Le souffle du néant

Bonjour à tous. Me voici de retour après une longue absence. Pour me faire pardonner de mes lecteurs, j'ai préparé deux chapitres que je vais poster en quelques jours. J'ai été obligé de les rédiger ensemble, pour ne pas faire d'erreur et d'incohérence. Je pense que le titre de ces chapitres se passe de commentaire. J'espère que vous ne serez pas déçus. Merci à Takanori sama, Arminas, Tafolpamadlaine et Ayame, Orkimaru et Samfa pour leurs petits mots. Bonne lecture.

Chapitre 10: Les révélations de Naruto (partie1)

Pour la seconde fois en moins de quarante-huit heures, Naruto s'apprête à être jugé par ses anciens compatriotes. Cette fois, ce ne sont plus les seuls membres du conseil, mais l'ensemble des responsables politiques, militaires, et même familiaux du village, qui doivent statuer sur son sort.

La salle du conseil étant trop petite pour accueillir l'assemblée des clans toute entière, Tsunade a fait monter en toute hâte un vaste chapiteau sur la grande place. En toile de font se dresse le mont Hokage, sur lequel sont gravés pour l'éternité les visages des plus grands héros de Konoha. A l'intérieur, d'interminables rangées de bancs en bois ont été alignées, fixées au sol par des rivets. L'ensemble des membres de l'assemblée y a pris place, selon un ordre de préséance immuable.

Naruto est entré en scène un quart d'heure après, le temps que Tsunade accomplisse les rituels d'ouverture prévus pour la cérémonie. Le jeune homme s'est assis sur un tabouret de bois installé, solitaire, à l'autre extrémité du chapiteau. Face à lui, se dressent maintenant ses trois cents ou trois cent cinquante juges, il n'a pas pris le temps de bien compter. L'Hokage, quant à elle, trône au beau milieu du premier rang des membres de l'assemblée. Détail intéressant: tous les ninjas présents sont en tenue de combat. Sans doute pour parer au plus pressé en cas d'attaque surprise pendant la cérémonie. Mais tout de même...

L'ambiance, quant à elle, est plutôt tendue. Visiblement, tous les villageois n'ont pas apprécié de voir arriver leur ancien compatriote sans chaîne ni menottes aux poignets. Quelques commentaires désobligeants ont même été murmurés lorsque Naruto a pris place face aux bancs de l'assemblée. Il faut dire que le jeune homme en impose. Rasé de près et vêtu de la tenue d'apparat des guerriers du Pays du vent, uniforme clinquant noir et sable, il arbore un visage serein, confiant, presque rayonnant, au teint rehaussé par des yeux d'un bleu profond. On est loin du garçon apeuré et implorant que certains ninjas auraient rêvé de voir apparaître devant eux.

Tsunade entame à présent l'interrogatoire. Son rôle consistera, pendant toute la durée de la séance, à présider les débats, sachant que n'importe quel juge présent pourra poser les questions qu'il désire.

« Uzumaki Naruto, déclare l'Hokage, te voici face à l'assemblée des clans réunie en session extraordinaire pour statuer sur ton sort. Étant donné le manque de temps auquel nous sommes malheureusement confrontés, j'ai décidé d'opter pour une procédure qui nous permettra d'économiser, je l'espère, les longues heures d'un jeu de questions réponses interminable.

« Ton identité ayant été clairement établie dès hier lors de l'audience qui s'est déroulée devant le conseil, poursuit Tsunade, je vais te donner directement la parole afin que tu exposes toi-même ta version des faits qui te valent d'être devant nous aujourd'hui. Mais d'abord, tu dois répondre à deux questions. Voici le première: Plaides-tu coupable ou non coupable pour les meurtres qui t'ont été imputés hier, lors de la dite audience devant le grand conseil ?

- En ce qui concerne la mort des membres du conseil réunis, le jour de ma fuite, dans la haute salle des rituels, ainsi que celle des gardes du village qui ont tenté de m'empêcher de sortir du village, je plaide coupable. Idem pour la disparition des sept anbus envoyés successivement à ma poursuite durant les quatre mois qui ont suivi ma fuite. C'est bien moi qui les ai tués. En revanche, je ne puis être aussi affirmatif concernant les autres décès qui me sont imputés. J'ai peut-être fait d'autres victimes le jour de mon départ de Konoha, mais je n'y ai pas pris garde. Pour tout vous dire, j'étais... assez pressé. »

Un frisson parcourt les rangs de l'assemblée. La façon dont l'ancien ninja de Konoha vient d'endosser pas moins de trente-neuf meurtres frappe et indigne nombre d'esprits. La voix de Naruto n'a laissé passer aucune trace d'émotion, de regret, de contrition. Et le visage du jeune homme reste étonnamment tranquille, malgré l'hostilité marquée de l'assemblée, dont les membres ignorent tout des agissements de Naruto la nuit passée.

« Quelle raison invoques-tu pour justifier ces actes ? demande ensuite Tsunade.

- La légitime défense, répond Naruto.

- La légitime défense! s'emporte un des chunins assis sur la quatrième rangée, pendant que des exclamations indignées fusent d'un peu partout. Et puis quoi encore? Et ton maître Orochimaru, c'est aussi par légitime défense qu'il s'est dressé contre le village ?

- Et si je vous disais que oui, ça vous choquerait? », répond Naruto, du tac au tac.

La réplique de Naruto fait immédiatement son effet. Sous le chapiteau, c'est un véritable tumulte qui se déchaîne. Difficile, dans la confusion, de distinguer les paroles des uns et des autres, mais il n'est pas compliqué, en revanche, de comprendre qu'elles n'ont rien d'amicales pour l'ancien élève de Jiraya.

