Dix mois plus tôt, Hermione Granger fêtait ses vingt ans. Il était aux environ de trois heures du matin, et la plupart de ses amis n'étaient plus tout à fait sobres. Son anniversaire tombait exactement un mois après la défaite du mage noir, et si l'on buvait pour célébrer, on fêtait aussi pour oublier.

Oublier Ron, notamment. Ron mort. Mort plus de trois mois auparavant. Oui, mort. La recherche et la destruction des horcruxes n'avait pas été sans risque et une entreprise mal préparée et surtout prise par surprise avait conduit à la mort de nombre d'entre eux. Dont Ron, qui fut attitré de l'Ordre de Merlin, à titre posthume.

Posthume. C'est cela à quoi se résume la vie, une fois mort : posthume. Même son mariage récent avec Ginny n'avait pas empêché Harry d'être complètement rongé par la culpabilité. Il s'infligeait souvent une auto-flagellation en souvenir de son meilleur ami, et se perdait dans « et si… » qui n'arrangeaient rien.

Mais pour le moment, au 77 Eagle Street, il n'était pas question de Ron. La conversation devenait de plus en plus incohérente au fur et à mesure que le niveau de vodka baissait. Fred et George portèrent un toast en beuglant.

« A…DOBBY ! Mon meilleur ami ! »

Plus ils éclatèrent d'un rire qui avait du réveiller le voisinage à au moins cinq kilomètres à la ronde. Neville gisait sur le canapé dans une position totalement indécente, et les jumeaux en avaient profité pour lui mettre des cacahuètes dans le nez et le prendre en photo. Ginny gloussait joyeusement d'un gloussement qui n'avait rien de naturel. Son visage devenait de plus en plus rouge et elle commença à rire comme une petite vieille de tout et n'importe quoi. Harry se leva en chancelant et déclama, une main sur le cœur :

« Boddy euh…DOBBY, mon ami, que dis-je !

Mon meilleur ami,

Puissent tes chaussettes t'apporter la paix morale

Que tu mérites et avoir moult cache-théière.

POIL AU DERRIERE ! »

Tout le monde éclata d'un même rire. L'atmosphère était hilare et même les jacassements de la voisine aigrie du dessus furent totalement ignorés. Hermione, de loin la plus la plus sobre du groupe, jeta un regard nostalgique sur la place vide à la droite d'Harry… à la droite…

En effet, Ginny était affalée à même le sol à présent, se tordant de rire depuis dix minutes sans qu'on sache pourquoi. Luna avait pris possession des toilettes depuis si longtemps qu'ils avaient oublié qu'elle était là.

Mais pour le moment, une indéniable vérité commençait à les assaillir : l'alcool commençait à faire défaut. Or, il n'était pas de 20ème anniversaire qui ne tienne sans alcool ! Cependant, ce n'est que lorsque Harry cria :

« Herrrrrrrr-miôôôôô-neuuuuh, y'a plus de vodka ! »

Et éclata en sanglots semblables à des sirènes d'alarme qu'Hermione se décida à aller faire quelques emplettes dans le supermarché ouvert 24h/24, 7j/7 au bas de sa rue. Sans savoir qu'à 3h33 minutes du matin, le jour de son anniversaire (enfin techniquement, le lendemain), sa vie allait basculer.

L'air frais de la rue déserte la fit frissonner. Elle n'avait malheureusement pas pensé à se vêtir d'un gilet. Le ciel était clair, pur, comme toujours en ce début d'été. Son esprit restait lucide et ne ployait pas sous l'effet de l'alcool. Après tout, elle demeurait Hermione Granger, la raisonnable Hermione.

Son regard croisa son propre reflet sur une vitrine éclairée par un réverbère chancelant. Elle ne vit pas une fille incroyablement séduisante ou attirante. Non, Hermione ne s'était pas mue en une sorte de divine créature au cours de ces dernières années. Elle avait certes mûri, et c'était à présent une élégante jeune femme, assez petite et à la taille très fine, ses yeux étincelaient toujours de son intelligence, mais elle n'avait pas, par quelque miracle inexplicable, réussi (ni essayé) à dompter son indomptable chevelure. Elle était vêtue très euh… mal. Un jean et un vieux et long t-shirt d'une couleur indéfinissable, entre moutarde et brun, des chaussures bleu clair. De toute manière, à trois heures du matin passées, il n'y aurait personne dans la boutique.

Elle déambula joyeusement dans cette rue calme, songeant à toutes les personnes endormies qui ignoraient qu'Hermione Granger se trouvait au bas de chez eux. Elle atteignit la porte de la petite supérette. C'était le seul endroit vivant de la rue. L'ambiance, pourtant, faisait penser à une scène de film, avec la pauvre vacillant parmi les boîtes de conserve. Elle salua distraitement le vendeur qui paraissait s'ennuyer ferme et commença à remplir à remplir son sac de divers alcools.

