Merci pour ces deux reviews qui m'emplissent de bonheur (non non non, je suis pas ironique du tout !), et un merci tout particulier à ma lectrice de génie qui se reconnaitra, et qui va me détester à la fin de ce chapitre. Bonne lecture à toutes les deux ;)

14. Et que chante le glas...

Lorne et Bates, navrés, faisaient face à un Sheppard plus que sur les nerfs.

« Comment est-ce que ça a pu arriver ! »

« Il semblerait que McKallan se soit éloigné des quartiers habités, et qu'il... »

« Je me fous de vos excuses, Lorne ! Tout le monde a été prévenu qu'il ne fallait pas s'aventurer dans les confins de la Cité, alors je veux que vous me disiez ce qu'il faisait là-bas ! »

« D'après ce qu'on sait Monsieur, le dernier à l'avoir vu est Ronon Dex » fit Bates. « Il affirme que McKallan retournait vers ses quartiers, mais cela ne tient qu'à sa parole... »

« Qu'est-ce que je dois comprendre ! »

Lorne intervint avant que son collègue ne s'enfonce : « Ce qu'il y a c'est que personne n'a vu Dex lorsqu'il est lui-même reparti vers ses quartiers, donc Bates a, disons, quelques doutes... »

« Infondés ! »

Tous trois se retournèrent vers celle qui venait d'intervenir. C'était Teyla.

« Je sais que je n'ai pas été conviée à cette réunion, mais Ronon a un... alibi. Il était avec moi. »

Bates afficha un rictus, prêtant peu d'importance à ce qu'elle venait de dire. Lorne fixait son supérieur, qui regardait lui-même l'Athosienne. Il semblait... gêné de sa présence, mais il reprit vite ses esprits et ordonna alors :

« Bates, vous renforcez la sécurité, faites comme vous voulez, débrouillez-vous, mais je ne veux personne en dehors de la zone habitable, et si vous croisez quelqu'un dans les couloirs de la cité après vingt et une heures, vous l'escortez jusqu'à ses quartiers. Je commence à me demander si on ne va pas être obligés de réclamer à McKay un système pour bloquer les portes... » Il soupira et reprit : « Lorne, trouvez McKay et ne le lâchez pas d'une semelle, surveillez-le comme si c'était votre petite sœur de huit ans, c'est compris ? »

« Oui Monsieur. »

« Rompez. »

Une fois les deux hommes sortis, John s'assit à son bureau. Il soupira et releva les yeux, trouvant Teyla toujours près de la porte.

« Vous n'auriez pas dû... » commença-t-il.

« Pardon ? »

« C'était une mauvaise idée d'intervenir, vous savez bien comment est Bates, il va tout de suite crier au complot... » fit-il, fatigué.

« Il accusait Ronon ! »

« Je sais. »

« Et vous le croyiez ! »

Il la regarda dans les yeux. S'il l'avait cru ? ... Oui, sans doute. Après tout, que ce soit Ronon ou un autre, le dernier à avoir vu la victime est toujours le premier suspect, non ? Et puis... Il n'avait pas d'alibi concernant Kain, alors il avait bien le droit d'avoir des doutes, même sur les membres de son équipe...

« C'est pas Bates que je crois, ce sont les faits. »

Elle haussa un sourcil, irritée :

« Les faits ? Peu importe ce que disent les faits, John, fiez-vous une seule seconde à votre instinct, et vous saurez que Ronon n'a pas pu faire ce que vous dites. »

« Quoi, après tout on ne sait rien de lui à part qu'il était chassé par les wraiths et... »

« Que savez vous de moi ? »

« Quoi ? »

« Vous ne savez pas plus sur moi et sur mon passé que ce que vous savez de Ronon. Et pourtant, vous ne me soupçonnez pas, je me trompe ? »

« ... C'est... C'est différent. »

« Non, ça ne l'est pas... » dit-elle doucement en s'asseyant face à lui. Il la regarda dans les yeux, sachant qu'il ne devrait pas tant se laisser influencé par ses sentiments... La seule chose importante, c'était la confiance qu'il portait à chacun d'entre eux ; c'était de savoir s'il leur confierait sa vie... Il poussa un soupir, finit par se pencher en avant et chuchota :

« Et bien en fait... Personnellement je ne sais pas comment Ronon embrasse, tandis que vous, je... Enfin voilà, vous savez, en embrassant quelqu'un on apprend tout un tas de chose sur cette personne et il y a tout de suite une certaine alchimie et... »

Il s'arrêta en voyant qu'il avait réussi à lui décrocher un sourire.

