Défi – blog
Titre : Captivité
Auteur : Kashiira
Genre : POV, angst, lemon, NCS, plutôt sombre, pas pour les petites natures, quoi ! ;
Source : Saint Seiya
Couple : aha ! Surprise -
Note 1 de l'auteur : J'ai lancé le défi, il était normal que j'y réponde, non ? - En tous cas, motivons les troupes ! Allez les filles (et les gars !) ! Au turbin ! Livrez-nous les pensées intimes de vos chouchous ! -v
Note 2 de l'auteur : Cherchez bien dans la suite de l'histoire, il y a un petit clin d'œil à l'une des fics de Lakhesis que j'ai beaucoup aimé ! - De plus, à cause de cette même fic, le scénario de mon défi a complètement changé ! snif ! ;;; Et puis, Albebemou avec son commentaire sur le premier chapitre m'a fait cogiter aussi sur l'histoire, bref : c'est rien que de leur faute, voilà ! (Ka' ou l'art de rejeter la faute sur les autres ;)
Note 3 de l'auteur (après c'est fini. Promis, je vous laisse lire) : Bon, le découpage par jour va un peu changer et les points de vue aussi, je dois dire… ; gomen !
Captivité
IV
Bud
Est-ce encore un rêve ? Un leurre ? Ces hommes qui m'ont emmené ne sont-ils que le produit de mon esprit ?
Bercé par le bruit régulier de l'étrange appareil dans lequel ils m'emmènent, je tourne la tête sur le côté. Alberich est allongé à mes côtés sur une civière. Je peine à reconnaître l'homme arrogant que j'ai gardé dans mes souvenirs dans cette ombre fragile et meurtrie. Ses cheveux ont poussé et pendent en mèches sales le long de ses épaules. Son visage s'est creusé et ses pommettes ressortent, anguleuses, aussi délicates que les os d'un oiseau. Je me rappelle de ses bras autour de moi, dans notre geôle commune. Je l'ai repoussé alors mais à présent, je voudrais lui prodiguer le même réconfort qu'il m'avait apporté à l'époque. Seulement, je n'ose pas. J'ai l'impression que le moindre contact pourrait le briser. Me relevant sur un coude, je caresse son front du bout des doigts avant de me concentrer sur nos sauveurs. Celui aux cheveux mauves s'est endormi dans son fauteuil et l'autre homme aux cheveux longs le borde soigneusement sous une chaude couverture malgré les remarques acerbes d'un homme aux traits durs et cruels. Le quatrième a un profil aussi tranchant que la lame d'une épée et les regarde avec quelque chose comme de l'amusement dans les yeux. Sans doute a-t-il senti mon mouvement car il se tourne vers moi mais ne dit rien, se contentant de me fixer gravement.
« Qui êtes-vous ? »
Ma voix ressemble davantage au produit de la gorge d'un animal qu'à celui d'un humain.
« Nous sommes au service d'Athéna, » répond-il d'une voix neutre dans laquelle transparaît un chaud accent venu tout droit du sud.
« Ouais, » renchérit son voisin – ils ont un timbre de voix assez similaire, c'est étrange. « Nous on est le service clientèle ! Satisfait ou remboursé ! »
Une vague de faiblesse m'envahit soudain et je dois me recoucher.
« Je ne comprends pas… »
« Tu aurais préféré qu'on vous laisse là-bas ? Ca peut toujours s'arranger, tu sais ! »
« Andrea ! »
« Ben quoi ? »
Il y a une véritable camaraderie entre eux. L'homme aux pâles cheveux bleus lance un coussin à son vis-à-vis qui le menace de l'étouffer avec s'il n'arrête pas. Avec pour seule réaction un éclat de rire clair et un brin moqueur. Celui qui m'a parlé en premier les laisse à leur dispute bon enfant et vient s'accroupir à mes côtés.
« Lui, c'est Alberich, n'est-ce pas ? » demande-t-il en désignant mon compagnon d'arme toujours inconscient. « Et toi tu es l'un des jumeaux… mais je ne sais pas lequel. »
Syd. Mon frère. A cette pensée, les larmes me viennent aux yeux mais je les chasse obstinément. J'ai suffisamment pleuré pour le restant de ma vie dans les geôles d'Asgard et, même si la mort de mon frère restera toujours sur ma conscience, je ne veux pas montrer mes faiblesses à ces chevaliers.
