La Fontaine

Auteur : Lenvy.

Titre : La Fontaine. Chapitre 2.

Disclaimer : The characters originally belong to Masashi Kishimoto.

Rating : T.

Fait en écoutant : The Doobie Brothers – Long Train Runnin' / Unaffected – Hoobastank.

Note : Recherches sur le réseau sanguin, la graphologie, Scotland Yard et le métier de profiler, le chapitre aura été long à mettre en place. Je n'ai pas eu beaucoup de résultats dans mes recherches sur le métier de profiler (profondément anglo-saxon, comme le laisse deviner le terme), j'ai ainsi dû faire avec mes minces connaissances sur le sujet, je m'excuse donc d'avance si ma vision de la chose vous paraît trop caricaturale. J'ai conscience que les personnages s'expriment dans un langage très formel mais ils travaillent, c'est donc plus réaliste qu'ils aient le niveau de langue approprié, même si cela est en décalage par rapport à la perception que nous avons d'eux, c'est une des impasses que je me dois de faire… Je vous remercie pour vos appréciations, elles ont été très motivantes. En ce qui concerne la progression de l'histoire, j'ai calculé qu'il devrait y avoir, si je continue à ce ryhtme-là, environ une dizaine de chapitres. Donc accrochez-vous ce n'est que le début :) N'hésitez pas à me faire part de vos impressions, surtout si vous avez des choses à critiquer, ça m'aide beaucoup. Ce chapitre devait initialement aller plus loin dans l'intrigue, mais c'était trop long, je me suis donc arrêtée ici. Bon, place au chapitre. Bonne lecture.

La Fontaine…

Leurs pas synchronisés résonnaient avec régularité dans la cité qui s'éveillait doucement. L'estomac de Naruto vint bruyamment briser le silence en émettant ce son d'une discrétion rare qui caractérise n'importe quelle panse vide et affamée. Sasuke, les mains réfugiées dans ses poches, s'immobilisa et se tourna vers son coéquipier d'un jour qui rigolait maladroitement pour se donner contenance. Sans mot dire, il reprit la marche et bifurqua dans une petite ruelle, laissant le privé en plan.

« Tu vas où ? lui cria-t-il.

- C'est un raccourci, suis-moi. »

Sasuke s'était arrêté dans la rue montante, attendant que Naruto le rejoigne sans se retourner. Ils continuèrent à marcher côte à côte dans cet étroit passage qui semblait ne mener nulle part et allait en se rétrécissant. Le blond leva les yeux vers une fine ligne de ciel bleu qui s'affinait au fur et à mesure qu'ils avançaient. Ils finirent par déboucher en plein sur Victoria street(1), face à l'imposant bâtiment qui abritait le quartier général de New Scotland Yard. Sasuke jeta un œil en biais à son compagnon qui contemplait l'édifice en silence, la bouche légèrement entrouverte. Il sourit en riant doucement.

« Quoi ?

- On dirait un gosse devant une vitrine de jouets, dit-il sur un ton moqueur.

- Oh, ça va ! C'est la première fois que je viens ici moi, répondit Naruto avec une moue boudeuse.

Il suivit tout de même son confrère lorsque celui-ci traversa la rue, animée des premières voitures de la ville qui se mettait lentement en mouvement. Le portier particulier du Yard salua respectueusement l'Inspecteur et lui ouvrit la porte, la retenant sur un signe de Sasuke pour permettre à Naruto d'y entrer aussi. Ils parcoururent un long couloir aveugle, éclairé par des néons bleutés, jusqu'à l'ascenseur. Sous le regard curieux du privé, l'Inspecteur souleva la languette d'un digicode et tapa une suite de numéros, trop longue et aléatoire pour que l'autre en retienne quoi que ce soit. Le sas s'ouvrit et ils s'engouffrèrent dans un élévateur spacieux et richement paré qui se mit en route vers le sixième étage sans un bruit. Naruto était visiblement impressionné, ce qui amusait assez Sasuke, peu habitué à voir une simple bâtisse faire autant d'effet à un visiteur.

« Naruto, tu as essayé d'entrer dans la police ? lui demanda-t-il soudain.

- Ouais. J'avais déjà échoué trois fois à l'examen écrit, alors, j'ai dû me faire une raison. Mais, ça m'aurait plu de bosser ici, ajouta-t-il après un moment en levant le nez vers le plafond de l'ascenseur, décoré d'une fresque aux couleurs chaudes et chatoyantes.

