Et un chapitre 9, un. Bonne lecture à tous.
LE SOUFFLE DU NEANT
CHAPITRE 9 : Tsunade change de tactique
La matinée tire à sa fin et l'alerte rouge vient d'être levée sur le village de Konoha. Neuf heures à peine après le début de l'insurrection, les putchistes sont déjà tous hors d'état de nuire. Le plan machiavélique de Tsunade est une parfaite réussite, et l'Hokage peut dresser un bilan fort satisfaisant des affrontements de la nuit. Trente-neuf des soixante-dix-sept membres de la société secrète Racine ont été tués, dix-huit sont grièvement blessés. Les autres, dont le maître de l'organisation, Danzu, sont sous les verrous. Les troupes loyalistes, quant à elle, n'ont perdu que treize hommes, dont quatre officiers. Une vingtaine de civils ont également péri durant les combats.
"La vieille doit être satisfaite, elle a sauvé sa peau et son poste, constate sobrement Naruto à l'adresse de Tenmari et Kankuro, qui sont venus lui faire un rapport circonstancié après avoir combattu les insurgés aux côtés de Kakashi.
- Je l'ai vu sortir de la grande salle du conseil il y a une heure avec un air triomphant, confirme le marionnettiste. Elle a beau essayer de se contenir, si tu veux mon avis, elle est aux anges. D'ailleurs, ne t-a-t-elle pas fait l'honneur d'un déménagement?"
Naruto, en effet, a quitté tôt ce matin la petite cellule dans laquelle il était enfermé depuis son arrivée à Konoha, pour intégrer une prison nettement plus confortable, située dans les étages inférieurs de la grande tour, et non plus dans ses sous-sols, tout près des appartements personnels de l'Hokage. Rien de luxueux, mais la pièce, de près de trente mètres carrés, est incomparablement plus agréable et mieux aménagée que son réduit de la veille. Un bureau, une table de chevet, un fauteuil et une toute petite bibliothèque s'ajoutent au lit, bien meilleur, et au cabinet, bien plus propre, dont il bénéficiait jusqu'à hier soir.
Tenmari, pourtant, ne partage pas l'enthousiasme de son frère. Politicienne bien plus habile, elle a vite compris que cette victoire ne pourrait être exploitée qu'avec une extrême prudence par l'Hokage. Naruto, d'ailleurs, partage le point de vue la jeune femme.
"Tsunade a de quoi être gênée aux entournures, explique-t-il à ses deux compagnons. Avant les évènements, le contingent comprenait bon an mal an un petit millier de ninjas. Une centaine d'entre eux, si on compte les traîtres et les ninjas loyalistes tombés au combat, manquent désormais à l'appel. De plus, près de deux cents hommes ont été envoyés, sous la conduite de Jiraya, au secours du village de la brume menacé par l'avancée des troupes d'Orochimaru. Qui sait combien en reviendront?
- Et c'est sans compter les hommes partis pour accomplir des missions commandées, ajoute Tenmari.
- Ce qui doit représenter une centaine de ninjas en moins, approuve Naruto. De ce fait, les forces de Konoha se trouvent actuellement amputées à hauteur de quarante pour cent. Une aubaine pour un assaillant opportuniste.
- Son nom te brûle les lèvres, sourit Kankuro. Peut-on savoir de qui tu parles?
- D'Orochimaru", répond simplement Naruto.
Le frère et la soeur se regardent avec inquiétude. Le nom du maître serpent ne leur est pas inconnu, loin de là. Le Pays du Vent ne s'est-il pas compromis, de nombreuses années durant, dans une alliance sacrilège avec le Pays du Son ?
"C'est impossible, Orochimaru n'a pas les moyens de réunir suffisamment de forces pour frapper sur deux fronts à la fois, fait remarquer, un peu hésitante, la jeune femme aux cheveux blonds.
- C'est ce que je croyais aussi... se contente de lâcher Naruto.
- Mais encore... suggère Kankuro.
- A ton avis?" s'agace l'ancien ninja de Konoha.
Tenmari et son frère se consultent à nouveau du regard, incrédules. Ils savent très bien ou leur leader veut en venir. Et cela ne les rassure pas, bien au contraire.
"Ce n'est pas possible, murmure Kankuro. Ce serait terrible. Pire que le pire des cauchemars.
- Cauchemar ou réalité, je n'ai aucune envie de rester ici pour vérifier, tranche Naruto. Dites moi plutôt où en sont les choses. Ensuite, nous prendrons ce que nous sommes venus chercher et nous foutrons le camp avant que ça ne tourne au vinaigre.
- Mais Konoha... tente Tenmari.
