Everybody's fool - - Chacun sa folie
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Chapitre 4 : Reliques
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20 février 2002
Cher Hagrid,
Merci pour ta lettre. Désolé, ça m'a pris du temps pour te répondre, mais j'ai vraiment été occupé ici ces derniers temps. Les protections sont Il semblerait que Mouflet grandisse vite. Ça fait réellement que depuis trois mois qu'il a éclos ? Il doit être plus grand que Crockdur maintenant. J'espère que ça n'embête pas trop Olympe. Félicitation au fait. Ça sera ton troisième bébé, n'est ce pas ? C'est une bonne chose que tous les deux vouliez une famille nombreuse, hein ? Des fois, je me dis
Tout le staff va bien, ici, à Poudlard. Comme d'habitude, mais avec toi en France et Charlie qui enseigne tes classes. Et pas de Voldemort, non plus. Ce qui je pense, change du tout au tout, n'est ce pas ? Enfin, tout le monde va bien.
Merci pour ton invitation de passer les vacances de Pâques à Beauxbâtons. A vrai dire je ne pense pas que j'ai envie de venir et m'en prendre plein la tête avec les vertus du 'bonheur familial' je serais en mesure de me libérer pour venir. Je suis vraiment trop nul maintenant pour les réunions de famille, tu sais ? J'ai toujours l'impression que je n'y ai pas ma place, tu vois. Par exemple comme quand Molly faisait tout un plat en prétendant que j'étais comme un de ses enfants, seulement elle ne n'a jamais jugé bon de me le dire à moi Je pense que j'aurais toujours la tête dans le boulot. Je suis désolé, mais merci de m'avoir invité quand même.
Snape. Je me rappelle que tu me demandais de ses nouvelles. Je crois que je t'ai déjà dit que je travaillais avec lui, hein ? Pour la restauration des protections magiques de Poudlard. C'est une véritable corvée en vérité ! Chaque sortilège est relié à une douzaine d'autres et certains sont si vieux qu'ils sont pratiquement séniles, en plus d'être totalement sous-documentés dans toutes les sources que nous avons trouvées. Il y a de la magie normale au milieu de la magie sexuelle, intercalée avec de la magie sanguine, le tout écrasé par de la magie rituelle, sémiotique et, parfois, des trucs tellement vieux que l'on ne sait même pas comment ça s'appelle. On a aussi trouvé des grottes avec des peintures rupestres trois niveaux en dessous de la Chambre des Secrets. C'est fou. Des fois, on s'assoit juste avec tous les livres, et une bouteille de whisky, en attendant que quelque chose prenne sens.
On commence à mieux s'entendre aussi, lui et moi. Je sais pas pourquoi exactement. C'est toujours un vrai bâtard parfois, et Dieu sait qu'on se dispute toujours, mais, tu sais, on ne se bat plus réellement. Ça ne l'enrage plus maintenant quand je ne suis pas d'accord avec lui, pour dire. Il n'aime pas quand j'ai raison et que lui a tort, mais il a essayé juste une seule fois de me mettre à la porte de ma propre maison. Et il m'a seulement jeté que quelques livres en pleine tête et je suis presque sûr qu'il ne s'attendait pas à ce que je réplique, alors il a arrêté de faire ça assez rapidement.
Je ne sais pas. Je suppose de façon bizarre, on est peut être ami maintenant qu'il doit être seul. Je veux dire, il n'a plus d'étudiants pour le maintenir occupé et le reste du personnel ne lui parle pas vraiment, peu importe ce qu'il a fait après ma sixième année, et Dieu sait qu'il ne laisse pas traîner son gros nez à Pré-au-Lard. Je ne pense pas qu'il voit quelqu'un d'autre. Un peu comme moi
On parle des fois. Quand on arrête de bosser pour la nuit, vois-tu ? En fait on discute et si ça c'est pas étrange, je ne sais pas ce que c'est, mais on le fait. Je crois que c'est lui qui a commencé à faire ça, si tu arrives à le croire. Ce qui est cool parce que c'est moi qui ait commencé à amener le whisky pendant nos réunions. Lui, il apporte du cognac. Ou du Pernod, ça a le goût d'eau de Cologne, mais je ne lui dis pas parce que ça le met en rogne. Enfin. On discute. Je lui ai dit que j'étais homo, ce qui était quand même évident, depuis qu'il a deviné que j'étais déjà perdu pour la cause féminine depuis l'école. Il m'a dit que c'était pour ça qu'il me donnait des retenues en sixième année, comme ça je n'avais pas le temps de laisser Gin quelques malheureuses filles espérer.
