5ème chapitre.


Deux jours plus tard, le Shérif débarqua dans le labo, il fulminait.

« Comment se fait-il qu'on n'arrive pas à mettre la main sur ce type ! Un gars en combinaison orange fluo, ça ne passe tout de même pas inaperçu ! »

« Ça ne vous est pas venu à l'esprit que ce 'type' comme vous dite, a des amis quelque part en ville ? Ils lui ont certainement trouvé de nouveaux vêtements et un nouveau look. Tous les policiers de la ville le recherche, il ne restera pas invisible longtemps. » répliqua Catherine sur les nerfs

Elle donnait des ordres, demandait des résultats, se rendait à divers endroits à longueur de journées, elle n'avait presque pas dormie depuis que Warren Bradley, leur prisonnier évadé, était dans la nature. Les médias n'hésitaient pas à assaillir les membres du personnel dès qu'ils franchissaient le pas de la porte du LVMPD. Le Shérif était sur le dos de Catherine en permanence, demandant des résultats positifs, sans ajouter Ecklie qui profitait de sa position de directeur pour critiquer les méthodes de travail de l'équipe de nuit et de leur manque de résultats. Si Catherine avait eu le temps, elle l'aurait probablement étranglé de ses propres mains et aurait disposé de son corps afin que personne ne puisse jamais le retrouver. Malheureusement, elle n'avait pas le temps de mettre ce plan a exécution. Bradley venait de recommencer son cercle vicieux. Violeur un jour, violeur toujours. Il avait été condamné à la peine capitale pour avoir violé et assassiné dix-huit femmes en deux ans. Il croupissait en prison depuis six ans et avait apparemment planifié son évasion depuis longtemps et avec une précision qui faisait froid dans le dos.

Au bout de sa deuxième journée d'évasion, le corps d'une secrétaire médicale avait été retrouvé dans une allée, derrière un supermarché. Bradley était responsable, on avait trouvé ses empreintes sur la barre en métal qui avait servi à tuer sa future victime.

La photo de Bradley était partout, placardé dans les magasins, les postes de police, les taxis, les aéroports, stations de bus, gares. Bref, partout. Chaque voiture de patrouille possédait le profil du tueur. Malgré cela, personne ne l'avait vu. Personne ne savait où il était.

Warrick et Brass passaient leur temps à la prison d'état, interrogeant les prisonniers ayant connu Bradley, fouillant sa cellule.

Nick, Greg et Sofia s'occupaient des lieux du meurtre. C'était leur seul point de départ.

Sara et Catherine fouillaient le passé de Bradley afin de déterminer où il aurait pu se rendre, quelles étaient ses fréquentations avant d'être incarcéré. Bref, tout ce qui pouvait leur permettre de trouver un endroit éventuel où il se cacherait. Mais aussi ses anciennes connaissances, ces personnes pouvaient très bien le cacher. Et ils n'étaient pas tous faciles à approcher ou 'ouverts' aux forces de police.

Chacun avait une tâche à accomplir, chacun passait plus d'heure au labo que chez eux. C'était néfaste pour leur santé mais ils ne pouvaient pas laisser un tel individu marcher tranquillement dans la rue, repérant sa prochaine victime.

Malheureusement, les CSI devaient ajuster leurs priorités lorsqu'une nouvelle affaire leur fut reportée. Une fillette de six ans qui avait été portée disparue un mois auparavant venait d'être retrouvée morte dans un terrain vague un peu en dehors de Vegas. L'affaire avait fait du bruit lors de la disparition et maintenant que le corps était apparu, il ne faisait aucun doute que la presse s'empare de l'enquête. Les médias avaient soif de sang et en ce moment, ils étaient gâtés.

Catherine avait demandé à Sara et Greg de s'occuper de l'affaire Emma Meyer, sachant que sa collègue était un des meilleurs éléments du labo.

