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Sous la peau

Chapitre 2

Harry venait de prendre un coup particulièrement brutal.

Comme après un sort vicieux, il avait du mal à respirer et sa poitrine était douloureusement comprimée. Les paroles de Snape résonnaient en boucle dans sa tête.

Il aurait pu décréter que Snape lui avait menti, chasser cette conversation de sa mémoire. Cela lui était impossible, pour la bonne raison que jamais, jamais Snape ne lui avait menti. Il ne commencerait pas maintenant.

Ce qui signifiait qu'il avait une part de responsabilité dans la mort de son vieux maître. Il l'avait bel et bien contraint à boire une potion empoisonnée malgré ses supplications. Il l'avait fait pour obéir à la promesse inviolable, et il s'était haï pour cela. Ce qu'il avait fait, ce qu'il avait ressenti n'était pas si éloigné de ce qu'avait vécu Snape…

Dans son état d'esprit, il lui était difficile de se concentrer sur le cours de Défense. Remus le regardait en fronçant les sourcils depuis un moment pour finalement l'interpeller :

- Harry, je me doute que ce cours doit sembler ridicule à celui qui a vaincu Voldemort. Je vous prierais cependant d'être attentif. Il vous reste quand même quelques petites choses à apprendre…

Harry rougit d'indignation devant l'injustice de ce reproche. Il faillit réagir avec véhémence… mais c'était Remus. Alors il garda le silence, quitte à passer pour imbu de lui-même auprès des autres. Ron lui donna un coup de coude en signe de sympathie.

Lorsqu'ils se retrouvèrent dans les couloirs, Ron demanda :

- Quelque chose te tracasse ?

- Pourquoi dis-tu ça ? marmonna Harry, les nerfs encore à vif.

- Parce que je sais bien que tu ne considères pas le cours de Remus comme indigne de toi, ô grand sorcier !

Harry sourit. Mais il ne répondit pas à la question de Ron. Il ne pouvait pas, tout simplement. Hermione, par chance, détourna la conversation en les bousculant dans sa hâte de courir au cours suivant.

- Du calme, Hermione ! Flitwick ne va pas s'envoler même s'il est léger ! grogna Ron en ramassant ses livres.

- Dépêche-toi au lieu de plaisanter ! Allez les garçons, on perd du temps !

Elle s'éloigna d'eux à grandes enjambées, suivie uniquement par leurs regards. Ron soupira.

- Elle est infernale. Après que tu aies quitté le réfectoire ce matin, elle m'a refait tout un laïus : quelle chance nous avons d'étudier ! Quelle merveille que Poudlard ait réouvert après un an de guerre ! Quelle occasion de finir nos études ! Quelle…

- J'ai compris le message, merci. Elle a raison. Mais c'est quand même dur de se replonger dans les bouquins après tout ce que nous avons traversé.

Les deux garçons échangèrent un regard. En une seconde, ils se remémorèrent les bouffées d'adrénaline, l'excitation, la peur et la victoire finale. L'année, perdue selon Hermione, consacrée à anéantir le Seigneur des Ténèbres n'avait pas laissé que des traumatismes. Les combats leur avait apporté des moments extraordinaires aussi. Il ne fallait pas se voiler la face.

Non, ce n'était pas une année perdue.

Savoir que Ron partageait son sentiment aida Harry à maintenir son attention sur les cours de la journée. Malgré les pensées odieuses qui tourbillonnaient en lui…

Il avait tué Dumbledore. Snape n'avait fait que parachever le travail.

HPHPHPHP

Harry sortit du château, soulagé que le temps clément lui permette de s'aérer près du lac. Il jeta un coup d'œil vers la cabane de Hagrid. Celui-ci lui avait apporté une nouvelle vie sur un plateau d'argent, et Harry avait tout pris, le bon comme le mauvais.

Hagrid faisait partie de ceux qui avaient toujours cru à un malentendu : le professeur Snape n'aurait jamais pu faire le moindre mal à Dumbledore. Ce bon géant, naïf et confiant, avait eu raison contre toutes les preuves du contraire. Il avait réussi à faire douter Harry, que la haine aveuglait.