Tu savais qu'il aimait les mecs lui aussi ? Moi non. En fait, je n'ai jamais imaginé qu'il puisse aimer quoi que ce soit, à part les chaudrons dégueus et étriper des bestioles et faire pleurer les gosses, mais en fait si. Il m'a dit que si, alors. Et samedi dernier on a passé quatre heures arguant sur le mérite relatif du cul de Draco Malfoy contre celui de Lucius Malfoy. Alors, ouais, je pense qu'il ne se moquait pas de moi. Surréaliste, je sais.
Il ne sort avec personne par contre. Evidemment, puisque je t'ai dit qu'il ne voyait personne. Il ne parle pas beaucoup de son passé, mais là encore, moi non plus. Et les moments où on était tous les deux présent… bref, y a pas de raison à ressasser tout ça, non ? Et je n'ai pas trop envie de l'entendre épiloguer sur des trucs où je n'étais pas là, puisqu'il semble toujours vouloir éviter de savoir pour moi à chaque fois qu'il dérive sur le sujet. Alors on parle du boulot, la plupart du temps, et… je devine que la réponse la plus courte est que, Snape va bien. Je vais bien. Poudlard va bien, malgré les protections craignos, et le staff va bien aussi.
Je dirai à Charlie que tu as demandé des nouvelles de Ron et Hermione. Il pourra te dire comment ils vont. Je ne leur parle plus les vois plus trop ces jours-ci. Trop de boulot, tu comprends ? Enfin, passons.
Je t'ai envoyé quelques crins de licornes que j'ai trouvés quand je patrouillais les abords de la forêt. J'ai pensé que tu les aimerais. Ça te rappellera quelques vieux souvenirs, hein ? Tu me manques J'espère que tu as un beau printemps, Hagrid. Fais une bise de ma part à Olympe et aux enfants. Et à Graup. Et à Crockdur et Mouflet aussi. Dis à Mouflet que la morsure de son père ne s'est pas encore effacée de mon bras. Il devrait aimer ça.
Salut Hagrid.
Harry Potter
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La solitude a un pouls. Elle a un rythme et une pulsation, comme la faible marée d'un lac de montagne. Elle recueille et elle oriente, elle forge et elle dirige, emportant continuellement des objets dans ses flots. Beaucoup de ce qu'elle prend est repoussé vers le rivage, rapporté par des remous doux et protecteurs, et chacun s'effleure les uns aux autres. D'autres objets, ceux qui sont les plus isolés, peuvent parfois se rapprocher et se mettre en orbite. Intrinsèquement inchangés, ces objets, qui sont normalement indépendants, se rencontrent dans l'agape de la solitude et, dans le vide, ils semblent participer à un ballet sans fin entre l'eau et le ciel.
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29 mai 2002
« Vous êtes en retard, Potter. » Indiqua Severus, ne relevant pas les yeux de son chaudron quand sa porte s'ouvrit et se referma.
« Pfff, » répliqua Harry, tandis qu'il secouait sa cape pour en faire tomber les dernières gouttes de pluie et l'accrocha à la deuxième patère près de la porte d'entrée. « Vous êtes en retard pour un rendez-vous torride alors ? »
« Idiot, » dit Severus, distrait dans son comptage de gouttes.
« Plus sérieusement, c'est une maison de fou là-haut. » Continua Potter, cheminant vers la desserte afin de déposer la bouteille d'alcool près des deux verres que Severus avait installé plutôt. « Y a des gosses qui courent partout. Hurlant, pleurant, jetant de la nourriture, s'ensorcelant les uns les autres. J'arrive pas à dire s'ils sont contents ou sur le point d'exploser. »
« Dernier jour de classe, » Severus finit de compter, secouant la pipette en fer avec précaution sur le rebord de son chaudron et éteignit le feu d'un coup de baguette. « Réjouissez vous que rien n'ait encore explosé. Sûrement n'avez-vous pas oublié les joies du Dernier Week-end ? Les petits sauvages sont tous enclins à combler leur quota annuel de vandalisme avant d'être parqués dans le train et renvoyés à ceux qui les ont pondus. »
« Ça l'est déjà ? » Potter se retourna affichant un regard incrédule. « Ça peut pas ! Le Banquet de Départ n'est pas avant—
« Une demi-heure à partir de maintenant, » répliqua Snape. « Durant seize foutues années de ma vie, c'était le jour que j'attendais avec le plus d'impatience. Vous n'imaginez pas que je puisse mal interpréter les bruits qui s'en échappent désormais ? »
« Ouais, parce que c'était votre dernière chance d'enlever des points avant la remise de la Coupe des Quatre Maisons, » rouspéta Potter.