« Cath, tu sais bien que je n'ai pas le droit de quitter la labo ! » avait argué Sara

« Je le sais mais il s'agit d'une situation particulière. J'en ai bien sûr parlé à Ecklie et même si au début il a refusé, j'ai fini par le convaincre. Sara, j'ai besoin de toi sur cette enquête. On est complètement submergé en ce moment, le Shérif met une pression énorme sur le labo parce qu'on n'a pas encore retrouvé Warren Bradley. Ecoute, j'ai entièrement confiance en toi et je sais que tu es le meilleur exemple qui existe pour Greg. Si vous avez besoin de quoi que ce soit, aucun problème. »

« Tu sais que la presse va s'emparer de l'affaire, que va-t-il se passer lorsqu'ils apprendront, et je suis certaine que ce sera le cas, que j'étais suspendu de terrain durant une année, et là, je me retrouve sur une enquête très importante. » fit-il incertaine

« Si ça vient au grand jour, je m'en occuperai et j'en parlerai à Ecklie, c'est lui le responsable de ta suspension après tout, il n'a qu'à faire son boulot de directeur et faire ses beaux discours comme il sait si bien faire. » répondit Catherine

« Parfait, je vais prévenir Greg. J'espère vraiment qu'il n'y aura aucune retombée. » Après cela, elle était partie en quête de son jeune collègue.

Au bout de deux semaines, la pression était quelque peu retombée. Bradley avait été retrouvé dans un bungalow à Lake Mead. En fouillant son passé, Catherine avait trouvé un acte de propriété au nom de ses défunts parents. Ils possédaient le bungalow et Bradley s'y était caché durant son évasion. De retour à la prison d'état, il avait été placé sous haute sécurité. Il avait tué deux femmes durant sa cavale.

Toutes les affaires ne connaissaient pas une fin aussi rapide, l'affaire Emma Meyer était loin d'être résolue. Le manque d'indice avait laissé Sara confuse lorsqu'elle était arrivée sur la scène de crime. Il était évident que le meurtrier était méticuleux. La fillette n'avait pas été tuée sur les lieux de sa découverte et pour couronner le tout, il avait récemment plu sur la région, ce qui avait emporté bon nombre d'éléments et indices pouvant permettre aux CSI d'avancer dans leur enquête. Greg et Sara avaient passé des heures sur le terrain vague, fouillant et retournant chaque mètre carré. Ils n'avaient rien trouvés hormis quelques fibres et traces de pneus inutilisables.

Lors de l'autopsie, Doc Robbins avait trouvé des preuves menant à la conclusion qu'Emma avait été violée puis battue à mort. Alors que le coroner rapportait aux CSI ses observations, Sara avait sentit son estomac se nouer. Ça n'allait donc jamais s'arrêter. On tuerait et violerait encore et toujours. Elle essaya de ne pas laisser apparaitre ses émotions durant le reste de leur visite à la morgue. En sortant de là, elle jeta un regard à Greg et sut qu'il pensait comme elle. Le jeune homme autrefois drôle et un brin excentrique voyait une autre facette de la vie. Une facette qui n'avait rien d'attrayant et qui faisait surtout peur.

A présent, Sara avait le regret d'annoncer à sa supérieure que l'affaire était dans une impasse. Greg et elle avaient exploité toutes les pistes possibles et inimaginables et rien ne ressortait. Catherine lui adressa un sourire rempli de sympathie. Elle savait combien la jeune femme avait travaillé dure pour retrouver l'assassin de la jeune Meyer. Elle prit donc le dossier de l'enquête et le rangea dans la pile des affaires non élucidées. Un cambriolage attendait Sara et Warrick. Il n'y avait aucun répit face aux pêchés, aussi violents que banals fussent-ils.