« Bud… C'est mon nom. »
« Moi, c'est Shura, chevalier du Capricorne. »
Il hésite avant de sourire d'un air un peu penaud.
« Enfin... Ex-chevalier du Capricorne, nous avons tous dû prendre une retraite forcée. Le bel endormi, c'est Mu du Bélier. A côté de lui, Aphrodite du Poisson. Et le ténébreux renfrogné, c'est Andrea du Cancer. »
« Masque de Mort ! » rectifie ce dernier avec une expression menaçante qui au final est surtout un brin bougonne.
« Repose-toi, » conclut Shura. « Nous en avons encore pour un bon moment avant d'arriver à destination. »
« Si tu as besoin de quelque chose, n'hésite pas à demander ! » ajoute Aphrodite en se penchant par dessus l'accoudoir de son siège.
Je voudrais leur dire que je n'ai besoin de rien mais le sommeil m'empêtre dans ses filets et je sombre bientôt dans le néant.
Lorsque je me réveille, je suis dans un lit moelleux, dans une chambre entièrement blanche. Il me faut un moment avant de réaliser que je dois être dans ce que les chevaliers avaient appelé un hôpital. Je me redresse sur un coude, je suis couvert de pansement mais j'ignore la douleur – c'est une vieille compagne, je m'y suis habitué jusqu'à un certain point – pour me concentrer sur l'occupant du lit voisin au mien.
Alberic.
Il est si pâle que je me demande un instant s'il n'est pas mort mais le léger mouvement de son torse me rassure bientôt. Un tuyau semble planté dans son bras et un liquide y coule, goutte par goutte. Mal à l'aise, je détourne les yeux pour observer la pièce. En dehors des deux lits, elle est presque entièrement nue. Il y a une table contre le mur du fond, deux chaises. C'est plus ou moins tout.
Je ne peux m'empêcher de sursauter en revenant sur mon compagnon. Ce dernier a ouvert les yeux et me fixe avec une lassitude résignée.
« Est-ce que tu es un rêve ? » souffle-t-il d'une voix rendue rauque d'avoir trop crié.
Je secoue la tête.
« Si c'est le cas, alors tu devrais peut-être me qualifier de cauchemard. »
Il ne sourit même pas à ma pauvre tentative de plaisanterie.
« Je ne te demanderai pas comment tu te sens… »
« Non… Ne demande pas. »
Il y a un vide dérangeant dans sa voix et son regard, je ne le reconnais pas. Qu'est devenu l'homme arrogant, ambitieux et orgueilleux que j'ai connu ?
« Où… sommes-nous ? »
« Je ne sais pas exactement. Mais plus en Asgard, ça j'en suis sûr. »
Il y a du soleil qui entre à flot par la fenêtre de notre chambre, plus que je n'en ai jamais vu de toute ma vie, et la chaleur dans la pièce est presque incommodante. Alberic me regarde avec surprise, la première émotion que je lui vois depuis tout à l'heure.
« Comment ? Je ne me rappelle pas… »
« Normal, tu étais dans les choux. Note, je n'étais pas mieux non plus. Nous devons notre salut à Athéna… Ironique, non ? »
C'est notre ancienne ennemie qui nous a sauvé. Alors qu'au fond, nous étions les bad guys parmi les bad boys de l'histoire. Il ne me répond pas, manifestement mal à l'aise face au nom de la déesse. Il y a de quoi, moi-même, je ne sais pas trop sur quel pied danser.
Pourquoi ses chevaliers nous ont-ils sauvés ?
« Tu es réveillé. »
Alarmé, je me retourne vers le nouveau venu que je n'ai pas entendu entrer. C'est l'homme aux longs cheveux mauves. Mu, si je me souviens bien. Il me sourit mais c'est un geste distant, d'une polie indifférence. Il me met mal à l'aise. Et à la soudaine application d'Alberic à paraître endormi, je ne suis pas le seul.
« Comment allez-vous ? »
« Ca peut aller. »
C'est vrai. J'ai mal partout et j'avalerai bien un cheval entier mais sinon, je ne me sens pas en trop mauvais état. Le Bélier hoche la tête mais ne dit rien. Il semble attendre quelque chose. Pas dupe, le gars.
