Les sept péchés capiteux
Note aux lecteurs:j'ai vu que vous étiez assez nombreux à me lire, et cela me fait plaisir, bien que vous soyez peu bavards... Je dédicace ce chapitre à Tempus Frangit, grande fan de Ron devant l'Eternel et qui m'a beaucoup aidée dans l'écriture de ces one-shots.
La luxure
Tout dormait dans le calme dortoir de la tour Gryffondor. Pas un bruit, si ce n'est celui, régulier, des respirations. Par la fenêtre, on pouvait voir que la lune se levait à peine: la nuit commençait. Dans le parc, les animaux nocturnes prenaient vie. Les hiboux s'envolaient de la volière et partaient chasser. Le battement silencieux de leurs ailes emplissait la nuit. Dans la chambre des troisième année, les rideaux des lits étaient fermés, protégeant leurs occupants de la vie nocturne.
Ron, enfoui dans son édredon jusqu'au nez, dormait comme un bienheureux. Pas un de ses cils ne bougeait, seules ses narines étaient animées d'un faible frémissement. Il ne rêvait pas, non, il dormait du sommeil du juste. Pas de cauchemars; aucune fantasmagorie ne venait troubler son repos. Puis, sans que personne sût jamais pourquoi, ses paupières frissonnèrent, il papillonna des yeux et s'éveilla, encore dans un demi-sommeil. Il avait cette étrange impression d'être observé.
Stupide! songea-t-il, tout le monde dort à cette heure. Qui pourrait avoir l'idée saugrenue de venir l'admirer au beau milieu de la nuit? Un sourire désabusé apparut sur ses lèvres à cette pensée. Tiens? Ses couvertures faisaient une drôle de bosse au pied de son lit. Et il n'avait pas souvenir que son édredon fût violet. Étrange... Deux petits pieds nus, des jambes fines. Une robe d'un mauve soutenu, fendue jusque haut sur une cuisse charnue. Des hanches pleines, une taille fine. Un décolleté plongeant qui laissait transparaître une gorge blanche et ferme. Un cou exquis, des lèvres parfaites qui s'étiraient en un divin sourire. Une cascade de cheveux d'un noir profond vagabondaient librement en ondulant sur des épaules rondes. Et des yeux! Merlin, ce n'était pas permis. Ces deux billes d'améthyste lançaient un regard à la fois doux et enjôleur sur un pauvre garçon roux qui n'en avait jamais tant demandé. « Bonsoir... »
Tout à fait réveillé, Ron écarquilla les yeux. La jeune femme, qui venait de le saluer de sa voix cristalline, le regardait effectivement avec un regard gourmand. Merlin, Merlin, Merlin... Que faisait cette créature dans son lit? Dans son lit! Une rougeur couvrit soudainement les joues du garçon. Il ramena ses jambes à lui et se fit le plus petit possible, tout en s'éloignant de cette si belle femme.
« Qu-qu-qui êtes-v-v-v-vous? bégaya Ron, mal à l'aise.
- Comment? Tu ne m'as pas reconnue mon petit? Mais je suis la Luxure... susurra-t-elle.
- La-la-la quoi?
- La Luxure, mon petit caramel au beurre salé. » Ron parut outré du surnom, mais ne broncha pas. « J'enseigne l'art des plaisirs de la chair. Je suis suggestion, soupir, gémissement. Je suis le sel et le piment. Je suis le zeste du citron qui éveille les sens.
- Et... p-pourquoi êtes-vous là?
- Je ne suis pas là, mais ici, à tes pieds mon canard cuivré... » Sans faire attention à la grimace de Ron, la Luxure s'approcha de lui. « Alors mon garçon? Tu ne connais pas les plaisirs que j'enseigne? Mais dis-moi, quels sont les plaisirs dont tu raffoles?
- Euh... jouer aux échecs avec mes amis, manger, dormir...
- Tu n'as donc jamais eu d'expériences plus... sensorielles? Plus tactiles? »
Ron la regarda, éberlué. Il ne savait que penser de cette femme si troublante. Puis celle-ci se mit à chantonner d'une voix suave un air lascif aux accents exotiques. Ron ferma les yeux, se laissant bercer. La voix cessa. Il rouvrit les yeux. La Luxure était là, à quelques centimètres de lui. Il voulut se reculer, il sentit une rougeur lui monter au visage. Mais il était coincé entre la tête de son lit et celle du Péché. Il pouvait toujours rouler sur le côté et s'étaler sur le parquet, mais il ne pensait pas que réveiller tout le dortoir fût une bonne solution. Alors il se contenta de baisser les yeux devant ce regard violet et de rougir.
« Allons, n'aies pas peur, je ne te veux aucun mal! » chuchota la belle dame au creux de son oreille. Et Ron de rougir de plus belle. « Tu sais que tu es plutôt beau garçon? » Ce disant, elle promenait ses doigts en une caresse aérienne sur le bras du Gryffondor. Mais ce qui aurait dû être félicité n'était plus que gêne pour le pauvre Ron. Il ne savait plus où se mettre devant cette dame impressionnante.
Sentant la gêne du jeune homme, la Luxure émit un léger souffle. Aussitôt, Ron commença à se détendre. Il avait cessé de penser; il était moins gêné; il ne réfléchissait plus aux conséquences de ses actes (pas qu'il l'eût beaucoup fait auparavant, mais disons qu'il ne se sentait plus encombré de son propre corps). La belle femme était maintenant allongée à ses côtés et elle continuait de lui murmurer des paroles de miel. Elle semblait les déposer au creux de son oreille, tel un bijou dans un écrin. Ses caresses se faisaient plus insistantes, mais Ron était tellement bien dans les bras de cette femme que, tout innocent qu'il était, il s'endormit, bercé par cette douce voix. Autant dire tout de suite que la Luxure fut vexée de cette réaction, et elle jura que plus jamais elle ne s'occuperait de jeunes et naïfs puceaux!
Le réveil fut difficile pour le rouquin. Il lui semblait avoir fait un rêve étrange, mais non désagréable. Comme le rêve fuyait sa mémoire engourdie, il abandonna la lutte et pensa à la journée qui l'attendait. Ses camarades de chambre étaient déjà debout depuis quelques minutes. Dean et Neville se disputaient pour savoir à qui appartenait la chaussette que Seamus avait trouvé sous son lit, et ils se mirent d'accord sur le fait qu'elle était la propriété d'un Harry qui émergeait tout juste des limbes. « Hey! Qu'est-ce qui se passe? » s'égosilla Ron. Les quatre paires d'yeux convergèrent vers lui. Puis, sans prévenir, les quatre garçons éclatèrent de rire. Ron ne comprenait pas et commençait à paniquer.
« Quoi? Qu'est-ce qu'y a? J'ai quelque chose de bizarre? » Il avait beau s'agiter, il ne voyait rien. Ses camarades, habillés, ne répondirent rien et quittèrent le dortoir en babillant.
« Tu as vu?
- Oui... Dans ses cheveux!
- Violette qu'elle est sa plume!... »
