Un an. Ca fait déjà un an que je suis allé voir Edward. Comme le temps passe vite. La veille, le gamin m'a fait savoir qu'il arrivait. Il me confirmera ça en me donnant un coup de biniou. Quel âge il a maintenant au fait ? Quoi qu'il en soit, il serait le plus jeune alchimiste d'Etat de l'histoire. Nous avons reçu également une nouvelle un peu inquiétante : selon nos sources, un groupe de terroristes se préparait à attaquer un train. Le téléphone me distraya un moment : je décrochais, c'est Edward. Il est nerveux le pauvre :
" Je sommes Edward Elric, je vais prendre le prochain train."
" Sommes ? Pas besoin d'être aussi nerveux. Je vois le train dont vous parlez. Oh mais attendez, il doit y en avoir un autre avant."
" Oui mais il est prêt à partir." répondit mon futur bouc émissaire.
" Montez dans ce train, vite !" ordonnais-je d'un ton un peu sec.
Il me raccrocha presque au pif. Moi je reposais le combiné en souriant. C'était l'occasion de voir ce qu'il avait dans le ventre ce petit. Hughes aussi faisait partie du voyage. Je lui avais donné la description d'Edward, pour autant que je m'en souvienne. Tiens, revoilà le téléphon qui son Gaston. Gnnnn ... c'est Maes, qui me gave avec sa bonne femme enceinte. Bon d'accord, nous le faisions exprès au cas où la ligne serait sur écoute. Si c'est le cas, je plains les écouteurs.
" Je sais Maes, tu me la déjà dit cent fois ! Mais que veux-tu que j'y fasse ?" dis-je d'un ton impatient.
" Ben chais pas moi ! Mais c'est compliqué quand même." répondit mon meilleur pote.
" Eh oui que veux-tu, la vie c'est comme un zizi : parfois c'est dur." soupirais-je.
Le rire de Maes me parvint. Comme je levais les yeux vers Riza en train de feuilleter un rapport, je m'aperçus qu'elle rougissait. Oh. L'aurais-je choquée par hasard ? Hughes reprit la conversation, et je frottais mes doigts gantés, créant une étincelle. Havoc se plaqua au mur. L'a raison, depuis le temps qu'il me connaissait il savait de quoi j'étais capable.
" Un de ces jours, je trouverais comment te griller les oreilles à distance !" menaçais-je.
" Mais en attendant, commence par te trouver une femme." répliqua Hughes.
Ca, ça avait le don de m'énerver. J'en veux pas de femme ! La seule que je veuille n'est pas disponible ! Je raccrochais le téléphone avec violence, et le regardais comme si c'était de sa faute.
" Colonel, n'abîmez pas le matériel de l'armée." fit Riza en passant.
Et abîmer les soldats gonflants c'est permis ? Naturellement, Maes rappela aussitôt. Je m'étonne de jouer aussi bien la comédie. Surtout que c'est très inspiré de la réalité. Maes est vraiment pénible quand il s'y mets.
" Je fais quoi si le bébé arrive ?" qu'il me demanda.
Est-ce que j'ai l'air d'un expert en la matière moi ? Je suis lieutenant-colonel pas gynéco ! J'entendis tout à coup la voix de Riza dans le téléphone. J'hausse un sourcil, surpris de l'entendre, puis je tourne la tête vers elle. Elle hurla à Maes que les bébés ne viennent pas au monde à cinq mois de grossesse. Si elle le dit ... j'y connais que dalle moi. Après quoi, c'est elle qui raccroche au nez de Hughes.
" Merci beaucoup Riza. Euh sous-lieutenant Hawkeye."
Flûte et trompette, son prénom m'a échappé. Elle afficha un sourire un coin :
" De rien."
Jean de son côté, me fit savoir que la ligne n'était pas sur écoute. J'en informais Hughes, qui bien sûr a reprit contact avec nous. D'après lui, il y a plus de passagers que prévu. J'en étais sûr. Le général Hakuro et sa famille revenaient de vacances, et on avait des terroristes dans la coursive. Soudain, j'entendis des coups de feu à l'autre bout du fil.
" Hughes ? Qu'est-ce qui se passe ? Tu m'entends ? Maes, réponds !" m'exclamais-je.
Mais seule la tonalité daigna me répondre. J'avais beau paraître sûr de moi, je n'étais pas tranquille. Mon meilleur ami et deux enfants innocents étaient dans ce train. Sans parler des passagers. Alors que Riza demandait s'il s'agissait des terroristes, le téléphone se manifesta de nouveau. C'était bien le chef des terroristes, un certain Bard je crois. Il demandais à ce qu'on libère des amis à lui retenus en prison. Oh ben y'a pas de problème mon gars ! Tu veux pas qu'on te livre une pizza pendant qu'on y est ? Pis après on aura qu'à tous aller boire un pot, histoire de célébrer tout ça.
Je fis celui qui n'était au courant de rien. Surtout, je demandais que personne ne soit tué. Sur quoi l'autre abruti me raccrocha au nez. Riza dit qu'on avait le rapport sur cette affaire. Si jamais Hakuro le découvrait, nous étions mal.
