Rating : M

Prairing : HP/SS et définitivement pas un RL/SS.

Disclaimer : Vraiment rien à moi, personnages et univers de JKR, histoire de la sémillante Cluegirl, moi je traduis seulement…

Spoiler : tome 6

Avertissements : Ceci est un slash, c'est-à-dire deux fringants (enfin pas si frais que ça dans cette histoire) jeunes hommes en train de batifoler dans la nature. Cette fic a un rating M, ne perdez pas ça de vue.

Note de la traductrice : Le lien vers l'histoire originale est toujours disponible dans mon profil.

Note pour ce chapitre : Le début est assez technique et, vous vous en rendrez compte très rapidement, assez complexe. J'en ai ch..r pour le traduire et j'espère que le résultat vous sera satisfaisant. Sinon pour Koredik, c'est le retour de la Reine des Bulles aujourd'hui.

Faites bien attention aux dates… Je vous souhaite une bonne lecture !

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Everybody's fool - - Chacun sa folie

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Chapitre 14 : De l'eau pour la Mort

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23 Octobre

A l'attention de Remus Lupin,

Chambre d'ami, Poudlard

Protégée, pour le regard uniquement.

C'est bon. Tout est arrangé. Le légiste a statué sur un meurtre/suicide, comme prévu, et il n'y avait aucune trace de ce sort apparu dans les examens préliminaires. Elle a creusé la dessus aussi loin uniquement que les marques noires et a ensuite décidé que c'était tout ce qu'elle devait savoir. Comment savais tu pour sa sœur et son affaire avec la fille Lestrange, au fait ? Je sais qu'elle ne t'a pas rencontré—elle m'a dit que G était le premier lycanthrope qu'elle ait jamais vu, vivant ou mort.

Bon, je suppose que tu étais toujours le meilleur pour les recherches, n'est ce pas ?

Peu importe. C'est fait, comme j'ai dit. J'ai fermé les yeux, comme promis, et donc ça annule la dette de vie. Pas que je ne sois pas reconnaissant, tu as sauvé mes fesses et je suis le premier à dire que c'est une bonne chose, ces deux là sont finalement tombés, mais par les couilles de Merlin, Lupin ! Je ne veux plus jamais avoir à regarder quelque chose comme ça de nouveau. Jamais. Je compte sur toi pour ne jamais me donner raison de m'en souvenir. Oui, prends ça comme un avertissement. Les dettes de vie sont une chose et les Mangemorts en fuite une autre, mais je suis également un auror et je ne voudrais pas que tu oublies ça.

Peu importe, tu as à peu près une demi-heure pour lire la copie du rapport avant qu'elle ne se transforme en poussière. Et ne pense même pas à me demander de t'en trouver une autre, parce que j'ai mis un charme de mémoire qui effacera tout au même moment. Tout ce dont je me souviendrai alors sera que la dette de vie a été débitée. Bien sûr je penserai que c'était quand je t'ai empêché d'être écrasé par le Magicobus quand tu as glissé du trottoir, et nous saurons tous les deux que la dette a été honorée.

Pas que je ne te fasse pas confiance, mais… et bien, tu ferais la même chose, je suppose. Trop de légilimens en ce monde et bien sûr, il y a le Véritaserum à ne pas négliger, et te voir finir à Azkaban n'est pas une façon de payer cette dette de vie, après tout.

Désormais j'espère que tu comprendras ce que je veux dire quand je dis que je suis content que cette affaire soit finie, et que je m'attends à ne pas me rappeler une once de cette putain de chose !

Sincèrement,

Dedalus Diggle, Auror, Ordre de Merlin 3e classe.

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Minerva transfigura toutes les tables de la Grande Salle en de grands bateaux—une pour chaque Maison et une cinquième pour le personnel. Severus se tenait aux côtés de Potter sur une berge caillouteuse et regardait Flitwick répartir les étudiants les plus âgés en groupes agités et gloussants pour l'aider à faire léviter les bateaux jusque sur le rivage.

Les petits imbéciles voulaient seulement faire les clowns pour rendre ça en véritable cirque. Etant donné que le charme de lévitation était enseigné dans le programme de première année, on aurait pu penser que la chose eut été accomplie beaucoup moins chaotiquement, toutes choses considérées.

Les étudiants ; espoir du futur, Merlin les préserve tous.

« Sur quoi est ce que vous reniflez ? » Demanda Potter sans détourner le visage des rayons rosés que le soleil laissait comme s'il saignait dans le ciel.

Severus pensait ne pas avoir fait de bruit, mais puisque le morveux demandait… « Je me rappelle devoir aller vers quelques embêtements pour rendre les transplanages sur le sol de l'école non seulement possibles, mais aussi raisonnablement commodes, » marmonna-t-il, bien conscient qu'il sonnait irrité, mais franchement trop affamé (non, pas nerveux) pour s'en soucier. « Seulement pour avoir à regarder autre chose que des sorcières et des sorciers avisés se faire des croche-pieds pour rendre la chose aussi difficile que possible. » Il fit un geste de la main vers la colline, vers l'essaim bourdonnant, puis grimaça quand un des bateaux s'approcha périlleusement d'une des fenêtres du Grand Hall. « Honnêtement, ils sont des idiots, tous autant qu'ils sont. »

Potter jeta un seul regard désintéressé par-dessus son épaule et haussa les épaules. « L'habitude, » dit il. « Les gosses les plus jeunes ne peuvent pas transplaner pour l'instant de toute façon. On aura suffisamment à faire ce soir sans s'inquiéter si quelqu'un se fait désartibuler. Du moment qu'ils mettent les bateaux sur l'eau, et les gosses et le personnel dans les bateaux, je ne m'inquiète pas d'avantage. » Il retourna son visage vers le couchant, fit passer le Choixpeau Magique dans son autre main et soupira. « Bon Dieu. J'aimerais avoir une cigarette. »

« Vous ne fumez pas. » Ce n'était pas une question ; Severus avait goûté la bouche impertinente de Potter suffisamment de fois pour savoir qu'il n'y avait pas le fantôme d'une trace de tabac tapi là dedans, et qu'il n'y en avait jamais eu.

« Je pourrais commencer, » le familier gémissement fit contrepoint à la façade calme de Potter. « Si je pouvais enlever de mon esprit à quel point j'ai faim. »

« Pfff. Je dirais que vous avez été plus affamé, » railla Severus. « Merlin sait que je l'ai été. »

« Ben, ouais, mais y a une différence, ne pas manger parce que vous ne pouvez pas avoir de nourriture et ne pas manger quand il y a plein de nourriture. » Potter donna un coup de pied dans un morceau de mortier du sol humide et Severus le regarda rouler le long de la pente des clochers jusque dans l'eau. « Dobby a essayé de me faire changer d'avis toute la journée. »

« Ah. Apparaissant avec votre tourte de porc et de pommes préférée ? » Pour cela, Severus pouvait avoir quelque sympathie. Au moins quand il menaçait les elfes de vivisection pour essayer de le tenter avec une tourte au poulet et du pudding au caramel, ils le croyaient.

« Et de la tarte aux fruits, » gémit Potter. « Celles avec les mûres, avec le gingembre dedans. Je n'arrive pas à croire que jeûner depuis le souper d'hier va vraiment nous aider avec ce sort. »

Severus se tourna pour voir le coucher du soleil lui aussi, croisant les bras sur son torse. « Vous devriez être content que je n'insiste pas sur aucun des rites de purification les plus traditionnels. »

Les yeux verts se braquèrent vers lui, de biais, douteux et curieux malgré les intentions de son propriétaire. « Est-ce que je veux savoir ? »

Severus chercha son sourire le plus diabolique. « Oh, vous auriez pu en apprécier un ou deux, je suppose. Peut être celui requérant des ennemis grâce à des potions hallucinatoires, et vous frottant dans de la graisse de troll et de la teinture d'hellébore avant de passer cinq jours sous un charme de fièvre… »

L'expression qui se forma sur le visage de Potter était ouvertement terrifiée. Mais ses lèvres perdirent leur aspect prudent et exsangue, et ses yeux ne reflétaient plus le fantôme rampant d'une attaque de panique que l'imbécile était trop foutrement Griffondor pour se laisser avoir, ainsi Severus affronta son outrage avec un rictus.