Durant des mois, Harry ne cessa de revivre le jour tragique, de revoir chaque geste, d'entendre chaque parole… Quelque chose lui échappait. Il sentait qu'il n'avait pas saisi tout ce qui s'était passé. Il voulait parler à Snape, se retrouver face à lui et exiger des éclaircissements. Il voulait comprendre, à toute force.

Il finit en effet par retrouver Snape, torturé à mort par celui qu'il faisait mine de servir. Harry fut presque pris de panique : Snape ne pouvait pas mourir sans avoir répondu à ses questions ! Il suivit avec inquiétude son lent rétablissement à Sainte-Mangouste, se persuadant qu'il voulait seulement des réponses.

Minerva, une pensine et un flacon de Veritaserum lui apprirent qu'il ne s'agissait pas réellement d'un meurtre. McGonagall le lui annonça avec précaution, comme si elle s'attendait à une explosion de colère ou une avalanche de protestations violentes. Mais Harry prit la nouvelle avec beaucoup de calme.

Personne n'aurait pu le convaincre alors de quitter le chevet de Snape. Il fallait reconnaître que personne n'essaya.

Harry s'assit près du lac. Il rêva un moment au Tournoi des Trois Sorciers. Curieusement, avec le recul, c'était devenu un bon souvenir. Un des instants où il avait découvert à quel point il aimait être en danger, sentir l'adrénaline couler dans ses veines. La dualité de son existence le laissait un peu étourdi : aimer le danger et ses frissons (il devait l'admettre), et pourtant détester les conséquences tragiques qui affectaient ceux qu'il aimait. Sirius, Bill, Tonks…

Harry fut tiré de sa rêverie par le bruit des pas sur le gravier. Draco marchait vers lui, les mains dans les poches. Mais sa physionomie tendue démentait la nonchalance de son allure.

- Je te dérange ? commença-t-il, le visage crispé.

- Non, mentit Harry.

Il devait être « gentil ». C'est ce que tout le monde attendait de lui.

- Tu as l'air d'avoir passé une mauvaise journée.

- Pourquoi dis-tu ça ?

- Je t'observe depuis ce matin.

Harry l'enveloppa d'un regard surpris. Draco ne baissa pas les yeux. Les deux anciens ennemis, immobiles, semblaient se mesurer du regard. Harry haussa les épaules et détourna la tête vers le lac.

- Petite baisse de moral, concéda-t-il. Même si tu dois penser que je n'ai pas le droit de me plaindre.

- Ce n'est pas du tout ce que je pense. Tu as traversé des épreuves que personne ne peut imaginer.

- Ah oui ? Tu ne vas pas me jeter au visage que je ne suis qu'un sorcier minable qui a eu la chance d'être plongé dans un chaudron de Felix felicis ?

- Parce que c'est comme ça que tu te sens ? répliqua Draco. Eh bien non, je ne rentrerai pas dans ton jeu. Tu es un sorcier surdoué, heureusement pour nous tous.

Harry faillit se décrocher la mâchoire de stupéfaction. Pourtant le Serpentard semblait d'une absolue sincérité et Harry se demanda ce qu'il avait enduré pour raisonner ainsi. Il ébaucha un sourire.

- Je n'aurais pas cru entendre ça un jour. Je devrais te remercier.

- Non, c'est à moi de te remercier, répondit Draco en secouant la tête. En nous débarrassant du Mage Noir, tu as sauvé beaucoup de vies, dont la mienne. Je serais idiot de ne pas le voir…

Après un court silence, il reprit :

- Me permets-tu de faire quelque chose que j'aurais dû depuis longtemps ?

Harry hocha la tête. Draco planta son regard dans le sien. Harry resta la gorge nouée. Draco lui tendit la main.

La vue de cette paume ouverte donna un étrange frisson à Harry, qu'il ne sut pas interpréter. Il prit la main et la serra. Le contact dura un peu plus longtemps qu'il n'était nécessaire.