Severus ne s'ennuya pas à le nier, continuant simplement de ranger ses ingrédients avec un rictus. « Comme je le disais, cependant, vous êtes en retard. Par chance, les elfes vous sont toujours autant dévoués. » Snape indiqua un coin de sa table de travail, où plusieurs plats protégés par des couvercles attendaient, fumants dans l'obscurité. « Je suppose qu'ils pensaient que vous auriez pu mourir de faim au cours de notre réunion, bien qu'en quatre mois, cela ne vous soit pas encore arrivé. »
« Ils sont généreux, » Potter haussa des épaules, « Ils aiment faire à manger aux gens. Je vois pas où est le mal et vous aimez la tourte au poulet de Dobby, alors je parie que c'est juste une autre excuse pour vous plaindre qu'ils ont préparé assez à manger pour deux—
« Hippogriffes. »
« Très bien. Je mangerai votre part, » Harry attira le plateau vers lui et commença à ôter les couvercles des plats, « Je suis dehors à courir après les lignes de protections depuis l'aube, essayant de trouver cette foutue magnétite mentionnée dans le journal de bord d'Aristae Twixt et je pourrais probablement manger un hippogriffe à moi tout seul. »
« Vous leur avez couru après ? » Snape s'assit, réinstalla le plateau au milieu de la table et se servit lui-même un morceau de tourte. Potter acquiesça et continua de manger. « Et ? »
« Et 'uoi ? » demanda Potter, la bouche pleine.
« Et, combien en avez-vous trouvé, imbécile ? »
Avec un regard légèrement acerbe, Potter inscrivit un zéro dans l'air avec sa fourchette. Snape jura, puis plissa des yeux quand il vit poindre le début d'un sourire que Potter n'arrivait manifestement jamais à retenir. « Vous mentez, » accusa-t-il et le gamin agaçant rit.
« Pas du tout. Je n'ai pas trouvé une seule magnétite là où vous avez dit qu'il y en aurait. »
« Espèce d'idiot ! Vous ne savez même pas lire un plan ? Mes instructions étaient claires—
« Et je les ai suivies. Pas de magnétite. »
Severus frappa la table avec sa fourchette et se leva. « Etes vous en train d'impliquer, morveux puéril, que mes calculs—
« Je suis en train d'impliquer, » Potter se mit debout également, plongea sa main dans une de ses poches et répandit une poignée de cristal de roche sur la table, « que nous nous étions trompés sur la magnétite ; elle ne peut pas supporter ce type de force. Tout ce que j'ai trouvé, dans tous les sites, n'était rien plus que ça. Votre plan était bon. C'est votre théorie qui a foiré. » Et il se rassit face à son repas.
Severus fixa les pierres avec un profond dégoût. « Seul vous, Potter, » grinça-t-il, « Seul vous, pouvez en un jour de travail ANEANTIR trois mois de recherches ! »
« Vous auriez préféré perdre un an de travail quand nos modifications auraient explosé ? » Harry haussa les épaules et se resservit en pommes de terre. « Moi, je veux que ces protections restent là où on les met. Et vous savez ce que je veux d'autre ? » Il planta son regard dans celui de son collègue, qui avait abandonné sa rage colossale en faveur d'un retour boudeur vers son repas.
« Un poney ? » Severus planta sa fourchette dans à la tourte au poulet.