Les yeux de Potter se froncèrent. « Vous vous moquez de moi, » décida-t-il, comme s'il connaissait la différence.

« Cela portait distinctement le sceau de 'Je vous défie de me prouver le contraire', Mr Potter. »

Le garçon se rapprocha, en commençant un sourire. « Je croyais que vous ne preniez pas de défis de la part des Griffondors. » L'haleine de Potter était particulièrement infecte, preuve qu'il n'avait pas goûté à autre chose que de l'eau depuis la nuit dernière. Mais Severus avait senti des choses pires dans sa vie et il mit plus de distance entre eux sans ciller.

« Non, » renifla-t-il.

Les lèvres de Potter se relevèrent, puis se séparèrent juste ce qu'il faut.

« Severus ? Harry ? » La voix de Minerva résonna dans le crépuscule. « Ouch, où sont ils passés maintenant ? »

Potter s'écarta si vite qu'il aurait pu avoir transplané. Le couchant aurait pu être l'effet de la couleur écarlate de ses joues et de sa nuque, mais Severus était assez satisfait de le douter.

« Ici, en bas, Madame la Directrice, » appela-t-il, s'éloignant de la grève caillouteuse vers l'attroupement des étudiants et laissant Potter dans l'ombre des clochers, pour parvenir à retrouver son flegme. Il rencontra la femme de grande taille en bas de la pente près des embarcations, et tenta d'ignorer le vacarme derrière elle quand à peu près trois cents enfants essayèrent d'être guidés hors des portes deux par deux vers le couchant, avec pas plus que leurs enseignants se tenant entre eux, dans une profonde sauvagerie vociférante.

« Nous n'avons pas beaucoup de temps, » lui dit il, jetant un regard vers les cinq grands bateaux quand ils furent déposés sur la roche de la grève dans un bruit lourd. « Le sort doit commencer avant que la nuit n'arrive, ou bien— »

« Ou bien nous devrons manger notre porridge sur le sol de la Grande Salle demain, » le coupa-t-elle, sa voix s'éleva au dessus des babillements pour continuer. « Et un grand nombre de préfets devront répondre au sujet de leur inhabilité à maintenir l'ordre dans les classes les plus jeunes… »

La menace fonctionna mieux que Severus ne s'y était attendu, en fait. La horde déferlante d'uniformes et d'hormones se tut minutieusement et Flitwick, Chourave, Weasley et Slughorn tentèrent de les faire se placer en deux files. Minerva se retourna avec un sourire qui démentait le malaise de son regard, et dit, « Voilà. Ce ne sera pas long désormais, je dirais. Je pense que vos préparations se sont bien passées ? »

« Préparations ? » Dit Severus pour couvrir le bruit de son estomac vide. « Pour autant qu'il y ait eu à en faire. Je suppose que oui, mis à part le jeûne et écouter Potter se plaindre à ce sujet. » Et compulsivement vérifia l'arithmancie, les sorts de traductions et les notes de potions contre tous les textes théoriques auxquels il pouvait penser, bien sûr, mais Severus ne vit pas la nécessité d'amener cela sur le tapis. « Potter est confiant, cela marchera comme promis. »

La Directrice le fixa par-dessus ses lunettes. « Dois-je comprendre que vous ne partagez pas ses confidences ? » Et non, elle ne semblait pas satisfaite de ceci.

« C'est le travail de Potter d'être confiant, » dit Severus quand il entendit par-dessus le raffut excité des étudiants le bruit de pas derrière lui. « C'est mon travail de douter de sa santé mentale. »

« Vous oubliez toute la partie vous empêchez quoique ce soit d'horrible d'arriver s'il s'avère que j'ai faux, » la voix de Potter était obscènement enjouée quand il vint aux côtés de Severus.

« Oublier ? » Maugréa Severus. « Pas dans cette vie. »

« Bien, » exhala Minerva, lançant un regard nerveux par-dessus son épaule au premier bateau des étudiants—Poufsouffles, bien entendu—racler la grève et s'enfoncer dans l'eau glaciale. « Si c'est réellement aussi dangereux, alors ne devrions nous pas ramener les étudiants au—

« Non, nous avons besoin d'eux ici ! » Potter, toujours le héros, s'enfonça dans la brèche. « Ils doivent être sur l'eau avec nous tous pour que le sort les reconnaisse. » Sceptique, la Directrice croisa les bras sur sa poitrine, et Potter continua à bafouiller. « Mais écoutez, tout le personnel sera ici également, pas vrai ? Et ils seront capables de répondre s'ils ont besoin, alors tout ira bien. Je veux dire, nous ne savons pas exactement ce qui arrivera, mais—

Severus leva les yeux au ciel et secoua l'épaule du morveux pour le faire arrêter de jacasser. « Nous avons testé tout ce que nous pouvions tester avant ce moment. Et les théories seraient elles derrière tout le reste infondées d'aucune manière, vous pouvez être assurée que je ne serais pas sur le lac si Potter essayait de les mettre en action. » Il rencontra le regard de gratitude du morveux avec un profond regard noir. « C'est une chose de renverser un Lord Noir, après tout, mais presque une autre de convaincre le verre et l'eau du lac de se comporter comme quelque chose de fondamentalement différent. »

Et pour quelque étrange raison, Potter rayonna avec un sourire farouche et candide vers lui, ressemblant à si méprendre à quelqu'un dont Severus aurait accordé un Optimal à son examen de Potion.

« Ça va marcher, » dit l'infortuné morveux, lançant de nouveau un regard confiant vers la Directrice. « Le Choixpeau Magique semble le penser, même si Severus ne—

Son assurance coupa court quand un hurlement et un 'splash' résonnèrent dans les ténèbres crépusculaires et Minerva fustigea sur ses talons. « Lochaby ! Tyre ! Faites un pas de plus dans l'eau et il y aura un cuisant sort du saucisson dans votre futur proche, avec une quille de remorquage pour vous suivre ! » Et avec ça, elle partit en bas sur la grève dans un tourbillon de tartan.

« Qu'est ce que c'est une quille de remorquage ? » Potter eut un frisson, « Est-ce que je veux savoir ? »

« Une menace vide, » murmura Severus tandis que le bateau des Serdaigles glissait du bord, « Malheureusement. Je dirais qu'un peu de discipline navale aurait fait monter ces Griffondors à bord assez vite. »

Potter lui fit une grimace, mais laissa Severus le traîner jusqu'au rivage. « Alors cela stupéfierait ces Serpentards qui les copient, mais vous ne m'avez pas vu le suggérer. »

« Hmm, j'aimerais vous voir essayer, » répliqua Severus, se relaxant quelque peu devant la parade et la riposte. « Ambry agit comme l'éclair et Feliway n'est pas le nouveau favori de Slughorn pour rien. » Il pouvait presque se dire que les bonds de son estomac n'étaient rien d'autre que la faim quand les lèvres de Potter se courbèrent en cette moue pétulante qui faisait uniquement vouloir à Severus de les mordre.

« Ils ne pourraient pas nous avoir, vous et moi, » revint Potter, son sous-entendu réjoui et certain. « Personne ne peut. »

Et bien, c'était probablement vrai, mais cela ne serait pas bon de nourrir l'égotisme du morveux, ainsi, au final, Severus renifla quand ils arrivèrent aux marches de l'embarcadère. « Personne, peut être, mais ceux que vous refusez d'affronter… »

Le bras de Potter se tendit sous le sien et le garçon refusa résolument de suivre le regard de Severus vers la tête échevelée du nouveau professeur d'Histoire de la Magie de Poudlard et de son mari, tous deux embusqués avec espoir sur le devant du bateau. « Ils sont tous les deux ici, » dit il d'un ton pincé. « Et moi aussi. N'est ce pas assez pour vous ? »

C'était sur le bout de langue de Severus de demander pourquoi, Potter, c'était assez, mais alors il remarqua la femme tourner la tête pour essayer de lire les parchemins qu'ils avaient apportés de leur laboratoire, mis de côté avec d'autres composantes du sort. Ses sourcils étaient froncés et ses lèvres incurvées et Severus sentit ses propres lèvres se redresser quand ils s'approchèrent.

