Shizu sorti de sa cachette. Dans la sienne, Shiita tremblait : sa blessure lui faisait mal et elle ne voyait plus rien. Elle chercha à rectifier sa position mais elle glissa. Shizu sursauta de nouveau, un bruit ayant retentit derrière elle, dans l'armoire. Elle ouvrit la porte et la vision d'une jeune fille se battant avec un balai la fit sourire. La jeune fille la regarda avec des yeux emplis de peur.
- Ne t'inquiète pas, lui dit la jeune femme en lui tendant la main pour l'aider à se relever, je ne vais pas te faire de mal. Comment t'appelles-tu ?
- Shiita…
- Ma fille portait le même nom que toi, murmura Shizu, les yeux remplis de tristesse. Mais dis-moi, tu n'es pas venue toute seule ?
- Non je suis venue avec mon père.
- Il doit te chercher. Qui est-il ?
- Je crains qu'il ne puisse plus faire grand-chose la où il est.
- Comment s'appelle-t-il ? répéta Shizu et cette fois, on sentait clairement l'espoir percer sous sa voix.
- Il s'appelle… commença-t-elle
- Que se passe-t-il ? demanda Shizu, presque inquiète de voir la jeune fille s'interrompre.
- Il arrive … !
- Qui ?
- Son double !
Un éclair de compréhension illumina les yeux bleu saphir de Shizu et, sans prendre le temps de réfléchir, elle pris Odion et alla le cacher dans sa chambre.
Elle se retrouva dans le couloir et dit à Shiita :
- J'ai tout compris. Viens avec moi, tu ne peux rester seule, c'est trop dangereux. De plus, tes blessures ont besoin de soins.
- Où m'emmenez-vous ?
- Tu peux me tutoyer.
Mais sans répondre, Shizu l'entraîna dans le couloir à sa suite et s'arrêta devant la porte n°5. Yami Yugi vint ouvrir.
- Shiita ! s'exclama-t-il étonné, Que fais-tu là ?
- Bien vous vous connaissez, ça posera moins de problèmes. Mon Pharaon, elle est blessée et a besoin de soins. Je te la confie prends-en soins s'il te plaît.
- Je vais m'en occuper répondit Yami, ne t'inquiète pas.
- Merci mon Pharaon … Bonne nuit.
- A toi aussi Shizu, répondit Yami en fermant la porte.
Il se tourna vers Shiita, éblouie par la lumière vive que diffusait l'halogène que Yami avait dans sa chambre. Le jeune homme alla baisser la lumière. Une voix ensommeillée l'interpella.
- Yami ? Demanda Yugi Qu'est-ce qu'il se passe ?
- Ne t'inquiète pas Yugi va te coucher.
- D'accord, je te laisse faire. Mais tu m'expliqueras hein ?
- Bien sur ! A condition que je ne sois pas en train de rêver !
Shiita senti ses jambes flageoler. Avant qu'elle ne puisse dire quoi que soit, elle s'effondra. Yami la rattrapa avant qu'elle ne touche le sol.
- Et bien ! Tu as l'air épuisée ! Viens t'allonger.
La portant à moitié, il l'allongea sur son lit. Elle se laissa faire. Jamais Yami n'avait senti un tel sentiment de soumission venant d'autrui. Elle n'eut presque aucune réaction lorsque Yami nettoya les plaies sur ses bras mais lorsqu'il toucha son dos, elle gémit et se crispa. Yami se redressa. Il pensa à la boîte à pharmacie que Téa lui avait laissée alors que Yugi s'était coupé. Il y trouva du désinfectant et des bandages.
- Redresses-toi, murmura-t-il avec douceur à la jeune fille. Voilà, c'est bien. Je peux ?
Le jeune homme désignait le T-shirt de la jeune fille. Shiita acquiesça silencieusement. Yami découvrit une fermeture éclair dans le dos de la jeune fille.
« C'est bien pratique » songea-t-il en tirant doucement dessus. En voyant le dos de la jeune fille, il eut une légère grimace et un froncement de sourcil : il était couvert de marques de coups dont certaines toutes récentes. Yami eut un éclair. Avant de perdre connaissance, Odion lui avait glissé dans la main un tube en lui disant « ça pourra vous servir ». Il plongea la main dans sa poche et en retira le tube. Une étiquette sur laquelle il était écrit « SHIITA » était collée dessus.
- C'est à toi ? demanda-t-il en lui montrant le tube.
- C'est Odion qui te l'as donné ?
- Oui, il a dit que ça pourrait me servir. Comme s'il savait ce qu'il se passerait…
Yami ouvrit le tube et fit couler de la crème sur ses mains.
- Ca… Ca te dérange si … je m'assoie sur tes hanches ? demanda-t-il d'un ton hésitant.
- Non … murmura la jeune fille dans un souffle.