« Peux pas, » il secoua la tête, « Les hippogriffes le mangeraient. Non, je veux que le staff soit en mesure de transplaner à l'intérieur du château quand on aura fini. »
Severus le dévisagea. « Vous êtes malade. »
« Allez, ça serait pas génial ? Ne pas à avoir à courir dans tous les sens quand il y a une urgence ? Ne pas à avoir à se battre avec ces foutus escaliers ? »
« Des intrus, des parents fouineurs, des journalistes, des kidnappeurs et des pédophiles capables d'aller et venir comme ils l'entendent ? » Contra Severus, « Sans compter les problèmes d'absentéisme des Dernières-Années. »
« C'est pour ça que ça ne concernerait que le personnel, » dit Potter, « Bien que, qu'est ce que j'aurais donné pour transplaner de quelques unes de vos retenues. »
« Idiot, » observa Severus, enlevant le couvercle de la tarte aux myrtilles encore fumante. Il prit la part que Potter avait choisi. «De toute façon, c'est impossible. Les protections Anti-transplanage sont uniformes par définition—
« Oui, c'est pour ça qu'elles ont besoin d'être installées sur une structure solide, » marmonna Potter, « La zone d'incidence—
« Requiert la définition d'une aire— » Severus hésita, suspicieux du soudain soutient de Potter dans son argumentaire.
« Comme avec des pierres de protections ? » Les fragments de quarts scintillaient sur la table, mais de façon moins auto-satisfaite et verdoyante que les yeux de Potter. « Si on essaye avec un fluide— » Severus grogna mais Potter insista. « On pourrait utiliser du sang pour le coordonner—
« Des conneries tout ça, » Severus jeta sa fourchette avec emphase. « De la magie de sang à Poudlard ! Peut être en des temps reculés, mais à cette époque 'éclairée', le Ministère ne voudra jamais de ça ! »
« Vous le leur diriez, vous ? »
« Et que feriez vous avec votre potion illégale, après avoir trouvé un brasseur assez compétent qui aura pris le risque d'être emprisonné pour l'avoir faite pour vous, Potter—verser une ligne de sang dans la nature ? »
« Je ne sais pas encore, d'accord ! » Potter frappa sa fourchette sur la table. « Je sais juste que ça marchera. Je sais que ça peut être fait ! »
« Merlin m'épargne une autre dose de votre putain d'intuition—
« JE L'AI DEJA VU, SNAPE ! »
Habitué comme l'était Severus à la puissance pulmonaire de Potter, pour une fois il était plus intéressé par les mots que sur la façon de les délivrer. « Quand ? » demanda-t-il, « Où ? ». Mais dans un sens, il savait déjà ce que la réponse serait.
« Au Pays de Galles. Dans les cavernes sous les ruines de Dinas Emrys. C'est là où Merlin a dit au roi Voltigern—
« Je connais la foutue légende, Potter ! »
« Alors vous vous rappellerez du lac? Là où étaient les dragons ? » Snape acquiesça, Potter également, mettant son assiette de côté, comme si le souvenir lui avait coupé l'appétit. « Et bien, Voldemort s'en souvenait lui aussi. Il a trouvé que c'était l'endroit parfait pour cacher le dernier horcruxe. Celui… que le voleur n'a jamais trouvé. Il était dans une bulle d'air au milieu du lac. » Potter leva les yeux à la profondeur du souvenir. « Le seul moyen pour prendre la baguette de Serdaigle était de transplaner. L'eau— » une ombre traversa son regard avant qu'il se reprenne. « De mauvaises choses arrivaient à ceux qui essayaient d'y aller d'une autre façon. »
« Je ne vois toujours pas en quoi cela est pertinent, » commença Snape, ignorant le fait qu'il n'avait aucune idée sur comment un tel charme avait pu être lancé au départ, « Même vous étiez capable de transplaner vers une cible clairement visible à la fin de votre—
« Non, c'est ça le sujet, » le coupa Potter, l'intensité fit ce que le volume n'avait jamais fait, « Seul Voldemort pouvait l'atteindre en transplanant. » Oh. Bon, ça laissait entrevoir de nouvelles possibilités. Severus se renfrogna mais s'installa pour mieux écouter.
« Il était là. Il nous a presque attrapé, mais ma cicatrice m'a donné l'alerte pour nous cacher. » Potter reprit sa fourchette et commença à jouer avec les miettes laissées dans son assiette. « Nous l'avons vu transplaner, vu lorsqu'il était dans l'eau pour vérifier l'horcruxe et nous avons pensé avoir percé son secret, mais on avait tort. Après qu'il soit parti, on a essayé. Je suis passé. Elle— » Potter s'arrêta et Severus réalisa que la très discutée 'disparition' de Ginevra Weasley eut probablement lieu dans cette grotte.
