LE SOUFFLE DU NEANT
Bonjour à tous. Voici un second chapitre mis en ligne avec quelques jours de retard. Bonne lecture.
Chapitre 2 : Départ pour Konoha
Cinq jours s'étaient écoulés depuis le sauvetage de Gaara. Comme le leur avait conseillé le seigneur du village du sable, les cinq guerriers envoyés par Konoha avaient profité de cette courte période de repos pour récupérer, au moins en partie, de la bataille. Le bras de Tenten n'avait pas eu le temps de se ressouder, mais Hyuga Neji avait recouvré la vue, même si l'usage du byakugan lui était encore interdit sous peine de grave rechute. Les trois autres ninjas étaient à peu de chose près remis de leurs blessures.
L'ambiance n'était pourtant pas au beau fixe. Pour tout dire, ces quatre jours d'attente, quoique nécessaires, s'étaient révélés bien pesants. Hakate Kakashi et Haruno Sakura semblaient, moralement, les plus atteints. Leurs retrouvailles inattendues avec l'ancien leader de l'équipe sept les avaient visiblement choqués et leur mutisme commençait à inquiéter Matto Gaï. Il était temps pour eux tous de mettre les voiles, de retrouver un peu d'air.
Peu avant six heures du matin, un chunnin de Suna vint leur annoncer que le Kazekage les attendait dans la grande salle du conseil. Les ninjas de Konoha lui emboîtèrent le pas. Tous les cinq avaient déjà bouclé leurs bardas et revêtu leurs tenues de combat, armes exceptées puisque leur port était interdit dans cette partie du village. Ils se sentaient soulagés de pouvoir enfin rentrer chez eux.
« Je vous salue, ninjas de Konoha, les accueillit Gaara quand ils entrèrent dans l'immense salle. Voici venue pour vous l'heure de nous quitter. Encore une fois, je tiens à vous remercier pour votre dévouement à mon encontre. Des… dispositions financières ont d'ailleurs été prises pour vous montrer ma reconnaissance. Et puisque je vois que vous êtes déjà prêts à prendre la route, il ne me reste plus qu'à vous confier ceci. »
Gaara s'approcha de Kakashi et lui remit le coffret contenant le message destiné à l'Hokage.
« Je compte sur vous, Hakate san, et sur tous vos camarades. Ne perdez pas de vue que cette missive pourrait bien changer le cours des guerres que nous menons ensemble contre Orochimaru et l'Akatsuki.
- Votre confiance nous honore, Kazekage sama, répondit Kakashi en s'inclinant. Nous vous souhaitons prompt rétablissement.
- Allez, à présent, conclut le seigneur des lieux. Ma meilleure équipe vous attend comme promis pour vous escorter. Vous la rejoindrez à la passe de Kyon. Ne vous attardez pas, car le temps nous est compté. »
Les cinq ninjas de Konoha saluèrent et sortirent de la salle. Quelques minutes après leur départ, une silhouette émergea de la pénombre.
« Sans vouloir vous offenser, Kazekage sama, fit-elle pince sans rire, vos invités m'avaient l'air bien pressés de partir. Et soulagés que vous leur en ayez donné la permission.
- La faute à qui , demanda simplement le maître du désert.
- Un point pour vous, concéda la silhouette.
- Je me demande quelle tête ils feront quand ils verront ce qui les attend, remarqua malicieusement le chef de Suna.
- Venant de vous, ce n'est pas étonnant, répondit l'inconnu.
L'homme s'approcha du kazekage en ôtant sa capuche. Son visage était serein, mais ses yeux exprimaient une sincère tristesse.
« Vous avez toujours eu le chic pour nous mettre tous les deux dans le pétrin, seigneur... Mais là, j'ai bien peur que vous ne vous soyez surpassé.
- Question de point de vue, répondit simplement le maître du sable en dodelinant de la tête.
- Par définition, je vous l'accorde. Cependant, j'aurais préféré que les évènements prennent une autre tournure, je vous assure.
- J'en suis conscient. Mais je ne suis probablement pas responsable de ce qui se passe. Tu es mieux placé que quiconque pour le savoir.
- Bien sûr», admit l'homme.
Gaara se tourna plus franchement vers son interlocuteur.
« Dis moi plutôt ce qui te trouble à ce point, demanda-t-il. Est-ce ce que tu vas laisser ici, ou bien ce que tu vas trouver là-bas ?
- M'en voudrez-vous si je vous répond : les deux , fit l'homme.
