
-Oh, j'ai compris ! Vous n'osez le dire, mais en fait, vous étiez secrètement amoureux de la jeune serveuse rouquine, et vous avez donc été très offensé quand Mr America, votre rival de toujours, a volé la dernière commande qu'elle vous avait servi !
Albus la regarda d'un air las. Il secoua la tête, dépité :
-Mais pas du tout ! Je n'avais que faire de cette mijaurée ! Je crois que vous ne saisissez pas bien : c'était un sorbet citron ! De chez Beurk&Jerry's ! Le dernier qu'ils aient vendu !
L'américain eut l'air gêné. Il se gratta la moustache :
-On en a déjà parlé, Alb' : j'te l'ai remboursé d'puis longtemps…
-ET CE N'EST PAS ÇA QUI LE FERA REVENIR ! cracha le vieil homme, tremblant de rage.
Dumbledore tenta de contenir sa colère. Il se tourna vers son ancien ami, et le pointa d'un doigt accusateur :
-Mais ça ne te suffisait pas d'avoir eu mon sorbet, hein ? Il te fallait aussi la meilleure école de magie ! Mais comme tu ne pouvais supplanter Poudlard sans aide, n'écoutant que la fourberie qui coule dans ton sang de yankee, tu nous as ENVOYÉ UN ESPION !
Mitchum eut l'air légèrement désappointé :
-Je n'l'ai fait qu'après qu'tu m'en aies envoyé une dizaine, Alb… Franch'ment, tu croyais vraiment que je ne remarqu'rais pas que ce garde-champêtre géant cachait une caméra sous son chapeau melon ?
Dumbledore ne sembla pas relever. Il exulta :
-Aaah ! On avoue ? On avoue ?
Le yankee enleva son Stetson, et secoua tristement la tête :
-Je voulais une alliance entre Poudlard et l'Am…
-AUCUNE ALLIANCE N'EST POSSIBLE ENTRE POUDLARD ET TON ÉCOLE DE CHACALS VOLEURS DE SORBET ! cracha Dumbledore, dont le visage était devenu pourpre sous l'effet de la colère.
Rogue s'avança d'un pas raide devant Mr America:
-Et pour infiltrer votre école concurrente, vous avez fait appel à un être abject, ignoble et sans scrupule, une vermine qui pensait sérieusement nous duper mais qui ne pouvait tromper mon esprit vif : RASPOUTINE AUROGASTUS !
Severus pointa de son doigt maigre le sorcier bossu au teint livide, dont le visage ne trahissait aucune émotion.
Un long silence suivit cette accusation. Il sembla durer une éternité à Rogue, dont le bras raide était toujours tendu vers Aurogastus. Une légère crampe commença à le lancer, mais il resta tant bien que mal impassible, songeant à sa réputation.
Finalement, (« ENFIN ! » crièrent les articulations du bras de Rogue), Mitchum America prit la parole :
-Je ne connais pas cette personne, chouina-t-il dans un accent des plus texans.
Rogue parut décontenancé :
-Mais… mais alors… votre espion… qui est-ce qui…
Une voix flûtée se fit alors entendre à ses pieds :
-Oooh, mais que vois-je, il se fait tard ! Il est temps pour moi de partir… loin, très loin ! Adieu !
Et Flitwick, car c'était bien lui, s'enfuit aussi vite que lui permettait ses courtes jambes.
Albus leva un poing rageur dans sa direction :
-Ah, le traître ! J'aurais dû m'en douter ! Sale nabot, je t'aurais un jour !
Rogue n'en revenait toujours pas. Faisant lentement demi-tour vers le malheureux Aurogastus sur la tête duquel une corneille noire avait élu domicile, il bafouilla :
-Mais… mais alors… qui êtes-vous ? Je sais que vous êtes un imposteur ! Un traître !
Raspoutine glissa lentement sa main dans une des poches intérieures de sa vieille cape grise élimée, et en sortit un objet, qu'il brandit aux personnes devant lui.
Tous tressaillirent, et Rogue resserra davantage sa main osseuse sur sa baguette.
Cependant, l'homme aux corbeaux n'avait pas tiré sa propre baguette, mais… une sorte de carte, rectangulaire et recouverte de plastique transparent.
Le maître des potions fronça les sourcils, de plus en plus désorienté :
-Je… je ne comprends pas…Et Poppy… il a séquestré Poppy et…
Minerva posa une main sur l'épaule de Rogue et lui chuchota :
-Mais voyons, tout le monde sait que Mme Pomfresh est partie en vacances aux Bahamas ! Tous les professeurs ont reçu ce matin une carte postale de sa part ! Pas vous ?
Tout le malheur du monde sembla s'abattre sur les épaules de Severus.
Dumbledore, quant à lui, rajusta ses lunettes en demi-lune, et se pencha vers le bout de parchemin plastifié que lui tendait Raspoutine d'un air neutre.
C'était une carte tout ce qu'il y avait de plus banale. On y trouvait le nom et l'âge de l'homme, ainsi qu'une vieille photo d'identité peu flatteuse, en noir & blanc (à moins qu'il s'agisse là de son teint naturel ?), où un jeune Raspoutine Aurogastus perclus de tics chassait des mouches invisibles en pestant.
Et, tout en haut, clignotait deux mots inscrits en gras et en majuscules.
Albus faillit s'étrangler en les lisant :
-INSPECTEUR SCOLAIRE ? rugit-il.