En deux semaines, Sara n'avait vu Grissom qu'en coup de vent. Même s'il occupait son esprit une grande partie de ses journées, l'affaire Meyer avait tenu ses pensées éloignées de lui tout le temps qu'elle passait au labo. Et elle n'était pas rentrée chez elle souvent. Elle demandait de ses nouvelles à Catherine lorsqu'elle croisait sa collègue à la pause déjeuner. Celle-ci lui avait dit que Grissom continuait à vivre à l'hôtel et qu'il n'y avait toujours pas d'amélioration concernant son état. Sara avait envie de le voir. Mais à chaque fois, la dure réalité la rattrapait. L'homme qu'elle aimait n'avait aucun souvenir d'elle. Ça faisait mal. Alors qu'un soir elle le voyait s'éloigner après l'avoir croisé rapidement, Sofia s'était approchée d'elle et avait posé la main sur son épaule. La jeune femme lança un regard plein de compassion à Sara et son geste se voulut amical, signifiant qu'elle comprenait et que Sara pouvait compter sur elle. Sara avait été surprise par ce geste mais remercia sa collègue par un léger hochement de tête. L'ancienne CSI s'éloigna en silence tandis que Sara resta encore quelques secondes sur place, contemplant le chemin qu'avait emprunté Grissom quelques secondes plus tôt.

Le lendemain, alors qu'elle attendait le corps d'une nouvelle victime arrive à la morgue pour l'autopsie, elle vit arriver Grissom. Il avait un sac en papier dans la main.

« Bonjour » fit-il timidement

« Bonjour » répondit-elle sur le même ton

« Je… En parlant avec Catherine, elle m'a dit que tu étais là et que ça faisait des heures que tu n'avais pas quitté le labo… »

« Oh… Euh, c'est bien vrai » il s'avança vers elle

« J'attends qu'un corps soit amené à la morgue pour une autopsie. » continua Sara

« Passionnant. Je… je suis aller manger au restaurant, au coin de la rue et… je t'ai ramené quelque chose. » fit-il nerveusement avant de lui donner le sac

« Oh, merci… » répondit-elle avec un léger sourire

Elle ouvrit le sachet et en sortit une salade à emporter. Sara observa la boite en plastique avec un drôle d'air. Grissom s'en aperçut et fut encore plus nerveux.

« Tu n'aimes pas ? C'est une Caesar Salad… »

« Végétarienne » finit-elle pour lui

« Oui. »

« C'est ce que je prends toujours dans ce restaurant… Comment… ? »

« Je n'en ai aucune idée… C'est que… ça m'est venu comme ça, c'est tout… j'ai encore eu une impression de déjà vu. » expliqua-t-il nerveusement

Sara ne répondit rien, elle se contenta de hocher la tête.

« Tu… tu es végétarienne? » demanda-t-il en s'asseyant à côté d'elle

« Oui »

« Depuis longtemps ? »

« Six ans » répondit-elle d'une voix douce

Lorsqu'elle fut repartie, Grissom continua la conversation :

« Qu'est-ce qui t'a fait changé ? » demanda-t-il curieux

« Une certaine expérience avec un cochon mort. Passer toute une nuit à voir des mouches et autres insectes venir sur la carcasse a vraiment eu un effet direct sur moi. Mais à part ça, c'était une bonne nuit. » elle baissa les yeux et le ton de sa voix changea

« Ah et pourquoi cela ? »

« Parce que tu étais là » déclara-t-elle en levant les yeux vers lui

Grissom se sentit étrange à cet instant. Il ne s'attendait pas à ce qu'il venait d'entendre.

« Je… » commença-t-il mais fut coupé par Sara

« Désolée, je ne voulais pas te mettre mal à l'aise. Oublions ça. Je ne te demande pas de t'en souvenir obligatoirement. Chaque chose en son temps. » expliqua-t-elle calmement

Au moment où Grissom ouvrait la bouche pour répliquer, David arriva tout en poussant un chariot sur lequel reposait un corps dans un sac noir.

Sara se leva immédiatement et s'approcha du jeune coroner.

« Bonjour Sara, désolé pour le retard. Voici le corps d'Erica Flemming. »

« Je viens de rejoindre Warrick sur cette enquête, apparemment il y aurait des ressemblances avec l'affaire Meyer. »

« Le corps est dans un état de décomposition assez avancé, elle est morte depuis plus longtemps qu'Emma Meyer. Mais avec l'autopsie on devrait être fixé sur les causes et la date de la mort. Tu es venu y assister ? »

« Ce n'était pas mon intention mais je crois que je vais rester. » annonça-t-elle

« Bien, j'ai simplement besoin de préparer le corps » il continua son chemin vers la morgue

Sara vit du mouvement du coin de l'œil et se tourna pour voir Grissom se lever.