Sans un regard de plus pour Naruto, qu'elle meurt d'envie d'engueuler copieusement pour son manque de tact et de diplomatie, Tsunade se lève et, d'une voix de stentor, met un terme au chaos régnant, exigeant que chacun reprenne ses esprits. Le brouhaha se clame difficilement. Une fois la paix revenue, Ibiki, l'un des jounin les plus redouté du village, demande la parole.

« Vénérable hokage, commence-t-il respectueusement, vous avez demandé à ce que nous entendions ce traître et nous avons accepté, dit-il en désignant Naruto du doigt. Cependant, nous ne saurions tolérer indéfiniment des propos aussi grotesques et insultants. En plaidant la légitime défense, Uzumaki insinue que le village s'en est pris à lui, ainsi d'ailleurs, il me semble, qu'à son maître Orochimaru. Une telle version des faits est insoutenable, nous le savons tous. Uzumaki a été, au contraire, accueilli et protégé par Konoha en dépit de circonstances qui auraient dû lui valoir un tout autre traitement. Les crimes de cet homme, poursuit le ninja, toujours en désignant Naruto, sont bien connus, et les raisons qui les ont motivé aussi. Je dis homme, mais je devrais plutôt parler de démon. Car c'est bien ce qu'est Uzumaki: un démon, sans âme ni conscience, dont les actes immoraux ne trouvent de justification que dans un esprit maléfique, dont je n'ai nul besoin de dire le nom. »

Un nouveau murmure, d'approbation cette fois, parcourt les rangs de l'assemblée. Même ceux, et ils sont nombreux, à commencer par les anciens camarades de Naruto, qui ignorent que le jeune homme sert de réceptacle à Kyubi, se satisfont de la déclaration d'Ibiki bien qu'ils n'en saisissent pas le sens caché.

Naruto, lui, ne se démonte pas. Bien au contraire. Après quelques instants de réflexion, le voici qui éclate de rire. La salle est outrée, mais le jeune homme ne lui laisse pas le temps de réagir plus violemment.

« Vous avez un sacré culot pour oser me dire de telles choses, ibiki, lance-t-il à l'adresse de son opposant. Venant de vous, surtout de vous, cela ne manque pas de saveur.

- Des insultes, maintenant ? répond l'intéressé, d'une voix froide et menaçante.

- Il n'y a que la vérité qui blesse, seigneur ibiki », rétorque Naruto.

Brusquement, le jeune homme a cessé de rire. Son visage, marqué d'une joyeuse incrédulité une seconde avant, s'est assombrit. Et ses yeux jusqu'alors pétillant trahissent maintenant une sourde colère. Lentement, le garçon laisse planer son regard d'un bout à l'autre du chapiteau, comme s'il voulait dévisager chacun de ses juges.

« Néanmoins, vous avez raison de vous indigner, admet-il, d'un ton faussement mielleux. Je n'ai aucune raison de m'en prendre ainsi à votre personne. Pourquoi vous désignez vous en particulier, alors que tous les membres de cette auguste assemblée ne forment, à quelques exceptions près, peut-être, mais ce n'est même pas certain, qu'un ramassis d'hypocrites tous plus pourris les uns que les autres. »

La salle est soufflée. Interdite. Les représentants des guildes et des clans s'attendaient à beaucoup de choses de la part du traître le plus recherché de toute l'histoire de Konoha, mais certainement pas à une attaque aussi directe et aussi incongrue. Tsunade, quant à elle, n'en revient pas. Elle n'avait absolument pas prévu que son ancien protégé puisse se comporter de la sorte. Naruto serait-il devenu fou? Doit-elle ajourner la séance pour calmer les esprits, avant que la salle n'explose de fureur ?

Naruto ne lui laisse pas le temps d'agir. Profitant du trouble qu'il a jeté par son accusation, le voici qui se lève, et qui poursuit, d'un ton devenu froid et impitoyable.

« Oui, continue-t-il, vous n'êtes qu'un ramassis d'hypocrites. Et d'ordures, ajouterais-je, tous autant que vous êtes. Vous, Ibiki, vous osez me parler de morale, et me traiter de créature maléfique? Vous êtes vous seulement regardé ? Répondez donc à cette question, si vous êtes si sûr de votre bon droit: qui de nous deux, à votre avis, a tué les plus gens au cours de sa vie ? Dites moi, Saint Ibiki, le sang qui coule chaque jour par vos mains est-il suffisamment impur pour que vous vous prétendiez vierge de tout péché ? Le sang qui coule... et dans quelles conditions s'il vous plaît! J'aimerais bien entendre ici le témoignage de tous les ninjas, mais aussi de tous les civils, que vous avez torturé durant des jours, des semaines, des mois parfois. Oui, j'aimerais convoquer tous ceux qui ont enduré mille et une souffrances avant de crever dans vos geôles.

- Maudit assassin, hurle ibiki, mes crimes, comme tu le dis, n'ont rien à voir avec les tiens. Tout ce que j'ai fait, je l'ai fait pour le village et pour les miens.

- La belle excuse que voilà, le coupe Naruto. J'étais certain que vous alliez me répondre quelque chose de ce genre. Bien sûr, vous avez agi pour le village! Ce qui, évidement, suffit à vous absoudre de tout, n'est-ce pas ? Des tortures, des meurtres, des mensonges, des chantages, et de toutes les autres ignominies qui sont votre lot quotidien. Car, c'est bien connu, tout est excusable, que dis-je, tout est légitime, si on le fait pour le village. On peut bien voler, mentir, tuer, piller, violer, trahir, du moment qu'on le fait au nom de Konoha, n'est-ce pas ? Pardonnez mon incrédulité, seigneur Ibiki, mais voyez-vous, ayant passé plusieurs années loin d'ici, j'avais oublié à quel point le sens moral des ninjas de Konoha pouvait être... relatif. »

Visiblement, l'argumentation de Naruto a touché. La salle reste silencieuse, comme si les membres de l'assemblée étaient gênés par les propos du jeune homme. Tsunade tente de profiter de l'occasion pour recadrer le débat.

