Merci Titi.

13. L'Horloge

Deux heures plus tard...

Il pleuvait. Il pleu-vait.

Rodney était assis par terre, sur un balcon.

Et il pleu-vait.

Peut-être aussi qu'il pleu-rait.

De l'un à l'autre il n'y avait qu'une lettre, et Rodney ne savait pas qui du V ou du R faisait ruisseler l'eau sur ses joues.

Il était assis dehors, légèrement trempé, et pensait. Bizarrement la seule pensée qui lui vint fut que la pluie qu'il voyait couler de ses joues se mêlait à celle qui tombait du ciel... et que quelques balcons plus loin, elle se mêlait sûrement au sang de Eagles.

La pluie tombait mais il n'aurait pas pu dire depuis combien de temps. Pour lui, le temps s'était arrêté il y a un moment... Quand il lui avait dit « d'accord »... Il avait joué au con... Même si pendant un instant il avait espéré encore, au moment où sa main s'était abattue sur sa joue, il avait su que l'horloge était définitivement brisée... Une fois de plus son orgueil et lui avaient cru que tout s'arrangerait un jour... Qu'avec sa patience à elle et son génie à lui, ils réussiraient à faire danser en rythme leurs aiguilles, à synchroniser les rouages, à faire reprendre au temps son cours...

Il vit une paire de pieds se poser à côté de lui. Jolies chaussures noires, assorties sûrement au T-shirt noir, à la veste noire, aux chaussettes noires et au b... bref, il se demandait si Sheppard avait acheté la panoplie du 'soldat tout en noir' juste pour l'occasion ou non...

John s'assit dans l'eau, à côté de son ami. Il soupira, et dit simplement :

« McKay, vous savez qu'il pleut ? »

Rodney se mit à rire. Oh ça oui, il avait vu.

« Vous voulez me dire ce que vous fichez assis sous la pluie ? »

La pluie coula sur son visage, une fois de plus.

« Je sais pas... » murmura-t-il.

« On devrait rentrer... »

« On devrait. »

Sheppard laissa passer un silence.

« Okay... »

Il se calla contre le mur, fixa l'océan, et attendit que le scientifique se mette à parler.

« Pourquoi ce sont toujours les mêmes ? »

« Quoi ! »

« Les héros... »

Hooouuu, il ne s'attendait pas vraiment à une conversation de ce genre. S'il avait su il aurait pris un bouquin de philo, ça l'aurait aidé...

« Pourquoi vous dites ça ? »

« Weir ne veut pas de mon plan. »

« Et c'est quoi votre plan ? »

« Servir d'appas. »

« Oh. C'est normal, c'est un plan idiot. »

« Bien sûr que oui. »

« C'est quoi le plan B ? »

« J'en ai pas encore... Et vous ? »

« Il faudrait déjà que je trouve un plan A. »

« Que je serve d'appas. »

« Nan, je mets jamais en pratique les plans idiots. »

« Les plans idiots sont ceux qui marchent le plus. »

« C'est vrai. »

« Alors ? »

« C'est non. »

« C'est stupide. »

« C'est aussi ce que j'allais dire. »

« Sheppard, il faut que ça cesse ! » fit-il sérieusement en le regardant.

John soupira et se passa une main dans les cheveux... Qu'est-ce qu'il ne donnerait pas pour une bonne nuit de sommeil accompagnée d'une journée normale... enfin autant que puisse l'être une journée dans la galaxie de Pégase.

« Je sais... »

« Alors vous attendez quoi ? »

« Quoi ? »

« Pour nous trouver un plan génial ! »

« Ah. Ca... J'en sais rien... En fait, j'ai menti... J'ai toujours mis en pratique que des plans idiots... »

« Je le savais. »

« Ouais... Sauf que d'habitude, l'idiot c'est moi ! Or Weir accepte peut-être que je risque ma vie, mais vous mon vieux vous pouvez toujours rêver pour qu'elle vous laisser mettre le nez dehors ! »

« On peut agir sans elle... »

« McKay ! Vous voulez qu'elle me jette du haut de la tour à Jumper ou quoi ! Parce que c'est ce qui arriverait si vous mettiez votre plan au point avec mon accord... Non, en plus de ça elle m'a chargé de vous mettre Lorne sur le dos alors... »

« On n'est plus ensemble. »

Hein !

« Pardon ? »

« Elizabeth et moi... On n'est plus ensemble. »

« Oh... »

Bon sang son cerveau fonctionnait résolument au ralenti en ce moment, deux secondes plus tôt il se demandait encore le rapport avec Lorne...

« Je suis désolé. Je suis sur que ça s'arrangera, on est tous sous pression en ce moment et ça... »

« Non. Ca date d'il y a plus longtemps. »

« Oh. »

« Oui. »

« Et maintenant ? » demanda John.

Il entendit McKay soupirer, puis celui-ci se leva et dit :

« Faudrait qu'on trouve un plan B... »

...oo0oo...

