Le souffle du néant

Bonjour à tous. Me revoici frais et dispo après dix jours de vacances. Il est trois heures du matin et plusieurs dizaines d'ouvriers fous s'échinent à filer des coups de pioches, de marteaux piqueurs et autres engins démoniaques sur les voies de chemin de fer situés à moins de quatre cents mètres de chez moi. Je les maudit copieusement depuis onze heures hier soir et envisage sérieusement de déménager. En attendant, voici le septième chapitre de ma fic. Vous y apprendrez (enfin) l'identité du traître autour duquel tourne le scénario. Un grand merci à tous ceux qui m'ont envoyé des commentaires. J'ai essayé de tirer partie de vos remarques pour améliorer mon récit. N'hésitez pas à m'en envoyer à nouveau. Bonne lecture.

chapitre 7: identité

Quatre murs de pierre nue, un parquet, un plafond, un matelas bourré de paille, une table de chevet, un toilette. Ce décor n'à sûrement rien d'idyllique, mais lorsque l'on a passé plus d'un mois à voyager et à dormir à même le sol pour finir en camisole, il suffit de bien peu pour se sentir à son aise.

L'homme a quitté le bureau de l'hokage voici deux heures. Shizune, toujours aussi causante, et ses quatre molosses l'ont « escorté » jusqu'au troisième sous-sol de la grande tour, puis enfermé dans cette pièce d'une dizaine de mètres carrés péniblement éclairée par deux lanternes à huile. L'homme n'est même pas déçu. Il a payé très cher pour savoir que Konoha réserve habituellement un sort beaucoup plus douloureux aux déserteurs, traître, espion et autres vermines en tout genre auxquelles il appartient. Et ce ne sont ni les informations qu'il a révélées à Tsunade, ni l'accord qu'il a passé avec elle qui justifieront un meilleur traitement. Il a tué trop des leurs pour espérer mieux que ce qu'on lui offre aujourd'hui.

L'hokage, du reste, ne lui a pas caché que son enfermement correspondait à un double impératif de sécurité.

« Je ne peux pas permettre que ta présence soit révélée dans le village avant que nous soyons prêts à passer à l'action, lui a-t-elle expliqué. S'il t'arrivait quelque chose, nous en paierions le prix fort. En outre, j'aimerais également être sûr que tu t'en tiennes strictement au plan que j'ai mis au point. Je ne veux pas risquer que tu dévies, ne serait-ce que d'un iota, de cette ligne. »

Circonvolutions bien inutiles pour lui signifier qu'elle n'a aucune confiance en lui. L'homme ne s'en est pas ému. Le passé, ce qu'il en reste tout du moins, ne parle pas en sa faveur. De toute façon, il se moque bien des précautions de l'hokage. En trois ans, il a beaucoup changé. Les enseignements qu'il a reçus et son voyage initiatique l'ont rendu puissant. Terriblement puissant. S'il lui prenait l'envie de sortir de ce cachot amélioré, il faudrait bien plus qu'un mur de pierre, quelques jounins et un chapelet de parchemins de confinement pour le retenir. Heureusement pour ses gardes, il n'est pas venu chercher querelle à ses anciens compatriotes. Il a même tout intérêt à ce que le plan de Tsunade réussisse. Dans un premier temps, au moins. Et ensuite? Ensuite, de deux choses l'une: ou Tsunade lui accorde ce qu'il souhaite, et il s'en va; ou Tsunade ne le lui accorde pas, et il lui faudra employer la force. Le tout avant qu'Orochimaru n'ait eu le temps de faire une apparition surprise, si jamais le maître serpent en a l'intention.

L'homme n'a donc plus qu'à attendre. Il est environ midi, et le grand show ne débutera pas avant ce soir. Son intervention, quant à elle, est prévue pour le lendemain. Il a de quoi voir venir, même si ce laps de temps paraît bien court pour monter un piège de cette envergure.

