Voilà à présent deux ans que je suis à la frontière Nord. Deux longues années loin de mes amis, de ma chère Riza qui me manque affreusement, dans un modeste chalet. Il fait un froid à faire tomber toutes les plumes d'un canard. Et en été le maximum c'est 15°. Magnifique tout ça. Pour le moment, c'est le calme plat par ici. Il n'y a que la neige qui neigeoit et le chalet qui chaloit. Deux de mes anciens subordonnés devaient me rendre visite, et je les attendais dehors. J'aimerais bien qu'ils se magnent le derche, parce que la neige est un peu beaucoup en train de me recouvrir. Je suis recouvert.
J'entendis soudain la voix d'Havoc, que je n'avais pas ouï depuis deux ans. Je fis tomber la neige qui me camouflait, et leur adressa le salut militaire en les remerciant d'être venus. Je les fit ensuite rentrer au chaud. Lui et Breda n'avaient pas changé d'un poil. Ils m'appelaient toujours colonel. Mais je n'étais qu'un simple officier à présent. Jean voulut s'allumer une cigarette. Je sortis une allumette et la craqua.
" Mais colonel ..." fit Jean étonné.
" Je ne me sers plus de l'alchimie. Quand je le fais, je revois les gens qui sont morts par ma faute. Surtout avec cet oeil." expliquais-je en portant un doigt à mon bandeau.
Eh oui, si eux non pas l'air d'avoir changé moi si. Je suis plus renfermé, bien loin du colonel pompeux, dragueur et fêtard qu'ils ont connu. Ils sont restés un bon moment. Moi je restais encore une fois planté dehors, perdu dans mes pensées. Ca faisait deux ans, et je n'arrivais toujours pas à me remettre de la disparition d'Edward, ni de ma rupture avec Riza. Je n'ai pas eu de ses nouvelles depuis tout ce temps. Je n'ai pas osé. J'avais peur qu'elle m'en veuille de l'avoir quittée, qu'elle me rejette si jamais je tentais de la contacter. Je ne le supporterais pas. Jamais. Si je la perdais elle, je n'aurais plus rien, plus de raison de vivre. Je finis par rentrer. J'étais resté longtemps dehors, j'étais frigorifié.
Quelle idée de rester dehors comme ça ! Tout ce que j'allais gagner c'était une bonne grippe. Quelques jours plus tard, il se produisit enfin quelque chose d'intéressant. J'eus des nouvelles de la ville de Lior, entièrement reconstruite après avoir été détruite lors de la création de Pierre Philosophale. D'après ce qu'on me dit, des armures seraient sorties du sol, dans un cercle de transmutation. Des armures ... personne ne savaient d'où elles venaient. Sûrement pas de chez nous. Mais alors ... se pouvait-il qu'elles viennent d'un autre monde ? Un monde où Edward était peut-être. Ca semblait tellement incroyable.
Et pourtant, quand j'ai rencontré Al lors de la cérémonie d'adieu à son frère, il avait le sentiment que le FullMetal était dans un autre monde. S'il avait raison, alors on avait une chance de le ramener. C'était une piste à exploiter. Je décidais d'appeler le cadet Elric pour connaître son opinion. J'obtins Winry au bout du fil, qui m'informa qu'Alphonse venait de partir avec le dernier homonculus, un certain Wrath. Bon, le mieux était que je me rende à Central. Ce que je fis non sans appréhension. J'allais sûrement retrouver Riza. Quelle serait sa réaction ? Joie ? Colère ? Indifférence ? Il n'y avait qu'une seule façon de le savoir. Me voilà donc dans le train en route pour la cité du Centre.
Quand j'arrivais, ce fut au beau milieu d'un sacré désordre. Plusieurs bâtiments s'étaient écroulés. On voyait des armures marcher dans la rue, carnadant tout ce qui bougeait. Les gens terrorisés couraient dans tous les sens. J'entendis un vombrissement. En levant la tête, je découvris plusieurs engins bizarres, tout noirs voler relativement bas. Qu'est-ce que c'était encore que ce bazar ? Je me mis en route. Il me fallait rejoindre le Q.G, ils avaient sûrement besoin de mon aide là-bas. Bingo. La base se faisait envahir par ces armures.
" Allez en piste Mustang ! " me dis-je en enfilant mes gants.
Je commençais à désintégrer l'ennemi. Havoc poussa un grand cri en me voyant.
