Défi – blog
Titre : Captivité
Auteur : Kashiira
Genre : POV, angst, lemon, NCS, plutôt sombre, pas pour les petites natures, quoi ! ;
Source : Saint Seiya
Couple : aha ! Surprise -
Note 1 de l'auteur : J'ai lancé le défi, il était normal que j'y réponde, non ? - En tous cas, motivons les troupes ! Allez les filles (et les gars !) ! Au turbin ! Livrez-nous les pensées intimes de vos chouchous ! -v
Note 2 de l'auteur : Cherchez bien dans la suite de l'histoire, il y a un petit clin d'œil à l'une des fics de Lakhesis que j'ai beaucoup aimé ! - De plus, à cause de cette même fic, le scénario de mon défi a complètement changé ! snif ! ;;; Et puis, Albebemou avec son commentaire sur le premier chapitre m'a fait cogiter aussi sur l'histoire, bref : c'est rien que de leur faute, voilà ! (Ka' ou l'art de rejeter la faute sur les autres ;)
Note 3 de l'auteur (après c'est fini. Promis, je vous laisse lire) : Bon, le découpage par jour va un peu changer et les points de vue aussi, je dois dire… ; gomen !
Captif
Jour 25 ?
J'ai cessé de penser, après Hagen. Je suis devenu une créature faite de vide, plus basse même qu'un animal, n'agissant plus que par automatismes, insensible à la peur, à la douleur… aux humiliations. Punitions et abus ont coulé sur ma nouvelle carapace sans que je me rende compte de ce qui m'arrivait. Je n'étais plus vraiment là et je crois que cela frustrait davantage Siegfried qu'une quelconque résistance de ma part. Pourtant, au travers de cette léthargie protectrice, des instants de vague conscience me revenaient, me ramenant à la réalité, et je me rappelle avoir pleuré comme un enfant devant mes mains déformées et mutilées. Leur vue, plus que la douleur, suffisait à faire couler à nouveau mes larmes. J'avais de beaux doigts avant. Fins et longs, gracieux comme ceux d'un pianiste. Ma mère se plaisait à dire qu'ils étaient le signe que je deviendrais un jour un grand artiste mais elle est morte et sa fierté est désormais réduite à une masse bleuâtre et informe. Si je pleure la perte de ma dextérité, ce n'est pas narcissisme mais comme on porte le deuil d'un souvenir envolé.
Aujourd'hui, je me suis à nouveau éveillé, le brouillard m'a déserté et je voudrais m'endormir encore une fois pour ne plus jamais ouvrir les yeux. J'ignore totalement combien de temps s'est écoulé depuis… depuis Hagen mais j'estime avoir repris brièvement pied avec la réalité une vingtaine de fois. Je pense que plusieurs mois se sont écoulés, mes cheveux, tout emmêlés et sales qu'ils soient, passent à présent mes omoplates. C'est effrayant, dans un sens, d'être resté en retrait ainsi, comme si j'avais été mort au monde tout ce temps. La porte s'ouvre, laissant entrer Siegfried. J'ai à peine la force de lever la tête vers lui et je ne peux me lever sans son aide. Oh Odin ! Je voudrais ne m'être jamais éveillé !
°°
Pisces
« Hors de questions ! »
« Répète pour voir ? »
« C'est une idée stupide ! »
« Nan mais tu m'as écouté deux minutes, là, le cornu ? »
« Non. »
« Mamma mia ! Mais retenez-moi ! Je vais l'étrangler ! »
Adossé contre le mur de la chambre, j'écoute l'échange avec un petit sourire en coin. C'est amusant de regarder mon Rital préféré s'escrimer, les mains en perpétuel mouvement devant lui, de convaincre l'un des chevaliers les plus droits du Sanctuaire de s'allier à notre entreprise. Ex-chevaliers devrais-je dire. Vu le rien de cosmos que les Dieux nous ont laissé après Hadès, je me demande encore pourquoi Athéna insiste pour que nous restions à ses côtés. Peut-être un brin de nostalgie divine. Désormais, nous avons la tâche, non plus de défendre son Sanctuaire, mais de promouvoir sa philosophie 'Peace and love, mon frère !' auprès de nos anciens ennemis. Eh galère ! Comme dirait le crabe.
