Depuis que Riza a décidé de faire une pause dans notre relation, du moins j'espérais que ce n'était qu'une pause, je tournais comme un lion en cage. J'avais besoin d'elle, tout le temps. Besoin de la voir, de la toucher, la prendre dans mes bras, sentir son parfum ... tout. Quand je la voyais au bureau, j'avais un mal fou à ne pas lui sauter dessus. Riza, elle, m'évitait tout bonnement. Quelle galère non mais quelle galère ! Et comme si ça suffisait pas, Alphonse nous a révélé que le généralissime était un homonculus. Et sa secrétaire aussi, tant qu'on y était. On a mis du temps avant de digérer le truc.
Mais je comprenais pourquoi Maes avait été tué : il avait grillé le truc. Peut-être pas pour le führer, mais sûrement pour sa secrétaire. Un peu plus tard, l'équipe et moi en avons discuté à l'hôpital. Havoc y avait été admis après avoir eu un petit accrochage avec Edward. Nous étions à leur recherche après le drame de Lior, et c'est Havoc et Fuery qui l'on trouvé. Mon sous-lieutenant a eu la mauvaise idée de braquer une arme sur lui. J'aurais pourtant pensé que connaissant le caractère du FullMetal, il aurait été un peu plus malin que ça. Résultat, Ed a attrapé l'arme de Jean avec son automail, le coup est parti, Jean a été blessé à la main et Kain à la tête.
Quand je suis arrivé, l'infirmière qui s'occupait de lui avait visiblement flashé sur moi. J'ai joué le jeu, espérant que ça rendrait Riza jalouse et que peut-être elle reviendrait sur sa décision. Pensez-vous. J'ai donc demandé aux gars, et à la fille, pourquoi selon eux on voudrait créer la Pierre Philosophale. Pour la gloire, le pouvoir, l'immortalité furent les réponses qu'ils donnèrent. Riza a répondu par désespoir. Exactement. De plus, depuis l'ascension au pouvoir de Bradley nous étions constamment en guerre.
" Et si les guerres n'étaient déclenchées que dans le but de pousser les gens dans un tel désespoir, qu'ils en viendraient à créer la Pierre ?" demandais-je.
Hou la tête qu'ils ont fait ! Ils venaient de comprendre tout comme moi que ces guerres avaient été faites sous un faux motif. Des milliers et des milliers de vies brisées, sacrifiées pour créer une Pierre dont une seule personne pourrait se servir. Pour rien quoi. Nous avions appris la recette de cette Pierre par le biais d'Alphonse, peu avant qu'Archer n'attaque Lior. Il fallait des vies humaines pour fabriquer ce caillou. A cause de la force des émotions que renferment les âmes. C'était ça qui lui donnait son pouvoir. Là encore, le choc avait été rude. Déjà je trouvais qu'une seule vie c'était trop, alors celles de tout un peuple ou d'une ville...
J'ai compris en y repensant que c'était ça que Marcoh avait dû découvrir. La vraie raison de la guerre d'Ishbal. Ils voulaient créer la Pierre, en tout cas Bradley la voulait. Son eau rouge qui avait servi à amplifier nos pouvoirs, c'était une variante de ce maudit caillou, une forme incomplète. Il le savait, Marcoh savait de quoi il retournerait si on l'utilisait. Et Ed ... qu'avait-il ressenti quand lui aussi avait découvert la vérité ? Sûrement de la peur, du dégoût, de l'horreur.
J'ai jeté un oeil aux notes de Marcoh. Des recettes de cuisine. Insoupçonnable. Et de savoir que mes protégés avaient décrypté tout ça ... j'étais impressionné, une fois de plus. Franchement ç'aurait été moi, je crois que j'aurais abandonné. Je sais même pas si j'aurais essayé. Mais Edward, têtu comme il était, en plus d'être un petit génie, c'était normal qu'il y arrive.
A présent nous étions également au courant. Et perso j'aurais préféré de rien savoir. Apprendre cette vérité m'a définitivement dégoûté de l'armée, et renforcé dans l'idée qu'il fallait tout changer. Des homonculus dans l'armée, et dans les plus hautes sphères ... des êtres dépourvus d'âme et d'émotions, ça ne peut engendrer que des problèmes. Il fallait donc agir, et supprimer le mal à la racine.
