Le souffle du néant

Chapitre 6 : Accord secret

Bonjour. Voici le sixième chapitre, qui arrive avec un peu de retard. Le prochain est déjà sur les rails, mais je m'arrête d'écrire pendant sept à dix jours, pour profiter au mieux de mes vacances. N'hésitez pas à m'envoyer vos remarques, vos critiques. Bonne lecture à tous.

« Ainsi, te voilà revenu. » C'était assurément une étrange façon d'entamer un entretien aussi crucial. A la fois banale et pompeuse, cette entrée en matière manquait cruellement d'à-propos. Et l'homme de penser que, peut-être, l'hokage qui se tient devant lui n'est plus tout à fait la même que celle qu'il a rencontrée il y a grosso modo trois ans. Bien sûr, il ne peut pas prétendre l'avoir intimement connue, mais il lui semble que l'ancienne Tsunade aurait préféré entrer directement dans le vif du sujet, sans s'embarrasser d'introduction inutile. L'homme, de fait, se sent légèrement mal-à-l'aise. Mais peut-être est-ce un effet voulu ?

« Avez-vous bien reçu mon message ? » jette-t-il finalement d'un ton sec en guise de toute réponse.

L'hokage sourit d'un air mauvais.

« C'est évident, fait-elle remarquer à son invité. Sinon, tu n'aurais pas franchi vivant le seuil de cette tour. »

L'homme esquisse à son tour un semblant de rictus. Au moins a-t-elle toujours autant de répartie. Si la force et la technique sont des qualités essentielles à l'obtention d'un titre de kage, ces derniers sont néanmoins toujours choisis parmi l'élite intellectuelle des villages cachés. De plus, rhétorique et dialectique, si utiles aux bavardages diplomatiques ou aux harangues publiques, font partie intégrante de leur formation.

Pendant que l'homme réfléchissait, l'hokage a plongé la main dans le tiroir supérieur de son bureau et en a sorti le fameux coffret confié quelques semaines plus tôt à Kakashi. Elle le déroule maintenant devant son interlocuteur. A première vue, le parchemin est vierge. Mais voici que Tsunade passe doucement la main le long de la bande de tissu. Une poignée de secondes plus tard, un message apparaît.

« Comme tu peux le constater par toi-même, j'ai bien pris connaissance des informations que contient ce rouleau, confirme la sanin de légende en hochant doucement la tête.

- Et donc... » poursuit son invité, dont le ton laisse apparaître une pointe de lassitude devant tant de solennité.

L'hokage fixe l'homme dans les yeux. Visiblement, elle n'aime pas ses manières. Cependant, elle semble troublée. Ce qui, au vu de ce qu'elle vient d'apprendre, cela n'a rien d'étonnant.

« Et donc, j'ai besoin d'y voir plus clair avant de prendre quelque décision que ce soit, répond-t-elle. Je voudrais être certaine d'avoir bien compris ce qui est écrit sur ce rouleau. Je vais tâcher de simplifier les choses en les résumant. Je voudrais que tu m'arrêtes si je bute sur un point important, ou si je fais un contresens. »

L'homme hoche la tête en signe d'assentiment. Les précautions prises par l'hokage lui semblent louables, encore qu'elles ne soient guère nécessaires, car le récit qu'elle lui fait ne comprend aucune erreur. Quelques minutes suffisent au leader du village de la feuille pour résumer la situation. Une fois l'exposé achevé, Tsunade adresse un regard interrogateur à son invité.

« Je ne vois rien à ajouter, conclu celui-ci. Vous avez tout dit, et tout compris. »

L'hokage soupire d'un air épuisé. Elle se laisse tout doucement aller en arrière, enfonçant son dos et ses épaules dans le cuir tendre de son fauteuil tout en croisant les bras devant sa poitrine, toujours aussi impressionnante. Elle n'a pas quitté l'homme du regard. Elle voudrait poursuivre, c'est évident. Mais par où commencer ?