" Ce n'est rien, un petit incident à gérer. De toute façons j'ai déjà pris des mesures." annonçais-je.
Je pensais que les mesures étaient bien petites. Mwarf, je suis quand même méchant avec ce pauvre gosse. Mais bon, j'étais sûr qu'Ed et son frangin sauraient gérer la situation. Et puis Maes était là. Bref y'avait plus qu'à patienter et à aller les ceuillir à l'arrivée. Riza me prit à part.
" Vous êtes sûr que vous savez ce que vous faites ?" demanda-t-elle.
" Mais oui. Tout se passera bien vous verrez. Bon, je vais peut-être appeler cette fille qui bosse à la librairie moi."
Oh l'erreur. Aussitôt j'entendis le déclic d'une arme. Allez Roy, on repose gentiment le combiné. Là, c'est bien. Du même coup, l'arme rentra à la niche, et son maître avec. Fuuiii. Des fois, je me demande pourquoi ça la mets autant en rogne que je passe un coup de fil ou deux en dehors du Q.G. A chaque fois, elle prétends que je ne dois pas utiliser le matos de l'armée à des fins persos. Mais j'en viens à me demander si c'est pas un argument bidon. Alors Hawkeye, qu'est-ce qui se passe ?
J'observe ma précieuse subordonnée. Rien, elle était plus impassible qu'une statue. C'est pas possible. J'ai très bien vu qu'elle était devenue la belle jeune femme qu'elle promettait de devenir. Et pourtant, elle avait l'air si ... gelée. Ses traits étaient sévères, dénués de chaleur. Heureusement que je la connaissais bien. Je savais que Riza était une gentille fille. Mais fallait la connaître, et je devais bien avouer que son aspect en refroidissait plus d'un. Quand je pensais à l'adolescente timide que j'avais connue, j'avais peine à croire qu'il s'agissait de la même personne.
" Vous voulez ma photo, monsieur ?" lança Riza, qui s'était rendue compte que je l'observais.
" Qui sait." souris-je.
Riza releva la tête, et me regarda bizarrement. Moi je regardais derrière moi, c'est-à-dire le mur, comme si c'était lui qui venait de parler. Jean dit qu'on devrait peut-être aller à la gare, le train n'allait pas tarder à arriver. On s'y rendit donc escortés qu'une vingtaine de soldats. Le train arriva en même temps que nous. Les terroristes en sortirent, tous ligotés qu'on aurait dit des spaghettis. Moi, Hawkeye et Havoc on s'avança vers le meneur du groupe.
" Ne tuer personne. Je vois que vous avez obéi, même si c'était à contrecoeur." fis-je avec un sourire narquois.
Le gars sourit à son tour, puis sauta brusquement en l'air, comme un diable hors de sa boîte. Moi je levais une main, et lui souhaita la bienvenue à Central façon Mustang. Il y eut une forte détonnation, et le type retomba à genoux, les vêtements calcinés et fumant. Impressionnant, néanmoins j'avais fait attention. Il souffrait mais les blessures n'étaient pas importantes. Tout à coup, j'entendis quelqu'un m'interpeller. Je tournais la tête pour découvrir Edward Elric.
Quand je disais que les mesures étaient petites ! Il a grandi au moins ? En tout cas, il avait compris que je l'avais un peu manipulé et était un brin en rogne.
Mais je lui dis calmement que grâce à ça il allait pouvoir passer l'examen. Ca lui cloua le bec au mioche. Ce à quoi il répondit qu'un peu qu'il allait le passer. Tant mieux, c'est ce que je voulais. Hughes était là, et repartit avec nous. Il me raconta comment Ed avait neutralisé les terroristes pratiquement à lui tout seul. Je n'en attendais pas moins de lui.
" Mais tu es blessé !" remarquais-je.
" Bah c'est rien, une égratignure." dit-il.
Cette affaire réglée, il fallait s'occuper de l'examen d'Ed et Al. Je connaissais quelqu'un qui pourrait leur apprendre beaucoup. C'était un alchimiste d'Etat nommé Shou Tucker. Sa spécialité était la bio-alchimie. J'emenais les enfants rencontrer cet homme. Sur le trajet, je leur parlais un peu de lui et de ce qu'il avait fait.
" Une chimère parlante ?" s'exclamèrent-ils.
" Oui. Elle n'a dit que trois mots, mais c'était très clair : je veux mourir. Mais enfin, il a remporté son examen haut la main avec ça." répondis-je.
Ca y est, nous étions arrivés à son domicile. Pff, je trouve ça ridicule d'habiter dans une si grande maison quand on est que deux. Mais bon, ce ne sont pas mes affaires. Mais pourquoi ils restent au portail ces gosses ? Elle est là l'entrée ! Soudain, un gros truc blanc fonça sur Edward et l'écrasa. Il s'avéra que c'était un chien, appelé Alexander. Je retins un éclat de rire devant la scène. Il n'y avait que sur le blond que le chien aurait pu sauter. Tout simplement parce que c'était le plus facile à renverser. Tucker, ou plutôt sa fille, ouvrit la porte. On aida Ed à se remettre de cet accueil pour le moins pesant, et on entra.