Son interlocuteur acquiesça en silence, dispensé d'avoir à répondre par l'ouverture de la porte métallique qui révéla les bureaux de la section homicide du secteur est(2).

Naruto était adossé à un mur d'un blanc immaculé, une tasse de café fumante dans les mains. Un sachet de viennoiseries était posé à côté de lui, empli de croissants encore tout chauds. Après être entrés, Sasuke lui avait demandé de l'attendre là et, quelques instants plus tard, quelqu'un était venu lui remettre nourriture et boisson chaude. Il n'avait pas posé de questions et avait mordu avec appétit dans un croissant, parsemant de petites miettes dorées un sol jusqu'alors impeccable. De là où il était, il pouvait observer les divers officiers de police qui s'agitaient bruyamment dans la pièce d'à-côté, s'interpellant les uns les autres, certains saluant poliment leurs supérieurs, pour ensuite réitérer un salut cette fois beaucoup plus franc et empreint d'amitié à leurs collègues. Il était difficile de croire qu'il s'agissait là d'une des sections les plus prestigieuses de la célèbre institution au service de Sa Majesté, au vu des avions en papier qui voletaient d'un bout à l'autre de la pièce et du brouhaha diffus qui régnait dans la salle, parfois teinté de grands éclats de rire dignes d'une classe d'écoliers un jour de rentrée. L'étage était composé d'une grande salle circulaire, ainsi que de bureaux particuliers aux parois vitrées qui donnaient directement sur cette dernière, et d'une salle de réunion où Naruto se trouvait actuellement. Le tout prenait une place considérable, et l'espace de travail était plutôt vaste.

Il dirigea son regard vers le deuxième occupant de la pièce, un homme qui semblait absorbé par une partie d'échec sans adversaire, tout au fond de la salle, près de la porte, les deux genoux contre sa poitrine recouverte de quelque chose qui ressemblait vaguement à un vieux T-shirt d'un noir délavé. Le reste de la tenue était composée d'un simple pantalon de toile, et ses pieds nus reposaient paresseusement sur le siège. Peut-être essayait-il de faire croire qu'il était plongé dans sa partie solitaire, pensa Naruto, mais il louchait en fait plus sur la chaise vide en face de lui, avec le regard vitreux de celui qui rêvasse, quand il ne lui jetait pas des coups d'œil curieux. Une porte s'ouvrit et une jeune femme fit son apparition, en se dirigeant sans aucune hésitation vers Naruto. Elle lui tendit la main, un sourire aimable sur le visage.

« Haruno Sakura, profiler, enchantée de faire ta connaissance. C'est toi qui rejoint l'équipe ?

- Euh, oui. Uzumaki Naruto, détective privé, répondit-il, heureux de voir qu'elle le tutoyait d'emblée.

- Nara Shikamaru, secrétaire.

L'homme avait parlé sans détourner le regard de son plateau de jeu, une main levée dans un salut qui manquait quelque peu de conviction. Naruto reporta son attention vers la jeune femme qui se tenait en face de lui, souriante.

- Profiler hein ? Waaah, impressionnant, dit-il, prolongeant la conversation.

- Bah, c'est pas très difficile. Un peu de médecine et de psychiatrie, c'est tout.

Naruto fut rassuré de voir qu'elle avait sourit au compliment. C'était une très belle femme, aux traits harmonieux et au sourire séduisant, qui l'avait de prime abord intimidé lorsqu'elle avait jeté un regard noir à Sasuke au moment où ils étaient sortis de l'ascenseur. Ses cheveux roses étaient tout de même assez singuliers, mais l'ensemble de sa physionomie était plus qu'avenant.

- C'est « tout » ? Ca fait quand même plus d'une dizaine d'années d'études, intervint le joueur d'échecs.

- Oui, c'est sûr que toi tu n'aurais pas été capable de tenir tout ce temps. Je me demande même comment tu as fait pour passer l'examen, tu ne t'es donc pas endormi sur ta feuille ? répliqua Sakura sur un ton malicieux.

L'autre ne répondit pas mais Naruto put voir un mince sourire prendre forme sur ses lèvres.

- Vous vous occupez d'une drôle de façon, ici. Il a un adversaire ou bien il joue toujours tout seul ? demanda le détective, observant le dit secrétaire.

- Sasuke vient jouer parfois, mais ça reste assez rare. Neji, aussi, quand il passe.

