Chapitre XVIII : Interlude

Itachi tournait depuis dix minutes dans son lit de fortune quand il se leva. Il s'inquiétait pour Saya et il se dirigea à son tour vers la sortie (NDLA : la vérité ? Il est dingue à l'idée qu'elle puisse être seule avec Yoji -). A son approche, il cacha instinctivement son chakra et marcha sans un bruit jusqu'à un rocher qui le cachait encore :

(… beau avoir l'effet de surprise, c'est tout de même incertain, Yoji.)

(Je sais. Mais je n'en peux plus de le voir se balader sous mon nez sans pouvoir l'étrangler. Je vous en demande peut-être beaucoup mais… Je…)

(Il faudrait au moins les prévenir, tu ne crois pas ?)

(…C'est fait, j'ai envoyé Gaki)

(C'est qui ça, Gaki ?)

(Gaki petit démon) Il y eut un instant de silence, suivit d'un éclat de rire des deux amis. Itachi se rapprocha pour voir ce qui provoquait leur hilarité et il eut du mal à retenir un cri de colère en les voyant assis dehors, Saya dans les bras du jeune homme :

- … Je suis fatiguée, Yoji.

- Fatiguée de quoi ?

- De tout.

- Même de Koori-kun ? Remarque, je te comprends, il est tellement austère.

- …Haï.

(Comment ça, « Haï » ? s'insurgea Itachi.)

- Tu serais bien mieux avec moi, n'est-ce pas ?

(Mais il va arrêter, oui ?)

Elle se mit à rire et un doux silence suivit, silence qu'elle brisa quelques minutes plus tard :

- Tu crois qu'il m'en veut ?

- Il faut lui demander.

-… Tu sais que demain, c'est la nouvelle lune ?

- … Oui, pourquoi ? Tu n'aimes pas les nuits sans lune ?

A nouveau, le silence s'installa entre eux, et seules les feuilles des arbres laissaient entendre leurs bruissements. Et puis Yoji se leva et il commença d'entrer dans la grotte quand elle l'interpella :

- Tu me rendras mon katana demain, n'est-ce pas ?

Il s'en alla sans lui répondre. Arrivé au niveau de Itachi, il ralentit presque imperceptiblement le pas :

- Ne l'accable pas trop. Elle fait ce qu'elle peut pour être normale.

Et il continua son chemin sans se retourner. En temps normal, Itachi l'aurait assommé d'un bon coup de poing sur la tête mais là, le jeune homme semblait si grave et désolé qu'il resta interloqué.

Pendant plus d'une heure, le ninja ne bougea pas. Il regardait la jeune fille assise en tailleur à quelques mètres de lui, la tête tournée droit devant elle. Il fixait ses longs cheveux noirs voletant avec le vent, ses épaules qui montaient et descendaient lentement, le tissu de ses manches qui ondulait avec légèreté. Et ce n'est qu'après plusieurs pas qu'il se rendit compte qu'il avançait vers elle :

- Tu te décides enfin ?

Il se mit à sourire et vint s'asseoir à côté d'elle. Elle se laissa tomber sur son épaule et Itachi ne put se retenir de la prendre dans ses bras :

- Gomen, dit-elle après un moment de silence.

- Pourquoi t'excuse-tu ? Tu as oublié que tu ne devais plus le faire ?

- J'ai tout de même tranché la main de ton petit frère.

Itachi se braqua et se releva sèchement. Il n'avait vraiment pas envie d'évoquer Sasuke :

- Je sais que tu veux l'oublier, mais demain, tu vas devoir te battre contre lui si tu suis Yoji.

- Et alors ?

- Ca ne te gène pas ?

- Il a choisit son chemin et j'ai choisi le mien. Nous savons tous les deux que s'ils doivent se croiser, ce sera pour la mort de l'un de nous.

- Ca ne te fait rien de parler de la mort de ton frère ?

Elle le questionnait avec un intérêt qui semblait… scientifique. Elle paraissait simplement vouloir comprendre et aucun reproche ne transparaissait dans sa voix :

- J'ai tué toute ma famille quand je suis parti de Konoha, finit-il par répondre, lui y compris. Je n'ai plus de frère.

Son ton était direct et blessant. Parler ainsi de ce qu'il voulait oublier depuis si longtemps l'irritait au plus haut point. Il ne voulait pas en parler, même avec elle :

- Moi aussi je voudrais oublier tout ce qui touche à mon passé, lui dit-elle d'un ton rassurant, mais il nous rattrape inlassablement, tu sais ?

Comme toujours, elle touchait là où ça faisait mal. Itachi sentait son poing se crisper et trembler ; cependant, il ne ressentait aucune colère. Alors pourquoi se sentait-il blessé ?

- Je n'ai jamais vraiment eu de famille pourtant je crois que je comprends la douleur de perdre la sienne. Mais tu n'es pas seul.

Elle se leva et le serra tendrement contre elle :

- Tu n'es pas seul Itachi.