- Non. Je prends cela comme une marque d'amitié.
- Vous souriez Kazekage. N'avez-vous donc pas peur de ce qui va arriver ?
- C'est une très bonne question vues les circonstances, répondit Gaara, après avoir feint quelques secondes de réflexion.
- Je vous en prie, seigneur. Le moment est mal choisi pour nous livrer à ce petit jeu.
- Au contraire, mon ami, puisque c'est peut-être la dernière fois que nous pouvons y jouer. Alors, ton avis ?»
L'homme ouvrit la bouche, mais garda le silence durant de longues secondes.
« Je n'en sais rien, finit-il par avouer. Après tout, je puis me tromper. Vous savez bien que je n'ai toujours pas trouvé d'explication à ce mystère.
- Exact, trancha le kazekage. Et c'est précisément pour ça, si tu veux mon avis, que tu dois repartir.
- Je ne vois pas du tout le rapport, grommela la silhouette. Sincèrement, je ne pense pas pouvoir poursuivre ce travail à Konoha. Je vous rapelle, au cas où vous l'auriez déjà oublié, que je ne suis pas vraiment bien vu, là-bas.
- Pas bien vu là-bas, railla ouvertement le seigneur de Suna. Tu as parfois des réflexions tellement incroyables que je me demande si tu ne te moques pas de moi. Mis non, tu es sincère. A croire que tu es resté aussi impulsif et irréfléchi qu'autrefois. Dis-moi, tu ne vas quand même pas partir en me laissant une aussi mauvaise impression ?
- Qu'est-ce que cela peut faire si j'ai raison , rétorqua l'homme un peu vexé.
- Si tu as raison, tu ne sais justement pas ce que cela pourrait changer. Et si tu as tort… et bien, cela t'évitera de passer pour un idiot », sourit Gaara.
L'homme ne répondit rien. Il scruta Gaara un moment de ses yeux rouges et pénétrants, puis finit par lui demander.
« C'est probablement la dernière fois que nous jouons ensemble, seigneur. Quand bien même l'un de nous reverrais l'autre. Alors, ne pouvez vous faire une exception ? Ne pouvez vous pas répondre, juste pour cette fois, à ma question ? »
Gaara secoua la tête.
« Je pourrais le faire, dit-il. Mais cela ne changerait rien pour toi, puisqu'en la circonstance, ma réponse n'aurait aucune valeur. Ou en tous cas pas plus que ta question, qui est très mal posée, je te signale. »
Gaara se tue et croisa les bras, marquant ainsi sa volonté de clore la discussion. L'homme baissa le regard, sans insister davantage. Il avait l'air découragé. Alors Gaara s'approcha de lui et lui mis la main sur l'épaule.
« Tu dois partir à présent, lui rappela-t-il. Tu as un rendez-vous que tu ne peux pas manquer. Alors va.»
La silhouette s'inclina, recula de quelques pas et disparu dans la pénombre. Ensuite, Gaara fut seul.
Quatre à cinq heures de marche séparaient le village ninja de Suna et sa forteresse supérieure de Kyon de la passe du même nom. Kakashi, Gaï et leurs jeunes compagnons les avalèrent sans encombre. Aucune tempête ne les ralentissait, cette fois, et leurs blessures, bien soignées, ne les retardaient presque plus. Le guide qui avait accompagné l'équipe sept, quatre jours auparavant, avait pris la tête de la colonne. Il rebroussa chemin une fois la passe à portée de voix, après s'être assuré de la présence de l'escorte. Kakashi et Sakura le remercièrent une dernière fois et s'engagèrent dans la passe avec leurs compatriotes. Installés sur les contreforts d'un des mamelons rocheux, trois personnes se levèrent à leur approche. L'une d'elles marcha même franchement à leur rencontre. A sa vue, le visage de Sakura s'éclaira.
« Temari ! s'écria-t-elle comme une gamine.
- Sakura, reprit celle-ci en imitant le ton de son ami pour la taquiner.
- Oh ça va, ça va, grogna la jeune Haruno, tout à fait consciente de la manœuvre. Moi qui ai failli être contente de te voir.
- Failli seulement ? sourit la sœur du maître de Suna. Tout va bien alors. »
Hakate Kakashi s'approcha des deux jeunes filles.
« Pardonnez moi de vous interrompre, fit-il à l'adresse de Temari, mais, est-ce vous qui devez nous escorter vers Konoha ?