« Oh la Poiscaille ! Tu pourrais me donner un coup de main, non ? » s'énerve ce dernier excédé.
Mu se tourne vers moi et, soudain, toutes les répliques pleines d'esprit et cyniques à souhait, auxquelles j'aurais pu penser, s'envolent en fumée devant ses grands yeux améthyste où brille une lueur vaguement agacée. Faute de mieux, je me contente de hausser les épaules d'un air blasé.
« Merci pour le coup de main, faux frère, » grommelle Andréa.
Eh oui ! Le grand, le terrifiant, l'impitoyable, le maléfique – et j'en passe des vertes et des pas mûres – Masque de Mort a bien été obligé de renoncer à ce pseudonyme pour revenir au nom que sa mère lui a donné à la naissance. Faut dire que si Death Mask, ça pète face à un ennemi, pour une mission diplomatique, ça le fait déjà moins.
« Je vais probablement me répéter, » soupire le Bélier. « Mais agir maintenant serait inconsidéré. »
« Et tu proposes quoi d'autre, patate ? Le laisser crever ? »
« Crie plus fort, je crois qu'Hilda et ses chevaliers à l'autre bout du château ne t'ont pas tous entendu. »
Devant les pupilles étrécies que mon ami darde sur le Tibétain, je me décide à intervenir.
« Andréa a raison, Mu. »
Il se tourne à nouveau vers moi et, encore une fois, des papillons semblent envahir mon estomac tandis que je referme la bouche avec un clac sec de peur d'en laisser s'échapper un. Là ! Il y a une de ces sales bêtes qui tournicote autour de ma glotte.
« Hum. »
Je m'éclaircis la gorge et renvois le fichu insecte là d'où il n'aurait jamais dû sortir. Je déteste l'idée de passer pour un amoureux transi mais Mu a le don pour transformer le charmeur et séducteur que je suis en un adolescent bredouillant et rougissant. Je devrais le haïr pour ça ! D'un autre côté, on ne choisit pas toujours de qui on va tomber sous le charme. Il n'a rien fait pour, je crois que c'est ça le pire. Il ne se rend compte de rien pendant que je me débats pour tenter de ne pas paraître trop ridicule devant lui.
« Je sais que nous ne sommes pas des enfants de cœur mais je ne crois pas qu'Athéna approuverait les façons de faire d'Hilda. »
Encore heureux, tiens ! Si c'était le cas, je ne sais pas où le Cancer et moi-même serions en ce moment.
« Je ne suis pas un bon samaritain et je ne le serai jamais mais je ne vais pas le laisser comme ça ! »
Andréa a toujours eu le chic pour dégoter les ennuis. Il les repère au pif ! En l'occurrence, Athéna nous a envoyé pour la cinquième fois en voyage diplomatique à Asgard. Mission : lier des liens amicaux avec les guerriers divins. Pour Mu et moi, ça va, le froid ne nous dérange pas mais le Crabe et Shura (le quatrième mousquetaire) sont des latinos pur jus, pur sang. Et vas-y que je me les gèle, et que je me les pèle, (Madre Dios ! Mamma mia !) elles vont geler et tomber toutes seules, si ça continue, etc.
Les Asgardiens ne sont pas bien méchants, ce sont même pour la plupart de braves types mais ils ont pratiquement tous leurs propres châteaux et il arrive que nous passions la soirée seuls avec ces dames et le garde du corps de la plus jeune – Hagen quelque chose, je crois. La conversation, dans ces cas, est souvent assez malaisée malgré les vaillants efforts d'Hilda, Mu et Shura pour l'alimenter tant bien que mal. Le Bélier n'a pas vraiment l'expérience des interactions sociales et se retrouve souvent avec un sourire embarrassé aux lèvres – que je trouve tout simplement adorable. Je ne comprends pas pourquoi Athéna s'acharne à nous envoyer là-bas systématiquement. Ca va faire cinq fois en moins d'un an. A vrai dire, je crois que l'attitude de la prêtresse d'Odin la défrise un peu. Cette dernière a carrément fait exécuter deux de ses chevaliers lors de la résurrection générale – les Dieux ont fait leur BA du siècle après la bataille d'Hadès. Raison avancée : haute trahison. Heureusement que notre Déesse ne se prend pas autant au sérieux, tiens !