L'homme sourit en se remémorant les étapes du plan. Que de complications pour ce qui pourrait être exécuté, le mot n'est pas trop fort, d'une façon si simple! Dans le pire des cas, il aurait même pu se charger en personne de la besogne. En un sens, cela l'aurait arrangé. Il se serait lui-même servi sur le tas. Il l'a d'ailleurs proposé à Tsunade. C'était au moment ou elle démarrait sa troisième tasse de thé. Et l'homme a bien cru qu'elle allait s'étouffer avec. Il faut reconnaître que, du point de vue de l'hokage, cette éventualité n'offrait comme seul avantage que la simple facilité. Car pour ce qui est du reste...

« Combien de temps crois tu que je resterais en poste, lui a-t-elle demandé, si j'annonçais à la population que j'ai ordonné à l'ennemi public numéro un de Konoha de se balader dans le village en tuant tous les ninjas qu'il m'a lui-même désigné comme étant des espions à la solde d'Orochimaru? »

Réponse: pas longtemps. C'est évident. L'objectif de Tsunade n'est pas de procéder à un simple nettoyage, déjà délicat vu le nombre et les situations des ennemis à éliminer. L'hokage doit impérativement conserver, dans le même temps, la confiance des villageois et des ninjas. Ce qui va être d'autant moins évident que les informations sur lesquelles elle se base viennent en grande partie d'un traître honnis par la population. L'ancienne élève de Sarutobi ne va pas avoir la partie facile, loin de là.

L'homme, quant à lui, s'en moque complètement. Il est dans la place: c'est tout ce qui compte. Quoiqu'il advienne, il parviendra bien à se débrouiller pour obtenir ce qu'il est venu chercher. Il espère simplement ne pas avoir à employer la force. Enfin, pas trop. « Sinon, ça va encore jaser », s'amuse-t-il.

Un bruit de porte interrompt ses réflexions. C'est Shizune qui est venue lui porter à manger. Quelle délicate attention. Il se lève pour la saluer, mais la jeune ninja entre dans la pièce sans dire un mot, pose un plateau sur la table de chevet et s'en retourne immédiatement. Elle n'a même pas eu un regard pour le prisonnier. Celui-ci s'en moque. Il avait faim. Ce ragoût de boeuf et ce riz blanc fort appétissants tombent à pic.

L'homme a beau être robuste, les événements de ces dernières semaines ont tout de même entamé ses forces. Il n'a eu aucune peine à trouver le sommeil après avoir terminé son repas. Il a dormi, chose rare chez lui, plus de cinq heures de rang. Peu de temps après son réveil, la belle Shizune est venu lui servir un nouveau repas, concocté à base d'anguille et de soupe miso. Quand elle lui a tourné le dos, l'homme a remarqué que l'ancienne assistante de Tsunade portait une alliance à la main droite. Cela l'a surpris. Quand il a quitté le village, Shizune venait à peine de s'y installer. La voici déjà mariée? L'homme n'en revient pas Si elle avait été un peu plus causante, il lui aurait bien demandé le nom de l'heureux élu. Mais il s'est retenu. Il se rend bien compte qu'il n'est pas en position d'entamer une discussion de ce genre.

Il n'empêche: cette vision a réveillé en lui un étrange désir, mélange inopportun de nostalgie et de curiosité. Cela l'amuse et le trouble tout à la fois. Comment, avec ce qu'il sait, ou tout du moins ce qu'il soupçonne, peut-il encore éprouver des sentiments comme celui-ci? Ce n'est pas comme s'il était réellement revenu chez lui après un voyage au long court. Ce village de Konoha n'a rien à voir avec celui qu'il a quitté il y a trois ans. Ce ne sont ni les mêmes lieux, ni les mêmes gens. Tout juste se ressemblent-ils de façon étonnante. Dans ces conditions, l'homme devrait être immunisé contre tout excès de sentimentalisme. Apparemment, pourtant, cela ne semble pas être le cas. « La chair est faible », ironise-t-il. L'esprit surtout.

La nuit a été calme à Konoha. Enfermé dans son sous-sol, l'homme a passé le temps comme il a pu, au pire veillant, au mieux somnolant. Aucun bruit, aucun éclat n'est parvenu à percer les murs de pierre qui l'entourent. Pourtant, l'ancien guerrier de la Feuille peut déjà sentir l'énorme tension qui règne dans tout le village. Son instinct ne le trompe pas. Pour preuve, Shizune n'est pas venu lui apporter son petit déjeuner. Un autre ninja s'en est chargé. Un anbu de la garde personnelle de l'hokage. Voici un signe qui ne trompe pas. Tsunade a bougé ses premiers pions et ouvert la partie la plus serrée de sa vie. Le sort en est jeté.