- Konoha je m'en fous, s'énerve Naruto. Tsunade a le marché en main. Je lui ai sauvé la mise, à elle de me renvoyer l'ascenseur. Si elle me donne ce que je veux, le village conservera sa dernière arme pour contrer Orochimaru. Si elle ne tient pas sa promesse... et bien Konoha n'aura qu'à aller au diable."
Le ton de Naruto s'est considérablement durci au fil de ses paroles. Visiblement, le jeune homme ne plaisante plus, à présent. Kankuro se hâte donc de continuer son rapport.
"Visiblement, l'Hokage craint elle aussi une action hostile contre Konoha. Pour éviter toute mauvaise surprise, ellea fait doubler les effectifs des postes de guet installés dans les alentours du village et des opérations de réapprovisionnement d'urgence en armes, vivres ou munitions doivent débuter cet après-midi. Le gouvernement du pays du Feu, quant à lui, a réagi aussi vite que possible. Deux contingents de l'armée régulière doivent arriver dans quarante-huit heures pour achever de sécuriser les lisières de la forêt, tandis que les dispositifs militaires frontaliers ont été placés en alerte renforcée. L'Hokage nous a demandé d'envoyer un message au Pays du Vent pour que notre gouvernement envoi des renforts. Mais cela ne sera évidemment pas suffisant si Orochimaru a vraiment...
- Tout ça est très intéressant, mais hors de propos, le coupe Naruto. Venez en plutôt aux faits qui nous concerne, je vous prie.
- Par proclamation, l'Hokage a fait placer l'ensemble des membres de Racine sous mandat d'arrêt et réuni un tribunal militaire chargé d'entamer une procédure de jugement pour haute trahison, poursuit Kankuro. Par soucis diplomatique, elle a invité les membres du conseil, du moins ceux qui ne faisaient pas partie de la conspiration, à assister aux débats. Les premières audiences doivent démarrer dans quatre jours. Pour la plupart des accusés, la condamnation à mort assortie d'une mesure d'exécution immédiate du jugement semble inévitable. Seuls quelques chefs ont une chance de bénéficier d'un sursis. Le temps qu'ils soient torturés et qu'ils livrent toutes les informations dont ils disposent à l'Hokage.
- Et bien voilà, ça c'est beaucoup plus mieux, sourit Naruto avec gourmandise.
- L'Hokage a également demandé aux hauts conseillers de lui confier, pour un mois reconductible, des pouvoirs exceptionnels en matière politique, juridique et militaire, précise Tenmari. Elle a obtenu satisfaction, mais j'ai cru comprendre que les débats avaient été houleux..."
A ces mots, Naruto se permet un sourire. La vieille a été très loin cette fois. Il n'y a pas de doute qu'elle prend cette affaire très au sérieux.
"Houleux, dis-tu? ironise l'ancien ninja de la Feuille à l'intention de la princesse du vent. J'imagine que cela a dû même être pire que ça. Cette procédure de concentration des pouvoirs est prévue par la constitution du Pays du Feu en cas d'urgence extrême. Elle est cependant fort peu usitée, car elle donne à l'Hokage, chef militaire de Konoha, la possibilité de se passer des avis et du veto du haut conseil ou des représentants du gouvernement. Ce qui revient à dire que les autorités civiles perdent alors toute possibilité légale de contrôler les actions de l'Hokage. Or, le pouvoir central s'est toujours méfié des ninjas de Konoha. Ceux-ci ont beau être indispensables à la sauvegarde de la contrée, ils représentent, du fait même de leur attachement en théorie indéfectible à l'Hokage, une source potentielle de trouble. C'est pourquoi le gouvernement s'est toujours efforcé de limiter le champ d'action de Tsunade et de ses prédécesseurs.
- Pourtant, les membres du haut conseil ont bien fini par leur accord, insiste Tenmari.
- Il sont sans doute eu beaucoup trop chaud aux fesses pour résister, rigole Naruto. Cependant, je suis près à parier qu'ils ont reçu pour consigne de la part du gouvernement de se montrer particulièrement attentifs maintenant que Tsunade dispose des pleins pouvoirs. Et l'on peut penser que l'envoi de deux régiments de l'armée régulière est aussi une façon de faire pression sur l'Hokage, afin que celle-ci ne profite pas de la situation pour tenter une manoeuvre indélicate.
- Du genre coup d'État? s'enquiert Kankuro.
- Du genre coup d'État, confirme le porteur de Kyubi. Mais il me semble que vous oubliez de me parler de l'essentiel, non? A moins que vous n'osiez pas aborder le sujet…"
Au silence un peu gêné de ses deux coéquipiers, Naruto se dit qu'il a visé juste. Visiblement, l'Hokage lui a réservé une petite surprise. Du genre, "je t'avais promis certaines choses, mais il se trouve que…" Naruto n'est pour autant ni surpris, ni inquiet. Il s'attendait à ce genre de manœuvre. Le prix qu'il a exigé pour son aide contre les traîtres de Racine est trop lourd à payer pour que Tsunade ne cherche à revenir sur leur accord.
