Le passé nous rattrape toujours. J'ai déjà entendu cette phrase il y a longtemps, et j'en ai fait l'expérience, il y a longtemps aussi. J'espérais ne plus jamais avoir à la refaire. Et pourtant, je savais bien que ça devait arriver un jour ou l'autre. Que je devrais affronter mes démons en face, payer peut-être. Surtout quand j'ai décidé de répondre à la lettre qu'Edward m'avait adressée, pour l'aider à retrouver son père. J'ai tout de suite su que je devrais faire face, à un moment où à un autre. Je ne savais pas quand, ni comment ni où mais je savais que ça viendrait. Logique ... elle est leur fille, l'enfant dont j'ai brisé la vie.
Elle, c'est Winry Rockbell, l'enfant du couple de médecins que j'ai abattu. Et comme par hasard, l'amie d'enfance du FullMetal. Mon subordonné. Lorsque je l'ai appris, j'ai eu une sacrée peur je l'avoue. J'ai rêvé pendant des nuits qu'elle venait réclamer vengeance, et qu'elle m'abattait comme j'avais tué ses parents. Mais elle ne savait pas, et ma plus grande peur c'était qu'elle l'apprenne, et que mes protégés soient mis au courant par la même occasion. J'en ai parlé à Riza, à qui rien n'échappait, surtout en ce qui me concerne.
Elle m'a rassuré comme elle a pu, disant que statistiquement il y avait peu de chance qu'elle le sache. Peu de gens savait. Donc effectivement, il se pouvait que Winry ne sache jamais rien. Seulement moi, ça me rongeait. D'un côté j'avais envie de lui dire, pour soulager ma conscience, mais de l'autre, je ne voulais pas affronter sa réaction, ses pleurs sans doute. J'ai vécu dans l'angoisse pendant un moment. Et puis ... c'est arrivé. Winry a découvert qui était l'assassin de ses parents. Je ne sais pas comment elle l'a su. Mais elle me l'a reproché, quand je me suis lancé à la poursuite des frères Elric, suite au drame de Lior.
Elle a lancé ça comme ça, comme une bombe. J'ai senti mon sang se glacer dans mes veines, et mon coeur s'arrêter de battre. Et les paroles de la petite Shiezka à côté, n'a rien arrangé. Y'avait que le pouvoir qui m'intéresssait, je n'étais qu'un monstre sans coeur. Possible. Plus tard, ce fut au tour d'Edward et d'Alphonse de connaître la vérité. Je leur ai avoué moi-même. Leur regard incrédule, teinté d'horreur m'a marqué et blessé. Celui d'Edward surtout ... j'ai cru voir comme quelque chose qui se brisait en lui. Malgré nos prises de tête, je savais qu'il me faisait confiance. Et là ... cétait comme si je l'avais trahi.
Je le comprends quelque part, c'est un peu vrai. Involontairement certes, mais trahi quand même. J'ai aussi révélé pourquoi je tenais tant à gravir les échelons. Jusque là seuls Maes et Riza étaient au courant. J'ai expliqué que plus jamais je ne voulais revivre ça. Et si possible que plus personne n'aie à le vivre. Ca eut l'air d'avoir rassuré le blond. Mais pour Winry je ne crois pas. Que je devienne le roi ça ne changerait rien à mes actes. On ne peut défaire ce qui a été fait, pour le plus grand malheur de l'espèce humaine. Jusque là, à part un regard brisé Winry n'a pas réagi.
Et ça m'inquiétait. Le calme avant la tempête. Le cataclysme même. Winry s'est isolée un moment, quand j'étais à Resembool. J'hésitais sur la conduite à tenir : devais-je aller lui parler, m'excuser, me justifier ? Ou bien devais-je lui fiche une paix royale, ne plus l'approcher même à cents mètres ? Je n'ai pas eu à choisir. Elle a décidé elle-même. De la façon que je redoutais le plus. Pour ce que j'avais entendu d'elle, Winry était assez colérique, mais uniquement pour ce qui concercnait ses automails. Alors quand il était question de ses parents ... elle a été près du drame.
Winry s'est rendue à Central, seule. Comme elle connaissait Edward, elle a dit qu'elle venait pour réparer son automail, et demanda où était mon bureau. Les soldats l'ont laissée passé. Une fille, et jeune en plus ... c'est au-dessus de tout soupçon. J'étais seul à ce moment-là. Je ne sais toujours pas si j'ai eu de la chance de l'être ou pas. Toujours est-il que Winry a débarqué comme une fleur dans mon bureau. Mais une fleur empoisonnée. Je revois encore la scène comme si j'y étais. Winry a refermé doucement la porte, le regard indéchiffrable.