Dans quelques minutes, l'homme le sait, on viendra le chercher pour la grande représentation du jour. Il lui faut donc se mettre sur son trente et un. A défaut des onguents et parfums qu'il a appris, pour son propre étonnement, à apprécier au cours de son voyage, l'ancien ninja de Konoha doit se contenter de la bassine d'eau chaude et du gant de crin qu'on lui a apporté avec son petit déjeuner. Les sous-vêtements neufs que l'anbu a déposé sur le lit ne seront pas inutiles, eux non plus. Il faudra juste s'assurer qu'ils ne contiennent aucun poison, substance toxique ou parchemin piégé (ça s'est vu).

L'homme se déshabille entièrement et entreprend une toilette attentive, en prenant garde de ne pas trop verser d'eau sur le sol. La pièce est probablement truffée de dispositifs de surveillance. Nul doute qu'il soit en ce moment même observé. Mais l'homme n'en n'a cure. Plus jeune, déjà, il n'éprouvait aucune gêne à se présenter devant autrui dans le plus simple appareil. L'apprentissage de la pudeur ne fait pas vraiment partie de l'enseignement prodigué aux ninjas. Il espère simplement que la vue de son corps ne donnera pas d'idée tordue à d'éventuelles spectatrices. Et encore moins à d'éventuels spectateurs. Car l'homme est beau, et il le sait. Autrefois, il était totalement imperméable à ce genre de considération. Depuis qu'il a quitté Orochimaru, en revanche, il a appris à y accorder de l'importance. Son physique ravageur l'a servi plus d'une fois, auprès de femmes succombant à son regard éclatant et profond. Il sait désormais jouer de la chose, même s'il n'y prend pas le plaisir qu'on pourrait lui supposer.

A présent, le voici qui se rhabille. Ses vêtements, et c'est heureux, sont encore en bon état malgré le voyage entre Suna et Konoha. La longue houppelande brune qu'il n'a jamais quittée les a bien protégé. Elle-même présente encore une tenue correcte, malgré quelques traces d'usure, plus particulièrement au niveau de la taille, que l'homme s'efforce de dissimuler en rajustant la corde qui lui tient lieu de ceinture. Le temps de remettre son masque, puis d'enfiler sa capuche, et, déjà, un écho de pas pressé résonne du fond du couloir qui mène à la cellule. Le tintement caractéristique des trousseaux de clef que son garde conserve à sa ceinture l'averti de se tenir prêt. Cette fois-ci, l'homme en est sûr, c'est son tour de rentrer en scène.

Pas de doute, l'Hokage a fait les choses comme elle les avait annoncées. C'est à dire en grand. En très grand. La salle dans laquelle vient d'entrer l'homme, à l'appel du second huissier, après deux heures d'attente passées dans une petite antichambre, est immense. Plus de cent vingt mètres carrés sans doute. Les murs de briques sont parés des grands ornements familiaux rappelant l'histoire et la hiérarchie de tous les clans de Konoha. De nombreux chandeliers sont accrochés tout autour de la pièce. Comble du luxe, de larges fenêtres munies de carreaux fins offrent un excellent éclairage naturel, tandis que le sol, au lieu d'être fait de simple terre battue, a été parfaitement aplani et recouvert de tomettes.

« Le conseil ne se refuse rien, songe l'homme en son fort intérieur. La canaille sait toujours s'y prendre quand il s'agit d'assurer son confort, constate-t-il, toujours muet, en souriant d'un air trop entendu pour être totalement désintéressé.