Il ne changerait donc jamais. Après quelques secondes d'un mutuel sourire béat, il continua :

« Il faut encore que je règle quelques trucs, mais on pourra toujours se voir au mess ce soir ? »

« Oui, bien sûr. Je vais tenter de contacter Halling par radio, pour l'assurer que ça va. Le connaissant je suis sûre qu'il s'inquiète ».

« D'accord, passez lui le bonjour de ma part. A ce soir. »

Elle s'apprêtait à franchir la porte du bureau quand il l'interpella à la dernière minute :

« Teyla ! »

Quand elle se retourna, elle le trouva comme... nerveux. Comme s'il souhaitait lui dire quelque chose sans y parvenir.

« Oui ? »

Il la regarda encore un moment, puis se résigna :

« Non, rien... »

« Vous êtes sûr ? » demanda-t-elle perplexe.

« Oui. A plus tard. »

Bien sûr que oui... Il avait trop la trouille pour lui dire quoi que ce soit maintenant, et puis ça n'était pas forcément le bon moment. Il resta quelques secondes le regard dans le vague quand elle fut partie, ne pensant rien qu'à elle.

Puis il se dirigea vers le bureau d'Elizabeth, pour comprendre comment l'équipe de Markham n'avait pas pu être prévenue. Et d'ailleurs, il trouva sa réponse en entrant dans la pièce : Grodin se tenait nerveusement face à Weir, et il sembla d'ailleurs encore plus nerveux quand Sheppard fit son entrée.

« Docteur Weir, je... Je suis désolé, j'ai dû oublié d'envoyer un message pour cette équipe, je... » Il tentait de peser ses mots pour trouver un moyen de se faire excuser, malgré l'erreur qu'il venait de commettre. « Je suis vraiment navré, je sais que ça aurait pu leur coûter la vie mais... »

Voyant qu'Elizabeth ne semblait pas vouloir intervenir dans le bafouillage d'excuse du jeune homme, il tenta d'aller à son secours :

« C'est pas grave Grodin, personne n'a été blessé sévèrement, c'est l'essentiel. »

La diplomate ne semblait pas vraiment apprécier son intervention, après tout Grodin était un scientifique, et même si elle l'avait chargé de transmettre les messages d'urgences aux équipes sur le terrain puisqu'elle avait pleine confiance en lui, il n'était en rien sous les ordres de Sheppard. C'est seulement après avoir terminé sa phrase que John se rendit compte qu'il venait certainement de court-circuiter l'engueulade du siècle, mais après tout il savait que Grodin faisait du bon boulot, alors en tant que collègue il avait bien son petit mot à dire...

« Ca ira Peter. Je comprends, nous travaillons tous très dur en ce moment, et la pression peut nous faire commettre des erreurs. Retournez à votre poste. » dit-elle calmement.

« Merci. »

Il sortit discrètement de la pièce après avoir adressé un regard reconnaissant à Sheppard qui le gratifia d'un sourire. Il venait de l'échapper belle.

...oo0oo...

Il était dix-neuf heures. Lorne était assis en face de lui, de l'autre côté de la table depuis plus d'une heure, en train de lire un bouquin. Avant de connaître Sheppard et Lorne, Rodney pensait que les militaires, qu'ils soient de l'air force ou d'ailleurs, respectaient toujours la bonne maxime « tirer et poser les questions après », et qu'à l'école des bons ptits soldats, ils avaient le choix entre le P-90 et le cerveau... Il avait découvert avec étonnement que ces deux chers américains (!) avaient quelques facultés intellectuelles. Nuls en physique, bien sûr, mais on ne pouvait pas tout avoir. Ils aimaient lire. Jamais il aurait pu imaginer qu'un bon ptit gars de l'air force ou des Marines jonglait entre le Beretta et un bouquin de littérature.

Le pauvre avait l'air de s'ennuyer à mourir, mais Sheppard lui avait confié une mission : protéger le Dr McKay. Il ne pouvait pas passer outre, une vie était en jeu. Il trouvait McKay un peu trop calme et silencieux à son goût. Il avait fait équipe avec lui une fois, sur les traces du Lieutenant Ford. Et Dieu savait si ce type était bavard. Ouais, vraiment trop silencieux à son goût.