« Nous nous éloignons un peu du sujet, commence-t-elle. Je suggère...

- Non, ma chère Hokage, rétorque le jeune homme, nous ne nous éloignons pas du sujet. Nous sommes en plein dedans, au contraire.

- Naruto, se défend-t-elle, il faut...

- Il ne faut rien du tout, la coupe l'ancien ninja de Konoha. Vous m'avez demandé de me soumettre au jugement de cette assemblée en me promettant que je pourrai dire ce que j'ai à dire. Et bien vous allez m'écouter à présent. Et tant pis pour vous si ça vous gêne, ou si ça vous désoblige.

« Vous tous, qui êtes ici, savez ce que signifie perdre un proche. Certains membres de vos familles, de vos amis, ont même été tués de ma propre main. Alors, fort logiquement, vous voudriez me voir mourir afin qu'ils soient vengés. Mais laissez moi vous poser cette question: Avez vous une idée du nombre de gens qui voudraient tous vous voir mourir, vous, afin que tous ceux que vous avez tués soient eux aussi vengés ? Parce que, je préfère vous prévenir tout de suite: ça fait beaucoup de monde, ça fait vraiment beaucoup de monde.

« Vous, ninjas de Konoha, poursuit le jeune homme, accomplissez chaque année de nombreuses missions. Tous, vous avez été amenés, à plusieurs reprises, à participer activement à des assassinats. Vous avez tué des ennemis du village, souvent sans comprendre en quoi et pourquoi ils étaient devenus des ennemis. Pire encore, vous avez tué, sur commande, de nombreuses personnes, civiles ou militaires, qui n'avaient rien à voir avec Konoha, afin de récolter de l'argent. Parfois, vous avez même tué dans le seul but de prouver que Konoha était toujours aussi redoutable, aussi puissant, aussi indestructible. Avez-vous jamais pensé que toutes ces victimes avaient elles aussi des familles, des amis, que vous avez plongés dans le malheur et la détresse ?

« Vous, ninjas, et vous, artisans et commerçants de ce village, vous ne vivez que de la mort et du malheur que vous propagez tout autour de vous, quelle qu'en soit la raison. Vous tuez autrui et en faites un art de vivre, une valeur suprême. Par contre, quand autrui s'en prend à vous, quand les choses sont renversées, cela devient, à vos yeux, un acte immoral, une infamie. Vous vous octroyez tous les droits sur la vie d'autrui, mais vous hurlez au scandale quand autrui s'accorde les mêmes droits sur vos vies à vous et sur celles de vos proches. Désolé de vous l'apprendre, mais cela à un nom: cela s'appelle de l'hypocrisie.

« Dans ces conditions, conclut Naruto, après quelques secondes d'un silence que nul n'a osé interrompre, débattons aussi longtemps que vous le voudrez du sort que vous souhaitez me réserver, mais de grâce, ne me parlez pas de morale, car vous ignorez tout du sens véritable de ce mot.

- Mais qui a dit que nous étions ici pour parler de morale ? »

Cette fois, c'est Hakate Kakashi qui prend la parole. Le ninja au sharingan a observé avec intérêt la passe d'arme pour le moins virulente entre son ancien élève et son camarade de la section des interrogatoires. Manifestement, Naruto a bien changé depuis son départ de Konoha. Kakashi a déjà eu un aperçu de cette évolution pendant le voyage qu'il a accompli avec Naruto à travers le désert de Suna, et celle-ci l'étonne. Il se serait attendu sans surprise à un tel changement chez Sasuke, volontiers sarcastique, mais pas chez le jeune porteur de Kyubi.

« Ce n'est pas moi qui ai porté la conversation sur ce terrain, je vous signale, Kakashi sensei, fait observer Naruto non sans arrière-pensée.

- Tu as raison, admet son ancien professeur. Aussi je suggère que nous abandonnions cette piste qui ne nous mènera à rien, étant entendu que, comme tu le dis si bien, nous sommes tous ici, peu ou prou et quelles que soient nos raisons, des assassins... et très souvent des traîtres. La question qui nous intéresse aujourd'hui, c'est de savoir ce que nous allons faire de toi. Et puisque c'est toi qui es jugé par nous, je pense que c'est à toi d'exposer les motivations qui t'on amené à fuir le village en assassinant plusieurs de ces habitants.

- Je partage votre opinion, Kakashi sensei, approuve Naruto d'une voix apaisée. Mais avant d'en venir directement aux faits, je dois d'abord éclairer la lanterne de ceux, et ils sont nombreux dans cette assemblée, qui n'ont pas une connaissance exacte de... comment dire… mes particularités. Cette partie de l'histoire vous ennuiera peut-être, Kakashi seinsei, puisque vous êtes déjà au courant de ce petit secret. Mais je crois que les autres personnes ici présentes gagneraient à être elles aussi introduites dans la confidence, ne serait-ce que pour bien comprendre ce qui s'est passé le jour de ma fuite.

« Aussi, chers habitants de Konoha, permettez moi de vous raconter une petite histoire, qui vous instruira sur mon cas... mais aussi sur de bien sombres périodes de l'histoire de ce village et sur les vicissitudes de la politique menée par ses dirigeants.

