Chapitre 6
Les jours passaient sur la planète mais pour eux rien ne bougeait. Ils ne savaient pas que le monde existait en dehors d'eux. En dehors de ce chalet. Ils apprenaient à se connaître sous toutes les formes. Ils passaient des heures à discuter à coeur ouvert sans aucune barrière. Rien ne pouvait les arrêter. Ils parlaient de tout et de rien, de science et d'eux-mêmes. Ils se découvraient également à corps nus, en silence dans le secret de leur nouvelle chambre.
Ils se sentaient bien, ils n'avaient besoin de rien et ne voulaient rien.
Mais les semaines passaient et ils ne pouvaient plus rester dans leur bulle protectrice. Ils devaient retourner dans le monde. Retrouver un monde réglé sur les meurtres et l'horreur du quotidien. Mais cette vérité ne les effrayait pas. Tout semblait trop lointain.
Et finalement ils durent partir.
Ils étaient dans la voiture depuis des heures. La Californie était bien loin. Il n'y avait plus de rires, plus de mots. Juste le silence. Un silence agréable et doux au départ. Mais ce silence devenait tension au fil de la route. Sara ne le supportait plus. Cela était trop proche de leurs passés si douloureux.
« Grissom… »
« Hum… »
« Qu'est-ce qu'il y a ? »
« Rien. »
Ils fixaient la route bien plus facile à supporter que les yeux de l'autre. Une habitude.
« Non. »
Il resta silencieux.
« S'il te plait. Pas maintenant. »
Il savait de quoi elle parlait. Il ne le savait que trop bien.
« Je…je suis désolé…mais je ne sais pas si je peux. »
« Quoi ! Qu'est-ce que tu ne peux pas ? »
« Nous. À Vegas. »
Elle ferma les yeux un court instant et soupira fortement.
« Tu ne peux pas… »
Elle rit ironiquement essayant de ne pas pleurer.
« Sara…je… »
« Non arrête toi tout de suite ! Est-ce que tu sais ce que cela signifie ce que tu viens de me dire ? Hein ? Est-ce que tu en as la moindre idée ? Enfin après tout ce ne sera qu'un coup bas de plus. Qu'est-ce que cela peut bien me faire ? C'est vrai maintenant je suis habituée alors une fois de plus où une fois de moins, quelle différence ? Que le coup vienne de toi ou de quelqu'un d'autre ce n'est pas bien grave. Je vais sombrer mais je remontrais, comme toujours n'est-ce pas ? Et puis tu sais bien que je resterais à Vegas, j'y ai toute ma vie, enfin la partie la plus agréable ironiquement. Alors quelle importance pour toi ? Ce n'est pas bien grave. »
« Sara… »
Non, pas maintenant. Laisse moi finir. Tu ne veux peut-être pas que cela se sache mais réfléchi un peu. On ne travaille pas n'importe où, les gens auront bien deviné. Je pars et toi aussi. Encore tu aurais pu réussir à faire passer cela pour une simple coïncidence. Mais le problème et que tu vois ta voiture est toujours sur le parking du labo. La mienne non. Alors les gens auront parler. Et peut-être même qu'ils auront regardé les caméras de surveillance du parking et qu'ils auront tout vu. Alors tu vois c'est un peu loupé. Mais si tu tiens vraiment à ta version comme quoi tu ne m'as jamais accompagné je peux t'aider si tu veux. Il y a une aire de parking qui arrive et si je t'y dépose tu pourras te débrouiller pour rentrer. Et là j'arriverais avant toi. Et avec un peu de chance je travaillerais même une nuit avant que tu ne reviennes et là ta version aura du poids. Qu'est-ce que tu en penses ? Moi je trouve ça crédible. On crée un doute raisonnable dans les esprits. »
« Sara…Ce n'est pas ce que je veux. C'est…trop dur. »
Sara ne répondit rien mais s'engagea dans l'allée qui la mènerait au parking. Elle s'arrêta. Elle fixa la plaque d'immatriculation de la voiture d'en face, essayant aussi fort que possible de la mémoriser. Laisser les chiffres s'imprimer dans son cerveau et effacer tous sentiments. Laisser les chiffres s'imprimer dans son cerveau et tout oublier.
« Sors. »
Ce n'était qu'un vague murmure erroné par les chiffres.
Il obéit.