Voici donc ce que je trouvais comme plan : attaquer les troupes du généralissime, pendant que moi et Riza on se chargerait de Bradley.
La petite guérilla servirait de diversion. Mon équipe était d'accord pour me suivre jusqu'au bout. J'en attendais pas moin d'eux. J'ai entendu dire par Alphonse qu'Ed avait déjà scellé deux homonculus. Wow. Il m'impressionne toujours plus ce gosse. Ca me fait penser que quand on s'est affronté, il aurait pu m'écraser s'il m'avait attaqué au corps à corps. J'ai bien fait de le maintenir à distance ce jour-là. Maintenant que nous tenions l'idée, il fallait mettre au point les détails. Il était clair que je devais me trouver à deux endroits à la fois : sur le champ de bataille, et chez Bradley.
Donc, quelqu'un devait jouer mon rôle lors de l'attaque. Ce fut Havoc qui fut choisi. Se retrouver dans ma peau pour un temps, ça devrait lui plaire. Il fallait également quelqu'un qui puisse jouer le rôle de Riza. Tiens, y'a pas eu un seul volontaire là. Sympa pour elle. Je décidais que le sergent-major Fuery ferait une parfaite Riza. Ils étaient pratiquement de la même taille. Afin d'opérer les transformations, on l'obligea à rester à l'hôpital sous un faux prétexte. Quand il entra dans la chambre d'Havoc, je le saisit par les épaules et le fit basculer sur un lit.
Ceci fait, je lui ôtais ses lunettes que je posais sur le nez de Riza. Hé, ça lui allait bien les lunettes.
" Très drôle." commenta-t-elle en les réajustant.
Elle allait donc se retrouver dans la peau de Kain, le temps de régler deux trois détails. Ils échangèrent la veste de leur uniformes, à cause des galons, et ensuite on se chargea de la métamorphose. Riza se retrouva donc avec une perruque brune, je la préfère en blonde sérieux. Mouais, mis à part la couleur des yeux c'était assez crédible. Oh une seconde. Elle était pas aussi plate d'habitude.
" Colonel, cessez de fixer mon buste de la sorte, ou les gens vont finir par se poser des questions." dit-elle.
Oé ben ils avaient pas besoin de ça je crois. Car notre cher sergent-major étant myope comme une taupe, il lui fallait donc des verres assez forts. Totalement incompatibles avec l'oeil de lynx de ma petite fleur. En un mot comme en cents, elle n'y voyait que dalle ... et fonçait dans toutes les personnes qui avaient le malheure de croiser sa route. Vu qu'elle portait l'uniforme, on n'osait pas trop la ramener chez les gens en blancs. PAF !
" Hngh ! Foutues lunettes ! Et saleté de portes !" s'exclama Riza après avoir encore croqué du bois.
" Ne ris pas Roy ... surtout ne rigole pas. Rappelle-toi que vous n'êtes plus ensemble." me dis-je.
Aussitôt mon envie de rire disparut. Ca me fendait le coeur chaque fois que j'y pensais. Je tâchais de me concentrer sur le plan, autrement j'allais finir par fondre en larmes comme une Madeleine. Moi et ma Riza nous revînmes donc au Q.G nous occuper des communications pour un certain temps. Riza n'y connaissait pas grand-chose, mais suffisamment cependant pour tromper son monde. Moi j'allais réunir nos troupes.
Pendant ce temps-là, Kain se préparait à jouer le rôle du premier lieutenant. Il se regarda dans la glace, pour ne voir qu'une forme floue avec une touche de blond. Ensuite, lui et Havoc camouflé en moi au passage, sortirent de l'hôpital. Jean pria pour ne pas croiser l'infirmière chargée de lui, autrement ils étaient grillés.
" Monsieur Mustang !" entendirent-ils.
" Merde c'est elle ! On fonce !" fit Jean.
Ils piquèrent un sprint dans les couloirs blancs, et sortirent comme des boulets de l'hôpital. Ils ne s'arrêtèrent qu'au moment de monter en voiture.
" Mais où vous allez ?" demanda Kain.
" Ben je prends le volant." répondit Jean.