Moi j'étais tellement surpris de la voir là que je n'ai rien pu faire d'autre que de rester assis bouche bée. Winry s'est tranquillement avancée, après avoir vérifié que nous étions seuls. Puis une fois devant mon bureau ... elle a sortit une arme à la vitesse de l'éclair et l'a braqué sur ma tête. Oh la vache. J'ai failli me faire dessus à cet instant.
" Donnez-moi une bonne raison de ne pas le faire." dit-elle.
Pendant dix secondes je ne pus rien dire. Winry ôta le cran de sécurité. Elle allait tirer si je ne lui donnais pas une réponse satisfaisante. Et quand bien même je le ferais, s'en contenterait-elle ? Elle avait parfaitement le droit de me tuer. Nous le savions tous les deux. Néanmoins, je parvins à reprendre une certaine contenance.
" Tu ne voudrais pas être comme moi. Avoir les mains pleines de sang. Tu vaux beaucoup mieux que ça. Crois-moi, ne gâche pas ta vie et ta précieuse jeuenesse avec ça. Moi c'est déjà fait. Et j'en paie le prix tous les jours. Le ... meurtre de tes parents me ronge mieux que n'importe quel acide. Il y a un détail que je ne t'ai pas dit : juste après l'avoir fait, j'ai failli me faire sauter le caisson, tellement j'étais horrifié par mon geste. Tu va me dire que j'aurais dû me tuer, et tu as raison. Marcoh m'en a empêché, disant que je n'avais fait que suivre les ordres. Je comprends que tu m'en veuille, je réagirais de la même manière à ta place. La décision t'appartiens, mais laisse-moi te demander ceci : si tu me tue, crois-tu que tu te sentiras mieux après ? Que ça va tout arranger ?" dis-je d'un ton assuré, malgré ma peur.
Winry a soutenu mon regard, son bras armé n'a même pas tremblé. Eh ben, elle a du cran cette petite. Car ce n'est pas donné à tout le monde de débouler dans le bureau d'un militaire haut-gradé avec une intention de meurtre, et de rester si calme, si maîtresse de soi. Après de longues minutes, qui m'ont paru une heure voire plus, elle a baissé son arme. Et c'est alors qu'elle a sourit. Oui sourit. Et pas méchamment, pas avec sadisme ni satisfaction. Non. Un sourire on ne peut plus normal.
" Bonne réponse colonel."
Winry a posé l'arme sur mon bureau.
" Je voulais savoir par moi-même si je pouvais vous pardonner. Si vous méritiez que je vous pardonne. Un jour peut-être." reprit-elle.
Un test ... c'était une sorte de test. Un peu rude franchement. Je trouvais le courage de lui demander où s'était-elle procuré cette arme.
" Nulle part. Cependant, vous avez raison : je ne suis pas une meurtrière." répondit Winry.
Elle reprit l'arme, et sortit le chargeur. Vide. Elle n'avait jamais eu l'intention de me tuer, ajouta-t-elle. Elle m'a bien eu sérieux. Winry me regarda une dernière fois. La porte s'ouvrit sur Riza, qui écarquilla les yeux en la découvrant. Winry se dirigea vers la sortie, et s'arrêta à la, hauteur de ma petite fleur.
" Prenez bien soin de lui, il le mérite." lui dit-elle.
Et elle s'en alla. Un silence de trente secondes suivit son départ. Soudain, j'éclatais de rire. J'étais tellement soulagé d'être encore en vie que je ne trouvais rien de mieux pour évacuer mon stress. Riza s'approcha, légèrement inquiète. Quand elle trouva l'arme sur mon bureau, elle paniqua :
" Roy, qu'est-ce qu'elle te voulait ?" demanda-t-elle.
" Rien. Elle voulais seulement me tester." répondis-je mon rire calmé.
" Elle n'a pas ... elle n'a quand même pas braqué cette arme sur toi ?" s'alarma Riza.
" Si fait, soupirais-je. Mais rassure-toi : Winry n'avait nullement l'intention de me tuer." annonçais-je.
Je pris l'arme, et lui montrais le chargeur vide. Je vis soudain ma petite fleur pâlir, à un point que je crus qu'elle allait s'évanouir.
" Chérie qu'est-ce qu'il y a ?" demandais-je inquiet.
" Cette ... cette arme ... c'est la mienne." avoua-t-elle.
Hein quoi ? Je baissais les yeux vers le pistolet toujours sur mon bureau. Riza était horrifiée.
" Je ... En rentrant de Risembool, je me suis aperçu qu'il me manquait un pistolet. Winry ... a dû me le prendre." raconta-t-elle.
Ah ben bravo ! C'est très professionnel ça ma puce. Riza semblait au bord des larmes.