« Les équations sont complètes, Professeur Granger-Weasley, » cingla-t-il. « Cependant, puisque vous semblez penser que votre expérience devrait perfectionner une recherche combinée par moi-même, la Directrice et le Professeur qui vous a enseigné l'Arithmancie en premier lieu, faites, s'il vous plaît, sentez vous libre de nous offrir votre opinion. »

Elle sursauta quand il parla, virevoltant avec une telle force que son mari renfrogné dut l'empêcher de vaciller. « Oh ! Profe—euh… Mr Snape. Harry, ce n'est pas ce que je faisais, » elle fit un geste de la main en direction de la table de travail, ses joues prenant une couleur plus écarlate que le crépuscule. « Je ne voulais pas insinuer quoiqu— » Weasley attrapa son coude et elle lui lança un regard agacé, mais arrangea son bégaiement en respirant profondément tout de même. « Voilà, j'ai été curieuse sur tout ça depuis que je suis revenue pour postuler pour ce travail, » dit elle avec un sourire forcé. « Je voulais juste—

« Fouiner, » finit Severus, s'engouffrant auprès d'elle pour ramasser les parchemins et les placer dans le tiroir du bureau—afin que le vent du soir n'éparpille pas les feuilles, bien sûr. « Il semble que c'est une habitude assez commune parmi les Griffondors de votre année. »

« Snape. » La voix de Potter était mesurée et basse, mais la désapprobation était claire. Des bateaux déjà dérivant sur l'eau, augmentait le raffut de quantité de jeunes voix s'élevant ensembles dans un simili de chant de marin vulgaire. « Laissez. » Les deux autres ne reconnurent peut être pas la requête pour ce qu'elle était, mais Snape pouvait voir la prière dans les yeux de Potter, la peau blanche singulière de désespoir, la teinte grise autour de ses lèvres anxieuses.

Severus grogna et écarta les cheveux volants près de ses yeux, puis se tourna, son dos vers la paire et abaissa doucement le chaudron ce qui fit claquer le cintre de métal. Le soupir de Potter sonnait plus comme reconnaissant que exaspéré.

« Harry, » dit Weasley, et du coin de son œil, Severus le vit tendre sa main.

Potter ne la serra pas. « Mr Weasley, Mrs Weasley. Nous sommes sur le point de commencer. Voulez vous s'il vous plaît regagner vos places maintenant ? »

La main resta tendue pendant un instant, les doigts se recourbant comme si engourdis. Puis Weasley abaissa sa main et rit trop fort. « Mr Weasley est mon père, Harry. Tu n'as pas à être si formel avec—

« Le sort a besoin d'être mis en place avant la tombée de la nuit, » le coupa Potter. « Ce n'est pas le temps de rattraper le retard. Maintenant voulez vous aller vous asseoir s'il vous plaît ? »

Des regards blessés furent échangés, mais à la stupéfaction de Severus, ils s'en allèrent, prenant les deux dernières places, entre Charlie Weasley et la Directrice, sur les bancs. Minerva lança un regard à Severus, toute sa désapprobation pincée autour de ses lèvres et de la sympathie dans ses yeux. Il le retourna avec un reniflement et pivota pour trouver Potter en train de regarder le ciel comme s'il faisait augure des nuages violets et orange.

« Dis moi que nous sommes prêts, » supplia-t-il au ciel, « Dis moi que nous n'attendons pas Draco Malfoy qu'il finisse sa manucure et de cirer ses putains de chaussures avant que nous puissions commencer ça. »

Severus parvint à ne pas rire. « Assez étrangement, la Directrice a choisi d'envoyer le Tyro du Professeur Sinistra en requête au Ministère. Il ne sera pas en mesure de nous rejoindre cette nuit, » répliqua-t-il, prenant le Choixpeau Magique fébrile des mains de Potter, et le plaçant près du chaudron sur le bureau. « Essayez de contrôler votre déception. »

Les lèvres de Potter se contractèrent, mais c'était assez. « Je suppose qu'ils vont le garder pour toujours ? » Demanda-t-il. « Je crois me souvenir avoir vu une cloche juste à sa taille la dernière fois que j'y étais. » Il y avait quelque chose comme de la malice innocente brillant dans ses yeux verts qui, à voir, réchauffa le ventre de Severus.

Les bateaux ondulaient au même rythme, les quilles grinçant contre le sable et les galets de la plage. Potter vacilla et se rattrapa lui-même au bureau. Severus maintint son coude en plus. « Nous ne pouvons qu'espérer… »

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Ils n'invoquèrent pas de lumos pour voir : 278 bulles flottant au dessus de chaque tête humaine sur le lac fournissaient plus qu'une ample illumination. Etrangement blanc-bleu, tintant en de bizarres demi sons, comme si elles s'appelaient les unes les autres, les bulles étaient clairement un troupeau, et chacune tenait son étudiant ou son membre du personnel avec une attention évidente.

Tous ceux présents n'y trouvèrent pas un confort, spécialement les vétérans parmi eux, mais tous avaient été informés du processus, et tous avaient vu la réaction des bulles à toutes sortes de sorts. Alors que Severus n'était pas vraiment prêt à compter sur un sens d'auto-préservation pour maintenir l'ordre—Harry Potter était parmi ceux assemblés, après tout—au final chacun des bateaux avait quelqu'un avec un œil perçant et un minimum de bon sens à bord pour empêcher quiconque d'avoir des intentions impétueuses envers les tourbillonnantes bulles étincelantes au dessus de leurs têtes.

Severus et Potter était les deux seuls sans préposés lumineux flottant au dessus de leurs têtes—une bonne chose, étant donné le nombre de façons qu'une telle distraction décorative pourrait engendrer une fin de leur expérimentation des protections humiliante et probablement létale. Non pas qu'aucun d'eux ne voudrait laisser échapper ça là où la Directrice pourrait entendre bien sûr, mais après un an de travail sur le projet, quelques pensées venaient simplement sans être dites.

Severus avait un chaudron rempli d'eau du lac bouillonnante sous la même pression intense et les mêmes sorts de température avec lesquels Potter avait initialement créé les bulles. Egalement dans le chaudron était la Reine des Bulles, qui avait été mise de côté de la création des cinq cloches et d'une simple menace du coin de la bouche du Choixpeau Magique.

Pour une fois, il s'était exécuté sans chanter.

Tous deux tenaient le chaudron, le verre et l'eau et la vapeur et l'acier, sous leurs baguettes—regardant, attendant pendant que les spectateurs retenaient leur respiration et attendaient la magie. Severus ne l'aurait pas admis sous la torture, mais il y avait une satisfaction vindicative à se retrouver dans le tableau ; aussi loin que son travail était mis au grand jour. Dévoilé par des saveurs horribles et des demi-vérités et des grimaces et des secrets. S'il avait pu se permettre de détacher son regard de la potion s'épaississant doucement, Severus savait, il aurait vu de la peur dans ces yeux et de l'inquiétude et de l'émerveillement, mais il aurait également vu une admiration crue. Et cela… cela était une chose enivrante, en effet.

« Je crois qu'Elle est prête, » chuchota Potter.

Assez vrai, la masse du chaudron avait fini d'éructer. Sa surface scintillante était maintenant d'un calme plat, ondulant doucement sans regard au léger tangage des bateaux, ou à la magie tournoyante couronnant le tout. L'eau semblait croire que c'était du verre, et à en juger de son sourire tout en dents, Potter semblait croire que ce premier pas était proche du triomphe.

« Certes, » Severus apporta un bémol à cette expression friponne avec un haussement de sourcil. « Vous ne voyez pas d'inconvénients à bannir le chaudron, dois je comprendre ? »

« Yeah, j'avais deviné que vous alliez me mettre ça dans les pattes, » répliqua Potter d'un ton dépité, bien que son sourire ne démordît pas. C'était une simple ombre du badinage que leur laboratoire voyait normalement, mais étant donné l'audience, Severus supposa qu'il pouvait laisser Potter s'en sortir plus facilement que d'habitude. A moins que, bien sûr, il ne foute quelque chose en l'air, ce qui dans ce cas, suspendrait tous les accords.