« C'est le sort lié au sang, » continua Potter après un silence embarrassant. « Celui que Queudvert m'a fait lorsqu'il a ramené Voldemort à la vie. C'est pour ça que je pouvais passer les protections de l'eau. Alors, vous voyez, » Potter leva la tête, aussi hanté qu'auparavant mais moins noyé dans ses souvenirs, « On peut le faire, Severus. Ça a déjà été fait. »
Sur ce, Severus n'eut rien à ajouter, excepté, « Je suppose que vous ne vous êtes pas rappelé que c'était à votre tour d'amener le whisky ? »
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Cela prit deux heures et une demie bouteille de whisky pour que la conversation s'oriente vers un sujet moins déprimant. Ou plutôt, vers un sujet que Potter et son inéluctable célébrité considéraient moins déprimant, en tout cas.
« Je ne pars pas en vacances, Potter, » dit Severus avec autant de dignité à laquelle il pouvait encore prétendre en étant engoncé dans un fauteuil, les pieds relevés face au feu.
« Quoi, jamais ? » Severus secoua la tête et Potter rit comme s'il ne pouvait pas le croire. « Même depuis que Voldemort est mort et le dernier Mangemort bouclé ? Parce que c'est pas comme si vous ne pouviez pas, vous savez ? »
« Oh, sans doute, je peux, » Severus gesticulait furieusement avec son verre, ce qui faisait se déverser du liquide ambré sur ses doigts, « J'oserai même dire, je pourrais toujours monter une tente sur la jetée de Brighton et demander une mornille par tête pour venir reluquer le dernier Mangemort vivant, le Meurtrier Qui Y A Echappé, le Traî—
Potter fit un bruit particulièrement grossier et eut un sourire moqueur quand Severus le fusilla du regard. « Arrêtez l'auto-apitoiement. Ce sont juste des vacances. Et ce n'est pas comme si vous ne pouviez pas aller sur le Continent pour éviter ça. J'ai entendu parler d'une plage à San Troupez où les vêtements ne sont pas autorisés et la plage en entier est réservée aux sorciers gays… arrêta de faire ça. »
« Mmh ? » Severus regarda Potter alors que celui-ci lui tendait un mouchoir.
« Arrêtez de lécher vos doigts. C'est… » Potter rougit et se resservit un verre. « Ce n'est pas propre. Vous étiez dans vos potions juste avant et vous ne vous êtes même pas lavé les mains. DE TOUTE façon, » Potter évita résolument de regarder Severus en train de lécher une dernière goutte entre deux de ses doigts, « Le sujet est, qu'un endroit comme ça semble être un endroit bien pour rencontrer quelqu'un, hein ? »
« Rencontrer quelqu'un. »
« Vous savez. De la compagnie. » Potter haussa les épaules, regardant ses bottes comme si elles étaient tout à coup fascinantes. « Pour une semaine ou deux, de toute façon. Ça pourrait être bien, non ? »
Severus renifla. « Je préfèrerai plutôt passer l'été à nettoyer les chaudrons de Londubat. »
« Pourquoi ? » Au moins, Potter releva la tête. « Je veux dire vous m'avez dit que vous étiez gay—bon théoriquement gay, parce qu'en ce moment vous n'êtes pas—vous savez—avec quelqu'un. Alors, quel est—
« Je suis anglais, » Severus vida son verre d'un trait pour marquer le point. « Je hais définitivement les étrangers et je crois savoir qu'un endroit nommé San Tropez en sera complètement rempli. »
Potter, bien sûr, eut l'audace de rire. « Snape, vous haïssez tout le monde, mais c'est pas avec ça que vous couch—
« Assez juste Potter—je hais tout le monde. Ce qui rend l'idée d'aller en vacances dans un endroit occupé par des folles sans-gênes et vulgaires, et des hommes hirsutes bardés de cuir qui veulent être appelés 'Chéri' totalement répulsive, merci bien. » Il fronça des sourcils et Potter eut la prudence de ravaler le sourire qu'arborait sa bouche impertinente. « J'ai prévu de rester ici à Poudlard et de continuer mes recherches pendant tout l'été, » Severus fit une pause, puis reprit, « pendant que vous et le reste de la horde de vautours iraient gentiment à l'étranger pour vous ramener une chaude-pisse. »
« Pas moi, merci. » La voix de Potter fut immanquablement aigre.
