Aujourd'hui, mon père est venu m'annoncer une grande nouvelle.
" Roy ? Viens un peu par là mon fils. J'ai quelque chose à t'annoncer." m'a-t-il dit.
Je n'avais que quatorze ans à l'époque, et j'étais déjà un passionné d'alchimie. Malheureusement, il ne se trouvait personne dans mon entourage pour me l'apprendre. Alors, j'ai essayé d'apprendre par moi-même. J'avais déjà mémorisé quelques cercles, réussi une ou deux transmutations. Mais ce n'était pas suffisant. Je voulais faire quelque chose de plus spectaculaire que de simples objets. Un truc bien à moi, que personne ne saurait faire. Mais quoi ? Je n'en avais aucune idée. Je laissais donc un instant Maes Hughes, mon meilleur pote, pour aller voir ce que me voulait mon paternel.
" Roy, j'ai une bonne nouvelle à t'annoncer !" sourit mon père.
Ben ça change. D'habitude c'est plutôt des remontrances que j'entends. Faut vous avouer qu'à cette époque j'avais le diable au corps. Du genre bagarres, plonger la tête des chieurs dans les toilettes à l'école, beurrer le tableau noir, ce genre de trucs quoi.
" Ouais p'pa je t'écoutationne." lançais-je les mains dans les poches.
Ah oui, je parlais très bien l'Amestris comme vous voyez. Mon père ferma les yeux en entendant ma magnifique conjugaison, puis annonce :
" J'ai trouvé quelqu'un qui peut t'apprendre l'alchimie."
J'en restais sans voix. Et pour que ça arrive il en fallait.
" T'es sérieux ?" demandais-je.
" Tout à fait. La seule condition, c'est que tu ailles vivre chez lui."
" Quoi ? Ah non !"
Quitter ma maison, mes amis, tout ce que j'aime ? L'est pas bien oh !
" Oh si. C'est un excellent professeur. Tu as une chance exceptionnelle d'atteindre ton but, alors ne la laisse pas passer. Et puis tu pourras revenir ici tous les week-ends."
Je poussais un énorme soupir en échange. Mon père ajouta que j'avais deux jours pour réfléchir. Il me les faudrait bien. Je retournais au jardin, où Maes m'attendait en mangeant une pomme cueillie sur l'arbre au-dessus de lui.
" Alors ? T'as battu ton record de punition ou pas ?" lança-t-il.
" Chais pas. Mon père a trouvé quelqu'un qui peut m'enseigner l'alchimie." répondis-je en me laissant tomber sur l'herbe à côté.
" Ah ouais ! Ben c'est génial ça !" fit Maes.
" Sauf que je vais devoir aller vivre là-bas." précisais-je.
" Pas cool. Tu pourra revenir de temps en temps ou pas du tout ?"
" Les week-ends."
" Bon, c'est déjà ça. Tu devrais accepter."
Je le remercierais toujours pour ça Maes. M'aider à choisir au mieux. Il savait toujours ce que je voulais au fonds de moi, et m'en faisait prendre conscience. Et donc, j'ai donné à réponse au pater. Restait plus qu'à faire mes valoches. Je les fit le coeur gros quand même. J'allais vivre chez un parfait inconnu loin de tout ce que j'aimais, et j'étais quand même stressé. Le train arriva, augmentant mon stress. Ma mère me serra contre elle, chose que je n'acceptais pas en public, mais pour cette fois, ça me fit chaud au coeur. Je fit des signes à mes parents jusqu'à ce que je les voient plus. Le voyage dura trois heures, pendant lesquels je repassais mes connaissances en alchimie, et me posais tout un tas de question sur mon futur prof.
Moi et l'autorité, ça faisait six. Mais là je ne savais pas pourquoi, je sentais que ça allait être différent. Le train s'arrêta, et je découvris mon prof sur le quai de la gare. Il avait un écriteau portant mon nom et mon prénom. Il était blond, l'air sec, un peu effrayant. Je déglutit, et alla droit vers lui. L'homme me sourit :
" Nathan Hawkeye. Ravi de vous connaître jeune homme." dit-il en me tendant la main.
" Euh ... moi aussi monsieur." dis-je en lui serrant la main.
Il me fit monter à l'arrière d'une voiture sombre, et il me conduisit à sa demeure. Banale au demeurant, comme toutes les autres. Il me montra ma chambre située au rez-de-chaussée, plutôt grande, et me laissa m'installer. Je me demandais s'il vivait seul. J'allais bientôt avoir la réponse à ma question. Une fois mes affaires rangées, je sortis ... et faillit percuter une jeune fille. Me souviendrais toujours de ce moment. Elle était le portrait de son père, et avait un vrai visage d'ange.
Ca m'a fait tout drôle dans la poitrine. Je ne savais pas trop de quoi il s'agissait à ce moment-là. On est resté là à se regarder pendant un bon moment. Puis elle a prit la parole.
" Bonjour."
Quelle belle voix elle avait ! Je sentis mon coeur battre plus vite. Elle haussa les sourcils, et je réalisa que j'étais toujours muet. J'étais pas malade pourtant.
" Euh bonjour. Je m'appelle Roy, Roy Mustang. Je suis l'élève de ton père."
" Moi c'est Elizabeth. Mais je préfère qu'on m'appelle Riza." sourit-elle.