« Il était une fois, commence Naruto avec une pointe d'ironie dans la voix, un petit garçon malheureux, qui tâchait de survivre dans un environnement hostile et violent. Ce petit garçon habitait un appartement minuscule, dans les faubourgs d'un étrange village appelé Konoha. Il n'avait ni père, ni mère, pas d'ami non plus et personne pour prendre soin de lui au jour le jour. Seul un vieil homme, mais un homme important, le chef du village en personne, venait de temps en temps s'assurer qu'il était encore vivant, pourvoyant par la même occasion à ses besoins physiques les plus élémentaires.

« Le petit garçon ne comprenait ni pourquoi, ni comment il s'était retrouvé là, tout seul, dans ce deux pièces misérable. Tout ce qu'il croyait savoir, je dis bien croyais savoir, c'était que des villageois l'avaient trouvé, un jour, abandonné à la lisière de la forêt de la mort, alors qu'il n'était âgé que de quelques semaines.

« Bien entendu, cette histoire était fausse. Et qui plus est parfaitement ridicule. Qui pourrait croire qu'un bébé puisse survivre seul plus de quelques minutes dans cette forêt particulièrement dangereuse, où même des ninjas de rang moyen hésitent à se lancer en solitaire ? Mais curieusement, dans le village, personne ne semblait remettre en cause ce récit farfelu. Voilà qui est bien étrange, n'est-ce pas ? »

Naruto, un sourire aux lèvres, stoppe son récit quelques secondes, juste ce qu'il faut pour mettre ses auditeurs mal à leur aise. Les membres de l'assemblée ont bien compris que le jeune homme raconte en réalité sa propre enfance. Et tous se sentent visés par les propos narquois de l'ancien ninja. Après tout, c'est vrai, aucun d'eux n'a jamais douté de la véracité de cette incroyable histoire. Il a toujours été admis au village que Naruto avait été laissé seul à la lisière des bois, par des parents probablement poursuivis par des créatures sauvages, et qu'il avait survécu on ne sait trop comment, jusqu'à ce qu'il soit découvert.

« Mais passons, reprend brusquement le jeune homme. Faisons même un bond de quelques années en avant, pour arriver au huitième anniversaire du petit garçon. Ce jour-là, vers... trois heures de l'après-midi environ, le patron du restaurant de ramen le plus célèbre du village reçu une visite inattendue.

« Ichiramen était un établissement très côté à Konoha. D'abord parce que ses plats étaient excellents, il faut bien l'avouer. Ensuite parce que le patron était un ancien professeur de chimie et qu'il avait exercé à l'académie militaire, située à moins de quatre cents mètres de là. Du coup, les enseignants et les étudiants avaient pris leurs habitudes dans ce restaurant. Résultat: Ichiramen était plein à craquer six jours sur sept. Le patron et sa femme avaient dû agrandir deux fois leur échoppe. Ils peinaient à la tâche, réclamant à corps et à cri l'aide d'un salarié pour tenir les salles devenues bien grandes.

« Vous savez tous, cependant, à quel point il est difficile de trouver de la main-d'oeuvre à Konoha. Le gouvernement du pays surveille étroitement l'évolution démographique du village, s'arrangeant pour que jamais celui-ci ne puisse parvenir à l'autosuffisance, histoire de le garder sous contrôle. Dans ces conditions, trouver un salarié à plein temps est presque impossible pour une petite entreprise privée comme Ichiramen.

« Ce jour-là, donc, le patron du restaurant eu la surprise de voir arriver son ancien maître de l'académie, qui n'était autre que le chef du village, l'hokage en personne. Celui-ci contraignit son disciple à engager, en tant qu'apprenti, le petit garçon solitaire, héros de notre histoire.

« Les premiers mois furent difficiles pour tout le monde au restaurant. Le petit garçon n'était pas très adroit. Surtout, il faisait preuve d'une méfiance et d'une effronterie assez exceptionnelles. De son côté, le patron ne dissimulait rien de son mépris pour l'enfant. Il le cantonnait en cuisine et lui ordonnait de se cacher quand des clients voulaient venir faire un tour aux fourneaux. L'enfant savait bien que son patron avait honte de lui et le détestait. Et cela lui faisait mal, même s'il ne le montrait pas.

« Un jour, pourtant, le patron surprit son apprenti qui pleurait dans la cave de l'établissement où il avait été enfermé, le temps que plusieurs visiteurs de marque fassent le tour des cuisines. Le coeur du restaurateur fut-il touché par ce spectacle? Sans doute, car il s'assit à côté de son apprenti et tous deux eurent, ce jour-là, une longue conversation.

« Pour la première fois de sa vie, l'enfant osa demander pourquoi tout le monde semblait le haïr dans le village. Le patron hésita longtemps. Puis il répondit au petit garçon. Bien sûr, il ne lui avoua pas toute la vérité. Mais ce qu'il lui expliqua n'était pas non plus un mensonge, car cela concernait une bonne partie des habitants de Konoha. Tous ceux, en fait, qui n'avaient pas connaissance des véritables circonstances dans lesquelles l'enfant était arrivé au village, mais qui lui vouaient quand même une haine féroce.

« Le patron fit d'abord remarquer au petit garçon qu'il était physiquement très différent des autres habitants de Konoha. Il était blond, avait une peau très blanche et des yeux bleus. C'était un cas unique dans les annales du village.

« N'y voyant pas malice, l'enfant s'étonna de ce que l'on puisse le détester pour des choses dont il n'était pas responsable et qui lui semblaient sans importance. Le patron lui expliqua en retour que Konoha était un site à vocation militaire et que, ninjas mis à part, les habitants n'avaient pas le droit de sortir de son périmètre défensif. De ce fait, n'ayant jamais voyagé, ils n'avaient jamais eu l'occasion de rencontrer des gens ayant un physique différent du leur. La plupart d'entre eux ignoraient même, avant l'arrivée de Naruto, qu'un être humain puisse avoir des yeux bleus et des cheveux jaunes. Or, précisa le patron, qui ne dédaignait pas se montrer philosophe à ses heures, la majorité des gens ont peur de ce qu'ils ne connaissent pas. C'est un trait caractéristique de l'homme, chez qui la curiosité cède vite la place à la méfiance et au mépris. C'est pourquoi la vue du petit blondinet inspirait la crainte ou le dégoût à de nombreux villageois.