- Neji ?

- Oui, c'est un juge de Woolwich(3). Nous collaborons avec le tribunal dans la plupart de nos affaires, dit-elle. Tu le verras sûrement s'il intervient dans celle-ci.

- Ah, je ne savais pas qu'Uchiha jouait aux échecs.

- Le seul a vraiment y jouer, c'est Shika, il passe ses journées à rien faire, isolé avec son plateau d'échecs, alors on fait un petit mouvement pour avancer le jeu, parfois, en passant. C'est un peu devenu une tradition ici, lui confia-t-elle.

- Oh. Mais s'il est secrétaire, il devrait avoir du boulot non ?

- En vérité, il a fallu qu'on lui trouve un diplôme bidon pour justifier sa présence dans nos locaux, alors on lui a filé le premier qui nous est tombé sous la main.

- Et ça ne l'as pas dérangé plus que ça ? s'étonna Naruto.

- Bah, il a un peu râlé parce que secrétaire, ça ne faisait pas très viril, mais je crois qu'il aime bien être ici, quoiqu'il en dise, ajouta Sakura, alors qu'elle regardait Shikamaru déplacer latéralement une dame blanche qui vint se placer non loin d'un cavalier noir, menaçante.

- Et pourquoi vouliez vous tellement l'avoir dans votre section ?

- C'est notre logisticien. On a bouclé beaucoup d'enquêtes grâce à lui. Bien sûr, il n'y a que le nom de Sasuke qui a été cité dans la presse mais leurs travaux se complètent. Sasuke va sur le terrain, collecte les indices et les dépositions, il les ramène à Nara et ils bossent ensemble dessus. Je me souviens que lors de notre dernière grosse affaire, on les avait tous les deux trouvés en venant au boulot, endormis sur leurs bureaux. Le matin même, on a arrêté le coupable. Non, vraiment, ils travaillent bien en binôme.

Naruto hocha la tête, marquant son assentiment lorsque la porte de la salle s'ouvrit à la volée.

- Yo !

Un nouvel arrivant venait de débarquer dans la pièce, accompagné d'un énorme chien blanc qui battait frénétiquement la queue. Il vint les rejoindre et se présenta.

- Kiba, brigade cynophile(4), des Stups.

- Naruto, privé.

Il a une poigne vigoureuse, songea le détective alors qu'ils se serraient la main.

- Oh, Inuzuka, rappelle ton satané chien ou j'lui fait bouffer le plateau, grogna Shikamaru.

Kiba éclata de rire en voyant son compagnon en train de mordiller affectueusement le pantalon du logisticien.

- Bah, il te câline, et puis ça te fera pas de mal de te décoller un peu de cette chaise, t'a de la glue au cul ou quoi ?

Shikamaru leva un sourcil particulièrement agacé en se tournant vers le maître de la bestiole qui lui tirait à présent franchement sur la cheville. Kiba jugea bon d'éviter l'incident diplomatique et siffla son chien.

- Akamaru, ici.

Le chien accourut, et fut ravi de trouver de l'affection chez Naruto. Ce dernier jeta un œil au maître-chien dont le sourire narquois tardait à disparaître de son visage amusé.

- Sinon Sakura, comment tu t'en sors avec monsieur l'inspecteur en chef ? Il répond autre chose que « bonjour-bonsoir » maintenant ?

- Oh, tu sais bien, la quinzaine de mots quotidienne.

- Bah, y'a du progrès non ? Avant, c'était plutôt hebdomadaire, répondit Kiba, compatissant.

Sakura lui adressa un sourire las. Naruto les observait, un peu en retrait, caressant toujours Akamaru. Ils avaient tous l'air de bien se connaître, ici. Il eu un petit pincement au cœur en songeant qu'il aurait pu faire partie d'une équipe comme celle-là, lui aussi.

- En tout cas j'suis content de travailler avec toi vieux, ça fait toujours du bien de voir de nouvelles têtes ici.

Naruto hocha la tête en silence, laissant partir le chien qui accompagna son maître. Ce dernier avait à peine fait quelques mètres qu'il se laissait tomber de tout son poids sur une chaise.

- En tout cas c'est la première fois que je rencontre une profiler, dit Naruto.