Mais la coquille métallique frémit sous le regard malin de Potter tandis que Severus lévitait la chose entière plus haut, et après une poignée de seconde, l'acier eut un bruit grinçant et soudainement explosa en grain plus fin que le sable. « Humph. Dissipateur, » observa Severus, au dessus des halètements stupéfiés du personnel.

« Je vous en achèterai un nouveau, » retourna Potter sans une trace de regret. « Faites la chanter, Snape. »

Elle. Potter avait appelé cet orbe de magie suspecte la Reine de l'Eau depuis qu'ils avaient commencés à assembler la structure du sort ensemble, et imaginé ce qu'un sort central sur le lac aurait pu faire. Une sœur plus fluide que la Reine des Bulles, avait insisté Potter. Un ridicule anthropomorphisme d'un côté, mais Severus supposait que c'était plus facile qu'entendre de l'infortuné boucher le mot 'Homonculus' chaque fois qu'il mentionnait la chose.

Severus leva sa baguette vers la Reine, frottant le bois d'ébène autour de sa circonférence encore, et encore, jusqu'à ce qu'une résonance fantasmagorique éructe de l'orbe. Les bateaux frémirent à la sonorité ; un ronronnement subtil alors que les bulles commençaient, une par une, à reprendre la note dans une sympathie excitée. Un accord inhabituel remplit les airs, les oreilles, les poumons et les ventres. Chaque cheveu du corps de Severus se dressa et son cœur battit comme s'il répartissait le son de la note dans son sang, l'amplifiant sous son crâne et faisant écho dans ses os. Sous les bateaux, l'eau dont la réflexion miroitante reflétait les visages surpris et le spectre de la lueur de l'orbe qui s'estompait dans le ciel noircissant, et chaque étudiant, chaque enseignant, chaque créature en ce monde se tint absolument immobile par la stupéfaction.

« Baguettes tendues, » la voix de Potter, sourde et intense, parvint à porter au-delà de la note tonitruante. « Faites contact avec elles maintenant. »

Il y eut un bruissement, tels des arbres s'agitant dans une nuit haletante. Un concert de douze baguettes glissèrent de leurs manches, furent attrapées et assourdirent l'orbe hurlant avec leur bois poli—assourdi uniquement pendant une seconde, alors que le son augmentait encore presque immédiatement. Cette fois, c'était magique, la magie passive, sanguine qui circulait entre chaque cellule d'une sorcière ou d'un sorcier à chaque respiration, chaque battement de cœur. Moissonné, amplifié, l'Accord s'élança sur le lac dans un fracas.

Au dessous de leurs quilles, les peuples marins reprirent le chant en choeur—contre-chant féerique au chœur palpitant, s'élevant dans un crescendo qui faillit sortir tout air des poumons de Severus. Puis tout d'un coup, un 'crash' fit écho sur le lac et fit remuer les bateaux comme des jouets. Potter attrapa le regard de Severus et sourit—les peuples marins avaient rehaussé les vannes pour laisser l'eau chantante se déverser dans un tonnerre dans les douves vides.

Le bruit ambiant se disloqua, un chuchotement pas moins intense que le précédent bruit les parcourut, ensuite tandis que l'eau atteignait la fondation des clochers, les cloches de verres commencèrent à résonner. Un long roulement régulier avec ni plus ni moins de son d'impact que ce que la Reine de l'Eau avait donné sous la caresse de la baguette de Severus. Un battement, deux, puis la deuxième cloche sonna tout autant. Puis la troisième, presque trop bas pour être entendu, bien que Severus puisse entendre un chœur hurlant et guttural répondre des profondeurs de la forêt. La quatrième, haute et claire, telle un cri de lumière ; la magie tournoyait et virevoltait et crachotait et murmurait dans les airs au dessus d'eux. La cinquième cloche parla, de la sonorité d'une voix d'un mortel, si un homme pouvait dire un tel sort sans paroles à voix haute pour Dieu et la Nature sans en devenir fou.

Severus sentit la main de Potter sur son coude, éloignant sa baguette de la Reine de l'Eau flottante. Ses yeux étaient rendus incandescents par l'inspiration quand il écarta Severus de leur exécution parfaitement répétée, et ensorcelés par la couleur, Severus se laissa entraîner. Leurs baguettes se touchèrent, se croisèrent. La magie s'arqua entre leurs bouts ; ébène sombre et houx clair, et les lumières blanches/bleues se réunissant dans le crépuscule. Severus ressentit la tension dans le bras de Potter tout le long de sa baguette et continua sa lancée vers le ciel sans un moment d'hésitation.

Il n'y avait pas d'enchantement ici ; pas vraiment. Magie, oui. Le ciel en feu éructant au dessus d'eux pour attraper le voile sonore endiablé, oui. Un tournoiement boréal retombant pour s'ancrer lui-même à chacun des cinq clochers, oui. Un sentiment de mise au point et d'envol, comme si le lot ; château, lac, humains et peuples marins comme si accroché et suspendu hors d'atteinte du temps et de l'espace pendant que la lumière et le bruit et la magie décidaient des règles.

Quelqu'un gémit.

Severus attrapa le poignet de Potter avec sa main libre, lui rappelant par son toucher de ne pas se laisser détourner par le triomphe et l'émerveillement quand il y avait encore du travail à faire. Les doigts rêches se tordirent et caressèrent les siens quand ils se retirèrent—reconnaissance, gratitude, respect. (Respect ? Peu importe. Concentration.) puis, gardant leurs baguettes croisées, Potter s'inclina contre le corps de Severus, droit sur ses pieds et étiré jusqu'à ce qu'il puisse déposer le Choixpeau Magique sur la Reine de l'Eau qui flottait toujours au dessus de leurs têtes.

Par miséricorde, ce foutu Choixpeau décida de ne pas chanter.

A la place, il psalmodia l'incantation ; des mots rythmés et gutturaux qui vibraient sous le timbre boisé derrière eux, et fit s'agiter l'eau du lac sur les pierres. Le Choixpeau Magique invoqua dans une langue si ancienne que Severus ne pouvait même pas tenter de deviner à quel peuple elle appartenait. Peut être ne venait-elle d'aucune gorge humaine ; une telle diatribe telle que celle-ci pouvait parler aux âges, dragons, étoiles et pierres, et leur offrir à tous de s'unir. Quel homme pouvait apprendre un tel langage et ne pas changer le monde ?

Il sentit Potter trembler contre lui, et seulement un dernier souvenir qu'ils n'étaient pas seul empêcha Severus de passer la main dans son dos pour le rassurer tandis qu'il donnait une tape sur le côté scintillant de la Reine de l'Eau suspendue et envoyait l'orbe et le Choixpeau patiner au centre du lac.

« Dieu, » murmura Potter, « Bon Dieu… qu'est ce qu'il raconte ? »

« Garde cet endroit du préjudice, » devina Severus, repoussant gentiment d'un pas le garçon. « Garde ceux qui ont leur place ici saufs. Laisse cet endroit être un Paradis, et un Foyer. Ne laisse pas entrer le mal ou le vice. » Il eut un rictus et abaissa sa baguette avec un petit mouvement pour détendre ses muscles. « Ce qui devrait rendre le Club de Duel intéressant, sans parler de la Coupe de Quidditch. »

Potter rit fort, mais avant qu'il ait pu répondre, l'accord des cloches grimpa dans un assourdissant crescendo. Le lac frissonna sous elles, forçant chaque âme à bord à s'accrocher contre la vibration.

Puis l'accord puissant se fendit quand, avec un bruit tel un rot énorme et mouillé, la Reine de l'Eau se souvint que ce n'était pas du verre et reflua immédiatement de la d'où elle venait. Les enfants alarmés crièrent à la soudaine bousculade, mais leurs babillements furent coupés court quand chaque bulle dans les airs au dessus de leurs têtes disparut avec un son étrangement musical d'une kyrielle de pétards. Au dessus d'eux, la lumière se désagrégea en étincelles et grésillements.

