Le temps a passé, les choses ont changées comme dirait l'amie Céline. J'ai acquis plus d'assurance, mes hommes me font confiance, vraiment confiance. Riza est toujours à mes côtés. Néanmoins, nos relations sont à présent purement professionnelles. Je crois que notre amitié d'antan n'est plus qu'un souvenir. Aussi, j'en fit mon deuil et décida tout naturellement d'aller voir ailleurs. Je devins rapidement le tombeur de Central, au grand dam d'Havoc qui désespérait d'avoir une copine. Sans le vouloir je lui faisais une sacrée concurrence. On me connaissait dans toute la caserne maintenant, en bien ou en mal.
Maes aussi a avancé, il travaillait toujours en sous-main pour moi, et grâce à lui je savais tout ce qu'il y a à savoir dans ce quartier gonflant. Pardon, général. Il s'est trouvé une fiancée au passage, et les noces sont pour bientôt. Maes rayonnait pire qu'un soleil, et me saoûlait avec sa copine quelque chose de mignon. Et Gracia par-ci, et Gracia par-là, et elle est merveilleuse, splendide, magnifique et j'en ai rien à foutre ... enfin. J'étais quand même content pour lui, et je l'enviais. Il a trouvé la femme parfaite, alors que moi, je papillonnais.
J'ai deux bras, et une fille différente y est pendue à chaque fois, et ça ne me convenait pas. Je faisait croire que si, je m'en vantais mais je mentais. La bonne, je pouvais pas l'avoir. Je ne pouvais plus l'avoir. J'ai trop attendu, et elle m'a filé entre les doigts. Enfin si on veut, elle était là mais dans une vitrine mieux scellée qu'un coffre-fort. Pis elle a avalé la clé en plus. C'est malin. Je pensais à ça chaque matin, quand j'arrivais. Puis je n'y pense plus, en tout cas j'essaie. Le courrier arriva. Y'a des lettres parfumées, je les mis de côté d'un air indifférent. Les autres, professionnelles, furent mises d'un autre côté.
Puis soudain, une lettre qui n'appartenait à aucune de ces deux catégories attira mon attention. Je fronçais les sourcils et l'ouvrit. Elle était écrite de la main d'un certain Edward Elric. Gné ? C'est un homme ? Y'a un homme qui m'écrit ? A moi ? Maieuuuuh ... c'est pas possible. Je suis pas ... enfin vous voyez ce que je veux dire. Je m'égarais là. En plus de tirer des conclusions hâtives. C'est que hormis mes supérieurs, aucun homme de l'extérieur ne m'a jamais écrit. Comprenez donc que je sois étonné.
Alors : gnagnagna 31 ans, m'en fous de ton âge, gnagnagna Resembool ... c'est quoi ça un gâteau ? Ah non, c'est le nom de son village. Blablabla, patati patata ... cherche mon père Hohenheim Elric. Une minute. Hohenheim Elric ? LE Hohenheim ? Le grand alchimiste ? Wow. Cette lettre commençait à m'intéresser. Il a fait pas mal de recherches intéressantes. Si je pouvais y jeter un coup d'oeil, ce serait sympathique. Ben y'a plus qu'à. Je remis la lettre dans son enveloppe, et la tourna. L'adresse figurait au dos. Je la posais sur un coin de mon bureau, et fourra celles qui sentaient bon ( ou mauvais, les femmes ont de ces goûts des fois ) dans un tiroir.
Riza remarqua qu'une seule était restée visible. Qui ça pouvait bien être ? Une fille plus importante que les autres ? Elle avait intérêt à courir vite alors. Un peu plus tard, je lui demandais de venir un peu par là. Quand elle fut devant mon bureau, je lui expliquais en deux mots le contenu de cette lettre, et lui demanda de me réserver un billet pour Resembool. Riza acquiesça, et s'exécuta. Moi je parcourut la lettre des yeux pensif. J'étais curieux de le rencontrer cet Edward.
En début d'après-midi, Riza me donna mon billet de train. Ma valoche était prête y'avait plus qu'à y aller. Je pris donc le train seul. Avant, j'avais repéré sur une carte où se situait ce village avec un nom de gâteau. Assez loin de Central quand même. Moi qui adorait les trains ben chuis ravi.
Je pris tout de même mon mal en patience, pas le choix d'un autre côté, et je me perdis dans mes pensées. De ce fait je ne vis pas le temps passer, et arrivais plus vite que je ne l'aurais cru. En sortant sur le quai, j'entendis un grondement. AH NON ! Il n'allait pas pleuvoir tout de même ! Pourtant, les nuages noirs qui couvraient le ciel semblaient dire que si. Chic. Je kiffe la pluie à donf. Bon, autant aller vite fait là-bas. Je posais ma valise dans une petite auberge, et une charette m'emena à l'adresse indiquée. Je remerciais mon chauffeur.