L'entrée de l'ancien ninja n'est pas passée inaperçue. D'un seul et même mouvement, à ce qui lui semble, quelque trois cent têtes se sont tournées vers lui. Tsunade a convoqué, pour l'occasion, la fine fleur des forces armées du village de la Feuille et les représentants de l'ensemble de ses grandes familles. L'homme constate que tous ses anciens camarades de promotion ou presque, comme Shikamaru, Choji, Ino, Kiba, Shino et nombre d'autres ont été également conviés à la petite fête. Charmantes retrouvailles en perspective. Sakura et les élèves de Gaï ont bien entendu pris place dans la salle. Mais eux savent à quoi s'en tenir, et l'homme ne serait pas étonné d'apprendre que l'Hokage leur a réservé une mission spéciale, malgré leur état de fatigue bien compréhensible.

L'ancien guerrier du feu n'a pas le temps d'en voir davantage. D'un brusque mouvement d'épaule, le voilà poussé en avant. Solidement maintenu par deux anbus et encadré par six autres hommes, il est emmené sans ménagement vers le petit bureau de bois qui fait face, solitaire et presque dérisoire, à la grande estrade où se perchent les hauts conseillers de Konoha. L'allée centrale, fermée par deux haies de gardes armés, est assez longue à parcourir. L'homme avance rapidement, sans se préoccuper des murmures et des commentaires qui se font entendre sur son passage. Peu importe, le voici arrivé à destination.

Sans protester, il s'installe dans le box des accusés installé spécialement à son intention. Du haut de leur estrade, les juges suprêmes le toisent d'un air étrange, mélange d'une évidente curiosité, d'un habituel mépris, et, pour certains d'entre eux, d'une légère inquiétude, dont seul l'homme et l'hokage savent à quel point elle est justifiée. A la droite du box, une trentaine de place sont réservées aux membres du conseil qui n'ont pas été désignés pour faire partie des juges. Face à eux, les bureaux des secrétaires, huissiers et autres personnels nécessaires à la bonne tenue de la séance. Ceux-là n'intéressent guère l'ancien ninja de Konoha, qui reporte très vite son regard sur l'alignement impeccable des conseillers, se délectant par avance du choc qui les attend.

C'est à ce moment qu'il se rend compte d'un détail étonnant. Le premier siège honorifique, celui de droite, sur lequel se tient habituellement le représentant du clan Hyuga, n'est pas occupé, comme l'homme aurait pu le penser, par l'impitoyable Hisashi. A la place du leader charismatique au redoutable byakugan trône une jeune fille aux cheveux noirs, que l'ancien guerrier de la Feuille finit par identifier, avec surprise, comme étant Hinata, son ancienne condisciple de l'académie.

« Voyez-vous ça! », ne peut s'empêcher de murmurer le prisonnier. Et l'homme de s'étonner. La présence de l'héritière Hyuga à cette position, dans une réunion si importante, ne peut signifier que deux choses: soit Hisashi est mort, soit il a abdiqué en faveur de sa fille. S'il était indisponible, en effet, le protocole exigerait qu'il soit remplacé par le membre en second du conseil familial, c'est à dire son cousin. L'homme se demande ce qui a bien pu se passer pour qu'Hinata soit propulsée si vite à la tête de son clan. Il s'étonne également de l'apparence de la jeune fille. Elle qui, voici trois ou quatre ans à peine, ne pouvait contrôler ses nerfs et souffrait d'une timidité maladive, se tient sans faillir, aujourd'hui, parmi les plus hauts dignitaires de Konoha. Elle n'arbore pas l'air serein et hautain qu'affichent la plupart de ses égaux, et semble encore bien frêle et bien effacée au sein de cette assemblée, mais elle tient visiblement son rang avec courage et détermination. En outre, comme lui, elle a beaucoup changé physiquement.

« Pas étonnant que la moitié des hommes de la salle la reluquent discrètement », s'amuse tout bas le prisonnier

Mais trêve de plaisanterie. Le premier huissier et héraut de la séance, sur un signe conjoint des juges et de l'Hokage, se lève. L'homme sourit. Tous les protagonistes sont présents. La pièce peut commencer.

« Ninjas de Konoha, annonce solennellement l'huissier. En ce jour et pour la première fois depuis sa nomination, il y a quatre ans, l'Hokage a, toute affaire cessante, convoqué en session publique extraordinaire le haut conseil de Konoha. Elle va à présent exposer à tous la raison de cette convocation. »

Invitée à prendre la parole, l'Hokage se lève à son tour. Son visage reflète la gravité du moment, mais ses yeux trahissent son excitation. Un sourire naît sur le coin de ses lèvres lorsqu'elle entame son discours.