Embarrassé, Harry lâcha Draco et recula. Les yeux bleu acier qui le scrutaient ajoutèrent à son malaise. Draco sembla s'en rendre compte ; il dit tranquillement :

- A plus tard, Harry.

Il tourna les talons, laissant le Gryffondor pas tout à fait revenu de sa surprise.

HPHPHPHP

Après avoir un peu tergiversé, Harry revint frapper à la porte de Snape.

Elle s'ouvrit tout de suite, comme d'ordinaire, et Harry fit quelques pas à l'intérieur. Le salon était désert. Il se rendit alors dans la chambre. Snape était assis dans son lit et s'absorbait dans sa lecture. Il ne fit aucun mouvement à l'arrivée de Harry.

Le garçon garda le silence. Il avait décidé de revenir parce qu'il y était irrésistiblement poussé, mais il ne savait que dire. Sa perception des choses avait été bouleversée depuis la veille.

Snape leva finalement les yeux sur Harry mais ne dit rien. Ils s'affrontèrent du regard un moment. Snape céda le premier.

- Je ne m'attendais pas à ce que vous reveniez, Potter.

- Pourtant vous ne m'avez pas fermé votre porte, monsieur.

- Je ne le croyais pas nécessaire.

- Si ma présence vous ennuie tant que ça, marmonna Harry, les dents serrées, je peux toujours…

- Prenez donc une chaise, vous avez l'air épuisé.

Harry contrôla son énervement et obtempéra. Il avait les nerfs à fleur de peau. Face à Snape, cela pouvait conduire au désastre.

Il s'aperçut alors que l'homme avait l'air exténué. Ses traits étaient marqués, ses cernes plus mauves que les jours précédents. Sans compter qu'il ne s'était pas levé.

Harry s'inquiéta :

- Ca ne va pas, monsieur ? Vous n'avez pas l'air bien.

Snape émit un grognement méprisant et évacua le sujet d'un revers de la main.

- Après notre dernière conversation, je ne pensais pas vous revoir. J'étais persuadé que vous souhaiteriez par-dessus tout vous tenir à mille lieues de moi.

- Ca n'a pas été facile de revenir, avoua Harry. Mais j'ai besoin de comprendre.

- Comprendre quoi ?

- C'est moi qui ait tué Dumbledore, c'est bien ce que vous avez dit ?

- Le poison l'aurait tué, pas vous, précisa Snape en crispant ses mains sur les draps.

- Pourquoi l'avez-vous achevé ? Pourquoi avez-vous fait ça ? Ce geste faisait de vous un meurtrier.

- Albus me l'a demandé. Je devrais dire qu'il l'a exigé de notre amitié, par Legilimencie, lorsque nous étions face à face…

Harry se rappela les quelques secondes pendant lesquelles les deux hommes s'étaient regardé dans un silence tendu.

- … Albus ne voulait pas vous laisser ce fardeau supplémentaire sur les épaules. Il serait furieux contre moi en ce moment.

Snape fuyait son regard, tête un peu basse et main se massant le front. Harry sentit de nouveau un étau comprimer sa poitrine mais qui n'avait rien à voir avec Dumbledore.

- Vous l'avez tué pour m'épargner la culpabilité ?

- A sa demande, répondit vivement le professeur. Ce n'était que justice, après qu'il vous ait contraint à lui faire avaler le poison.

Les deux sorciers demeurèrent silencieux un moment, se remémorant ce jour affreux, partageant leur peine.

- Je n'aurais jamais dû vous le dire, soupira Snape. J'ai perdu tout sang-froid en vous entendant chanter mes louanges.

Harry esquissa une grimace. Il connaissait assez bien l'ancien Mangemort, à présent, pour interpréter cette phrase comme une demande de pardon. Cédant à une impulsion qu'il retenait depuis plusieurs semaines, il saisit la main de Snape et la pressa brièvement.

- Vous avez bien fait. J'en ai plus qu'assez que tout le monde me cache la vérité pour mon bien !