Aurogastus, qui n'avait pas changé d'expression jusqu'alors, étira ses minces lèvres pâles en un rictus méprisant :
-On m'a chargé de vérifier... dans quelles conditions... les élèves étudiaient dans votre... établissement... et quelles en étaient... les conséquences... sur leur travail…
Il se tut pour laisser à Albus le temps d'assimiler l'information, et pour savourer ce moment unique de satisfaction professionnelle.
Puis, avec un plaisir non dissimulé, il rajouta :
-Laissez-moi vous dire... que vous êtes le plus... gros coup de ma carrière. Rien que d'un point de vue... sanitaire, Poudlard atteint 9... sur l'échelle de l'insalubrité…
Il tendit à Dumbledore, qui avait perdu toutes ses couleurs, un parchemin roulé. Puis il fit demi-tour en boitillant, fier de lui :
-Je vous laisse jusqu'à... la fin de la semaine... pour arranger ces menues... infractions… Sinon… rendez-vous au Magenmagot !
Il fut pris d'un inquiétant rire sardonique qui résonna dans les murs de la salle des professeurs bien après qu'il en fut parti.
Mitchum se lissa la moustache en souriant à pleines dents :
-Des ennuis, Alb', vieille branche ? exulta-t-il.
Albus décacheta le parchemin. Ce dernier était tellement long qu'il se déroula à toute vitesse, et le bout rebondit à terre, où il continua à rouler jusqu'à ce qu'il se cogne contre les pieds d'un Severus Rogue toujours incrédule.
-58971 infractions ? chuchota le directeur de Poudlard d'une voix blanche.
Ses yeux vieillis et plissés par la concentration parcouraient le document sans y croire.
-Comment ça, avoir des rats dans une cantine scolaire est un signe d'insalubrité ? Cet imbécile devrait savoir que c'est au contraire une preuve d'abondance ! Et depuis quand la moyenne des élèves compte-t-elle à ce point ?
McGonagall, qui s'était peu à peu remise des récents événements, avait ramassé le bout du long parchemin, et le scrutait avec sérieux et sévérité.
-Albus, intima-t-elle, il est dit ici que Poudlard est libre de toutes poursuites si elle s'acquitte simplement d'une amende de 10000 Gallions qui…
Dumbledore mit brusquement une main flétrie sur son cœur, convulsa les yeux, et fit mine d'avoir une attaque :
-10000 Gallions ! Si on paye SIMPLEMENT 10000 GALLIONS ! Aaah les femmes ! ET OU VAIS-JE TROUVER 10000 GALLIONS, MINERVA ? Où vais-je…
Albus se tut soudain.
Une lueur cupide passa dans son regard.
Il se tourna vers le grassouillet sorcier texan à côté de lui, et susurra d'une voix dégoulinante d'hypocrisie :
-Mitchum, mon vieil ami, toi le directeur de ce merveilleux et florissant modèle d'éducation sorcière qu'est l'American Institute of Magic… Tu veux toujours faire alliance avec Poudlard ?
OoOoO
Dumbledore soupira, et s'enfonça davantage dans son fauteuil Burberry. Il regarda avec mauvaise humeur les fanions aux chatoyantes couleurs du drapeau américain qui ornaient désormais son bureau… ainsi que tous les couloirs de Poudlard, les salles de cours, les toilettes, et le réfectoire.
Une musique country entraînante s'éleva soudain des murs, comme venue de nulle part. Albus plaqua ses mains flétries sur ses oreilles. Mais ça ne l'empêcha pas de distinguer les flonflons hystériques d'un banjo désaccordé, sur lequel une voix chevrotante et trop enjouée glapissait dans un accent tellement nasillard qu'il en était incompréhensible.
-Ah, saleté de « journée américaine », grommela le directeur.
Il aurait aimé y échapper, mais Mitchum avait été très précis sur ce point : pas de célébration, pas d'argent. Alors voilà que désormais, tous les jeudis, les élèves devaient réciter l'hymne national yankee tout en saluant la bannière étoilée, et en ne mangeant que des magiburgers à tous les repas.
Et il ne valait mieux pas penser à la statue que lui avait gracieusement offert l'école américaine… Cette statue représentait un gigantesque Mitchum America, qui, le port altier, une couronne sur la tête, un livre de lois dans un bras et une torche dans l'autre, toisait ceux qui passaient devant lui. Elle trônait à présent dans le hall, et narguait Dumbledore à chaque fois qu'il passait la porte d'entrée de Poudlard.
Vraiment, il lui en aura fallu, des sacrifices !… Albus grommela à cette idée.
De plus, il lui fallait à présent trouver un nouveau professeur de Défense Contre les Forces du Mal, ainsi qu'un nouveau professeur de Divinations, car pour des raisons inconnues, cet incompétent de Firenze était introuvable ces derniers temps… mais, comme il aimait à dire, chaque chose en son temps, et chaque temps à sa chose !
Et pour l'heure, le temps était à la détente.
Dumbledore ouvrit son Sorcière Hebdo et soupira d'aise.
Au bout de quelques minutes, un rire franc et sonore éclata:
-AH ! EXCELLENT! Ca c'est une bonne blague ! s'exclama-t-il, hilare, avant de frapper sa main contre sa cuisse.
Il essuya les larmes de rire qui perlaient au coin de ses yeux ridés. Ah, personne ne racontait les plaisanteries comme les journalistes du Sorcière Hebdo !
Il se mit à feuilleter le magazine, et soudain, devant une double-page de reportage spécial, manqua de s'étrangler :
-COMMENT ? MERLIN PIMPIN OUVRE UNE ÉCOLE DE MAGIE À BROCÉLIANDE ?
FIN