Il la laissa l'enlacer et sentit son corps s'évanouir. Il repensait à la souffrance qui le hantait depuis tant d'années. Il sentait le tourment de Saya qui le pénétrait. Elle savait, et il savait. Ils ne connaissaient rien de leurs histoires respectives et à cet instant, ils vivaient ensemble leurs souffrances. Il leva la tête et l'embrassa timidement. Elle lui rendit son baiser, et malgré le bonheur qui l'envahissait, Itachi doutait. Plusieurs fois, il avait cru qu'elle lui avait prouvé ses sentiments mais ne l'avait-elle pas fait aussi avec Yoji ? Se pouvait-il qu'elle se moquât d'eux ouvertement ? Il passa sa main dans ses cheveux et la regarda avec tristesse et interrogation :

- Comment savoir ? murmura-t-il. Comment savoir que ce n'est pas ta compassion qui …

Il s'arrêta en devinant dans la nuit noire que le visage de Saya s'assombrissait. Elle lui sourit en passant sa main sur sa joue :

- …La compassion ? La compassion ne…

Elle ne finit pas non plus sa phrase et s'éloigna un peu. Elle tendit sa main vers Itachi qui la prit et ils retournèrent ainsi, main dans la main, à l'intérieur de la grotte où ils se lovèrent l'un contre l'autre.

Ils ne disaient rien : ils ne savaient pas quoi dire. Et il n'y avait rien à dire. L'un et l'autre, ils ressentaient la souffrance qu'ils enduraient et qu'ils faisaient endurer à l'autre. Mais ils n'arrivaient pas, ils ne savaient pas, se dire les mots qui auraient peut-être pu les aider. C'était comme si… ils sentaient en eux un besoin impérieux de voir l'autre, de le toucher, de le sentir là, tout près mais… Impossible de se dire les mots…

Il le savait bien. Tout ce qu'elle voulait… Ces quelques mots de réconfort, de douceur. La comprendre… Juste la comprendre. Et lui dire… Il savait… que ses mots… ils ne suffisaient pas. Elle avait mal de sa solitude, bien plus que lui n'avait jamais eu mal. Tous ces secrets, toute cette puissance, qu'elle ne pouvait jamais dévoiler, qu'elle ne pourrait jamais expliquer… Juste lui dire : « Je sais… »

Il voulait simplement entendre les mots… Savoir que… La confiance… Qu'avec lui, elle n'avait plus peur. Qu'elle se sentait protégée. Qu'elle pouvait enfin dormir… Juste dans ses bras… Etre bien… Il avait seulement besoin d'entendre… « Si tu es là… »

Mais c'était impossible. Impossible de dire. Impossible de trouver… les mots. D'oser les prononcer… Toujours ce doute, cette peur… enfouis au plus profond… Pourrissant la surface… de l'intérieur… Peut-être était-il encore trop tôt… Trop tôt pour oser affronter le regard… Pour oser supporter l'incompréhension… Il fallait attendre… Etre sûr(e)… Trop de peur…

Comment faire si l'autre ne comprenait pas ?!

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Le lendemain matin, ils se réveillèrent au même instant, au son de quelque chose qui ressemblait aux cris d'agonie d'un animal. Ils se levèrent et décidèrent d'un commun accord de pénétrer plus profondément dans la grotte, d'où semblaient venir les hurlements. En avançant, ils entendirent des clapotements, comme le bruit de l'eau d'une cascade. Ils se tenaient sur leurs gardes, s'attendant à tout, quand Saya se mit à rire. Itachi, qui ne pouvait pas comprendre, s'avança à pas feutrés, quand Saya elle, avançait joyeusement. Ils virent alors Yoji qui nageait tranquillement en massacrant une chanson qu'ils ne réussissaient pas à reconnaître :

- Ah, vous voilà ? Je ne vous ai pas attendu, hein ? Mais venez donc, elle est super bonne !

Saya commença de se déshabiller sous les regards alarmés de Itachi (NDLA : comme vous pouvez l'imaginer, Yoji est complètement à p), et, en sous-vêtements, elle rejoignit son ami dans l'eau et ils commencèrent à jouer comme deux enfants.

(Mais qu'est-ce que je fabrique avec ça ?)

Itachi regardait Saya qui serrait les dents et qui essayait d'empêcher Yoji de chanter en le noyant. Il souffla d'un air abattu et se déshabilla à sont tour pour les rejoindre. L'eau était tiède et limpide. Il attrapa Saya, que Yoji noyait à son tour, et la plaça sur son épaule tandis qu'il assommait le jeune homme d'un bon coup sur la tête. Puis il la déposa sur le rebord, juste sous la cascade et se posta bien en face d'eux quand Yoji vint les rejoindre en se frottant la tête :

- Et que je ne vous vois plus vous chamailler où je vous colle une véritable raclée !

Il les regardait avec un air de parent exaspéré. Les deux amis se tinrent dans les bras l'un de l'autre et frissonnèrent en apercevant son regard noir. Quelques instants après, ils éclatèrent tous les trois de rire et s'élancèrent à nouveau dans l'eau.

La journée passa aussi lentement qu'elle leur sembla courte. Tous trois se sentaient pressés, impatients même, à l'idée de combattre enfin. Mais, malgré toute leur excitation, ils étaient aussi remplis de quelque chose qui ressemblait à de l'appréhension. Ils pressentaient le danger tout de même important vers lequel ils se dirigeaient ainsi volontairement.