- Le métier n'a vraiment rien de difficile, c'est beaucoup d'analyse, d'observation et il faut avoir la capacité à se glisser dans la peau d'autrui, à comprendre ses motivations, ses désirs et ses faiblesses de par les indices qu'il veut bien nous laisser. Shikamaru et Sasuke y arrivent très bien aussi, c'est juste que moi, c'est ma spécialité.

- De l'observation ?

- Oui, prends Kiba par exemple. Je suis avachi sur ma chaise, dans une pose assez désinvolte, c'est que je désire montrer à tout le monde que je ne me soucie pas ou peu des conventions et protocoles, ou alors que je les refuse. Tu vois les deux triangles tribaux sur ses joues ? Toujours une marque de rupture sociale. Mais ce qui est assez intéressant, c'est la couleur, rouge, et leur emplacement, sur le visage, c'est assez inhabituel et plutôt voyant. Cela peut se traduire par : j'aime m'affirmer, même si cela doit agresser, et je suis franc, je parle aux gens sans détour, avec un langage familier. Je porte des vêtements amples et confortables, c'est que j'aime être à l'aise et sentir que mes mouvements ne sont pas entravés. Je suis donc un personnage qui revendique sa liberté. Ma façon de toujours chercher le contact, que ce soit avec mon animal ou les autres, est un exutoire. Je suis un être profondément social, et je recherche la compagnie des autres. Mais je suis aussi assez orgueilleux et même plutôt sensible, c'est pourquoi mon chien est mon meilleur ami, je le sais fidèle et loyal, et sa compagnie m'aide à ne pas être dépendant des autres. Cette volonté d'indépendance montre que j'ai vécu une trahison et que j'ai eu du mal à m'en remettre. Peut-être est-ce parce qu'un de mes parents est absent et que je vis cela comme une traîtrise de sa part ? conclut Sakura.

Naruto la regardait, à la fois impressionné et surpris. Kiba s'était arrêté de gratouiller la tête d'Akamaru et la regardait d'un air franchement abasourdi. Dans le fond, Shikamaru souriait, le coude posé contre la table et le poing sur la tempe, la tête penchée sur le côté.

- Euh… Mais bien sûr, ce ne sont que des hypothèses, et puis ça ne compte pas, je connais Kiba, peut-être pas très bien mais je le connais quand même. On est pas censé connaître l'auteur d'un meurtre, dit Sakura, gênée.

- Non, mais je suis d'accord avec tout ce que tu as dis, et je rajouterais même : j'ai aujourd'hui une démarche légèrement claudicante, voir carrément bancale, c'est donc que j'étais en-dessous hier soir.

La phrase de Shikamaru fit l'effet d'un grand fracas, et un moment passa dans le plus parfait silence, avant que Kiba ne réalise la teneur de ses paroles et ne s'étrangle.

- Qu…Pardon ? Qu'est-ce que tu viens de dire là ?

- Tu pensais vraiment que personne n'avait rien remarqué ? » répondit Shikamaru, l'air railleur.

Kiba se tourna vers Sakura, en quête d'un signe qui montrerait qu'elle en savait quelque chose aussi. Cette dernière haussa les épaules, laissant les deux hommes se débrouiller entre eux, libre à eux de se massacrer s'ils le voulaient. Kiba fut interrompu dans sa tentative de se lever pour aller foutre une beigne à Shikamaru par l'entrée de Sasuke et de la dernière arrivante qui regarda la scène - Kiba, un genou sur sa chaise, le bras levé en braillant des obscénités et Shikamaru baillant ostensiblement- avec l'air vaguement étonné de celle qui à l'habitude de fréquenter la section est. Sasuke referma la porte et ne leur adressa même pas un regard. Il s'arrêta tout de même au niveau de Shikamaru pour jeter un œil au jeu, et, après quelques instants de réflexion déplaça le cavalier noir pour le mettre à l'abri de toute attaque de la dame blanche. Il eut un sourire satisfait et prit place, face aux chaises et à ses collègues qui s'asseyaient. Naruto vint s'asseoir près de Kiba, Sakura s'installa derrière eux, la nouvelle venue, aux longs cheveux bruns relevés en deux chignons sur le sommet de sa tête, non loin d'elle. Sasuke réprima une grimace : parler en public était sûrement ce qu'il aimait le moins faire, mais ce genre de responsabilités incombait à l'Inspecteur chef(5).