- Précisément, maître Hakate, répondit la guerrière du vent. Cela vous convient-il ?
- On ne peut mieux, princesse, approuva Kakashi en s'inclinant brièvement.
- Nous présenterez vous vos deux coéquipiers ? » intervint Gaï Matto en désignant du doigt les silhouettes encapuchonnées qui se tenaient une dizaine de mètres plus loin.
Temari ne répondit pas tout de suite. Un instant durant, elle eu même l'air gênée.
« Ce ne sont pas, à proprement parler, mes coéquipiers, expliqua-t-elle. Mais mon frère tenait à vous fournir l'escorte la plus fiable qu'il puisse réunir. Quant aux présentations… elles seront inutiles. Vous les connaissez déjà.»
Les ninjas de Konoha se regardèrent brièvement. Un doute effleura au même moment leurs esprits.
« Non, finit par dire Rock Lee comme pour rassurer ses coéquipiers. Même Gaara n'est pas assez pervers pour ça.
- Et bien…, hésita Temari… en fait…
- De grâce, dis leur les choses clairement qu'on en finisse une fois pour toute », coupa d'un ton tranchant l'un des deux autres membres de l'escorte.
Cette intervention glaça le sang des ninjas de Konoha, qui avaient reconnu la voix sans aucun mal. Kakashi, cette fois, se reprit très vite.
« Qu'est-ce que cela veut dire ? demanda-t-il à Temari. Si c'est une plaisanterie, elle est d'un goût douteux.
- Ce n'est pas une plaisanterie, Hakate san, intervint le troisième membre de l'escorte en s'approchant à son tour.
- Kankuro, laisse moi donc leur expliquer les choses, le coupa sa sœur avant qu'il ne puisse continuer. Le Kazekage vous a promis ses trois meilleurs guerriers, Hakate san, poursuivit la jeune fille en se tournant vers le jounin. Il a simplement tenu parole.
- C'est bien ce que je disais, constata Kakashi en hochant la tête. C'est une plaisanterie et elle est de très mauvais goût. Vous ne pensez tout de même pas, avec tout le respect que je vous dois, Temari sama, que nous allons accepter de voyager en compagnie de cet individu ? Et pire encore, de l'amener jusqu'à Konoha ?
- C'est pourtant bien ce que vous allez faire, Hakate san, répondit la princesse du sable sans ciller ni baisser les yeux. Par ordre de votre Hokage elle-même.
- Pardon ? » fit Kakashi, soufflé.
Temari sorti un petit rouleau de sa poche. Il portait le sceau de Konoha et celui de Tsunade. L'homme au sharingan brisa les cachets et lu la missive.
« Mais… mais enfin qu'est-ce c'est que cette histoire de fou ? murmura-t-il. Ce message ne rime à rien.
- Que dit-il, Kakashi ? » intervient Gaï pendant que Rock Lee, un comble, s'efforçait de calmer Sakura dont le sang bouillonnait déjà.
Le jounin hésita. Son ancien élève, toujours à l'écart du groupe, sourit et l'encouragea.
« Ne vous gênez pas pour moi, Kakashi sensei, fit-il en souriant. Je connais parfaitement la teneur de cet ordre.
- Ne fais pas attention à lui, poursuivit Gaï en essayant d'ignorer l'ancien ninja de Konoha. Que dit l'ordre ?
- L'ordre dit que nous devons rejoindre au plus vite Konoha avec l'escorte accordée par le seigneur de Suna, expliqua Kakashi. Sauf qu'une fois arrivée sur le territoire du village, nous… et bien nous devrons…
- Vous devrez me mettre en état d'arrestation et me remettre aux autorités du village caché afin que je puisse être traduit en justice, acheva l'ancien élève de Kakashi, que les coups d'œil du sensei amusaient visiblement.
- Pardon ? fit Gaï, estomaqué.
- C'est bien ce qui est écrit dans le message, confirma Kakashi.
- Mais… c'est totalement absurde, intervint Neji Hyuga. Cela veut dire qu'on doit arrêter quelqu'un chargé de nous escorter et qui sait parfaitement qu'on va lui tomber dessus à peine arrivé à destination ?
- Bonjour l'effet de surprise, marmonna Tenten.