Puis je marchais vers la maison où vivait Edward Elric et son petit frère. Un écriteau attira soudain mon attention. Automails Rockbell. ROCKBELL ?! Oh mon dieu. Ce n'était quand même pas ... eux ! Je restais pétrifié devant ce panneau, les yeux et la bouche grands ouverts. Soudain, je fis volte-face et parti en courant. Je ne m'arrêtais qu'une fois dans ma chambre. Le réceptionniste m'a vu passer comme une fusée, et a dû se demander ce c'était que ce truc. Je me trouvais le dos à la porte, le souffle court et les lèvres tremblantes.
Vous parlez d'un hasard. Celui qui m'a écrit habitait près des Rockbell, ces gens que j'ai ... que j'ai dû ... oh mon dieu quel choc. Au bout de cinq bonnes minutes passées à tenter de me reprendre ma respiration, j'ôtais mon manteau et me laissa tomber à plat ventre sur mon lit. Le passé vous rattrape toujours. C'est vrai. Si j'avais su, je crois que je ne serais pas venu. Je tournais la tête, et vit la lettre qui dépassait de mon manteau. Elric me demandait de l'aide, et tout ce que j'avais trouvé à faire c'est partir en courant.
Je revois les mots qu'elle contient : vous êtes notre seul espoir pour retrouver notre père parti depuis des années. S'il vous plaît aidez-nous. Y'avait un détail qui clochait dans cette lettre. Je l'avais déjà remarqué, mais maintenant ça me paraissait évident. Ce style ... ne correspondait pas du tout à celui d'un adulte. Non, c'était plutôt celui d'un enfant. Je m'appuyais sur mes coudes. Ce serait des gosses qui me demandaient de les aider à retrouver leur père ? Fallait que je voie ça. Mais pas ce soir. Je n'avais pas le courage de retourner là-bas.
Le jour suivant, armé de tout mon courage, je revins vers la maison Rockbell. Au fur et à mesure que j'approchais, l'angoisse me serrait la poitrine, et les images de mon crime défilaient devant mes yeux. J'entendais les supplications de ces médecins, la voix rugissante de Grand, celle implorante de Marcoh et enfin les deux coups de feu que j'ai tiré. Des voix enfantines me parvinrent. Je vis alors trois enfants, deux blonds et un châtain jouer dehors, malgré la pluie qui menaçait. Il y avait une fillette parmi eux. Leur fille.
" Rergade ce que t'as fait ! Cette petite n'a plus ses parents à cause de toi ! Tu as brisé sa vie." fit une voix dans ma tête.
Je sentis une boule dans ma gorge. J'étouffais. Les larmes me piquèrent les yeux, et l'une d'elles coula sur ma joue.
" Ha ... il commence à pleuvoir. Je devrais rentrer."
Et voilà. Une fois de plus j'ai abandonné. Je suis rentré à mon auberge, en ayant l'impression de sentir tous les regards braqués sur moi. J'avais l'impression qu'on chuchotait dans mon dos :
" Regardez, c'est lui l'assassin. Celui qui a tué les Rockbell."
" Le meurtrier ... comment ose-t-il venir ici ?"
C'était le fruit de mon imagination bien sûr, les voix de ma conscience. Je tombais de nouveau sur mon lit, sur le dos cette fois. Les yeux rivés au plafonds, je ne pensais à rien. Au bon d'un long moment, une heure peut-être, je m'assis sur mon lit et me prit la tête entre les mains. Je ne pouvais pas y aller. Pas là-bas. J'appuyais mon menton sur mes mains croisées. Mes yeux trouvèrent encore cette lettre. C'était bien des enfants qui m'appelaient au secours.
" Peut-être que ... si j'aidais ces deux-là à retrouver leur père ... ça rachèterait un peu ma faute." pensais-je.
J'avais privé une petite fille de ses parents, le moins que je puisse faire, c'était d'en aider d'autres à en retrouver un. Cette fois c'était décidé, j'irais les aider. Et donc, après m'être forcé à avaler quelque chose, hésité un long moment encore, je sortis. La pluie tomba aussitôt, diluvienne. Ben tiens, filez-moi donc un coup de main là-haut. J'étais trempé comme une soupe, malgré mon imper et mon chapeau. Ca y est, j'étais de nouveau devant ces maisons. Je respirais et marchais vers celle des deux frères. Tout à coup, des lumières rouges éclairèrent les fenêtres.
Qu'est-ce que ! Qu'est-ce qu'ils faisaient là-dedans ? De l'alchimie ? Mais ils sont beaucoup trop jeunes ! Tout ça ne me disait rien qui vaille. Je vis soudaine une espère de grande ombre sortir en courant de la maison Elric, et foncer dans l'autre. Assez tergiversé, je devais en avoir le coeur net. J'allais voir d'abord dans la maison des gosses, savoir ce qu'ils avaient trafiqués. Une épouvantable odeur de sang m'accueillit.