« Bonjour à tous. Cette équipe a été constituée pour prendre en main une nouvelle enquête, nous travaillerons donc ensemble jusqu'à la résolution de celle-ci. »

Tout le monde opina du chef, et Sasuke, légèrement plus confiant, déroula une photo en grand format sur laquelle on pouvait voir le corps sans vie de la victime, la collant sur le tableau blanc derrière lui. Il prit un marqueur et continua.

« La victime est apparemment décédée par un coup à l'arme blanche porté au niveau de l'abdomen, l'arme n'a pas encore été retrouvée. Aucun papier n'a été trouvé sur la victime dont l'identité nous est encore inconnue, sauf une adresse et un poème, qui seront donnés à analyser à notre graphologue, Tenten, ici présente. »

La graphologue vint récupérer le deux papiers que Sasuke lui tendaient et retourna à sa place, manipulant les feuilles de ses mains gantées. Tout en parlant, Sasuke avait noté les informations sur le tableau, près de la photo.

« L'adresse relevée bénéficiera d'un approfondissement avec HOLMES(6) et nous irons effectuer une visite de reconnaissance en fin de matinée, Naruto, Sakura, Kiba et moi. Naruto est un détective privé, il est ici car il aurait été contacté par un corbeau qui lui a annoncé que ce meurtre se produirait, il nous assistera donc et participera au bon déroulement de l'enquête. Le corps est actuellement en autopsie, mais nous irons rendre une petite visite de courtoisie à Shino pour relever des empreintes olfactives sur le corps avant de nous rendre à Brixton. La presse et la justice ont été contactées, il est possible qu'un de leurs délégués débarquent ici cet après-midi. Tant que nous n'aurons pas l'identité de la victime, considérez cette affaire comme ayant peu de chances d'aboutir, j'attends donc de vous concentriez toutes vos capacités intellectuelles, nous en aurons besoin. Tenten, que révèle l'examen préliminaire ?

Tous se tournèrent vers la graphologue qui enlevait de son œil droit une sorte de monocle dont la lentille lui grossissait la pupille.

- Pour le poème, l'écriture est au bic, abrupte, avec des traits étroits et marqués et des points sur lesquels on a beaucoup appuyé. L'écriture est régulière mais peu harmonieuse, il pourrait s'agir d'une femme comme d'un homme. A première vue, je dirais que son auteur a pour caractéristique de beaucoup trop appuyer sur son stylo, et qui plus est, écrit de la main gauche si j'en juge l'inclinaison vers la droite. Mais il faudrait que j'emporte ces écrits à mon labo pour des examens complémentaires, il pourrait tout aussi bien s'agir d'un droitier ayant falsifié son écriture.

Elle marqua une pause, le temps que toute l'assemblée assimile ces informations. Elle reposa la feuille et prit la deuxième, remettant son monocle en place.

- Pour ce qui est de l'adresse, je peux d'ores et déjà vous affirmer que ce n'est pas la même personne qui l'a écrite. Une belle écriture, élégante et ovale, au stylo plume, on le voit tout de suite même avec si peu de mots. La majuscule est de style gothique, ce qui démontre un certain raffinement et une richesse culturelle de la part de son auteur. Droitier. Si le légiste voulait bien me laisser manipuler les mains de la victime, je pourrais savoir s'il est l'auteur d'un de ces billets.

- Bien. Shikamaru, quelque chose te dérange ? remarqua Sasuke, les deux mains posées sur le rebord du bureau.

- Ouais, l'hémorragie, elle est pas normale, dit le joueur d'échecs, les sourcils froncés.

Les têtes se dirigèrent cette fois-ci vers le présumé secrétaire, en attente d'un éclaircissement. Shikamaru fit l'effort de se lever et alla gribouiller un schéma constitué d'un enchevêtrement de courbes bleues et rouges sur le tableau blanc, sous le regard intéressé de l'auditoire. Il se tourna vers eux et leur montra du doigt un épais trait rouge.

- Je ne suis pas légiste mais si je ne me trompe pas l'artère aorte irrigue abondamment l'abdomen. Or, si l'on considère la flaque que forme le sang qui s'est écoulé de la victime, on constate qu'elle n'est vraiment pas étendue. Il aurait dû se vider de son sang, et je dirais même plus, s'il était debout comme le sont la majorité de ceux qui se font poignarder, le sang aurait dû gicler partout avec la pression, pas nous faire une jolie petite mare bien elliptique. Y'a un truc qui ne vas pas, ajouta-il en secouant la tête.

- Peut-être que le coup à tout simplement raté l'artère, intervint Sakura.