« Te rends-tu seulement compte de ce que tu racontes, finit-elle par demander. Je veux dire… par delà le dégoût que continue à m'inspirer tes actes, j'aimerais te faire comprendre... Mesures-tu le degré d'absurdité de ce qui est écrit dans ce rouleau? Et sais-tu qu'on a interné des aliénés mentaux pour bien moins que ça ?

- Permettez-moi de vous corriger, hokage-sama, précise l'ancien ninja, amusé malgré lui : techniquement parlant, ce n'est pas moi qui prétend quoique ce soit,. En tout cas, pas dans ce rouleau. Alors, pour ce qui est de l'internement...

- Ne joue pas sur les mots s'il te plaît, rétorque brusquement l'hokage, un ton plus haut. Ce sont mon écriture et mon sceau, je le sais fort bien. Mais il a tout de même fallu que quelqu'un me donne ces informations pour que je puisse me les envoyer à moi-même par l'intermédiaire de ce… comment est-il sensé s'appeler déjà ?

- Gaara, Hokage sama. Il s'appelait Gaara, et il était kazekage du village de Suna.

- Autre histoire proprement incroyable, note Tsunade.

- Mais dont vous avez vous-même corroboré la stricte véracité dans ce rouleau, fait remarquer l'homme.

- Même si j'en meurs d'envie, je ne peux pas le nier, reconnaît l'hokage. Et c'est heureux pour toi, car jamais je n'aurais pu croire un traître mot de cette histoire de fou si je n'avais pas lu ce parchemin.

- Je m'en doute, répond l'ancien ninja de Konoha. Et vous vous en doutiez aussi. C'est justement pour cela que nous avons vous et moi décidé d'employer ce stratagème. C'était la seule façon de prouver que cette histoire de fou, comme vous l'appelez, est authentique. »

Cette fois, Tsunade ne trouve rien à répondre.

Cette situation doit lui paraître inimaginable, ubuesque, songe l'homme. Non, mieux encore : cauchemardesque. De par sa nature même, et surtout de par ce qu'elle implique pour eux tous. Oui, de son point de vue, ce doit être proprement monstrueux.

« Puis-je vous demander ce que vous comptez faire, à présent ? demande l'homme d'une voix un peu moins dure que cellle qu'il a employé jusqu'ici.

- Je ne sais pas encore, hésite l'hokage.

- Pardonnez mon impertinence, s'excuse l'ancien ninja, mais je n'en crois rien.

Pardon ? » s'étonne Tsunade.

L'homme se fend à nouveau d'un petit rictus. Voici l'occasion de flatter cette chère Tsunade, songe-t-il, tout en lui faisant bien comprendre que je ne suis pas dûpe de sa petite comédie.

« Vous êtes l'hokage du village caché de Konoha, reprend-t-il. J'ai peine croire que vous soyez aussi désemparée que cela. Si l'on me demandait mon avis, je dirais que vous pensez déjà à une manœuvre, mais que vous avez besoin de temps pour assurer vos arrières contre nos ennemis communs… ou contre moi. Je me trompe ?

- Tu es très perspicace, avoue l'hokage avec un regret évident dans la voix. Ta remarque n'est pas tout à fait infondée. Cependant, j'ai en prime d'autres soucis en tête.

Puis-je savoir lesquels ? »

L'homme a hésité un instant avant de poser la question, craignant que la sanin de légende ne lui trouve un peu trop de culot. Après tout, il est loin d'être en position de réclamer ce genre d'information. Mais son interloctrice ne semble pas choquée.

- Bien sûr, puisqu'ils concernent notre affaire, répond-t-elle. A ce propos, d'ailleurs, sais-tu quelque chose des dernières manœuvres des troupes du Son?

- Comment le pourrais-je, réplique le jeune homme en haussant les épaules. Cela fait plus de deux ans que j'ai quitté Orochimaru. De plus, je ne vois pas trop en quoi cela me concerne. A moins que le Son ne projette d'attaquer directement Konoha dans les prochains jours.