- Bien, je ne suis pas trop lourd ? OK ça va peut-être être froid et piquer un peu …
- Je te fais confiance … murmura Shiita
Le jeune homme fut touché de cette marque de confiance. Il posa ses mains sur les épaules de sa « patiente » et commença à la masser d'abord délicatement. Peu à peu ses mains se firent insistantes. Au fur et à mesure qu'il massait la jeune fille, il sentait croître un fort sentiment d'affection puis ce sentiment fit place à quelque chose qu'il n'avait jamais éprouvé mais qu'il devina.
Shiita apprécia que Yami ne lui pose aucune question sur ses blessures. Elle eut beaucoup de mal à se détendre, enfin, sentant qu'elle pouvait lui faire confiance, elle s'abandonna aux mains de son masseur. Elle allait s'endormir lorsqu'une idée lui traversa brusquement l'esprit. Elle se leva, s'arrachant aux mains du jeune pharaon.
- Un problème ? demanda-t-il.
- Oui. Ma famille protège le Pharaon depuis plus de 5000 ans et…
Elle se retourna brusquement dos à Yami (mais face à un miroir) et baissa la tête, prenant soudain conscience ce qu'elle venait de dire.
Yami s'approcha d'elle et passa ses bras autour de son cou, appuyant sa tête contre son épaule. Il avait trouvé l'occasion qu'il cherchait pour lui avouer ses sentiments. Son instinct lui dicta de procéder lentement.
- C'est bien ce que je pensais …
- … Tu m'en veux ?
- Bien sûr que non. Moi aussi j'aurai caché mes origines avec un père comme le tien.
La jeune fille leva vers le reflet du garçon des yeux où perlaient des larmes et où se lisait l'incompréhension.
- Pardonne-moi, je me suis mal exprimé. Je voulais dire par-là que je suis censé être l'ennemi de ton père. Jamais je ne le dénigrerais ainsi, insinuant que tu ne l'aime pas alors que tu ne m'en as même pas fais part.
Shiita sourit à travers les larmes qui coulaient à présent sur ses joues. Yami la retourna et lui releva le menton. Pour la 1ère fois, Shiita plongea ses yeux dans ceux du Pharaon. Elle trouva dans ce regard ce qui lui avait toujours manqué : de l'amour, de la tendresse. Elle se blottit contre lui. Yami la serra dans ses bras et réalisa soudain qu'elle était toujours torse nu. Il sentit son visage s'empourprer néanmoins, il ne l'aurait pas lâchée pour … si peu. Il s'en voulait presque de penser ça.
- … Euh … Shiita ?
- Oui ?
- Tout à l'heure on parlait de Marek mais, je ne te promets rien quant à la manière de parler de Joey et des autres. S'il se permet de l'insulter devant sa sœur, il ne se gênera pas pour le faire devant sa fille.
- Oui je m'en doute …Mais ça ira.
- Tu es sûre ?
- Oui …
Il la sentit peser un peu plus sur ses bras et, poussant un profond soupir qui traduisait son amour il lui murmura :
- Tu dois être fatiguée. Viens, on va se coucher …
Il attendit. La jeune fille ne réagit pas. Arrivé devant son lit, il l'enlaça et se laissa tomber sur le matelas, la serrant contre lui. Il sentait les lèvres de la jeune fille contre son cou. Il murmura « pardonne-moi » avant de l'embrasser avec fougue. Il fut soulagé quand il constata qu'elle ne se déroba pas. Lorsque leurs lèvres se séparèrent, Yami la serra un peu plus contre lui.
- Je t'aime, souffla-t-il.
- J'avais remarqué merci, murmura-t-elle avec un sourire moqueur.
Yami se redressa et la regarda. Puis il retira son T-shirt et allongea le bras pour éteindre la lumière. Lorsque les seins de la jeune fille entrèrent en contact avec sa poitrine nue à présent, un agréable frisson lui parcouru l'échine. La jeune fille passa ses bras autour du cou du jeune homme et posa sa tête contre son épaule, dans son cou où elle déposa quelques baisers.
- Oh Shiita, murmura Yami.
- Hum ?
- Rien.
Il passa sa main dans le dos de la jeune fille.
- Demain je te présenterai à mes amis.
- Ils me connaissent déjà.
- Et bah vous vous connaîtrez mieux.
- Comme tu veux. J'ai une question à te poser, reprit-elle après un petit moment de silence.
- Je t'écoute.
- … Je ne sais pas comment t'appeler …
- Comment ça ?
- Je ne vais pas t'appeler Yugi. Vous n'êtes pas la même personne.
- Exact.
- Alors voilà mon problème.
- Appelle-moi Yami, mon Amour.
Elle leva les yeux vers lui. Se perdant à nouveau dans son regard.
- D'accord, murmura-t-elle enfin. Mais demain tu as des duels à livrer alors tu ferais mieux de dormir.
- Tu as raison Shiita, bonne nuit Chérie.
Dans le noir, contre le torse de son amant, une ébauche de sourire se dessina sur le visage de la jeune fille.