Enfin, Hilda a opté pour la peine de mort… Qu'elle dit ! Andréa a trouvé un des pseudos tués, enchaîné dans une pièce cachée dans une partie inutilisée du château. Un crabe, ça vit dans des trous, c'est bien connu. Notre Italien est fidèle à son signe astrologique et il a dégoté deux, trois passages secrets qu'il utilise la nuit pour se balader incognito dans le palais. Bud est un grand gars qui aurait été costaud s'il n'avait pas été si maigre. Il s'est planqué dans un coin quand Le Cancer est entré comme s'il craignait que ce dernier le bourre de coups. D'ailleurs, il était couvert d'hématomes. Sympa l'hospitalité d'Asgard !
« Je n'ai jamais dit que nous allions le laisser là, » reprend vivement le Bélier, m'arrachant à mes pensées.
Ses yeux se sont étrécis en deux fines lignes violettes. Mu de Jamir est en rogne, braves gens ! Planquez-vous et accrochez-vous à votre dentier !
« Mais nous pouvons difficilement repartir en l'emmenant dans nos bagages, » continue-t-il plus calmente.
« Tu veux quand même pas aller trouver miss Hilda et lui annoncer la bouche en cœur que nous avons trouvé – en nous baladant sans sa permission dans son château – un des chevaliers qu'elle était censée avoir exécuté ? »
« Et comment comptes-tu faire, toi ? »
« Je vais le chercher la nuit, je l'emmène et je file incognito. Au matin, vous n'aurez qu'à dire qu'Athéna m'a fait revenir et, qu'en brave toutou à sa déesse, je suis parti la rejoindre ! Le temps qu'ils s'aperçoivent de la supercherie et je serai déjà loin avec mon colis ! »
J'aime Andréa comme un frère, c'est vrai. Mais parfois, je me demande où il va chercher ses plans bancals.
« Quoi ? » fait-il un peu sur la défensive tandis que nous le fixons avec une certaine incrédulité.
« Ecoute, frangin. D'habitude, je te suis dans tous tes coups foireux mais, là, je crois que je vais d'abord écouter ce que Mu a à proposer. »
« Trop aimable. »
« Fayot ! »
Que c'est bon de se sentir aimé et apprécié.
« Ca fait longtemps que Shura est parti, » fait soudain remarquer le Bélier d'un air inquiet.
Lorsqu'il prend cette expression, une ligne se creuse entre ses sourcils, si fins qu'ils sont à peine visibles, juste entre ses points de vie. J'ai envie de le prendre dans mes bras dans ces moments-là, de le rassurer. Mais en l'occurrence, il a raison d'être inquiet. Shura est parti en reconnaissance au travers des passages secrets découverts par Andréa, à la recherche du deuxième chevalier censément exécuter.
« Ouais… Et nous pouvons difficilement partir à sa recherche… »
« J'aurais dû aller avec lui ! Il n'a pas le sens de l'orientation, cet idiot ! »
Mon Rital préféré a beau prendre un air bourru, il est inquiet lui aussi. Le silence tombe sur nous comme une chape de plomb et nous revenons à notre attente anxieuse. Enfin, la porte de la chambre de Mu et Shura, dans laquelle nous nous sommes réunis, s'ouvre et le Capricorne – visiblement secoué – entre, couvert de suie et de toiles d'araignées.
« C'est la dernière fois que je joue les James Bond ! » nous prévient-il avant de se rendre directement dans la salle de bain.
Comme un seul homme, nous le suivons et le regardons retirer son pull et dégrafer son pantalon. Il se retourne soudain vers nous.
« Pour le strip-tease, ce sera un autre jour, les gars, » prévient-il.
A côté de moi, Mu rougit comme une pivoine et se détourne précipitamment.
« D… Désolé, Shura mais… »
« Au rapport, mec ! » exige Andréa. « Mets-toi à poil, après tout nous sommes tous bâtis pareil… ou presque, » ajoute-t-il avec un regard mauvais en direction de Mu.
Si ce dernier relève la pique, il n'en laisse rien paraître et marmonne à l'Espagnol de ne pas traîner avant de repartir vers la chambre.
« Vous attendrez que j'aie pris une douche, » réplique le Capricorne avant de tomber le pantalon.
Il rabat rapidement le rideau de la douche rudimentaire sur son anatomie toute en angles et en méplats pour réapparaître quelques minutes plus tard, frigorifié par l'eau glacée et les lèvres presque bleues.