« Hum… Al' ? »
Mon compagnon laisse échapper un minuscule soupir et entrouvre les yeux.
« J'ai connu des jours meilleurs, » murmure-t-il.
Une lueur, ressemblant à de la compassion, brille dans le regard de notre vis-à-vis mais si vite éteinte que j'en viens à douter de sa présence.
« Athéna a pris sa décision. Vous êtes désormais considérés comme réfugiés politiques. Elle n'a pas communiqué votre présence ici à Asgard. »
Il se tait un instant, sans doute pour nous laisser le temps de digérer la nouvelle. Les mots tournent dans mon esprit sans y trouver de véritable signification, je ne comprends pas. Nous étions ennemis, pourtant. Mu s'approche des lits et pose la main, sur le montant de métal.
« Les dieux nous ont redonné à tous une nouvelle chance. Athéna pense que personne n'a le droit de la reprendre. »
Cette fois, sa voix est vivante, sincère, son regard chaleureux et son sourire un peu timide. Il nous offre une vision du véritable Mu de Jamir avant de revenir à sa réserve première.
« Vous vivrez dans un premier temps dans une maison sur le territoire du Sanctuaire, le temps de vous rétablir. Ensuite, vous choisirez ce que vous voulez faire. En attendant, reposez-vous. »
Il se détourne et va pour sortir mais je le rappelle.
« Mu. »
Il se retourne d'un air interrogateur.
« Merci. »
Il reste un moment silencieux comme s'il ne savait pas trop quoi me répondre avant de se fendre d'un minuscule sourire.
« De rien, » fait-il avant de quitter la pièce.
Je me sens épuisé par ce court échange et, malgré mon besoin de réfléchir, je m'endors avant même que ma tête ait touché l'oreiller.
Le temps passe lentement en Grèce. C'est dû à la chaleur, paraît-il. C'est ce que m'a dit aphrodite. Andrea, lui, appelle ça la Dolce Vita. Je ne suis pas sûr de bien comprendre ce que ça signifie. Nos sauveteurs passent beaucoup de temps dans notre chambre. Ca met Alberic mal à l'aise et il n'ouvre pratiquement pas la bouche, se contentant de somnoler mais, moi, ça me fait du bien.
C'est la première fois que je me retrouve entouré de la sorte et je commence à me rendre compte de ce que j'ai manqué durant mon enfance et mon adolescence. L'amitié.
Bien sûr, Alberic et moi sommes amis, enfin je le pense, mais nous ne nous sommes jamais tapés dans les côtes en riant comme Andrea et Aphrodite, par exemple. Je les envie ces deux-là. Shura, aussi, d'ailleurs. Il n'est jamais bien loin, j'ai l'impression qu'il est un peu le garde-fou du trio. Parfois, le Suédois parvient à tirer Mu parmi eux, mais ce dernier ne semble jamais à l'aise, toujours retranché derrière son masque lisse d'indifférence. Andréa semble particulièrement mal à l'aise en sa présence et passe son temps à lui cracher des piques. Les autres sont circonspects aussi mais beaucoup plus amicaux envers lui. Note, il ne se laisse pas faire le Mu. Quand Andrea lui échauffe suffisamment les oreilles, il le calme généralement d'une petite pique ou d'une remarque à première vue innocente. Ca se termine généralement par Cancer et Bélier, chacun postés le plus loin possible l'un de l'autre, enfermés dans un silence plus ou moins boudeurs.
Les docteurs ont enlevé les 'tubes' du bras d'Alberic. Il est toujours incapable de se déplacer seul. Il peut marcher un peu mais en se tenant à quelque chose et pas trop longtemps. Lorsque nous avons quitté l'hôpital, je suis parti sur mes deux pieds mais les infirmières ont insisté pour qu'il s'installe dans un fauteuil roulant. J'aurais pensé qu'il se serait senti humilié mais il n'a pas protesté et s'est assis docilement. Il a gardé les yeux fermé tout le trajet, comme s'il somnolait, mais je sais qu'il retenait simplement ses larmes.
Je voudrais tellement le voir réagir comme d'habitude mais j'ai bien l'impression que cette époque est désormais révolue…
A suivre.