- Ne vous en faites pas pour cela, coupa Temari. Nous avons chacun reçu des ordres stricts concernant cette mission. Tout se passera comme il est écrit… à moins qu'une intervention extérieure ne nous force à changer nos plans. »
Les cinq ninjas de Konoha se regardèrent un moment, éberlués. Formés et entraînés pour exécuter les ordres de l'Hokage sans jamais sourciller, ils ne pouvaient pourtant pas s'empêcher, cette fois, de se poser de sérieuses questions. Quoiqu'il en soit, les instructions de Tsunade étaient très explicites.
« Bien, finit par acquiescer Kakashi. Puisque telle est la volonté de l'Hokage, nous ferons comme il est dit dans ce message. Avec tout ce que cela implique, acheva-t-il en lorgnant du côté des guerriers de Suna.
- Ne vous inquiétez pas pour ça, lui lança Kankuro en souriant. Ce sera l'arrestation la plus facile de votre carrière.
Et aussi le voyage le plus pénible, j'en ai peur », conclu l'homme au sharingan.
Assis sur son trône, installé au milieu de la grande table du conseil, Gaara s'apprêtait à s'assoupir. Un léger souffle de vent caressait agréablement sa joue. La porte de la salle était grande ouverte à présent. Mais cela n'avait plus d'importance. Le seigneur du désert avait longtemps attendu cet instant. Sans doute l'effet de la curiosité morbide d'un esprit malade, toujours au bord de la folie. Du reste, ces derniers mois n'avaient rien fait pour arranger cet aspect de sa personnalité.
Gaara sourit. Depuis longtemps, il était persuadé qu'il finirait cette aventure dans la plus complète des solitudes. Mais le destin semblait lui accorder quelques faveurs. Si l'on pouvait, du moins, nommer ainsi la force incroyable qui se manifestait à nouveau devant lui.
« Kankuro, Temari, je ne m'attendais pas à vous trouver ici, leur avoua-t-il.
- Pour quelle raison ? s'étonna le premier nommé. N'est-ce pas bientôt l'heure de la réunion du conseil ?
- A moins que tu ai décidé de te passer de nous pour cette fois », railla Temari.
Le sourire de Gaara s'agrandit encore.
« C'est très bien, approuva-t-il pour lui même. Avec vous deux, je sais que tout se passera bien.
- Comme d'habitude, répondit Kankuro. Tu en as douté ?
- Tu n'a pas l'air dans ton assiette, Gaara, s'inquiéta brusquement sa sœur. Quelque chose ne va pas ?
- Non, non, répondit Gaara. Tout va très bien. Et je suis très heureux de pouvoir partir avec vous. Ou, au moins, de pouvoir vous dire au revoir.
- Qu'est-ce que tu racontes , demanda Kankuro. Ca veut dire quoi ce charabia ?
Temari allait parler à son tour lorsqu'un gigantesque craquement se fit entendre au dessus de leurs têtes. Une énorme fissure apparu au plafond, et deux colonnes s'affaissèrent dans un bruit sourd. Les trois ninjas n'eurent pas le temps réagir, car les grands conseillers faisaient au même moment leur entrée. Lentement. Incroyablement lentement. Ceux qui, il y a encore quelques heures, faisaient figure de puissants guerriers, se mouvaient à présent avec l'agilité et la vitesse de vieillards à l'article de la mort, avançant mécaniquement, silencieusement, sans sa soucier du plafond qui s'effondrait sur eux par pans entiers. Leurs visages déjà ridés se creusaient à vue d'œil. Soudain, l'un d'eux craquela, puis, se brisa, sans que l'homme n'en paraisse affecté, qui continuait de marcher avec une joue en moins.
« Qu'est-ce… qu'est-ce qui se passe, trembla Temari. Qu'est-ce qui leur arrive ?
La même chose qu'à nous », répondit simplement Gaara.
La princesse du sable se tourna vers son frère, effrayée. Elle voulu crier, mais le son se bloqua dans sa gorge. Le maître de Suna venait de prendre près d'un demi siècle d'âge en quelques secondes. Son masque de sable se fissurait, mais les crevasses ne découvraient aucune peau, aucune chair, aucun muscle. Sous le sable, il n'y avait… que du vide. Temari tremblait. Et cette fatigue, cet épuisement qui l'envahissait à toute vitesse. Sans s'en rendre compte, elle s'effondra sur ses genoux, qui explosèrent sous l'impact, avant que la jeune fille ne se désagrège totalement.
« Alors… il avait raison ? s'étrangla Kankuro d'une voix déjà décharnée.
Oui, il avait raison », acheva Gaara, agonisant, dans un ultime effort.
Mais il n'y avait déjà plus personne pour entendre sa réponse.