« Pourquoi pas ? Vous êtes jeune et, » Severus faisait des grands gestes avec sa main en cherchant ses mots, « … populaire. Je me risquerai à dire que vous avez difficilement besoin d'une plage de nudistes comme San Toupée pour vous trouver un prétendant alors que les Trois Balais sont juste en bas de la rue. »
Pendant un instant, cette vieille empreinte de ténèbres hanta le regard de Potter, éclipsant sa lueur étincelante habituelle. Après une longue pause, le jeune homme haussa des épaules. « Pas intéressé, » dit-il. « Plus maintenant, j'ai décidé que vous aviez raison à propos des sorties—ça n'en vaut pas la peine. Ça ne fait que troubler les choses. Les gens mentent, vous usent, et j'en ai marre de ça. » Il ponctua sa phrase en vidant son verre.
« Des conneries, » dit Snape, attrapant la bouteille pour re-remplir les verres.
« Quoi ? »
« Vous n'êtes pas taillé pour vivre en vieil ermite aigri, » Severus fixa longuement le jeune homme assis dans son fauteuil ; grand et bien fait, échevelé et hâlé, avec des mains capables et précises et un visage qui gravitait doucement vers l'androgynie, mais qui abritait des yeux si candides et tragiques à la fois… Non, la Nation toute entière n'en voudrait pas. « Vous retournerez à vos conquêtes avant la fin de l'été, » prédit Severus, « Vous avez toujours réclamé l'adoration des gens, et vous le savez. »
Le regard de Potter devint meurtrier, et pendant un instant, il était redevenu ce garçon pétulant et excédant en retenue quand il grogna, « La ferme, Snape ».
Amusé, Severus soutint son regard. Celui de Potter s'obscurcit et ses joues commencèrent à se teinter d'un rouge brillant. Severus haussa des épaules mais son rictus faisait comprendre qu'il considérait son avis comme inébranlable.
Potter bouda en silence pendant quelques instants, puis croisa ses jambes sur le tabouret et capitula en demandant, « Quelles recherches ? »
Comme s'il avait réellement envie de savoir. « Des recherches, Potter. Cette chose déplaisante que je continue de faire avec mes livres et mes plans pendant que vous bouder à propos de l'Ecole et agitez votre baguette dans tous les sens. »
« Attendez, » Potter se saisit rapidement du propos, « Vous n'allez pas vous occuper de la mise au point des quartz pendant que je ne suis pas là, me la faite pas—
« Inquiet que je puisse résoudre le problème sans vous, Potter, » Severus redressa le défi, plus que prêt à lui faire payer pour chaque bout de cristal qu'il avait eu l'aplomb de ramener dans son fichu laboratoire.
« Inquiet que vous détruisiez tout notre travail quand ces saletés exploseront ! »
« On ne sait pas ce qu'elles—
« Quoi, comment vous appelez les trous ? »
« On ne sait pas précisément ce qui les a cassées—
« Je n'arrête pas de vous le dire, elle sont trop fragiles pour supporter autant de pouvoir ! Une matrice liquide est le seul moyen de—
« Oh, des SALOPERIES tout ça— » Snape fit une pause, soudainement conscient qu'ils étaient désormais nez à nez au-dessus de la table basse, tous deux assis sur le rebord de leurs fauteuils, leurs doigts profondément enfouis dans les accoudoirs moelleux.
Le souffle de Potter fleurait bon le whisky et les mûres.