Comme à son habitude, Yoji ne cessa de s'amuser et de jouer les enfants en espérant distraire ses deux amis, et Saya joua un temps elle aussi. Pourtant, Itachi savait qu'elle n'allait pas. Il voyait bien qu'elle se battait en elle-même contre un démon bien plus puissant que tous les Orochimarus du monde. Etait-elle elle aussi porteuse d'un démon ? La veille de leur arrivée au repère d'Orochimaru, elle avait voulu le tuer et ses yeux étaient devenus rouges comme le sang. Etait-ce son démon ? Le combattait-elle encore en ce moment ? Plus les jours avaient passé et plus sa respiration s'était intensifiée. Elle avait souvent perdu le fil de leurs discussions (pourtant rares) et ne cessait de répondre avec colère et défi. Parfois, Itachi retrouvait la jeune fille douce qu'il connaissait, l'espace d'un instant, et son cœur se mettait à battre si fort qu'il avait l'impression d'entendre son pouls résonner dans toute la caverne.

Ce jour-là, elle semblait avoir atteint un point de souffrance encore jamais approché. Elle se força à être joyeuse toute la journée mais il discernait tout son mal. Sa respiration semblait de plus en plus difficile et elle ne cessait d'essuyer le plus discrètement possible la sueur qui perlait à son front. Itachi en la regardant se rappela le jour où ils s'étaient retrouvés dans le labyrinthe et il se maudit de ne pas avoir compris son état ce jour-là. Allait-elle encore souffrir en silence et continuer à les protéger ?

Il était tout à ses pensées quand il remarqua qu'elle le regardait en souriant :

- Qu'y a-t-il ? lui demanda-t-elle en s'approchant et en s'asseyant à côté de lui.

Il la regarda sourire sans réussir à comprendre comment elle pouvait encore se soucier de lui :

- Moi, rien, c'est toi qui ne vas pas.

- Je vais très bien, pourquoi dis-tu ça ?

- Tu ne penses quand même pas que je vais te croire ? Yoji aussi a remarqué, tu sais ?

- … Oui je sais, mais j'aurai préféré que tu fasses semblant de me laisser croire que ça marchait.

Comme d'habitude, elle lui souriait et seule la tristesse transparaissait dans sa voix. C'était la première fois qu'elle lui adressait un reproche même s'il s'apparentait plus à de la peine qu'à une critique. Elle avait la tête tournée devant elle, dans le vide, en proie à ses tourments. Itachi voulut la serrer contre lui mais il se retint et elle se leva aussitôt joyeusement, apercevant Yoji qui revenait tout fringuant.

Toute la journée, ils aiguisèrent et inventorièrent. Yoji déballa quantité de kunaïs et shurikens, les comptant un par un et les vérifiant. Il en plaça la majeure partie dans un sac à son côté, mais il en garda une dizaine un peu plus longtemps. Ceux-là, il les fit tremper dans un liquide vert transparent et ne les prit que le soir. Habillé de son long manteau noir aux nuages rouges, il tenait à la main droite une lance de plus de deux mètres de long et dont la pointe était précédé d'un ruban rouge effiloché.

Itachi ne portait sous son manteau qu'un katana de facture simple qu'il avait observé pendant plus d'une heure sans y toucher avant de le remettre dans son fourreau avec détermination.

Saya, elle, avait récupéré le manteau qu'elle portait en partant pour sa mission et avait enfilé son masque d'Anbu. L'espace d'un instant, elle avait repensé aux objectifs qu'elle avait en partant de Konoha et elle se rendit alors compte que pour la première fois depuis qu'elle était Anbu, c'est-à-dire depuis plus de quatre ans, elle n'avait pas rempli sa mission. Rien ne l'avait empêchée de la mener à bien. Elle était tombée sur Orochimaru et avait perdu mais à peine une semaine après elle était de nouveau sur pied. Et même si elle avait été faite prisonnière, elle aurait pu s'enfuir facilement, d'autant plus que Yoji lui avait fait promettre de ne pas parler d'eux mais jamais il n'avait mentionné l'obligation de rester (NDLA : Bon, d'accord, ça tombait sous le sens, mais tant que c'est pas dit…). Alors pourquoi être restée ?

Elle avait attaché ses cheveux en une natte serrée et était la réplique exacte de l'Anbu qui s'était battu contre Orochimaru. Ne lui manquait que son sabre.

Ils étaient prêts…

Le soir finit par arriver. Quelques heures plus tôt, ils avaient récapitulé la tactique d'approche qu'ils allaient utiliser. Aussi restèrent-ils muets quand ils décidèrent, d'un regard, qu'il fallait partir. Yoji tendit son arme à Saya et s'élança. Elle caressa le katana et l'accrocha dans son dos. A l'instant où elle allait s'élancer à son tour, Itachi attrapa sa main et la tira vers lui pour l'enlacer :

- Quand ce sera fini, je te dirai.

Elle lui sourit et l'embrassa tendrement :

- Quand ce sera fini, je partirai…