« Sur quelle affaire tu travailles en ce moment ? » demanda-t-il

« On a retrouvé le corps d'une fillette de six ans ce matin. C'est la deuxième en quelques jours. »

« Vous avez une piste ? »

« Non. On a fait le maximum et on est tombés dans une impasse. Peut être que le corps d'Erica nous apprendra de nouvelles choses. »

« Chaque corps raconte une histoire. » laissa-t-il échapper

Sara tourna aussitôt les yeux vers lui. Grissom avait ce regard qu'il avait autrefois lorsqu'il était plongé dans une enquête et réfléchissait en permanence. Il finit par croiser son regard et perdre cette expression si propre à l'homme que Sara connaissait.

« J'ai dit quelque chose qui ne fallait pas ? » s'enquit-il

« Non. C'est juste que… C'est une des premières choses que tu m'ais dites lorsque j'ai commencé à travailler avec toi. »

Une porte s'ouvrit et David appela :

« Sara ! Le corps est prêt, tu peux venir. »

La jeune femme se dépêcha de finir son repas puis fit quelques pas vers la morgue.

« Je ne sais pas combien de temps ça va prendre, on se verra plus tard, d'accord ? » lança-t-elle à Grissom

Ce dernier hocha simplement la tête avant de quitter les lieux.

Quelques jours plus tard, Catherine discutait avec Grissom.

« Tu es sûr de vouloir rester à l'hôtel ? Ça va te revenir cher à la fin. »

« Quelle autre solution est-ce que j'ai ? »

« Et bien… Tu as une maison ici. Je sais que Sara et toi l'avez gardé afin que personne ne sache que vous vivez ensemble. Tu devrais demander à Sara de t'y amener, c'est elle qui a les clés. Ce sera beaucoup mieux que l'hôtel, crois moi. »

« Je ne sais pas… »

« Gil, je sais que c'est difficile ce que tu vis, mais on ne sait pas combien de temps cela va encore durer. Imagine que ça reste ainsi pour toujours… »

« Je ne préfère pas y penser. Il faudrait que je trouve un boulot. »

« Pas nécessairement, tu prendrai une retraite anticipée, c'est tout. Tu l'as bien mérité je crois. Toutes ces années que tu as passé à travailler, mettant toujours ta vie privée entre parenthèses… »

« Malheureusement, je ne m'en souviens pas. Je n'arrive même pas à me souvenir de la femme que je suis sensé aimer. A chaque fois que je parle avec Sara, je sens qu'il y a une gêne entre nous. Elle ne sait pas comment réagir avec moi. »

« Je sais bien… mais je ne peux pas t'aider sur ce coup. Il faut du temps, c'est tout ce que je peux te dire. » il n'avait pas l'air convaincu

Il avait fini par accepter la proposition de Catherine et s'était installé dans son ancienne maison. C'était Sara qui l'avait amené et lui avait fait visiter les lieux. Tout le temps qu'elle était restée avec Grissom, elle luttait contre les souvenirs. Chaque pièce, chaque recoin était un nid à souvenirs. C'était là qu'elle avait vécu avec Grissom pendant deux mois avant qu'ils ne se décident à acheter leur propre maison. Maison dans laquelle la jeune femme vivait toujours. Elle avait abandonné son petit appartement pour venir s'installer avec lui dans cette maison. Les murs blancs et l'atmosphère stérile qui régnait avaient été éradiqués lorsqu'ils avaient entreprit de repeindre les murs et de décorer les pièces avec autre chose que des papillons ou autres insectes morts.

Aussitôt qu'elle avait pu, Sara était partie. Elle ne pouvait plus rester dans cette maison. Grissom l'avait bien vu mais n'avait rien dit. Il ne savait pas quoi dire de toute façon.