- Non, il a raison, vu l'emplacement de la plaie la lame a certainement tranché l'artère, y'a pas moyen, dit Naruto.

- L'autopsie nous le dira, dit Sasuke, aussi étonné que les autres.

- Si le mec qui a fait ça à porté le coup à cet endroit là, c'est qu'il connaissait son affaire, le bougre, remarqua Kiba.

- Un médecin, peut-être, dit Sakura, comme pour elle-même.

- Ou toute profession où l'on doit bien connaître le réseau sanguin humain, ajouta Sasuke.

- Pas forcément, on voit l'anatomie durant les études, peut-être qu'il se souvient bien de ses cours, dit Tenten qui s'était arrachée à contre-cœur à l'étude de ses feuillets pour suivre la conversation.

- Moi en tout cas je serais pas fichu de m'en souvenir, même si ma vie en dépendait, fit remarquer Kiba.

- Sakura, tes impressions ? questionna Sasuke.

Elle attendit un moment avant de prendre la parole, se gorgeant de la vision du corps étendu à terre, inerte. Ce doit être là que le vrai boulot de profiler commence, se dit Naruto.

- Le meurtrier est éventuellement un homme, il faut assez de violence et de haine pour porter un coup pareil. Les crimes à l'arme blanche sont souvent commis par des proches ou des gens qui avaient des raisons d'en vouloir à leur victime. La spécificité de ce genre de blessure est qu'elle salit aussi bien la cible que le meurtrier, il y a effusion de sang, il faut être solide pour endurer une telle vision, c'est donc, peut-être une vengeance, mais rien n'est définitif dans ce constat. En tout cas le mobile est vraisemblablement quelque chose de très personnel. Une seule chose m'étonne, le choix de l'abdomen. Ce n'est pas la cible de prédilection de l'individu blessé, qui préfère frapper au cœur. Avoir frappé à cet endroit doit sûrement avoir une signification pour notre tueur, sinon je ne vois pas pourquoi il aurait frappé là.

- Il y avait beaucoup de brume, hier soir.

- Qu'est-ce que tu veux dire par là, Naruto ? demanda Shikamaru.

- Le fog londonien, on le sait, c'est une vraie purée de pois, on y voit que dalle. Peut-être qu'il a frappé en ne discernant qu'une vague silhouette devant lui.

- C'est une possibilité, admit Sasuke, surtout aux abords de la Tamise où c'est bien humide à cette époque de l'année.

Les autres acquiescèrent, tournés vers la photographie qui ornait le grand tableau blanc. Le silence s'installa, laissant l'assemblée en proie à ses questionnements sans réponse. Naruto frissonna en regardant le visage immortalisé sur le papier glacé, il avait un espèce d'air réjoui, comme s'il les narguaient. Cette affaire s'annonce bien tordue, songea-t-il. Et nous n'en sommes qu'au début de l'enquête.

\Fin du chapitre 2/

(1) Rue jouxtant le Q.G de Scotland Yard.

(2) Les Murder Investigation Teams sont des unités de Scotland Yard spécialisées dans les cas d'homicide. Elles travaillent aussi bien pour le Yard que pour le London Metropolitan Police Service et sont organisées en trois secteurs, ouest, sud et est. J'ai choisi le secteur est car c'est celui qui correspond à la zone où est établi le quartier de Westminster, celui du Yard donc, ainsi que Hyde Park, mentionné au chapitre précédent.

(3) Tribunal situé à l'est de Londres.

(4) Cynophile désigne ceux qui aiment les chiens. La brigade cynophile est une unité mobile qui dresse et éduque des chiens policiers ou sauveteurs, sollicités aussi bien dans des cas d'avalanche ou d'écroulement, que dans des enquêtes, particulièrement lorsqu'il s'agit d'affaires de drogue.

(5) Dans les grades des officiers de police britanniques, celui qui est à la tête d'un secteur est le Chef Superintendant (Detective Chief Superintendent) et pour lui travaillent neuf équipes spécialisées dans les homicides, chacune sous le commandement d'un Inspecteur Chef (Detective Chief Inspector). Dans cette fiction, c'est donc Sasuke qui dirige cette équipe assignée au secteur où l'on a retrouvé le corps.

(6) HOLMES est un acronyme pour Home Office Large Major Enquiry System, la base de données du Yard. Remarquez l'hommage au célèbre détective de Conan Doyle ;)