La peau toujours frémissante avec la déflagration spectaculaire du sort, cela prit un petit moment à Severus pour qu'il réalise que la foule d'étudiants sur les bateaux avait éclaté en applaudissements enthousiastes, jetant leurs chapeaux et leurs écharpes en l'air, et ne semblant pas se préoccuper quand la légère brise du soir les envoya tous dans l'eau. Les peuples marins s'accrochèrent et zigzaguèrent autour des quilles en bois, faisant jeu de mettre en accords leurs bonds pour attraper les chapeaux jetés avec leurs têtes, et virevoltant en l'air à chaque fois qu'une écharpe s'accrochait à une patte ou une nageoire, pour faire voler l'étoffe éclatante autour d'eux.

Madame Guipure allait être de la partie pour de tardives commandes de saison, semblait-il. Il regarda les bêtises pendant un instant, puis lança un accio sur le Choixpeau Magique, sur la tête d'un de ces tritons bondissants avant que, également, il soit emmené dans les fonds. Le triton lui lança un regard renfrogné et deux doigts, et Severus retourna le salut avec une grimace, et mit le chapeau trempé en sûreté. La chaleur frémissante de Potter entra dans ses observations un peu plus tard, si proche de son épaule gauche, Severus pouvait sentir le résidu de musc imperceptible de l'enveloppe chaude de sa peau dans l'air frais.

« Et bien, » observa Potter quand Severus se tourna, « On l'a fait. » Ses lèvres se tordirent légèrement, ce qui n'enleva absolument pas la lueur triomphale de ses yeux quand le ponton de leur propre bateau éructa dans un bourdonnement d'excitation et de spéculation. Le personnel n'était pas moins ravi que les étudiants, pour tout ce qu'ils avaient de quelques vestiges d'idées pour apprécier ce qui avait été accompli ce soir. Et plus de sens que d'envoyer leurs affaires par-dessus bord, également. Toujours, il était clair que, Severus n'avait même pas fait disparaître l'échelle du ponton, que les marches du château devaient désormais fourmiller de professeurs de Poudlard écervelés.

Severus leva les yeux au ciel et s'écarta de Potter, mais seulement un petit peu. « Il semble que vous ayez réussi, quelque peu, à achever cette nuit de travail sans vous blesser ou enlever vos vêtements, » accorda-t-il, roulant les parchemins de références un par un, ainsi il n'était pas tenté de sourire.

« Ha, très très ha, » répliqua Potter, serrant sa cape plus fort avec le vent en train de se lever tandis que les bateaux commençaient à revenir vers l'embarcadère du château. « J'ai remarqué que VOUS avez réussi sans donner une seule retenue à quelqu'un, également. »

« La nuit est encore jeune, » lui rappela Severus. « Et non seulement nous avons désormais débarqué, mais il y a aussi votre plan de dîner anormalement optimiste à l'horizon. »

Potter se retourna vers lui en jubilant. « Alors c'est un 'oui' ? » Sourit-il. « Vous viendrez ? »

Severus s'autorisa à lui-même un long soupir. Potter n'avait pas vraiment douté que Severus voudrait y aller, et ils le savaient tous les deux, le morveux voulait l'entendre dire. Severus prit une courte inspiration et releva son menton pour lancer une réplique avec assez de dents pour émousser les étincelles de béatitude dans ces yeux verts. Puis le murmure d'un mouvement près de son oreille le fit se baisser et se retourner, s'appuyant à la rambarde avec sa baguette dans la main et un sort sur les lèvres.

« Doucement, » murmura Potter, son bras se levant avec la vitesse d'un attrapeur pour se saisir d'un oiseau en origami virevoltant dans les airs près de l'épaule de Severus. « C'est juste une note, » dit il, écrasant la chose et l'enfonçant, sans l'avoir lue et toujours remuante, dans sa poche. Mais quelque chose de circonspect était tapi sous l'expression précieusement neutre de Potter, et Severus n'eut pas à regarder vers le couple Weasley pour deviner qui avait plié les fragiles ailes de papier de l'oiseau.

« Vous prenez déjà des rendez vous avec vos sycophantes ? » Renifla-t-il, réduisant les rouleaux avec le reste de ses instruments de bureau, et bannissant le lot dans son laboratoire. « On aurait pu penser que vous auriez gardé vos plans de dîner en premier. »

Là. Cela remit le scintillement dans le vert. « Oh, ne vous inquiétez pas, Monsieur, » sortit Potter, lévitant le Choixpeau Magique toujours trempé de l'embarcadère où Severus l'avait posé, et l'envoyant dans les mains impatientes de la Directrice. « J'ai parfaitement l'intention de vous jeter dans la gueule du loup avant d'avoir d'autres plans pour la nuit, » dit il. « En fait, pourquoi n'épargnons nous pas à Remus l'attente, et transplanons vers les portes d'ici. »

Severus haussa un sourcil. « Et laisser votre public adorable sans rien d'autre qu'un hochement de tête ? »

Potter grogna. « Je suggère de transplaner directement au restaurant, seulement il y a des douves sur le chemin et je ne veux pas que ces robes se transforment en pierre. Et de toute façon, vous savez que si nous les laissons poser des questions, ils voudront qu'on leur explique toute la foutue nuit. » Et bien, ça c'était vrai. Filius avait déjà une lueur maniaque dans les yeux, figé au bout du quai tandis que les Serdaigles finissaient de débarquer.

Toujours était-il, Severus n'était pas quelqu'un à laisser passer une opportunité, alors, « Vous n'avez jamais été doué pour affronter les conséquences de vos actions, n'est ce pas, Potter ? » Renifla-t-il.

Le morveux parut outré pendant une seconde, avant que le diable ne se montre dans ce sourire éclatant. « Disons juste que je ne me sens pas affronter vos adorables fans avant que j'ai enfin réussi à vous placer vous et Remus à la même table. » Il leva son coude, ridiculement galant alors que Severus grognait. « Maintenant vous allez venir sagement et arrêter de faire obstruction, sinon je devrais vous appeler un— » Avec prudence, Potter ravala le mot quand la baguette de Severus pointa devant son nez. Il ne s'arrêta pas d'avoir son air moqueur par contre, maudit soit-il, et sa main sur le bras de Severus n'eut pas plus qu'un frisson.

« Vous, » maugréa-t-il à travers les halètements alarmés sur le quai derrière lui, « êtes un petit et incorrigible—

Le reste de l'insulte fut perdu pour toujours dans la soudaine pression du transplanage, mais Potter l'avait déjà entendue, alors ce n'était pas vraiment perdu.

oOoOoOo

Severus détestait la cuisine Indienne.

D'abord, les odeurs étaient d'une confusion accablante, d'une intensité intenable pour un nez qu'il avait passé des décennies à entraîner à de subtils discernements. Des tonnes de cardamome, de curry et de cumin assez intenses pour rendre ses yeux humides avant qu'il ait même pu prendre une bouchée et assujettir son palais à quelque agent à base de poivre destructeur de langue avec lequel sa nourriture avait été dosée.

La seule chose non vertigineusement sur-épicée était le pain, qui était plat, dur et aussi excitant que machouiller du carton. Même le yoghourt avait une pointe aigre sur la langue, laissant la trace écoeurante d'ail et d'aneth dans sa gorge longtemps après qu'il ait avalé.

Tout comme la conversation, en fait ; quelque chose à supporter sur l'acompte de l'enthousiasme plein d'espoir d'un garçon aux yeux vert. Trois bouchées avec l'entrée et Severus savait pour sûr que la chose était futile, et le dîner était voué à un échec certain et spectaculaire.

Le comportement de Lupin avait toujours été calmement impénétrable—un peu comme un sphinx, avec une pose et un mystère que Severus avait secrètement envié pendant des années. Son caractère sensible montrait seulement des émotions translucides même sous la douleur, comme des teintes d'aquarelle sur une toile d'une douceur stoïque. Ses yeux fauves étaient toujours calmes et profonds d'une façon que Severus avait toujours farouchement conservée dans sa mémoire à travers toutes ces années sous le carcan de ses maîtres. Ce calme, ce mystère avait toujours était dans son esprit quand il avait donné en premier le nom du loup-garou en réponse à la ridicule question de Potter.