"Évidemment, le faux procès ouvert contre toi a été annulé", commence Kankuro, histoire de démarrer par une bonne nouvelle.
- Sans blague? répond Naruto. Et bien, au moins Tsunade aura-t-elle respecté cette part minimum du contrat.
- Pourtant, même cette part-là lui a valu des soucis, nuance Tenmari, comme si elle souhaitait prendre la défense de l'Hokage. Je dis ça parce que certains membres du conseil ont très mal pris la chose. Ils n'ont pas apprécié d'être ainsi menés en bateau, même s'ils ont bien compris que cette fiction de justice avait servi leur cause et permis l'arrestation des conjurés. Pour ne rien arranger, nombreux sont ceux qui verraient d'un bon oeil le traître le plus recherché de Konoha mourir en même temps que les hommes de Danzu. Mais Tsunade s'y est formellement opposée.
- Manquerait plus qu'elle ait fait l'inverse, s'exclame Naruto, epu enclin à louer son anciene chef de guerre.
- Maintenant qu'elle détient le pouvoir dictatorial que lui ont confié les hauts conseillers par le jeu de la loi d'exception, poursuit Tenmari, Tsunade pourrait tout simplement te gracier, sans que quiconque dans le village ne puisse s'y opposer, à moins l'accuser de haute trahison.
- Et nous savons que le moment serait mal choisi pour ça… remarque Kankuro
- Mais une telle décision comporterait des risques politiques importants, reprend Tenmari après avoir jeté un regard féroce à son frère, dont elle n'apprécie guère les interruptions. C'est la raison pour laquelle l'Hokage a décidé de convoquer exceptionnellement, avant même que le procès de Racine ne commence, l'assemblée des clans. Même si je n'ai pas très bien compris de quoi il s'agit", avoue la jeune femme.
Pour toute réponse, Naruto émet un long sifflement, faignant d'être impressionné. Puis il sourit en voyant l'air intrigué de ses compagnons.
" Si j'ai bonne mémoire, explique-t-il, l'assemblée des clans ne se réuni normalement qu'une fois par an pour préparer le calendrier des célébrations religieuses, désigner les juges populaires qui siègent les douze mois suivants, et instruire la procédure préliminaire de recrutement des cadets du contingent. C'est la plus haute institution de Konoha. Elle est supérieure au conseil lui-même, car elle fait intervenir tout ce que le village compte de chefs, chefaillons et représentants populaires. C'est d'ailleurs à cause de cela qu'on ne la convoque jamais pour des questions politiques sérieuses.
- Comment ça?, s'étonne Kankuro, décidément peu au fait des subtilités de la politique.
- Tout simplement parce que, théoriquement, cette assemblée peut prendre une décision qui va à l'encontre d'un veto posé par les représentants du gouvernement. De ce fait, l'Hokage pourrait s'en servir pour s'affranchir du contrôle exercé par les autorités du Pays du Feu. Ce qui reviendrait de fait à ouvrir les hostilités contre le gouvernement. Pigé?
- Tant que ça!, siffle Kankuro à son tour.
- Tant que ça, confirme Naruto. Mais dis-moi, Tenmari, qu'est-ce que cette réunion a à voir avec moi?
- Tsunade… prévoit de te faire… interroger par cette assemblée", avoue avec mille précautions la princesse des vents.
La réaction de Naruto ne se fait pas attendre. Brusquement, le jeune homme jailli de sa chaise et pulvérise le bureau voisin d'un coup de poing.
"Quoi? éructe-t-il, la voix éraillée de colère. Elle se fout de ma gueule! Et toi, tu oses dire qu'elle a annulé le procès. Mon cul, oui. Elle me jette en pâture à la populace. Voilà ce qu'elle fait.
- Pas tout à fait, Naruto. Pas tout à fait."
Le porteur de Kyubi se retourne, l'air courroucé. La porte de la cellule est grande ouverte. L'Hokage vient de faire l'une des apparitions surprises dont elle a le secret. Avant son départ de Konoha, Naruto trouvait le procédé très amusant. Son sens de l'humour, depuis, s'est réduit comme peau de chagrin, et ce n'est pas ce qu'il vient d'apprendre de la bouche de Tenmari qui va lui donner envie de rigoler.
"Je vous conseille de me donner une explication tout de suite, Hokage, menace le jeune homme. Et je souhaite pour vous qu'elle soit convaincante. Voire même très convaincante."
Tsunade ne se démonte pas. Elle soutient sans faillir le regard terrible que lui lance le porteur de Kyubi.