« Ces sentiments négatifs, poursuivit le patron, étaient renforcés par un second phénomène. Plus du tiers des adultes de Konoha, soldats ou ninjas, étaient destinés à porter un jour les armes et à partir au combat. Ils recevaient pour se faire une formation spéciale. Or, cette formation ne comportait pas seulement un entraînement physique intense. Elle était aussi complétée par un volet psychologique, idéologique même.

« L'expérience montre, précisa le patron, qu'il n'est pas toujours facile pour un homme d'en tuer un autre sans hésitation ni remord. Pour palier à cette faiblesse, les ninjas et les soldats du village avaient été habitués, dès leur plus jeune âge, à penser que les étrangers n'étaient pas des hommes comme eux, qu'ils étaient inférieurs, et que leur vie n'avait aucune importance. On leur inculquait aussi que les étrangers étaient des gens dangereux, fourbes, mal intentionnés, jaloux, et toujours prêt à fomenter des complots contre Konoha et contre le pays du feu.

« Il n'était donc pas étonnant, dans ces conditions, que le petit garçon, dont le physique dévoilait sans aucun doute possible l'origine étrangère, s'attira la haine et le mépris de la population.

« Pour la première fois, l'enfant comprit à quel point il était seul, dans ce village si hostile. Il apprit aussi de son patron qu'il existait peut-être, dans un pays éloigné, très au nord, une tribu d'hommes qui lui ressemblaient. Son patron n'avait jamais visité ce lointain pays. Personne, d'ailleurs, à Konoha, n'avait jamais voyagé aussi loin. Mais le patron avait rencontré un de ces hommes blonds, plusieurs années auparavant, dans une zone portuaire, alors qu'il était en voyage diplomatique au pays de l'eau. Le garçon ne dit rien, mais il se promit de ne jamais oublier cette information capitale. Cela allait, bien des années plus tard, lui permettre de comprendre qui il était vraiment. »

Naruto s'interrompt un instant. La plupart des spectateurs affichent un air perplexe, ne comprenant visiblement pas où le garçon veut les emmener. Ce récit, pour l'instant, pose bien plus de questions qu'il n'apporte de réponse.

« A partir de ce moment, la vie du petit garçon commença à changer, reprend Naruto. Ses relations avec son patron évoluèrent progressivement, et il n'est pas interdit de penser que celui-ci développa quelque affection pour son apprenti. Il lui raconta ses années passées à l'académie, et lui parla des ninjas, ces guerriers de l'ombre que seul Konoha pouvait former dans tout le pays du feu. Petit à petit, l'enfant fut pris d'une véritable fascination pour ces soldats d'un genre très spécial.

« C'est sans doute ce qui le poussa à rôder de plus en plus souvent près de l'académie. Il en vint même à se créer un rituel quotidien, certes un peu puéril, mais qui, seul, mettait un petit peu d'animation dans une vie consacrée quasi exclusivement au travail. L'enfant, en effet, embauchait très tôt le matin, et ne rentrait chez lui qu'à minuit passé. Il travaillait près de seize heures par jour, pauses non comprises. Heureusement, vers six heures du soir, après le nettoyage intégral des salles d'Ichiramen, il était autorisé à s'absenter durant une demi heure. C'était plus que suffisant pour lui permettre d'assister à la sortie des étudiants de première et de seconde année de l'académie, qui passaient la porte à six heures quinze tapantes.

« L'enfant, posté dans un arbre, de l'autre côté de la grand place au bord de laquelle s'élevait le domaine réservé aux apprentissages militaires, ne se lassait jamais de ce spectacle. Les jeunes gens qui sortaient du bâtiment avaient à peu près son âge, mais ils étaient en même temps très différents de lui, très impressionnants. Ils étaient tous richement vêtus, et portaient avec fierté les armoiries de leurs clans cousus sur leurs vestes de daim ou leurs capes de soie toutes neuves. A côté d'eux, le petit garçon avait l'air misérable, avec ses pauvres frocs de chanvre rapiécés et sa grossière tunique de lin. Pour lui, ces étudiants incarnaient le prestige, la gloire, la reconnaissance. Il les enviait, les jalousait parfois, et leur prêtait volontiers toutes les aventures romanesques qu'il ne connaîtrait jamais.

« Deux années durant, la vie de l'enfant s'écoula ainsi, au rythme des coups de feu en cuisine. Le garçon s'en contentait largement, bien plus heureux auprès de son patron qu'exposé aux regards de haine et de mépris des autres villageois. Mais un jour, l'enfant fut rattrapé par son destin.

« Ce jour funeste fut celui où un haut ambassadeur du pays du vent tomba assassiné sur la grande place de Konoha. Cette triste affaire appartient désormais au passé, mais je ne doute pas que nombre d'entre vous en aient gardé quelques souvenirs. »

A nouveau, Naruto marque une pause et parcourt des yeux l'assemblée, lisant la surprise sur la plupart des visages. Personne, chez les plus de vingt-cinq ans, n'a oublié cette affaire qui, à défaut de déclencher une guerre entre le pays du feu et celui du vent, fit capoter les négociations d'alliance qui avaient été entamées quelques mois plus tôt entre les deux parties. Mais en quoi cet incident, bien que majeur, aurait pu influencer la vie de Naruto?