Quel fou avait il été.

Maintenant, faisant face à cette courtoisie concupiscente et creuse à une table intime, Severus ressentait un fil glacial distinct ; l'eau profonde et calme bordée de glace, la politesse une brise hivernale entre des dents curieusement montrées. Cela faisait vouloir à Severus rien de plus que de piquer l'imbécile pour une démonstration d'une réelle émotion, de briser sa façade soignée jusqu'à ce quelque chose de réel en sorte.

La gymnastique de conversation de Potter ne faisait rien pour adoucir l'humeur grimpante de Severus non plus. L'idiot faisait des pieds et des mains, essayant de forcer une conversation durable plutôt qu'une plainte boiteuse. Discuter du travail sur le sort de cette nuit avait rempli les seules dix minutes convenablement amicales de la nuit avant que le sujet ne soit épuisé, et le premier de beaucoup de moment de silence avait commencé.

Potter, incapable comme toujours de placer des futilités même quand il mâchonnait en regardant ses genoux, fabriquait à tout va, avançant de sujet en sujet tandis que chacun échouait pour allumer une étincelle de camaraderie espérée et de bon copinage. Le temps en Italie, certains problèmes de voyages, des théories de sorts, la cuisine, la musique et (Merlin les aide) même la mode s'étaient étalés à table, aussi mous qu'un étal de poissonnerie.

De cette façon, cependant, les réponses monosyllabiques de Lupin faisaient augmenter la mauvaise humeur de Severus pas moins que les incessantes jacasseries du morveux. Ses propres offres de conversation—souvenirs d'école, révélations éthiques ou professionnelles, ou les mécaniques et transformations de sorts—faisaient que Potter lui donnait des coups de pied sous la table et repartait immédiatement dans le royaume du vulgaire. Severus lui lançait des regards venimeux en réponse et exerçait sa revanche en refusant de remarquer les regards implorants de Potter afin qu'il prenne part à une discussion sur les plages nudistes et gays de San Tropes, et à la place, laissait l'idiot se débrouiller jusqu'à ce que la serveuse mortifiée leur apporte à manger, et une heureuse clôture du sujet.

Pendant un bout de temps, il mangèrent—ou dans le cas de Severus, picorait dans son assiette à la recherche de bouts comestibles—dans un silence qui, si peu amical, était au moins pas tout à fait hostile. Severus commençait à croire que la soirée pourrait possiblement se terminer sans entièrement épuiser sa source de restreint. Il n'était pas sûr de pourquoi il s'ennuyait avec toute la charade, excepté qu'il ne se fichait pas si Potter aurait son inévitable regard de chien battu s'il se levait et sortait du restaurant. Alors il décida de piquer dans son assiette, et de mâcher sa langue pendant une autre demi-heure de la farce accablante, puis ensuite descendrait la rue pour trouver un fish and chips raisonnablement décent qu'il pourrait ramener dans ses quartiers.

Et il aurait juste à terminer la soirée dans la cachette de Potter plus tard, et même de l'appeler. C'est la plus belle option restante, supposa-t-il.

Mais non. Cinq minutes avant sa limite auto-imposée, Potter avait dû recommencer et amena le sujet du nouveau livre de Lupin.

« C'est celui sur les Inferi, pas vrai ? Celui dont tu parlais cet été ? Tu devrais avoir presque fini avec les dernières retouches maintenant, » dit il, tout innocent, un charme désespérant. « Alors comment ça se passe ? »

Lupin ne dit rien pendant un long moment, et ses yeux ne clignotèrent pas en direction de Severus. Puis un sourire apparut, humble et creux et gentil tandis qu'il enfournait un morceau de viande dans sa bouche, et répliqua, « Oh, bien. »

« Parce que tu sais Severus connais tout un tas de truc sur—ow. » Potter lança un regard noir à Severus, et mis sa jambe hors d'atteinte. « Et bien, vous les connaissez. »

« Les Inferi étaient une obsession du Lord Noir, Potter, pas la mienne, » siffla Severus, en ayant maintenant complètement fini avec son dîner, et de toute nourriture à jamais, pour être honnête. « J'ai appris seulement ce que je devais savoir afin de contrer ses efforts, et je n'ai aucun intérêt à discuter de ceci dans un putain de foutu restaurant, pour l'amour de Merlin ! »

« Non, » Potter releva son menton, ses yeux brillant de challenge. « Ce dont nous discutons c'est du livre de Remus, et si vous essayez de prétendre que ça ne vous intéresse pas au moins un petit peu, je vous appellerai un menteur. »

Severus serra les dents. « Quelle part du comportement en société échouez vous à comprendre, petit infidèle ? On ne doit pas commencer à discuter de cadavres, vivant ou mort, à table ! »

Potter eut la folle impudence de rire. « Oui, maman. Alors Remus, qu'as-tu décidé pour ce chapitre sur la conservation par l'eau ? Est-ce que tu passes par l'angle élémentaire, ou le temporel ? »

Lupin déposa sa fourchette avec un clac calme, et essuya sa bouche avec sa serviette. « Je préférerais ne pas en discuter là tout de suite, si tu n'y vois pas d'inconvénients, Harry, » dit il, et cette fois, il regarda Severus, avec une neutralité absolue dans ses yeux ambrés et mornes. « Peut être une autre fois ? »

Et Severus réalisa qu'il en avait eu entièrement assez.

Il chiffonna sa serviette et l'envoya par-dessus son plat picoré tandis qu'il reculait sa chaise. « Peut être puis je faire quelque chose pour agrémenter la conversation, » rabroua-t-il, puis tourna sur ses talons et marcha en direction des toilettes pour homme.

Potter apparut au niveau de son épaule alors que Severus se lavait les mains, et un seul regard de ces yeux verts réprobateurs fut assez pour faire relever son dos. « Osez me gronder, Potter, » dit Severus à travers ses dents, « Et vous aurez des furoncles à germer pendant une semaine. »

« Je n'allais pas, » répliqua Potter, tournant sur ses talons et mouillant ses mains. « Mais aviez vous à amener ce truc avec mon père et la serre ? »

« Potter… »

« Je sais. »

« Je n'ai pas l'habitude de rester là où je ne suis pas désiré, et de prétendre que c'est divertissant, sans compter de plaisante compagnie ! » Severus lança un sort de séchage si fort que l'eau s'évapora en laissant ses doigts rougis et endoloris.

« Je sais, je sais. » Le morveux leva ses paumes mouillées en capitulation. « Je suis désolé. Il est désolé aussi, j'en suis sûr. Remus est juste mal à l'aise, c'est tout. Ça fait des années qu'il ne vous a pas vu et… » Severus ne fit aucun effort pour cacher son reniflement, et les sourcils de Potter se froncèrent avec chagrin. « Il ne voulait pas être insultant. Vous savez que ce n'est pas son comportement. Juste… juste laissez moi lui parler pendant une minute, d'accord ? »

« Pour quelle finalité, Potter ? » Demanda Severus, se détournant de la réflexion douloureusement sérieuse. « Vous allez lui dire d'être gentil, et il prétendra un peu plus fort ne pas me haïr ? Imaginez vous que j'apprécie l'idée d'être toléré ? Croyez vous qu'il me plaît que mes collègues souffrent si fortement de ma compagnie que je rechercherais une telle ostensible ambivalence dans mes relations personnelles ? »

Potter cligna des yeux. « Ambivalence ? »

« Enfin, c'est difficilement ce qui est proposé ce soir, bien sûr, » Severus serra les dents pour répondre. « Mais avec l'intervention de Merlin, nous pouvons espérer de l'atteindre avant qu'un de nous deux n'ensorcelle l'autre à l'arrivée du pudding. » Il frémit dans l'effort de garder sa voix basse alors que ce qu'il voulait vraiment faire était de sortir de ses gonds, réduire la coquille vide d'amabilités réticentes en un tas de débris, et écraser chaque âme qui aurait le malheur d'être témoin de son humiliation sous les ruines écroulées de sa fierté.