" Woah ! Mais quelle horreur !" m'exclamais-je en me bouchant le nez.
Je pénétrais dans la maison, et remarqua des traces de sang sur le sol. Oh oh. Je les suivis, et arriva dans une pièce baignée de fumée. J'entendis une respiration rauque, difficile. Puis je la vis. Cette chose, le fruit de l'expérience des deux frères. Un immonde tas de chair qui gesticulait. Une transmutation humaine. Ces deux gamins avaient fait la pire chose au monde après la guerre. La chose me vit, et rampa vers moi. Je reculais instinctivement, apeuré, et sortit de la maison. Le tas de chair aussi. Je levais les doigts, prêt à me défendre.
La transmutation ratée s'éloigna, rampant et laissant du sang derrière elle que la pluie effaçait. Boouuuh ! Décidément c'est que j'appelle un voyage riche en émotions. En tout cas, maintenant c'était décidé. Il fallait que je les aide ces deux-là. Je frappais donc à la porte de la maison Rockbell. Une vieille dame très petite m'ouvrit, et demanda ce qu'un militaire venait faire par ici. Un enfant aux cheveux blonds comme de l'or était allongé sur un lit, un bras en moins. Une grande armure se tenait là aussi. Le petit frère ? Mais que faisait-il là-dedans ?
Il y avait également ... la petite. Je la reconnus tout de suite, j'avais vu sa photo. Elle avait juste les cheveux plus longs. Je déglutit, et sentit à nouveau la boule se former dans ma gorge. Je rassemblais tous mes efforts pour rester neutre. Puis je montrais la lettre que j'avais reçu. L'armure la reconnut, et parla avec une voix d'enfant. J'avais vu juste. Le deuxième enfant Elric se trouvait dans une armure. J'exposais les raisons de ma visite.
" Si ces enfants ont survécu à une transmutation humaine, ils deviennent plus intéressants que leur père." dis-je en regardant l'enfant inconscient.
Il avait l'air si innocent comme ça ...et la vie l'avait déjà durement frappé. J'étais sûr que ce gosse ferait de grandes choses. Je le sentais. Il fallait qu'il vienne à Central. La vieille dame me dit qu'elle avait déjà perdu des enfants, et qu'elle voulait maintenant qu'on les laisse en paix. Hm. Je décidais de repartir.
" Je suis le Flame Alchemist, Roy Mustang. Si ces enfants décident de venir, je serais là pour les accueillir et veiller sur eux." dis-je en montrant ma montre en argent.
Je les laissais là, perdu dans leur pensées. Je fut soulagé d'être arrivé leur parler, mais coupable de ne pas avoir eu le courage de venir avant qu'ils ne fassent cette grosse bêtise. J'espérais de tout mon coeur qu'ils allaient venir. Je retournais à ma chambre, et y resta jusqu'au lendemain, jour de mon départ. Quand je revins à Central, Maes me demanda comment ça c'était passé.
" Mal. Ces enfants, car c'en était, on fait une sacrée bourde. Sans parler du fait que mon passé m'a rattrapé là-bas." soupirais-je, le bras sur les yeux.
Maes fronça les sourcils, sans bien comprendre de quoi je parlais. Toutefois il n'en demanda pas plus, sachant très bien que je ne parlerais que quand j'en aurais envie. Je laissais tomber mon bras, les yeux rivés au plafond.
" Tu es pénible Roy." fit Maes.
" Comment ça ?" demandais-je en tournant la tête vers lui.
" Avant, j'arrivais clairement à voir ce qui se passait en toi. Maintenant j'ai vraiment du mal. T'as fait une mauvaise rencontre dans ce village ?"dit-il.
" On peut dire ça."
" T'as un vu un fantôme ?" plaisanta-t-il.
" Sa descendance et son ascendance en tout cas." répondis-je le plus sérieusement du monde.
Maes me regarda en se demandant si j'allais bien. J'allais pas très bien en effet. Je me décidais enfin à lui expliquer le pourquoi du comment. Il afficha une moue expressive, montrant qu'il comprenait que ça avait dû être très dur pour moi d'aller voir la famille de ceux que j'avais tué.
" Eh ben mon pauvre ! Et tu crois qu'ils vont venir ?" interrogea-t-il.
" Je l'espère Maes. Je l'espère de toute mon âme. Je sais qu'il va leur falloir du temps pour se remettre de leurs blessures. Tant physiques que morales."
Surtout que les dernières, on ne s'en remettait jamais vraiment. Je me décidais à me lever de ma chaise, et à retrouner à mon bureau avant que Riza ne vienne me cueillir. En me voyant arriver en retard, elle ne dit rien curieusement. Je lui jetais un regard étonné. Je crois ... qu'elle a compris que je n'allais pas bien. Je l'ai vu dans ses yeux. Une sorte de compassion, de compréhension. Je lui retournait un regard de reconnaissance, et allait m'asseoir pour me mettre au travail.