« Vénérables membres du conseil, lance-t-elle, et vous tous, fidèles ninjas de Konoha, moi, Hokage du village de la Feuille, vous ai convoqué pour un motif des plus impérieux, et des plus solennel. Usant du droit d'assemblée qui m'est conféré dans les cadres prescrits par nos coutumes, j'ai demandé que le conseil se réunisse ici, et maintenant, pour former la haute cours de justice, dont bénédiction fut mandée aux prêtres du temple, afin de juger un homme accusé des crimes de haute trahison, d'assassinat et de sacrilège. Je demande à présent aux conseillés nommés par leurs pairs pour juger cette affaire, de bien vouloir me confirmer leur acquiescement et la validité de la procédure. »

Un murmure de surprise parcourt la salle. Un à un, les huit juges désignés se lèvent pour répondre favorablement à la demande de Tsunade. Le dernier d'entre eux une fois assis, le plus ancien des juges agite sa cloche pour demander la parole.

« Convoquer en urgence cette assemblée en session extraordinaire sans spécifier par avance le motif de cette réunion est un droit de l'Hokage, précise le doyen. Nous ne le contestons pas a priori. Sachez néanmoins, seigneur Tsunade, que ce motif est récusable pendant la séance par le haut conseil. Nous savons tous, ici présents, que le pays du Feu se trouve dans une situation militaire très difficile. Notre temps est précieux et ne peut être gaspillé. En conséquence de quoi, la haute cour étant maintenant réunie, il vous revient de vous justifier du déclenchement de cette procédure, afin que nous décidions de sa poursuite ou de son éventuelle annulation. »

Tsunade se tourne vers son interlocuteur. Si le ton et les paroles du conseiller sont restées très polis, la menace n'en est pas moins explicite. Dans la salle, la tension est déjà palpable. Le procès n'a pas encore débuté que, déjà, des dissensions apparaissent au grand jour entre l'Hokage et une faction, au moins, du haut conseil du village. Nombre de ninjas présents y voient là un sérieux motif d'inquiétude, surtout dans une période aussi délicate. Mais l'Hokage ne se démonte pas. Au contraire, elle semble ravie de rencontrer dès le départ une opposition aussi manifeste. Son léger sourire se change en un rictus mauvais.

« Lorsqu'elle fait ça, songe l'homme, on dirait qu'elle prend l'aspect d'un chat qui s'apprête à jouer avec une petite souris. »

Malgré sa position et son incontestable autorité morale, le doyen des juges a frémi. Lui aussi connaît bien ce sourire légendaire, et sait qu'il ne présage rien de bon pour lui et pour les autres adversaires politiques de l'hokage.

« Je comprends aisément votre position, seigneur conseiller, répond finalement celle-ci, mais vos craintes seront bientôt apaisées, car cette réunion est pleinement justifiée, surtout au regard de la situation que vous venez d'évoquer. L'arrestation de cet homme, réalisée au péril de leur vie par les équipes sept et huit sur le territoire du pays du Vent, est en effet de nature à faire changer le cours de la guerre que nous menons contre le pays du Son. »

Un long murmure parcours la salle. Un nom circule déjà, de siège en siège, dans les rangs des spectateurs.

« L'homme que vous nous demandez de juger porte un masque, Tsunade sama, objecte l'un des juges après avoir demandé la parole. Et vous ne nous avez pas donné son nom.

- Le port de ce masque, ainsi que la mise au secret absolu de l'accusé m'ont semblé nécessaire au bon déroulement de ce procès. Ils m'ont été inspirés par la personnalité et l'identité même de l'accusé, dont la seule présence parmi nous cause un tort déjà immense au pire ennemi de notre communauté. Il était donc obligatoire de s'assurer au mieux de sa sécurité, et, par contre-coup, de la nôtre, en taisant toute information relative à cette affaire jusqu'au dernier moment. »

Un murmure s'élève à nouveau des bancs des spectateurs. Et lorsque le doyen obtient à nouveau la parole, il ne fait qu'exprimer tout haut ce que chacun, dans la salle, a compris, voire murmuré.