Potter posa une main sur son bras ; un poids solide, froid et mouillé, mais assez caressant pour enterrer un peu de sa rage tremblante et permettre à l'étau dans sa poitrine de se desserrer un peu. Severus prit une grande inspiration, laissa aller, et ferma les yeux. « C'est sans espoir, Potter. »

« S'il vous plaît, » fut la réponse, faible et proche. « N'abandonnez pas. Essayez encore un peu. »

Severus attrapa la main sur son bras et enlaça leurs doigts ensemble. « Pourquoi ? » Potter re-cligna des yeux et Severus appuya sa pensée. « Pourquoi est ce important pour vous que j'essaye ? »

« Je… » Il déglutit, mâchonna adorablement sa lèvre. « Je veux juste que vous soyez… que tous les deux, vous soyez heureux ? »

Severus ignora son autocorrection, et ne laissa pas Potter enlever sa main. « Et vous imaginez que Remus Lupin peut me rendre heureux ? »

Potter fit un seul et solennel hochement de tête. « Je pense qu'il pourrait apprendre comment faire, si vous pouviez apprendre comment le laisser. Mais tous les deux avez grandi en ayant l'habitude d'être seul, et pas du tout heureux. Peut être que la tolérance est juste le premier pas que vous avez à faire. »

Faites confiance à Potter pour vous offrir un inattaquable pied de nez à la place d'une réponse valable.

Severus leva les yeux au ciel et relâcha les doigts de Potter. Ils restèrent enlacés avec les siens pendant un long moment, puis le jeune homme s'approcha et pressa un baiser sec et chaste sur les lèvres de Severus. « N'abandonnez pas maintenant, ok ? » Murmura-t-il. « Et ne partez pas. Laissez moi juste une minute ou deux avec lui… »

Puis il disparut derrière la porte, sans attendre de voir si Severus était d'accord ou pas. Fou confiant.

Severus marcha vers le vestibule, son estomac incertain s'il brûlait à cause de la misérable nourriture, ou gelait à cause de la colère. A sa gauche était la cuisine, agitée avec les plats et les serveurs tous trop occupés à commettre d'autres atrocités culinaires pour remarquer s'il s'était éclipsé sous un sort de désillusion. Severus pouvait voir la rue de derrière la porte, entrouverte pour permettre aux fumées mortelles de poivre de s'échapper.

Il secoua légèrement sa baguette, sentit le sort s'installer sur lui comme une fine couche graisseuse.

Un serveur se précipita hors de la cuisine, passa si près que Severus dut se pencher en arrière pour éviter son coude. Il ne regarda même pas une fois en direction de Severus.

°N'abandonnez pas maintenant…°

Foutu Potter, de toute façon.

Severus suivit le serveur de retour dans la salle du restaurant, restant dans l'ombre de l'homme tandis qu'il s'approchait de la table là où Potter était assis en conversation sérieuse avec un Remus Lupin ouvertement réticent. Potter ne le regarda pas et les yeux de Lupin ne clignèrent pas dans sa direction quand Severus se glissa derrière un épais pilier en plastique, et s'installa pour finalement apprendre la vérité de la chose.

« Harry, je sais ce que tu es en train de faire, » dit le loup du bord de sa tasse de thé. Ses yeux était plus sombrement ténébreux dans la réflexion de la vitre, et peut être Severus pouvait voir du regret là… ou peut être était-ce juste de la dyspepsie. « Et je suis désolé ça ne va vraiment pas—

« Non, s'il te plaît, » Potter attrapa le coude de Lupin, comme si immobile il pouvait entendre la vérité. « Ne dis pas ça. Non. »

« Mais c'est vrai, Harry, et tu as juste besoin de l'entendre. Je suis désolé mais je suis juste trop—

« —trop vieux, » défia Potter. « Trop usé. Trop fatigué. Mais tu ne l'es pas. Pas vraiment. Tonks se fichait de toutes ces choses, alors pourquoi penses-tu que tout le monde y accorderait de l'importance ? »

Lupin lui fit un sévère regard d'avertissement. « Ce n'est pas au sujet de Nymphadora. »

« Non, ça ne l'est pas du tout. Mais ça serait ok si ça l'était, un petit peu. » Potter haussa les épaules, et piocha dans son plat. « Je veux dire, je sais que tu l'aimais, et ça m'a vraiment fait mal quand elle a été tuée, mais tu aimais Sirius aussi, et—

« Aime. »

Potter releva la tête, interrogatif.

« Aime, pas aimais, » répéta Lupin. « Je les aime toujours tous les deux, même s'ils ne peuvent pas donner une réciproque. Tout comme j'aime toujours Albus, et James, et Lily, Harry. Et c'est pour cela que je ne peux pas te donner ce que tu veux de moi. » Il passa une main pleine de cicatrices dans ses cheveux, révélant des zébrures d'argent parmi l'or. « Je ne peux pas être ce que tu veux que je sois. »

« Ce que je… » Potter se rassit sur sa chaise, étonné. Puis il gloussa comme une fillette. « Tu penses que je veux… »

Severus ferma les yeux et se dit à lui-même de ne pas ensorceler l'idiot.

« Non, Remus tu as tout faux, » parvint il à dire après un instant.

« Harry, je ne veux vraiment pas—

« Ce n'est pas pour moi que tout ça est, c'est—

Cette fois ce fut Lupin qui attrapa le coude de Potter. « Je. Sais. »

Severus laissa son souffle s'échapper en une longue et silencieuse expiration. Son estomac se calma instantanément.

« Tu sais ? Mais—

« Tu a été beaucoup de choses, pour beaucoup de gens, Harry, » La voix du loup-garou se réchauffa, mais seulement un peu. « Mais tu n'as jamais vraiment été subtil, n'est ce pas ? C'est assez évident que tu essaies de me mettre avec Snape. »

« Enfin, au moins j'essayais de te mettre à parler avec lui, » temporisa maussadement Potter. « C'est pas comme si j'allais te pousser dans sa chambre et fermer la porte, mais je pensais qu'après toutes ces années, vous deux auriez pu peut être juste—

« Enterrer la hache de guerre ? » Il y avait quelque chose de dangereux tapi derrière les dents qui égratignèrent le dernier mot. Potter l'entendit également, et ses yeux se froncèrent.

« Il est consentant pour laisser le passé être le passé. »

« Et quels passés seraient-ce, Harry ? » La tasse de Lupin clinqua contre la soucoupe. « Celui où il a violemment tué un vieil homme malade qui aurait dû avoir la permission de mourir paisiblement dans son lit avec ses amis et sa famille autour de lui ? »

Derrière son pilier, Severus acquiesça, sentant que le mouvement déliait le nœud glacial dans sa gorge. Il s'était attendu à ça. Il s'y était.

Lupin ignora l'interruption. « Ou peut être pense-t-il au passé où il a poussé Sirius à se mettre en danger encore et encore et toujours encore, jusqu'à ce que ça le tue finalement. Ou celui où il m'a fait expulser de Poudlard par un accidentel glissement de langue. »

« Ou celui où tu as essayé de le manger, peut être ? » La voix de Potter devint fragile et blessée. « Tu as fais ça deux fois, tu sais. Où peut être pense-t-il au passé quand tu te tenais là portant un putain de badge de préfet et laissais Sirius et mon père être des trous du cul avec lui sans dire un mot ! »

Severus fut surpris à cela. Il ne s'était pas attendu à ce que Potter ait cette vision de son souvenir volé dans la pensine, mais quelque chose dans l'étau qu'était son torse se relâcha juste un peu à la défense typiquement Griffondorienne de l'idiot.