« Permettez-moi de rappeler aux plus jeunes d'entre vous, poursuit l'ancien ninja, qu'un ambassadeur spécial du pays du vent a été assassiné, il y a de cela une dizaine d'années, pendant qu'il séjournait à Konoha. Il est mort empoisonné lors d'un dîner officiel préparé en son honneur. Après plusieurs semaines de travail, les enquêteurs de Konoha ont conclu que l'ambassadeur avait été tué par un membre de sa propre escorte, probablement sur ordre du gouvernement du pays du vent, qui souhaitait disposer d'un prétexte pour renier les accords de non agression passés entre les deux nations. Une fois le dossier classé, le pays du feu, convaincu de la duplicité des hommes du vent, suspendit toutes ses relations diplomatiques avec eux. Dans le même temps, à Konoha, tous les habitants qui avaient été emprisonnés pour interrogatoire furent relâchés. Et, bien sûr, on s'indigna beaucoup du procédé lâche et machiavélique imaginé dans cette affaire par le gouvernement du vent.

« Le plus amusant dans cette histoire, c'est que ce pauvre ambassadeur a bel et bien été exécuté par des ninjas de Konoha. »

A ces mots, la salle répond par une exclamation indignée. Qu'un traître comme Naruto, dans une position d'accusé qui plus est, se permette une déclaration aussi scandaleuse, voilà qui est proprement incroyable.

« Vous vous demandez comment je le sais ? lance Naruto, qui a tout compris des paroles échangés entre ses auditeurs. C'est fort simple. Je le sais parce que j'ai moi-même été... impliqué dans ce complot. »

Une nouvelle exclamation s'élève sous le chapiteau. De surprise cette fois-ci. Ainsi donc, Naruto avait déjà tué avant de s'en prendre aux membres du conseil ? Cette nouvelle information apporte de l'eau au moulin des partisans d'une mise à mort du jeune homme. Nombreux sont tout de même les ninjas qui doutent d'un tel scénario, et se demandent comment le garçon, alors âgé de dix ans et dépourvu de toute formation militaire, aurait pu tuer un ambassadeur protégé par une garde rapprochée.

« Si c'est ce qui vous tracasse, reprend Naruto, je puis vous rassurer sur un point: ce n'est évidement pas moi qui ait occis le pauvre diable. Si cette affaire m'a concerné au premier chef, c'est parce que l'ambassadeur n'était pas la véritable cible du complot. Son meurtre n'était qu'une étape nécessaire. La cible finale des assassins... c'était moi. »

Cette fois-ci, les auditeurs ne prennent même pas la peine de marquer leur incompréhension ou leur surprise. Le récit du jeune homme va décidément d'invraisemblance en invraisemblance. On entend simplement fuser ici ou là quelques commentaires ironiques. L'accusé cherche-t-il à se moquer de l'assemblée, ou bien, paniqué, invente-t-il cette histoire incroyable pour tenter de se tirer d'affaire ?

« Je vois que vous êtes, pour la plupart, complètement perdus, rigole Naruto après quelques instants. Et que aussi que beaucoup d'entre vous ne me croient pas. Pourtant, je puis vous assurer que vous allez vite comprendre.

« Dès que les enquêteurs ont compris que l'ambassadeur du vent avait été empoisonné, poursuit l'ancien ninja, toutes les personnes qui avaient participé à la préparation du repas ont été arrêtées. Y compris, donc, le personnel d'Ichiramen, dont je faisais parti et qui, du fait de la présence d'un ancien militaire en son sein, avait été mobilisé pour participer aux travaux de cuisine.

« Très vite, donc, nous nous sommes retrouvés, le patron, sa femme et moi, dans les geôles spéciales de ce très cher seigneur Ibiki. Nous étions, bien entendu, séparés les uns des autres. Je passe sur les brutalités toutes particulières auxquelles j'ai eu droit à l'occasion de mes premiers jours de détention, pour en venir au plus intéressant. Le matin du huitième jour qui suivait mon arrestation, j'ai reçu une visite pour le moins... inamicale.

« J'étais tranquillement (façon de parler bien sûr) enchaîné à mon banc, seul, quand la porte de ma cellule a volé en éclat. Trois hommes masqués ont jailli à une vitesse prodigieuse et se sont précipités sur moi. Je n'avais jamais rien vu de tel. J'étais terrorisé. Ils m'ont encerclé, et l'un des homme a simplement dit à celui qui m'avait agrippé par le bras : "Tue le". Le kunaï s'est immédiatement abattu. Une frayeur prodigieuse m'a envahit, et j'ai frappé l'homme de mon poing libre. Si l'on m'avait dit avant ce jour que je pourrai faire voler un ninja entraîné contre un mur d'un seul coup, jamais je ne l'aurais cru. Pourtant, c'est ce qui se produisit. Mon adversaire parti s'écraser contre une paroi de la cellule. Je crois qu'il fut tué dans le choc.

« Moi, je m'écroulais. Je n'avais pas riposté assez vite et le ninja avait eu le temps de me perforer le poumon gauche. Je pissais le sang, respirait difficilement. Le chef du commando sembla alors pris de panique. Il cria quelque chose comme : "Vite, il faut l'achever avant qu'il ne se réveille complètement". Je n'eus pas le temps de m'interroger sur le sens de cette déclaration. Une boule de feu surgie de nulle part me frappa l'instant suivant de plein fouet. Les flammes s'emparèrent de moi. Je brûlais vif. La douleur était abominable, inimaginable. Je devins fou. Je me jetais partout pour échapper au feu. Puis, une rage effroyable s'empara de moi. Je hurlais comme un damné, avant de perdre conscience.

