Chapitre 5

Quelques heures plus tard ils étaient assis l'un à côté de l'autre sur la plage. Ils ne disaient rien. Ils se contentaient de la présence de l'autre, de son parfum, de son silence. Ils étaient bien parce qu'aujourd'hui tout était différent. Ils pouvaient s'aimer sans aucune crainte. Ils pouvaient tout faire, tout vaincre tant que l'autre était là. L'autre qu'ils avaient cherché pendant si longtemps pour finir pas essayer de le conquérir et enfin après de multiples batailles l'avoir.

« Vous savez lorsque vous m'avez demandé ce qui m'avait effrayé à ce point la nuit dernière. Je n'ai pas voulu vous répondre. J'avais encore peur. J'avais mal et je ne voulais pas que vous le sachiez. Mais je crois que je peux vous le dire maintenant. »

Il ne répondit rien. Il la laissait parler. Il savait qu'il ne devait rien dire. C'était à elle de tout raconter. Si il la coupait dans son élan alors tout serait brisé et elle ne pourrait plus en parler. Elle ne pourrait plus se délivrer de ce poids.

« J'avais fait un cauchemar. Mais pas comme tout le monde. Je ne me souviens pas bien des images. Je sais seulement qu'il y avait du sang et cette douleur… Cette douleur atroce dans mon ventre comme si j'étais déchirée en deux. Je ne me souviens pas de n'avoir pas fait ce cauchemar depuis…depuis que mon père est mort. »

Elle s'arrêta un instant ravalant les larmes qui naissaient dans ses yeux. Elle ne voulait pas pleurer. Pas maintenant.

« Même si je n'ai que de vagues sensations au réveil je sais de quoi parle ce cauchemar. C'était l'anniversaire de ma mère et mon père n'avait pas trop bu. J'étais bien, j'étais heureuse. Je comptais profiter de cette soirée sachant que la prochaine soirée calme et enjouée dans ma maison ne viendrait pas si tôt. Mais au moment de sortir le plat du four ma mère l'a fait tomber. C'est une chose qui arrive à tout le monde. C'est ridicule, personne ne se fâche pour ça. À part mon père. J'ai vu son poing se serrer et je me suis précipitée devant ma mère au moment où il se levait. Je me rappelle qu'il m'a dit de partir dans ma chambre. Et je lui ai répondu qu'il ne pouvait pas la frapper ce jour là parce que c'était un jour parfait. »

Les images affluaient sous les yeux de Sara. C'était comme si elle était enfant une nouvelle fois, comme si elle vivait la scène une nouvelle fois. Son père était face à elle, la colère montant en intensité petit à petit et sa mère derrière elle tétanisée. Ne pouvant pas bouger, ni même protéger sa fille.

« Papa, pas aujourd'hui. C'est un jour parfait aujourd'hui. S'il te plait. Jure-moi pas aujourd'hui. »

Il ne regardait pas sa fille mais fixait sa femme avec une intensité qui lui glaçait le sang.

« Tu as raison Sara. C'est un jour parfait. Retournons à table, sous le regard insistant de sa petite fille il rajouta, je te le jure. »

Ils s'exécutèrent tous en silence et commencèrent à manger. Sara essayait tant bien que mal de redresser le moral de ses parents en leur racontant sa journée à l'école. La majeure partie étant inventée pour fabriquer de jolis souvenirs dans sa mémoire qu'elle pourrait graver à la place des mauvais comme si tout avait été réel.

Mais quelques minutes plus tard sa mère renversa le sel accidentellement. Elle était sous pression depuis sa première faute et n'arrivait plus à se contrôler normalement.

Son mari se leva d'un bond aussitôt suivi de Sara qui se précipita entre ses parents.

« Papa tu as juré. Pas aujourd'hui. »

« Monte dans ta chambre Sara. »

Calme murmure.

« Papa… »

« Monte dans ta chambre ! »

Elle ne pu rien répondre à ce cri. Les mots ne sortaient plus bloqués par la peur qui l'envahissait. Cette même peur qui l'empêchait de bouger. Ses pieds restaient fixé au sol et ses yeux rivés dans ce de son père.

Celui-ci la poussa violemment et prit un couteau qui se trouvait sur la table. Mais au moment de frapper sa femme, elle se jeta sur le côté. Ce même côté où se trouvait une petite fille immobilisée par la peur.

Le couteau se leva et retomba dans le ventre de Sara. Elle ne sentit rien au départ, ne réalisant pas ce qu'il se passait. Puis elle vit le sang tomber à ses pieds. Elle porta sa main à son ventre et la vit couverte de sang. Elle comprit alors et la douleur vint s'ajouter par-dessus la peur. Elle tomba en arrière et sa tête frappa le carrelage aseptisé de la cuisine. La douleur la transperçait dans tout le corps. C'était comme si on essayait de la déchirer en deux. Le sang coulait à flot et elle ne comprenait pas bien ce qu'il se passait autour d'elle. Elle ne voyait plus que des taches colorées bouger rapidement autour d'elle. Des murmures lointains prononcés dans une langue inconnue arrivaient jusqu'à ses oreilles. Tout ce qu'elle comprenait c'est qu'elle avait mal. Elle allait mourir. Et tout serait fini.

Les larmes coulaient à présent dans ses yeux chassant les images douloureuses de se passé violent. Elle ferma les yeux mais les larmes ne s'arrêtaient pas. Et puis ce fut son corps qui lui échappa et trembla. Mais ça n'avait plus aucune importance parce qu'elle sentait les bras de Grissom se glisser autour d'elle et l'enlacer. Elle savait qu'il était là et elle n'avait plus mal au ventre. Elle n'avait plus mal nulle part. La douleur s'évadait par ses larmes remplacées par la chaleur de ses bras.

« Tu es en sécurité maintenant. Je te le promets. Tu es en sécurité maintenant. »