Snape le regarda avec une visible stupéfaction. Après une seconde, il retira sa main. Puis il s'agita sur le lit, repoussant les couvertures.

- Mais qu'est-ce que vous faites ?

- Je me lève, Potter. Je suis resté suffisamment alité ces derniers mois.

D'un bond, Harry fut à ses côtés, prêt à aider si besoin. Mais Snape ne daigna pas vaciller. Il demeura debout, les pieds plantés fermement sur le sol, semblant retrouver des sensations oubliées. Il avait l'air bien mieux, subitement.

- Pas d'imprudence, hein ? s'inquiéta tout de même Harry. Vous n'avez jamais tenu debout plus de quelques minutes…

- Cette fois sera différente.

L'homme fit quelques pas prudents jusqu'à son armoire. Il l'ouvrit et tendit la main vers sa cape.

- Mais qu'est-ce qui vous prend encore ?

- J'ai l'intention de sortir. Je ne supporte plus d'être confiné ici comme si j'étais à Azkaban !

- Vous ne savez pas y aller doucement. Accio cape !… Je vous accompagne, dit Harry en réponse à son regard interrogateur.

Sans lui laisser le temps de protester, Harry lui prit le bras et l'aida à gagner la sortie de ses appartements.

L'air sec les piqua. Mais Snape n'en avait cure. Il respirait profondément, avalant de grandes goulées d'air, et ne semblait pas se rassasier de la vue des jardins de Poudlard. Harry tenta de dissimuler sa satisfaction. Snape se rétablissait, cette fois il en était sûr.

Snape qui avait tué Dumbledore pour lui épargner l'horreur de ses propres actes…

Harry soutint Snape plus franchement. Le professeur se laissa faire sans remarques sarcastiques, sentant certainement qu'il n'avait pas recouvré toutes ses forces. Arrivé en bordure de la terrasse, Harry se plaça devant lui pour le protéger du vent.

Snape s'apprêta à lui parler… et s'interrompit. Draco venait de les rejoindre.

- Professeur ! Comme je suis heureux de vous voir dehors !

- Merci, Draco.

Celui-ci avait tourné les yeux vers Harry, sur l'épaule duquel reposait la main de Snape. Il eut une expression déconcertée.

- Comme vous voyez, monsieur Potter s'est proposé comme canne et je n'ai même pas eu à le métamorphoser.

Harry lui adressa une grimace ; Snape répondit par un rictus.

- C'est plaisant de vous voir si complices, déclara Draco d'une voix très neutre.

- Oui, tout arrive ! rétorqua Harry, un peu hérissé par cette remarque.

- Mais ce n'est pas un reproche, assura Draco. Je suis heureux de voir deux amis cesser leurs conflits.

Le mot « amis » lui fit grincer des dents, mais Harry ne protesta pas. Il devait montrer la clémence du vainqueur, bla bla bla. Finalement Snape et Draco étaient dans des situations un peu similaires…

Oh non, se dit-il aussitôt, ça n'a rien à voir !

- Je venais te demander une faveur, Harry, commença Draco. J'aurais bien besoin de ton aide en Défense.

- La formation de Mangemort ne t'a pas suffi ? lança Harry avant de réfléchir.

- Monsieur Malefoy vous dirait qu'il n'a pas eu l'occasion d'accéder au cours le plus avancé, répliqua Snape d'un ton cinglant.

Harry se mordit la lèvre. Il se retrouvait contraint de présenter ses excuses alors que son côté mesquin n'en avait aucune envie.

- Je suis désolé, Draco, ça m'a échappé.

- Laisse tomber, fit le Serpentard d'un air faussement décontracté qui lui allait fort mal. Alors tu m'aides ?

Serpentard, oui, et pas pour rien ! Il venait de ravaler sa fierté pour acculer son adversaire, lequel se trouvait joliment coincé.

- Je t'aide, répondit Harry à contrecoeur.

Draco lui adressa un sourire éblouissant. Mais plus que tout, l'expression approbatrice de Snape le paya de sa peine.

(à suivre)