« Bon sang ! Je vais finir par crever d'une pneumonie ! Ils ne connaissent pas l'eau chaude dans ce trou ? »
Faut croire que non, frangin ! Je jette un œil à mon reflet dans le miroir de la salle de bain et réarrange mes cheveux distraitement, le temps qu'il cesse de jurer et s'habille rapidement.
« Alors ? »
Nous rejoignons la chambre et Mu qui manifestement a eu le temps de se recomposer.
« Je l'ai trouvé. »
Enfin une bonne nouvelle.
« Mais il ne sera pas capable de marcher, je crois. »
Shura s'installe sur un lit, toujours frissonnant de sa douche froide.
« J'ai continué dans ta voie, » fait-il à l'intention d'Andréa. « Ca a fini par donner sur un grand couloir. Je ne suis pas sorti directement et heureusement, d'ailleurs. C'est dans la partie inhabitée du château : poussière, toiles d'araignées et compagnie. J'ai entendu des bruits de pas, donc je suis resté planqué. C'était Hagen et Siegfried. Je les ai suivi jusqu'à ce qu'ils entrent dans une pièce, tout au bout du couloir. Je me suis planqué derrière une statue en attendant qu'ils repartent. Ca a pris un bon bout de temps mais finalement, ils sont ressortis. J'ai attendu un petit temps, histoire d'être sûr qu'ils étaient partis pour de bon : et je peux vous dire que ça caillait des billes ! Finalement, je suis entré, ce n'était pas fermé. Je n'ai jamais vu un être humain dans cet état. Je ne vais pas entrer dans les détails mais c'est un miracle qu'il soit toujours vivant, il est maigre à faire peur et il a à peine eu la force de relever la tête vers moi. Ils le laissent à poil dans cette pièce ! »
« Faut les sortir de là ! Même moi, je ferais jamais ça à un ennemi ! » s'exclame Andréa.
Je dois bien avouer que je suis d'accord avec lui. Nous nous tournons alors vers Mu qui est resté impassible pendant le récit de Shura.
« Tu vas pas encore nous dire que les tirer de là serait inconsidéré ! » jette le Cancer d'un ton rogue.
« Je maintiens qu'agir maintenant serait stupide, » persiste le Bélier.
Il lève une main coupant les protestations du Cancer. Le Capricorne, lui, est trop occupé à tenter de se réchauffer pour prendre une part plus active au débat. Je me lance à mon tour dans la bataille.
« Tu as entendu comme nous… Ils ne resteront pas longtemps vivants ! Si c'était moi à leur place, je serais content que quelqu'un se préoccupe de mon sort ! »
Le côté des 'méchants' je connais. Si ce n'était la miséricorde de ma déesse, j'y serais toujours…
« Mais je n'ai jamais dit le contraire ! » siffle le Tibétain à bout de patience. « Mais agir, maintenant, pendant que nous sommes en mission diplomatique serait voué à l'échec. Une fois qu'ils nous penseront partis, il nous sera plus aisé d'exécuter un boulot d'extraction que si nous devions justifier sans cesse nos actes à leurs yeux, vous ne pensez pas ? »
Je ne sais pas pour Andréa mais, tout d'un coup, je me sens très bête.
« Et on repart comment ? »
Décidément, un Cancer, ça ne se laisse pas facilement démonter mais Mu se contente de sourire.
« Tu oublies qui je suis, humain, » fait-il doucement.
Il ne nous rappelle pas souvent qu'il est un Atlante, d'une race différente de la nôtre et, comme à chaque fois, un silence gêné s'abat sur nous. Un moment, une lueur ressemblant étrangement à de la tristesse traverse ses yeux, dont la forme rappelle ceux des chats ou des renards, mais elle est partie si vite que je ne peux jurer qu'elle ait jamais été là.
« Sans mon cosmos, je ne pourrai pas nous téléporter très loin mais ce sera suffisant pour nous donner une confortable avance. »
Très bien. Notre départ est annoncé pour demain nous avons donc peu de temps pour planifier notre expédition. A nouveau, je me sens vivant et le sourire réservé que m'adresse presque timidement le Bélier suffit à m'exciter davantage. Je ne vais pas dormir beaucoup cette nuit.
A suivre