Riza ... que c'est joli. Ca me plaît. Je secouais la tête. Mais qu'est-ce qui m'arrivait ? D'habitude je trouvais les filles chiantes. Son père revint, mettant fin à notre discussion.
" Ah vous avez fait connaissance. Très bien."
Oui nous avions fait connaissance, mais ça s'arrêtait là. Car Riza semblait m'éviter, sans que je sache trop pourquoi. Moi, j'étais concentré sur mon boulot, mais quand même ... j'avais envie de la connaître cette fille. Je parvins néanmoins à l'apprivoiser un peu. On devint amis. Je savais pas pourquoi, ou plutôt je refusais de l'admettre, mais j'avais envie de l'impressionner. J'avais trouvé ce que je voulais faire avec mon alchimie : du feu. Trop la classe. Je m'entraînais tout le temps, surtout le soir.
" Faut absolument que j'y arrive, ou elle va me prendre pour un incapable." marmonnais-je un soir.
J'étais à genoux devant un cercle, celui qui serait plus tard cousu sur mes célèbres gants. Ca faisait dix bonnes minutes que j'essayais d'enflammer un bâton de bois posé dessus.
" Roy ?" entendis-je.
" Riza ?" sursautais-je.
" Qu'est-ce que tu fais là il est tard. Et puis tu parle tout seul." dit Riza.
" Euh ... je parlais à moi-même. J'essayais de ..."
Je montrais malgré moi mon échec. Riza jeta un oeil et hocha la tête. Je me maudissais. Je venais de lui montrer que j'étais nul. Chapeau bas Roy.
" Tu devrais aller te coucher. Tu travaille déjà dur, pas la peine de faire des heures sup."
Je sourit. Bon, apparemment elle s'en fichait de mon échec.
" Je dois y arriver, et pour ça je dois travailler." énonçais-je fièrement.
Si Maes m'entendait, il en ferait une syncope. Riza sourit :
" Ben franchement, laisse-moi te dire que tu m'impressionne. J'ai jamais vu quelqu'un bosser autant que toi." dit-elle simplement.
Elle était ... j'avais réussi à l'impressionner ! Pas comme je voulais, mais quand même. Ca me remontait le moral du coup.
" Après tout t'as raison, je vais aller me pieuter !" décidais-je.
Et je la raccompagnais à la maison.
" Bonne nuit Riza." dis-je avant qu'elle ne monte.
" Bonne nuit Roy." répondit Riza de sa voix si douce.
Je sentis mon coeur faire sa petite gym du soir, et la regardais monter les escaliers. Je rentrais en soupirant dans ma chambre, souriant comme un niais.
Quand je rentrais à la fin de la semaine, je fus assaillit par une chose noire, avec deux billes vertes qui gesticulait dans tous les sens. Maes Hughes. Il voulait tout savoir.
" Mais laisse-moi débarquer bidiou !" répondis-je.
Je lui racontais ensuite ma semaine, mais je lui cachais l'existence de Riza. Je voulais pas qu'il se moque de moi. Mais le rusé renard ne tarda pas à remarquer que j'avais un pitit quelque chose de pas net.
" C'est une fille ?" demanda-t-il surexcité.
" De quoi ?"
" Qui te mets dans cet état ! Tu as l'air dans la lune 24h/24. Et puis t'es plus aussi drôle qu'avant."
" Je vois pas de quoi tu parle." dis-je en priant pour ne pas rougir.
" Oooooh t'es tombé amoureux !" gloussa mon dindon de meilleur ami.
" N'importe quoi ! " m'exclamais-je.
Mais j'étais percé à jour. Néanmoins, Maes jura de garder le secret, surtout après que je lui ai fait une démonstration d'alchimie, et l'avoir menacé de lui brûler ses bijoux de famille. Les deux jours passèrent vite, et c'est avec joie que je retrouvais Riza. La blonde ne tarda pas à occuper toutes mes pensées. J'essayais de me réfugier dans l'alchimie, et y réussit plus ou moins bien. Mon comportement changea au fil des semaines, des années. Je m'assagis, mûri. Il me fallait d'ailleurs définir un objectif. L'armée m'attirait. J'allais donc devenir alchimiste d'Etat, et militaire. Pauvre de moi. Si j'avais su où je mettais les pieds ... Riza fronça les sourcils en entendant ma décision.
" Ben quoi ?" demandais-je étonné.
" Tu sais, les militaires ont des armes. Ils doivent tuer des gens." dit-elle.
" Bah t'en fais pas ! Mon alchimie servira à aider les gens, pas à les tuer." dis-je plein d'assurance.
Riza sourit, paraissant rassurée. Quel naïf je faisais là. Riza avait très bien comprit que l'armée n'était pas si géniale que ça. Mais étant une tête de mule, beau mais têtu que voulez-vous, ma décision était irrévocable. L'examen d'entrée pour être alchimiste d'Etat approchait, et je ne voyais pratiquement pas Riza pendant ce temps-là. Malgré que je savais que c'était nécessaire, ça ne me plaisait pas.
Et puis même quand j'avais du temps libre, elle était absente. Ca me rendait triste. Me demandais ce qu'elle faisait. J'avais beau la questionner, elle changeait rapidement de sujet de conversation. C'est comme ça que s'installa une certaine distance entre nous, à mon grand regret. Distance qui était appelée à s'élargir, malheureusement.