- Pas Konoha. En tout cas pas officiellement, si je puis dire. Mais nous avons reçu, pendant que toi, Kakashi et les autres voyagiez dans le désert, un appel au secours de notre allié de la brume. L'équivalent de trois légions entières des troupes d'Orochimaru venaient de pénétrer dans les territoires frontaliers et faisaient route à marche forcée vers la capitale.

- Trois légions vers le village de la brume ? Voilà qui est étrange, remarque l'homme en fronçant les sourcils. Depuis quand Orochimaru a-t-il assez d'hommes sous ses ordres pour tenter une tel mouvement? Que la disparition du village du Sable ait modifié les équilibres stratégiques du continent se comprend aisément. Mais le serpent n'a pas pu s'en servir pour gonfler ses propres troupes. Et puis, pour quelle raison attaquer dans ce secteur ? Quitte à mobiliser autant de forces, autant lancer une attaque frontale. Et il aurait pu vous atteindre beaucoup plus vite en longeant la frontière vers le sud, puis en traversant les Montagnes rouges à notre suite.

- Nous avons échafaudé plusieurs hypothèses en estimant les gains qu'Orochimaru pouvait tirer d'un mouvement vers la brume. Et le problème, c'est que la seule qui soit théoriquement plausible, du moins en nous basant sur les informations dont nous disposons, ne tient pas la route dans la pratique.

- C'est amusant remarque l'homme. On jurerait entendre parler le brillant Nara en personne.

- Peu importe, coupe l'hokage. Ce qui compte, c'est que le gain le plus substanciel qu'il puisse tirer de cette attaque est l'affaiblissement de nos propres défenses.

- Vous penser que cette attaque ne serait qu'une simple diversion , s'étonne l'homme après un temps de réflexion. Cela ne tient pas debout. En admettant qu'il affaiblisse vos défenses en vous obligeant à envoyer des troupes au secours de vos alliés de la brume, il ne pourrait en tirer profit que s'il disposait des forces suffisantes pour lancer une seconde attaque directement sur Konoha. Cela exigerait qu'il dispose d'un très grand nombre de soldats. Au moins six légions au complet. Cest bien plus qu'il ne pourra jamais en avoir.

- C'est aussi ce que nous nous sommes dits, confirme l'hokage. Seulement voilà, c'est à Orochimaru que nous avons à faire. Un homme dangereux et fou à lier, mais capable d'accomplir des miracles pour atteindre ses objectifs. Même s'il n'existe qu'une chance sur un million pour qu'il dispose d'un tel nombre de ninjas sous ses ordres, je ne peux me permettre de négliger cette possibilité. D'autant qu'il existe une autre hypothèse qui lui serait encore plus favorable…

- Laissez moi deviner, hokage sama, l'interrompit l'ancien ninja de Konoha. Cette autre hypothèse, c'est la trahison du village de la brume, n'est-ce pas ?

- Tout juste, sourit l'hokage. Ce village n'a pas les moyens de lutter à armes égales contre nous, mais il pourrait avoir fait alliance avec Orochimaru. Leur plan serait alors d'attirer une partie de nos forces sur le territoire de la brume et de l'y piéger, tandis que le gros des troupes du Son déferlerait vers Konoha pour tenter une attaque directe.

- Si je puis me permettre : allez-vous finalement envoyer des hommes là-bas ? demande le jeune homme.

- Tu peux te permettre, approuve l'hokage. Et ma réponse, c'est que c'est déjà fait.

- Malgré tous les risques que cela comporte ? Intérieurs et extérieurs?

- Les chances pour qu'il s'agisse d'une diversion ou d'un piège sont faibles, nuance Tsunade. Et je ne peux évidemment pas risquer de perdre un allié précieux s'il est réellement attaqué.