Elizabeth était assise à son bureau, lisant sûrement pour la dixième fois le même paragraphe d'un rapport quelconque sans pourtant en dénicher le sens. Elle n'était pas vraiment concentrée, même pas du tout, mais l'essentiel était qu'on croit qu'elle travaillait, comme d'habitude, et qu'elle était sereine, comme d'habitude... même si la réalité était tout le contraire. Elle n'avait pas arrêté de tourner et de retourner le problème dans sa tête. Le plan de Rodney tenait la route, c'était évident, mais il était trop risqué... C'était égoïste, mais elle ne pouvait pas prendre le risque de le perdre, car si jamais elle le perdait... elle se perdrait sûrement elle-même...

Depuis leur discussion, elle avait passé toute sa journée à réfléchir, autant à la situation qu'à sa situation. Enfin la leur. Elle s'en voulait d'avoir giflé Rodney, mais elle n'avait pas pu se retenir. Il n'avait pas le droit de lui dire une chose pareille, il n'avait pas le droit de... de lire en elle comme dans un livre ouvert ! Elle était perdue dans ses pensées quand un bruit familier se fit entendre : elle releva la tête, inquiète. La porte des étoiles venait de s'enclencher.

« Grodin, que se passe-t-il ? » demanda-t-elle à l'intéressé en arrivant en courrant dans la salle de contrôle.

« On a un vortex entrant, mais toujours pas de code. »

Elle était nerveuse... Ils n'avaient pas besoin de ça, pas besoin de visite, pas besoin d'un imprévu ! Ils étaient en crise, okay, alors si la galaxie de Pégase voulait bien pour une fois leur foutre la paix, ça les arrangerait...

« On reçoit un code d'identification, Madame ! C'est l'équipe de Markham ! »

« Quoi ! Etablissez une communication radio ! »

Elle reçu un signe de tête lorsque son ordre fut appliqué, et alors qu'elle s'apprêtait à parler, la voix de Markham se fit entendre :

# Atlantis, demande permission de passer la porte ! #

Derrière lui on pouvait entendre distinctement le bruit de tirs...

« Sergent, Atlantis est en quarantaine ! Vous ne pouvez pas... »

# Bon sang, Atlantis, on est sous le feu ennemi ! On va se faire tuer si vous attendez encore ! #

« Sergent, pouvez-vous atteindre le DHD ? »

# Négatif ! Je vous en prie, ouvrez, on a un blessé ! #

Elle devait prendre une décision, et vite ! Elle ne pouvait pas les laisser passer sans mettre leurs vies en danger, mais s'ils restaient là-bas...

« Grodin, ouvrez-leur ! »

« Bien, Madame. »

Sheppard, alerté par l'activation de la porte, était aussi présent dans la pièce. L'équipe passa par le vortex après quelques secondes, non sans laisser passer avec eux quelques tirs d'armes à énergie. Le vortex se referma finalement.

« Qu'est-ce qui vous a pris, on a failli se faire tuer ! »

« Markham, calmez vous, d'accord ! » fit Sheppard.

« Qui est blessé ? » demanda Elizabeth.

« Pace. »

« Ca va aller, ne vous inquiétez pas. » fit la jeune femme, se tenant le bras gauche. « Ca fait un mal de chien mais ça va... »

Elizabeth et John échangèrent un regard. Ils savaient que les garder ici mettrait leurs vies en danger, mais aucune équipe médicale n'était présente sur le site Alpha.

« Pourquoi avez-vous attendu aussi longtemps ! Personne, mais une seconde de plus et on était foutu ! »

« La cité est en quarantaine, vous n'avez pas reçu le message ? »

Les quatre membres de l'équipe se regardèrent :

« Quel message ? »

« On a fait prévenir toutes les équipes de rester là où elles étaient, ou de rejoindre le site Alpha, mais de ne surtout pas tenter de pénétrer dans Atlantis. » lui expliqua John.

« On n'a jamais reçu un truc pareil. Pourquoi, qu'est-ce qui se passe ? »

Elizabeth était de plus en plus perplexe, mais ça ne servait à rien de s'attarder là-dessus, le temps pressait.

« Docteur Pace, rejoignez l'infirmerie. » dit-t-elle, puis elle se tournant vers le poste de commande et ordonna : « Etablissez un vortex vers le site Alpha ! Sergent, vous repartez ! »

« Attendez une seconde, on pourrait au moins savoir ce qui se passe... »

« On n'a pas le temps des explications Markham. Retournez sur le site alpha et... » Sheppard réfléchit un instant. Il ne savait pas trop s'il était sensé communiqué des informations aux troupes restant sur le site Alpha, il n'avait pas vraiment envie de rabaisser encore plus le moral des troupes...

« Le Lieutenant Edisson est sur place, il a été informé de la situation, il vous expliquera. Dites lui juste... Dites lui que ça fait trois. »

« Trois ! Trois quoi ! »

Le vortex s'enclencha à nouveau, au moment où Lorne descendait les quelques marches menant à la porte.

« Monsieur. Je... Il faut leur dire que ça fait quatre. »

Sheppard regarda son subordonné.

Et merde.

A suivre...