Nouveau claquement de doigts, un tas d'armures en moins. Tout en avançant, je donnais diverses instructions à mon équipe, au grand complet derrière une rangée de sacs de sable. Même Armstrong était là. Je lui demandais de me fabriquer un ballon. Tout le monde se sauva pour mettre mes ordres en application. Il n'en restait qu'une et non la moindre. Riza. Mon plus précieux soldat avec Edward. Elle me salua. Le regard qu'elle me fit à cet instant fit battre mon coeur à toute allure.
" Nous avons attendu colonel." dit-elle.
Je m'avançais vers elle. Riza était contente de me voir. Je m'arrêtais à quelques centimètres, avec un sourire tendre.
" Bonjour ma petite fleur." dis-je à mi-voix.
" Bonjour mon Roy."
On se sourit, ravis de se revoir. A nouveau réunis, on se mit en devoir de ralentir l'ennemi. Puis un peu après, j'allais voir où en était la mongolfière. Elle n'attendait que mon bon vouloir. Je l'ouvris, et la gonfla d'un claquement de doigts. Puis je m'empressais de monter à bord. Pendant que je m'élevais, je vis Riza courir vers moi :
" Colonel, attendez-moi !" s'écria-t-elle.
" Désolé, c'est une nacelle pour une seule personne." répondis-je.
" Mais non ! Vous ne pouvez pas y aller tout seul !"
Trop tard. J'étais déjà haut. C'est alors que je fus le témoin d'un étrange spectacle. Un vaisseau était en train d'être transmuté en ... espèce de truc jaune avec des yeux, un robinet en guise de bec et deux ridicules petites ailes. Ca me parut terriblement familier. Je veux dire, je ne connaissais qu'une personne pour faire ça. La chose explosa. Et je crus voir une espèce de parachute tomber doucement. Ca faisait au moins un vaisseau ennemi en moins. Puis un rien après, une grande colonne de peirre s'élevait depuis le sol pour aller droit vers le dernier vaisseau.
Dessus ... non ! Pas possible ! Edward Elric ! Je frottais mon oeil unique. Mais si c'était bien lui, au côté de son petit frère.
" OUAIS IL EST REVENU !" m'exclamais-je en sautant dans ma nacelle.
Elle descendit un peu en contrepartie. Le vaisseau leur tira dessus, et ils tombèrent. J'eus un sursaut de peur, mais ils parvinrent à se raccrocher. Je claquais des doigts pour désintégrer le fusil qui les bombardait.
" Et maintenant, harponne-le FullMetal !" lançais-je.
" Colonel !" répondit Edward.
Ed et Al remontèrent sur leur colone, claquèrent des mains et harponnèrent le vaisseau. Je dirigeais mon ballon, et sautais sur le chemin qu'ils avaient créé.
" On dirait que vous avez apporté les ennuis. Encore." dis-je tout en courant.
" Déjà des sarcasmes ? Cela dit ce cache-oeil ne vous va pas trop." répondit Ed.
" Excusez-le !" fit Al.
Bah j'avais l'habitude. Et ça m'avais tellement manqué ces petites disputes. Soudain, je vis des canons nous mettre en joue. Je claquais des doigts pour le détruire. D'autres jaillirent aussi sec. Deux trois flammes et ils disparurent. On arriva sur le vaisseau. Je m'occupais du dernier canon, et créa un ouverture par la même occasion.
" Là ! Une entrée. On va pouvoir le neutraliser." dis-je.
" Ok, j'y vais." fit Ed en se précipitant.
" Nii-san attends-moi !" s'exclama Al en lui courant après.
" Je savais bien que tu étais en vie." souris-je.
Un nouveau canon vint me dire coucou. Je souris, et BOOOUM ! A pu canon. Restais à attendre qu'Ed règle ses comptes. Al revint le premier, et me rejoignit. Puis son frère arriva, mais avec une drôle de tête. Oh oh.
" FullMetal ..." commençais-je.
Mais Ed frappa dans ses mains, et sépara la partie du vaisseau où nous étions moi et Al, de celle où il était lui. A quoi jouait-il ? Il n'allait pas déjà repartir quand même ? Al voulut le rejoindre, je le retins.
" Où est-ce que tu vas ?" demandais-je.
" Je ramène ce vaisseau de l'autre côté de la Porte, et je la détruirais. Toi Al, tu fera pareil de ce côté-ci." répondit-il.
Alors il repartait. Al le rappela, mais Ed nous avait déjà tourné le dos.
" Lâchez-moi ! J'ai pas attendu deux ans pour le perdre encore une fois !" s'exclama le petit.
Son visage baigné de larmes eut raison de moi. Je le laissais donc partir. Ensuite, je me débrouillais pour redescendre. A peine avais-je posé le pieds par terre que j'entendis un grand cri :
" ROY !"