" Allons du calme mon trésor. Winry ne voulait pas me tuer, simplement me faire peur. Elle voulait savoir si je méritais d'être pardonné." dis-je d'une voix apaisante.
" Et si elle avait décidé que non ? Tu imagine ? Tu aurais pu mourir à cause de ma négligence !" s'écria-t-elle.
Je ne l'avais jamais vue dans cet état. Riza tourna les talons et sortit à toute vitesse du bureau. Quand elle fut de retour, le reste de l'équipe était déjà là. Kain s'inquiéta de sa pâleur. Riza avoua qu'elle ne se sentait pas très bien. Le lendemain, elle demanda à bénéficer d'un congé maladie d'une semaine. Je tentais de l'en dissuader, lui assurant qu'en aucun cas je la considérais comme responsable de ce qui s'était passé. Mais elle ne voulut rien savoir. Durant cette semaine elle me manqua affreusement. Car Riza refusa de me voir pendant toute la durée de son congé. J'ai su plus tard qu'elle avait fait une légère dépression. Ma précieuse petite fleur était persuadée que j'avais failli mourir par sa faute.
Quand elle revint, Riza demanda à me parler seule à seul. Ce je lui accordais bien volontiers. Le soir après le sevice, elle vint de planter devant mon bureau. Oh oh. Je pressentais les ennuis.
" Roy ... je ne vais pas y aller par quatre chemins. J'ai commis une faute très grave en laissant une de mes armes à la portée d'une enfant. Tu aurais pu payer cette négligence de ta vie. J'avais juré de te protéger, et je considère ... que j'ai échoué. Je m'en veux énorément, quoi que tu en pense. Je ... je crois aussi ... que ... que nous ne devrions plus nous voir." dit-elle.
" QUOI ? Tu plaisante j'espère ?!" m'exclamais-je en bondissant.
" Non. J'ai trahi ta confiance. Je ne mérite plus de rester avec toi, sachant que j'ai faillis te tuer."
" Non Riza je t'en supplie pas ça !" implorais-je.
Mais elle détourna la tête, des larmes sillonnant déjà ses joues. Ce n'était pas possible. Ca ne pouvait pas finir comme ça. Mais l'amour de Riza ne supporterait pas ce genre de chose, surtout venant d'elle.
" Riza mon amour je t'en supplie à genoux ne m'abandonne pas !" repris-je.
Riza s'éloigna, retenant ses larmes comme elle pouvait.
" Je ... je continuerais à te soutenir. Ca ... ça rachètera peut-être un jour ma ... ma faute." dit-elle.
" Mais non tu ..."
" Je t'en prie Roy. Ne rends pas les choses plus difficiles qu'elles ne le sont." coupa-t-elle me regardant.
" Je ne veux pas te perdre." dis-je à mi-voix.
" Tu ... tu ne me perdras pas. Je serais toujours là pour toi. Au revoir."
Elle sortit.
" RIZA ATTENDS !" m'exclamais-je en me précipitant à sa suite.
Mais elle aussi se mit à courir, et elle arriva chez elle bien avant moi. Je tambourinais à la porte comme un forcené. Riza ne répondit pas. J'entendais ses sanglots à travers la porte, et ça me rendait fou.
" Je te préviens Riza : je te harcèlerais tous les jours s'il le faut, mais je ne te quitterais pas t'entends ? Je refuse que ça finisse comme ça !" m'exclamais-je.
" VA T'EN !" cria-t-elle.
" NON !"
Elle ouvrit alors brutalement sa porte, pointant son arme sur moi. Son visage baigné de larmes me fit terriblement mal.
" Je t'ai dit de t'en aller !"
" Je ne partirais pas tant que tu n'auras repris tes esprits." répliquais-je.
" Je te préviens je vais tirer." dit-elle en ôtant le cran de sécurité.
" Eh ben vas-y qu'est-ce que t'attends ? Tire!"
Ce faisant je me plaçais sur la trajectoire d'une balle, qui si elle partait me toucherait en plein coeur. Comme la flèche qu'elle m'a décoché quand je l'ai rencontrée. Riza soutint mon regard déterminé. Puis elle baissa son arme.
" Je t'en prie Roy, essaie de comprendre. Je ne peux pas me pardonner ma faute. J'ai besoin d'être ... séparée de toi un moment." dit-elle.
" Mais en quelle langue il faut que je te le dise ? Je ne veux pas que tu me quitte ! Ce n'est pas ta faute si Winry est allée se servir." tentais-je.
" Si. J'aurais dû être plus vigilante. S'il te plaît, va t'en."
Je baissais les yeux, et recula d'un pas ou deux.
" Très bien. Si c'est ce que tu veux."
Je lui tournais le dos et partit. Ainsi s'arrêta mon histoire avec Riza.