- Bien sûr, sourit le jeune homme. D'autant que si Konoha abandonne un allié dans le besoin, les autres ne tarderont pas à faire défection et risquent même de rallier le son, fournissant du même coup de nombreuses troupes à Orochimaru… Vous êtes donc forcés d'envoyer des hommes sûrs vers les territoires de la brume en les prélevant sur les forces qui assurent votre propre défense. La manoeuvre est très habile, et Konoha rique bien de perdre cet échange quelle que soit sa réponse.

Le serpent n'est pas un imbécile, conclu l'hokage. Il a tout combiné à la perfection. »

L'homme soupire. Il savait, avant de prendre la route, que sa venue à Konoha comportait un certain nombre de risques, mais il n'avait pas anticipé une intervention d'Orochimaru. Même si elle reste improbable, une telle possibilité l'oblige à reconsidérer ses plans. Il va devoir accélérer leur exécution, au prix d'une restriction considérable de sa marge de manoeuvre.

« Le plan d'attaque d'orochimaru a beau être bien conçu, il a cependant une faiblesse, constate finalement l'homme.

- Effectivement, admet l'hokage. Les informations que tu m'as donné permettent de considérer les choses sous un jour nouveau. Je sais depuis fort longtemps que plusieurs espions du Son se cachent parmi les ninjas de Konoha. Et je commence à voir clair dans le jeu de celui qui les manipule. A dire vrai, la connexion m'apparaît à présent comme une évidence, même si je répugne à l'idée qu'un des nôtres a pu se commettre d'une façon aussi folle. Malgré tout, même si nous ignorons les détails du plan d'Orochimaru, nous avons désormais, sans qu'il le sache, une longueur d'avance sur lui."

L'hokage sourit à nouveau d'un air mauvais. Visiblement, l'imminence d'une confrontation directe avec son ancien coéquipier n'est pas pour lui déplaire entièrement. L'homme, pourtant, s'étonne de la facilité avec laquelle elle lui accorde sa confiance. Il aurait cru, malgré le stratagème du rouleau et du sceau, qu'elle serait plus difficile à convaincre. Il n'y a rien de tel qu'une conversion trop rapide pour faire naître les soupçons. Et l'homme se dit qu'il ferait mieux de surveiller discrètement ses arrières.

« Ces considérations tactiques sont évidemment très intéressantes, Tsunade sama, reprend l'homme. Cependant, j'aimerais, si cela ne vous ennui pas, que l'on en revienne à ma modeste affaire. Vous savez ce que je suis venu chercher ici. Vous savez aussi ce que je suis prêt à vous donner en échange. Et à voir votre visage, je suis presque certain que vous avez déjà pensé à entirer profit. Est-ce que je me trompe?

- Bien sûr que non, répond l'hokage. Je ne t'ai pas fait revenir en tant que prisonnier pour rien, figures-toi.

- Comment ça? s'étonne l'ancien ninja de la feuille. Compte tenu des circonstances, je ne vois pas comment vous auriez pu...

- Tu n'es pas le seul à pouvoir jongler avec le passé, jeune homme, coupe la sanin de légende avec un sourire de triomphe.

- Que voulez vous dire?

- Le message que je me suis envoyé contient un certain nombre d'informations codées qui complètent ton propre compte-rendu, poursuit l'hokage. Parmi elles se trouvent les éléments d'une réflexion menée par mes soins sur les stratégies d'intervention envisageables contre des espions du Son.

- Ces stratégies restent-elles valides malgré l'immincence d'une attaque venue de l'extérieur? s'enquiert l'homme.

- L'une d'entre elles prévoit ce cas de figure, précise l'hokage. Elle est spécialement bâtie pour contrer une attaque massive du son combinée à une tentative d'assassinat sur ma personne.

- Quel rapport avec mon statut de prisonnier? s'enquiert à nouveau l'ancien ninja de la Feuille.

- Oh, c'est très simple », sourit l'hokage, qui invite silencieusement son invité à se rapprocher avant de lui exposer son plan.