J'expliquais à Tucker le motif de notre visite. Ce qui nous amena à un sujet délicat : la raison pour laquelle Ed voulait passer le concours. Il lui montra lui-même pourquoi. J'ajoutais qu'il était impératif que Shou garde le silence là-dessus. Les derniers détails mis au point je quittais la demeure de l'alchimiste Tisseur de Vie. La petite Nina jouait avec son chien. Elle vint droit vers moi.
" Tu pars sans les autres monsieur ?" demanda-t-elle.
" Oui. Ils vont habiter chez toi pendant un moment." répondis-je en me mettant à sa hauteur.
" C'est vrai ? Chic alors ! J'ai deux grands frères ! s'exclama-t-elle ravie.
Et à ma grande surprise elle me serra contre elle et me fit une bise.
" Au revoir monsieur !" dit-elle en s'éloignant.
Elle est affectueuse cette enfant. Je me relevais avec un sourire et rentrais. Le jour de l'examen approchait à grands pas. Entre-temps, Maes trouva le moyen de me casser les oreilles.
" Chuis papa chuis papa ! Elysia est née aujourd'hui !" s'exclama-t-il.
" Ah ouais ? Ben félicitations mon vieux !" souris-je.
" Merci ! T'es libre ce soir, je voudrais aller fêter ça avec les collègues."
" Bien sûr."
Et c'est ainsi qu'on se retrouva tous dans un petit resto sympa, pour célébrer la naissance de la fille de Hughes. Il rayonnait tellement qu'on se dit que nous aurions dû prévoir des lunettes de soleil. Son bonheur ne me rappelait que trop le vide de ma propre existence. Je jetais un regard en biais à Riza. Elle était à croquer ce soir. Quand nous l'avons vu arriver avec les autres, on l'a à peine reconnue. Elle était vêtue d'une robe noire qui mettait tout son corps en valeur
" Vous ne pensiez tout de même pas que j'allais venir en uniforme ?" nous dit-elle en arrivant.
Certes, mais on ne pensait pas non plus qu'elle serait aussi mignonne. Bref, tout ça pour dire que nous passâmes une excellente soirée. Deux jours plus tard arriva l'examen des alchimistes d'Etat. En voyant Edward assis dans les gradins, j'eus l'impression de me voir. Ca me semblait tellement loin tout ça. La session commença, et tous les candidats piquèrent du nez sur leur feuille. Les résultats m'apportèrent une certaine surprise.
" Eh bien, je ne pensais pas que le plus jeune réussirait aussi." annonçais-je en refermant le dossier.
Vu qu' Alphonse était une armure vide, c'était problématique. S'il passait l'entretien, on pourrait découvrir ce qu'il était. Et là, à lui la peur. Je pris donc la décision de lui conseiller d'arrêter là. Naturellement, Al n'était pas d'accord. Et je le comprenais, puisqu'il avait réussi, pourquoi s'arrêter. Mais Ed partageait mon opinion. Il ne leur fallait qu'un seul alchimiste d'Etat. Il parvint à convaincre son petit frère, et n'eut plus qu'à se préparer pour l'entretien. Auquel je devais assister.
Cette fois-ci, c'était moi qui me trouvais dans le noir. Edward ne savait pas que j'étais là. Il put s'asseoir sans faire tomber la chaise, qui n'avait toujours que trois pieds. On lui posa la même question qu'à moi, des années plus tôt : pourquoi souhaitez-vous devenir alchimiste. Ed répondit qu'il l'avait promis à quelqu'un.
Bonne réponse petit. Il m'étonna par la maturité dont il fit preuve en cet instant-là. En tout cas, il réussi très bien son entretien. Restait la partie pratique. J'étais curieux de le voir à l'oeuvre. Un des candidats transmutat une immense tour en pierre. Pas mal, mais il ne pouvait plus se relever. Un autre s'avança et fit un ballon.
Mouais bof. Le ballon alla tout à coup percuter le sommet de la tour, et la fit s'écrouler. Ca tournait au vinaigre ce bazar. Aussi sec j'enfilais un gant, prêt à pulvériser le maximum de pierres. Mais Ed s'était déjà élancé. Que comptait-il faire ? On entendit un claquement de mains. Il les posa au sol, et une lumière intense envahit l'aire d'examen. Puis ce fut une pluie de pétales. Il avait transmuté la tour et le ballon en une gigantesque couronne de fleurs. Et sans cercle s'il vous plaît. J'étais fier de mon petit protégé.
Edward fut naturellement reçu à l'examen. Il n'en revenait pas d'être arrivé à transmuter sans cercle. Très impressionnant je dois dire. Être alchimiste d'Etat à douze ans, c'était pas donné à tout le monde. Me demande quel surnom il va recevoir. Bof on verra ça plus tard, laissons-le savourer sa victoire.