Severus se figea et se rassit brusquement dans son fauteuil. « Oh, bouclez là, Potter, » maugréa-t-il. « Je suis trop saoul pour vous faire entendre raison là maintenant. De toute façon, » continua-t-il, prétendant ne pas avoir vu l'éclair de triomphe dans les yeux de Potter, « J'ai prévu de passer l'été à me documenter et à travailler sur des développements supplémentaires à la potion Tue-Loup. »
« Vous travaillez toujours là-dessus ? »
« En effet, » concéda-t-il. Puis, lorsque Potter essaya de cacher son sourire moqueur, il cracha, « Quoi ? C'est une combinaison fascinante de charmes, sortilèges et potions. »
« Et vous détestez les loups-garous. »
Ce sur quoi, Severus fronça les sourcils. « Ne présumez pas connaître ce que je déteste, Potter. Je vous ai déjà dit ça. »
« Mais vous—
« Je crains les loups-garous, » il coupa court à l'accusation prévue. « Comme chaque homme sain d'esprit. »
Potter remua sa tête, cette foutue moitié de sourire se propageant sur son visage. « Et ceci n'explique toujours pas que vous passiez votre été à faire des recherches sur une potion pour eux. Surtout que vous n'en avez même pas les droits, et que vous ne pouvez pas vous faire de l'argent dessus même si vous l'améliorez. »
« Tous les Serpentards ne courent pas après l'argent, Potter. » Pas que Severus ne s'attendit à ce que le morveux comprenne une telle subtilité. Slughorn et ses passe-droits ainsi que Malfoy et sa soif de pouvoir, avaient laissé de profondes cicatrices à l'honneur de la maison Serpentard, chacun à leur manière, et les Griffondors n'ont jamais compris l'honneur des Serpents, même quand il était flagrant. Mais au moins Potter donnait l'impression de faire un effort.
« Et bien, pourquoi le faites vous alors, » demanda-t-il après réflexion. « Puisque que vous devez bien avoir une raison. »
« Si vous ne pouvez pas deviner, alors je ne vous le dirais pas. » rétorqua Severus. « Je pense être maintenant habitué à ce que vous ne déchiffriez pas mes motivations. »
Il leva la main pour signifier que le sujet était clos et réussit non sans peine à éviter à ce que le Single Malt ne s'échappe trop de son verre quand il le fit. « En parlant de Loup-garou, dois-je comprendre que vous partirez en Italie cet été pour lui rendre une petite visite ? »
« Oui, » répondit Potter, bien qu'il ne fut pas aussi excité par ses vacances romaines que Severus l'eût cru. « Quand il m'a laissé lui acheter la villa il m'a fait promettre d'y aller tous les ans et j'ai pensé que je pourrais y passer mon anniversaire cette année. »
« Donc, vous partez en juillet ? »
« Ouais, pour une ou deux semaines, » dit Potter, vidant de nouveau son verre. Seul Merlin savait où une toute petite chose comme lui pouvait mettre tout ça. Peut être était-il un de ces sorciers qui métabolisait l'alcool directement dans leur magie, de la même façon qu'Albus le faisait avec le sucre. Severus fit note de faire quelques tests dans le cas où le morveux arriverait enfin à mourir. « Je serai de retour avant qu'une nouvelle moisson de gosses arrive en tout cas, » était-il en train de dire quand Severus ramena son attention au sujet en cours.
« Certes, » renifla-t-il, posant son verre de côté dans une reddition digne, « Bien, permettez moi de vous suggérer alors que vous regardiez de plus prés cette histoire idiote de matrice liquide, qui vous tient tellement à coeur, avant de partir. »
« Vraiment ? » Severus aurait tout aussi pu promettre la Coupe des Quatre Maisons au morveux au dire de la lueur dans ses yeux vert, si vert. La façon dont ils saisissaient le reflet des flammes, ces yeux. Beaucoup trop distrayants.
Severus détourna le regard. « Je suppose que si vous me montrez une bribe de preuves flagrantes ou une documentation avant de partir, je pourrais considérer le mérite d'y consacrer mon temps pendant que vous serez en vacances. »
Même vu du coin de l'œil, le sourire de Potter était éblouissant.