Rodney était plongé dans ses pensées. Il tapotait sur son clavier frénétiquement, mais ne s'intéressait pas du tout à ce qu'il était en train de faire. Il pensait... Il pensait à Elizabeth. Il pensait que quelqu'un était en train de tuer un par un les membres de l'expédition, sans aucune raison, à part l'atteindre lui. Il leur avait dit. Il leur avait dit que peut-être que ce type arrêterait le massacre s'il arrivait enfin à le tuer. Et bien sûr il s'était fait rembarrer. Il ne voulait pas que des gens meurent encore à cause de lui, il ne voulait pas avoir ça sur la conscience ! Tout ce qu'il voulait, c'était que ce dingue le tue une fois pour toute, et que le calme revienne ! Un acte purement égoïste. Comme toujours.

Comme tout ce qu'il avait fait jusqu'à maintenant, et pas seulement sur Atlantis. Il l'avait aussi été avec Elizabeth. Il l'avait fait souffrir juste pour se protéger. Au début de leur relation, il avait cru qu'il l'aimait. Il avait cru être capable de ce genre de sentiments à son égard, il avait cru que ça marcherait ! Mais croire ne suffisait pas. C'est son prof de piano qui lui avait dit, le jour où lui aussi lui avait sortit la tirade du 'tout est fini entre nous'...

--- Flashback ---
- Bien, Rodney c'était notre dernière leçon.
- Quoi ! Pourquoi ?
- Ca ne mène à rien, tu le vois bien ! Tu as toujours cette manière si mécanique de jouer, tu n'es pas fait pour le piano ! lança-t-il irrité.
- Mais je croyais que... Je croyais que j'étais doué ?
- Il ne suffit pas de le croire pour l'être, Rodney.

Alors il avait arrêté de croire. Arrêté de croire en Dieu, quoique sa foi originelle n'était pas bien solide (15), arrêté de croire en la Justice, en lui, en les autres, en l'amitié, l'amour et tous ces sentiments positifs qui ne font que semer le doute ! Il avait arrêté de croire, et à partir de ce jour là, il ne s'était basé que sur des certitudes. La connaissance. Dans ce jeu là, il ne fallait pas croire, il fallait juste savoir. C'est pour ça qu'il avait choisi la science, pour en savoir le plus possible, et ne plus se faire d'illusions. Avant de rencontrer Elizabeth, il savait que l'amour ne servait à rien, à part à faire souffrir ! Il avait aimé, bien sûr qu'il avait aimé, qui n'avait jamais aimé ? Il avait aimé ses parents, et vu ce que ça avait donné, il avait bien fait d'arrêter de croire en l'amour. Mais elle... Elle avait tout renversé, chamboulé tout ce qu'il pouvait savoir, tout ce qu'il croyait savoir.

Quand elle avait décidé de rompre, il avait voulu lui dire. Lui dire ce qu'il ressentait pour elle, mais les mots n'avaient pas voulu franchir la barrière de ses lèvres, il n'avait pas pu le faire, pas pu se mettre à nu et faire tomber le masque. Tout ce qu'il avait fait, c'était dire « D'accord », et partir. Pour se protéger. Un acte purement égoïste. Comme toujours.

Tout le monde croyait qu'il avait trop confiance en lui. Tout le monde avait tort. Il avait confiance en son savoir, en la science. Mais cette fois ses connaissances l'avaient trahi.

Lorne s'apprêtait à engager la conversation, et Rodney l'avait remarqué puisqu'il le regardait à présent, quand une voix familière se fit entendre dans l'oreillette du Major.

# Lorne, ici Sheppard. Rejoignez-moi en salle de contrôle, on a besoin de vous ici ! #

« Mais Monsieur... Je suis avec McKay, je ne peux pas quitter mon poste ! »

# On se fout de McKay, on a un autre problème plus urgent ! Rappliquez ! #

« Bien Monsieur ! »

Il lança un regard à Rodney qui lui répondit sarcastiquement par un « Promis, je n'ouvre à personne et je ne parle pas aux inconnus ! », et Lorne quitta le labo en courant. Rodney soupira et se replongea dans son travail. Il laissa son esprit voguer quelques minutes sur le problème « comment recharger un EPPZ », problème qui était jusqu'ici sans réponse – et d'ailleurs il commençait à se demander s'il y avait une solution…

Soudain il entendit quelque chose. Il releva brusquement la tête, et demanda :

« Est-ce qu'il y a quelqu'un ! »

Faisant face à un silence plus que stressant, il continua :

« Lorne ? Est-ce que c'est vous ! »

Il se leva de sa chaise, sur ses gardes, quand son visiteur apparut enfin :

« Ce n'est que moi Docteur Mckay. »

Il soupira encore une fois en fermant les yeux, et s'exclama soulagé « Bon sang vous m'avez foutu la trouille ! »

Il le regarda avec un léger sourire, et répondit :

« J'en suis désolé. »