« De vos dires, je déduis, comme mes égaux, l'identité probable de l'accusé et constate, admet-il comme à regret, que le motif de votre convocation me semble, pour le coup, tout à fait valable, Tsunade sama. La capture de l'accusé est un terrible coup porté à l'ennemi, et son jugement par la haute cour tout à fait justifié au regard des crimes dont on le charge. »

Le sourire de l'Hokage s'agrandit. Et, curieusement, se fait encore plus mauvais.

« Un coup terrible, seigneur, l'expression n'est pas trop forte en effet. Mais trêve de bavardages, je souhaite commencer l'interrogatoire, lance-t-elle à l'adresse de l'huissier.

- Procédez, je vous prie, répond directement le doyen. En commençant par vérifier l'identité de l'accusé, pour que la procédure soit valable. »

L'hokage se lève à nouveau, lentement, et se tourne avec majesté vers le prisonnier, que ses gardes ont remis debout.

« Accusé, lance-t-elle d'une voix forte. Vous fûtes capturé par nos forces il y a de cela huit semaines, sur le territoire du pays du Vent, en possession de papiers d'identité vous désignant sous le nom de Kim Juni, sujet du dit pays du Vent. Il a néanmoins été démontré par la suite qu'avant d'obtenir cette identité, vous avez vécu durant quinze ans au pays du Feu, au sein même du village de Konoha, où vous avez gravi les échelons du nindo, pour obtenir le grade de genin et travaillé au sein de l'équipe sept, sous les ordres du jounin Hakate Kakashi. Vous avez vous-mêmes reconnu l'ensemble de ces faits. »

De nouveau, l'assistance est parcourue par un frisson. Ainsi, les soupçons de chacun étaient bien fondés. Uchiwa Sasuke, le dernier des membres de sa lignée, traître le plus recherché de tout le pays du feu, et notifié ennemi public numéro un, est enfin tombé.

« Accusé, reprend Tsunade, pas mécontente de son petit effet, veuillez à présent, pour que la procédure soit valide, retirer votre capuche, votre masque, et décliner à haute et intelligible voix l'identité sous laquelle vous êtes connu à Konoha. »

Lentement, l'homme obtempère. Il fait d'abord glisser sa capuche de quelque centimètres pour dégager son visage, puis s'attaque à son masque. La salle retient son souffle. Le doyen et le second huissier s'apprêtent à confirmer, sur leurs registres respectifs, le nom de l'accusé, lorsque, soudain, les huit juges se figent, bouches bées, dans une expression atterrée.

« Par tous les dieux, murmure le doyen. Cela ne peut pas être possible.

- Oh, mais si, ça l'est, répond gravement l'Hokage. Accusé, veuillez décliner votre identité, je vous prie », répète Tsunade.

Les spectateurs ne comprennent pas. Un murmure de désapprobation s'élève dans la salle. L'homme, lui, se contente d'un sourire. Il rejette complètement la capuche qui lui dissimulait encore les cheveux. A leur vue, l'assemblée toute entière est prise d'un frisson subit. Toutes les voix se taisent, jusqu'à ce qu'un cri de douleur retentisse. Toutes les têtes se tournent vers les sièges des membres du conseil. Devant le plus élevé d'entre eux, Hyuga Hinata se tient debout, le teint blême, le visage horrifié. Elle a porté ses deux mains à sa bouche et tremble de tous ses membres.

« Tu… tu… bafouilles-t-elle terrifiée… tu es…

- Uzumaki Naruto », répond l'homme d'une voix forte et claire. Avant de rajouter, sur un ton ironique : « Pour vous servir. »

Fin de chapitre

Résumé du prochain chapitre : La présence de Naruto est à présent connue de tous les habitants de Konoha. Ce retour inattendu va déclencher une crise majeure au pays du Feu. Tsunade et Naruto vont devoir, malgré tout ce qui les sépare désormais et en dépit des apparences, faire front commun contre de redoutables adversaires. Le plan machiavélique de l'hokage suffira-t-il à les tirer d'affaire ?