Au fil des jours qui passaient, l'humeur de Sara s'assombrissait. Son enquête était toujours au point mort et les parents des victimes n'hésitaient pas à qualifier la police et labo d'incompétents. Ils voulaient des réponses mais personnes n'en avait. En fouillant le passé d'Erica Flemming, Sara avait découvert que la fillette avait passé une grande partie de sa courte vie dans des familles d'accueil. Son père avait assassiné sa mère un soir après être rentré complètement ivre. Erica avait échappé de justesse au massacre. Elle avait tout de même vu son père se faire tuer par les policiers alors qu'il tentait de fuir.

Sara ne pouvait s'empêcher de voir les parallèles avec sa propre vie. Aucun enfant ne devait connaître ça. Et encore moins connaître une mort aussi abominable. Les affaires traitant de viols et autres évidence d'abus mettaient Sara sur la défensive. Pire encore, elle se laissait submergé par les enquêtes et ne pouvait trouver de repos ni de paix tant que le meurtrier n'était pas sous les verrous ou abattu. Elle savait que pour les affaires Meyer et Flemming il en serait de même. Mais elle ne pouvait se résoudre à passer ses dossiers à quelqu'un d'autre ou simplement s'arrêter là. C'était au-dessus de ses forces. Catherine la surveillait, elle savait que quelque chose n'allait pas chez sa collègue. C'était pour cela qu'elle avait mit Warrick comme partenaire pour la jeune femme. Il était calme et savait comment réagissait sa collègue. Et puis, il était sensé rapporté à Catherine le moindre problème rencontré avec Sara. Il ne faisait pas cela par manque de respect mais plutôt parce que tout le monde se souciait de Sara depuis qu'on avait annoncé la mort de Grissom. Elle était devenue fragile et ses amis voulaient prendre soin d'elle.

Un soir, Grissom avait décidé de rendre visite à Sara. Il avait entendu Catherine dire qu'elle avait besoin du soutien de ses amis. Il savait que quelque chose préoccupait la jeune femme, il s'en était rendu compte alors qu'il passait au labo pour régler certains papiers. Sara avait des cernes et son teint était très pâle. Elle était irritable ou complètement perdue. Elle prenait les remarques de ses collègues très mal.

Voila pourquoi Grissom était devant sa porte lors de sa journée de congé. Il voulait lui remonter le moral, même s'il ne savait pas comment s'y prendre.

Sara ouvrit la porte en pyjama mais ne semblait pas s'être beaucoup reposée. Elle regarda Grissom avec surprise, elle ne s'attendait pas à le voir sur le pas de sa porte.

« Bonsoir… » dit-il

« Grissom, je ne m'attendais pas à cette visite »

« Je… je me suis dit que j'allais passer voir comment tu allais » répondit-il

« Ça va bien » dit-elle pas très convaincante

« Je vois ça en effet. Sara… est-ce que je peux entrer ? »

Sara eut un moment d'hésitation puis ouvrit la porte en grand pour le laisser passer. Grissom entra et se mit à observer les lieux. La maison était assez spacieuse et bien décorée, il y avait un étage et cela semblait trop grand pour un couple sans enfants. Sara se dirigea vers le salon et s'assit sur le canapé. La télévision était allumée et des albums photos étaient ouverts sur la table basse. La jeune femme avait apparemment fait un saut dans le passé. Elle s'empressa de refermer les albums et de les ranger.

« Catherine m'a dit ce qui se passait » finit-il par articuler

« Et qu'est-ce qui se passe ? » rétorqua-t-elle

« Je sais que ce genre d'affaires ne te laisse pas indifférente. Je sais qu'elles t'obsèdent. »

« Vraiment ? Désolée d'être humaine » répondit-elle ironiquement

Grissom avait l'impression que les yeux de Sara brillaient. Elle essayait de cacher sa peine derrière cette façade pleine de sarcasmes. Il vint s'asseoir près d'elle, laissant tout de même un espace entre eux.

« Pourquoi est-ce que tu réagis de la sorte face à tout ça ? Est-ce qu'il s'est passé quelque chose dans ton passé ? » demanda-t-il

Sara baissa la tête, elle sentait déjà les larmes lui piquer les yeux.