Et je vis une tornade blonde me foncer dessus et me serrer dans ses bras, dans une étreinte digne d'Armstrong.
" Dieu merci tu n'as rien !" dit-elle en me regardant.
J'étais si heureux de la sentir contre moi, que je lui rendis son étreinte avec un amour débordant.
" Ma Riza ... tu m'as tellement manqué." dis-je.
" Toi aussi mon amour ... oh, il faut que j'aille voir comment va ma famille." dit-elle en s'écartant.
Sa famille ? Mais aux dernières nouvelles elle n'en a plus.
" Viens, viens avec moi." reprit-elle me tirant par le poignet.
Riza m'entraîna loin du centre-ville, vers une maison qui tenait encore debout. Elle en ouvrit précipitamment la porte.
" Maman !" fit une voix enfantine.
Je vis Riza se pencher, et deux petites mains s'accrocher à son cou. Maman ? Riza avait eu un enfant ? Avec qui ? Je le sus très vite quand elle se retourna. L'enfant était une fille, avec des cheveux noirs de jais, et des yeux de la même couleur. Cette ... cette enfant ... était mon portrait. Je crus que le ciel me tombait sur la tête.
" Maman c'est qui le monsieur avec un oeil ?" demanda l'enfant.
" C'est un ami ma chérie. Allez, va t'amuser un peu pendant que je parle avec lui." répondit Riza.
Elle reposa la petite qui se sauva. Une autre femme l'accueillit. Riza se tourna vers moi, qui regardais la fillette partir.
" Désolée de te l'apprendre aussi brutalement." fit Riza.
" C'est ... c'est ... ma ..." bafouillais-je.
" Oui c'est ta fille. Elle s'appelle Lily Mustang. Elle a deux ans."
" Ma fille ? J'ai une fille ?" répétais-je.
Riza hocha la tête. Puis elle vit mon oeil remonter vers le haut, et moi m'écrouler.
" Ben ! Je m'attendais à tout sauf à ça." dit-elle surprise.
Riza s'attela ensuite à ma réanimation. Elle et sa copine me posèrent sur le canapé.
" Kégna ?" dis-je en m'éveillant.
" Tout va bien Roy. Tu es tombé dans les pommes." dit Riza.
" Ben y'a de quoi ! Apprendre comme ça qu'on est père, ça choque !" dis-je en m'asseyant.
" Je sais oui."
" Mais comment est-ce possible ?" repris-je bêtement.
" Ne me dis pas que quelqu'un comme toi ignore ce genre de chose ?" sourit Riza.
" Ce que je veux dire, c'est quand cela a-t-il pu se produire."rectifiais-je.
" C'est tout simple : on a passé une nuit ensemble, la veille de ton départ tu te souviens ?" rappela Riza.
" Bien sûr que je m'en souviens, ça s'oublie pas ce genre de souvenir."
" Lily est née neuf mois après."
" Oh ... mais tu aurais dû me le dire !"
" Ah oui et comment ? Par signaux de fumée ? Je n'avais pas un numéro, pas une adresse rien. Et c'est pas faute d'avoir essayé." raconta Riza.
" Je suis désolé. Tu dois m'en vouloir terriblement, ça dû être dur pour toi." fis-je tout contrit.
" Au début oui, je t'en ai voulu. Je me retrouvais mère célibataire, sans savoir à qui confier mon enfant en cas de besoin. J'ai appelé mon amie d'enfance, que tu as vue, qui a accepté de la garder pendant que je travaillais."
" J'aurais tant voulu être à tes côtés." repris-je.
" Tu peux le faire tu sais."
" Vrai, tu veux encore de moi ?" demandais-je avec espoir.
" Je n'aurais jamais dû te laisser partir." répondit Riza.
Je me levais et la serrais dans mes bras. Restait à annoncer la nouvelle à Lily. Ma fille ... je suis papa.
" Lily, je voulais te présenter le monsieur. Il s'appelle Roy. Et c'est ton papa." fit Riza.
" Mon papa ? J'ai un papa moi ?" dit l'enfant.
" Oui. Et il est venu te voir." répondit Riza.
" Bonjou papa !" fit Lily en me serrant contre elle.
Booouuuh je sens que je vais pleurer ! Je serrais ma fille contre moi. C'était le début d'une nouvelle vie. Riza et moi nous sommes mariés six mois après mon retour. Un beau mariage sans me vanter. Je suis enfin serein, le Parlement a insisté pour que je commande l'armée en fin de compte. J'ai à présent une famille, Lily a d'ailleurs quatre ans au moment où je vous parle. Et devinez quoi : les frères Elric sont revenus il y a une semaine. Bref, tout va bien dans le meilleur des mondes.