« Quand je me suis réveillé, j'étais allongé dans un lit. Les draps étaient blancs, propres. Ils sentaient bons. Au dessus de moi, j'entrevis la stature imposante, rassurante, de mon patron. Derrière lui se tenait l'hokage. Son teint était pâle, son air sinistre. J'essayais de parler. Ils m'en empêchèrent. Je fus livré aux soins des médecins appelés par mon patron, sans que jamais l'hokage ne me quitte des yeux.

« Quelques heures plus tard, mes deux protecteurs me tirèrent de mon lit et m'emmenèrent dans la grande tour. Là, à l'abri des oreilles indiscrètes, ils me firent des révélations stupéfiantes. Ils m'apprirent ce qu'ils nommèrent le secret le mieux gardé de toute l'histoire de Konoha. Quelques-uns d'entre vous savent de quoi je veux parler. Les autres risquent d'être choqués en l'apprenant, mais il n'est pas possible de vous expliquer ma fuite et les meurtres que j'ai perpétré à cette occasion sans vous révéler ce fameux secret. »

Ignorant les murmures intrigués de la salle, Naruto poursuit son récit.

« Mon patron et l'hokage commencèrent par me faire remarquer la vitesse hallucinante à laquelle guérissaient les terribles blessures que j'avais reçu lors du combat mené dans la prison. Ils m'apprirent aussi que j'avais à moi seul terrassé trois ninjas du vent spécialement entraînés pour cette mission. Je leur demandais comment une telle chose était possible, et surtout pourquoi on avait tenté de me tuer, moi, un pauvre apprenti cuisinier.

« L'hokage me répondit que mon corps recelait en fait un pouvoir particulier, un pouvoir très puissant, dont mes agresseurs voulaient s'emparer après m'avoir abattu. Il me dit aussi que je possédais ce pouvoir depuis le jour de mon arrivée à Konoha, mais que cette force était si dangereuse à manipuler qu'il avait préféré me laisser ignorer son existence. Seules quelques personnes soigneusement sélectionnées avaient été mises au courant de l'existence de cette force cachée. Malheureusement, l'attaque dont j'avais été victime prouvait que le secret s'était ébruité et que certains individus extérieurs au village voulaient s'emparer de ce pouvoir.

« L'hokage m'expliqua ensuite que mes agresseurs avaient profité de mon emprisonnement et du trouble provoqué par l'assassinat de l'ambassadeur du vent pour passer à l'action. Ce crime odieux avait d'ailleurs sans doute été commis dans le seul but de m'isoler pour faciliter mon propre assassinat. " M'isoler de qui ? ", me demanderez-vous. Tout simplement de mon patron, qui, loin d'être un simple restaurateur, faisait en fait parti des services secrets privés de l'hokage et était spécialement affecté à ma surveillance depuis mon premier anniversaire.

- Mais alors, pourquoi dis-tu que ce sont des ninjas de Konoha qui ont tué l'ambassadeur du vent?, intervient Kakashi. A t'entendre, on penserait plutôt que ce sont les ninjas du vent eux-mêmes qui ont procédé à l'assassinat de leur propre représentant pour pouvoir ensuite mieux t'atteindre.

- C'est ce que j'ai cru pendant plusieurs années, et c'est bien entendu ce qu'ont voulu faire croire les auteurs de ce complot. Je suppose que vous aimeriez en savoir plus sur cette affaire, mais je préfère que nous passions à autre chose. Il n'est pas utile, pour le moment, que vous connaissiez tout de suite l'identité des comploteurs. Ce qui importe avant tout, ce sont les conséquences pratiques que tirât l'hokage de cet épisode.

« Sarutobi, parce qu'il était bien plus sage et intelligent que l'immense majorité des ninjas de ce continent réunis, avait toujours fait tout ce qui était en son pouvoir pour que jamais la terrible puissance qui dormait au fond de moi ne vienne à être réveillée. C'est la raison pour laquelle il m'avait tout de suite isolé du reste des villageois, avant de me confier, dès que cela fut possible, à l'un de ses soldats les plus sûrs.

« Malheureusement, l'attaque brutale des trois ninjas m'avait obligé, bien malgré moi, à me servir inconsciemment de cette puissance jusqu'alors insoupçonnée. Mon pouvoir, à présent, était réveillé et l'hokage n'avait d'autre choix que de m'apprendre à m'en servir, afin que jamais cette terrible force ne se retourne contre moi, et surtout contre le village. »

Nouvelle pause d'un Naruto malicieux, conscient de jouer avec les nerfs des juges et spectateurs. Dans l'assemblée, on se regarde, on se consulte, chacun interrogeant son voisin à voix basse sur le soi disant pouvoir caché du renégat. N'y tenant plus, un des anciens condisciples de Naruto l'apostrophe.

« Et c'est quoi, alors, ce fameux pouvoir, dont tu nous rebats les oreilles depuis cinq minutes ?, lance Inuzuka Kiba, sur le ton moqueur de celui qui ne croit pas un mot de ce qu'il vient d'entendre.

- Patience, Kiba, j'y venais justement, sourit l'intéressé. Mais pour que vous puissiez bien comprendre ce dont il s'agit, il me faut d'abord vous remettre en mémoire un terrible événement qui frappa Konoha il y a bientôt vingt ans de cela. Cela se produisit, comme par hasard, le jour même de mon arrivée supposée dans ce village. Quelques heures seulement après que je fus soi-disant découvert tout bébé par des ninjas de retour de patrouille, Konoha fut en effet attaqué par le démon le plus cruel qu'ai jamais affronté les guerriers de la feuille, Kyubi no Yoko, le renard à neuf queues. »

Dans la salle, un silence pesant s'est abattu. Le seul souvenir de Kyubi fait frissonner la plupart des juges. Et ils sont nombreux à se demander où Naruto veut les conduire en évoquant cet épouvantable drame. Seuls quelques jounins, dont Kakashi, Gaï et Ibiki, parfaitement au fait de toute l'histoire, se contentent de baisser la tête en prévision de l'orage que s'apprêtent à déclencher les révélations qui vont suivre.