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31 octobre 1998
« Ils sont morts, Harry, » dit Remus, roulant ses chaussettes en nid et les groupant dans le coin de sa valise. « Elle n'est plus que poussière dans une boite et lui n'est même pas ça, maintenant que le Voile a été détruit. Ils ne me reviendront pas, aucun d'eux. Il est temps que j'aille de l'avant, c'est tout. »
Harry arpentait la pièce mansardée, soulevant quelques grains de poussières dans l'air frais. « Tu pourrais rester à Poudlard ? »
Remus ne releva même pas la tête. « Non. Je suis toujours un loup-garou. Dumbledore a joué de sa chance la première fois qu'il m'a engagé. Minerva n'a même plus l'excuse d'une guerre ou d'une malédiction sur le poste pour justifier ça maintenant. »
« Mais tu pourrais vivre à Square Grimmaurd, » tenta Harry, « tu pourrais écrire ton livre—
Là il se releva et ses yeux fauves étaient encore plus durs que le souvenir qu'Harry en gardait. « J'écrirai mon livre à l'étranger, Harry, et je préférerais dormir dans une poubelle pleines d'ordures et faire la manche dans l'Allée des Embrumes plutôt que de remettre un pied de nouveau dans cette maison. »
« Mais tu pourrais—
« Mais je ne le ferais pas. » Ils échangèrent un long regard et c'est Harry qui le rompit en premier, se détestant en le faisant. Après un répit, la valise se ferma au son d'un clic et d'un clac et les chaussures poussiéreuses de Remus apparurent dans le champ de vision d'Harry.
« Je suis fatigué de l'Angleterre, Harry, » dit-il, comme si cela pouvait être un statu quo, « Je suis fatigué de la façon dont l'humidité s'infiltre dans mes os et ne s'en va jamais. Je suis fatigué de la nourriture insipide et de ces putains de gens honorables qui sont toujours en train de me juger… trop pauvre, trop pouilleux, trop chien battu et n'était-il pas l'ami de ce criminel revenu pendant la guerre ? »
Harry leva les yeux, soudain remplis de fureur. « Ils vont te donner ta médaille, Remus. La tienne et celle de Sirius. Tu le mérites, bordel ! »
Mais Remus secoua la tête. Une autre fois, pensa Harry, il aurait pu tristement en sourire. « Ils ne le feront pas. Je suis une créature malfaisante et ma mère était moldue. Pour tout ce que nous avons combattu pendant la guerre, ces deux choses compteront toujours plus que n'importe quel bien que j'aie pu faire. A la fin, elles seront toujours là. »
Harry attrapa son bras avant qu'il ne puisse se détourner. « Mais je ne veux pas te perdre, Remus, » murmura-t-il, ne sachant pas quoi dire d'autre, comment supplier autrement son dernier presque père de ne pas le quitter.
Remus couvrit de sa main celle d'Harry, la pressa avant de gentiment la déloger. « Et bien, tu devrais plutôt me laisser me trouver un endroit où je ne me sente pas aussi étouffé, Harry, » répondit-il, « parce que ce lieu est devenu mon Azkaban et ces putains d'Anglais sont mes Détraqueurs, et si tu me demandes de rester ici pour toi, alors j'essaierais, mais Dieu me vienne en aide, Sirius Black paraîtra sain en comparaison. »
Harry n'avait jamais entendu la voix de Remus trembler avec émotion auparavant. Il n'avait jamais vu ces yeux calmes se fendrent de larmes cruelles et angoissées. On ne lui avait jamais montré jusqu'à quel point le Loup à l'intérieur de l'homme était prêt à ronger sa propre main pour s'échapper. Il lâcha un soupir fébrile puis glissa sa main autour de la grippe de Remus pour entrecroiser leurs doigts. « D'accord, » souffla-t-il, « D'accord, je comprends. Je n'aime pas ça mais je suppose que je n'ai pas le choix, n'est ce pas ? »
« Tu l'as, » dit Remus, encerclant Harry de ses bras. « Mais je préfèrerais que tu choisisses de venir me rendre visite là où j'irai, plutôt que tu sois furieux contre moi d'être parti d'un endroit où, mis à part toi, personne ne veut que je reste. »
« Ok, d'accord, » renifla Harry, mais seulement qu'un tout petit peu. « Mais tu vas me manquer, Remus. »
« Pas autant que tu ne le penses, » le vieux professeur sourit et mena Harry vers la table où les attendaient une théière électrique fumante et deux tasses en porcelaines écaillées. « Tu as toujours Ron, et tu auras Hermione et tous tes autres amis, non ? Tout ira bien même sans un vieux loup-garou usé jusqu'à la corde dans tes pattes. »
Peu convaincu, Harry ne protesta pas. Il ne voulait pas que sa dernière heure avec Remus en Angleterre soit gâchée par une dispute. « Je suppose, » dit-il en haussant les épaules. « Alors, où est ce que tu penses que tu pourrais aller ? »
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A suivre
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Modifié le 11/07/08