« Oui. » répondit-elle

Une sensation étrangère emplit Grissom, il se revoyait dans une situation pratiquement pareille. Sara était assise dans un fauteuil et lui sur un canapé. Elle était en larme alors qu'elle lui racontait les détails sordides de son enfance. Il sentit sa respiration s'accélérer et sa main trouva celle de la jeune femme. Sara releva la tête et fixa son regard sur leurs mains jointes.

« Ça s'est passé dans ton enfance, c'est bien ça ? » demanda-t-il et elle acquiesça

« Ta mère a tué ton père. Elle l'a poignardé. » déclara-t-il alors que les souvenirs lui revenaient

« Comment… » bégaya-t-elle

« J'ai eu une sorte de flash, je me suis revu dans ton appartement alors que j'étais venu chercher des réponses. » expliqua-t-il

« Pourquoi des albums photos ? » demanda-t-il ensuite

« Parce que tu étais la seule personne qui savait quoi faire dans des moments pareils. » avoua-t-elle alors que des larmes coulaient le long de ses joues.

Grissom la regarda sans savoir quoi faire. Il ne savait pas comment la calmer, il finit par passer ses bras autour d'elle et la tint contre lui. Sara éclata en sanglots et se laissa aller contre lui.

« J'ai besoin de toi. J'ai besoin de l'homme que j'aime » murmurait-t-elle entre les larmes

Pour toute réponse, Grissom la serra plus fort contre lui. Il priait pour que la mémoire lui revienne vite fait.

Les heures et les minutes passèrent, Sara avait fini par arrêter de pleurer et elle s'était endormi contre lui. Grissom n'essaya pas de la réveiller, elle avait besoin de se reposer. Il décida alors de l'emmener dans sa chambre, elle y serait installée plus confortablement.

Alors qu'il portait la jeune femme, il gravit les marches d'escalier puis se dirigea instinctivement vers la deuxième porte sur la gauche.

Là il s'approcha du grand lit et y déposa Sara avec douceur. Il tira les couvertures puis borda la jeune femme. Il avait l'impression d'effectué des gestes familiers. Il éteignit ensuite les lumières et quitta la chambre.

De retour dans le salon, Grissom s'assit sur le canapé et observa les lieux autour de lui. Il n'avait pas envie de partir, il voulait rester afin de s'assurer que Sara allait bien. Au fond de lui, c'est ce qu'il voulait le plus.

Il vit les albums photo et en prit un. Il l'ouvrit et eut la surprise de voir des photos de l'équipe de CSI lors d'un pique-nique. Tous avaient l'air de s'amuser. Il feuilleta les pages et les trouva remplis de photos de Sara et de lui, heureux. Sur une page ils étaient dans une fête foraine, sur une autre près d'un lac. Ils aimaient prendre des photos, capturer leurs moments de bonheur. Les photos étaient datées et Grissom avait dû prendre un des derniers albums car elles affichaient l'année 2006. D'un autre côté, il ne savait pas quand leur relation avait débuté. La dernière photo était datée au mois de juin 2006, c'était la dernière photo dans un album à moitié rempli. Grissom compris que c'était le mois de sa disparition. Le crash était survenu fin juin. Les moments de bonheur avaient alors cessés.

Grissom referma l'album et s'allongea sur le canapé. Il sentait une migraine arriver.

Le lendemain matin, lorsque Sara descendit les escaliers, elle fut surprise de voir une masse sur son divan. Plus elle s'approchait plus elle reconnaissait la personne qui était endormie. Un triste sourire se forma sur ses lèvres. Elle décida de laisser Grissom dormir et partir dans la cuisine préparer du café.

Alors qu'elle sortait de la nourriture pour faire son petit-déjeuner, une voix se fit entendre derrière elle.