« Et ouais, je sais que tu avais seulement seize ans, et que Sirius et mon père avaient seize ans et que Snape aussi avait seize ans, et que vous étiez tous des idiots à ce moment là, » continua Potter. « J'ai eu seize et j'ai été un idiot une fois moi aussi, Remus, et c'est ça qui fait que Sirius ait été tué. Ça, et toutes ces foutues années à Azkaban, qui le rendait fou d'être enfermé. Pas Severus. Severus ne lui a pas fait ça. Tu ne peux pas le haïr pour une chose qu'il n'a même pas faite, c'est pas juste. »

La vie est injuste, espèce de fou narcissique, pensa Severus en refermant son poing. Mais à voix haute, il ne dit rien, regardant simplement les réflexions sur la vitre assombrie, et attendant que l'orage se déclare sur le visage du loup-garou pour sortir. Une jeune et jolie sorcière s'approcha de l'extérieur en marchant, son bras enroulé au coude de son sorcier. Tandis qu'elle passait, la lumière du restaurant réverbéra une étincelle de feu glacé de l'anneau de son troisième doigt.

Severus cligna des yeux et se dit en lui-même que c'était la fortune qui avait placé le reflet furtif si près des yeux de Remus Lupin quand il dit, « Juste ? Il n'y avait rien de juste sur ce que Severus a fait à James et Lily. »

Severus frémit. Potter également.

« Il n'a pas—c'était Pettigrew ! »

« Ils n'auraient jamais dû avoir besoin d'un fidelis si Snape n'avait pas raconté à son maître la prophétie. »

« Mais, » Potter essaya d'atteindre la main de Lupin, mais le loup-garou se recula, implacable. « Mais Remus, je n'étais même pas né quand cette prophétie a été faite. Snape ne savait même pas que c'était sur mes parents. »

« Peut être pas, » accorda Lupin. « Mais il a toujours été un homme intelligent, Harry. Il devait savoir que cette information tuerait probablement un enfant innocent. Alors même si ce n'était pas sa malveillance intentionnelle qui m'a privé de mon meilleur ami au monde, il l'a quand même fait. Il les a fait tuer, si tu additionnes le tout. »

« Voldemort l'aurait su de toute façon, » Potter en fou fidèle, insista. « Il l'aurait su par Peter. Il était dans l'Ordre lui aussi, après tout, et… » Il laissa en suspend quand l'expression fermée de Lupin ne s'adoucit pas. « Remus, s'il te plaît. C'était mes parents. Si je peux lui pardonner pour avoir fait une erreur stupide et égoïste, si je peux laisser le blâme sur Voldemort, à qui il appartient, alors pourquoi ne pourrais-tu—

« Parce que, » répliqua Lupin avec une terrible précision. « Tu ne les connaissais pas. Tu aimais l'idée de tes parents, mais les gens en eux même étaient partis… avaient été tués quand tu étais trop jeune pour te souvenir de quoique ce soit sur eux. »

Potter se renfrogna. « Ce n'est pas vrai ! je me souviens—

« Tu aimais l'idée de ta mère et de ton père, de la même manière que tous les enfants orphelins le font ; peut être de façon plus personnelle que l'idée d'une marraine-fée, ou du Père Noël, mais toujours objectivement. Mais tu ne—tu ne pouvais pas les aimer ! » Les yeux de Lupin étaient ardents au final, avec toutes les émotions restreintes qu'il avait caché avant à Severus ; un gouffre de peine, de désolation, de colère, de confusion, de solitude, et une impuissante espèce de furie qui fit penser brièvement à Severus à une patte mâchonnée, prisonnière d'un piège à loup.

« Je les ai connu, Harry. J'ai connu les sons qu'elle faisait quand elle chantait. J'ai connu quelle marque de cigarette il aimait, et qu'il ne pouvait pas supporter la cuisine indienne, mais il l'aurait mangée si Patmol avait insisté. J'ai connu ce qu'était de la serrer dans mes bras, et de sentir ses cheveux et sa peau quand ses hormones devenaient folles pendant sa grossesse, et j'ai connu avec quelle force il pouvait envoyer un coup de poing quand il est rentré et c'est fait une mauvaise idée. » Lupin fit une pause pour exhaler un souffle tremblant, sa main enserrant sa serviette en l'étranglant.

« J'ai connu quel bonbon moldu elle aimait, et quel alcool sorcier le rendait saoul le plus vite. J'ai connu qui étaient ses partenaires d'étude à l'école, et j'ai connu tous les devoirs où il a triché. Je les ai connu, Harry. Ils étaient de vrais gens pour moi, tout comme Sirius, et Albus, et Nymphadora, et je ne les reverrais plus jamais ! » Et avec ça, sa voix et son regard se brisèrent. Lupin détourna le regard, essuya ses yeux avec un faible juron.

Potter, stupéfié, haleta ouvertement. « Remus… » murmura-t-il.

Severus ferma les yeux, prit une bonne inspiration et acquiesça. Il s'était attendu à ça. Il s'y était. Il se tourna pour regarder la sortie, mais la voix de Potter le prit de court.

« Ne réalises tu pas que Severus est un personne réelle aussi ? Il a un bonbon préféré, et une gnôle qui lui monte direct à la tête également. Et peut être que tu ne lui as jamais fait de câlin ou quoique ce soit, mais il ne sens pas comme les choses qu'il utilise dans ses potions, et il a un mauvais crochet du gauche quand il devient trop furieux pour se souvenir de sa baguette, ce que j'admets, je lui pique assez souvent. » Potter soupira, pris une fourchetée de son plat et regarda celui qui lui servait d'oncle très tristement. « Est-ce que les gens que tu ne peux plus avoir de nouveau signifient vraiment que tu ne pourras jamais avoir personne d'autre ? Que tu ne peux pas avancer ? »

« Harry, stop. » La voix de Lupin ne permettait aucun argument. « Juste arrête. Il est clair que, pour n'importe quelle raison, tu as décidé que tu appréciais l'homme. J'ai accepté ça, et pour ta santé, j'ai fait un effort. Je lui ai…pardonné, » oh, si étriqué, ce mot sur ces lèvres. Lupin se renfrogna au reniflement incrédule d'Harry. « Je lui ai pardonné, mais ça ne veut pas dire que je l'apprécie, ou que je veux devenir son ami, ou son confident, » et là, les yeux ambrés de Lupin se levèrent pour regarder la fenêtre, affrontant le regard de Severus dans la réflexion de la vitre. « Ou son amant. »

Severus sentit son menton se lever, se durcir, mais le couteau apparemment, n'avait pas été enfoncé assez loin. Lupin arrêta d'étrangler sa serviette et la plaça près de son plat. « Je lui ai pardonné, Harry, » dit il, repoussant sa chaise. « C'est tout ce que tu peux me demander. Et c'est plus que ce qu'il a le droit d'attendre de moi. »

« La vérité, enfin, Lupin ? » Dit Severus quand le loup-garou passa près de son coin sombre. « Je me suis demandé combien de temps tu tiendrais avant d'avoir le courage de le faire. »

Les pas de Lupin s'écartèrent juste assez pour qu'Harry puisse voir. Mais quand il se retourna, son précieux masque neutre était en place. « Severus, Harry, s'il vous plaît excusez moi de couper court à notre soirée. Je viens juste de voir l'heure, et je dois être sûr d'avoir la chance de parler avec l'auror Shackelbolt avant qu'il ne quitte Poudlard ce soir. »

Il tendit sa main, immobile et pâle comme une figurine de plâtre. Severus la regarda en reniflant et ne tendit pas la sienne.

« Severus, s'il vous plaît, » chuchota Harry.

Mais Lupin avait déjà enlevé l'offre faussée, cachée sous un sourire pareillement faux, et se retourna vers la porte. « S'il vous plaît, restez et appréciez votre dîner. C'est pour moi. Je m'arrangerais juste avec le maître d'hôtel sur le chemin de la sortie. »

Dans un cocon de furie noire, Severus réalisa que sa baguette était dans sa main. Tremblante. Il la leva, la pointa dans le dos du loup-garou en retraite, et fit la seule chose qui avait un sens.

Il transplana. En sûreté. A la maison.

oOoOoOo

A suivre…

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ARGH… je ne sais pas quand arrive la suite, assez vite j'espère… Laissez moi tous vos commentaires et appréciations, je vous réponds avec plaisir !