Mais alors qu'elle tendait la main vers la dernière bouteille de whisky, un quidam rustre fut plus rapide qu'elle. Hermione fronça les sourcils, coupée dans ses pensées.

« Excusez-moi mais… »

Commença-t-elle, en levant les eyux vers le propriétaire de cette main inopportune et sans gène. Quelle ne fut pas sa surprise lorsqu'elle se heurta à deux yeux gris et à ce petit sourire mesquin à la limite de la perversité.

Drago Malefoy.

Sur les six milliards d'individus dans le monde, il fallait qu'elle tombe sur lui, au beau milieu de la nuit, en train de réapprovisionner son stock d'alcool dans une supérette moldue. Si ce n'était pas l'ironie du sort, un mauvais coup du destin, c'était de toute évidence le plus mauvais hasard que la vie lui eût réservée.

Le regard d'Hermione se durcit. Elle revécut une fois encore les événements de cette nuit-là. Comme s'il n'était pas suffisant d'avoir déjà ses songes possédés par ce souvenir…

Depuis cette nuit-là, rien ne la dégoûtait plus que ce petit sourire, ces yeux aussi chaleureux qu'une porte de prison, et rien que le nom de Drago Malefoy lui donnait envie de vomir –pourtant elle n'avait guère mangé de la journée.

« Tiens, tiens, tiens… En plus qu'être insomniaque, te voilà devenue alcoolique Granger. Tu te dévergondes dis-moi » lâcha la voix traînante et cynique du blond.

« Et toi alors, tu comptes suivre les traces de feu ton père ? »

Elle l'avait dit. Elle avait franchi la limite invisible. Elle regretta ses paroles au moment même où elle s'entendit parler. Il fit brusquement volte-face vers elle, blessé mais surtout les yeux flamboyant de colère. Mais avant d'avant d'avoir pu esquisser le moindre mouvement ou la moindre parole, la vitre du magasin vola en éclats dans un fracas assourdissant. Non, Drago Malefoy ne fonça pas sur Hermione pour la protéger, ils se marièrent et eurent beaucoup d'enfants.

D'un même mouvement, ils plongèrent se protéger derrière le rayon de chocolats et autres sucreries. Hermione sentit plus qu'elle n'entendit la petite troupe qui venait d'entrer.

L'une des personnes encapuchonnée, d'un simple mouvement de baguette, fit léviter le vendeur et alla l'écraser contre les étagères. La jeune fille risqua un regard. Ils étaient dix, tous vêtus de rouge, comme elle l'avait soupçonné. Les mangemorts survivants avaient crée la Vengeance suite à la défaite de leur maître, et ce mouvement prenait chaque jour un peu plus d'ampleur. Comme quoi, même sans leader charismatique, le mal n'a besoin de personne pour proliférer.

Sans réfléchir, Hermione se servit de son expérience de la Grande Guerre pour assomer deux de ses adversaires. Mais elle comprit qu'ils n'étaient pas venus pour elle lorsque l'un d'eux hurla « Traître ! » avant de se ruer sur Drago.

Malgré l'acharnement de Drago et d'Hermione, ils se retrouvèrent bientôt encerclés par six vengeurs. Une voix s'éleva du groupe, cela aurait pu être une voix de femme, mais cette voix vous glaçait le sang, comme une voix venue d'outre-tombe.

« Tu es un traître, et on ne pardonne pas à la sale engeance comme toi ! »

D'un même mouvement, ils levèrent leurs six baguettes sur Dargo. Par réflexe, Hermione créa un faible bouclier de protection, d'autant plus faible qu'il les recouvrait tous les deux) mais cela ne suffit pas à contrer la force de l'explosion qui projetta le blond dans les airs. Il se cogna dans le plafond avant de retomber lourdement au sol, dans un très mauvais état.

La situation s'annonçait désespérée. Elle était à présent seule face à six adversaires. Etrangement, ils semblaient ne pas s'intéresser à elle. L'un des vengeurs parla d'une voix précipitée.

« Et celle-là, elle pourrait parler … »

La voix d'outre-tombe lui répondit et Hermione ne put s'empêcher de frissonner de terreur.

« Qu'elle parle, que tous sachent que la Vengeance s'occupera d'abord des traîtres et des lâches ! »

Ils éclatèrent d'un même rire, froid, glacial, sans joie, et disparurent. La jeune fille se laissa glisser sur le sol, figée d'horreur, seule. Enfin, plus pour longtemps…

« Miss Granger ? »

Hermione leva les yeux vers le nouvel arrivant. Dumbledore, vêtu d'une longue robe jaune canari aux motifs étranges, tenait un esquimau au citron dans la main tout en la regardant d'un air étonné.

« Professeur… Malefoy… une attaque.. la Vengeance… »balbutia-t-elle, incohérente. Le brouillard emplit son champ de vision et elle sombra dans l'inconscience, avec toutefois une pensée réconfortante. Dumbledore. Rien de pire ne pouvait arriver.

Bien entendu, elle se trompait et n'allait pas tarder à le découvrir.