« Bonjour » Sara sursauta

« Désolé, je ne voulais pas te faire peur. »

« Ce n'est rien, je ne m'y attendais pas, c'est tout. » répondit-elle en se tournant vers Grissom

« Tu dois te demander ce que je faisais à dormir sur la canapé… » continua-t-il avec un petit sourire

« Un peu oui… »

« Hier soir tu t'es endormie sur moi, je t'ai amené dans ta chambre et après ça, je n'avais pas envie de partir, je voulais rester là au cas où quelque chose n'irait pas. » expliqua-t-il nerveusement

« Oh… Tu as faim ? » demanda-t-elle soudainement

« Oui un peu »

« Installes-toi au comptoir, j'ai fais des œufs brouillés et j'ai des toasts dans le grille-pain. Tu veux du café ? »

Il acquiesça puis s'assit, regardant Sara alors qu'elle prenait une tasse et la déposait devant lui. Elle s'installa en face de lui et ils mangèrent tranquillement.

« Comment tu te sens aujourd'hui ? » lui demanda-t-il

« Je vais bien. Je me sens reposée. » avoua-t-elle

« Tant mieux » dit-il avec un sourire

Il leva les yeux vers Sara et la vit concentrée.

« Sara… Quelque chose te préoccupe ? »

Elle lui sourit, Grissom savait toujours lorsqu'elle était soucieuse.

« Je me demandais simplement… Je me posais des questions sur ton année passée à Key West. »

« Quel genre de questions ? Tu peux me demander ce que tu veux, tu sais. »

« Et bien, par exemple, qu'est-ce que tu faisais… Ce n'est pas évident de repartir à zéro. »

« Non en effet. Ça a été difficile au début, je ne savais pas qui j'étais et personne sur l'île ne semblait me connaitre. En sortant de l'hôpital, j'ai été orienté vers un service social où on s'est occupé de me trouver un logement. J'ai passé un mois dans une sorte de foyer. Ensuite, vu que mon état ne s'améliorait pas, j'ai décidé de me prendre en main. J'avais un travail en temps que plongeur au début. Qui aurait voulu d'un type d'une cinquantaine d'année sans identité… Après cela, j'ai trouvé mieux, je louais de l'équipement de plongé dans un petit magasin près de la mer. C'était pas mal, j'étais payé assez pour avoir un petit appartement. » raconta-t-il

« Wow… » souffla Sara

« Voila, les deux premiers mois étaient les plus durs. Après cela, ma vie n'avait rien de palpitante. »

« Tu n'as jamais rencontré quelqu'un ? »

« Tu veux savoir si j'ai fréquenté quelqu'un durant mon temps là-bas ? »

« Hum… oui » dit-elle avec beaucoup de mal

« Non. Je ne me sentais pas d'avoir une relation sans savoir qui j'étais vraiment. Et puis je savais qu'il y avait quelqu'un quelque part. » admit-il

Sara se sentit aussitôt soulagée.

« Enfin, tout ce que j'aimerai savoir maintenant, c'est comment j'ai pu survivre à ce crash puis à des heures passées dans l'eau. » déclara-t-il

« Je ne sais pas. C'est un vrai miracle. »

« Je crois bien. Le détroit de Floride est infesté de requins, j'aurai été la cible parfaite pour eux. Mais non, j'ai simplement eu une insolation sévère et j'étais déshydraté. Et amnésique. »

« Tu as eu une chance énorme. On ne connaitra jamais la réponse à cela… Tout ce qui compte c'est que tu sois là aujourd'hui. » répondit Sara avant de poser sa main sur la sienne

Immédiatement après s'être rendu compte de ce qu'elle venait de faire, elle retira sa main.

« Désolée, les vieilles habitudes ont du mal à partir » marmonna-t-elle avant de se lever et de débarrasser.

« Tu veux de l'aide ? » lui proposa-t-il

« Non merci, ça va aller. Si tu as des choses à faire, vas-y. » annonça-t-elle

Grissom prit cela comme son invitation à partir puis s'éclipsa en silence. Sara avait toujours autant de mal à être dans la même pièce que lui. Elle voulait son amant et Grissom ne pouvait lui offrir cette responsabilité. Pas pour l'instant du moins. Il ressentait des sentiments au fond de lui mais ne pouvait pas agir en conséquence tant qu'il ne retrouverait pas la mémoire à cent pourcents. Il dut mettre de côté cet intense désir de prendre Sara dans ses bras et de l'embrasser.


A suivre.