" Sauf que le colonel ne sait pas conduire. C'est Hawkeye qui le fait d'habitude." rappela Fuery.
" Ah oui merde !"
" Bon alors attendez cinq secondes le temps que je m'arrange. J'ai les nibards dans tous les sens. Chais pas comment elle arrive à courir avec." fit Kain en remettant son rembourrage en place.
Jean rigola un moment :
" Surtout qu'elle a pas le plus petit gabarit." dit-il.
" Ca va ouais. Si on a un accident ça devrait amortir le choc."
Kain remit ses faux seins en ordre, et monta dans la voiture. Mais sa poitrine le gênait un peu pour conduire. Jean lui, avait la tête tournée vers la fenêtre pour cacher son rire. Kain jurait comme un charretier, maudissant sa poitrine et ses supérieurs. Il parvint néanmoins à s'y faire au bout d'un certain temps. Soudain, Furey donna un coup de frein. POUET !
" Merde. Ces foutus trucs ont appuyé sur le kaxon." dit-il.
" Vous avez klaxonné avec la poitrine ? Elle est pas mal celle-là." commenta Jean.
L'automibiliste à côté fit une remarque déplacée à l'attention du sergent-major. Kain rougit, puis baissa la vitre et injuria le type. Sauf que ... il l'avait fait avec un voix d'homme. Ce qui stupéfia quelque peu l'automobiliste. Jean à côté, était écroulé de rire.
" Tu sais qu'il doit te prendre pour un travelo ?" dit-il.
" JE SAIS OUI !"
" Bonjour l'image de l'armée !" reprit le blond.
" Of, au point où elle en est ..." dit Kain philosophe.
Quand ils revinrent au Q.G, moi et Riza on les rejoignit discrètement pour leur donner les dernières instructions. Ceci fait, on fila dare-dare à l'hosto. Car il me fallait prendre la place de Jean quelques instants, pour éviter d'éveiller les soupçons. J'espère qu'ils n'ont pas fait de conneries ces deux-là. Je me changeais dans la chambre où il devait être, pendant que Riza faisait de même ailleurs.
J'avais à peine fini de boutonner ma chemise que l'infirmière débarqua.
" Mais que faites-vous ? Vous n'êtes pas en état de quitter l'hôpital." dit-elle.
J'ôtais alors ma perruque et me tourna vers elle. Riza était arrivée par derrière et lui braqua un pistolet sur la tête. Eh bien ? Elle n'a rien fait pour mériter ça pourtant, la pauvre petite.
" Surtout ne dites rien, secret défense." dis-je doucement.
" Autrement vous pourriez avoir des ennuis." fit Riza d'un ton froid.
" Je suis désolé." ajoutais-je.
" Ce n'est rien, je comprends." dit l'infimière avec des étoiles dans les yeux.
Moi et la petite fleur on quitta la chambre. Riza me précédait, une fois n'est pas coutume.
" Pourquoi es-tu en colère ?" demandais-je.
" Mais je ne le suis pas." répondit-elle.
" C'est ça. Tu as mis cette fille en joue par gentillesse je suppose ?" repris-je un sourire en coin.
" Non plus. Je voulais juste qu'elle comprenne bien la gravité de la situation."
" Moi j'aurais plutôt dit que tu étais jalouse, et que tu voulais la punir de m'avoir dragué l'autre jour."
" Nimporte quoi." répondit Riza.
On arriva à la voiture, et elle passa côté chauffeur. Je m'appuyais sur le toit.
" Redis-moi ça en me regardant dans les yeux." demandais-je.
" De quoi ?" fit Riza.
" Que tu n'étais pas jalouse de cette fille."
" Tu crois que c'est le moment pour ça ?"
Gagné ! Elle était bien jalouse. Ce qui voulait dire qu'elle m'aimait encore. Y'avait de l'espoir qu'on soit de nouveau ensemble alors. Je m'assis derrière elle, tout sourire. Si je m'écoutais, je crois bien que je lui déposerais un baiser sur sa petite nuque. Oh et puis zut. Je me penchais en avant, et l'embrassais rapidement. Riza sursauta.
" En route lieutenant." dis-je avant qu'elle ne proteste.
Riza ne se retourna donc pas, et mit la voiture en marche. Mais je devinais qu'elle souriait.