« Je ne vais pas m'appesantir davantage sur cet événement atroce, qui laisse aujourd'hui encore chez beaucoup d'entre vous des marques difficiles à porter, reprend Naruto. Je rappellerais seulement ce que nous apprennent les chroniques de l'époque. Sacrifiant sa vie pour sauver le village, le quatrième hokage, qui avait été élu trois ans auparavant seulement, utilisa une technique inconnue de tous pour détruire l'abominable créature, payant cet exploit de sa vie.

- Et alors ?, insiste Kiba, de moins en moins patient. Quel rapport avec toi? Et pourquoi tu nous bassines avec ce que tout le monde sait déjà?

- Pourquoi ? Tout simplement parce que cette histoire est fausse », répond tranquillement Naruto, comme s'il évoquait une évidence.

Pour la plupart des membres de l'assemblée, c'est la déclaration de trop. De nombreux ninjas et villageois sont désormais persuadés que le garçon cherche à noyer le poisson, qu'il raconte n'importe quoi pour sauver sa tête. Les accusations fusent déjà de toute part.

« Cette farce a suffisamment duré, lance un chunin à Tsunade. C'est un sacrilège, une offense à la mémoire de notre hokage. Faites donc taire ce gosse et finissons-en. »

Avant même que cet appel puisse être repris, l'hokage se lève et impose le silence à la salle.

« Non, je ne ferais pas taire l'accusé, répond-t-elle. Et aucun de vous ne le fera. Vous avez accepté le principe d'une audience, et vous écouterez ce jeune homme jusqu'au bout. Ses paroles, du reste, ne sont ni une insulte, ni un sacrilège. Uzumaki Naruto ne fait que dire la stricte vérité. »

A ces mots, la salle toute entière s'est tue, sous le coup de la surprise. Après quelque secondes de stupeur, le doyen des Hyugas, qui a pris la place d'Hinata en tant que représentant du clan du byakugan, finit par prendre la parole, s'adressant directement à Tsunade .

« Que voulez-vous dire par là, Hokage sama ?, demande-t-il Affirmez vous, avec l'accusé, que le démon Kyubi n'a pas été abattu par notre quatrième hokage? Mais si tel est bien le cas, alors, qui a tué Kyubi ? Et pourquoi la vérité a t-elle été cachée aux habitants ?

- J'affirme, en effet, répond Tsunade, que le renard à neuf queues n'a pas été abattu par le regretté quatrième hokage. Quant au reste... je pense que la suite du récit de l'accusé vous apportera toutes les réponses que vous souhaitez obtenir. »

Tous les regards de l'assemblée convergent d'un seul coup vers Naruto. Celui-ci poursuit, le sourire aux lèvres.

« Vous désirez savoir, vénérable Hyuga, qui a tué le démon renard ? Et bien c'est très simple: personne. Parce que, voyez-vous, mes amis, Kyubi n'est pas mort. Et oui, chers habitants de Konoha, on vous a raconté des sornettes. Kyubi, le terrible démon renard à neuf queues, est bel et bien... vivant. »

Un silence glacial s'abat sur l'assemblée. Les représentants des guildes et des professions civiles, tous suffisamment âgés pour avoir vécu l'attaque de Kyubi, arborent un air effaré, et de nombreux ninjas, parmi ceux qui ont survécut au combat contre le démon, palissent à vue d'oeil. Seuls les guerriers les plus jeunes, qui n'ont jamais eu à faire à Kyubi, conservent leur tenue. C'est l'un d'entre eux, Shikamaru Nara, qui interroge Naruto.

« Tu prétends que Kyubi est toujours vivant, vingt ans après l'attaque. Mais comment en es-tu si sûr? Et si c'est vrai, où se cache-t-il ? »

Naruto ferme les yeux, sous l'effet de la satisfaction. Son sourire s'agrandit encore, s'il était possible. Puis, lentement, il se tourne vers Shikamaru, le fixe droit dans les yeux, et lui répond simplement:

« A ton avis ? »

Shikamaru a sursauté. Il n'arrive pas à croire que ces mots aient pu être prononcés par Naruto. Cette voix soudain caverneuse, grave, profonde, et si puissante, a paralysé tous les membres de l'assemblée sur place. Shikamaru ne comprend pas. Mais voici que Naruto se lève de son siège et ôte ses vêtements. Bientôt, la chemise tombée laisse apparaître un torse plaisamment musclé, mais surtout recouvert d'un nombre incroyable d'inscriptions, formant le sceau le plus complexe qu'aucun ninja présent n'ai jamais vu.

« Qu... qu'est-ce que ça veut dire ? demande Shikamaru.

- Cela veut dire qu'aucun humain ne pourra jamais tuer un immortel, répond Naruto, toujours de cette voix sépulcrale. Et que, sachant cela, le quatrième hokage a fait la seule chose qu'il pouvait faire: au lieu d'essayer vainement d'abattre un adversaire bien trop puissant pour lui, il est parvenu à le confiner derrière un sceau, lui imposant de prendre une forme apparemment inoffensive. »

A son tour, Shikamaru pâlit, comme tous les autres ninjas de la jeune génération, qui semblent enfin avoir compris la terrible vérité.

« Mais... bafouille le stratège, ça veut dire... que tu es...

- Kyubi no Yoko, achève le jeune garçon en s'inclinant devant l'assemblée. Et je suis ravi de vous revoir, mes très chers amis. »