"La haine accumulée à ton égard par les gens du village ne nous laisse pas le choix, Naruto, explique-t-elle d'une voix assurée. J'ai beaucoup réfléchi après avoir obtenu l'annulation de ton procès auprès du conseil. La rudesse des débats et les réactions des conseillers prouvent que ton cas constitue une véritable bombe à retardement, que nous devons à tout prix désamorcer avant qu'elle n'explose. Si je te fais grâce, c'est l'émeute immédiate.
- Et la seule solution que vous avez trouvé, c'est de me jeter dans la fosse aux lions? ironise Naruto. A moins que vous n'ayez décidé d'apporter la population du village sur un plateau au plus terrible de ses ennemis…"
L'allusion à une possible intervention de Kyubi ne fait aucun doute. Habilement, Tsunade choisit d'ignorer la menace.
" Je veux débattre avec l'assemblée du sort que Konoha doit réserver au porteur du démon renard qui ravageât autrefois le village. Mais pour cela, j'ai besoin de toi. J'ai besoin que tu fasses entendre ta voix, ton point de vue. En temps normal, une telle tentative me paraîtrait vouée à l'échec. Mais les événements de la nuit dernière ont profondément affecté les gens du village. Savoir que la moitié des membres de leur propre conseil appartenaient à une société secrète et complotaient contre les institutions en place les a désorienté. Ils ne sont plus sûrs de rien. Dans ces conditions, ton témoignage a des chances d'être entendu. D'autant plus que les informations que tu vas apporter sur les manœuvres de Racine permettront aux villageois de considérer ta propre situation sous un jour nouveau.
- Pour en arriver à quoi? demande Naruto.
- J'espère ainsi convaincre les participants, qui disposent tous d'un droit de vote, du bien fondé d'une grâce, répond l'Hokage. Sachant qu'en dernière extrémité, je pourrai toujours user de son droit de veto si la décision de l'assemblée était défavorable.
- En auriez vous le courage? lance Naruto à Brûle pourpoint Naruto, un rictus de défi sur les lèvres.
- Si c'est le prix à payer pour éviter une nouvelle bataille contre Kyubi, oui", affirme Tsunade.
Le jeune homme considère de longues minutes durant la proposition de l'Hokage. A bien y réfléchir, l'idée d'une audience par l'assemblée des clans n'a pas que des mauvais côtés. Naruto a longtemps rêvé, durant les premiers mois de sa fuite, à renvoyer en pleine figure leurs quatre vérités à tout ce que ce village d'hypocrites compte de moralistes et de têtes pensantes. Mais un détail le tracasse.
"Comment pensez vous que vos précieux villageois réagiront quand ils apprendront la vérité?, demande-t-il à Tsunade. Vous êtes la seule, avec les grands dignitaires de Racine, à connaître dans son intégralité le secret de Kyubi et du lien qui le relie Konoha. Vous souvenez vous des difficultés que vous avez eu pour admettre la vérité? Croyez vous que vos hommes soient en mesure d'accepter quelque chose d'aussi… terrifiant?
- Il faudra bien qu'ils l'acceptent. Les interrogatoires de Danzu et des autres étaieront tes dires. Je compte m'en assurer… personnellement."
A ces mots, Kankuro et Tenmari frissonnent. L'Hokage, ils le savent bien pour l'avoir vue à l'œuvre, peut se montrer impitoyable quand la nécessité s'en fait sentir. Danzu et ses sbires ne vont pas être à la noce, si elle décide réellement de mener les interrogatoires, car si la princesse Tsunade est réputée pour ses pratiques médicinales, elle sait aussi se servir de ses connaissances encyclopédiques sur le corps humain pour infliger à ses ennemis des souffrances qui dépassent l'imagination.
"Très bien, approuve finalement Naruto, après avoir pris soin de peser le pour et le contre. J'accepte le principe de cette réunion. Mais je vous préviens, je resterai sur mes gardes à chaque moment. Je vous conseille de tenir vos hommes. S'ils s'en prennent à moi, pour quelque raison que ce soit, je ne réponds plus de rien."
Sans un mot, Tsunade tourne les talons. Arrivée à la porte de la cellule, elle ajoute simplement quelques mots.
"Les clans se réuniront dès cet après-midi dans l'amphithéâtre. Je viendrai te chercher à seize heures. L'horaire est inhabituel, mais le temps presse. J'ai demandé à ce que tout soit terminé avant minuit. Ton interrogatoire s'achèvera au plus tard à vingt et une heures. Sois prêt quand je reviendrai."
Un instant plus tard, la lourde porte de la cellule se refermait.
Fin du chapitre.
Son procès annulé, Naruto va cependant devoir être entendu par l'assemblée des clans, organe suprême du village caché de Konoha. Quelles révélations s'apprête-t-il à y faire ? Comment villageois et ninjas réagiront-ils en apprenant le terrible secret du porteur de Kyubi et la nature du véritable lien qui les unit tous à lui ?
